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BIBLIOTHEQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
LXV.
IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR, A NOGENT-LE-ROTROU.
BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACRÉE SPECIALEMENT A L'ETUDE DU MOYEN AGE.
LXV.
ANNÉE 1904.
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PARIS
LIBRAIRIE D'ALPHONSE PICARD ET FILS
RUE BONAPARTE, 82
^904
M
NOTICE
SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
DES
OEUVRES DE BRANTOME
CONSERVÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE.
Après avoir mené pendant trente-cinq ans la vie la plus active
et la plus agitée, presque toujours en voyages, à la guerre ou à
la cour, après avoir joui successivement de la faveur du roi
Henri II et de celle de ses trois fils, François II, Cliarles IX et
Henri III, Pierre de Bourdeille s'était retiré dans son château
de Brantôme en Périgord. Il y passa les vingt-cinq dernières
années de sa vie et, pour adoucir les regrets de « ces jeunes ans
auprès desquels tous empires et royaumes ne sont rien' », pour
se consoler de l'inconstance de la « Fortune traistresse et
aveugle'^ », il s'adonna désormais tout entier à ses études et à la
rédaction de ses livres, « que j'ay faictz, dit-il, et composez de
mon esprit et invention, et avecques grand'peine et travaux,
escrits de ma main^ ». Le 30 décembre 1609, craignant sa mort
prochaine, alors qu'elle ne devait arriver que cinq ans plus tard,
le 5 juillet 1614, il avait déposé entre les mains du notaire de
Brantôme un testament solennel, dans lequel un long paragraphe
était consacré aux manuscrits de ses œuvres et à leur publica-
tion par les soins de ses héritiers^. Mais ceux-ci ne remplirent
1. Œuvres de Brantôme, éd. L. Lalanne, t. IX, p. 632.
2. Ibid., t. V, p. 396.
3. Ibid., t. X, p. 126.
4. Ibid., t. X, p. 126-128.
6 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
pas ses intentions, soit qu'ils n'eussent pas voulu peut-être ravi-
ver le souvenir des guerres civiles du siècle précédent, dont les
héros de Brantôme avaient été les principaux acteurs, soit plutôt
qu'ils eussent trouvé trop lourde l'obligation qui leur était impo-
sée de faire luxueusement imprimer ces volumineux recueils.
Cinquante ans devaient s'écouler encore avant qu'un libraire
de Hollande fît paraître à Leyde ou à la Haye, en 1665 et 1666,
sur une de ces médiocres copies, tirées des manuscrits originaux
et qui s'étaient déjà multipliées dans les cabinets des curieux, les
neuf petits volumes in- 12 de la première édition des œuvres de
Brantôme*. Soixante-quinze ans après. Le Duchat, Lancelot et
Prosper Marchand en donnaient une nouvelle édition (La Haye,
1740, 15 vol. in-12), qui marquait un progrès réel sur la pré-
cédente et pour laquelle les éditeurs avaient fait usage de plu-
sieurs des manuscrits originaux. Enfin, au cours du xix*' siècle,
trois éditions des œuvres complètes de Brantôme étaient publiées
à Paris. La première, parue sans nom d'éditeur, chez le libraire
Foucault, avec une longue et savante notice historique de Mon-
merqué (1821-1824, 8 vol. in-8°), fut bientôt reproduite en deux
volumes dans le Panthéon lUtéraire de Buchon (1838). La
seconde et la troisième ont été publiées simultanément, l'une,
dans la Bibliothèque elzèvirienne du libraire Jannet, par les
soins de Prosper Mérimée et de Louis Lacour (1858-1895,
13 vol. in-16), l'autre, due à Ludovic Lalanne (1864-1896,
11 vol. in-8''), fait partie des publications de la Société de l'his-
toire de France.
Bien que les noms de ces différents érudits soient une sûre
garantie de la science et du soin avec lesquels ces dernières édi-
tions ont été préparées et publiées, on ne possède pas encore
cependant un texte définitif des œuvres de Brantôme. Ce texte,
un futur éditeur le pourra désormais établir sur les manuscrits
originaux et autographes eux-mêmes, dont la série, presque
complète, se trouve aujourd'hui réunie à la Bibliothèque natio-
nale, grâce à une récente et nouvelle libéralité de W" la baronne
James de Rothschild.
On peut reconnaître dans les manuscrits qui subsistent de la
plupart des œuvres de Brantôme trois et quatre rédactions suc-
1. Leyde, Jean Sambix le jeune, à la Sphère. On l'annexe ordinairement à la
collection des Elzéviers.
DES (EDVRES DE BRANTOME. 7
cessives et différentes pour les Vies des grands Capitaines, les
Rodomontades espagnoles et le premier livre des Dames.
Une première rédaction se trouve dans les manuscrits autre-
fois conservés par le marquis de Bourdeille et que les précédents
éditeurs n'avaient pu jusqu'ici qu'entrevoir, sans être en mesure
de les utiliser'. Ce sont les treize volumes, de format petit
in-folio, recouverts uniformément de parchemin blanc, qui
viennent d'être récemment incorporés dans les collections de la
Bibliothèque nationale. Les cinq premiers volumes (mss. nouv.
acq. franc. 20468 à 20472) ont conservé le texte primitif des
Vies des grands Capitaines , avec un double état pour une
partie de ces vies; le sixième volume (ms. nouv. acq. franc. 20473)
contient le Discours sur les colonels. Dans les septième, hui-
tième et neuvième volumes (mss. nouv. acq. franc. 20479,
20476 et 20477) se trouvent trois états différents des Rodomon-
tades espagnoles. Les Discours sur les duels, sur M. de la
Noue et sur les Retraites de guerre, dont on ne possédait jus-
qu'ici aucun manuscrit, et ces deux derniers discours en double
état, ont été conservés dans les septième, huitième et dixième
volumes (mss. nouv. acq. franc. 20479, 20476 et 20478); enfin,
le premier livre des Dames, en double état, avec un court frag-
ment du second livre, malheureusement lacéré, occupe les onzième,
douzième et treizième volumes (mss. nouv. acq. franc. 20474,
20475 et 20480).
De la seconde rédaction, considérée jusqu'ici par les éditeurs
comme la première, il ne paraît subsister que le manuscrit de la
Vie des grands Capitaines, donné à la Bibliothèque du roi en
1745 par le dernier bibliothécaire de la dynastie des Bignon.
C'est un volume de format grand in-folio, recouvert aujourd'hui
d'une reliure en veau racine, aux armes de Napoléon P'', «et
actuellement inscrit sous le n" 6694 (ancien Supplément 120) du
fonds des manuscrits français. Il devait être le premier de quatre
grands volumes, dans lesquels Brantôme avait fait réunir et reco-
pier l'ensemble de ses œuvres ; les trois autres, aujourd'hui per-
dus, renfermaient, l'un, les Discours sur les colonels, les
Duels, les Rodomontades , etc.; les deux autres, le premier et
l. Voir le Journal des Débats def? 3, 11 mars et 11 mai 1823 (articles repro-
duits dans le t. I de l'édition Monraerqué, p. 138-144); et aussi la préface de
P. Mérimée à l'édilion Jannet, t. I, p. 51-52.
8 NOTICE SOR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
second livre des Dmnes, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même
dans l'Avertissement', dont il a fait précéder ce premier volume
et qu'on nous permettra de reproduire :
Recueil d'aucuns discours, devis, contes, hystoyres, combatz, actes,
traitz, gentillesses, mois, nouvelles, diclz, faictz, rodomontades et
louanges de plusieurs empereurs, roys, princes, seigneurs, grands
et simples capitaynes, gentilshommes, adventuriers, soldatz et autres ;
ensemble de plusieurs reynes, princesses illustres, vertueuses et
généreuses dames, tant grandes, moiennes, basses que communes,
que j'ay peu veoir moy-mesmes, cognoistre, sçavoir et apprendre de
mon temps, tant des uns que des autres; dédié à la plus belle, la
plus noble, la plus grande, la plus généreuse, la plus magnanime et
la plus accomplie princesse du monde, madame Marguerite de
France^, fille et seur restée unique de noz roys de Valoys, derniers
trespassez^; par moy, P[ierre] de Bourdeille, seigneur de Brantosme,
gentilhomme ordinayre de la Chambre de noz deux derniers roys,
Charles 9. et Henry 3., el chambellan de Monsieur d'Alançon'', son
très humble et très obéissant subject et très affectionné serviteur*.
Or, ce recueil, en ce que touche les Hommes^ est rédigé en deux
grands volumes :
Le premier, qui est très grand et ample, traite des plus grands
capitaines qui ont estez depuis cent ans jusqu'aujourd'huy parmi les
Espaignolz et François, et remarque aucuns de leurs particuliers
beaux failz d'armes et ditz en nos guerres, que nos pères et nous
avons veues.
Le second volume contient cinq fort grands chapitres ou discours :
le premier traite de tous nos Coronnelz françois et maistres de camp
el d'aucuns de leurs particuliers beaux exploitz, despuis leur pre-
mière institution jusques à ce temps; — le 2* parle et traite d'au-
cuns duelz, combatz, camp clos, apelz, deffis qui se sont failz, tant
1. Éd. Lalanne, t. I, p. 2-5.
2. Brantôme avait ajouté ici entre lignes : de Valoys, qu'il a biffé et reporté
plus loin, après : de no::, Roys.
3. Brantôme avait ajouté entre lignes et a biffé : de ceux de; de même que :
maintenant Reyne de France et de Navarre, qui suivait dans la copie, a été
biffé par lui.
4. Et chambellan de Monsieur d'Alançon a été ajouté entre lignes par
Brantôme.
5. Tout ce qui suit, à partir de : Or, jusqu'à : de nos temps, a été ajouté de
la main d'un autre copiste.
DES ŒDVRES DE BRiNTOME. 9
en France qu'ailleurs; — le 3® traite d'aucunes belles Rodomontades
espaignolles, mises en leur langue et traduites en françois; — le
4® traite à sçavoir à qui on est plus tenu, à sa patrie, à son roy ou à
son bienfacteur ; — le 5*" parle d'aucunes retraites de guerre qu'ont
fait aucuns capitaines, et comment elles valent bien autant quel-
quefois que les combatz. — Le tout dédié à nostre reyne Marguerite.
Pour le recueil des Darnes^ il est aussi rédigé en deux grands
volumes :
Le premier est dédié aussi à nostre susdite reyne Marguerite, qui
contient plusieurs longs et grands discours :
Le premier parle et traite de la reine Anne de France, duchesse de
Bretaigne, et d'aucunes de ses vertuz, mérites et louanges, comme
font tous les autres cy-après de mesmes ; — le 2'= de la reyne mère
de nos derniers roys; — le 3^ de la reyne d'Escosse et reyne douai-
rière de France; — le 4^ de la reyne d'Espaigne, Madame Elizabet
de France; — le 5^ de la reyne de France et de Navarre, Madame
Marguerite de France, fille à nous restée maintenant seulle de la
noble maison de France; — le 6^ de Mesdames les filles de France,
qui sont estées depuis cent ans ; — le 7^ des deux reynes Jehannes
de Naples, extraites du noble sang de France.
Le 2" volume est dédié à Monsieur le duc d'Alançon, de Brebant
et conte de Flandres, qui contient aussi plusieurs beaux discours :
Le premier traite de l'amour de plusieurs femmes mariées, et
qu'elles n'en sont si blasmables, comme l'on diroit, pour le faire; le
tout sans rien nommer et à motz couvertz; — le 2^ sçavoir qui est
la plus belle chose en amour, la plus plaisante et qui contente le
plus, ou la veue, ou la parolle, ou le touchement; — le 3* traite de
la beauté d'une belle jambe et comment ell' est fort propre et a grand
vertu pour attirer à l'amour; — le 4^ quel amour est plus grand,
plus ardent et plus aysé, ou celluy de la fille, ou de la femme maryée,
ou de la vefve, et quelle des trois se laisse plus aisément vaincre et
abattre; — le 5*= parle de l'amour d'aucunes femmes vieilles et com-
ment aucunes y sont autant ou plus subjettes et chaudes que les
jeunes, comme se peut parrestre par plusieurs exemples, sans rien
nommer ny escandalliser; — le 6^ traite qu'il n'est bien séant de
parler mal des honnestes dames, bien qu'elles fassent l'amour, et
qu'il en est arrivé de grands inconvénientz pour en mesdire; — le
7^ est un recueuil d'aucunes ruses et astuces d'amour, qu'ont inventé
et usé aucunes femmes maryées, vefves et filles, à l'endroit de leurs
marys, amans et autres; ensemble d'aucunes de guerre de plusieurs
10 NOTICE SUR LES MANDSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
capitaines à l'endroit de leurs ennemys; le tout en comparaison, à
sçavoir quelles ont esté les plus rusées, cautes, artifficielles, subel-
lines et mieux invantées et pratiquées tant des uns que des autres;
aussi Mars et l'Amour font leur guerre presque de mesme sorte, et
l'un a son camp et ses armes comme l'autre^ ; — le 8' traite com-
ment les belles, honnestes et généreuses dames ayment coustumiè-
rement les braves, vaillantz et généreux hommes, aussi telz ayment
les dames telles et courageuses, ainsi que j'en allègue des exemples
d'aucuns et aucunes de nos temps.
J'estoys^ cecy escrivant, dans une chambre et ung lict, assailli
d'une malladie, si cruelle ennemie qu'elle m'a donné plus de mal,
plus de douleurs et tourmans que ne receut jamais ung pauvre cri-
minel estanduà lagesne. Hélas! Ce fut ung cheval malheureux, dont
le poil blanq ne me présagea jamais de bien, qui, s'estant renversé
sur moy contre terre, par une très rude cheute, m'avoit brisé et fra-
cassé tous les raings. De sorte que j'ay demeuré l'espace de Iroys
ans et demy perclus et estropié de mon corps ; tellement que je ne
me pouvois tenir, remuer, tourner et aller qu'aveq les plus grandes
douleurs du monde, jusqu'à ce que je trouvay ung très grand per-
sonnage et opérateur, dict Monsieur Saint-Gristoplile, que Dieu me
suscita pour mon bien et ma guérison, qui la me remist ung peu,
apprez que plusieurs autres médecins y eurent failli. Gepandant,
durant mon mal, pour le soulager, privé de tout autre exercice, je
m'advise et me propose de mettre la main à la plume, et, faisant
reveue de ma vie passée et de ce que j'y avois veu et appris, faictz
cest œuvre. Ainsin faict le laboureur, qui chante quelque fois pour
alléger son labeur, et ainsin le voiageur faict des discours en soy
pour se souslenir en chemin; ainsin fait le soldat estant en guarde,
à la pluie et au vent, qu'il songe en ses amours et advantures de
guerre, pour autant se contenter 3. Je prie donq tous ceux et celles
qui me lyront excuser les fautes, qu'on cognoistra icy, sur ma
malladie, qui me rend, comme le corps, mon esprit imbécille, bien
que tel je l'aye-* de nature.
La troisième et dernière rédaction nous est en grande partie
1. Les mots qui suivaient : J'avois voué ce 2. livre, ont été bifiés.
2. La copie, qui reprend ici de première main, portail : J' allais, corrigé par
Brantôme en : estoys.
3. Addition marginale, de la main de Brantôme, depuis : ainsin fait le soldat,
jusqu'à : se contenter.
4. Il faut lire : je ne l'aye.
DES COUVRES DE BRANTOME. ^^
parvenue en sept volumes, de format petit in-folio, qui compo-
saient l'état définitif des œuvres de Brantôme et qui sont men-
tionnés en termes exprès dans le paragraphe suivant de son
testament* :
Je veux aussy et encharge expressément mes héritiers, héritières,
de faire imprimer mes livres, que j'ay faictz et composez de mon
esprit et invention, et avecques grande peine et travaux, escrits de
ma main, et transcrits et mis au net de celle de Mathaud, mon secré-
taire à gages, lesquelz on trouvera en cinq volumes couvertz de
velours tan, noir, verd, bleu, et un en grand volume, qui est celui
des Dames, couvert de velours vert, et un autre couvert de vélin et
doré par dessus, qui est celuy des Rodomontades, qu'on trouvera
tous dans une de mes malles de clisse, curieusement gardez, qui sont
tous très bien corrigez, avecques une grande peine et un long temps;
lesquelz j'eusse plus tôt achevez et mieux rendus parfaictz, sans mes
fascheux affaires domestiques et sans mes maladies. L'on y verra de
belles choses, comme contes, histoires, discours et beaux motz, qu'on
ne desdaignera, s'il me semble, lire, si l'on y a mis une fois la veue.
Et, pour les faire imprimer mieux à ma fantaisie, j'en donne la
charge, dont je Ten prie, à Madame la comtesse de Durtal, ma chère
niepce, ou autre, si elle ne le veut-, et, pour ce, j'ordonne et je veux
qu'on prenne sur ma totale hérédité Pargent qu'en pourra valoir
Timpression, et ce advant que mes héritiers s'en puissent prévaloir
de mondict bien, ny d'en user advant qu'on aye pourvue à ladicte
impression, qui ne se pourra certes monter à beaucoup, car j'ay veu
force imprimeurs, comme il y a à Paris et à Lyon, que, s'ilz ont mis
une fois la veue, en donneront plus tost pour les imprimer qu'ilz
n'en voudroient recepvoir, car ilz en impriment plusieurs gratis qui
ne valent les miens. Je m'en puis bien vanter, mesrae que je les ay
monstréz,au moins une partie, à aucuns qui les ont voulu imprimer
sans rien, s'asseurant qu'ilz en tireront bien profict, voire en(;pre
m'en ont prié; mais je n'ay voulu qu'ilz fussent imprimez durant
mon vivant. Surtout je veux que ladicte impression en soit en belle et
1. Éd. Lalanne, t. X, p. 126-128. — Il semble bien qu'on peut reconnaître
ces volumes dans l'article 49 de l'inventaire des meubles du château de Bran-
tôme : (( Plus neuf livres en volume, assez grands, escripz à la main, cou-
« verts de vellours de diverses coulleurs. » {Bibl. nat., rns. français nouv.
acq. 6891, fol. 8 v°; publié dans {'Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire
de France, 1900, p. 220.)
]2 NOTICE SUR LES MANCSGRITS ORfGIîVADX ET AUTOGRAPHES
grande lettre et grand volume, pour mieux paroistre, et avecque pri-
vilège du roy, qui l'octroyera facilement, ou sans privilège, s'il se
peut faire. Aussy prendre garde que l'imprimeur n'entreprenne ny
suppose autre nom que le mien, comme cela se faict ; autrement je
serois frustré de ma peine et de la gloire qui m'est deue. Je veux
aussy que le premier livre qui sortira de la presse soit donné par
présent, bien relié et couvert de velours, à la reyne Marguerite, ma
très illustre maistresse, qui m'a faict cest honneur d'en avoir veu
aucuns, et trouvé beaux et faict estime.
Les manuscrits de la troisième et dernière rédaction des œuvres
de Brantôme furent recueillis, peu d'années après sa mort, par
Philippe et Hippolyte de Béthune, qui les firent recouvrir d'une
belle reliure en maroquin rouge, à leurs armes et chiffre ; offerts
par ceux-ci au roi, en même temps que leur riche cabinet, en
1663S ils sont maintenant à la Bibliothèque nationale, inscrits
sous les n''' 3262 à 3264 et 3270 à 3273 des manuscrits français.
Le deuxième tome des Vies des grands Capitaines et le second
livre des Dames n'étaient plus dans le cabinet de Béthune quand
celui-ci fut offert au roiS mais ils s'y trouvaient encore quelques
années auparavant, lorsque les frères Dupuy avaient eu soin de
faire prendre, entre les années 1645 et 1650, une copie de l'en-
semble des œuvres de Brantôme, à l'exception toutefois des
Rodomontades, copie qui nous a conservé ainsi le texte de ces
deux manuscrits et qui forme aujourd'hui six volumes, classés
sous les n°' 608 à 613 de la collection Dupuy à la Bibliothèque
nationale. Actuellement, les tomes I, III et IV des Vies des
grands Capitaines portent les n°^ 3262, 3263 et 3264 des
manuscrits français, et leurs copies figurent respectivement sous
les n°' 609, 613 et 612 de la collection Dupuy ; le volume 610 de
la même collection reproduit le texte du tome II, aujourd'hui
1. Voir L. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 266-269,
2. Les manuscrits de Brantôme sont ainsi désignés dans le catalogue ancien
des manuscrits de Béliiune (ms. n. a. fr. 5629, fol. 397) : « Henry III. —
Vol. 1. Les vies des grands Capitaines et hommes illustres, par M. de Bran-
tôme; dédiées à la reyne de Navarre. — Quatriesme livre des hommes illustres,
avec un Discours des colonels d'infanterie. » [8771-8772.] — « Vol. 2, 3 et i.
Vies des Dames illustres, par M. de Brantôme; 3 vol. » [8773-8775.] — « Vol. 5.
Discours sur les femmes mariées, les veufves et les filles, par M. de Bran-
tôme; dédié à M. le duc d'Alençon. — Discours de quelques rencontres et rodo-
montades espagnoUes, par le mesme. » [8776.]
DES ŒUVRES DE BRANTOME. ^3
perdu. Le premier livre des Dames forme trois volumes, qui ont
reçu les n°' 3272, 3271 et 3270 du fonds des manuscrits fran-
çais, et le second livre, également aujourd'hui perdu, est repré-
senté par la copie de Dupuy, qui porte le n" 608 dans sa collec-
tion. Les Rodomontades, précédées du <.< Discours sur les
femmes mariées », sont contenues dans le ms. français 3273, et
il n'en existe pas de copie, comme il vient d'être dit, dans la col-
lection Dupuy. Il faut remarquer, du reste, que les copies faites
pour Dupuy ne reproduisent pas intégralement les manuscrits
originaux de la troisième rédaction; de très nombreux passages,
soigneusement biffés, sans doute lors d'une dernière revision,
dans les volumes de Béthune, ont été omis par le copiste de
Dupuy.
L'ensemble, à peu près complet, des manuscrits de ces diffé-
rentes rédactions, qui se trouvent maintenant réunies à la Biblio-
thèque nationales permettra de suivre, pour ainsi dire pas à pas,
la genèse des écrits de Brantôme, d'étudier plus complètement
qu'on n'a pu le faire encore sa pensée et son style, et un futur
éditeur y trouvera tous les éléments nécessaires à l'établissement
d'un texte définitif des œuvres du grand écrivain, avec une cer-
titude et une précision qu'on peut bien rarement atteindre pour
nos vieux auteurs.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS.
PREMIÈRE RÉDACTION.
Manuscrits du marquis de Bourdeille.
(Nouv. acq. franc. 20468-20480.) ^
I (20468). Vies des grands Capitaines (éd. Lalanne, t. I,
p. 9 — t. m, p. 81). — 467 pages.
Début : « Sy j'estois l'un de sez bien disans et grans profes-
1. Une description exacte et détaillée des manuscrits originaux des œuvres
de Brantôme n'a encore été donnée par aucun de ses éditeurs ; les notices qui
suivent combleront cette lacune et pourront servir en môme temps à justifier
et à corroborer ce qui vient d'être dit des différentes rédactions de ses œuvres.
^4 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
seurs d'éloquence, je voudrois' volontiers ^ imiter au^ commence-
ment de ce livre ^ cez divins architectes, lesquelz embellissent
leur bastimentz par des plus orguilleux frontispices... » — Fin :
«... après que Mons'' de Byron fut fait mareschal, il donna ceste
charge au dit Mons'' de la Guiche, qui la tient et guarde
encores. Fin^.
« Faut aller à ung autre livre où s'acommence par le roy
Françojs. »
Sur les deux dernières pages sont encore ajoutés trois para-
graphes autographes de Brantôme ; cf. Discours sur les duels,
VI, 426.
II (20469). Vies des grands Capitaines, tome I (éd. La-
lanne, t. I, p. 9 — t. II, p. 171). — 534 pages.
Début : « J'acommence ^ mon œuvre par l'exaltation d'aucuns
grands cappitaynes et personnages de guerre, qui ont estez de
nostre temps et de noz pères, et pour ce je veux immiter à ce
commancement ces divins architectes... » — Fin : «... encor"
dist-il au capitayne des gardes qu'il ne faisoit que travailler
nuict et jour et qu'il n'estoit pas possible d'i pouvoir plus tenir. »
Brantôme a ajouté de sa main à la dernière page 534 : « Il
faut aller et passer à l'autre tome par faute de papier, et pour ce
vous verrez l'achèvement de ceste mort et la continuation d'autres
discours. »
Sur la couverture, on lit aussi de la main de Brantôme :
« Deux livres des Hommes qu'il faut séparer. Livre premier
escrit dans le grand livre. »
Pour donner un aperçu des variantes de rédaction que pré-
sente cette première rédaction des Grands Capitaines avec
les deux suivantes, il suffira d'en reproduire ici le début :
1. Corr. autogr. veux.
2. Tout ce début a été biffé par Brantôme, qui a ajouté en regard : J'acom-
mence mon œuvre par l'exaltation d'aucuns grands capitaynes et personnages
de guerre, qui ont esté de nostre temps et de noz pères, et pour ce je veux
imiter.
3. Corr. autogr. a ce.
4. De ce livre, biffé par Brantôme.
5. Cette fin se retrouve copiée dans le n° 20469, à la p. 258.
6. Corr. Je commence.
7. Corr. encore.
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
^5
Première rédaction ' .
(Ms. n. a. fr. 20468.)
[Pas de titre.]
J'acommence^ mon
œuvre par l'exalta-
tion d'aucuns grands
capitaynes^ et per-
sonnages de guerre,
qui ont esté'' de nos-
tre temps et de noz
pères.
Et pour ce je
veux imiter à ce com-
mencement^ cez di-
vins architectes, les-
quelz embellissent
leur bastimentz par
des plus orguilleux
Seconde rédaction.
(Ms. fr. 6694.)
[Pas de titre.]
J'acommence mon
œuvre par l'exalta-
tion d'aucuns grands
capilaynes et person-
nages de guerre, qui
ont estez de nostre
temps et de noz
pères.
Et pour ce je veux
immiter à ce com-
mencement ces divins
architectes, lesquelz
embellissent leur bas-
timens par des plus
orgueilleux frontispi-
Troisième rédaction.
(Ms. fr. 3262.)
Premier livre des
Hommes.
Jecommance^mon
livre par les louanges
et gloires d'aucuns
grands capitaines et
grands personnages
de guerre, qui ont
esté^ de nos temps
et de nos pères, et
me^ prendray pre-
mièrement aux Es-
pagnolz et estran-
gers, et puis je vien-
dray à nos François.
Et pour cest effect, à
ce ® commancement
des vies des estran-
gers ^ ", j e veux imiter
ces divins architec-
tes, lesquelz embel-
lissent leurs basti-
mens par des plus
orgueilleux frontis-
pices qu'ilz peuvent,
1. Les variantes en notes, sans autre indication, sont celles du second état de
cette même première rédaction, contenu dans le ms. n. a. fr. 20469.
2. Je commence.
3. Cappiiaynes. •
4. Estez.
5. Tout ce qui précède a été ajouté au verso d'un premier feuillet, de la
main de Brantôme, pour remplacer cet autre début : Sy festois l'un de sez
bien disans et (jrans professeurs d'éloquence, je voudrais volontiers imiter au
commencement de ce livre.
6. Ms. J'accommance, corr. Je commance.
7. Comme f ay dict cy devant en l intitulation de mes livres a été biffé.
8. Ms. m'y, corr. me.
9. Ms. pour ce et a ce c.
10. Des vies des eslrangers, ajouté entre lignes de seconde main.
16
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
frontispices quMls
peuvent, soit de la
matière de leur mar-
bre, de leur porfire,
ou d'autre belle
pierre, soit de l'art
industrieux de leur
main admirable, af-
fîn que l'œil humain,
au premier aspect, en
juge la perfection de
Toeuvre. Mais en ce-
cy^ il m'est impossi-
ble de les ensuivre
du tout, car ilz ont
les deux choses, la
belle matière et Tart,
et moy je n'ay que
la matière et^le seul
subject très haut,
mais le dire fort bas.
Sine layray je^ pour-
tant à poser ■* à ce
premier front le plus
grand Empereur qui
ay t esté despuis Jules
Gœsar et Gharlema-
gne, qu'est^ l'empe-
reur Charles cin-
quiesme, ayant tant
de fiance en luy et en
ces qu'ilz peuvent,
soit de la matière de
leurs marbres, de leur
porfire, ou d'autre
belle pierre, soit de
l'art industrieux de
leur main admirable,
affln que l'œil hu-
main, au premier
aspect, en juge la
perfection de l'œu-
vre. Mais en cecy
pourtant il m'est im-
possible de les en-
suivre du tout, car
ilz ont les deux cho-
ses, la belle matière
et l'art, et moy je
n'ay que la matière
et le seul subject
très haut, mais le
dire fort bas. J'ap-
pose donq à ce pre-
mier front le plus
grand empereur qui
ay t esté despuis Jules
Cœzar et Gharlemai-
gne, qu'est l'empe-
reur Charles cin-
quiesme, dit Charles
d'Autriche, que les
soit de la matière de
leur marbre beau,
de leur porfyre, ou
de quelqu' autre
belle pierre, comm'
il leur en vient la
fantaisie, ou soit de
l'art industrieux de
leur main admirable,
afin que l'œil ^, au
premier aspect, juge
la perfection de l'œu-
vre. Mais en cecy
pourtant il m'est im-
possible de les en-
suivre du tout, car
ilz ont les deux cho-
ses, la belle matière
et l'art, et moy, je
n'ay que la matière,
belle certes par le
beau'' subject et très
haut qui se présente,
mais le dire fort bas
et foible. J'apose
donc à ce premier
front de la louange
des estrangers ^ le
plus grand empereur
qui ayt esté despuis
Jules Cœsar et nostre
1. Pourtant, ajouté de la main de Brantôme.
2. Ces trois mots : la matière et, ont été ajoutés entre lignes par Brantôme.
3. Après je, on a biffé pas.
4. Le début de cette phrase a été biflfé par Brantôme, qui a corrigé : fapose
donc.
5. Corr. : qui est.
6. Ms. humain, biffé après œil.
7. Ms. certes du beau.
8. De la louange des estrangers ajouté par le correcteur.
DES OEUVRES DR BRANTOME.
n
sa grandeur, qu'il
couvrira rimbéciliité
de ma plume fort ay-
sément.
bons causeurs de son
temps apelloyent en
France Charles qui
tryche, faysant une
allusion badine et
vraye pourtant sur
Autriche qui triche,
autant à dyre qui
trompe, vieux mot.
Comme de vray l'al-
lusion, toute badyne
qu'eirestoyt,n'estoyt
point mauvayse, car
son art s'adonoyt
fort à tromper-, les
effeetz en ont fait
foy. La fiance que
j'ay en luy et en sa
grandeur couvrira'
l'imbécillité de ma
plume fort aisément.
grand Gharlemaigne.
Je le puis dire ainsi,
le tenant de grandz
hommes^, et selon
ses exploictz signal-
iez, ayant eu affaire
à de si grandz guer-
riers comm' il a eu,
autres certes que les
ennemis de Jules
Gsesar et de Charle-
maigne. C'est donc
Charles le quint, dict
Charles d'Autriche,
dont je parle, que
les anciens François
de son temps brocar-
dans, et mesmes les
Picardz, qui sont
grandz ocquineurs,
mot propre à eux
pour dire grandz
causeurs, appelloient
Charles qui triche,
faisant allusion sur
Autriche qui triche,
autant à dire qui
trompe. Comme de
vray, toute badine
qu'eir estoit, n'estoit
point mauvaise, car
il a esté un grand
trompeur et un peu
trop manqueur de
foy. J'ay donc si
1. La copie portait primitivement : l'empereur Charles cinquiesme, aiant
tant de fiance en luy et en sa grandeur qu'il couvrira tout le reste a été
ajouté en marge de la main de Brantôme.
2. Ms. cerveaux, corr. hommes.
-1904 2
^8
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Je parleray ' donq
etdiray comme d'au-
tres fois^ j'ay ouy
racompter^ à feu
Mons"" FAdmiral (je
ne luy donrai point
de surnom, car sez
belles'' entreprises et
hautz faictz durant
sa vye luy en don-
nent assez sans le
nommer M"" l'admi-
rai de Chastillon),
que, lorsqu'il fust en-
voyé de^ par le roy
Henry, son maistre,
en Flandrez vers ce*'
grand empereur,
com^ il luy envoya
le conte de Lalain^
pour jurer la trefve
faicte entre eux deux,
si heureuse et advan-
Je parleray donq' et
diray comm' autre-
fois j'ay oui racomp-
ter à feu Mons"" l'Ad-
mirai, je ne luy don-
neray point de sur-
nom, car ses hautes
entreprises et hauts
faictz durant sa vie
luy en donnent assez
sans le nommer Mon-
sieur l'admirai de
Chastilion, que, lors-
qu'il fut envoie, de
par le roy Henry, son
maistre, en Flandres
vers ce grand empe-
reur, comme de son
costé il luy envoia le
conte de Lalain pour
jurer la treufve faicte
entre eux deux, si
heureuse et advanta-
grande fiance en ce
grand empereur,
qu'il couvrira l'im-
bécillité de ma plu-
me par lombre de
ses hautes conques-
tes et ses exploictz
les nompareilz. Je
diray donc de luy,
comm' autresfois
j'ay ouy raconter à
feu Mons' l'Admirai,
je ne luy donray
point de surnom, car
ses hautes valeurs,
mérites, grandes en-
treprises et leurs
exécutions luy en
donnent assez, sans
le nommer Monsieur
l'admiraP de Chas-
tilion, lors qu'il fut
envoyé de par nostre
grand roy Henry 2.
en Flandres vers ce
grand empereur
Charles, comme de
son costé il envoya
le conte de Lalaing
pour jurer la trefve
1. Ms. commenceray, corr. par Brantôme en parleray.
2. Autre/fois.
3. Ms. compter, biffé, et à la suite, de même main du copiste racompter.
4. Hautes.
5. De a été biÉfé.
6. De par ce, corrigé en : vers ce.
7. Comme de son côté, addition de Brantôme.
8. Ces mots, depuis com jusqu'à Lalain, ont été ajoutés en marge par Bran-
tôme, qui avait encore ajouté, mais a bifïé : a en fayre.
9. Tout ce qui précède, depuis : Je ne luy donray^ a été biffé dans le ms,
et n'est pas reproduit dans la copie de Dupuy, 609.
Lageuse pour toute la
France et si malheu-
reuse aussi quand
elle fust rompue, ad-
vint qu'ung jour, en
divisant aveq Sa Ma-
jesté, et venant à dis-
courir des guerres
passées et des
grands cappitaines
qui avoyent com-
mandé, il luy dist
s'en estre tant perdus
quMl n'en sçavoit
plus de ce temps
restez qui méritas-
sent en porter ce
grand nom que trois,
qu'estoyent luy pre-
mièrement, se don-
nant le premier lieu,
comme de raison,
Mons"" le Gonnesta-
ble, son oncle, pour
le second, et le duc
d'Albe pour le tiers.
Non qu'il voulust'
pour cela fere tort à
la suffisance du roy
Henry, son maistre;
mais, pour son peu
d'aage, et par consé-
quant son peu d'ex-
périence, ne pouvoit
il encor avoir attaint
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
geuse par toute la
France et si malheu-
reuse aussi quand
elle fust rompue,
advint qu'un jour,
en devisant aveq Sa
Majesté et venant à
discourir des guerres
passées et des grands
cappitaynes quy
avoient commandé,
il luy dist s'en estre
tant perdus qu'il n'en
sçavoit plus de ce
temps restez, qui
méritassent en por-
ter ^ ce grand nom
que trois, qu'estoit
luy premièrement, se
donnant le premier
lieu comme de rai-
son, ainsin que flst
Annibal en un pareil
pourparlé sur mesme
quasi subjet aveq
Scipion^; Monsieur
le Gonnestable, son
oncle, pour le second;
et le duc d'Albe pour
le tiers. Non qu'il
vouleust faire tort à
la suffisance du roy
Henry, son maistre;
mais, pour son peu
d'aage et par consé-
]9
faicte entre eux deux,
si heureuse et advan-
tageuse pour toute
la France et si mal-
heureuse aussi quand
elle se rompit, advint
un jour qu'en devi-
sant avec sa sacrée
Magesté, et tombant
de propos en propos,
elle vint à discourir
des guerres passées
et des grandz capi-
taines, qu'y avoient
commandé, et s'en
estre tant perdu qu'il
n'en sçavoit plus de
ces temps restez, qui
méritassent le nom
de grandz capitaines
que trois, luy pre-
mièrement, se don-
nant le premier lieu,
comme de raison
(ainsi que fit Anibal
en son pourparlé de
mesme subject avec
Scipion chez le roy
Antiochus) , mon-
sieur le Gonnestable,
oncle dudict s"" Admi-
rai, pour le second,'
et le duc d'Albe pour
le tiers. Non quUl
voulust faire tort à
1. Après votdust, faire a été biffé.
2. La copie portait : emporter, corrigé par Brantôme : en porter.
3. Ainsin — Scipion, ajouté en marge de la main de Brantôme.
4. Le ms. portait primitivement : le Connestable, son oncle, pour le second.
20
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
(ce disoil-il) le lilLre
et perfecUon, mais
qu'aveq le temps,
estant courageux,
brave, et' vaillant
et entreprenant qu'il
estoit, il y parvien-
droit fort facillement.
Il en dist autant de
Mons"' de Vandosme,
de Mons"" de Guise
et de M"" l'Admirai
mesmes, à qui il par-
loit.
quant son peu d'ex-
périence, ne pouvoit-
il encor avoir attaint,
ce disoit-il, le titre et
la^ perfection, mais
qu'aveq' le temps,
estant courageux,
brave, et vaillant et
entreprenant qu'il es-
toit, il y parviendroit
fort facillement. Il
en dist autant de
Monsieur de Ven-
dosme, de Monsieur
de Guise et de Mons""
l'Âdmyral mesmes, à
qui il parloit.
la suffisance du roy
Henry, son maistre-,
mais, pour son peu
d'aage et sa jeune
expériance, il ne
pouvoit avoir encor
attaint (ce disoit-il)
ce grand nom et per-
fection, mais qu'avec
le temps, luy qui
estoit si brave, et
courageux, et filz de
France et ambitieux
qu'il estoit, il y par-
viendroit fort aisé-
ment. Il en dist au-
tant de Monsieur de
Vandosme, de Mon-
sieur de Guyse, et du
dict sieur ^l'Admirai,
à qui il parloit.
III (20470). Vies des grands Capitaines, tome II (éd. La-
lanne, t. II, p. 171-t. III, p. 248). —m et 466 pages.
Début : « Quelques jours advant il a voit achapté^ ung fort
bon et beau cheval d'Hespaigne, que le prince avoit vouleu veoir
et luy avoit faict acroire que c'estoit pour quelques fois passer le
temps; ce que son maistre approuva fort... » — Fin : « ... il faut
que le peuple de France prie que dezorraais ne vienne favorite
de Roj plus mauvaise que celle là, ni malfaisante. »
Brantôme a ajouté de sa main sur la couverture : « Segond
livre des Hommes, escript dans le grand livre. »
IV (20471). Vies des grands Capitaines , tome III (éd.
Lalanne, t. III, p. 248-t. IV, p. 187). — ii et 456 pages.
1. Et, biffé.
2. La, ajouté entre lignes de la main de Brantôme.
3. Ms. et de Monsieur.
4. Corr. achepté.
DES œOVRES DE BRANTOME.
2\
Début : « Or pour tourner à nostre Roy*, ainsin qu'il estoit
tout martial et né tel, il ajma fort à faire la guerre et ne s'i
espergna non plus que le moindre soldat des siens, et c'est ce
que luy dict Monsieur le Connestable ^ aux voiage d'Ale-
maigne... » — Fin : ... « et le fault apeller grand parniy nous
autres, aussi bien que plusieurs estrangiers ont appelle des leurs
par ce surnom et tiltre'^ »
Brantôme a ajouté de sa main sur la couverture : « Troysiesme
livre des Hommes, veu et corrigé par moy ; si est pour garder, et
est escrit pourtant dans le grand livre. »
Ce « grand livre » est le ms. français 6694, qui donne le texte
de la seconde rédaction. Les quelques extraits suivants de ce
troisième livre (éd. Lalanne, IV, 1) permettront de constater
les remaniements successifs apportés par Brantôme à son récit :
Première RE'oicTioN.
(Ms. n. a. fr. 20471,
p. 185-187.)
Monsieur le ma-
reschal de Termes...
fut lieutenant de roi
en Gorsegue, où il
fist aussi bien qu'aux
autres coups, et la
réduisit toute à l'o-
béissance du Roy et
y soustint plusieurs
guerres et combatz,
que les Impérialistes
et Genevois, fort voi-
sins et seigneurs de
l'isle, luy livrarent.
Enfln il Pha con-
quesla et garda si
bien que, quand le
Seconde rédaction.
(Ms. fr. 6694,
fol. 230 v-231.)
Monsieur le ma-
reschal de Termes...
fut lieutenant de Roy
en Gorsegue, où il
fist aussi bien qu'aux
autres coups et la
réduisit toute ^ en l'o-
béissance du Roy et
y soustint plusieurs
et guerres et com-
batz, que les Impé-
rialistes et Genevoys,
fort voisins et sei-
gneurs de Tisle luy
livrarent. Enfin il la
conquesta et garda
si bien que, quand le
Troisième rédaction.
(Ms. fr. 3263,
fol. 537 y.)
Monsieur le ma-
reschal de Termes...
fut lieutenant de Roy
en Gorsegue, où il fit
aussi bien qu'aux
autres coups, et la
réduisit en l'obéis-
sance du Roy, et y
soubstint plusieurs
et guerres et com-
batz, que les Im-
périallistes et Gene-
vois, fort voisins et
seigneurs de Tisle,
luy livrarent. Enfin
il la conquesta et
garda si bien que,
1. Add. autogr. Ilenry.
2. Add. autogr. : un jour, corr. au.
3. CeUe dernière phrase est répétée au début du volume suivant.
4. Biffé.
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
roy Henry la rendist
par le traitlé de
paix, il la rendist
toute entière et toute
en Tobéissance du
Roy.
Pourlaquatriesme
fois, il fut lieutenant
du ' Roy dans Calais
et de toute la conté
Doye, et en l'armée,
qui luy fut donnée
pour entrer en Flan-
dres et y faire le
dégast, où la fortune
le favorisa ung peu
pour le commance-
ment pour avoir pris
Bergues et Dunquer-
que... Il fut pris pri-
sonnier en homme
d'honneur et blessé,
roy Henry la rendist
par le traitté de paix,
il la rendit toute^
entière et toute ^ en
Tobéissance du Roy.
Pourlaquatriesme
fois il fut lieutenant
du Roy dans Galays
et de toute la conté
Doye, et en l'armée,
qui lui fut donnée
pour entrer en Flan-
dres et y faire le dé-
gast, où la fortune
le favorisa ung peu
pour le^* commance-
ment pour avoir pris
Bergues et Dunquer-
ques. Mais aussitost
venant à changer, le
conte d'Aiguemont,
quand le roy Henry
la rendit par le traicté
de paix, il la rendit
entière et en l'obéis-
sance du Roy. Puys
fust lieutenant de
Roy en Piedmont, en
l'absance et par pro-
vision en Piedmont,
non sans mesconten-
lement et mutinerye
d'aucuns grands et
moyens, raays tout
s'apaiza. Monsieur
de Montlucen parle ^
dans ses Mémoyres et
force vieux capitay-
nes le peuvent dyre.
Pour la cinquies-
me fois*^ il fut
lieutenant du Roy
dans Calais et de
toute la conté d'Oye,
et en l'armée qui luy
fut donnée pour en-
trer en Flandres et
y faire le dégasl, où
la fortune le favorisa
un peu au comman-
cement pour avoir
pris Bergues et Don-
querques. Mais aus-
sitost venant à chan-
ger, le conte d'Aigue-
1. Brantôme corr. de.
2. Biffé.
3. Biffé.
4. Brantôme corr. au.
5. Le copiste de Dupuy, vol. 613, fol. 4, a lu : porte.
6. Quatriesme, biffé.
comme j'ay ouy dire
à feu Monsieur le
Gonnestable. Quic-
quonque est le capi-
tayne ou le général
d'une armée el qui
perde une bataille,
ung combat ou une
rencontre, mais qu'il
y meure ou il' y soit
prisonnier, j^entends
de bonne façon, en
bien combattant, il
n'y a rien du sien,
encor^ que la perte
soit de conséquance,
mais sa mort ou sa
prison expient tout.
DES œUVRES DE BRANTOME.
le plus hazardeux
pour lors et le plus
vaillant cappitaine
qu'eust le roy d'Hes-
paigne, luy livra ba-
taille et l'emporta...
Il fut pris prisonnier
en homme d'honneur
et blessé, comme
j'ay oui dire à feu
Monsieur le Gonnes-
table. Quiconque est
le cappitayne ou le
général d'une armée
et qu'il perde une
bataille, ung combat
ou une rencontre,
mais qu'il y meure,
ou il y soit prison-
nier, j'entends de
la^ bonne façon'', en
bien combatant, il
n''y a rien du sien,
encor que la perte
soit de conséquance,
mais sa mort et sa
prison expient tout.
23
mont, le plus hazar-
deux pour lors et le
plus vaillant capi-
taine qu'eust le roy
d'Espaigne, luy livra
battai4le et l'empor-
ta... Il fut pris pri-
sonnier en homme
d'honneur et blessé,
comme j'ay ouy dire
à feu Monsieur le
Gonnestable. Qui-
conque soit le capi-
taine ou le général
d'un' armée, et qu'il
perde une battaille,
un combat ou une
rencontre, mais qu'il
y meure ou qu'il y
soit prisonnier (j'en-
tendz de la bonne
façon), encor que la
perte soit de consé-
quence, mais sa mort
ou sa prison expient
tout.
1. Corr. ou qu'il.
2. Corr. encore.
3. Add. de Brantôme.
4. Première addition interlinéaire biffée : « En bien combatant, non pas
comme le dit d'Ascot, que l'Empereur disaijt avoijr esté pris en larron, caché
el desguisé, lorsqu'il fust pris et sauvé comme fugitif. » — Seconde addition
marginale également biffée jusqu'à « souvant » : « Non pas comme l'empereur
Charles disi du duc d'Ascot, qu'il avoyt esté pris en laron et caché, el puys
s'esloijt sauvé en belistre. J'en parle ailleurs; toulesfotjs ce fust un brave,
souvent vatlant, de grand maison et qui despuys fist bien; mais quoy, on est
celluy à qui la fortune ne mist laisse, en la recherchant et muguelant trop
souvant, pourtant il ne va rien du sien. »
24 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
V (20472). Vies des grands Capitaines, t. IV (éd. Lalanne,
t. IV, p. 187-t. V, p. 218). — 561 pages.
Début : « Monsieur de Guyse le grand. — Ce grand duc de
Guise donq', duquel nous voulons parler, fut grand certes et le
faut appeller grand parmy nous autres, aussi bien que plusieurs
ont appelle aucuns des leurs par ledit surnom et tiltre, et
ainsin que moy mesme j'ay veu et ouy les Italiens et Hespai-
gnolz... » — Fin : « ... Dieu les avoyt esleuz, suscitez et appeliez
pour en planter là une gloyre plus grande que des autres nations
et que comme vrays et anciens chrestiens ilz estoient destinez
par dessus les autres à deffandre le nom chrestien. »
Au bas de la page 470, où finit ce texte, de la main du
copiste, on lit : « Faut aller au commencement d'un aultre nou-
veau livre sur le subject mesme. » (Voir à la fin du ms. n. a. fr.
20478.)
La suite a été copiée postérieurement par la même main, qui
a ajouté les tables dans chaque volume, et va de la p. 218 à la
p. 296 de l'édition Lalanne, fin des Grands Capitaines fran-
çais; il n'y a aucune correction de la main de Brantôme, et cette
copie semble, du reste, postérieure à sa mort.
VI (20473). Discours sur les colonels (éd. Lalanne, t. V,
p. 297-t. VI, p. 231). — 368 pages.
Début : « Discours sur les couronnels de l'Infanteris de France.
— Je fais ce discours sur un poinct duquel je fis une fois et un
jour adviser un grand prince de France, qui m'avoua franche-
ment ne s'en estre jamais apperceu ni advizé... » — Fin :
«... M'" le mareschal d'Estrozze, ou de Montluc* ou autres grands
cappitaynes eussent entrepris cest œuvre, nous y apprendrions
trestous et y verrions de plus belles choses et enrechies qu'il n'y
a icy. Or c'est assez. Fin. »
Sur la couverture, on lit, de la main de Brantôme : « Livre
des couronnels de l'Infanterie, qu'il faut laisser avec les
autres. »
VII (20479). Rodomontades espagnoles et Discours sur
les duels (éd. Lalanne, t. VII, p. 5-134, et t. VI, p. 233-500).
— 506 pages.
1. Eussent entrepris biffé.
DES CEUVRES DE BRANTOME.
25
1° Page 1. Rodomontades espagnoles; 1'° rédaction. —
Début : « Chapitre d'aucunes Rodomontades et gentilles ran-
contres et parolles espaignolles. — Il faut un peu parler des
Rodomontades espaignolles, car certes elles surpassent toutes les
autres... » — Fin : «... à ung vaillant et brave homme que de
luy rompre son dessain d'armes. »
Toute la fin des Rodomontades {^. 135-177 du tome Vide l'éd.
Lalanne), ainsi que les Serments et jurements espagnols, qui
les suivent ordinairement, manquent dans le manuscrit.
Il n'y a pas moins, comme il a été dit plus haut, de quatre
rédactions différentes des Rodomontades ; les quelques extraits
qui suivent, empruntés au début de ce livre, suffiront pour per-
mettre d'en juger :
Première
rédaction.
(Ms. n. a. fr. 20479,
p. 9.)
Chapitre cVauames
Rodomontades et
gentilles rancon-
tres et parolles es-
paignolles.
Il faut un peu par-
ler des Rodomon tades
espaignolles, car
certes elles surpas-
sent toutes les autres
de quelque nation
que ce soyt
Seconde et troisième
re'dactions.
(Mss. n. a. fr. 20476,
p. 12, et fr. 3273,
fol. 111.)
Chapitre^ d'aucunes
Rodomontades et
gentilles rancon-
tres et parolles es-
pagnolles. *
Il faut un peu par-
ler des Rodomonta-
des espagnolies^ car
certes elles surpas-
sent touttes les autres
de quelque nation
que ce soit
Quatrième
rédaction.
(Ms. n. a. fr. 20477,
p. 8.)
Discours d'aucunes
Rodomontades et
gentilles rencon-
tres et parolles es-
paignolles.
Les Rodomontades
hespaignolles certes
elles surpassent tou-
tes les autres de
quelque nation que
ce soit
certes. Ce sont estez Certes ce sont estez ^ certes. Ce sont esté
ceux là qui aydarent ceux là qui aydarent ceux là qui aydarent
1. Discours, corr. autogr. de Brantôme, reproduite dans le litre de la
3' rédaction.
2. Espaignolles, 3° rédact.
3. Esté, 3» rédact.
26
NOTFCE SUR LES MAIVDSCRITS ORIGINAUX ET AOTOGRAPHES
Dom Jehan d'Au-
triche à gaigner ceste
belle et signallée ba-
taille de Lepantho*.
Ce sont ceux là en-
cores qui, avec ce
grand cappitayne le
prince de Parme,
font^ trambler toute
la France et la tien-
nent^ en alarme. Ce
sont estez ceux pour
lesquels ce mesme
grand empereur
Charles s'humilia à
VHespagne, lorsque
estant pariy par mer
de Flandres pour y
aller fynyr ces jours
convertys , c' estant
desembarqué à l'Are-
de, port vers Biscaye,
et y pris terre, on
dit qu'il s'agenoulla
aussi test et remercia
Dieu... — ... et fait
onplace^. Et ce qui
est le plus à remar-
quer en toutes ces
belles factions...
Dom Jehan ^ d'Au-
triche^ à gaigner
ceste belle et signal-
lée bataille de Le-
pantho'^. Ce sont ceux
là encores qui, avec
ce grand cappitayne
le prince de Parme,
ont faict trambler
louLte la France et
long temps tenue en
alarme. Ce sont estes
ceux pour lesquels
ce grand et mesme
empereur Charles
s'humilia à l'Ëspai-
gne, lors que estant
party par mer de
Flandres pour y aller
finir ses jours con-
vertis, s'estant de-
sembarqué à l'Aude^,
port vers Biscaye, et
y pris^ terre, on dict
qu'il s'agenouilla
aussi tost et remer-
cia Dieu... — ... et
faict on place. Et ce
qui est le plus à re-
marquer en touttes
ses belles factions...
Dom Joan d'Austrie
à gaigner ceste belle
et signalée bataille
d'Elepantho. Ce sont
ceux là encores qui,
avec ce grand capi-
taine le prince de
Parme, ont faict trem-
bler toute la France
et long temps tenue
en allarme. Ce sont
esté ceux pour les-
quelz ce grand et
mesme empereur
Charles s'humilia à
rEspaigne,lors qu'es-
tant parti par mer
de Flandres pour y
aller finir ces jours
convertis, s'estant
desembarqué à l'Are-
de, port vers Biscaye,
et y prist terre, on
dit qu'il s'agenouilla
aussi tost et remer-
cia Dieu ... — ... et
fait on place. Et ce
qui est plus à remar-
quer en toutes ces
belles factions...
1. Les mots en italiques ont été ajoutés Je la main de Brantôme dans un blanc.
2. Ont fait, corr. autogr. de Brantôme.
3. Longtemps tenue, corr. autogr. de Brantôme.
4. Toute la i)artie imprimée en italiques est une addition autographe de
Brantôme.
5. Joan, 3° rédact.
G. Aiisirie, corr. dans la 3" rédact.
7. Elepantho, 3° rédact.
8. Corr. l'Arede, reproduite dans la 3= rédact.
9. Prist, 3," rédact.
DES œUVRES DE BRANTOME, 27
2° Page 167. Discours sur les duels. — Début : « Chapitre
des duelz, combats et apelz, et de plusieurs cas qui en sont arrivez.
— J'ay veu souvant fayre ceste dispute parmi de grands capi-
taynes, seigneurs braves cavalliers et vaillans soldatz... » —
Fin : « . . . l'autre duquel j'en fays la fin et de toutes deux ensem-
bleraent. Fin. »
A la dernière page 506 du ms. 20479 se trouve cette note
autographe de Brantôme sur la mort de Madame de Balagny,
qu'il a utilisée sous une forme différente dans le second livre des
Dames (Discours sur ce que les belles et honnestes dames
ayment les vaillans hommes; éd. Lalanne, IX, 459-460) :
On dit que Madame de Balagny, seur de ce brave Bussy, de tris-
tesse et de désespoyr d'avoyr perdu Gambray, qu'elle c'est empoy-
sonnée. D'autres disent qu'ell' est morte de flux de sang, qu'elle mesme
c'est provocquée, disant à tous ceux qui la visitoyent qu'elle mouroyt
très heureuse et contente. Et soliciLayt son mary d'en fayre autant,
luy disant : « Meurs, Balagny, et prends exemple à ta famé, qui ne
« préfère la vye à son honneur, el pour toy vivant tu es deshonoré
a et ruyné de biens. » Et luy dist d'autres belles parolles pareilles.
VIII (20476). Rodomontades, serments et jurements
espagnols; Discours sur M. de la Noue et sur les retraites
de guerre (éd. Lalanne, t. Vil, p. 5-145, 180-185 et note 3,
203-265, et 267-303). — 499 pages.
1'^ Page 1. Rodomontades espagnoles; 2° rédaction. ~
Début : « Chappitre* d'aucunes Rodomontades et gentilles ran-
contres et parolles espagnolles. — Il faut un peu parler des
Rodomontades espagnolles, car certes elles surpassent touttes
les autres de quelque nation que ce soit, d'autant qu'il faut con-
fesser la nation espagnolle brave. . . » — Fin : « .. . Les Romains
ne furent jamais si grandz terriens ny opulans que luy, cela est
aisé à congnoistre, qui en veult computer et mesurer les terres
de l'un et des aultres. »
2° Page 253. Serinent s et jurements espagnols. — Début :
« Après avoir raconté aucunes rodomontades des Hespaignolz,
il m'a semblé de raconter aussy quelques uns de leur sermantz
particuliers. . . » — Fin : « ... que tan mal tu fuego me trato en
1. Corr. autogr. Discours.
28 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORTGINACX ET AUTOGRAPHES
mis calenturas. Il maudissoit la chaleur... Dieu à tous leur
face la grâce de s'en réformer. » Et, de la main de Brantôme,
p. 260 : « Fin où il se faut arester^. »
3" Page 279. Biscornus sm- M. de la Noue. — Début :
« Discours sur Mons"^ de la Noue, à sçavoyr à qui l'on est plus
tenu, ou à sa patrye, à son roy ou à son bienfacteur-. — J'es-
tois ung jour en un honneste compagnée d'honnestes seigneurs
et de dames, et ainsin qu'on se rencontre à discourir... » —
Fin : « ... Voicy doncq la fin de ce discours, que je crains estre
par trop long. »
4° Page 417. Discours sur les retraites de guerre. —
Début : « Autre discours 3. — J'ay souvent ouy dire à de
grands capitaines et généraux d'armées que les retraictes belles
et demeslements de combats méritent bien autant de louanges. . . »
— Fin : «... et à son gentil esprit et brave courage. Or c'est
assez de ceste matière et subject parlé. »
La dernière phrase a été biffée, et, sur la dernière page, de la
main de Brantôme, on lit : « Froissard racontant de la bataille de
Nicopoly... Or c'est assez parlé de ce subjet. »
IX (20477). Rodomontades, serments et jurements espa-
gnols, etc. (éd. Lalanne, t. VII, p. 1-177 et 179-201). —
V et 199 pages.
l*" Page 1. Rodomontades espagnoles ; 4"* rédaction. —
Début : « A la reyne Marguerit de France, duchesse de Valois,
ma très souveraine dame. Madame, voycy le livre d'aucunes
Rodomontades... et vous suplie me tenir tousjours en qualité de
vostre. » — Page 3. « Discours d'aucunes Rodomontades et
gentilles rencontres et parolles espaignolles. Les Rodomontades
bespaignolles certes elles surpassent toutes les autres de quelque
nation que ce soit, d'autant qu'il faut confesser la nation espai-
gnolle brave... » — Fin : «... et grand discours à part. »
Cette troisième rédaction des Rodomontades ne contient pas,
à la différence des deux précédentes, les traductions françaises
1. Les pages 261 à 278 ont été laissées en blanc.
2. Titre ajouté de la main de Brantôme.
3. Brantôme a ajouté : sur les retraites de guerre, qui valent bien autant
que des combati.
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
29
u lombreux passages en espagnol cités dans le texte, comme
Brautôrae l'annonce du reste en tête, dans la dédicace à la reine
MargLierite^ Il avait lui-même noté pour le copiste l'omission à
faire d.'i ces traductions sur l'exemplaire de la seconde rédaction
des Rodomontades, dont il sera question plus loin, et qui forme
aujourd'hui le ms. français 3273.
2" Page 169. Serments et jurements espagnols. — Début :
« Après avoir raconté aucunes Rodomontades... » — Fin :
«... ainsi que j'en ai veu l'expérience en plusieurs. »
Les Serinents et jurements espagnols ne se trouvent pas
à la suite de la première rédaction des Rodomontades dans le
ms. n. a. fr. 20479. Les extraits suivants montreront suffisam-
ment les variantes qui existent entre les trois rédactions, corres-
pondant aux second, troisième et quatrième états des Rodomon-
tades, dont les autres manuscrits ont conservé le texte :
Première re'daction,
2« des
Rodomontades.
(Ms. n. a. fr. 20476,
p. 253.)
Aprèsavoir raconté
aucunes Rodomonta-
des des Hespaignolz,
il m'a semblé aussi ^
de raconter aussy
quelques uns de leur
sermantz... Le plus
commun et ancien
est :
Deuxième re'daction,
3« des
Rodomontades.
(Ms. fr. 3273,
p. 179 v°.)
Après avoir ra-
conté aucunes Rodo-
montades des Espai-
gnolz, il m'a semblé
bon^ de raconter
aussi quelques uns'*
de leurs sermenlz...
Le plus commun et
ancien est :
Troisième rédaction,
4^ des
Rodomontades.
(Ms. n. a. fr. 20477,
p. 169.)
Après avoir ra-
conté aucunes Rodo-
montades et rancon-
tres^ des Espaignolz,
il m'a semblé bon de
raconter aussi au-
cuns de leurs ser-
mens... Le plus com-
mun et ancien est :
1. Voir plus loin la descriptioa d'une copie de cette 3° rédaction, antérieure
aux corrections et additions faites par Brantôme sur cet exemplaire, et qui,
après avoir appartenu à Prosper Marchand et avoir servi à l'édition de 1740,
est aujourd'hui conservée dans la bibliothèque de l'Université de Leyde.
2. Mot biffé.
3. Mot ajouté par Brantôme.
4. Brantôme corr. aucuns.
5. Ces deux mots sont omis dans la copie de Leyde.
30 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
I. Juro a Dios. i . Juro a Bios.
\ . Juro a Dideur
6i. Si por estas
barbas que nascieron
a la funiada de los
canones.
62. Si por la lita-
nia de los santos ' .
63. Cuerpo de
Dios, por el pan;
sangre de Dios, por
el vino.
Je le vis jurer une
fois à ung soldat.
Mais bien pis jura
et blasphéma ung
autre soldat à Na-
ples, où estant faicte
pragmalicqueou-
deffence de ne jurer
parmy leurs bandes,
luy ayant perdu tout
son argent dans le
corps de garde, il
dist seuUement : Be-
zo las matios, senor
Pylato. Gomme le
remerciant et sa-
chant bon gré de
quoy il avoit senten-
tié Jesus-Ghrisl. Gel-
iuy là debvoit estre
bruslé.
6i. Si por estas
barbas que nascieron
a la fumada de los
cannones.
62. Cuerpo de
Dios, por el pan;
sangre de Dios, por
el inno.
Je le vis jurer une
fois à un soldat, mais
bien pis jura et bla-
phéma un autre sol-
dat à Naples, où es-
tant faite pragmati-
que et deffance de ne
jurer parmy leurs
bandes , luy ayant
perdu tout son ar-
gent dans le corps de
garde, il dist seuUe-
ment :
63. Bezo las ma-
nos, senor Pilato.
Gomme, dist-il
aprèz^, le remerciant
et sçachant bon gré
de quoy il avoit sen-
tentié Jesus-Ghrist.
Gelluy-làdevoit estre
bruslé.
63. Si por ti&tas
barbas que nascieron
a la fumada ae los
canones.
Ils en disent bien
d'exécrables, comme
je vis un jour un
bandollier près de
Narbonne, qui jura :
Por los higados de
Dios. Malheureux
qu'il estoit.
Un autre juroit :
Cuerpo de Dios, por
el pan; sangre de
Dios, por el vin.
Je'* vis un soldat
à Naples, où estant
faicte une pragmati-
que ou deffance de ne
jurer parmy leurs ^
bandes, luy ayant
perdu tout son ar-
gent dans le corps de
garde, il dist seule-
ment : Bezo las ma-
nos, senor Pilato.
Interrogé par quel-
qu'un de ses compai-
gnons ce qu'il vou-
loit dire par là? Il
respondit qu'il re-
1. Article biffé.
2. Brantôme corr. : et.
3. Ces trois mots ajoutés entre lignes par Brantôme.
4. Ms. Ja.
5. Ms. le.
DES œUVRES DE BRANTOME.
3^
Ung aullre soldat
sortant^ de malladie
et d'une grand fleb-
vre chaude, allant à
l'église remercier
Dieu pour sa guéri-
Un autre soldat
sortant de malladie
et d'une grand fieb-
vre chaude, allant à
l'esglise remercier
Dieu pour sa guéri-
mercioit Pilate et luy
en sçavoit bon gré de
quoy il avoit senten-
tié^ nostre sauveur
Jésus Christ. 11 de-
voit'estre bruslé.
Un autre soldat es-
tant un jour entré
dans le logis d'une
femme son hostesse,
qui avoit trois ou
quatre petitz enfans
à l'entour d'elle, qui
ne faisoient que crier
et l'importuner, il
dist : Que no vive
aun el reij don Hero-
des para vengar me
d'estos ninos^. Infé-
rant par là qu'il eust
voulu le roy Hérodes
encores revivre pour
faire un second mas-
sacre des petitz inno-
cens, afin que pour
luy il n'eust plus la
teste rompue du cry
de ces petitz enfans.
Quelle religion !
Un autre, sortant
d'une malladie et
d'une grand flebvre
chaude, estant allé"*
à réglise pour en
remercier Dieu de sa
1. Ce raot a été ajouté entre lignes par Brantôme.
2. Ms. sentenhé. — Ce naéme mot a été ajouté entre les lignes dans le ms.
de Leyde.
3. Ms. minos.
4. Ms. celle.
32
NOTICE SUR LES MA\DSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
son, il clist et salua
ainsin :
64. Bezo las ma-
nos, senor Jésus, y
tan bien a vos san
Pablo %j san Pedro,
y a vos otros aposto-
les y otros sanctos.
Et se tournant vers
sainct Anthoyne : Y
no a vos, barba blan-
ca, que tan mal tu
fuego me trato en
mis calenturas. Il
maudissoit la cha-
leur et le feu qull
avoit enduré en sa
fiebvre, réputant le
tout à Monsieur de
S' Anthoyne.
65. Je vis une fois
ung bandolierau près
de Narbonne, qui
me jura : Por el hi-
gado de Dios. Cel-
luy là est fort scan-
daleux.
66. Ung autre me
jura : Por la letania
de los sanctos. Encor
celluy est comme les
autres précédens as-
sez léger.
Les Italliens ne
sont si divers en
son, il dist et salua
ainsi :
64. Bezo las ma-
nos, senor Jésus, y
tan bien a vos san
Pablo y san Pedro,
y a vos otros aposto-
los* y otros sanctos
de vida eternal''. Et
se tournant vers
sainct Anthoyne : Y
no a vos, barba blan-
ca, que tan mal tu
fuego me trato en
mis calenturas. Il
maudissoit la chal-
leur et le feu qu'il
avoit enduré en sa
fiebvre, réputant le
tout à Monsieur
sainct Anthoyne.
Je vis une fois un
bandolier auprès de
Narbonne , qui me
jura : 55 [lire 65].
Por el higado [de]
Dios. Celluy-là est
fort escandaleux.
Un autre me jura :
56 [lire 66]. Por la
letania de los sanc-
tos. Encor celluy est
comme les autres
précédens assez lé-
ger.
Les Italiens ne
sont si divers en
guérison, il dist et
saluast ainsi : Bezo
las manos, senor Jé-
sus, y tan bien a vos
san Pablo y san Pe-
dro, y a iodos vos
otros apostolos y san-
tos de vida eternal.
Et se tournant vers
sainct Anthoyne,
peint avec sa grand
barbe blanche, il
dist : Y no a vos,
barba blanca , que
tan mal tu fuego me
trato y me quemo
en mis calenturas.
Le brave Monsieur
de Bayard ne fit pas
cela; [la suite comme
aux pages -185-201
du tome VII de l'édi-
tion Lalanne.l
1. Corr. aposloles.
2. Ces trois derniers mois ont été ajoutés en marge de la main de Brantôme.
leurs jurements,
mais ils en disent de
fort scandaleux et
odieux, lesquelz il
vault mieux taire que
dire.
Noz Françoys sont
grand jureurs aussy ;
mesmes que le temps
passé ce proverbe
courroit : « Il renie
Dieu comme ung ad-
vanturier ». Mais au-
jourd'huy chascun
s'en accommode.
Dieu à tous leur face
la grâce de s'en ré-
former. Fin où il se
faut arester^
DES OEUVRES DE BRANTOME.
leurs juremens, mais
ilz en disent de fort
escandaleux et
odieux, lesquelz il
vaut mieux taire que
dire.
Nos François sont
grands jureurs aus-
si; mesmes que le
temps passé ce pro-
verbe courroit : « II
renie Dieu comme un
advanturier ». Mais
aujourd'huy chascun
s'en accommode.
Dieu à tous leur fasse
la grâce de s'en ref-
former.
Je faits pour ast'
33
heure fin à ces Rodomontades espaignolles, sur l'espoir que j'ay de
les reprendre et en réduire encor de fort belles dans la vie illustre de
nostre roy Henry quatriesme^, aujourd'huy heureusement régnant,
lesquelles se sont pratiquées parmy ces guerres espaignolles. Et faut
espérer que, si les Rodomontades espaignolles sont belles, que l'on y
en verra bien d'autres de celles de nostre Roy pour leur réplicque, car
à beau jeu beau retour, principallement celles qu'il usa en leur endroit
à la prise de Paris, en la composition et rendition des villes de la Fère,
Amians et autres. Que si Dieu me preste la vie, la santé et la grâce,
j'espère m'en acquicter dignement, ainsi que Sa Magesté m'en a
donné un très-digne subjet et que j'en ay l'affection très-grande.
S'' Page 191.
Blazon de la couleur verde. Autre de ladicte couleur verte
Verde claro y verde obscuro, 9^11^} Q^^ signiffie Espéraiice.
Esperança perdida Do raora lo verde,
Y despues cobrada. No puede mucho leonado,
1. Cette dernière phrase a été ajoutée par Brantôme.
2. Voir L. Lalanne, Brantôme, sa vie et ses écrits (1896). p. 350 et 352.
1904 3
34 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Do Esperança no se pierde, Autre.
Poco aprovecha el cuydado. Si amor pone las escalas
Al muro del coraçon,
Autre. El verde da TEsperança
, , u 1 T?. „ Y ninguna defension.
Yo son el verde, nombra do Espe- °
[rança, Autre.
De loda tiniebla l'humbre, Quien me da graves passiones
De las virtudes la cuinbre, Mando que la puente alçassen,
Remedio de servidumbre Por que servicios no passen,
Y de los humanos holgança. Ni el verde s'espeû galardones.
4" Page 195. Brouillon d'une autre dédicace à la reine de
Navarre, pour une traduction de Lucain, avec corrections
autographes et signature de Brantôme à la fin (éd. Lalanne,
t. X, p. 4-8) :
« Madame, Dernièrement, que je vous estois allé faire la révé-
rance à Usson, j'eus cet honneur d'entrer dans vostre salle et
vous voir manger tous les jours... »
Tout le passage qui suit, biffé dans le manuscrit, a été omis
dans l'édition Lalanne (X, 7) :
Sur ce, Madame, j'ay pensé que, si vouliez prendre la peine, parmy
aucuns de vos loysirs et en passant vostre temps, de vouloir tra-
duire ces livres de Lucain en vostre langue françoyse, j'entens en
prose seulement, ainsi qu'a faict Viginaire sa Dellivrance de Hiéru-
salem, car autrement ilz ne seroient pas si beaux; je croy que ce
seroit le plus bel œuvre et le plus admirable qui soit esté faict de
tous nos temps. Pour Dieu, Madame, entreprenez cela, vous en pour-
rez venir à bout mieux et à vostre honneur que personne de la
France, ny sans vous peiner, raportez-y un peu votre gentil esprit,
despliez-y vos sens, employez-y vostre savoir et beau dire. Moy, je
fournyray d'encre et de papier, et ma peine, qui ne sera pas trop
grande, puisqu'elle me sera très honnorable d'escrire soubz vous.
C'est un œuvre, Madame, digne de vous, et mesmes, ayant esté faict
en latin, d'une belle, honneste, vertueuse et docte dame romaine, et
Ton dira qu'il a esté aussi traduict en françoys par une Reyne, la
merveille du monde, qui en a faict un présent à sa France et à ses
subjetz. Je vous dis cecy. Madame, parce que je vous vis dernière-
ment (ainsi que me distes) en humeur et volunté de traduire FOdis-
sée d'Homère en françois, si elle n'estoit point traduicte. Je ne sçay
DES œUVRES DE BRANTOME. 35
si elle l'est, ouy ou non, mais cet œuvre de Lucain est bien autre
chose, et plus cligne de vous, ainsi qu'il y a différance entre le faux
etle vray, et entre la fable et l'histoire, qui est contenue dans Lucain.
Je voudrois, Madame, estre bon orateur, pour vous en persuader la
volunté et la traduction, quand j'auroy cet honneur d'estre près de
vous, en vous supliant très humblement, Madame, me pardonner, si
je suis esté si présumptueux de vous adresser telles paroUes, y allant
à la bonne foy, et d'un désir que j'ay de voir un œuvre si admirable
sortir d'une telle royalle et digne Magesté que la vostre, pour la pros-
périté de laquelle je suplie la divinité tant que je puis, et me face
aussi la grâce que puissiez un jour cognoistre combien je vous suis,
Madame*.
X (20478) . Discours sur M. de la Noue et sur les retraites
de guerre, et fragment des Vies des grands Capitaines (éd.
Lalanne, t. VII, p. 203-265 et 267-303, et t. V, p. 218-229).
— 175 et 15 pages.
i" Page 1 . Discours sur M. de la Noue. — Début : [Titre pos-
térieur.] « Discours sur Monsieur de la Noue, assavoir à qui l'on
est plus tenu, à son Roy, ou à sa patrie, ou à son bienfacteur, »
« J'estois ung jour en une honneste compaignée d'honnestes
seigneurs... » — Fin : «- ... que je crains estre trop long. »
2° Page 109. Discours sur les retraites de guerre. —
Début : [Titre postérieur.] « Discours sur les belles retraictes. »
« Autre discours. [Titre autogr. de Brantôme.] J'ay souvant
ouy dire à de grands capitaynes et généraux d'armées... » —
Fin : « .. de ceste matière et subject parlé. »
3° Page 1-15 (en retournant le volume). Fragment des Vies
des grands Capitaines. — Début : « L'un feust le grand
maistre d'Aubusson, qui défendit si vaillanment Rhodes... » —
Fin : « ... et porta et honneur et tesmoignage au Grand
Maistre... »
1. Sur trois feuillets préliminaires, d'une autre écriture, on trouve copiées
les pièces suivantes : 1° « Articles de la juridiction donnée à messeigneurs les
connestabies et naareschaux de France, ou leurs lieutenans à la Table de marbre,
au Palais à Paris, sur le fait des guerres et payement de la gendarmerie. » —
2° « Édit par lequel le Roy départit les lymiles de France à trois marescbaux
icy nommez, leur donnant juridiction à chacun selon le lieu à luy départy. » —
3° « Ordonnances du Roy sur l'ordre et forme des monstres, gages et paiements
des bendes des chevaulx légiers... » [Début seul de cette ordonnance de
Henry IL]
36 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
XI (20474). Premier livre des Dames (éd. Lalanne, t. VII,
p. 307-443, et t. VIII, p. 1-203). — 188 feuillets.
Début : « Discours premier des Dames, sur le reyne Anne de
Bretagne. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux m'amu-
ser aux anciens {corr. : ancienes)... » — Fin : «... et jà sur
l'aage j'ay entretenu son peuple et les... »
Après ces derniers mots, de nombreux feuillets ont été arra-
chés, et le volume se termine par les deuxième et troisième dis-
cours du second livre des Dames (éd. Lalanne, t. IX, p. 254-
327).
Fol. 162. [Discours sur le sujet qui contente le plus en amours,
ou le toucher, ou la veue, ou la parole.] « ... en sont estées plus
curieuses et exquises que les nostres, tant en parfums qu'en
parure... — ... quand il veut, la sçait bien déprimer. Fin. »
Fol. 182. « Autre discours [sur la beauté de la belle jambe].
Entre plusieurs belles beautez que j'ay veu louer... — ... ont une
grande faveur et pouvoyr à l'empire d'amour. »
Les nombreuses additions et corrections autographes, faites
par Brantôme dans cette seconde partie du manuscrit, sont
reproduites dans la copie de Dupuy (ms. 608).
On pourra juger des différences, relativement légères, des
quatre rédactions du premier livre des Dames par les quelques
extraits suivants :
Première rédaction. Seconde, troisième et quatrième
rédactions^.
(Ms. n. a. fr. 20474, fol. 2.) (Mss. n. a. fr. 20480, p. 5, 20475, p. 1,
et franc. 3272, p. 1.)
Discours premier des Dames, sur Discours premier des Dames, sur
la reyne Anne de Bretagne. la reyne Anne de Bretaigne^.
Puis quMl me faut parler des Puis qu'il me faut parler des
Dames, je ne veux m'amuser aux Dames, je ne veux m'arauser aux
anciens \ dont les histoires sont anciennes, dont les hystoyres-*
toutes pleines, et ne seroit qu'en sont toutes pleines, et ne seroit
1. Brantôme corr. ancienes.
2. Les variantes des 3^ et 4» rédactions sont indiquées en notes.
3. Dans la i' rédaction, ce titre est précédé du titre général suivant : Pre-
mier volume des Dames, dédié à la susdite reyne de France et de Navarre.
4. Histoires, 3° rédact.
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
37
chafourer le papier en vain, puis
quMl ' y en a assez d'escrit, et
mesmes ce grand Bocace en a
faict un beau livre à part. Je me
contenteray donc d'en escrire
d'aucunes particulières et prin-
cipallenient des nostres^ et de
celles de nostre temps ou de noz
pères, qui nous en ont peu re-
conter. J'acommenceray donq par
nostre reyne Anne de Bretaigne,
la plus digne et honnorable reyne
qui ayt esté despuis la reyne
Blanche, mère du roy^ Louys...
qu'en chaffourrer le papier en
vain, car il y en ha^ assez d'es-
cript et mesmes ce grand Boc-
casse '' en a faict ung beau livre
à part. Je me contanteray donq
d'en escripre d'aucunes particul-
lièreset principallementdes nos-
tres, de nostre France et de celles^
de nostre tempz ou de noz pères,
qui nous en ont peu raconter." Je
commanceray donq par nostre
reyne Anne de Bretaigne, la plus
digne e^ honnorable reyne qui
ayt esté despuis la reyne Blanche,
mère du roy sainct Louys...
Second discours sur laretjne mère,
Catherine de Médicis.
Je me suis cent fois estonné et
esmerveilié de tant de bons es-
crivains, que nous avons veu de
nostre temps en la France, qu'ilz
n'ayent esté curieux de faire
quelque beau recueuil de la vie
et gestes de la reyne mère Cathe-
rine de Médicis, puis qu'elle en
ha produict d'amples matières et
taillé bien de la besongne, sija-
mays reyne de France tailla \
ainsin que dit l'empereur Charles
Second discours sur la reyne mère
de noz roys derniers'', Cathe-
rine de Médicis.
Je me suis cent fois estonné et
esmerveilié de tant de bons es-
crivains, que nous avons veu de
nostre temps en la France, qu'ilz
n'ayent esté curieux de faire
quelque beau recueil de la vie et
gestes de la reyne mère Cathe-
rine de Médicis, puisqu'elle en a
produict d'amples matières et
taillé bien de la besongne, si ja-
mais reyne de France ^'^ tailla,
ainsin que le dict l'empereur
1. Corr. car il.
2. Add. de nostre France.
3. Add. St.
4. Add. autogr. de Brantôme.
5. A, Z" et 4° rédact.
6. Boccasse, 3° rédact.; Boccace, 4"= rédact.
7. De celles, 3" rédact.
8. Et, 3" rédact.
9. Ces quatre mots ajoutés de la main de Brantôme.
10. Ces deux mots omis dans le ms. de Bélhune.
38
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
à Paulo Jovyo une fois, à son re-
tour de son triuraphant voyage
de la Goulele, voulant faire la
guerre au roy François, qu'il fîst
seulement provision d'encre et
papier, qu'il luy alloit bien tailler
de la besongne... Il y en a heu
un portant qui s'en est voulu
mesler d'en escrire, et de faict en
risl un jjetit * livre, qu'il intitula
la Vie de Catherine; mais c'est
un imposteur et non digne d'estre
creu, puis qu'il est plain plus de
menteries que de veritez, ainsin
qu'elle mesme le dit, l'ayant veu.
Comme telles fausetés sont appa-
rentes à un chacun et aysées à no-
ter et dejeter'^, aussi celuy qui
l'a faict luy vouloit mal mortel...
Quand à moy, je desirerois fort
avoir le bien ^ dire, ou que j'eusse
une bonne plume et bien taillée
à commandement pour Texalter
et louer comm' elle le mérite.
Toutesfois tel qu'il ■* est, je m'en
vais remployer à l'azard. Geste
reyne donc est extraicte du costé
du père de la race de Médicis,
l'une des nobles et illustres mai-
sons, non seulement de l'Italie,
mais de la chrestienté, quoy qu'on
en die. Elle estoit estrangère de
ce costé; comme les alliances des
grands ne se peuvent prendre
communément dans leurs royau-
mes, la maison toutesfois de Mé-
Charles a Paulo Jovio une fois, à
son retour de son triumphant
voiage de la Goulette, voullant
faire la guerre au roy François,
qu'il fist seuUement provision
d'ancre et papier, qu'il luy alloit
bien tailler de la besongne... Il y
en a heu ung pourtant qui s'en
est vouleu mesler d'en escrire, et
de faict en fist ung petit livre,
qu'il intitula la Vie de Catherine ;
mais c'est ung imposteur et non
digne d'estre creu, puis qu'il est
plus plain de menteries que de
vérité, ainsin qu'elle mesmes le
dict, l'aiant veu. Comme telles
faulsettez sont aparantes à ung
chacun et aisées à notter et de-
jetter, aussi celluy qui l'a faict
luy vouloit mal mortel... Quand
à moy, je desirerois fort sçavoir
bien dire ou que j'eusse une
bonne plume et bien taillée à
commandement pour l'exalter et
louer comme elle le mérite. Tou-
tesfois telle^ qu'elle est je m'en
vais l'emploier à l'azard. Geste
reyne donq est extraicte du costé
du père de la race de Médicis,
l'une des nobles et illustres mai-
sons, non seuUement de l'Ytallie,
mais de la chrestienté, quoy
qu'on en die. Elle estoit estran-
gière de ce costé; comme les al-
liances des grands ne se peu-
vent prendre communément dans
1. Add. autogr. de Brantôme.
2. Add. autogr. de Brantôme.
3. Corr. autogr. de Brantôme : fort savoir bien.
4. Corr. autogr. de Brantôme : tele qu'ele.
5. Add. autogr. de Brantôme.
DES CEDVRES DE BRANTOME. 39
dicis auroit quasi lousjours esté leurs roiaumes^, la maison tou-
alliée et confédérée aveq la cou- tesffois de Médicis auroit^ quasi
ronne de France, dont encores toujours esté aliee et confédérée
ilz portent les fleurs des lys, que aveq la couronne de France, dont
le roy Louys Xll ' donna à ceste encores ilz portent^ les fleurs de
maison en signe d'allience et con- lis, que le roy Louis unsiesme
fédération perpétuelle. Mais de la donna à cette maison en signe
génération maternelle sortie ori- d'aliance et confédération perpé-
ginellement de Tune des plus tuelle. Mais^ de la génération,
nobles et anciennes maisons de maternelle eW est ^ sortie origi-
France. . . nellement de l'une des plus nobles
maisons de France...
XII (20475). Premier livre des Dames (éd. Lalanne,
t. VII, p. 307-t. VIII, p. 204). — II et 451 pages.
Début : « Discours premier des Dames, sur la reyne Anne de
Bretaigue. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux
m'amuzer aux anciennes. . . » — « ... d'aborer la domination des
femmes. »
XIII (20480). Premier livre des Dames (éd. Lalanne,
t. VII, p. 307-t. VIII, p. 204). — 430 pages.
Début : « Discours premier des Dames, sur la reyne Anne de
Bretaigne. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux
m'amuser aux anciennes... » — Fin : «... d'aborrer la domi-
nation des Françoise C'est assez parler des choses sérieuses, il
faut ung peu parler des gayes. »
1. Corr. XI.
2. Le ms. de Bélhune contient ici celle addition autographe de Brantôme :
« Aussy n'est-ce pas quelques foys le meilleur, car les alliances estrangères
valent bien autant ou plus que les prochaynes. »
3. Corr. a.
4. Corr. en porte,
5. Mot biffé.
6. Add. autogr. de Brantôme.
7. François biffé par Brantôme et corrigé en famés; la suite a aussi été
biffée par Brantôme.
AO NOTICE SUR LES MANDSCRITS ORIGIXAUX ET AUTOGRAPHES
DEUXIÈME RÉDACTION.
Manuscrit de Bignon.
(Français 6694, anc. Supplément 120.)
Vies des grands Capitaines (éd. Lalanne, t. I, p. 9-t. V,
p. 296). — 412 feuillets.
Début : « Recueil d'aucuns discours, devis, contes, hystoyres,
combatz, actes, traitz... Or ce recueil en ce que touche les
hommes est rédigé en deux grands volumes...
[Dédicace.] « A la Reyne de France et de Navarre. Madame,
si j'ay heu quelque fois par vostre permission cest honneur. . .
« J'acommence mon œuvre par l'exaltation d'aucuns grands
capitaynes et personnages de guerre... » — Fin : « ... pourtant
la France, qui l'a veue d'autrefois, mais non ce qu'elle est main-
tenant, a esté ung pays incomparable en tout. »
On lit en haut du premier feuillet : « Monsieur Bignon,
maître des requestes et bibliothécaire du Roy, a donné ce manus-
crit à la Bibliothèque le 7 novembre 1745. »
C'est le seul volume, qui paraisse subsister aujourd'hui, de la
seconde rédaction des œuvres de Brantôme, en quatre grands
volumes, deux pour les Hommes, dont celui-ci est le premier, et
deux pour les Dames.
TROISIÈME RÉDACTION.
Manuscrits de Béthune.
(Français 3262-3264 et 3270-3273.)
I (3262). Vies des grands Capitaines, l*"" livre (éd. Lalanne,
t. I, p. 7-t. II, p. 282). —271 feuillets.
Titre ajouté de la main qui a fait des corrections en divers
endroits du volume (fol. 3) : « Les Vies des grands Capitaines
estrangers du siècle dernier, empereurs, roys, princes et gentils-
hommes, avec celles de leurs partizans, recueillies en forme
d'histoire, par Messire Pierre de Bourdeille, vivant seigneur de
Branthome et des baronnies de Richemont, S*-Crespin, et la Cha-
DES œilVRES DE BRANTOME. 4^
pelle Montmoreau, chevalier de l'Ordre du Roy et de l'Habito de
Christo de Portugal.
« Il faudra mettre icy les armes de Bourdeille et de Yivonne*. »
Puis, de même main, au fol. 4, la dédicace « à la reyne Mar-
guerite, » imprimée dans l'édition Lalanne, t. I, p. 8. Elle a été
transcrite sur le recto d'un feuillet blanc, collé sur le feuillet
anciennement numéroté 4 (aujourd'hui 4 bis), de façon à cacher
la fin d'une autre dédicace, qui se terminait au recto de ce même
feuillet et dont le commencement se trouvait au feuillet ancien-
nement numéroté 3, qui a été coupé et dont il ne reste plus que
le talon formant onglet. Voici ce qui subsiste de cette autre dédi-
cace (fol. 4 bis) :
... Les roys maislres en leurs armées, les suivre et les courtiser
en leurs courtz^ [ensemble de servir les belles et honnesles dames
de la court de nos grandes reynes et princesses et passer aussi mon
temps en autres divers et très beaux exercices 2,] et passer aussi mon
temps en autres exercices^. Je seray donques excusé, Madame, si
vous ne voyez icy un seul bel ordre d'escrire, ny aucune belle dispo-
sition de paroUes éloquentes, el les remetz aux mieux disans et escri-
vains, j'entendz de ceux qui vous ont peu imiter en vostre beau par-
ler. Bien vous diray-je, Madame, ce que j^escritz est plein de vérité
de ce que j'ay veu, je Tassure, de ce que j'ay appris et sçeu d'autruy,
je n'en puis mais. Si tiens-je pourtant beaucoup de choses de grandes
personnes, tant hommes que femmes, et de livres très véritables
et dignes de foy. Voylà enfin, Madame, comme je me présente à
V[ostre] M[ajesté], avec dévoction et vœu solempnel de vous demeurer
à éternité.
Vostre très humble et très obéissant subject et très affectionné
serviteur.
De Bourdeille.
Début (fol. 4 bis v") : « Premier livre des Hommes. J'acom-
mance^ mon livre par les louanges et gloires d'aucuns grands
1. Bourdeille : d'or, à deux pattes de griffon de gueules, onglées d'azur, et
posées en contrebande l'une sur l'autre. — Vivonne : d'hermines, au chef de
gueules.
2. Cette phrase entre crochets a été ajoutée en marge, de la même main de.
copiste.
3. Mots biffés.
4. Corr. Je commence.
42 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
capitaines... » — Fin (fol. 271) : « ... bons capitaines et grandz
personnages estrangers. [Il faut maintenant venir à nos braves
François, qui vallent bien les autres, selon qu'on le verra par la
preuve. Et pour mieux accommencer, je viens à nostre brave et
gentil roy Charles VIIF de ce nom. Fin du premier livre i.] »
II. — Le tome II manque ; il contenait les feuillets 272 à 536,
sur lesquels était transcrit le second livre des Grands Capi-
taines. Il n'est plus représenté aujourd'hui que par la copie
faite, après les dernières corrections du texte, par les soins de
P. Dupuy, et qui porte le n" 610 dans sa collection (éd. Lalanne,
t. II, p. 283-t. m, p. 413).
III (3263). Vies des grands Capitaines, 3" livre (éd. La-
lanne, t. IV, p. 1-t. V, p. 123). — 272 feuillets, numérotés
537 à 791, plus un dernier feuillet.
Début (fol. 537) : « Troisiesme livre des Hommes illustres et
grandz Capitaines. Monsieur le mareschal de Termes a esté un
très grand capitaine... » — Fin (fol. 792) : «... ce que n'eust
sceu faire si aysément l'autre. Voila ce qu'on^ disoit alors. »
IV (3264). Vies des grands Capitaines, 4" livre, et Discours
sur les colonels (éd. Lalanne, t. V, p. 123-296, et t. V,
p. 297-t. VI, p. 231). — 283 feuillets, numérotés 792 à 889 et
1 à 185,2.
Début (fol. 792) : « Le quatriesme livre des Hommes illustres
et grandz Capitaines. Monsieur le mareschal de Biron. Parlons
maintenant de Monsieur le mareschal de Biron... » — Fin
(fol. 889) : « ... pourtant la France, qui l'a veue et autres fois,
mais non ce qu'ell' est maintenant, a esté un pays incompa-
rable en tout. »
Fol. 98-283 (a ne. fol. 1-186). « Discours sur les couronnelz
de l'Infanterie de France. Après avoir parlé des grandz capi-
taines et généraux d'armées... — ... et y verrions de plus belles
choses et enrichies qu'il n'y a de joy. Or c'est assez. Fin. »
V-VII (3272, 3271 et 3270). Premier livre des Dames (éd.
1 . Cette dernière phrase a été biffée dans le ms.
2. Add. en.
DES CEDVRES DE BRANTOME. 43
Lalanne, t. VII, p. 307-t. VIII, p. 204). — 92, 48 et
69 feuillets.
V (3272). [Copie dans Dupuy, 611, fol. 9-114 y\] — Début :
« Premier volume des Dames, dédié à la susdite reyne de
France et de Navarre. Discours premier des_ Dames, sur la
reyne Anne de Bretaigne. Puis qu'il me faut parler des
Dames, je ne veux m' amuser aux anciennes... » — Fin :
«... Il fallust que la justice usast de son droict, et c'est la
fin de l'histoyre. Fin. »
VI (3271). [Copie dans Dupuy, 611, fol. 115-175 v°.] —
Début : « Discours sur la reyne d'Hespaigne, Elisabet de
France. J'escripts icy de la reyne d'Hespaigne, Elisabet de
France et vraye fille de France... » — Fin : « ... Car si
jamais fut veue du monde personne en figure céleste, certes
vous Testes. Fin. » — A la fin six vers et, au début du
volume suivant, un quatrain en l'honneur de Marguerite de
Navarre, imprimés dans l'édition Lalanne, t. VIII, p. 85
et note 1 .
VII (3270). [Copie dans Dupuy, 611, fol. 176-265 v°.] —
Début (fol. 1 v") : « Discours sur les* filles de la^ maison de
France. C'est une chose que j'ay veu noter à de grandes
personnes, tant hommes que dames de la court... » — Fin :
«... estant en fin le naturel de plusieurs hommes d'aborrer
la domination des femmes. »
YIII. — Le tome VIII manque; il contenait le second livre
des Dames, dont la copie forme aujourd'hui le n° 608 de la col-
lection Dupuy (éd. Lalanne, t. IX, p. 1-529). Le dernier dis-
cours de ce second livre se trouve entête du volume suivant.
IX (3273). Rodomontades et serments espagnols, avec la
fin du second livre des Dames (éd. Lalanne, t. VII, p. 5-145 et
179-185, note 1, et t. IX, p. 530-727). — 182 feuillets.
En tète du fol. 1, une note autographe de Brantôme porte :
« Ce livre est du tout incorrect et imparfait, par quoy n'y faut
nullement jeter la veue, mays qui le veut voyr bien corrigé lise ,
mon livre qui est couvert de velours tané, ou mon grand livre
1. Mesdames, corr. autogr. de Brantôme.
2. Brantôme ajoute noble.
44 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
couvert de velours verd, où sont tous mes discours escritz tou-
chant les Dames. »
Puis, au fol. 1 v'', de la main du copiste : « Ce discours subs-
séquent doit estre mis avecques l'autre et second volume, que
j'ay fait des Dames et dédié à Monsieur le duc d'Alençon ; mais
par faute de papier, qui a manqué à l'autre volume, je l'ay icy
mis et inceré, en attandant que je les réduise tous ensemble et en
bon ordre. »
Début (fol. 2) : « Discours sur les femmes mariées, les vefves
et les filles, à sçavoir desquelles les unes sont plus chaudes à
l'amour que les autres. Moy estant un jour à la court d'Es-
paigne... » — Fin : « ... d'un bon correcteur pour rhabiller le
tout. »
Fol. 107 v°. Rodomontades espagnoles, 3'' rédaction. « Ce
recueil qui s'ensuit des Rodomontades espaignoUes est dédié à
nostre reyne... » — Fol. 108. « Discours d'aucunes Rodomon-
tades et gentilles rencontres et parolles espaignoUes. Il faut un
peu parler des Rodomontades... — ... et mesurer les terres de
l'un et des autres. »
Fol. 179 v°. Serments et jurements espagnols. « Après avoir
raconté aucunes Rodomontades des Espaignolz... — ... et j'en
ay l'affection très grande. » (Voir plus haut, p. 25 et 29, les
extraits des différentes rédactions des Rodomontades .)
Copies des manuscrits de Béthune
faites pour les dupuy
(1645-1650).
(Collection Dupuy, n»» 608-613.)
I (609). Vies des grands Capitaines, tome I. — Copie, faite
en 1646, du tome I (fol. 1-271) du manuscrit de Béthune
(français 3262). — 377 feuillets.
II (610). Vies des grands Capitaines, tome II. — Copie,
faite en 1646, du tome II (fol. 272-536) du manuscrit de
Béthune (aujourd'hui perdu). — 412 feuillets.
III (613). Vies des grands Capitaines, tome III. — Copie,
faite en 1645, du tome III (fol. 537-791) du manuscrit de
Béthune (français 3263). — 283 feuillets.
DES œUVRES DE BRANTOME. 45
IV (612). Vies des grands Capitaines, tome IV, et Dis-
cours sur les colonels. — Copie, non datée, du tome IV
(fol. 792-889 et fol. 1-283) du manuscrit de Béthune (fran-
çais 3264). — 327 feuillets.
V (611). Premier livre des Dames. — Copie,_ faite en 1646,
des tomes V, VI et VII du manuscrit de Béthune (français 3272,
3271 et 3270). — 265 feuillets.
VI (608). Second livre des Daines. — Copie, faite en 1650,
du tome VIII du manuscrit de Béthune (aujourd'hui perdu). —
369 feuillets.
Les Rodomontades et serments espagnols, qui, avec le
septième et dernier discours du second livre des Dames, for-
maient le tome IX du manuscrit de Béthune, ne se trouvent pas
dans la collection Dupuy.
COPIES DIVERSES
DES MANUSCRITS DE BRANTOME.
Bibliothèque nationale.
Mss. français 3265-3268. — Vies des grands Capitaines.
— Quatre volumes in-folio; 512, 471, 445 et 452 feuillets.
Reliure en parchemin granité. (De Mesmes, 313-316; ancien
j^os 8776^-^)
Le ms. français 3269, placé à la suite de ces quatre volumes,
contient la copie faite, par Antoine Lancelot, d'additions et
notes au livre III des Grands Capitaines contenues dans le ms.
de Béthune, aujourd'hui n° 3263 du fonds français. — In-folio,
36 feuillets. Demi-reliure. (Lancelot 45; ancien n° 8772^.)
Mss. français 6688-6693. — Vies des grands Capitaines,
en quatre livres, et deux livres des Dames. — Six volumes
in-folio; 418, 402, 481, 452, 347 et 516 feuillets. Reliure en
maroquin rouge (sauf le t. II, relié en veau rac), aux armes de *
Philippe-Elisabeth d'Orléans, M"* de Beaujolais. (Ancien Supplé-
ment 3683'-^)
46 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Ms. français 14343. — Seconde partie du premier volume des
Dames, commençant au « Discours sur la reine de France et de
Navarre, Marguerite. » — In-4''; 189 feuillets. Reliure en veau
racine. (Ancien supplément 1652.)
Mss. français 17445-17448. — Vies des grands Capitaines.
— Quatre volumes, in-folio; 416, 452, 494 et 332 feuillets.
Reliure en veau granité. (Ancien Saint-Germain, Gesvres 24.)
Mss. français 17455 et 17450 à 17454. — Vies des grands
Capitaines, en quatre livres, et deux livres des Dames. —
Six volumes, in-folio; 562, 414, 458, 343, 299 et 441 feuillets.
Rel. en veau rac. (Ancien Saint-Germain français 1001^ ^' 2-^)
Deux autres copies partielles des œuvres de Brantôme ont été
jointes à cet exemplaire : 1° ms. français 17449, premier livre
des Dames; — 2° ms. français 17456, deuxième livre des
Grands Capitaines. — Deux volumes, in-folio; 359 et
499 feuillets. Reliure en veau racine, aux armes et chiffre du
chancelier Séguier. (Ancien Saint-Germain français 1001' ^^^.)
Mss. français 20675, 20677, 20678 et 20676. — Vies des
grands Capitaines, en quatre livres (moins le troisième), et
premier livre des Dames. — Quatre volumes in-folio, 366, 194,
208 et 135 feuillets. Reliure en veau brun, sauf le premier
volume, qui est relié en parchemin granité. (Ane. Missions-
Étrangères 137'"^.) — La copie du premier livre des Dames
porte la date 1656.
Ms. français 20205 des nouvelles acquisitions. — Vies des
grands Capitaines, premier livre, et deux livres des Dames.
— In-folio, 313 feuillets. Rehure en parchemin. (Provient du
Collège de Clermont, à Paris, n" 808; puis de G. Meerman,
n° 859; et de sir Thomas Phillipps, ms. 27 ; n° 177 de la vente
de 1903.)
Bibliothèque de l'Arsenal.
Mss. 6303-6311. — Neuf volumes, in-folio, reliés (sauf le
premier) en veau marbré et ainsi distribués :
1" Ms. 6303. Premier livre des Grands Capitaines. —
501 feuillets. Reliure en maroquin rouge, aux armes du comte
de Crissé, et avec ex-libris gravé de B.-H. de Fourcj. (Provient
du marquis de Paulmy ; ancien n" 878, H. F.)
DES OEUVRES DE BRANTOME. 47
2" Mss. 6304-6307. Vies des grands Capitaines, incom-
plète du premier volume et ainsi divisée : Tome IL « Second
volume... Dora Philippe, roy d'Espagne. Or maintenant, après
avoir parlé du père... » (éd. Lalanne, II, 71). — III. « Troi-
sième volume... Monsieur de Nemours, Gaston de Foix. Le Roy
ayant retiré de Milan... » (éd. Lalanne, III, 8).' — IV. [Qua-
trième volume.] « Monsieur le maresclial de Termes. Monsieur le
mareschal de Termes a esté un très grand capitaine... »
(éd. Lalanne, IV, 1). — V. « Cinquième volume... Monsieur
l'admirai de Chastillon. Maintenant il me faut parler... — ...
perdit le marquisat [de La Vallette] et tout par un despit »
(éd. Lalanne, IV, 285). — 305, 333, 376 et 322 feuillets.
3" Ms. 6308. Tome VI. « Discours sur les Colonnels de l'In-
fanterie de France. » — 312 feuillets.
4° Mss. 6309-6311. Tomes VII-IX. Deux livres des Dames,
dont le second est partagé en deux volumes, au 5" « Discours
sur le sujet qui contente plus en amours. » — 293, 218 et
248 feuillets. (Provient du marquis de Paulmy ; ancien n" 878,
H. F.)
Bibliothèque Mazarine.
Mss. 2059-2065. — Vies des grands Capitaines, en quatre
volumes, et deux livres des Daines, dont le second est partagé
en deux volumes, au 5® Discours, comme dans la copie qui pré-
cède. — Sept volumes, in-folio; 444, 614, 534, 463, 304, 272
et 307 feuillets. Reliure en maroquin rouge, avec ex-libris gravé
de Charlotte-Anne-Françoise, duchesse de Montmorency- Luxem-
bourg. (Anciens n"' 1912 et 1913.)
Mss. 2066-2067. — Vies des grands Capitaines, premier,
second et quatrième livres ; le troisième livre manque et les deux
premiers sont reliés en un volume, qui se termine par ces mots :
«... qu'il méritoit certes sans mentir. Fin du second volume des
Hommes illustres. » — Deux volumes, in-folio ; 326 et 185 feuil-
lets cartonnés. (Provient des Minimes de Paris ; anciens n°' 3104
et 3105.)
Ms. 2068. — Rodomontades espagnoles ; 3" rédaction, mais
avec une numérotation des jurements plus élevée à la fin de
48 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
deux unités : « 68. Por la letania de los santos. » — In-4°;
85 feuillets. Reliure parchemin. (Ancien n° 2079 a.)
Sous les n°^ 2048-2058 (3106-3115 et 2959 a), on conserve
encore à la Bibliothèque Mazarine un exemplaire de l'édition de
Leyde, 1722, in-12, collationné sur les mss. de Béthune et une
copie des additions et notes de Lancelot (ms. franc. 3269).
Bibliothèque de l'Institut.
Mss. 328-333. — Vies des grands Capitaines, en quatre
livres, et deux livres des Dames. — Six volumes, in-folio;
524, 518, 529, 367, 314 et feuillets. Reliure en veau granité,
aux armes de Gaspard Fieubet de Naulac, et avec le cachet de la
bibliothèque d'Antoine Moriau. (N°^ 522 et 523 de l'inventaire
de M. F. Bournon.)
Bibliothèque de l'Université, a la Sorbonne.
Mss. 357 et 358. — Vies des grands Capitaines, premier
et second livre, finissant par : « ... qu'il méritoit certes sans
mentir. Fin du second volume des Hommes illustres. » —
Deux volumes, in-folio. Reliure en veau granité, aux armes du
maréchal duc de Grammont.
Bibliothèque de la ville de Paris.
Ms. 6933. — « Vies des Dames illustres de la cour de France,
recueillies par un bon autheur. » Premier livre des Dames. —
In-folio. Rel. veau granité, aux armes de Louis Chauvelin, sei-
gneur de Grisenoy. (N" 241 de l'inventaire de M. F. Bournon.)
Bibliothèque royale de Bruxelles.
Mss. 21163-21169. — Vies des grands Capitaines, en
quatre livres, et deux livres des Dames, dont le second est par-
tagé en deux volumes, après le 6'' Discours. — Sept volumes,
in-folio; 483, 471, 412, 274, 370, 285 et 208 feuillets. Demi-
reliure et reliure parchemin jaspé.
Ms. 10417-10418. — Fol. 32-54. « Maximes et advis du
DES œCVRES DE BRANTOME. 49
maniement de la guerre, » par André de Bourdeille, frère aîné
de Brantôme. — ^1-4"; 54 feuillets. Reliure parchemin.
Bibliothèque de Carpentras.
Mss. 620 et 621 (L.592). — Vies des grands Capitaines,
tome II, et premier livre des Dames. — In-folio; 376 feuillets.
Reliure en veau.
Le premier livre des Dames s'arrête à la fin de la notice de la
reine Jeanne de Naples (éd. Lalanne, t. VIII, p. 204). — A la
suite ont été ajoutées les deux épitaphes, en vers et en prose, de
¥«■« d'Aubeterre (éd. Lalanne, t. X, p. 81-87).
Bibliothèque de Chateaudun.
Ms, 538. — Premier livre des Dames. — In-folio ; 1 et
191 feuillets. Reliure en basane.
Bibliothèque de l'Université de Leyde.
Ms. supplément 772 (Marchand 42). — Rodomontades et
serments espagnols, et fragments de traduction de Lucain. —
In-4'', 272 pages. Reliure en velours vert. (« Ex libris Prosperi
Marchand, bibliopolae Parisiensis, via Jacobsea. »)
C'est une copie ancienne, faite par l'un des secrétaires de
Brantôme, de la troisième rédaction des Rodomontades et ser-
ments espagnols, qui est conservée dans le ms. n. a. fr. 20477,
mais sans les corrections et additions autographes faites par
Brantôme à ce dernier exemplaire '. — A la suite (p. 254-272) se
trouvent les différentes pièces reproduites, d'après l'édition de
1740, dans l'édition Lalanne, t. X, p. 4-16.
Sur la couverture en velours du volume on lit le nom de
1. Une addition autograplie de Brantôme, à la p. 202 du ms. de Leyde : « et
en porta les couleurs jaune et tanné, » se retrouve dans le ras. n. a. fr. 20477;
une autre note autographe, au début des Serments (p. 224), en regard du
n" 10, « Si por l'aima de mi madré qu'este en parayso. Pensez qu'il en avoyt
un bon certificat », n'est pas reproduite dans le ms. n. a. fr. 20477.
-1904 4
50 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
« Nicolas Le Broc » et au dernier feuillet de garde se trouvent
les signatures « S. Noury » et « N. Le Broc, » à propos duquel
Prosper Marchand a ajouté plus bas la note suivante : « Ce
« Le Broc étoit apparemment fils de Jacques le Broc, ou de Broc,
« chevallier, baron de S. Mars, Lizardière, Cherairê, etc., mari
« de Marguerite de Bourdeille, fille de Claude de Bourdeille, fils
'< d'André de Bourdeille, frère aîné de notre Pierre de Bourdeille,
« abbé et seigneur de Brantôme et auteur de cet ouvrage, dont ce
« Le Broc étoit par conséquent arrière-petit-neveu, et c'est sans
« doute par ce moyen que ce manuscrit lui étoit venu entre les
« mains. Très longtemps après, l' aïa a t trouvé chez un libraire, je
« ne tardai pas à m'en accommodera »
Bibliothèque de Marseille.
Ms. 1441 (Aa. 25-R.30). — Vies des grands Capitaines,
livres I à III. — In-folio; 695 feuillets. Reliure en veau. (Pro-
vient de l'Académie de Marseille.)
Bibliothèque de Me aux.
Mss. 104-106 (98-100). — Vies des grands Capitaines,
livres I à III. — Trois volumes, in-folio; 406, 573 et 432 feuil-
lets. Reliure en veau. (Provient de Saint-Faron.)
Bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye.
Ms. 25 (E.74). — Vies des grands Capitaines, tomes III
et IV, et second livre des Dames, divisé en deux volumes, con-
tenant l'un les l^"" et 2® Discours, le second les 3\ 5% 8^ et
6® Discours. — Quatre volumes, in-folio; 333, 413, 358 et
265 feuillets. Reliure en veau fauve.
Bibliothèque de Tours.
Mss. 1054-1059. — Vies des grands Capitaines, en quatre
1. Voir l'Avertissement du t. XV de l'édition de 1740, pour laquelle ce ms. a
été utilisé.
DES œCVRES DE BRANTÔME. 5^
livres, et deux livres des Dames.— ^[^ volumes, in-folio- 490
354, 464, 385, 287 et 507 feuillets. Reliure en veau. (Provient
de Marmoutier ; acquis à la vente de Lesdiguières, à Toulouse.)
Bibliothèque de Troyes. -
Mss. 15 et \Q. — Vies des grands Capitaines, en quatre
livres, et deux livres des Dames, dont le second est divisé en
deux volumes. — Sept volumes, in-folio; 372, 363, 416, 271,
277, 265 et 243 feuillets. Reliure en velours noir. (Provient de
la bibliothèque du président Bouhier, anc. cotes A. 39-45.)
TABLEAU GÉNÉRAL
DES MANUSCRITS DES OEUVRES DE BRANTOME.
L — Grands Capitaines.
Première rédaction. — Mss. n. a. fr. 20468-20472 et 20478
(Bourdeille).
Deuxième rédaction. — Mss. français 6694 (Bignon)
Troisième rédaction. ~ Mss. français 3262-3264 [moins le
livre II] (Béthune).
Copies.
Collection Dupuy, n"' 609, 610, 613 et 612.
Manuscrits français 3265-3268 (de Mesmes).
— 6688-6691 (Orléans-Beaujolais).
— 17445-17448 (Gesvres).
— 17455, 17450-17452 et 17456 [livre II
seul] (Séguier).
— 20675-20678 (Missions-Étrangères).
— nouv. acq. 20205 [livre I seul] (Clermoi;t-
Phillipps).
Arsenal, mss. 6303-6307 (Paulmy)
Mazarine, mss. 2059-2062 (Montmorency-Luxembourg).
— . 2066-2067 [moins le livre III] (Minimes).
52 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Institut, mss. 328-331 (Moriau).
Université, mss. 357 et 358 [moins les livres III et IV]
(Gramraoïit).
Bruxelles, mss. 21163-21166.
Carpentras, ms. 620 [livre II seul].
IMarseille, ms. 1441 [moins le livre IV] (Académie).
Meaux, mss. 104-106 [moins le livre IV] (Saint-Faron).
Saint-Germain-en-Laye, ms. 25 [moins les livres I et II].
Tours, mss. 1054-1057 (Lesdiguières-Marmoutier).
Troyes, m s. 15 (Bouhier).
II. — Colonels.
Première rédaction. — IMs. n. a. fr. 20473 (Bourdeille).
Deuxième rédaction. -— Ms. français 3264 (Béthune).
Copies.
Collection Dupuy, n" 612.
Arsenal, ms. 6308.
III. — Rodomontades.
Première rédaction. — ISIs. u. a. fr. 20479 (Bourdeille).
Deuxième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20476 (Bourdeille).
Troisième rédaction. — Ms. français 3273 (Béthune).
Quatrième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20477 (BourdeiUe) et
Leyde, Suppl. 772 (Marcliand, 42).
Copie.
Mazarine, ms. 2068.
IV. — Discours, etc.
1» Discours sur les Duels. — Ms. n. a. fr. 20479 (Bourdeille).
2° Discours sur M. de La Noue et sur les retraites de guerre.
— Mss. n. a. fr. 20476 et 20478 (Bourdeille).
3° Traduction de Lucaiu. — Ms. n. a. fr. 20477 [préface]
(Bourdeille), et Leyde, Suppl. 772 (Marchand, 42).
DES OEUVRES DE BRANTOME. 53
V. — Dames, livre 7^
Première rédaction. — Ms. n. a. fr. 20474 (Bourdeille).
Deuxième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20480 (Bourdeille).
Troisième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20475 (Bourdeille).
Quatrième rédaction. — Mss. français 3272, 3271 et 3270
(Béthune).
Copies des livres 1 et II.
Collection Dupuy, n°^ 611 et 608.
Manuscrits français 6692 et 6693 (Orléans-Beaujolais).
— 14343 [seconde partie du livre I].
— 17453-17454 et 17449 [livre I seul]
(Séguier).
— 20676 [livre I seul] (Missions-Étrangères).
— nouv. acq. 20205 (Glerraont-Phillipps).
Arsenal, mss. 6309-6311 (Paulmy).
Mazarine, mss. 2063-2065 (Montmorency-Luxembourg).
Institut, mss. 332-333 (Moriau).
Sénat, ms. 104 (9024) [extraits du livre I].
Ville de Paris, ms. 6933 [livre I seul].
Bruxelles, mss. 21167-21169.
Carpentras, ms. 621 [livre I seul].
Ghâteaudun, ms. 538 [livre I seul].
Saint-Germain-en-Laye, ms. 25 [livre II seul].
Tours, mss. 1058 et 1059 (Lesdiguières-Marmoutier).
Troyes, ms. 16 [3 vol.] (Bouhier).
VI. — Poésies.
Ms. du D"- E. Galy, publié dans l'édition Lalanne, t. X,
p. 389-502.
VIL — Maximes de guerre, d'André de Bourdeille. —
Bruxelles, ms. 10418.
1. Les manuscrits originaux et autographes du second livre des Dames
n'existent plus; il y en a seulement un fragment à la fin du ms. n. a. fr. 20474
(Bourdeille).
54 MANUSCRITS ET AUTOGRAPHES DES OEUVRES DE BRANTOME.
ADDENDA.
Bibliothèque du Sénat.
Ms. 104 (9024). « Extraict des discours de Monsieur de
Brantosrae de Bourdeille, desquels a esté retranché diverses
choses, comme aussi en ce qui est cy escri[t], il y a quelque
chose adjoustê qui n'est pas aux Mémoires dudit s"" de Bour-
deille. » — Extraits de treize discours, sur vingt, du livre F'"
des Dames. — In-folio, ii et 43 feuillets. Couvert, parcliemin.
H. Omont.
ANTOINE DE LA SALLE
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE
ET SES
RELATIONS AVEC LA MAISON D'ANJOU.
Il est peu de personnages ayant vécu au xv" siècle qui fasse
l'objet de tant de recherches et qui donne lieu à tant de publica-
tions que Antoine de la Salle, l'auteur certain ou présumé du
Petit Jehan de Saintré, des Quinze Joies de mariage, des
Cent nouvelles nouvelles, celui que M. Gaston Paris* a
dénommé « l'initiateur de la nouvelle française. » Les mémoires
et travaux de MM. Gossart', Ludwig Stern'\ Bernard Prost^
Joseph Nève^ Gaston Paris ^ Petit de Julleville", Werner
1. Compte rendu de l'ouvrage de Pietro Toido, Contributo allô studio délia
novella francese, dans le Journal des Savants, 1895, p. 289.
2. Antoine de la Salle, sa vie et ses œuvres inédites, dans le Bibliophile
belge, 1871, p. 5-17, 45-56, 77-88. — Une deuxième édition de ce mémoire a
paru en 1902 à Bruxelles, chez Lamerlin, 47 p. in-8°.
3. Versuck liber Antoine de La Sale des XV. Jahrhunderis, dans l'Archiv
filr das Studium der neueren Sprachen, und Literaturen, t. XLVI, 2,
p. 113-218.
4. Traité du duel judiciaire, relations de pas d'armes et tournois par Oli-
vier de la Marche... Antoine de la Sale, etc. (Paris, L. "Willem, 1872, in-S").
5. Du Réconfort de Madame du Fresne, suivi de la Journée d'honneur et
de prouesse et de plusieurs fragments inédits par Antoine de la Salle...
(Bruxelles, F.-J. Olivier, 1881, in-8°; n' 14 des publications de la Société des
bibliophiles de Belgique).
6. Compte rendu déjà cité; puis, le Paradis de la reine Sybilleel la Légende
du Tannhauser, dans la Revue de Paris, n"' des 15 décembre 1897 et 15 mars
1898; articles réimprimés dans les Légendes du moyen âge (Paris, Hachette
et C'% 1903), p. 67-145.
7. Histoire de la langue et de la littérature française, t. Il, p. 394-397.
56 ANTOI?fE DE LA SALLE.
Soderhjelm* et G. Raynaud-, pour ne citer que les plus récents^,
ont décidément mis en vedette ce fidèle serviteur des maisons
d'Anjou et de Luxembourg, éducateur de princes, écrivain
fécond et érudit; ils ont dissipé une partie de l'obscurité dans
laquelle sa longue existence était restée enveloppée. Cependant,
on avait toujours négligé, jusque dans ces derniers temps, de
demander aux archives les documents qui permettraient d'écrire
sa biographie d'une façon à peu près complète.
M. Joseph Nève, le premier, y a eu recours ; mais les quelques
pièces qu'il vient de publier, en réimprimant des opuscules et
extraits d'œuvres d'Antoine de la Salle ^ sont loin d'être les
seules qui existent dans le fonds qu'il a exploré ou fait explorer^.
De plus, il n'a pas su les rattacher à l'histoire générale et mon-
trer le parti qu'on en pouvait tirer pour connaître la vie de
son héros. Ce sont donc quelques-unes des lacunes de son ouvrage
que le présent mémoire a la prétention de combler. Je ne veux
pas dissimuler en efifet qu'il restera , encore après cela, beaucoup à
trouver, et j'ai l'espoir que des recherches plus étendues et plus
approfondies amèneront de nouvelles et précieuses découvertes.
Antoine de la Salle est né en Provence. Dans le Réconfort de
Madame du Fres7ie, il écrivit lui-même qu'il était « escuier de
la conté de Provence®. » Pour qui connaît les habitudes de lan-
gage du XV® siècle, il est évident que La Salle se disait originaire
de ce pays.
Son père, ainsi que le témoignent les documents publiés par
M. Nève et ceux qui le seront ci-après, était le fameux capitaine
de routiers Bernard de la Salle ; sa mère était une concubine de
1. Antoine de la Sale et la légende de Tannhfjuser, dans les Mémoires de la
Société néo-philologique à Helsingfors, t. II (1897), p. 101-167. — M. Soderh-
jelm donne une bibliographie dans la note au bas des pages 102 et 103.
2. Un nouveau Manuscrit du Petit Jean de Saintré, dans la Romania,
t. XXXI (1902), p. 527-556.
3. Sans compter les éditeurs des ouvrages d'Antoine de la Salle.
4. Antoine de la Salle, sa vie et ses ouvrages d'après des documents inédits,
suivi du Réconfort de Madame du Fresne... (Paris, H. Champion; Bruxelles,
Falk fils, 1903, m-12, 291 p.).
5. Il a donné en tout six nouveaux documents extraits des archives des
Bouches-du-Rhùne. On en trouvera ici onze autres provenant des mêmes
archives, sans compter ceux qui ont été trouvés à .\rles et à Avignon.
6. J. Nève, Antoine de la Salle... (1903), p. 24 et 142.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE, 57
ce dernier et s'appelait Perrinette Damendel * ; c'était certaine-
ment une Provençale. Par elle, Antoine se trouva apparenté de
très près aux familles méridionales Flamenc, d'Allemand, Bajon
et de Bonnieux, dont les représentants figureront dans son testa-
ment de 1438.
Il n'est pas utile de retracer ici toute la carrière de Bernard
de la Salle ; cependant, pour l'intelligence de ce qui va suivre et
pour la fixation de la date de naissance d'Antoine, il est néces-
saire d'entrer dans quelques détails. Pour le surplus, je me bor-
nerai à renvoyer soit à la notice que lui a consacrée M. Dur-
rieu^, soit au volume en préparation qui racontera tout au long
ses exploits.
Après avoir servi plus ou moins brillamment dans les armées
anglo-navarraises, après avoir été en Espagne prendre part
aux expéditions de Du Guesclin et du prince de Galles, Ber-
nard de la Salle, originaire du diocèse d'Agen, s'était fait chef
de routiers pour son propre compte, avait ravagé la Bourgogne,
pris le château de Belleperche avec la duchesse de Bourbon
(août 1369), occupé la ville de Figeac (1371-1373), pillé le Lan-
guedoc ; finalement, il était devenu la terreur des pays sur les-
quels il s'abattait. Le pape Grégoire XI, séduit par ses brillants
faits d'armes, n'avait trouvé rien de mieux que de le prendre à
la solde de l'Eglise romaine ; il lui avait d'abord fait faire cam-
pagne contre le prince d'Orange, puis l'avait envoyé en Italie
combattre ses nombreux ennemis. Ses courses dans la péninsule
furent véritablement épiques et lui valurent une renommée des
plus grandes. Aussi, c'est à la force et à la valeur de son bras
qu'eurent recours les cardinaux qui se séparèrent d'Urbain YI,
en 1378; sa victoire sur les Romains au pont Lamentano, le
16 juillet 1378, décida du grand schisme. Quelques semaines plus
tard. Clément VII était élu et la chrétienté se trouvait divisée
en deux obédiences. Bernard de la Salle, déjà récompensé de ses
exploits par la donation des châteaux de Mornas ^ et Caderousse^,
dans le comté Venaissin (il eut ensuite Oppède^\ puis Malau-
1. J. Nève, op. cit., p. 251, Pièce just. n* I.
2. Les Gascons en Italie, p. 105-171.
3. Vaucluse, arr. d'Orange, cant. de Bollène.
4. Idem, arr. et canl. d'Orange.
5. Idem, arr. d'Apt, cant. de Bonnieux.
58 ANTOINE DE LA SALLE.
cène*), resta jusqu'à sa mort fidèle à la cause de Clément VII et
la défendit par les armes contre les Romains, les Florentins, les
Siennois, les Pisans, etc.
Mais, dès le début de 1379 au moins, il était en même temps
devenu un des fidèles partisans de la reine Jeanne I'"® de Naples ;
celle-ci, le 25 mai de cette même année, lui avait, en raison de
ses services, octroyé le château de Vergons en Provence-, con-
fisqué sur le duc d'Andria, François de Baux^. 11 n'y a donc rien
de surprenant à ce qu'il ait été, dès la première heure, un des
capitaines qui se soient dévoués, avec le plus d'énergie, à la cause
de Louis P'' d'Anjou, héritier de la reine Jeanne, et qui l'aient
aidé de leur mieux dans la conquête du royaume de Naples. Les
lettres patentes du roi René en faveur d'Antoine de la Salle,
dont il sera question ci-après, nous révèlent que Bernard avait
avancé au roi de Sicile, pour son expédition, trente-six raille
ducats qui ne lui furent jamais remboursés^. La campagne de
Louis d'Anjou, à laquelle Bernard prit une part des plus actives,
se termina par des revers, par la mort du malheureux roi (20 sep-
tembre 1384) et par la dispersion des troupes qui lui étaient res-
tées fidèles jusqu'à la fin.
Bernard de la Salle revint à la cour pontificale d'Avignon,
en passant par Sienne et par Milan, Il profita, sans doute, de
son séjour en cette dernière ville ^ pour épouser une fille natu-
relle de Bernabo Visconti, Ricciarda. Il était à Avignon dès le
6 mars 1385^; il resta dans cette cité ou dans les environs, sauf
1. Vaucluse, arr. d'Orange, ch.-l. de cant. —Ces seigneuries lui étaient con-
cédées à titre viager; elles ne pouvaient, en aucune façon, être revendiquées
par ses héritiers.
2. Basses-Alpes, arr. de Castellane, cant. d'Annot.
3. D"^ L. Barthélémy, Inventaire chronologique et analytique ries chartes de
la maison de Baux, n" 1551. — Bernard de la Salle ne conserva ce château que
quelques années; le 8 juin 1385, Raynnond d'Agoult en faisait hommage a Marie
de Blois, mère et tutrice du roi Louis II d'Anjou (Arch. des Bouches-du-Rhône,
B 762, fol. 8 V»).
4. Voir, ci-après. Document n° VIII. Cf. aussi J. Nève, op. cit., p. 265, Pièce
just., n° VIII. — Cette dette avait été contractée par Louis P' d'Anjou pour
la conquête de son royaume (les textes sont très explicites à ce sujet) et non,
comme le croit M. Nève (p. 15), par Marie de Blois, mère et tutrice de
Louis II.
5. Il était encore à Milan à la date du 20 février 1385 (Arch. du Vatican,
Inlroitus et exitus, reg. 359, fol. 131 v").
6. Arch. du Vatican, même reg., fol. 137 v°.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 59
le temps d'un voyage rapide qu'il fit en Italie dans l'été de la
même année, jusqu'à la fin d'août 1386. Il y fut en rapports
continuels avec la veuve de l'infortuné Louis P"" d'Anjou, Marie
de Blois, qui se hâtait de conquérir la Provence au nom de son
fils Louis II et de lui assurer l'héritage du royaume de Naples. Il
fut un de ceux en qui la reine eut le plus de confiance, puisqu'elle
le chargea de diverses missions, notamment de la prise de pos-
session du château de Tarascon. Bernard de la Salle ne consentit
à repartir pour l'Italie qu'après la signature d'un traité, garanti
par le pape, qui lui assurait, à lui et à ses compagnons, soi-
xante mille florins. Il prit congé de la reine le 23 juin 1386';
auparavant, il avait dû être gratifié, en reconnaissance des
services rendus par lui en Provence, du domaine du Mas-
Blanc^ près de Tarascon, et de la tour de Canilhac, sur le terri-
toire de Saint-Remy^, confisqués sur le fameux Raymond Roger,
vicomte de Turenne^ Je ne vois guère, en effet, que cette époque
qui puisse convenir à l'inféodation de ces biens, que Bernard de
la Salle conserva jusqu'à la fin de sa vie^. Du printemps de 1386
date en effet la brouille de Raymond de Turenne avec Marie
de Blois, Louis II d'Anjou et le pape Clément VII ; les hostilités
avaient commencé presque immédiatement, précédées d'une con-
fiscation générale des biens que le révolté possédait en Pro-
vence^.
Bien que son concours ait été susceptible de rendre de véri-
1. Journal de Jean Le Fèvre (éd. Moranvillé), t. I, p. 285.
'2. Bouches-du-Rhôiie, arr. d'Arles, cant. de Tarascon.
3. Idem, arr. d'Arles, ch.-l. de cant.
4. Le castrum de Saiicto Remigio, le castrum sive locum de Turre, le Man-
sum Album sont compris dans la liste des biens confirmés par la reine Jeanne
à Guillaume Roger, comte de Beaufort, le 10 juillet 1353 (Arch. des Bouches-
du-Rhône, B6, fol. 90). Une nouvelle confirmation eut lieu le 13 mars 1370
(Idem, ibidem). Le vicomte de Turenne en avait fait hommage, le 8 juin 1385,
à la reine Marie de Blois (Idem, B 762, fol, 30 V; Journal de Jean Le Fèvre,
t. I, p. 120).
5. J. Nève, p. 251, Pièce just. n" I; ci-après, Document n" L
6. Noël Valois, La France et le grand schisme, t. II, p. 332. — M. Valois dit
qu' (( on a prétendu sans fondement » que Raymond de Turenne avait eu à se
plaindre d'une spoliation générale de ses terres. Il semble bien, au contraire,
que cette confiscalion ait été prononcée, sinon avant, au moins aussitôt après
la révolte de Raymond. — Si Jean Le Fèvre, pendant les mois qui ont précédé
immédiatement le départ de Bernard de la Salle, n'avait pas quitté la reine
Marie de Blois, nous aurions eu chance de trouver, dans son Journal, la con-
firmation de ces faits.
60 ANTOINE DE LÀ SALLE.
tables services à la maison d'Anjou, dans la lutte engagée contre
le vicomte de Turenne, Bernard quitta la ville d'Avignon pour
l'Italie vers le 29 août 1386*. Il n'en revint que sur la fin de
février 1390^, pour un dernier séjour sur le territoire français.
Quand il repartit d'Avignon (novembre 1390)3, [{ conduisit ses
troupes à Jean-Galéas Visconti, comte de Vertus, en guerre
avec les Florentins et leurs alliés. Chargé d'aller au-devant
de renforts ou de s'opposer au passage des Alpes par Jean III,
comte d'Armagnac, il fut battu et périt dans sa défaite, dans les
derniers jours de mai 1391 ^
Il laissait au moins deux enfants naturels, peut-être trois-', si le
bastardus domini Bernardi de Sala, qui paraît à la date du
26mail390^ ne peut être identifié avec un autre fils. L'aîné paraît
être celui qui portait le même prénom que son père et auquel
Clément VII fit donner une dizaine de florins le 13 octobre 1391 ^
L'autre fut Antoine, le littérateur qui illustra son nom. Comme
dans tous les documents du xv*" siècle, celui-ci représente son
père en qualité de seul et unique héritier, il est à peu près cer-
tain que son frère Bernard eut une existence assez courte.
D'autre part, Ricciarda Visconti restait veuve^ si, comme
l'affirment les généalogistes de la maison de la Salle, elle avait
donné au condottiere son seul fils légitime, celui-ci n'aurait pas
1. Arch. du Vatican, Introitus et exitus, reg. 360, fol. 135. — Ce jour-là,
Bernard reçut 500 florins d'acompte sur ce qu'on lui devait, plus 100 florins
pour ses préparatifs de départ et 100 florins pour acliat d'une haquenée.
2. Arch. du Vatican, Introitus et exitus, reg. 366, fol. 95 v% à la date du
25 février 1390.
3. Idem, reg. 367, fol. 58 v% 11 novembre 1390; fol. 60 v°, 13 novembre. —
Le 23 décembre, un de ses serviteurs arrivait à Avignon envoyé par lui avec
des leUres du comte de Vertus [Idem, fol. 80).
4. Cf. Noël Valois, op. cit., t. Il, p. 184.
5. Il y en aurait même quatre, s'il fallait accepter la date de 1380 pour une
revendication exercée par un Antoine, lils de Bernard de la Salle, contre la
ville de Figeac (G. Lacoste, Histoire de la province de Quercy, p. 239, note).
Dans ce cas, Bernard aurait eu deux fils du même nom. Mais il est certain que
cette date est fausse. Je reviendrai là-dessus plus loin.
6. Arch. du Vatican, Introitus et exitus, reg. 366, fol. 138.
7. Idem, reg. 367, fol. 206 v°.
8. M. le duc de la Salle-Rochemaure a la bienveillance de me communiquer
un document, tiré de la bibliothèque Ambrosienne de Milan {Hegesto di Cata-
lano de Chrislianis, fol. 17 v°), relatif à cette veuve; c'est la remise, par son
frère le comte de Vertus, d'une dette de six mille florins d'or contractée par
Bernard de la Salle (3 mars 1392).
NOUVEAUK DOCUMENTS SUR SA VIE. 64
eu de rapports avec Antoine, et, désintéressé par d'autres avan-
tages, aurait abandonné à ses frères naturels les biens paternels
sis en Provence et les créances sur la maison d'Anjou.
A la mort de son père, Antoine avait de quatre à cinq ans. Il
est difficile, en effet, de préciser la date de sa naissance; lui-même,
dans le prologue de son ouvrage intitulé la Salle, achevé le
20 octobre 1451, a dit qu'il était alors dans la soixante-troisième
année de sa vieS ce qui indiquerait l'an 1388 comme date de
son arrivée dans le monde. Faut-il ajouter qu'on ne peut avoir
trop grande confiance dans les dates données par Antoine dans
ses œuvres- et qu'il paraît, dans l'occurrence, s'être quelque peu
rajeuni ? Son père avait quitté Avignon et la Provence en août
1386 ; Perrinette Damendel, qui resta dans le pays, comme tout le
fait supposer^ ne fut mère au plus tard que dans les cinq premiers
mois de 1387. A la rigueur donc, Antoine de la Salle pourrait
être né en 1387, mais il est bien plus probable qu'il naquit en
1386^. Lorsque, plus tard, il écrivit son livre, il se serait trompé
environ de deux ans sur son âge.
Il n'est pas interdit de croire que Perrinette Damendel et son
fils aient vécu au Mas-Blanc, sur le domaine donné par la reine
Marie de Blois à Bernard de la Salle, car il est avéré que cette
propriété appartint à celui-ci jusqu'à sa mort. D'autre part, il
1. Gossart, dans le Bibliophile belge, 1871, p. 80 et 81; J. Nève, op. cit.,
p. 16.
2. M. J. Nève (p. 20) a relevé une de ses erreurs : l'an 1406, le 20 avril,
avant Pâques. Or, la fêle de Pâques est tombée, en 1407, le 27 mars; en 1406,
elle était le 11 avril. En voici une autre, se rapportant à un fait très important,
ayant fait une forte impression sur ceux qui en furent témoins : l'attaque de
Naples et la mort de l'infant don Pierre d'Aragon sont placées, par Antoine, à
la fin de septembre 1437 (J. Nève, p. 226, septième chapitre de La Salle),
alors qu'elles eurent lieu en octobre 1438 (voir ci-après).
3. Antoine, rappelons-le, est né en Provence.
4. Selon M. G. Paris, « Antoine de la Salle était âgé de trente-cinq ans...
quand il eut l'idée, au mois de mai 1420, » d'aller visiter le mont de la Sibylle
(le Paradis de la reine Sibylle, dans les Légendes du moyen âge, p. 71). Par
conséquent, sa naissance aurait eu lieu en 1385. J'ignore ce qui a fait dire à
M. G. Paris qu'Antoine avait trente-cinq ans en 1420. — Le Grand d'Aussy,
trompé par un manuscrit de date postérieure, avait placé la naissance d'An-
toine en 1398 {La Sale, dans les Notices et extraits des mss. de la Bibl. nat.,
t. V, p. 392); il a été suivi par Thomas Wright, éditeur des Cent nouvelles
nouvelles (Paris, Jannet, 1858, 2 vol. in-16), t. I, p. xv ; par L. Stern (Ver-
such, lac. cit., p. 116), qui a fait naître Antoine en Bourgogne; par Petit de
JuUoviile (op. et loc. cit.), etc.
62 ANTOL^E 1)E LA SALLE.
semble résulter des lettres royales du 8 mai 1407' et surtout
de celles du 7 août 1409 S que la jouissance viagère en avait été
concédée à la mère d'Antoine. Par conséquent, Fenfance du
futur littérateur se serait entièrement écoulée en Provence. C'est
là et dans le proche voisinage dé la cité avignonaise, alors res-
plendissante de toutes ses gloires malgré le schisme, que son
esprit aurait reçu les premières impressions, toujours si décisives
sur la formation d'un tempérament et d'un caractère, et qu'il
aurait commencé ses études. « Dès le temps de sa florie jeu-
nesse », il prenait l'habitude de se « delicter a lirre », sinon « a
escripre histoires honnorables^ ».
Il était tout naturel qu'à l'âge d'entrer « en service », selon
son expression même, Antoine de la Salle ait demandé à être
attaché à cette maison d'Anjou, avec laquelle son père avait eu
tant de relations et contre laquelle il avait hérité de la créance
des trente-six mille ducats avancés au roi Louis V*. D'après le
passage de la Salle, auquel il a été fait allusion tout à l'heure,
c'est à l'âge de quatorze ans qu'il aurait commencé sa carrière^.
Comme le dit son dernier historien, il fut sans doute reçu, en
qualité de page, à la suite du roi de Sicile, comte de Provence.
Si l'on adopte la date de 1386 ou 1387 pour celle de sa naissance,
ce serait donc en 1400 ou 1401 que ce fait se serait produit. Jus-
tement, le roi Louis II d'Anjou venait de rentrer en France
(1399), après plusieurs années de séjour malheureux dans le
royaume de Naples, qu'il n'avait pas pu ou su conserver. De 1400
à 1402, on l'a signalé, à plusieurs reprises, en Provence et à Avi-
gnon, où il négociait avec le pape Benoît XIIP. C'est donc certai-
nement pendant l'un de ces voyages qu'il enrôla dans sa compagnie
1. Publié par J. Nève, p. 249, Pièce just. n" I.
2. Document n° I.
3. Prologue de Rasse de Brunhamel à son roman de Floridan et Éluide,
dédié à Antoine de la Salle : cf. G. Raynaud, op. cit., dans la Romania, t. XXXI,
p. 534. — Sur les études philosophiques, théologiques et littéraires qu'Antoine
dut faire, cf. L. Stern, op. et loc. cit., p. 116. Cependant, comme M. Stera est
persuadé qu'Antoine écrivit les Cent nouvelles nouvelles et les Quinze joies de
mariage, il faut établir ici des réserves.
4. On lira plus loin que cette créance lui était encore due en 1439. Il n'est
pas téméraire de croire que les finances, toujours si obérées, du roi René ne
purent jamais acquitter cette très grosse dette.
5. « Ou Lxm"'' an de ina vye et ou xlix= de mon premier service. »
G. Noël Valois, La France et le grand schisme, t. III, p. 272 et 273.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 63
le fils de Bernard de la Salle. Il le garda très probablement
auprès de lui et l'emmena à Paris, où lui-même entra dans le
conseil du pauvre roi Charles VI. Antoine se serait donc trouvé
en mesure de continuer à s'instruire comme il avait débuté en la
"ville des papes.
Il est bien difficile de deviner ce qu'il devint pendant les pre-
mières années de son service dans la maison des rois de Sicile.
Se prépara-t-il à faire ses premières armes dans l'été de 1405,
lorsque Louis II réunit une armée pour passer en Italie' tenter
de nouvelles aventures ? Le fait est vraisemblable, mais ce n'est
qu'une simple hypothèse. Il fallut cependant remettre à plus tard
le début de ses exploits militaires, car l'expédition fut arrêtée
avant de quitter le sol français. Profita-t-il, l'année suivante, de
l'ambassade envoyée par le roi de Sicile dans le sud de l'Italie
pour entrer enfin dans des pays qui exerçaient une réelle fasci-
nation sur l'imagination de ses contemporains ? Ce qui le ferait
croire, c'est le témoignage qu'il donne lui-même de s'être trouvé
à Messine avant Pâques 1407. Si ses souvenirs ne l'ont pas
trompé^ et si l'hypothèse, qui vient d'être émise, peut être consi-
dérée comme juste, il aurait donc assisté aux serments de Marie
d'Enghien, princesse de Tarente et de Lecce, et des habitants de
Tarente, ainsi qu'aux négociations pour le mariage de la jeune
princesse Marie d'Anjou avec Jean-Antoine de Baux des Ursins
(juillet-août 1406)3.
A Messine, Antoine de la Salle se rencontra avec quelques
gentilshommes français venant d'outre-mer, dont un chevalier
de Malte, Guillaume de Chalon^ et deux chevaliers angevins, le
seigneur de la Tour et Jean de Charnacé. Ce joyeux groupe prit
place sur deux nefs catalanes qui allaient charger à Palerme ;
le vent ayant poussé les vaisseaux près des îles Lipari, quelques-
uns des passagers, dont notre littérateur, par « conseil de folle
jeunesse », entreprirent d'escalader la montagne de l'île de
1. N. Valois, op. cit., t. III, p. 409.
2. La date, en effet, prête à discussion ; Antoine de la Salle a écrit l'an 1406,
le 20 avril, avant Pâques (voir ci-dessus). De toute façon, c'est 1407 qu'il faut
comprendre, selon notre calcul moderne.
3. D' L. Barthélémy, Inventaire... des chartes de la maison de Baux,
n°' 1706 à 1712; N. Valois, t. IV, p. 117.
4. C'était le quatrième fils de Louis de Chalon, comte de Tonnerre et sei-
gneur de Saint-Aignan, mort en 1398 (cf. La Chenaye-Desbois et Badier, DiC'
tionnaire de la noblesse, t. V, col. 36).
64 ANTOINE DE LA SALLE.
« Boulcan* », Repoussés une première fois parles fumées des
cratères, ils furent plus heureux le lendemain et atteignirent le
sommet. Ils eurent, dans ces parages, d'autres aventures qui
ont fait l'objet d'un chapitre^ dans l'ouvrage qu'Antoine intitula
la Salade et écrivit quelque vingt-cinq ans plus tard. Nous
n'insisterons pas sur ces épisodes, qui n'ont qu'un minime inté-
rêt pour la biographie de notre personnage.
Le récit qu'il en a laissé dénote cependant un esprit observa-
teur et le goût qu'il avait pour les voyages et les explorations ^.
Cet amour des aventures le poussa- 1- il à prendre part aux
croisières que Louis II d'Anjou organisa cette même année 1407
sur les côtes du royaume qui lui avait échappé^? Il est impos-
sible de le savoir.
Quelques semaines après son excursion aux îles Lipari, son
souverain délivrait en sa faveur les premières lettres patentes qui
nous aient été conservées. Elles sont datées de Paris, 8 mai 1407.
Louis II, considérant les services que lui avait déjà rendus
Antoine de la Salle, ceux qu'il pourrait lui i^endre dans l'avenir
et ceux de son père, Bernard, envers le roi Louis P'", lui accor-
dait à lui et à ses enfants légitimes'' le domaine du Mas-Blanc et
la tour de Canilhac, qui avaient appartenu à Bernard; s'il décé-
dait sans enfants, la jouissance viagère en serait assurée à sa
mère Perrinette Damendel^ L'ensemble des documents que l'on
possède sur le même sujet autorise à penser que la faveur du roi
consista à prolonger, jusqu'à la fin de l'existence d'Antoine et de
ses enfants, une jouissance déjà concédée à titre viager à Bernard
de la Salle et à sa concubine.
1. C'est aujourd'hui l'île Vulcano.
2. Publié par J. Nève, p. 159.
3. Peut-être a-t-il fait, à uae époque que l'on ignore, un voyage en Angleterre.
Voici le passage, tiré Des anciens tournois, qui pourrait le faire supposer :
« Et cesle coustume de blasonner ay veu que aucunement se entretenoit par
aucuns seigneurs et nobles et par aucunes dames et damoiselles en Englelerre,
qui sont les plus seremonieuses gens en honneurs que je aye gaires veu. »
(Éd. Prost, p. 197.)
4. N. Valois, t. IV, p. 118.
5. L'expression : suis [filiis] natis jamvelin antea nascituris pourrait faire
su|)poser qu'Antoine avait déjà, à cette date, des enfants légitimes et que, par
conséquent, il était marié. Mais ce n'est qu'une formule de style, dépourvue
d'une signification aussi précise.
G. J. Nève, Pièce just. n" J.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 65
L'acte qui vient d'être analysé n'indique pas si Antoine était,
au 8 mai 1407, dans l'entourage immédiat de son roi ou ailleurs.
On ignore également ce qu'il devint dans le courant de l'année
suivante, mais c'est peut-être à cette date qu'il faut placer son
premier voyage connu dans les Flandres. Dans son traité : Des
anciens touymois et faictz d'armes, achevé le 4 janvier 1459,
il écrivit qu'au temps de sa jeunesse, il « tournoia » par deux
fois, « l'une à Bruxelles, au temps de feu monseigneur le duc
Anthoine de Brabant, il y a plus de l ans, ou furent plus de
v*^ heaumes de deux lez, au rapport des heraulx* » ; la seconde
fois à Gand, mais plus tard et pendant un second voyage. La
date de 1407-1408 concorderait très bien avec les souvenirs de
notre personnage. De bonne heure, en effet, il témoignait d'une
curiosité très prononcée pour les belles passes d'armes ; ignorant
de beaucoup de choses « par sa jonesse, acompaignié de sim-
plesse », il s'étudiait à acquérir cette science des armoiries et des
tournois, où il devint plus tard un maître.
Il est absolument certain qu'il rallia l'escorte de son souve-
rain, lorsque celui-ci, dans l'espoir de regagner une partie déjà
perdue, répondit à l'appel de la ligue florentine et des cardinaux
réunis en concile à Pise pour l'extinction du schisme. Parti de
Marseille dans les premiers jours de juillet 1409, Louis II arriva
à Pise le 25 du même mois et s'empressa d'obtenir du nouveau
pape, Alexandre V, l'investiture du royaume de Sicile (19 aoiit)^
Or, douze jours auparavant, il avait donné une seconde fois des
témoignages de sa bienveillance pour son fidèle Antoine de la
Salle, en répondant favorablement à une supplique à lui présentée
récemment [noviter) par le jeune écuyer. Il lui concédait alors,
en toute propriété et non plus seulement en simple jouissance
viagère, pour lui et pour ses héritiers, la tour de Ganilhac et le
Mas-Blanc; Antoine ne pourrait cependant en disposer qu'après
la mort de sa mère, ce qui prouve que celle-ci avait des droits
d'usufruit à faire valoir sur les mêmes biens. Ces lettres patentes
furent signifiées par le sénéchal de Provence aux officiers royaux
de Tarascon et de Saint-Remy, le 30 septembre de la même
année^.
1. B. Prost, op. cit., p. 207.
2. N. Valois, t. IV, p. 120.
3. Document, n° I. — Il m'a été impossible de découvrir si ces domaines
ont été conservés par Antoine de la Salle, ou si, au contraire, après la mort
\ 904 5
66 ANTOINE DE LA SALLE.
Se trouvant à Pise avec Louis II d'Anjou, Antoine de la
Salle fit partie de son corps d'expédition. L'armée angevine
se mit en route le 7 septembre, passa par Sienne, fit sa jonction
avec les troupes florentines à Chiusi, soumit à Alexandre V
Orvieto, Viterbe et toutes les places de l'Eglise dont elle expul-
sait les partisans de Ladislas, roi de Hongrie et de Naples, et prit
possession de Rome le l'"' octobre 1409. Malheureusement, ses
succès s'arrêtèrent là, des difficultés se présentèrent, l'armée se
disloqua en partie et Louis II dut se rembarquer pour la Pro-
vence (novembre) afin de se procurer de nouveaux contingents.
Son lieutenant, Tanneguy du Chàtel', continua cependant la
campagne à Rome et dans les environs, pendant que lui-même
courait à Paris et à Angers, passait des traités et préparait une
dernière expédition.
On sait que, le 9 mai 1410, il débarquait encore à Pise, et
qu'après avoir erré péniblement en Italie, où les défections ne se
comptaient plus, il était venu échouer à Rome (20 septembre).
Son séjour se prolongea plusieurs mois dans la Ville éternelle ;
quand il se remit eu campagne, à la fin d'avril 1411, ce fut
dans les meilleures conditions. Mais sa mollesse, son incapacité,
la trahison de ses lieutenants l'empêchèrent de profiter de la
victoire qu'il remporta à Roccasecca sur son adversaire le roi
Ladislas (19 mai) ; il rentra à Rome, d'où il fut obligé de partir
quelques semaines après, abandonnant définitivement ses projets.
Il reprit la mer au mois d'août et regagna la Provence (sep-
tembre), sans jamais plus vouloir tenter la fortune^
Si j'ai raconté aussi longuement cette double expédition de
Louis II en Italie, c'est que Antoine de la Salle, tenu par sa
situation de suivre son souverain, surtout à la guerre, s'y trou-
vait présent. On l'a déjà vu à Pise, auprès du roi de Sicile, au
mois d'août 1409. Plus tard, il écrira lui-même une relation
sommaire de la campagne, où il se représentera comme témoin
de sa mère, il les a vendus, comme il a fait des autres immeubles à lui con-
cédés par les rois de Sicile. Tout ce que j'ai appris, c'est qu'en 1555, une Marthe
de Poitevin apporta en dot à Jean de Léautaud le Mas-Blanc et la tour de
Canilhac, et que la famille de Léautaud en devint ainsi propriétaire (Arte--
feuil. Histoire héroïque de la noblesse de Provence, t. Il, p. 73).
1. Qui fut, plus tard, prévôt de Paris, sénéchal de Beaucaire et enfin grand-
sénéchal de Provence. Il assistera à Fargues, en 1433, aux accords passés entre
Antoine de la Salle au nom de Luquin Ricci et le cardinal de Foix.
2. Sur toute celle campagne, cf. N. Valois, t. IV, p. 123 à 142.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. ' 67
oculaire. Après avoir énuméré les troupes de Ladislas, attendant
dans la plaine de Roccasecca la rencontre de l'ennemi, il ajoutera
que ce vc fust une des plus belles choses que jamais je veis. » Il
relèvera encore le nom des prisonniers faits par les vainqueurs,
mais en ayant soin de dire que le nombre en fut si grand qu'il
n'a pas conservé la mémoire de tous. Il consignera enfin, dans
son récit sur les relations de Ladislas avec Paul Orsini, un des
capitaines de l'armée angevine, des renseignements tout particu-
liers, que seul un témoin put posséder*.
Il est évident qu'il dut rentrer, lui aussi, en Provence au
mois de septembre 1411; on ignore ce qu'il y devint et s'il
suivit Louis II à Paris. D'ailleurs, la résolution adoptée par ce
dernier de ne plus affronter les hasards des combats laissa à ses
compagnons d'armes des loisirs qui pesèrent à plus d'un. Antoine
de la Salle fut un de ceux qui ne purent se résigner à vivre dans
l'oisiveté des cours, et le goût des aventures qu'il tenait de son
père le fit s'engager dans une nouvelle expédition lointaine, dont
il nous a conservé lui-même la mémoire.
Avant de partir cependant, il régla, avec la ville de Figeac,
une question qui, depuis de longues années, était en suspens. On
se souvient que son père, avec le concours de Bertucat d'Albret,
s'était emparé de cette place forte le 14 octobre 1371; c'était
même sur la brèche, ouverte par lui, que Bernard de la Salle
avait été armé chevalier^ Les deux chefs de routiers n'avaient
consenti à évacuer la ville et les forteresses voisines qu'après la
signature d'un traité, par lequel les Etats des Montagnes d'Au-
vergne, du Quercy et du Rouergue s'engageaient à leur verser
cent vingt mille francs d'or^. Moyennant ce, ils avaient promis
de laisser en paix le pays pendant un an et demi à partir du pre-
mier jour du carême de 1373. Cependant, au mois de mai sui-
vant, ils avaient encore obligé les habitants de Figeac à contrac-
ter, en leur faveur, une obligation de trois mille francs d'or,
pour rentrer en possession de leur ville^, puis ils les avaient con-
traints, le 24 juillet 1373, à prêter serment de fidélité au roi
1. Geneallogies et cronicques abrégées du royaume de Sicile, dans la Salade
(ms. 18210-15 de la Bibliothèque royale de Bruxelles), fol. clxxvii et clxxviii.
2. Durrieu, op. cit., p. 122-123.
3. Bibl. nat., coll. Doat, t. 125, fol. 45 v» et suiv.
4. Idem, ibidem, fol. 61.
68 ANTOINE DE LA SALLE.
d'Angleterre*. N'ayant plus rien à espérer, ils s'étaient enfin
décidés à partir (3 août 1373) ^ ne laissant que la dévastation
derrière eux. A peine s'étaient-ils éloignés que les habitants de
Figeac avaient refusé, surtout à cause de toutes les pilleries
dont les gens de Bernard et Bertucat s'étaient rendus coupables,
de solder ce qu'ils restaient devoir. Un procès s'en était suivi; il
avait été porté en cour romaine, par devant le pape d'Avignon^.
« Les deux parties furent mises hors de cour et de procès, écrit
l'historien du Quercy qui nous rapporte ce fait. Peu satisfait de
cette sentence, Antoine de la Salle attaqua les habitants de
Figeac par voie d'appel, mais, en 1414, on renonça de part et
d'autre à toute poursuite^ » Il y eut sans doute à cette occasion
une transaction dont le texte n'est pas parvenu jusqu'à nous.
« En l'an de Nostre Seigneur mil quatre cens et quinze, le très
excellent prince, dit le bon Jehan, premier de cellui nom, roy de
Portugal..., ayant, par la grâce de Nostre Seigneur, de Nostre
Dame et de messeigneurs S. Jacques et S. George, emprins la
sainte et chevalleureuse concqueste de la cité de Cepte [Ceuta],
es parties des Auffricques et des Sarrasins, » Antoine de la Salle
trouva une merveilleuse occasion d'assister à de beaux faits
d'armes et de satisfaire son humeur vagabonde. Il prit, dit-il,
<.< la place a ung bon et vaillant homme » et assista à « la plus
[grande] partie des choses » qui s'accomphrent alors ^. Il s'y ren-
1. Bibl. nat., coll. Doat, l. 125, fol. 94.
2. Idem, ibidem, fol. 98 v°.
3. Idem, ibidem, fol. 97 : articles baillés en cour d« Rome par les gens de
Figeac contre Bernard de la Salle et Bertucat d'Albrel. La date n'est pas don-
née, mais il ressort du texte que plusieurs années se sont écoulées depuis l'éva-
cuation de Figeac (3 août 1373). Il serait peut-être possible de voir dans cet
acte la pièce de 1380 à laquelle Fouilhac, puis G. Lacoste {Histoire de la pro-
vince de Quercy, t. III, p. 239, note) font allusion. Mais ils ])rétendenl que
c'est Antoine, fils de Bernard, qui poursuivait alors le procès. C'est certaine-
ment une erreur, car, en 1380, Bernard était bien vivant et très capable de se
défendre, surtout auprès de la cour pontificale d'Avignon. Mais il se peut bien
encore que Fouilhac et Lacoste se soient trompés sur la date, qui devait être
écrite M CGC llllxx..., les derniers chiffres n'étant pas marqués; l'acte serait
de 1381 à 1400. Après 1391, c'était bien Antoine ou son tuteur qui poursuivait
les revendications de son père défunt. Si donc son nom doit être conservé, la
véritable date serait comprise entre l'été de 1391 et 1400.
4. G. Lacoste, op. et loc. cit.
5. Deuxième partie du Réconfort de Madame du Fresne : cf. l'édition de
Nève, p. 141 et suiv.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE, 69
contra avec un certain nombre de chevaliers et écuyers, picards
ou normands, qui ne prévoyaient sans doute pas que leur pré-
sence allait devenir beaucoup plus utile dans leur pays, pour
repousser l'invasion des Anglais, que dans les rangs de l'armée
portugaise. Il n'est pas utile de raconter ici en détail cette expé-
dition, dont le récit a déjà été fait*. Qu'il suffise" de savoir que la
principale action eut lieu dans le courant du mois d'août 1415 :
l'armée, débarquée devant Ceuta, Antoine de la Salle faisant
partie de l'avant-garde sous le commandement de l'infant don
Pierre, mit en déroute les Maures, qui l'attendaient sur le rivage,
et, dans son ardeur à les poursuivre, pénétra avec eux dans la
ville de Ceuta, où « fut fiere bataille ». C'est là que se passa
l'épisode qui fait le sujet de la seconde partie du Réconfort.
C'est là que périt Vasco Fernandez de Taide, victime de son
dévouement pour son élève l'infant don Henri, troisième fils du
roi. Le retour en Portugal, après cette brillante victoire, eut lieu
au milieu des plus grands transports de joie; l'allégresse fut
cependant assombrie par le deuil que l'on portait du vaillant
chevalier, dont on ne cessait de pleurer la perte.
Après cette expédition, nous nous trouvons encore devant une
lacune de plusieurs années dans la biographie d'Antoine de la
Salle. C'est pourtant aux environs des années 1415-1416
que l'on doit placer la date de son second voyage dans les
Flandres ; il nous a conté lui-même qu'il prit part au tournoi que
le comte de Charolais, Philippe, plus tard duc de Bourgogne, fit
faire à Gand à l'occasion du mariage de son premier écuyer
d'écurie Antoine de Villers^. Malgré mes recherches, je n'ai pu
fixer la date exacte de ces fêtes.
Les rapports que Antoine de la Salle eut, à cette occasion, avec
la maison de Bourgogne m'amènent à parler d'un texte, signalé
récemment^ d'après un manuscrit mis au point après 1426, où
un personnage du même nom, qualifié « d'escuier d'escuierie de
Jehan, duc de Bourgoingne, » est. cité parmi les écuyers d'hon-
neur de la Cour amoureuse de Charles VI. Cette mention serait
antérieure au 10 septembre 1419, date de l'assassinat de Jean
sans Peur au pont de Montereau. Faut-il croire à L'existence
1. De Septenville, L'Expédition de Ceuta en lil5 (Fécamp, 1870, iii-8°).
2. Des anciens tournois..., éd. B. Prost, p. 204 et 207.
3. Arthur Piaget, Un manuscrit de la a Cour amoureuse de Charles VI »,
dans la Romania, t. XXXI (1902), p. 602.
70 ANTOINE DE LA SALLE.
d'un deuxième Antoine de la Salle à cette même date ? Ou plutôt
ne faudrait-il pas admettre une erreur du rédacteur du manus-
crit, aucun acte ne permettant de supposer un instant que le
fidèle serviteur de la maison d'Anjou ait passé presque à l'en-
nemi en entrant, à cette époque, au service du duc de Bour-
gogne'? Cette seconde hypothèse paraît de beaucoup la plus
vraisemblable.
Le roi Louis II étant décédé au château d'Angers le 30 avril
1417^ Antoine de la Salle fut attaché à la personne de son fils
et héritier le roi Louis III, avec le titre d'écuyer de son écurie^.
Une modification dut s'opérer alors dans son genre de vie; eu
effet, un des premiers actes de la reine-mère Yolande d'Aragon,
tutrice de Louis III, fut de réformer la maison royale et de
défendre que les gens de l'hôtel y fussent nourris et logés ^
C'était s'engager à leur assurer une compensation par ailleurs.
Il semble bien que c'est en conséquence de cette réforme que de
nouvelles lettres patentes furent expédiées d'Angers par Yolande
d'Aragon en faveur d'Antoine de la Salle le 20 décembre 1418.
Par cet acte, la reine, considérant les agréables services rendus
à son mari par son fidèle Antoine et ceux qu'il lui rendait à elle con-
tinuellement, lui donna comme récompense et en toute propriété,
pour lui et ses héritiers, une maison sise à Arles, proche le tribu-
nal royal de cette ville. En retour, elle lui imposa l'obligation de
payer à sa cour, le l""" mai de chaque année, comme cens dû au
suzerain, un chapeau de roses^ gracieuse redevance qui ne ris-
quait pas de grever lourdement le budget du bénéficiaire de la
donation. Antoine ne resta pas longtemps propriétaire de la mai-
son ainsi octroyée; après en avoir pris possession, le 18 février
1419^ il la rétrocéda, le 16 du mois suivant, à noble Jean Romée,
d'Arles. L'acte, qui fut rédigé en cette circonstance, porte qu'il la
1. On pourrait répondre à cela qu'en 1148 Antoine de la Salie quitta bien la
maison d'Anjou pour suivre le comte de Saint-Pol auprès du duc de Bourgogne,
mais les conditions étaient alors bien changées. Ennemies acharnées avant le
traité d'Arras, les deux cours avaient ensuite fait la paix et se trouvaient dans
de bonnes relations.
2. A. Tuetey, Journal d'un bourgeois de Paris, p. 76, n. 3. — Le 20 avril
1417, selon A. Lecoy de la Marche, Le Roi René, t. 1, p. 33.
3. Cf. Document n° II.
4. A. Lecoy de la Marche, Le Roi René, t. I, p. 37.
5. Document n" II.
6. Voir le document n° III.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 7^
remitlui-même enpur don, pour reconnaître les bienfaits, services
et donations de Jean Roraée'; mais la confirmation de propriété
que réclama ce dernier au roi Louis III, le 5 septembre 1424,
indique qu'il y eut vente réelle 2. Les concessions d'immeubles
que les rois de Sicile faisaient à leurs serviteurs étaient donc
pour ceux-ci un moyen de battre monnaie. On en aura encore la
preuve plus loin, à l'occasion d'autres lettres patentes obtenues
par Antoine de la Salle^^.
Un nouvel avantage lui fut constitué le 26 novembre 1422 : la
même Yolande d'Aragon, gouvernante des Etats de son fils absent,
en récompense de ses services incessants en la maison d' Anjou ^ lui
accorda une pension annuelle de cent cinquante florins à prendre,
le jour de Pâques, sur les revenus de la vieille gabelle d'Hyères^
Cette pension pouvait donc parfaitement lui tenir lieu du vivre et
du couvert qu'il avait autrefois avec Louis II. Dans les lettres
patentes de 1422, Antoine de la Salle est qualifié d'écuyer et de
familier du roi Louis III. Il n'est donc pas téméraire d'affir-
mer qu'il avait accompagné son souverain, lorsque celui-ci,
résolu à faire valoir ses droits sur le royaume de Naples, s'était
embarqué pour l'Italie (24 juillet 1420). On est d'autant plus auto-
risé à maintenir cette affirmation qu'on sait par divers témoignages,
entre autres par celui d'Antoine, qu'il se trouvait en Italie en
1420, 1422, 1423 et 1425. Même, si sa mémoire lui a conservé
le souvenir fidèle des dates, il aurait devancé en Italie le roi
Louis III : c'est au 18 mai 1420 qu'il rapporte dans ses œuvres
son excursion au Monte délia Sibilla, qui, avec le Lac de
Pilate, l'avait déjà intrigué, lors de ses précédents séjours dans
la péninsule. On sait que ce mont des Apennins, célèbre dans la
littérature, se trouve dans l'Ombrie, non loin de Spolète, entre
1. Document u" III.
2. Archives des Bouches-du-Rhôiie, B 14, fol. 241 v°.
3. Il est assez intéressant de suivre le sort de cette maison, qui était passée
par les mains d'Antoine de la Salle. Jean Roraée la conserva toute sa vie; il la
transmit à son petit-tils, Jeannet Romée, fils d'Etienne. Celui-ci l'échungea, le
15 mai 1446 [l'acte qui nous transmet ce détail porte, par erreur, 1456], avec
Géraud Page, jardinier, et Jean Plane. Ceux-ci la revendirent le lendemain pour
soixante-dix florins, à Jean de Sathenay, bachelier es lois d'Arles (Arch. des
Bouches-du-Rhône, B 14, fol. 242).
4. Ce qui écarte toute hypothèse du passage d'Antoine dans la maison de
Bourgogne.
5. J. Nève, p. 252, Pièce just. n° II.
72 ANTOINE DE LA SALLE.
Norcia et Ascoli ; il passait pour contenir dans ses flancs le Para-
dis enchanté de la reine Sibjlle, lieu de délices et de voluptés
interdit à tout bon chrétien.
Antoine delà Salle a raconté, avec force détails, son ascension,
son entrée dans la grotte, vestibule du Paradis, sur les parois de
laquelle il a gravé lui-même son nom et sa devise'; il a recueilli
reUgieusement tout ce qu'il a entendu dire au sujet de la Sibjlle
et des chevaliers qui se sont aventurés dans son royaume, il a
noté toutes ses observations personnelles, il a même relevé la
carte du pays, etc. Je ne le suivrai pas dans le récit de son expé-
ditionS qui a donné lieu aux études si intéressantes de MM. Wer-
ner Soderhjelm et Gaston Paris sur le Paradis de la reine Sibylle
et la légende du Tannhauser. Aussi bien, je ne cherche ici qu'à
fixer la biographie de l'auteur de la Salade. Il suffit donc d'avoir
relevé sa présence en Ombrie et près de la Marche d'Ancône^ au
mois de mai 1420.
Il commençait à cette époque son troisième séjour en Italie.
Celui-ci fut de plus longue durée que les précédents, car le roi
Louis m, malheureux dans les débuts de sa lutte contre la reine
Jeanne II, sœur et héritière de Ladislas, et contre Alphonse V
d'Aragon, son fils adoptif, finit, à la suite d'un concours mer-
veilleux de circonstances, par s'implanter dans le pays et par se
faire reconnaître comme roi légitime. Il avait eu d'ailleurs, dès
le premier jour, l'appui du pape Martin V, dont il reçut d'abord
l'investiture et auprès duquel, au milieu de ses embarras, il
allait souvent chercher secours et protection ^ C'est certaine-
ment pendant un de ces voyages à Rome qu'Antoine de la Salle,
1. « Il convient. La Sale. » C'est exactement ce qu'il a écrit sur un feuillet
de garde d'un manuscrit de Cassiodore, qui se trouve aujourd'hui à la biblio-
thèque de Carpentras et qui, par conséquent, a appartenu à notre littérateur.
Voir l'Appendice.
2. Il constitue un chapitre de l'ouvrage intitulé /a Salade, qui a été publié pour
la première fois sans date, puis par Philippe le Noir à Paris en 1527. Le texte
en a été redonné d'après le ms. 18210-15 de la Bibliothèque royale de Bruxelles
par W. Soderhjelm, loc. cit., p. 108. M. J. Nève l'a réédité, p. 173. — Une
analyse en avait été aussi donnée par Kervyn de Lettenhove, La Dernière
Sibylle, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2" série, t. XIII
(1862), p. 405.
3. Il a fait son ascension du Monte délia Sibilla par le versant adriatique.
4. Cf. Papon, Histoire générale de Provence, t. III, p. 327 à 330.
NODVEACX DOCUMENTS SUR SA VIE. 73
écuyer du roi et comme tel faisant partie de son escorte*, fit, en
1422, la rencontre dont il a consigné le souvenir après le récit
de son excursion au mont de la Sibylle. C'étaient les ambassa-
deurs du roi d'Angleterre, c'est-à-dire l'évêque de Senlis^ Gau-
cher de Ruppe, chevalier barrois, ami de notre personnage, et
d'autres gentilshommes bourguignons, « qui avôient ouy comp-
ter que j'avois esté devers la Sibile ». Gaucher de Ruppe, étant
sans nouvelles d'un de ses grands-oncles disparus, supposait
qu'il était entré dans la fameuse grotte et désirait par conséquent
apprendre d'Antoine de la Salle si le fait était vrai. Antoine se
défendit énergiquement d'avoir eu une fréquentation aussi impie
et répondit à son interlocuteur « qu'il estoit mal informé, et que
ce n'estoit que faulce foy et créance a tous ceulx qui foy y
adjousteront et que ilz se partoient du chemin de la vérité, et en
ce vueil vivre et flner mes jours ^. »
Un coup de fortune pour Louis III fut son adoption par la
reine Jeanne, qui mettait fin à toute querelle entre les deux com-
pétiteurs; mais, par contre, elle déchaîna la colère d'Alphonse
d'Aragon, dont l'adoption précédente était révoquée pour cause
de rébellion et d'ingratitude (2 juin 1423)^.
La première entrevue de la reine et de Louis eut lieu à Aversa,
dont les Angevins avaient fait précédemment leur place d'armes :
c'est là que, le 1*"' septembre 1423, en présence des cheva-
liers et suivants de Louis III, en présence notamment d'Antoine
de la Salle ^ fut signé le premier traité qui ratifiait l'adoption
proclamée quelques semaines auparavant''. On assistait donc,
enfin, au triomphe de la dynastie angevine. Cependant, l'évé-
nement dont on avait lieu de se réjouir ne termina pas toutes les
difficultés. Il fallait expulser du roj^aume Alphonse V avec ses
Aragonais et Catalans, et surtout prévenir les trahisons qui, jus-
1. Il dit lui-même qu'il était alors « en la compaignie et service de très
hault et excellent prince, mon souverain seigneur, le tiers Loys, roy de
Sicille » (J. Nève, p. 216).
2. Pierre de Chissey, élu le 23 juin 1418 et mort au mois de novembre de
cette même année 1422.
3. Éd. J. Nève, p. 216-218.
4. Papon, op. cit., t. III, p. 330 et 331.
5. Pithon-Curt, Histoire de la noblesse (ÏAvignoit et du comté Venaissin,
t. III, p. 218; article réimprimé par J. Nève, p. 273.
6. Papon, op. cit., t. III, p. 332. — Il y eut un second traité passé le 14 sep-
tembre 1423 à Aversa (Lecoy de la Marche, 0}). cit., t. II, p. 213).
74 ANTOIIVE DE LA SALLE.
qu'ici, avaient toujours arrêté dans leurs succès le père et l'aïeul
de Louis III. C'est une besogne à laquelle se consacra avec
ardeur le fils adoptif de la reine Jeanne, jusqu'à ce qu'il fût
rappelé en France par son cousin, Charles VII, pour l'aider
dans sa lutte contre les Anglais. Son retour dut avoir lieu au
plus tôt en juin 1427 ^ Il est très vraisemblable qu'Antoine de la
Salle, qui était resté à peu près constamment dans le sillage
de son souverain , l'accompagna lorsque celui-ci quitta l'Ita-
lie. Nous savons, d'ailleurs, qu'en 1425 ^ il l'avait suivi dans
une excursion de plaisir à Pouzzoles, dont il décrivit la Solfatare
et les bains antiques. C'est là qu'il fut témoin de l'admirable
conduite de cette épouse « moult belle et de flouries vertus », qui
soignait, comme « ung enfant nouvellement nay », son mari,
« ung gentilhomme des bonnes lignées de Napples qui moult
estoit lépreux ». Il fit même cette observation que c'était le
second lépreux qu'il voyait dans le pays, bien qu'il y ait résidé
« par très longue espasse^ ». Assurément, en France, il avait eu
l'occasion d'en rencontrer bien davantage.
Avant de quitter le sol de l'Italie, il avait reçu un nouveau
témoignage de la bienveillance de son roi. Le 4 juin 1427, en la
ville d'Aversa, Louis III gratifia Antoine, à qui il donnait les
titres d'écuyer de sou écurie, de conseiller et de fidèle aimé, d'une
somme de quinze cents florins, monnaie de Provence, à prélever
sur les droits et revenus du château de Séderon^, qui avait
appartenu à Alix de Baux, comtesse d'Avellino, vicomtesse de
Turenne, dame des Baux, etc.^ Ce domaine et tous les autres
1. La date n'esl pas encore connue d'une façon précise; un texte publié par
M. Lecoy de la Marche, op. cit., t. I, p. 50, n. 3, i)rouve que, le 17 décembre
1426, Louis III se préoccupait d'obtenir de l'argent pour solder les frais de son
retour. D'autre part, la Pièce just. n» III de M. Nove (p. 253) montre que le
4 juin 1427 il était encore à Aversa.
2. « Estant au service du très excellent et illustre prince monseigneur Loys,
IIP d'icelluy nom, roy de Secille. »
3. Chapitre vin de La Salle, publié par Legrand d'Auspy, Notices et extraits...,
t. V, p. 394, et par J. Nôve, p. 239.
4. Drôme, arr. de Nyons, ch.-l. de cant.
5. J. Nève, p. 253, Pièce just. n" III. — Séderon, chose curieuse, avait,
comme le Mas-Blunc, appartenu autrefois à Guillaume Roger, vicomte de
Turenne, qui en avait fait hommage à la reine Marie de Blois le 27 juin 1385
(Arch. des Bouches-du-Rhône, B762, fol. 48 v»). — Précédemment, le roi Louis
de Tarente, mari de la reine Jeanne P% l'avait donné (2 mai 1349) à Geoffroy
de Lascaris {Idem, B3, fol. 109).
NOUVEADX DOCUMENTS SUR SA VIE. 75
biens de la même dame avaient été confisqués par droit d'au-
baine et réunis au domaine comtal de Provence après la mort
d'Alix S et ce malgré le testament qu'elle avait pris soin de rédi-
ger le 7 octobre 1426 ^ En dépit des protestations des intéressés,
ils ne furent jamais rendus aux héritiers lésés. On lira, dans la
suite de ce récit, que Séderon, dont les revenus furent ainsi gre-
vés d'une sorte d'hypothèque en faveur d'Antoine de la Salle,
finit par rester entre ses mains.
La donation du 4 juin 1427 venait à point pour le récompenser
de ses services en Italie et l'indemniser en quelque façon de ses
peines et fatigues.
Le voici donc rentré de nouveau en France avec Louis III.
La fin de l'année 1427 et toute l'année 1428 s'écoulent sans
laisser aucun souvenir de lui. Mais, dès les premiers mois de
1429, il rentre en scène en prenant possession de la charge de
viguier d'Arles, que venait de lui concéder son souverain 3. La
cérémonie de son intronisation^ eut lieu le 28 mai de cette
année, à l'heure de tierce; il présida aussitôt après le conseil de
la ville, qui avait à pourvoir à la nomination des officiers^. Les
fonctions qu'il eut à exercer pendant une année (les viguiers
étaient renouvelés tous les ans) étaient une délégation du pou-
voir central et faisaient de lui le représentant direct et perma-
nent du souverain, non seulement dans la ville, mais encore dans
toute la circonscription de sa viguerie. En cette qualité, il était
le chef de la justice, rendait des ordonnances, faisait des procla-
mations, ce qu'on appelait des bans; il devait, d'autre part,
assurer la sécurité de la ville et la défendre contre les attaques
des ennemis du dehors; également chef de l'administration, il
donnait aux syndics et conseillers de la ville l'autorisation de se
réunir, recevait leur serment de fidélité au roi, présidait leurs
séances, transmettait leurs réclamations, plaintes ou doléances,
etc. Sa présence était donc requise d'une façon à peu près per-
1. Cf. H. Bouche, Histoire chronologique de Provence, t. II, p. 449.
2. D^ L. Barthélémy, Inventaire déjà cité, n" 1780. — Le 12 octobre 1426,
Alix (les Baux était déjà morte. Cf. Idem, ibidem, a" 1781.
3. Son prédécesseur s'appelait Jean Dupuis.
4. Voir la description du cérémonial donnée au xvin" siècle par l'abbé
Bonnemant et publiée par J. Nève, p. 255, Pièce just. n° IV.
5. Arch. mun. d'Arles, BB 1, fol. 86. — Publié en partie par J. Nève, p. 258,
Pièce just. n" V.
76 ANTOIiXE DE LA SALLE.
manente dans la ville, à tout le moins dans la viguerie ; avait-il
à s'absenter, il devait laisser à sa place un lieutenant, à qui il
déléguait tous ses pouvoirs. C'est ainsi qu'il eut pour lieutenant
Jean de Rognac, pour le temps où il fut appelé hors d'Arles. Il est
d'ailleurs à remarquer que ce fut surtout pendant les premiers
mois qu'il fut absent : parti entre le 5^ et le 19 juin^, il ne rentra
en Arles que pour la séance du conseil, qui eut lieu le 9 octobre'' ;
il quitta encore la ville à la fin du même mois, mais, à partir du
27 janvier 1430'' jusqu'à la fin de ses fonctions, il resta à son
poste, présidant régulièrement les assemblées municipales'.
En dehors des affaires juridiques et contentieuses soumises à
sonjugement^ en dehors des détails d'administration courante',
deux préoccupations s'imposèrent surtout pendant cette année à
l'esprit du viguier : la salubrité publique et la défense du pays
contre les Catalans. Quand Antoine reçut son office et en com-
mença l'exercice, la peste régnait en Arles avec une violence
toute particulière et la misère était grande dans la ville : les con-
seillers avaient pris soin de le faire remarquer au vice-roi et au
Grand Conseil de Provence dès le 17 mai 1429^ Ils craignaient
aussi une invasion des Catalans, qui, depuis le sac de Marseille
en 1423 ^ venaient, au nom de leur souverain, Alphonse V d'Ara-
1. Il présida la séance municipale de ce jour, la première après sou iutroiii-
salion (Arch. mun. d'Arles, BB 1, fol. 87 \°).
2. Séance non présidée par lui {Idem, ibidem, fol. 88).
3. Idem, ibidem, fol. 9G. — Il présida encore les réunions des 16 (fol. 96 v),
21 (fol. 97), 23 (fol. 98) et 25 octobre (fol. 98 v").
4. La séance du 2 novembre eut lieu sur mandement de son lieutenant (fol. 99).
5. Idetn, ibidem, fol. 106 v°. — Les séances des 29 janvier (fol. 107 v),
3 février (fol. 108), 8 février (fol. 108 v°), 19 février (fol. 109), 28 février
(fol. 109 v), 5 mars (fol. 110), etc., ont été présidées par lui.
6. Quelques-unes sont indiquées dans les délibérations des 28 février et
5 mars 1430.
7. Une des affaires les plus importantes qui s'imposèrent à l'atlention d'An-
toine de la Salle concerna les pâturages de la commune d'Arles en Grau, pour
la visite desquels il dut effectuer jusqu'à dix voyages. Le principal eut lieu au
milieu du mois de mars 1430. Antoine le fit avec le gouverneur de Provence
et un nombreux personnel, dont l'entretien était à la charge des syndics d'Arles
(Arch. mun. d'Arles, CC 147, fol. 12 v°, 13 et 14). Le viguier recul cinquante
florins pour ses déplacements (Idem, ibidem, fol. 17 V).
8. Arch. mun. d'Arles, BBl, fol. 84 v°. Cf. aussi les Annales d'Arles, par
l'abbé Bonnemant (ms. 216 de la Bibl. d'Arles), à cette date.
9. Pa|)on, op. cit., t. III, p. 332 à 335. — On ne conclut de trêve avec les
Aragonais (|u'au mois de mai 1431 [Idem, ibidem, p. 338).
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. - 77
gon, le compétiteur de Louis III au trône de Naples, ravager les
côtes de la Provence ; ils demandaient instamment l'envoi de gens
armés et d'arbalétriers ^
Pour la peste, du temps d'Antoine de la Salle, on ne fit rien de
plus que ce que l'on faisait d'habitude en pareil cas : l'isolement
des malades, la fumigation des maisons infectées, les grands
feux allumés dans les rues étaient surtout les remèdes usités.
Cependant, le 3 juillet, le conseil de ville se décidait en plus à
invoquer le secours de la Vierge pour obtenir la fin de la conta-
gion et ordonnait de célébrer un trentenaire de messes en la
cathédrale de Saint-Trophime^. Faut-il croire que cette épidémie
fut une raison de l'absence prolongée d'Antoine de la Salle à cette
époque? Ce serait sans doute faire une supposition injurieuse
pour sa mémoire; il a donné, en effet, trop de preuves de son
courage pour que l'on imagine, sans autre indice, qu'il ait ainsi
fui devant le danger. Il avait, d'ailleurs, une âme compatis-
sante, et lui-même nous raconte, dans un chapitre de la Salade,
qu'il céda tant qu'il put aux pleurs et prières d' « une très bonne
femme nommée Jehanne », dont le mari venait d'être reconnu
lépreux. « Plus esmeu a sa pitié que a raison ne a la rigueur de
la loy, temporisay aulcunement, dit-il, jasoit c'on porroit dire
que soubz ombre de pitié corruption fust embuschée » ; mais à la
fin, sous la contrainte des clameurs publiques, il dut faire expul-
ser d'Arles le malheureux que sa femme suivit dans son exil 3.
Les Catalans se tinrent heureusement assez à distance : au
printemps de 1430, Antoine annonçait qu'il s'en trouvait en
Languedoc, près de Nîmes, Saint-Gilles et Fourques, et invitait
les conseillers arlésiens à prendre avec lui des mesures pour
empêcher le passage du Rhône*. Les préparatifs de défense furent
sans doute suffisants, car les ennemis s'éloignèrent^.
1. Arch. mun. d'Arles, BB l, fol. 84 v°. — Le 7 mai 1429, le trésorier de la
ville payait uii acompte de trois florins pour les pierres des bombardes, pré-
parées en vue de l'arrivée des Catalans (mêmes arch., CC 146, fol. 4 v°).
2. Idem, BB 1, fol. 90.
3. J. Nève, p. 242-244.
4. Arch. mun. d'Arles, BB 1, fol. 117.
5. Le 27 janvier 1430, sur la demande du gouverneur de Provence, trans-
mise par Antoine de la Salle, la ville dut, « pro excessu commisso Aquis con-
tra Judeos », expédier des gens d'armes au gouverneur. Pour subvenir à leurs
dépenses, des commissaires furent nommés, dont Jean Romée, celui à qui
Antoine avait cédé jadis sa maison [Idem, ibidem, fol. 106 v°).
78 ANTOINE DE La SALLE.
On ne saurait terminer le récit de l'administration de l'auteur
du Petit Jehan de Saintré en Arles, sans faire remarquer
qu'il s'intéressa aux écoles de la ville. C'est en effet uniquement
dans les séances présidées par lui que les conseillers se préoccu-
pèrent de la nomination d'un régenta Dans une séance sem-
blable fut aussi admise une requête des joueurs de la Passion
pour l'appropriation de la place publique, où ils donnaient leurs
représentations'^.
Son temps révolu, Antoine de la Salle céda la place à Jean de
Saint-Michel, capitaine et gouverneur des Baux, qui fut installé
comme viguier d'Arles le 28 mai 1430. On ne sait ce qu'il devint
aussitôt après ; mais on apprend par un document de 1432 qu'il
avait établi sa résidence en Provence 3. 11 n'était donc pas
repassé en Italie, lorsque le roi Louis III, libre de surveiller ses
intérêts, était retourné dans le royaume de Naples, où sa pré-
sence était plus que jamais nécessaire pour contrebalancer les
influences exercées contre lui sur l'esprit de Jeanne II. Cela
n'empêclia pas ce souverain de donner une nouvelle preuve de
son estime pour son noble et excellent conseiller et fidèle aimé .
Celui-ci lui avait transmis une supplique, exposant qu'il avait à
peu près terminé la perception des quinze cents florins à lui alloués
par les lettres patentes du 4 juin 1427 sur le château de
Séderon et que, d'autre part, il avait à faire des dépenses et à
supporter diverses charges pour son séjour en Provence. Aussi,
le roi, pour lui permettre de vivre selon sa condition et pour le
récompenser des longs services qu'il en avait déjà reçus, lui
accorda- t-il, le 27 octobre 1432, la jouissance viagère de tous
les droits et profits attachés à la possession de la seigneurie de
Séderon, avec pouvoir de nommer chaque année le châtelain,
bayle ou capitaine et le notaire, de retenir à son profit tous les
revenus, d'exercer la juridiction au civil et au criminel, etc.^.
Pour comble de faveur (il est vrai qu'Antoine avait réclamé
1. Séances des 16 octobre 1429 (fol. 96 v) et 27 janvier 1430 (fol. 106 v).
2. Séance du 5 mars 1430 (fol. 110). — Il est curieux de remarquer qu'on
dut faire venir le bourreau d'Avignon pour jouer son rôle dans la Passion
(Arcli. mun. d'Arles, CC 148).
3. « Causantibus variis expensis et oneribus quas ipsum in patria nostra Pro-
vincie residenliam faciendo subire opporlet » (J. Nève, p. 200, Pièce
jusl. n" VI).
4. J. Nève, p. 259, Pièce jusl. n" VI.
NOCVEAUX DOCCMRPJTS SUR SA VIE. ' 79
davantage* en qualité de créancier des trente-six mille ducats dus
à son père), le même jour, Louis III d'Anjou fit remise d'une
double dette, l'une de trente ducats, l'autre de vingt-cinq florins,
qu'il avait contractée envers Poncet de Rousset. Les biens de ce
dernier avaient été en efi'et confisqués au profit du fisc royal
pour crime de rébellion 2,
Ces largesses ne furent pas sans occasionner quelque embar-
ras au bénéficiaire. Une ordonnance royale avait jadis défendu
d'enregistrer et de mettre à exécution les lettres patentes qui
n'avaient pas été présentées dans les quatre mois après leur con-
cession. Comment Antoine de la Salle ne put-il se conformer à
cette prescription 2? On ne sait; toujours est-il que les délais
réglementaires étant expirés, il se heurta au refus des maîtres
rationaux de la cour d'Aix pour l'enregistrement de ses titres. Il
lui fallut obtenir du lieutenant général du roi en Provence des
lettres spéciales, dérogeant à l'ordonnance, pour la reconnais-
sance des droits et privilèges dont il avait été gratifié (4 avril
1433)^.
En cette même année 1433, il fut engagé dans des négocia-
tions assez délicates. La lutte entre le pape Eugène IV et le con-
cile de Bàle avait sa répercussion dans le comlé Venaissin. A la
mort de François de Couzié, légat d'Avignon (31 décembre
1431), le pape avait désigné pour lui succéder Marc Condul-
mier. Mais les Avignonais et les Comtadins s'étaient soulevés
contre lui et avaient fait appel au concile de Bàle. Les Pères du
synode, sans même en référer au souverain pontife, avaient
nommé un nouveau légat, Alphonse Carillo (22 juin 1432).
Celui-ci était venu en Avignon, avait chassé le représentant du
pape et s'était fait reconnaître comme gouverneur de tout le pays.
Mais Eugène IV, abandonnant Condulmier, avait déjà confié au
cardinal Pierre de Foix la mission de lui reconquérir ses Etats
français. Le cardinal avait accepté et réclamé le secours de
son frère, le comte Jean, qui était accouru avec une armée
pour mettre les révoltés à la raison. Ceux-ci s'étaient mis en état
de défense, avaient même appelé le chef de routiers, Rodrigue de
1. « Apud celsiludineni suam majora vendicaiiti, » rapporte le roi René dans
ses lettres patentes du 16 décembre 1436, citées ci-après.
2. Document n" IV.
3. Le rédacteur du document prétend qu'il l'ignorait.
4. Document n" V.
80 ANTOINE DE LA SALLE.
Villandrando, et ses compagnies de brigands, et avaient garni de
troupes leurs villes et châteaux forts. Ils n'avaient pas réussi,
cependant, à arrêter la marche victorieuse du cardinal et du
comte de Foix, qui, après avoir traversé le Comtat, occupé Gar-
pentras (12 mai 1433), Sorgues et d'autres localités, étaient arri-
vés devant Avignon (15 mai), dont ils poussèrent si vigoureu-
sement le siège qu'ils y entrèrent le 8 juillet suivant ' .
Les capitaines qui occupaient les forteresses comtadines,
terrifiés de ces succès, abandonnés par Villandrando, n'avaient
plus qu'une ressource : traiter avec le vainqueur. C'est à quoi se
résolut le capitaine de Vaison^ Luquin Ricci ou Ris^; il eut
recours, pour se soumettre et se recommander au cardinal, à
Antoine de la Salle et à Berthold de Baschi. Ceux-ci vinrent
trouver Pierre de Foix au château de Fargues-*, où il avait éta-
bli son quartier général pour le siège d'Avignon, et là ils débat-
tirent les conditions de la reddition de Vaison. Le traité fut con-
clu, le G juillet 1433, en présence de Tanneguj duChâtel, prévôt
de Paris ^; de Foulques d'Agout, seigneur de Mison; de Jean
1. Pour toute cette guerre, cf. Quicherat, Rodrigue de Villandrando, p. 94
et suiv.; Histoire générale de Languedoc (2° éd.), t. IX, p. 1114 et suiv.;
comte F. de Grailly, Révolte des Avignonais et des Comtadins contre le pape
Eugène IV et leur soumission par le légat Pierre de Foix, dans les Mémoires
de l'Académie de Vaucluse, t. XVI, p. 324; L.-H. Labande et H. Requin, Tes-
tament du cardinal Pierre de Foix, dans le Bulletin historique et philolo-
gique, 1899, p. 274.
2. Les détails qui suivent n'ont encore été connus d'aucun historien de la
ville de Vaison ou du comté Venaissin.
3. Les Ricci, apparentés à la grande famille florentine de ce nom, étaient
établis à Avignon dès la seconde moitié du xiv" siècle. Georges Ricci, d'Asti,
fut enseveli en 1400 à Avignon dans la chapelle fondée par lui dans le cloître
des Cordeliers (Bibl. d'Avignon, ms. 33G5, fol. 85). François Ricci, damoiseau
d'Avignon, reçut pour lui et sa famille des privilèges de Martin V à cause de
sa fidélité à l'Église romaine, le 26 avril 1418 [Idem, fol. 16). C'était sans
doute le père de Luquin Ricci. Celui-ci avait pour frères Bernard et Mathieu
Ricci (cf. Document n° VI) ; Mathieu devint un très gros personnage à Avignon
auprès du cardinal Pierre de Foix. Seigneur de Vedène et de Saint -Satur-
nin d'Avignon, il obtint, le 22 mai 1441, l'inféodalion de la bastide de Fargues
(ms. 3365, fol. 281). — Des Ricci se trouvèrent non seulement à Avignon, mais
encore à Lagnes, Apt et dans diverses localités de la Provence.
4. Sur le territoire d'Avignon, entre les hameaux du Pontet et de Moulfavel.
5. Qui avait combattu en Italie (1409-1410) pour le compte de Louis II d'An-
jou et qui, par conséquent, avait déjà d'anciennes relations avec Antoine de la
Salle. Il fui plus tard sénéchal de Provence.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 8^
Dupuis, prévôt de Carpentras et de Digne, trésorier du comté
Venaissin (Antoine de la Salle s'était déjà rencontré avec lui
en Italie) S etc. Les représentants de Luquin Ricci furent même
assez heureux pour lui obtenir un traitement des plus favo-
rables ^
Je ne quitterai pas ce sujet sans faire observer que deux ou
trois ans après se trouvait en Avignon toute une famille noble de
la Salle \ originaire du diocèse d'Oloron, et qui pouvait appartenir
à la parenté paternelle d'Antoine^ : c'était le damoiseau Pierre
de la Salle ^, c'étaient les frères Gaillard^, Bertrand ou Bertra-
net' et Verdolet de la Salle^, c'était encore Jean de la Salle ^ Ils
étaient attirés par ce grand centre commercial qu'était alors
Avignon, ville cosmopolite au possible depuis le séjour des papes.
Plus tard encore, on verra arriver de Chiers ou Chieri*", près de
Turin , des personnages portant encore le même nom , mais
n'ayant aucun rapport de parenté avec les précédents ; ils fonde-
ront à Avignon et dans le Comtat cette famille des la Salle, sei-
1. A Aversa, le l"'' septembre 1423 (Pilhon-Curt, op. cit., l. III, p. 218). Il
était déjà trésorier du Comtat en 1426 (Arch. de la ville d'Avignon,
boîte 10, E 5). Peut-être était-il parent de Jean Du|)uis, le viguier d'Arles, pré-
décesseur d'Antoine.
2. Document n" VI.
3. Il y eut même plus tôt des la Salle à Avignon : un Pierre de la Salle (de
Aula) était clavaire de l'évoque d'Avignon de 1325 à 1335 (Arch. dép. de Vau-
cluse, G 9, fol. 351 V); en 1408, on a signalé le mariage de Marthe de la Salle
avec Dragonet de Merles (comte E. de Balincourt, Deux livres de raison du
XV° siècle. Les Merles de Beauchamps, p. 8).
4. Bien qu'ils ne soient pas nommés dans son testament.
5. Brèves du notaire Jacques Girardi (étude de M° de Beaulieu, d'Avignon),
aux dates des 6 janvier, 3 février, 28 mars, 7 seplembre^ 5 novembre 1436;
12, 14 et 20 février, 16 et 20 mai 1438, etc.
6. Idem, aux dates des 7 et 10 septembre, 4 octobre 1436; 20 et 24 février,
19 et 20 mai 1438, etc.
7. Idem, aux dates des 9 novembre 1436, 22 janvier, 6, 12 et 28 février,
1"3 et 28 mars, 3 et 18 avril, 20 mai, 7 août, 1" octobre 1438, etc.
8. Idem, aux dates des 31 janvier, 6 février, 18 mars, 16 mai, 4 juin,
10 octobre 1438, etc.
9. Idem, aux dates des 19 et 20 février, 2 et 4 avril, 19 mai, 12, 16 et
18 septembre, 5 et 17 décembre 1438, etc.
10. Ce lieu d'origine ne fait aucun doute. Jean de la Salle, dans son testa-
ment du 30 juillet 1517, s'intitule : « Johannes de la Sale, de Cherio, diocesis
Thaurinensis, civis et habitator Avinionis » (Bibl. de Carpentras, ms. 1169,
p. 234).
-1904 6
82 ANTOINE DE LA SALLE.
gneurs de la Garde à Bédarrides*. Le premier, qu'on a supposé^,
sans preuves d'ailleurs, être le petit-fils d'Antoine le littérateur,
fut Jean de la Salle, né vers 1447, fils de Laurent et de Jaco-
bine de la Salle ; il laissa ses parents en Piémont et vint à Avi-
gnon dès 1479 '^ apprendre le métier de banquier, qui lui procura
une très grosse fortune^. Il y fut rejoint quelque temps après par
son frère, Jean-Albert, qui, moins heureux, dut reprendre vite le
chemin de l'Italie^ Jean eut six enfants'', dont la postérité mas-
culine ne s'éteignit qu'après plusieurs générations.
Les familles la Salle, au xv" siècle, étaient nombreuses, et il
serait, je crois, téméraire d'essayer de les i^attacher les unes aux
autres. C'est à une de ces familles, difierentes de toutes celles
que je viens de mentionner, qu'appartint Jean de la Salle, maître
d'hôtel du roi René, sur lequel on a publié plusieurs pièces
d'archives''', non sans intention de le rattacher par quelque lien
à Antoine.
Le premier document qui ait été jusqu'ici signalé sur Antoine
de la Salle après 1433 est une charte du roi René, en date du
16 décembre 1436, qui révèle de notables changements dans la
condition de notre personnage. Jusqu'ici il n'avait été désigné
1. El non, comme tous les auteurs l'ont imprimé depuis Pilhon-Curt, co-sei-
gneurs de la Garde-Paréol et de Bédarrides. — Le fief de la Garde, sis à
Bédarrides, a été acquis par Jean de la Salle les 9, 11 et 14 décembre 1500
{Idem, ibidem, p. 215 et suiv.). — Bédarrides, ch.-l. de cant. de l'arr. d'Avignon.
2. Pilhon-Curt, t. III, p. 218; reproduit par J. Nève, p. 272.
3. Bibl. de Carpentras, ms. 1169, p. 203 et suiv. — Jacobine de la Salle,
habitant Chieri, est cilée dans le testament de son fils Jean. Celui-ci lui laissa
l'usufruit des biens qu'il possédait encore en cette localité.
4. Idem, ibidem, p. 210 et 212.
5. Il acquit de très nombreux immeubles à Avignon (entre autres la livrée
du cardinal de Florence), à Bédarrides et à Sarrians. Le marquis de Forlia
d'Urban a fait le relevé de tous ses achats dans le ms. 1169 de Carpentras,
p. 212 à 233.
6. Laurent, doyen de l'église de Villeneuve-lez-Avignon et chanoine d'Avi-
gnon, mort en 1569; Clément P"', seigneur de la Garde, qui testa en 1550;
Jean, mort jeune, après 1526; Marie, qui épousa, en 1523, Sébastien de Blé-
giers, vice-recleur du Comlat ; Marguerite, qui épousa, en 1536, Gabriel de
Seguins, seigneur des Baumettes, et enfin Françoise, qui se maria en 1534 avec
Jean de Lopis.
7. J. Nève, p. 19 et 208. — Il existe encore sur lui d'autres actes aux archives
des Bouches-du-Rhône, série B.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 83
qu'avec les qualificatifs de fidèle, d'écuyer d'écurie, de familier,
de conseiller du roi ; maintenant le voici attaché à la personne du
fils aîné de René d'Anjou comme précepteur ou gouverneur. De
plus, il est marié.
Pour expliquer dans quelle situation il se trouvait et au milieu
de quels événements sa vie s'accomplissait, il est nécessaire d'en-
trer dans quelques détails historiques.
Le 12 novembre 1434, le roi Louis III mourait à Gosenza
sans enfants. Son héritier était celui qu'on a appelé plus tard le
bon roi René, son frère, duc de Bar et de Lorraine. Il fut
reconnu comme tel par Jeanne II, reine de Naples, qui, elle à
son tour, décéda le 2 février 1435. Par malheur, René, à la suite
des compétitions d'Antoine de Vaudémont sur la Lorraine, com-
pétitions soutenues par Pliilippe le Bon, duc de Bourgogne, à la
suite également d'une campagne désastreuse qui s'était terminée
par la défaite de Bulgnéville (2 juillet 1431), se trouvait prison-
nier à Dijon et par conséquent dans l'impossibilité d'aller recueil-
lir son héritage en Anjou, Provence et Italie. Cependant, le
30 avril 1432, après la signature d'un accord avec le duc de
Bourgogne, il avait été mis en liberté provisoire ; mais il avait
dû laisser entre les mains de son geôlier ses deux fils, Jean et
Louise L'aîné de ces enfants, celui qu'Antoine de la Salle eut
plus tard à prendre sous sa direction, était né le 2 août 1426 2;
l'autre était de quatorze mois plus jeune'-. Quand, sur l'ordre de
son implacable ennemi (25 décembre 1434), René était revenu à
Dijon se constituer prisonnier, il n'avait pas réussi à obtenir la
libération de ses deux fils. Le cadet, cependant, put être enlevé
assez tôt au duc de Bourgogne pour être embarqué à la fin de
l'été suivant avec sa mère, Isabelle de Lorraine, qui, avec la
procuration de son mari 3, se hâtait de gagner le royaume de
Naples ; mais Jean d'Anjou ne fut délivré que le 28 octobre 1435
et mis immédiatement en lieu sûr^.
N'est-ce pas dans ces circonstances que l'on donna à Antoine
de la Salle la mission délicate et périlleuse de veiller sur
1. Lecoy de la Marche, Le Roi René, t. I, p. 96 et 97.
2. Idem, t. I, p. 433. — A la p. 67, le même auteur avait donné la date
de 1427.
3. Du 4 juin 1435 (Lecoy de la Marche, t. I, p. 114). — L'acte fut passé à
Dijon, où Isabelle de Lorraine reprit sans doute son fils.
4. Lecoy de la Marche, t. I, p. 117,
84 ANTOINE DE LA SALLE.
lui*? Les documents font, hélas! défaut, qui permettraient d'élu-
cider ce point d'histoire. Toujours est-il que le roi René, à peine
sorti définitivement de prison (il fut relâché le 8 novembre 1436),
malgré toutes les préoccupations que lui imposaient le traité à
conclure avec son ennemi et la réorganisation de ses États, crut
devoir témoigner de sa reconnaissance envers celui qui avait eu
la garde de son fils aîné. Antoine de la Salle avait eu soin d'ail-
leurs de lui faire tenir une supplique, par laquelle il lui rappelait
qu'il avait obtenu de son frère Louis III la jouissance du château
de Séderon et que le trésor des rois de Sicile lui était toujours
redevable des nombreux milliers de florins avancés par son père.
Il demandait donc, si le roi avait ses services pour agréables,
qu'on lui confirmât la jouissance de Séderon, non seulement pour
lui, mais encore pour sa femme et le premier fils qu'il aurait.
Cette supplique l'ut agréée par René, qui ne manqua pas de
mettre en avant, comme justification de sa faveur, les « fructuosa
servitia » rendus par Antoine à lui et à son fils aîné. Il lui
imposa cependant l'obligation de dépenser, dans les dix-huit
années suivantes, la somme de douze cents florins pour la cons-
truction de la tour du château (Lille, 10 décembre 1436) ^
Cette fois encore, Antoine de la Salle fut retenu par divers
empêchements occasionnés par son office auprès du duc de
Calabre, Jean d'Anjou ^ et ne se trouva pas en mesure de pré-
senter ses lettres patentes à la Cour des comptes d'Aix pour leur
enregistrement et leur reconnaissance dans les délais légaux. Le
bon roi René, sur sa demande, intervint pour que ce retard ne
pût lui être dommageable et ordonna aux archivistes d'Aix de
les enregistrer même après le temps réglementaire (16 sep-
tembre 1437)''.
L'acte du 16 décembre 1436 est le premier qui fasse men-
tion de son mariage. Avant sa publication récente par M. Nève,
les historiens et critiques avaient été unanimes pour affirmer
1- Le comte de Qualrebarbes, qui a publié les Œuvres complètes du roi
René, indique (t. 1, p. xliv) comme premiers éducateurs, précepteurs ou gou-
verneurs de Jean d'Anjou, Henri de Ville, évêque de Toul, et Jean Manget,
doyen de Sainl-Dié et auteur du Maistre des sentances, — Cf. aussi à ce sujet
A. Lecoy de la Marche, t. II, p. 176.
2. J. Nève, p. 263, Pièce just. a° VII.
3. 11 reçut le titre de duc de Calabre quand il se maria (2 avril 1437).
4. Document n° VII.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 85
qu'Antoine de la Salle, réputé auteur des Quinze joies de
mariage, était resté célibataire*. Et pourtant les derniers
auteurs avaient eu connaissance d'une lettre adressée par lui à
un religieux qu'il félicitait d'avoir quitté nouvellement le monde ;
il l'avisait encore « que, si mon eage le peust. porter et je ne
fusse en maryage obligié, a l'aide de Dieu, de Notre Dame »,
etc., «tu me serois example de ma très perileuse vie amendera »
Ce texte très clairet ne prêtant aucunement à l'ambiguïté, avait
été écarté ; maintenant, on ne pourra plus le faire, car les preuves
abondent du mariage de notre littérateur.
Ce mariage doit se placer entre le 27 octobre 1432, date de la
concession viagère de Séderon pour Antoine seul, et le 16 décembre
1436, date de l'acte ci-dessus analysé. Je serais assez porté à le
fixer très près du 16 décembre 1436, car, une fois marié, Antoine
s'est probablement hâté d'assurer à sa femme la jouissance d'un
domaine qui lui permettait une existence en rapport avec son état.
Le nom de l'épousée n'est pas indiqué dans les premières
lettres patentes du roi René, et M. Nève, le plus récent historien
de la Salle, ne paraît pas l'avoir connu. Il est donné tout au
long dans l'acte de vente de Séderon à Pierre de Mévouillon, le
20 octobre 1439 : Nobilis et egregia domicella domina Lyon
de la Sellana de Brusa ^. René d'Anjou, dans ses lettres patentes
du 5 décembre 1439, confirmatives de cet acte de vente, se con-
tente de l'appeler : nobilis domicelle Leone de la Brossa*.
Il est encore question d'elle dans des lettres du 5 août 1441 , sur
lesquelles il y aura lieu de revenir; elle n'y est désignée que par
ces mots : nobili domicelle Liane, iixori magnifîci Anthonii
de Sala^; mais, par contre, on y apprend que le roi René lui
avait constitué une dot de mille florins.
1. Cf. notamment G. Paris, Légendes du moyen âge, p. 68. — L'auteur des
Quinze joies se dit en eflet célibataire.
2. Cette lettre, signalée par M. Sôderhjelm, p. 104, n. 1, a été publiée par
M. J. Nève, p. 223. Elle n'est pas datée. — Voici ce qu'en écrivait
M. Sôderhjelm : « Si cette lettre est de notre auteur, elle donne un renseigne-
ment biographique d'assez grande importance; l'auteur y dit que, s'il n'était
pas marié, il suivrait l'exemple de son ami. Or, nous ne savons rien sur le
mariage d'Antoine, mais sa vie inconstante et ses écrits portent plutôt à croire
qu'il était libre. »
3. Document n" X.
4. Arch. des Bouches-du-Rhône, B 12, fol. 11 v°.
5. Document n° XII.
86 ANTOI\E DE LA SALLE.
Ces indications, malheureusement, ne sont pas suffisantes pour
faire connaître la date et les circonstances du mariage. Même la
famille de cette Lionne de la Sellana de Brussa reste encore une
énigme pour notre curiosité.
L'union, que je viens de retracer, paraît avoir été stérile.
Aucun document, en effet, ne fait connaître d'enfant qui en soit
issu. Le testament qu'Antoine rédigea en 1438 n'en mentionne
aucun ; chose curieuse, en prenant ses dispositions dernières, il
ne prévit même pas le cas où il laisserait d'héritier direct né ou à
naître. On est donc fondé à croire qu'au moins les premières
années du mariage de notre littérateur ont été infécondes.
Voici donc Antoine de la Salle marié et chargé de la garde,
sinon déjà de l'éducation de Jean d'Anjou, fils aîné du roi de
Sicile. Lorsque René lui octroya les lettres patentes du
16 décembre 1436, il devait se trouver à Dijon, où Jean d'Anjou
avait été livré en otage au duc de Bourgogne, pour garantir l'exé-
cution du traité mettant son père en libertés Sa détention ne
fut pas de longue durée : le 6 février 1437, Philippe le Bon
offrait de le rendre sous certaines conditions ^ D'ailleurs, trois
jours auparavant, le même duc de Bourgogne était intervenu
pour faire conclure le traité de son mariage avec sa nièce, Marie
de Bourbon^.
Antoine et lui furent donc en mesure d'accompagner René,
lorsque celui-ci alla prendre possession de son duché d'Anjou et
faire son entrée solennelle à. Angers. C'est là que, le 2 avril
1437, fut célébré le mariage du jeune duc de Calabre, alors dans
sa onzième année 4. Toute la cour du roi de Sicile le suivit encore
lorsque, avec les ducs de Bourbon et d'Alençon, il alla rendre
visite au duc de Bretagne, puis se rendit à Gien auprès de
Charles VIL' (juillet-août 1437). Au mois de septembre suivants
René et son fils aîné, celui-ci avec sa femme et son précepteur,
avaient quitté l'Anjou pour la Provence, où des fêtes magni-
fiques les attendaient à Arles, Aix et Marseille ^ Mais l'affection
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 121.
2. Idem, t. I, p. 125.
3. Idem, t. I, p. 123, 124. — Elle était fille de Charles P', duc de Bourbon,
et d'Agnès de Bourgogne. Elle mourut en 1488.
4. Idem, t. I, p. 130.
5. Idem, t. I, p. 131.
6. Cf. Document n° VII.
7. Lecoy de la Marche, t. 1, p. 134.
Nouveaux documents sur sa vie. 87
que lui témoignaient ses nouveaux sujets n'empêchait pas le bon roi
de presser ses préparatifs pour aller retrouver à Naples sa femme
et son deuxième fils, et défendre son royaume contre les attaques
d'Alphonse V d'Aragon. Enfin, le 12 avril 1438, il mit à la
voile ; trois jours après, il était à Gênes, où il était reçu avec les
plus grands honneurs ; il en repartit le 26 du même mois et le
19 mai, aux acclamations de son peuple, il débarquait à Naples
avec ses compagnons de voyage ^
Avant de prendre la mer à Marseille, Antoine de la Salle,
aymii à songer à l'avenir et prévoyant le cas où il succomberait
pendant le voyage, dicta son testament à un notaire de Mar-
seille, Jean d'Escalis, le 30 mars 1438 ^ Il ne faisait en cela que
se conformer à un usage assez général et nombre de ses com-
pagnons de route s'étaient crus obbgésde l'imiter 3. Remarquons
avec étonnement que, dans cet acte, il ne donne même pas
une mention à sa femme, qui, pourtant, devait le suivre outre-
mer^. Après avoir recommandé son âme à Dieu et à la Vierge, il
laissa le soin de ses funérailles et de sa sépulture à ses héritiers
et exécuteurs testamentaires; puis il ordonna de payer toutes ses
dettes, dont il avait remis une note autographe à son procureur
général, Paul de Laing-', sur les revenus du péage de Séderon et
de ses autres rentes ou biens. Le reste serait partagé en quatre
parties ; l'une servirait à la création d'un hôpital ou d'un cime-
tière près de l'église de l'Annonciation à Séderon, au choix de
1. Lecoy de la Marche, t. I, p. 165, 166.
2. Une fausse indication donnée par le Catalogue des manuscrits de la
Bibliothèque de Carpentras avait fait chercher jusqu'ici ce testament dans les
minutes d'un problématique M° Jacques Caradet, notaire marseillais, où natu-
rellement on ne l'avait pas trouvé (cf. J. Nève, p. 39, note). Il est publié
ci-après, Document n" VIII, en provençal (minute) et en latin (texte définitif).
3. Tel Balthasar de Gérente, seigneur de Monclar et maître d'hôtel du roi
René, témoin du testament d'Antoine de la Salle; il testa lui aussi le 9 juin
1438 (cf. Artefeuil, Histoire héroïque de la noblesse de Provence, t. I, p. 474).
— Le roi René lui-même ne prit pas cette fois ses dernières dispositions, mais
il les dicta le 29 juin 1453, avant de partir pour une nouvelle expédition
(A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 273).
4. Elle comparaîtra dans l'acte de vente de la seigneurie de Séderon, passé le
20 janvier 1439 à Naples, dans la maison d'Antoine de la Salle.
5. La procuration qu'Antoine de la Salle lui avait remise concernait ses
biens des comtés de Provence, de Forcalquier et Venaissin, ce qui prouve
qu'il avait conservé au moins quelques immeubles ou rentes dans les États
pontificaux de France.
88 ANTOINE DE LA SALLE.
ses héritiers et exécuteurs testamentaires ; la seconde, à la dota-
tion de quatre pauvres filles orphelines venant se fixer à Séde-
ron ; la troisième, à la fondation d'une messe basse quotidienne en
la même église de Séderon et d'un service anniversaire annuel
pour le repos de son âme et l'expiation de ses péchés; enfin, la
dernière était laissée à ses exécuteurs testamentaires pour le
paiement de leurs frais. Si les revenus, dont il disposait ainsi,
n'étaient pas assez importants, ils seraient complétés par le pro-
duit de la vente d'immeubles. Il légua ensuite la maison qu'il
avait fait bâtir dans le bourg de Séderon et tous ses autres biens
meubles, tels que livres, armures, mobilier, vaisselle d'étain,
arbalètes, bombardes, etc., par égales parts à ses vieux servi-
teurs, Adam de Montreuil, devenu fourrier du duc de Calabre,
Paul de Laing et Gaston Maître, ce dernier d'Arles. Enfin, il
institua pour légataires universels de ses autres immeubles, tels
que le i\Ias-Blanc et la tour de Canilhac, et de tous ses droits,
privilèges, actions et créances, sa plus proche parente, Guiote
Flamenc', dame de Saint-Georges, et son mari, Antoine Alle-
mand 2. Dans le cas où ces derniers ne laisseraient pas d'héritiers
directs, il leur substituait pour une moitié Bertrand de Bayon»,
mari d'une cousine à lui, et leurs trois enfants, Jean, Anne et
Honorât, et pour l'autre moitié son cousin, Antoine de Bonnieux^
Comme on a déjà fait la remarque, le testateur ne parlait ni de sa
mère, qui devait être morte à ce moment-là, ni de sa femme, ni
des enfants qu'il pourrait avoir avant de disparaître du monde.
Donc, après avoir accompli cet acte important, Antoine de la
Salle s'était embarqué avec son souverain. Il l'avait suivi à
Gênes et, avec toute sa suite, il était arrivé à Naples le 19 mai
1438. C'est là que nous allons le retrouver dans des circonstances
mémorables où il a été acteur et dont il nous a conservé le
souvenir.
1. Malgré mes recherches, je n'ai trouvé aucun renseignement sur cette parente
d'Antoine de la Salle, ni sur la seigneurie de Saint-Georges, qu'elle possédait.
2. C'est probablement un des membres de cette grande famille dauphinoise
des Allemand, dont les rameaux s'étendirent dans tout le midi.
3. Encore un personnage sur lequel on ne sait rien. Il appartenait à une
famille marseillaise, pourtant bien connue, d'où est issue celle des Libertat.
Cf. E. de Rozière, Table armoriale de l'Histoire héroïque de la noblesse de
Provence, par Artefeuil, p. 21.
4. Personnage ignoré jusqu'ici. La famille était sans doute originaire de Bon-
nieux, dans le comlé Venaissin, aujourd'hui ch.-l. de cant. de l'arr. d'Api.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 89
Après quelques mois de séjour au Castel-Capuano, à Naples,
auprès de sa femme et de ses enfants, René se mit en campagne
(août 1438), laissant toute sa famille sous la garde et protection
d'Antoine de la Salle. Il emmena même avec lui le capitaine Jean
Cossa, le futur sénéchal de Provence, dont le tombeau se voit
encore aujourd'hui en l'église Sainte-Marthe de Tarascon^, qui,
ordinairement, était chargé du soin de maintenir en sûreté la
résidence royale. Mais, tandis qu'il s'attardait dans les Abruzzes,
son compétiteur, le roi d'Aragon, « résolut de tenter un coup de
main hardi sur la capitale ^ » et vint « par terre et par mer...
asseigier la cité de Naples et le chastel de Capouanne, auquel
estoient les très excellents princes et princesses madame Ysabel
de Lorraine, royne de Secille, et monseigneur Jehan, leuraisné
filz, duc de Galabre, et aussi madame Marie de Bourbon, sa cora-
paigne..., car laditte cité... estoit pour lors très petitement prou-
veue de gens et encore de vivres ■^, » La situation était d'autant
plus critique que deux forteresses, le château de l'Œuf et le Gas-
tel-Nuovo, étaient entre les mains de l'ennemi. L'armée arago-
naise vint se loger dans les faubourgs et occuper les monastères
et églises « au tret d'un arbalestre de la cité. Et en l'esglise de
Saint Ange furent assis les gros canons pour tirer au long de
l'esglise des Carmes, laquelle est hors et sur les hors des fossez
de la cité^ » La valeur des assiégés suppléa à leur nombre;
leurs capitaines étaient Jean de la Noze, Jacques Sannazar,
Christophe de Crema et François de Pontadera ^ Quant à Antoine
de la Salle, il était chargé du commandement du Castel-Capuano,
résidence de la famille royale : c'était en somme le poste d'hon-
neur. Le ciel favorisa les Napolitains. Et tout d'abord ils assis-
tèrent avec Antoine à un fait qui leur parut merveilleux. Le
premier coup de canon envoya par la grande verrière de l'église
des Carmes une très grosse piei're, qui traversa le monument et
vint couper deux des trois cordes « qui soubstenoient le grant
crucefix qui sur l'entrée estoit ». Le lendemain, l'infant Don Pedro,
1. Cf. E. Mùntz, le Sculpteur Laurana et les tnonuments de la Renaissance
à Tarascon, dans le t. I des Mémoires et monuments de la fondation Piot,
p. 123 et suiv.
2. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 174.
3. Septième chapitre de La Salle : J. Nève, p. 227.
4. Idem, ibidem.
5. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 175.
90 ANTOINE DK LA SALLE.
frère du roi d'Aragon, qui dirigeait le tir de l'artillerie, en se
rendant à l'église Saint-Erme, où il voulait « faire corner ses
menestrieux », c'est-à-dire faire tonner ses bombardes, fut atteint
par ricochet d'un boulet, que des artisans de la ville, à l'aide
d' « ung chargié vuglaire, du gros des deux puings », avaient
lancé dans sa direction. « Ung de ses gens de pié prist sa bar-
rette d'escarlatte, ou estoient grant partie de sa teste, de sa clier-
velle et des clieveulx, et s'en vint par les fossez audit cliastel de
Capouenne, ou la royne de Sicille et monseigneur et dame de
Calabre, enfans, estoient comme dit est. » Il espérait réjouir la
reine, en lui annonçant la mort de son ennemi et en lui présen-
tant ce trophée de guerre. Mais Isabelle de Lorraine, avertie
par la Salle, ne put que plaindre la victime et verser des larmes
sur sa fin malheureuse'. On dit même qu'elle fit arborer une
bannière noire sur le sommet de son château et qu'elle offrit au
roi d'Aragon d'ensevelir solennellement dans la cité le corps de
son frère (18 octobre 1438).
Alphonse V voulut poursuivre les opérations du siège. « Si
fist le roy oster de Saint Erme les bombardes et les fist asseoir
devant la tour de la Nonciade et battre grant partie des murs.
Et, quant il volt donner la bataille et tous les abillemens prez
pour le bien matin assaillir, la très douce benoitte Nonciade se
monstra ne estre pas bien contente d'avoir ainsi battu son com-
pris, par quoy esclers, pluyes et tonnoirres ne cessèrent toute
nuyt ne par l'espace de viii jours, dont les eauues et les bonnes
furent si grandes que par force convint qu'il levast son ost et
du tout se despartit ^. »
Quelques semaines plus tard, le roi René rentrait à Naples
(vers le milieu de décembre) pour s'y reposer des fatigues de
la campagne précédente et célébrer les heureux événements
qui venaient de s'accomplir; il y donna une série de tournois
et de fêtes^, où Antoine de la Salle, avec l'expérience qu'il pos-
sédait des belles passes d'armes, dut jouer un rôle important. Le
roi avait d'ailleurs à reconnaître par de nouvelles faveurs son
zèle pour son service et pour le gouvernement du duc de Calabre,
les peines qu'il avait prises jour et nuit, exposant sa personne à
1. La Salle, sepUènie cha|/itre, édité par J. Nève, p. 226 à 232. — Comparer
ce récit avec celui qu'a donné M. A. Lecoy de la Marche, p. 175-177.
2. La Salle, même chapitre.
3. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 178.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. . 9^
de redoutables périls et n'épargnant ni ses fatigues ni son argent.
Le 20 janvier 1439, en considération de sa conduite méritoire,
dont il déclarait vouloir conserver un souvenir ineffaçable, en
compensation aussi des trente-six mille ducats avancés par Ber-
nard de la Salle à Louis V d'Anjou lors de son avènement au
royaume de Sicile, René lui donna, pour lui et ses héritiers ou
successeurs, la propriété entière et complète de la seigneurie et
du château de Séderon, dont il n'avait obtenu jusqu'ici que la
jouissance viagère^
• J'ai écrit précédemment que les concessions des rois de Sicile
permettaient surtout aux bénéficiaires de battre monnaie. Ce fut
encore vrai pour les lettres patentes du 20 janvier 1439; elles
laissèrent Antoine de la Salle libre de chercher un acquéreur
pour sa nouvelle propriété. Il le trouva en la personne de Pierre
de Mévouillon, seigneur de Ribiers^, premier écuyer et conseil-
ler du roi René^; le 20 octobre de la même année, il lui céda le
château et la forteresse de Séderon ^ au prix de quatre mille trois cents
florins payés comptant. Lionne de la Sellana de Brussa, sa femme,
intervint dans l'acte pour renoncer aux droits qu'elle pou-
vait avoir sur Séderon, l'hypothèque de sa dot reposant sur ce
domaine. Le contrat de vente fut passé dans la maison même
d'Antoine, sise à Naples, sur la place Capouane et voisine de
deux rues^\ Pierre de Mévouillon se fit confirmer son acquisition
par le roi René le 5 décembre 1439'^; plus tard, il la comprit dans
la liste des seigneuries pour lesquelles il rendit hommage à la
Cour des comptes de Provence (6 novembre 1442)' et il la trans-
1. Document n" IX.
2. Hautes-Alpes, arr. de Gap, ch.-l. de cant.
3. Le 16 octobre 1439, il avait obtenu du roi René, en récompense de ses
services, une pension de six cents florins à percevoir sur les revenus de jus-
tice de la Cour des comptes d'Aix (Arch. des Bouches-du-Rhône, B12, fol. 1).
— Ce Pierre de Mévouillon fut un peu plus tard chambellan, devint grand-
écuyer du roi et fut un des premiers dignitaires de l'ordre du Croissant
(A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 497, 498, 533). — René, par son testament du
29 juin 1453, lui donna un témoignage exceptionnel de confiance en l'instituant
un de ses exécuteurs testamentaires {Idem, t. I, p. 276, n. 1).
4. A remarquer que Séderon est aussi le ch.-l. de cant, de la localité de
Mévouillon, d'où étaient originaires les seigneurs de ce nom.
5. Document n° X.
6. Arch. des Bouches-du-Rhône, B 12, fol. 11 v.
7. Idem, B777, fol. 44.
92 l^iTOINE DE La SALLE.
mit à ses héritiers. La terre de Séderon resta dans sa famille
jusqu'en 1520*.
La donation de ce domaine à Antoine de la Salle ne fut pas la
seule libéralité du roi de Sicile qui lui fut octroyée pendant son
séjour à Naples. Le 22 novembre 1439, faisant encore valoir les
dangers, fatigues, dépenses et ennuis auxquels s'exposait son
fidèle conseiller, gouverneur de Jean d'Anjou, duc de Calabre,
René lui faisait d'avance remise, jusqu'à concurrence de la
somme de sept cents florins , des droits de lods et trézain qu'il
aurait à payer au trésor royal pour des biens aliénés ou achetés
par lui dans les comtés de Provence et de Forcalquier. Il lui
abandonnait en outre tous les droits qu'il devait à l'occasion de
la vente de son château de Séderon à Pierre de Mévouillon^.
A cette date de novembre 1439, Antoine avait assisté et sans
doute pris part à l'action vigoureuse qui avait enlevé aux Ara-
gonais les forteresses napolitaines du Castel-Nuovo et du châ-
teau de l'Œuf (24 et 25 août 1439) ; mais, par contre, on venait
d'apprendre la mort subite du plus solide soutien du trône ange-
vin, du vieux capitaine Jacques Caldora (18 novembre)^. Ce fut
le signal des revers pour le parti de René. En vain, le 29 jan-
vier 1440, le roi selançat-il dans une aventureuse expédition ; elle
échoua par la trahison d'Antoine Caldora ^ En s'éloignant de
Naples, il avait encore laissé toute sa famille dans le Castel-
Capuano''; le départ de Jean Cossa, que la reine Isabelle expédia
derrière lui^, avait sans doute fait remettre de nouveau à Antoine
de la Salle le commandement de la forteresse et le soin de pour-
voir à la sûreté de la maison royale. Heureusement, malgré un
commencement de famine, la ville de Naples resta parfaitement
tranquille. Quand René rentra dans sa capitale (vers la fin de juin
1440), Antoine put lui rendre le précieux dépôt qui lui avait été
confié.
Les affaires du roi allaient cependant de mal en pis; son com-
pétiteur aragonais était maître de la plus grande partie de son
1. Acte de vente de Séderon par Antoine de Mévouillon à Antoine Ronchon,
d'Arles, pour trois mille quatre cents écus soleil, 12 décembre 1520 (Idem, B 27,
fol. 76).
2. Document n° XI.
3. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 179 et 185.
4. Idem, t. I, p. 191, 192.
5. Idem, t. I, p. 193.
G. Idetn, t. I, p. 187.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 93
royaume, la défection de Caldora lui avait enlevé le plus fort
contingent de ses troupes ; il lui fallait se résoudre à des actions
décisives. Afin d'être moins gêné dans ses mouvements, il ren-
voya dans ses Etats français sa femme, Isabelle de Lorraine,
qu'il avait instituée lieutenant général dans ses duchés et com-
tés (4 août 1440), et ses enfants '. Antoine de la Salle reprit donc
tristement, avec le duc et la duchesse de Calabre, le chemin de la
Provence, où certainement il n'avait pas compté revenir si vite
et dans d'aussi mauvaises conditions. Il ne devait plus retourner,
que nous sachions, sur cette terre classique de l'Italie, où il
avait éprouvé si fortement l'influence de la littérature contem-
poraine que l'on a notée dans ses œuvres. C'était également fini
pour lui de prendre part à des actions militaires; il avait, du
reste, environ cinquante-trois ans quand il revint en France, et
il y en avait près de quarante qu'il courait le monde. Il était
donc temps pour lui de se reposer. La vie qu'il mena dès lors
fut exempte des troubles et des ennuis de toute sorte qu'il avait
éprouvés dans le royaume de Naples; malgré le gouvernement
de la personne et l'éducation du duc de Calabre, il eut enfin le
loisir de se livrer à des travaux liltéraires, qui devenaient main-
tenant une de ses principales préoccupations.
Mais, avant d'aborder cet ordre d'idées, signalons les dernières
lettres patentes qui, à notre connaissance, aient été expédiées par
la maison d'Anjou en sa faveur. Elles lui furent octroyées à
Tarascon, le 5 août 1441, par la reine Isabelle, et elles avaient
pour but le règlement de la dot de mille florins constituée par
René au profit de Lionne de la Sellana de Brussa. Ces mille flo-
rins devaient être perçus sur les droits de lods et trézain et sur
les droits de rétention appartenant à la cour de Provence dans
la viguerie de Forcalquier et un certain nombre de baylies;
mais, comme les besoins du trésor royal étaient grands, qu'il
fallait prélever sur ces revenus les gages des maîtres racionaux
de la Chambre des comptes et envoyer des secours au souverain
resté en Italie, il fut convenu avec Antoine que le produit des
droits aS'ectés au paiement de la dot de sa femme lui serait versé
une année et l'autre non, et ainsi de suite jusqu'à entière satis-
faction ^
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 198 et 199.
2. Document n° XII.
94 ANTOINE DE LA SALLE.
En attendant le retour du roi René, qui ne devait rentrer en
Provence qu'au mois d'octobre 1442, après la perte complète
de la ville et du royaume de Naples^ Antoine de la Salle' put
commencer pour l'instruction du duc de Calabre le traité qu'il a
intitulé la Salade, « pour ce que en la salade se mettent plusieurs
bonnes herbes », et qu'il a dédié à son élève et à sa femme Marie
de Bourbon. C'est le plus ancien de ses ouvrages qui nous soit
connu, bien que depuis le temps de sa « florie jeunesse » il ait
pris plaisir à écrire. Mais les « histoires honnorables » qui sor-
tirent auparavant de sa plume sont encore à découvrir.
L'époque de la rédaction de la Salade a été fixée par tous les
auteurs qui s'en sont occupés entre 1437, année du mariage du
duc de Calabre, et 1442, date de l'expulsion définitive du roi
René de l'Italie. On supposait vraisemblable que la dernière
partie de l'ouvrage, contenant un abrégé de l'histoire de Sicile et
une généalogie de la maison d'Aragon, ait été écrite avant
l'abandon par René de son royaume de Naples^. Cet abrégé et
cette généalogie n'auraient, en effet, été donnés que pour expli-
quer au jeune prince les causes de la rivalité dont il était encore
témoin. La date peut, à mon avis, être précisée davantage : d'abord
il est plus admissible de croire que Antoine de la Salle se soit
livré à des travaux littéraires dans toute la tranquillité dont il
jouissait en Provence et en Lorraine plutôt qu'au milieu des
troubles, des guerres et des préoccupations de toute espèce qui
avaient rendu son séjour en Italie si laborieux.
Mais il y a mieux, la généalogie des rois d'Aragon a été écrite,
dit l'auteur lui-même au duc de Calabre, pour démontrer le
« très évident droit que le roy de Sicile, vostre père, mon souve-
rain seigneur, et vous par conséquent, avez audit royaulme de
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 220; t. II, p. 445.
2. Il est vraisemblable que son élève et lui suivirent dans tous ses déplace-
ments la reine Isabelle de Lorraine. Celle-ci quitta la Provence après le 15 août
1441 et s'achemina vers la Lorraine, où les aftaires de son mari nécessitaient
sa présence. Le 19 octobre, elle arrivait à Nancy, où elle résida jusqu'au
10 janvier 1442; après un voyage à Pont-à-Mousson, elle revint dans la même
ville, où elle se trouvait de nouveau le 18 février suivant. On l'a ensuite
signalée le 8 avril à Lunéville et encore en Lorraine le G août. Elle vint au mois
d'octobre rejoindre son mari en Provence (cf. Du Fresne de Beaucourt,
Histoire de Charles VII, t. III, p. 290, n. 1).
3. Cf. J. Nève, p. 41.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 95
Arragon..., a cause de la très noble et excellente princesse et ma
souveraine dame Madame de glorieuse mémoire Yollant, fille
seulle d'enffans du très noble prince Monseigneur Jehan, roy
d'Arragon'. » Par conséquent, elle n'a donc été rédigée et
l'ouvrage de la Salade terminé qu'après le 14 novembre 1442,
date de la mort de la reine de Naples, Yolande d'Aragon ^
Il n'est pas dans mon sujet d'étudier cet ouvrage, d'en faire
l'analyse et d'en marquer le caractère pédagogique. D'autres
l'ont déjà fait^ ou se préparent à le faire encore d'une façon com-
l)lète. La présente étude n'a d'ailleurs pour but que de présenter
de nouveaux documents sur la vie de l'auteur et de mettre en
leur relief ceux qui avaient déjà été signalés concernant ses rela-
tions avec la maison d'Anjou. La mission que je me suis imposée
touche d'ailleurs à sa fin, la série de mes nouveaux documents
étant épuisée.
Pour savoir ce qu'advint Antoine de la Salle pendant les
années qui suivirent le retour en Provence du roi René et qui
précédèrent la rupture de ses relations avec la maison d'Anjou,
il suffit sans doute de suivre l'itinéraire du duc de Calabre. On
sait que toute la cour de Sicile accompagna René, sa femme
et leurs enfants, lorsqu'ils se rendirent à Toulouse (mars 1443),
auprès du roi de France Charles VII et de la reine Marie d'An-
jou. Rappelons en passant que le voyage de Toulouse paraît avoir
marqué les premières relations de Charles VII et d'Agnès Sorel ;
celle-ci, faisant partie de la suite d'Isabelle de Lorraine^ venait
par conséquent de Provence avec Antoine de la Salle. Le bon roi
René fut fêté par de grandes réjouissances, « car c'estoit, dit un
chroniqueur, un prince plain de deduyt et de plaisir, qui n'avoit
en son train que gens d'esprit et passe temps ^. » Les deux rois
cheminèrent ensuite de conserve, du 8 avril au 25 mai, jusqu'à
Poitiers, tandis qu'Isabelle de Lorraine regagnait directement
1. Ms. de la Salade à la Bibliothèque royale de Bruxelles, déjà cité,
fol. Giiiixxvin.
2. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 226.
3. W. Soderhjelm, op. cit., p. 104 et 105; G. Paris, Légendes du moyen âge,
p. 70; J. Nève, p. 41.
4. Du Fresiie de Beaucourt, op. cit., t. III, p. 284, 290, etc.
5. Jean de Bourdigné, Hystoire agrégative des annales et cronicgues d'An-
jou (éd. Quatrebarbes), t. II, p. 186.
96 ANTOINE DE LA SALLE.
l'Anjou'. En juin 1444, René venait l'y retrouver et s'installait
avec elle et ses enfants dans le château d'Angers ^
Antoine de la Salle, avec le duc et la duchesse de Calabre,
assista ensuite aux fêtes qui furent données à Tours à l'occasion
des fiançailles de Marguerite d'Anjou avec le roi d'Angleterre
(24 mai 1444) '^ puis il accompagna René en Champagne et
enfin en Lorraine. Là il fut également présent aux fêtes splen-
dides qui eurent lieu en mars 1445 : « Quant le roy Charles VIP
du jourd'uy, raconte notre auteur, fust a Nanssy en Lorraine, le
roy René de Sicile... pour le festoier..., et au départir de... Mar-
guerite d'Anjou^, sa fille, qui pour lors alloit royne en Engle-
terre, ordonna un grandisme pardon d'armes courtoises, aus-
quelles les deux seigneurs roys joustèrent et la plus grant partie
de messeigneurs du sang royal, et maintz aultres seigneurs et
nobles sans nombre^, par pluiseurs jours... Et à celle jouste ledit
seigneur roy de Sicile... ordonna et fist par ses roys d'armes et
heraulx crier que tous ceulx... qui jousteroient audit behourt
fussent tenus de porter leur haichement naturelz sur leurs
heaumes et leurs lampequins et escus couvers de leurs armes ^. »
Mais, par malheur, beaucoup de gentilshommes n'avaient plus
un souvenir exact de leur blason; ce fut à Antoine de la Salle,
érudit en toutes ces matières d'armoiries, de tournois et d'em-
prises de chevalerie, qu'ils s'adressèrent pour avoir un libellé
exact des meubles, couleurs et émaux qui devaient couvrir leur
écu et leur heaume. « Ausquelx je dis ce que je savoye et les
autres manday aux roys d'armes et heraulx de leurs marches^. »
Le séjour de notre littérateur dut se prolonger en Lorraine,
car le roi René, en s'éloigna nt, nomma pour son lieutenant
1. Du Fresne de Beaucourt, t. III, p. 290.
2. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 229.
3. Du Fresne de Beaucourt, t. III, p. 277.
4. A son départ elle fut accompagnée par son père jusqu'à Bar-le-Duc, puis
par son frère le duc de Calabre et le duc d'Alençon jusqu'à Saint-Denis
(A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 238).
5. Entre autres le comte de Saint-Pol, au service de qui Antoine de la Salle
devait passer quelque temps après. — Sur ces fêtes, cf. comte de Quatrebarbes,
Œuvres complètes du roi René, t. I, p. lxix et suiv.; A. Lecoy de la Marche,
t. I, p. 237.
6. Des anciens tournois et faictz d'armes (éd. B. Prost), p. 216.
7. Idem, p. 217.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 97
général dans ses duchés de Lorraine et de Bar son fils aîné le duc
de Galabre (l-' juillet 1445) <. Cela ne l'empêcha pas de se trou-
ver avec la plus brillante noblesse aux fêtes que son souverain
donna, vers le milieu d'avril 1446, aux portes de Saumur, dans
la plaine de Launay^. Le tournoi, qui alors eut Heu sous la con-
duite du roi de Sicile, eut en effet pour juges :
Deux chevaliers de très hauts lieux,
Deux escuyers, sages, joyeulx,
Prudents, gaillards et non trop vieux,
Qui largement au temps passé,
Ont honneur et sens amassé...
L'un estoit seigneur de Cussé,
L'aultre seigneur de Martigné,
Antoine de la Salle ^ aussi ;
Hardoin Fresneau n'eut cessé
Jusqu'à temps qu'il eut assemblé
Guillaume, Bernard et Sablé
Pour escripre de ce faict cl ''.
V Emprise de la Joyeuse Garde, tel est le nom que reçut ce
tournoi, est célèbre par la magnificence qu'on y déploya. .Le
souvenir en avait été conservé par un tableau qui fut offert au roi
de France^; il est regrettable que cette œuvre d'art ne soit pas
arrivée jusqu'à nous, peut-être y aurions-nous vu, sous la tente
des juges, le portrait d'Antoine de la Salle, dont aujourd'hui
nous ignorons la physionomie ^
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 242.
2. Cf. Villeneuve-Bargemont, Histoire du roi René, t. II, p. 20 à 33- comte
de Quatrebarbes, op. cit., t. I, p. lxxvi et suiv.; A. Lecoy de la Marche, t. II,
p. 146 et 147. C'est ce dernier auteur qui a fixé la date des fêtes.
3. Il ressort de ce texte qu'Antoine de la Salle, alors âgé de près de soixante
ans n avait jamais été armé chevalier. Du reste, jamais dans les documents la
qualification de miles n'est accolée à son nom.
4. Wulson de la Colombière, Le vray Théâtre d'honneur, p. 86 (cité par
Villeneuve-Bargemont, t. II, p. 26, note; de Quatrebarbes, op. et loc. cit.-
J. Nève, p. 49). > i ,
5. On l'appella aussi le Pas de Laiinay ou du Perron.
6. A. Lecoy de la Marche, t. II, p. 147.
7. Il faut cependant observer que le ms. 9287 de la Bibliothèque royale de
^1904 -
98 ANTOINE DE LA SALLE.
A cette époque, le gouverneur du duc de Calabre n'avait
plus que deux années à rester auprès de son élève et au service
de la maison d'Anjou. Rien de saillant n'est venu marquer cette
période de son existence. Il semble pourtant être venu rejoindre
le roi René en Provence avant de lui faire ses adieux ; c'est du
moins ce qui paraît ressortir du dernier texte qui le concerne,
émané de la chancellerie angevine ^ René ne le laissa pas partir
sans lui octroyer une dernière largesse; il lui donna gracieuse-
ment cent florins, en témoignage de la satisfaction qu'il avait
éprouvée à le garder si longtemps dans sa maison (peu de temps
avant le 19 juin 1448)2.
Antoine de la Salle s'en allait, comme on le sait, auprès du
comte de Saint-Pol, Louis de Luxembourg, auquel son expé-
rience et sa sagesse étaient bien connues, puisqu'ils s'étaient
déjà rencontrés plus d'une fois^. Ce puissant seigneur, qui devint
plus tard le beau-frère de Louis XP et connétable de France, lui
confia l'éducation des trois premiers fils^ qu'il avait eus de Jeanne
de Bar^. Je ne le suivrai pas au Châtelet-sur-Oise', où il résida
Bruxelles, contenant le texte de la Salle, représente dans une miniature initiale
l'auteur de l'ouvrage agenouillé, offrant son livre au duc de Bourgogne assis
sous un dais et entouré de sa cour (cf. Le Grand d'Aussy, dans les Notices et
extraits...^ t. V, p. 397; E. Gossart, dans le Bibliophile belge, 1871, p. 80).
1. 11 n'est en effet aucunement question des fonctions qu'Antoine avait exer-
cées auprès du duc de Calabre ; la donation de cent florins lui est faite par le
roi René lui-même.
2. J. Nève, p. 267, Pièce just. n" VIII. Le document est daté du 19 juin
1448; il y est dit qu'Antoine a quitté tout récemment {novissime) la maison du
roi René.
3. Notamment à Nancy en 1445, où le comte de Saint-Pol avait été un des
principaux organisateurs du tournoi. Des liens étroits attachaient Louis de
Luxembourg à la maison d'Anjou : sa sœur, Isabelle, avait épousé Charles
d'Anjou, comte du Maine, frère cadet de René. De plus, sa mère, Marguerite
de Baux d'Andria, appartenait à une famille sujette des rois de Sicile.
4. Il épousa en secondes noces (1466) Marie de Savoie, sœur de la reine de
France.
5. Jean, comte de Marie et de Soissons, tué par les Suisses à la bataille de
Morat le 22 juin 1476; Pierre, qui fut comte de Saint-Pol, de Marie et de
Soissons, et décéda le 25 octobre 1482; Antoine, auteur de la branche des
Luxembourg-Brienne, mort en 1510.
6. Le mariage de Louis de Luxembourg et de Jeanne de Bar avait été célé-
bré le 10 juillet 1435. L'aîné de leurs fils avait donc au plus une douzaine d'an-
nées quand Antoine de la Salle devint leur précepteur.
7. Aujourd'hui comm. de la Fère, cb.-l. de cant. de l'arr. de Laon. — Le
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 99
dès lors le plus souvent et où il rédigea l'ouvrage intitulé par
lui la Salle, daté du 20 octobre 1451, le roman connu sous le
nom de Petit Jehan de Saintré, terminé à la date du 6 mars
1456% son traité àes Anciens tournois et faictz cV armes et la
Journée cl'onneur et de prouesse (janvier 1469) ; — ni à Ven-
deuil-sur-Oise% d'où il écrivit à Catherine de Neufville l'épître
consolatoire désignée sous le titre de Réconfort de Madame du
Fresne (14 décembre 1457 ou 1458); - ni à Ligny-enBarrois^
ou le 2 février 1459, il donna au chapitre de la collégiale de cette
ville le tableau de No tre-Dame-des- Vertus, qu'en 1444 il aurait
reçu en cadeau des Chartreux de Capri^ ; - ni à Genappe en sep-
tembre 1459, auprès du dauphin, le futur Louis XI, où il travailla
peut-être à la rédaction des Cent nouvelles nouvelles; — ni
à Bruxelles, où il offrit au duc de Bourgogne (l^''" juin 1461) un
exemplaire de la Salle. Je n'examinerai pas davantage s'il faut
maintenir à son actif littéraire le Livre des faits de Jacques
deLalaing, les Quinze joies de mariage (remarquons seule-
ment que les documents relatés ci-dessus concernant son mariage
vont directement contre l'attribution de ce célèbre ouvrage à
Antoine de la Salle)^ ou les Cent nouvelles nouvelles^. Toute
château où habita Antoine de la Salle fut démoli, par ordre du roi Louis XI
après la condamnation du comte de Saint-Pol (cf. A. Matton, Dictionnaire
topographique du département de l'Aisne, p. 61). - Sur ce domaine et son
acquisition par le comte de Saint-Pol, cf. G. Raynaud, Un nouveau manuscrit
au Petit Jean de Saintré, toc. cit., p. 533.
1. G. Raynaud, op. et toc. cit.
2. Aisne, arr. de Saint-Quenlin, cant. de Moy.
3. Meuse, arr. de Bar-le-Duc, ch.-l. de cant.
4 Fourier de Bacourt, Vie du bienheureux Pierre de Luxembourg, p 3^9
- Cet auteur donne la description du tableau, qui, selon lui, serait encore
conserve dans leglise de Ligny. J'ai le regret de n'avoir pas réussi à obtenir
des renseignements à ce sujet.
5. Voici en effet ce que l'auteur des Quinze joies a écrit dans son prologue •
« Moy aussy, pensant et considérant le fait de mariage, où je ne fus oncques,
pour ce quil a pieu à Dieu me mettre en autre servage, hors de franchise
que je ne puis recouvrer, ay advisé que en mariage a quinze seremonies... »
{1° éd. de la Bibliothèque elzévirienne, p. 5).
6. M. J. Nève, plus énergiquement encore que M. Gustave Grôber, Grundriss
der romanischen Philologie, t. II, p. 1151, dénie à Antoine de la Salle la
paternité de ces deux ouvrages. C'est une question qui a besoin délre étudiée
de très près et sur laquelle vient de paraître une brochure anonyme, dédiée
au professeur W. Foerster, de Bonn, et intitulée l'Auteur des « xv joues de
mariage ,, (Paris, 1903, in-S"). Les conclusions de l'auteur de ce mémoire
^00 ANTOINE DE LA SALLE. NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE.
mon ambition était d'exposer surtout ses rapports avec la maison
d'Anjou, de montrer les services qu'il lui avait rendus, les bien-
faits qu'il en avait reçus et d'éclaircir une longue période de son
existence, sur laquelle on n'avait eu jusqu'en ces derniers temps
que des données assez vagues et des renseignements peu précis.
Le récit qui vient d'être fait aura pour résultat de dévoiler tout
un côté de sa physionomie : grand coureur d'aventures, capi-
taine intrépide avant d'être un de nos meilleurs prosateurs, il
était bien le fils du chef de routiers qui, après avoir sillonné la
France et l'Espagne, fit trembler l'Italie sous ses coups et passait
aux 3^eux des Romains pour un « second Annibal'. »
L.-H. Labande.
{A suivre.)
donnent, mais sans raisons bien concluantes, la paternité des Quinze joies du
mariage à Pierre II, abbé de Samer, en Picardie (cf. l'article de M. Jacques
Brice, dans la Revue biblio-iconographiqne, 1903, p. 354-356). — Quant aux
Cent nouvelles nouvelles, ]ear attribution à la Saile, i)roposée par Le Roux de
Lincy, dans sa préface à l'édition de cet ouvrage parue en 1841 (p. xliii et
suiv.), avait été acceptée et même appuyée par Thomas Wright, auteur d'une
autre édition dans la Bibliothèque elzévirienne (1858), par L. Stern {op. et
loc. cit.), surtout par le regretté M. Gaston Paris {Journal des Savants, 1895,
p. 292 et 293). Au moment de donner le bon à tirer de cette feuille, je reçois
le fascicule de la Romania (t. XXXIII, 1904, janvier), qui contient (p. 105) le
compte-rendu, par M. Gaston Raynaud, du livre de M. Nève. M. Raynaud est
d'accord avec M. Nève en ce qui concerne les Quinze joies, mais il lui recon-
naît toujours la paternité des Cent nouvelles nouvelles.
1. Lettre des Florentins aux Romains, 18 septembre 1389 (Arch. di Stato di
Firenze, Signori, Missive, n° 21, fol. 126).
QUELQUES ŒUVRES
RICHARD DE FOURNIVAL
Le manuscrit 526 (anc. 299) de la bibliothèque municipale de
Dijon a été imparfaitement décrit dans le Catalogue général
des manuscrits des bibliothèques publiques de France
{Départements , t. V). L'auteur de la notice n'en a pas identifié
les pièces anonymes ; il ne s'est pas aperçu, par conséquent, que
plusieurs d'entre elles fournissaient autant d'articles nouveaux à
la bibliographie d'un écrivain bien connu dans l'histoire litté-
raire du xiif siècle; enfin il n'a pas vu l'intérêt que pouvaient
offrir quelques annotations marginales et ne les a pas signalées ;
ces notes sont cependant de Claude Fauchet. Dans une étude sur
Richard de FournivalS P. Paris, se demandant comment Fau-
chet avait pu connaître l'auteur de la Puissance d'Amours,
anonyme dans tous les manuscrits, supposait qu'il avait eu à sa
disposition un texte aujourd'hui perdu. Le manuscrit de Fauchet
existe encore; c'est précisément celui de Dijon, qui donne le
nom de Richard de Fournival à Yeœplicit de la Puissance
d'Amours.
Le même volume contient d'autres œuvres du chancelier
d'Amiens, qu'on ne trouve pas ailleurs, et qui sont demeurées
jusqu'ici inconnues; je referai donc entièrement la notice du
manuscrit.
Ce manuscrit, en parchemin, date de la fin du xiii" siècle; il a
161 feuillets à deux colonnes de 46 lignes chacune. La distance
1. Bibliothèque de l'École des chartes, ['^ série, t. H, p. 4 (1840), et Histoire
littéraire, t. XXIII, p. 719.
102 QUELQUES ŒUVRES
de la première à la dernière ligne de chaque page est de O'^ISB.
Les marges extérieures ont été rognées par le relieur depuis que
Fauchet y a écrit des notes, et les feuillets n'ont plus que 0"'205
sur 0™145. Commencement du deuxième feuillet : loiaument
ains est acceptables. Les trente premiers feuillets ont de petites
miniatures intéressantes. Les lettrines, alternativement rouges
ou bleues, sont accompagnées d'un ornement allongé qui court
sur toute la longueur de la colonne.
Le copiste était un Picard S très soigneux, mais peu intelligent.
S'il rencontrait un mot qu'il ne pouvait pas lire, il le remplaçait
par un autre de la même dimension, sans se soucier du sens. En
revanche, son écriture est très régulière, son orthographe cons-
tante; les mots sont toujours bien séparés, les règles de la décli-
naison scrupuleusement observées ; les i surmontés avec soin d'un
accent, lorsqu'ils sont voisins d'une autre lettre à jambages. Trois
signes de ponctuation, qu'on trouve du reste chez d'autres
copistes de la même époque, et surtout du même pays, sont assez
logiquement employés. L'un est exclusivement réservé à l'inter-
rogation; il est formé d'une sorte d'^- renversée, ressemblant à
notre point d'interrogation; les deux autres sont un point sur-
monté d'une virgule, tenant lieu de notre point et virgule actuel
et de notre point d'exclamation, et un simple point, qui corres-
pond à notre virgule si le mot suivant commence par une minus-
1. Voici quelques-uoes des particularités de soa dialecte oii de sa graphie :
l mouillée à la fin des mots est écrite Iq : oeilg, voeilg, caveilg [capillum),
chilg {ecceilli), vilg [vilem) ; le latin -aie est devenu -eil : teil, queil, corporeil,
hoateil, crueil; le même i se retrouve dans seis {sapis), seit (sapit), heis (de
haïr); c ne remplace jamais ai; sont constantes les formes boin, joine [juve-
nem) ; clau [clavum], pan (paucum) ; vausist (de valoir) ; bas {= bois) ; sambler,
irambler, tamps avec un a; fourme, paume (poma); nuls {nullus); le main-
tien du t final après ié : piét, entailliét, froncie't, negiél, etc.; l'absence du t
entre n et r : penrai, tenrai, venrai; iwel {aquale); aighe (aqua); doukereus.
L'article féminin singulier est li au sujet, le au régime; l'article indéfini est
dou ; le possessif masculin est men, ten; le pronom féminin el n'est pas admis
(dans le Roman de la Rose, où il devrait être fréquent); illos est représenté
par (Is ou iaus; le pronom on n'est jamais écrit l'on ni l'eyi; fas représente
facto; les parfaits euch, peuck, seuch; les imparfaits du subjonctif peuisse,
seulsse, peulst, seulst, eulst, fuissent; fesisi, mesist,dcsist, ochesist, hesist (de
haïr), etc.; les futurs arai, sarai; les infinitifs selr, velr sont de règle; ne
(=: nec) devient toujours ni devant un mot commençant par une voyelle ;
quanques a toujours \'s final ; dusque est toujours employé pour jusque.
2. C'est le signe qui sert à l'abréviation de la syllabe ur.
DE RICHARD DE FODRNIVAL. ^03
cule, à notre point si le mot suivant commence par une majus-
cule. Enfin, l'emploi du trait à la fin d'une ligne, pour indiquer
que le dernier mot de cette ligne est inachevé et sera terminé au
commencement de la ligne suivante, est constant.
Le manuscrit contient :
Fol. 1 a-3 h. Un opuscule en prose, sans titre et sans nom
d'auteur, mais qu'on peut attribuer sans hésitation à Richard de
Fournival. Le style et les procédés de l'auteur de la Puissance
d'Amours et des Conseils d'Amours y sont manifestes. C'est
la même façon d'annoncer d'abord le sujet et les divisions du
livre, puis, après en avoir traité chaque partie, de résumer ce
qui vient d'être dit et de rappeler les points qui restent à traiter;
c'est le même souci de citer de nombreuses autorités : le Pro-
phète, Salomon, saint Jean l'Évangéliste, Ovide, PamphileS le
Sage, saint Ambroise, Tulles, saint Augustin, Sénèque, le Livre
des Rois de David, le Cantique des Cantiques.
Voici le début du traité :
On voit souvent aucunes gens de diverses conditions, qui, par
nature, sont espris de si noble vertu comme d'amours, qui ne savent
nequedent k'amours est-, s'en usent parnonsavoir et par foie acous-
tumance autrement qu'il ne doivent, par faute de cognissance ; et
nice apresure fait maintes fois cheïr l'oume de vertu en vice; si voeilg
a briés mos descrire et par raison demoustrer ke est amours, et dont
ele est engenrée, et de queles vertus cle doit estre nourrie, selon chou
ke j'ai apris de divers aucteurs.
A la première question : Qu'est-ce que l'amour? L'auteur,
donnant ici au mot amour le sens d'amitié, répond par des^ défi-
nitions empruntées au Prophète, à Salomon, à saint Jean l'Evan-
géliste, puis il ajoute :
Aucun mettent autre diffinition en amour et dient : « Amours est
derverie de pensée, estrange privautés et amounestemens de cour-
1. « Pamphilus dist : Espérance refait son signeiir et souvent le déchoit. »
C'est la traduction du vers 16 :
Spes reficii dominutn, fallit et ipsa suum.
104 QUELQUES ŒUVRES
loisie, invisible possessions, ou passions, pais sans repos, aministra-
tions de marier, bataille sans hayne, grevance plaisans, pais de sou-
tiveté iwele a tous, et nului deportance'. »
L'amour est engendré par regard, qui est le premier degré
pour arriver à la perfection de l'amitié; les six autres degrés
sont : parole enciiée, 'pensée, plaisance, désir, espérance et
volonté.
L'amour, une fois engendré, sera nourri par huit vertus, que
doit posséder celui qu'on prend pour ami : sens, bonté, debon-
naireté, humilité, loyauté, crainte, patience, courtoisie.
Après avoir fait choix d'un ami, il faut l'éprouver. « Quatre
coses sont parlesqueles on puet esprouver vraie amour : par foi,
par entention, par discrétion et par patience. »
Suivent « les .xij. signes de vraie amour », qui terminent
le traité.
IL
Fol. 3 b-d. Hec sunt duodecim signa per que sincère
dilectionis species i^inotescit.
Ces signes, — au nombre de quatorze, — diffèrent de ceux
qui terminent l'ouvrage précédent. Le sixième mérite d'être
signalé : Sfrenuum et nobileni se facit [qui amai] et ipsius
[amici aut amice] nomine carmina componit.
Cette nomenclature est suivie de quelques considérations sur
l'amour ou l'amitié, avec des citations à l'appui. Deux vers fran-
çais se trouvent intercalés dans le texte latin :
Un petit puet amours glacier,
Mais se vraie est, ne puet pas trebucier.
Le morceau se termine par des définitions :
Dicam quid sit amor : Amor est insania mentis,
Ardor inextinctus, insaliata famés,
Dulce malum, mala dulcedo, gratissimus error,
Absque labore quies, absque quiète labor^.
1. Au sujet de ceUe définition, voir la note suivante.
2. Richard de Fournival a traduit ces vers, un peu modifiés, dans son Con-
seil d'Amours : « Geste manière d'amour, selonc ce que je puis savoir par
DE RICHARD DE FOURNIVAL. ^ 05
Amor est concupiscentia duorum causa coilus, Amicitia est idem
velle, idem nolle in rébus honeslis. Seneca : Quid sit amor? Animi
motus obvius rationi. Dyonisius : Amor est vis unificans summa
infimis et infima summis, et bec ad invicem. Seneca : Amor est men-
tis insania, membra et cogitationes ducens per inania.
Pax odio fraudique fides, spes juncta timori
Est amor, et nexus cum ratione furor.
Heu ! quid amor ! satiata famés, sitis ebria, languor
Sanificus, tristis gloria, dulce malura^
III.
Fol. 4 a-Il c. Autre composition, dont l'auteur indique lui-
même, dans un prologue, quel doit en être le titre : les Commenz
d'Atnours. Pour les mêmes raisons, et aussi sûrement que
l'opuscule dont il a été parlé précédemment, celui-ci doit être
attribué au chancelier d'Amiens. C'était déjà l'opinion de Fau-
chet : « Maistre Richart de Fournival ou Fournivaux fut Chan-
celier d'Amiens : et a composé plusieurs livres en prose, le pre-
mier que j'ay veu est intitulé Li comment ou commandemens
d'amours. Dans lequel il a mis une assez bonne chanson. Le .11.
se nomme puissance d'amour. Le .m. Bestiaire d'Amours^. »
maistre Jehan de Garlande, el par les conditions ki sont en li, se defenist et
descrist en tele manière : Amours est une foursenerie de pensée, fus sans
« eslaindre, fains sans soeler, dous mais, boine douchours, plaisans folie, travaus
« sans repos et repos sans travel » (Bibl. nat., ms. fr. 25566, fol. 209). En face
de ce passage, de la main même du copiste, le texte latin est transcrit en
marge, sous le nom de Johannes de Garlandia. Il a été reproduit dans la
Bomania (IV, 384) par M. P. Meyer, qui l'a cherché en vain dans les œuvres
de Jean de Garlande. Mais Jean de Garlande, tout mauvais versificateur qu'il
était, faisait au moins lui-même ses vers, tandis que ceux-ci ne sont qu'un
plagiat du De Planctu Naturœ d'Alain de Lille. On en sera convaincu si l'on
rapproche, par exemple, du troisième vers cité celui-ci, d'Alain :
Dulce malum, mala dulcedo, sibi dulcor amarus.
La leçon des Conseils « boine douchours », en latin bona dulcedo, est fautive,
puisqu'elle détruit l'opposition voulue des termes mala dulcedo.
1. Les deux premiers de ces quatre vers sont aussi les deux premiers de la
définition de l'amour dans le De Planclu Naltaw ; les deux autres sont formés
de membres de vers pris dans le même poème.
2. Les Œuvres de feu M. Claude Fauchet, p. 573. Paris, 1610, petit in-4°.
— C'est d'après Fauchet que La Croix du Maine cite « les commandements
d'amours » {Bibliothèque française, II, 377).
106 QUELQUES ŒUVRES
Fauchet est le seul qui ait mentionné, pour les avoir vus, les
Commenz d' Amours ; mais il a fait un contresens en tradui-
sant Commens par Commandement. Ici, « Commens vaut
autant a dire comme Comraencemens ». P. Paris, n'ayant jamais
rencontré cet ouvrage, et ne le connaissant que par Fauchet,
avait supposé d'abord que c'était le même que les Conseils
d" Amours^ ; plus tard, il renonça à cette hypothèse, du moins il
ne l'exprima plus dans son article de V Histoire littéraire sur
R. de Fournival.
Voici le début du « livre », qui en donne le titre, le sujet et
l'esprit. On y reconnaîtra sans peine la manière de Richard de
Fouruival. La « bêle très douce dame », en l'honneur et louange
de qui il a été écrit, peut bien être la « bêle très douce amie » à
qui est dédié le Bestiaire d'Amours.
Jeu, qui su! coramencemens des plaies de dedens le cors^ garir,
qui n'ont mie esté faites pour fer ne pour achier sentir, mais pour
.1. petit de leglere volenté naissant de joli corage, voeilg traitier tout
premièrement ens el commencement de mon livret comment fins
amans qui amer velt dame ou damoisele se doit maintenir et gou-
verner; el comment il se doit au commencement a sa dame acoin-
tier; et comment il le doit requerredes'amour; et tout par examples
d'amours et de chevaleries.
Premièrement a savoir est comment li propres nous de cest livre
chi est appelés, car livres sans non est aussi comme une nés sans
aviron. Li propres nous de cesl livre chi si est appelés li Commens
d'Amours, qui vaut autant a dire comme commencemens^; car c'est
li commencemens et h entrée d'amours.
Au commencement de mon livre je pri au vrai diu d'Amours ke
il me voeille au commencement le cuer si enluminer de sa grâce pre-
mièrement, el de la voslre après, 1res douce créature, par quoi je
puisse el sace • aucune cose dire qui acceptable et agréable soit a son
douch plaisir et au voslre.
Bêle très douce dame, c'or voeilliés avoir pilé et merchi de celui
1. Bibl. de VÉc. des chartes, article cité, p. 47.
2. Il faut probablement corriger cors en cuer.
3. Dans le Dictionnaire de Godet'roy, au mot Commens, on trouvera deux
exemples de ce substantif, synonyme de « commencement ». Peut-être, dans la
pensée de Richard, l'adverbe comment étaif-il associé à ce mot.
4. Ms. face.
DE RICBARD DE FODRNIVAL. -107
qui cesl livre a fait en Touneur et en le loenge de vous; car, certes,
s'il ne fust plus enluminés et plus espris de vostre amour ke nuls
autres qui soit ou monde, il ne peiist avoir fait ni achievét chou ke
il a fait; car chils livres chi est si très gracieusement enluminés de
tous biens et si plains ke il doit, par droit et par. raison, a toutes
gens plaire, pour les bêles paroles et pour les biaus examples qui
dedens sont. Ne mie ke li biens ke jou i ai mis vieignent de moi tant
seulement, mais de la très grant habondance de sens et de bonté et
de la très grant biauté de vostre cors, et de le très grant douceur de
vostre cuer, de quoi je sui si très doucement enluminés. Or reven-
rai a ma matere.
L'auteur commence par donner quelques conseils à celui qui
« velt par amours amer » une dame ou une demoiselle. Après
une période de soupirs et de regards habilement dirigés, l'amant,
sans être trop hardi ni trop timide, « comme Ypolitus, qui ama
Phedram .xix. ans avant k'il li osast descouvrir son corage ne
son pensé », devra exciter l'amour de la dame * par aucun biau
mot, si comme d'amoureuses hystoires ou de Troies ou d'autres*,
et en contant biaus examples, si comme Paris ravi Helayne et
Tristrans Yseut ». Enfin, quand il en sera temps et lieu, il adres-
sera à la dame les discours dont les modèles suivent. Ces discours
et les réponses de la dame, invariablement amenés par les mots :
« Ele dira par aventure » ou : « Ele respondra par aventure »,
remplissent complètement la suite, c'est-à-dire de beaucoup la
plus grande partie du livre.
André le Chapelain, à qui forcément l'on pense en lisant cet
ouvrage, ainsi que d'autres de Richard, avait approprié ses
modèles de discours séducteurs aux diverses situations de fortune
dans lesquelles peuvent se trouver les deux interlocuteurs. Il fait
parler tantôt un roturier à une roturière, tantôt un vilain à une
femme noble, ou bien un seigneur à une femme du peuple, etc.
Jacques d'Amiens, le compatriote et probablement le contempo-
rain de Richard, donne à son disciple trois modèles de prières,
que l'on peut adresser, la première à une « dame », sans autre
qualificatif, la seconde à une « dame qui est de vaillandise »,
autrement dit « a dame k'est de haut afaire », la troisième à une
1. Dans l'introduclion du Bestiaire d'Amours, Richard rappelle de môme le
profit qu'on peut tirer d' « une esloire ou de Troies ou autre ».
^08 QUELQUES œUVRES
« pucelete ». Dans les réponses qu'il prévoit, il fait parler d'abord
une « dame a mari », puis d'autres femmes qu'il désigne simple-
ment par les expressions « l'autre », « une autre », « la sage »,
et qui ne se distinguent entre elles que par leurs caractères et
par la nature des objections qu'elles opposent au solliciteur. Mais
c'est un seul amant qui parle dans les différentes situations. Les
deux interlocuteurs de Richard sont toujours les mêmes person-
nages. Leurs conditions ne sont pas déterminées.
L'entretien de l'amant et de la dame est parsemé, comme dans
le Donnei des Amanz^, d' « examples d'amours et de chevale-
ries », racontés tantôt en quelques lignes, tantôt assez longue-
ment. Ils sont empruntés aux légendes « de la reine d'Auffique »,
qui « se consilla tant, quant Palamidès, li rois de Surie, le vaut
amer, k'ele perdi et celui et tous les autres qui requise l'avoient »,
et en mourut de chagrin; — de l'impératrice de Constantinople,
qui aima le nain de son mari^; — d'Anapestus, qui, pris en la
bataille des Syriens, fut si étroitement enchaîné que le sang lui
sortait par les oreilles, les doigts et les orteils; — du roi Mélam-
pus, assiégeant les châteaux de Damas et de la Pyramide; — de
Médéa et de Jason; — de Lernesius, « li castelains de le cité
d'Alixandre », qui, ne pouvant se faire écouter de « Daphile, le
dame de Japhes », baisait la terre où elle avait passé; fit faire
sa statue, qu'il ne quittait pas; et finalement endormit la dame
par ses enchantements dans un jardin, « et jut a li carnelment,
pour chou ke se volentés fust acomplie, et puis si fist .i. petit
d'escrit et en cel escrit estoient escrit teil mot : Chis chastiaus,
qui lonc tamps a esté assegiés par grant force d'engien, a hui
esté brisiés. Et puis prist .i. petit de sa robe a enseignes et le
mist avoec l'escript, et mist l'escript deseure le cose qui tant avoit
esté désirée, et le laissa toute descouverte dusques a le poitrine,
et s'en parti. Et quant li carnins fu passés et ele s'esvilla, se
trouva ensi descouverte et trouva l'escript mis dessus le fleur de
ses membres, si le liut, et vit bien ke chils i avoit esté a sa volenté.
Adont dist ele : En .vu. ans vient aighe a son caneil. Tant cache
on le cerf ke on le prent. Et j'ai esté prise, et chils a eu le merchi
qu'il queroit, ne mie par mon gré ne par ma volenté, et de ceste
1. Publié dans la Romania, t. XXV, p. 497 et suiv.
2. Celle légende a élé étudiée dans le Jahrhuch fiir rom. iind eag. Hjjrache
und Litleratw', nouv. série, l. I, ch. i, p. 104.
DE RICHARD UE FOURNIVAL. ^ 09
première merchi ne me seit il gré, si a droit, et de la seconde,
s'il l'avûit par ma volenté, il m'en saroit gré; dont li couvient il
avoir. Adont le manda ele, et furent ensamble tant ke li mors les
départi, car il fu ochis pour l'amour de li, et ele morut pour
l'amour de lui; » — de Astaros, « ke Judas Machabeus navra,
quant il se combati au pueple Pharaon. On ne pooit trouver
herbe qui mestier li euïst ne ne li peiist avoir, fors une seulement,
et celé estoit envenimée par aucune mauvaise beste qui atouchiét
i avoit. Et trestout aussi tost ke on l'en eut données puisons a
boire et il les eut englouties, il l'en convint morir en le place »;
— de « Araptus, li sires de Toscane », qui, ajant donné une
fête en l'honneur de Jovis, viola une des dames qui s'y étaient
rendues, qui était fille du dieu d'Amours et d'Io, et que la déesse
Pallas avait destinée à avoir toujours le prix de la beauté; — de
Pancharus, sénéchal et connétable de Trace, qui, trop épris de
la reine de Femenie, négligeait de défendre les terres de son sei-
gneur. Celui-ci, pour lui faire oublier la dame, l'envoya hors du
pays. Mais Pancharus revint de nuit et pénétra secrètement dans
la chambre où son amie dormait. Ayant entendu deux respira-
tions sortir du lit, il crut que sa dame le trompait et la transperça
de son épée ; puis découvrit le lit et reconnut que c'était, non un
rival, mais une petite chienne qui « alenoit si fort ». De déses-
poir, il se tua.
Outre ces exemples, je citerai encore le « motet » que Pancha-
rus chante sur la route de l'exil. C'est 1' « assez bonne chanson »
dont parle Fauchet. Il a été publié comme seconde partie d'un
motet à trois voix par M. G. Raynaud, d'après le fameux chan-
sonnier de Montpellier 1.
Je n'ai, quoi ke nuls en die,
Nuls occoison de chanter,
Et si chanch, mais che n'est mie
De cuer, pour moi déporter ;
Car laissier m'estuet m'amie,
Et hors del pais aler;
Ghi a dure départie :
Qui le porroit endurer?
Or m'i convenra plourer
A tous les jours de ma vie ;
1. Recueil de Motets français, t. I, p. 2i3. Paris, 1881-83, ï vol. in-12.
'HO QUELQUES œUVRES
Car ja ne quier oublier
Son gent cors, sa signourie,
Qui pris m'a par esgarder,
Si ke ne voeilg autre amer.
Li dous mais d'amer m'aigrie,
Quant nM puis parler.
Le copiste a laissé au-dessus de chaque ligne la place des notes,
mais celles-ci n'ont pas été écrites. Il en est de même pour cet
autre vers, inséré précédemment dans le même traité :
J'attenderai tant merchi que j'oie.
IV.
Fol. 10 c-20 b. La Puissance d'Amours. Ouvrage connu de
Richard de Fournival. Il est terminé dans notre manuscrit, le
seul qui donne le nom de l'auteur, par cet explicit :
Ichi defenist 11 Puissance d'Amours ke maistres Richars de Fur-
nival apristason filg comment il se devoit maintenir en amour. Nous
entendons en son fdg ke c'est autant a dire comme desciples.
VetYI.
Fol. 20 c-31 a. Le Bestiaire d'Amours.
Maintes gens désirent par nature a savoir; et pour che ke nuls ne
puet tout savoir, ja soit ke cascune cose puist estre seiie, si convient
il ke chascuns sache aucune cose, si ke tout est seii, et si n'est seii
de nului a par lui seul, mais de tous ensanle...
Ichi defenist li bestiaires d'Amours ke maistres Richars de Furni-
val, canceliers d'Amiens, flst.
Fol. 31 b-38 a. La Réponse au Bestiaire cV Amours.
Hom qui sens et discrétion a en soi ne doit mettre s'entente ne
son tamps en cose nule dire ne faire par quoi nuls ne nule soit
empiriés...
... Dont il m'est avis ke qui le cose ne velt faire assés i a de refuis.
Et che souffisse a entendant.
Ces deux derniers ouvrages ont été publiés d'après un seul
DE RICHARD DE FOURNIVAL. Ui
manuscrit par C. Hippeau : Le Bestiaire d'Amour, par Richard
de Foumival, suivi de la Réponse de la Dame (Paris, ia-lG,
1860). On trouvera une liste de manuscrits du Bestiaire dans
le Bulletin de la Société des Anciens Textes, année 1879,
p.'74.
VII.
Fol. 38 c-157 b. Le Roman de la Rose.
VIII.
Fol. 157 &-157 c. Une tirade de cinquante vers contre les
femmes. C'est un mari qui parle :
Hé ! las ! pour quoi se marie on !
Mors sui par une Marion.
Li hom qui de feme est loiiés
Ne puet estre plus desvoiiés ;
Âssés en puet on prueve avoir.
Famé gasteroit tout l'avoir;
Ele demande biaus drapiaus,
Huves et crespes^ et capiaus
De che ke li caitis gaaigne.
Certes, j'en ai moût grant engaigne.
Li hom soi meïsme pas n'aimme
Qui se feme bêle suer claimme ;
Et qui le croit il est caitis
Et en la fin wihos ^ faitis.
Les corages n'ont mie estables;
Fregier^ se font en ces estables.
S'eles aimment, s'est che par dons.
Puis dient ke vont as pardons
En cité ou a Saint Nichaise'' :
Entreuels si vont querre leur aise.
Au revenir forment se plaignent,
1. Le plus ancien exemple de ce mot, avec cette signiflcation, dans le dic-
tionnaire de Godefroy (Supplément), est de 1441.
2. « C'est coqu » (note de Fauchet, en marge du manuscrit).
3. « Pos[sible] de fric[are] » (ibid.).
■4. « P[ossible] de Reims » (ibid.).
U2 QUELQUES ŒUVRES
Si ke leur mari mal n'i taignenl;
Et dist l'une : « Je sui lassée,
Mais boin i fuisse jou alee,
K'uns frères qui a preeciél
M'a moût le cuer resleeciét;
Moût me poise ke n'i venistes,
Sire, et ke le sermon n'oïstes. »
Ensi dechoivent leur maris,
Dont je sui forment esmaris.
Et s'aucune en revient ençainte,
Dont il avient souvent de mainte,
Li caitis wihos gardera
L'enfant qui de li istera,
Et del sien nourrira .i. quaistre,
Ou il cuide son enfant paistre.
Ghe fait feme. Encore i a pis 5
Leur malices est trop tapis.
Feme se fait adès malade.
Quant ele est plus alise et rade,
Pour recouvrer sainne viande,
Et li caitis huihos li mande.
Quant ele a but, si velt tancier
Et se note recommencier.
S'il respont, tost l'a desciré.
Ensi en voi maint atiré.
Ou a chou avenir veù.
Mais com bien k'il me soit keû,
Pri Dieu ke ne me face honte
Celé sus cui sans estriers monte.
Ces vers, richement rimes, sont picards. Dans un manuscrit,
également picard, du Roman de la Rose, conservé à la biblio-
thèque municipale d'Amiens, et dont le texte est intimement
apparenté à celui du manuscrit de Dijon, une interpolation
(entre les vers 9309 et 9310 de l'édition Michel) cite le début
d'une chanson qui commence par le même vers que cette tirade :
Bien puis chanter chelle chanson,
A clere vois et a haut ton :
« Hé! la! pour quoi se mari'on!
On est si aise a marier, etc. »
DE RICHARD DR FOCRNIVIL. ^^3
IX.
Fol. 157 c-158 b. Un morceau de 130 vers, divisé en deux
paragraphes par une initiale peinte :
Ma douce dame cognoissans
Je Tarai, ou g'i morrai,
L'amour de 11, mal l'accoinLai.
C'est la fin de la Prison d'Amours, telle qu'elle est donnée
par le manuscrit de Turin'. Scheler, l'éditeur de Baudouin de
Condé, à qui est attribué ce poème, n'en a connu que deux
manuscrits; il aurait trouvé dans celui de Dijon d'excellentes
leçons.
X.
Fol. 158 Ô-160 h. Un poème en 396 vers, en tête duquel
Fauchet a écrit cette note : « Rutebuef, ung trouverres qui rimoit
du tem[ps] de s. Louis, peut bien estre autheur de [cette]
elegie, car pres[que] toutes ses œuv[res] sont plain[es] d'équi-
voqu[es]. » En réalité, c'est le Conte de la Rose, de Baudouin
de Condé, publié par Scheler, sans le secours du présent
manuscrite
Amours, qui maint amant aprent
A che ke doucement Paprent
En bêle sans orgueilg et joine sans folie
Ai mis mon cuer.
XL
Fol. 160 v". Une construction allégorique, occupant toute la
page, et dont chaque pierre et chaque baie portent le nom d'une
vertu ou d'un précepte. Dans un coin, sous un pilier, on lit :
1. Bits et contes de Baudouin de Condé et de son fils, Jean de Condé, 1. I,
p. 370 et suiv. Bruxelles, 18G6-67, 3 vol. iii-8".
2. Ibid., t. I, p. 133 et suiv.
^904 .8
^^4 QUELQUES œUVRES
Turris Sapientie, facta a fratre Johanne, archiepiscopo
Tyre in Siria. Il ne peut être question ici que de Johannes de
Sancto Maœeniio, de l'ordre de saint Dominique, qui fut arche-
vêque de Tyr entre 1266 et 1272.
XII.
Fol. 161 «-161 b. D'une écriture un peu postérieure à celle du
reste du manuscrit, un poème dévot en quinze strophes de douze
vers pentasyllabiques. On en a signalé jusqu'ici douze manus-
crits, dont celui de Dijon, le seul qui l'attribue à Richard de
Fournival, il a été déjà publié deux fois par M. Stengel. Voir
Mo7n., XIII, 528; XVIII, 485, n. 2, et Zeitschrift fur franz.
Sprache imd Litteratur, XIV, 138.
Maistres JUchars de Furnival.
J'ai un cuer mont lait,
Qui souvent meffait,
Et point ne s'esmaie.
Et U tans s'en vait,
Et je n'ai riens fait^
U grant fiance aie.
Assés ai musé
Et men tans usé,
Dont j'atench grief paie,
Se par sa bonté
La fleurs de purté
Sen fil ne rapaie.
1. Dans une anecdote rapportée par Hauréau {Not. et extr. des mss. latins,
III, 341), il est fait allusion à une chanson contenant ces deux vers proverbiaux :
« Exemplum de clerico quodam de quo narratur quod, cum esset Parisius
ad fenestram et audiret cantilenam in vico, in qua dicebatur :
Li tens s'en veit
Et je n'ei riens fait;
Li tens revient
Et je ne fais riens,
primo coppit cogilare cantus dulcedinem,deinde verbi sententiam, et sic acce-
pit quasi a Deo sibi mitteretur, et in crastinum omnia rclinquens, inlravit
religiontm. »
DE RICHARD DE FOCRNIViL. ^^5
Rendez moi l'amour
De mon creatour
Ançois que je muire,
Que il toute errour,
Par sa grant douchour,
Veulle en moi destruire.
Gardés m'a le mort
De l'anemi fort,
Qu'il ne [me] puist nuire,
Mais a seùr port,
U j'aie confort,
Me dagniés conduire.
Ernest Langlois.
LE PREMIER ROUTIER-PILOTE
DE TERRE-NEUVE
(1579)
Un problème intéressant à la fois l'art nautique et la cartogra-
phie me préoccupait depuis longtemps. De quels routiers de mer,
de quels manuels de pilotage usaient nos pêcheurs du xv!*^ et du
xvii^ siècle pour se rendre à Terre-Neuve? Car ils en possédaient :
témoin la mention qui en est faite dans le récit d'une dramatique
aventure advenue en 1602 au navire terreneuvier ^enr?/. Après
la capture du bâtiment, la mise aux fers de l'équipage et la mise
en pièces des armes de France, un pirate anglais se saisit du
congé du capitaine La Broute et « de toutes chartes parties et
enseignemens^. »
Le dernier mot ne saurait s'appliquer aux Alman;ichs xylo-
graphiques pourvus de cartes et d'instructions nautiques à l'usage
des pilotes bretons^ : ces ingénieux manuels ne contiennent pas
le routier de Terre-Neuve. Et si on retrouve le terme à'ensei-
gneniens dans le titre d'un petit livre où était condensée la Cos-
tnographie de Jean Alfonse^ les brèves indications consacrées
à Terre-Neuve dans cet abrégé de Cosmographie universelle
donnent lieu de croire que ce n'était point là le manuel de nos
terre-neuviers. Et pourtant, « les Voyages avantureux du
capitaine Jan Al fonce, sainctongeois, contenant les reigles
1. Lettre de Henri IV, 24 octobre 1602 (Berger de Xivrey, Lettres de Henri IV,
t. V, p. 686).
2. G. Marcel, Almanachs xylographiques à Vusage des jiilotes bretons;
extrait de la Revue de géographie (1900).
3. Jean Fonteneau, dit Alfonse de Saintonge, la Cosmographie, éditée par
G. Musset. Paris, 1904, in-8% p. 478.
LE PREMIER ROniIER-PII OTE DE TERRE-NEUVE. ^17
et enseignemens nécessaires à la bonne et seiire navigation, »
jouirent, parmi les marins, d'une grande Aogue; je n'en veux
pour garants que leurs nombreuses éditions^ et cette autre marque
du succès, leur contrefaçon.
C'est justement une de ces contrefaçons, un simple routier de
mer des côtes d'Angleterre, de France, d'Espagne et surtout de
Terre-Neuve, qui était le livre de chevet de nos pêcheurs. Leurs
enseignemens s'appelaient, pour en dire tout au long le titre,
« les Voyages avantureux du capitaine Martin de Hoyar-
sabal, habitant de Cubibiiru, contenant les reigles et ensei-
gnemens nécessaires à la bonne et seure navigation. » En cou-
vrant sa marchandise, en fait de titre, d'une raison sociale bien
connue, l'imprimeur bordelais Jean Chouin, en 1579s espérait
donner le change à ses clients. Et il y réussit. La contrefaçon
convenait si bien à la clientèle qu'elle ne tarda point à triompher
de l'original ; au xvif siècle, Hoyarsabal avait supplanté Alfonse
dans nos grands ports d'armement terre-neuviers, Rouen, la
Rochelle, Bordeaux, Saint-Jean-de-Luz, Rayonne^ Un siècle
après son apparition, il était traduit en basque à l'usage des
marins du Labourd''.
On ne connaissait encore l'œuvre d'Hoyarsabal que par des
éditions tardives, jusqu'à l'époque, toute récente, où la dernière
épave de l'édition princeps est entrée à la Bibliothèque nationale.
Or, la date de 1579 a une grande importance. C'était le moment
où Catherine de Médicis espérait mettre à profit la désagrégation
de l'empire portugais, pour en occuper les colonies, en vertu de
vagues droits de succession au trône de Portugal^ Cette année-là,
1. Poitiers, Jaii de Mamef, 1559, in-4°; Rouen, 1578, i 11-4°; Paris, 1598, in-8°;
la Rochelle, 1605, in-4°.
2. A Rourdeaux, de l'imprimerie de Jean Chouin, 1579, in-4''.
3. L'œuvre d'Hoyarsabal fut rééditée à Rouen en 1632, in-4''; Bourdeaux,
1633, in-S"; la Rochelle, 1636, in-8'. Les rééditions portent de plus, en tête,
une sentence de l'amirauté de Rouen contre les matelots mutins et blasphéma-
teurs du Signe-Blanc, de Calais, en date du 10 février 1616.
4. Liburu fiau da ixasco nabigacionecoa Martin de Hoyarzabalec egina
franceses, eta Pierres d'Etcheverry, edo Dorrec. Bayonan, 1677, in-8°.
5. Léonardon, Essai sur la politique française et l'inlervenlion de Cathe-
^^8 LE PREMIER ROUTIER-PILOTE
pour la dernière fois, la cour de Lisbonne fit acte de souverai-
neté sur Terre-Neuve, en confirmant au dernier des Corte-Real
les droits héréditaires dont sa famille jouissait dans l'île depuis
la découverte de Gaspar Corte-Real^ L'an d'après, il n'y avait
plus de souverain à Lisbonne : le royaume lusitanien n'était plus
qu'un fleuron de la lourde couronne de Philippe II .
Les colonies portugaises n'avaient pas entièrement suivi le
sort de la métropole. Et Terre-Neuve, ou plutôt les Terres-
Neuves avaient nominalement, depuis 1578, un vice-roi fran-
çais^. C'était un ancien page de la reine Catherine, Troïlus du
Mesgouez, marquis de la Roche. Mais sa liaison avec un préten-
dant au trône d'Irlande avait éveillé les inquiétudes des Anglais,
qui surveillaient étroitement ses armements à Saint-Malo. Et
quand le vice-roi prit la mer à destination de son gouvernement,
son vaisseau fut intercepté par une escadre britannique 3.
L'ouvrage d'Hoyarsabal avait-il été composé en vue de notre
prise de possession de Terre-Neuve? Tout le laisse croire, car il
facilitait notre occupation, en donnant de l'île une hydrographie
si précise qu'elle ne devait être surpassée que deux siècles plus
tard par les travaux du célèbre navigateur Cook.
Condensées en une vingtaine de pages, ses « Routtes, lieues,
sondes, entrées, cognoissances des pors de Terre Neufve, ainsi
qu'il appartient sçavoir à un chascun pillote, » fournissaient
toutes les coordonnées dont on usait à l'époque pour conduire un
bateau : la distance, le rhumb de vent, la nature des fonds, les
amers ou requêtes visibles du large. Joignez-y les latitudes des
principaux endroits, et, comme il fallait, pour corriger les don-
nées de l'astrolabe ou du bâton de Jacob, tenir compte de la
déclinaison qui variait suivant les lieux, le routier-pilote avait
en appendice une table perpétuelle de déclinaison solaire, ce qu'on
appelait un « Régiment pour prendre l'alture du soleil et de l'es-
toille de nort pour les Terres Neufves. »
Il ne manquait dans ce traité d'hydrographie qu'un élément,
dont le calcul, trop délicat pour de simples pêcheurs, nécessitait,
rine de Médicis dans la question de la Succession de Portugal (1578-1583),
dans les Positions des thèses de l'École des chartes. MAcon, 1889, in-8°.
1. 26 mai 1579 (H. Harrisse, les Corte-Real, doc. XXXIX).
2. 3 janvier 1578 (Michelant et Ramé, Relation originale du voyage de
Jacques Cartier. Appendice, Documents inédits, p. 8).
3. Culendar of State Papers : Foreign, année 1578, n' 71.
DE TERRE-NEUVE. U9
par surcroît, des instruments de précision hors de proportions
avec leurs ressources : je veux dire la longitude, la longitude
dont Champlain disait, dans son Traité de la marine et du
devoir d\m bon ^narinier^, que Dieu ne permettait pas à
l'homme de la trouver. On ne saurait imaginer quel flottement
en résulta, jusqu'au xviif siècle, dans la cartographie de l'île^
et aussi à quelles difficultés se heurtaient les matelots pour faire le
point, c'est-à-dire pour fixer, par l'intersection de la longitude
avec la latitude, le point de l'Océan où se trouvait le navire.
Forcés, comme les marins antiques, de consulter le vol des
oiseaux, ils savaient que ces messagers de la terre apparaissaient
à cent lieues de l'île. C'étaient d'abord de « grans ausetz, » puis,
près du banc, des oiseaux blancs de moindre taille^. Quand la
sonde s'enfonçait de quatre-vingts brasses, on était à un égal
chiffre de lieues de terre : depuis lors, le fond se relevait d'une
brasse par heue, sauf au nord-est, où il atteignait de cent à cent
soixante brasses. Au large du cap Raz, il était de cristal, de cail-
loux plats et noirs par le travers du cap d'Espère. Quelque amer
facile à reconnaître, telle cette montagne qui s'épanouissait en
fleur de lis à l'entrée d'un havre, renseignait les pilotes sur le
[)oint en vue : il ne leur restait plus, pour atterrir, qu'à s'édifier
sur l'orientation et les facilités d'accès du havre, toutes choses
contenues dans le routier d'Hoyarsabal.
L'un des sommets de son système de triangulation loxodro-
mique était le Cap-Breton, ou, selon ses termes mêmes, « le Cap
de Breton, » témoignage peu suspect, venant d'un Basque, qui
tranche en faveur des fils de l'Armorique le parrainage du pro-
montoire américain; d'aucuns, et non sans apparence de raison,
y voyaient un doublet du Cap-Breton basque. De là, Hoyarsabal
indiquait les erres de vent et la longueur de route pour atteindre
les saillants de la côte méridionale de Terre-Neuve, îles Saint-
Pierre, pertuis de Miquelon, havre de Martyre, et, tout au loin à
l'est, le cap Race ou Raz. La base du triangle, soit la côte même
de l'île, était soigneusement relevée avec la distance d'un point à
un autre, les amers et les bas-fonds ou « bâches » : le havre de
1. Paris, 1632.
2. H. Barrisse, Découverte et évolution cartographique de Terre-Neuve.
Paris, 1900, iii-4°.
3. Ce renseignement figure déjà dans le mémento d'un armateur rouennais,
Jean Le Cordier, en 1545 (Bibl. nat., ms. fr. 24269, fol. 55).
-120 LK PREMIER ROUTIER-PILOTE
Martyre, le Colombaire de Saint-Pierre, un vrai pigeonnier,
percé du haut en bas de trous, le port de Belin, Saint-Laurent,
dont une haute montagne signale l'entrée, la pointe élancée
d'Amigaiz, Plaisance, les caps Sainte-Marie, Pêne et Raz, et
entre eux les ports de Perche et de Trépas.
Du cap Raz, la côte filait au nord nord-ouest jusqu'aux îles de
Fogo, en se dérobant à mi-route pour former les profondes baies
de la Conception et de la Trinité. Elle avait pour saillants le cap
de Spere, Baccalan à cheval sur les deux grandes baies, le long
cap de Bonne-Viste, les îles de Corques. Les havres y étaient
très nombreux, soit, en partant du sud, « Urrimche, Fermosse,
Fortleau, Farillon, baie de Bour, petit port d'Espere, Saint Jean,
Concession, Bacallan, Peyrucan, Sainte-Catherine, Ile de fray
Luis. »
Encore notre Basque ne parle-t-il point d'autres havres, Por-
tugal, près de Saint-Jean, et Mosquitos, près de la Conception,
qui ne laissent aucun doute sur l'identité du peuple qui fréquen-
tait ces parages. C'est là que les Corte-Keal avaient leur fief
héréditaire, là que péchaient les Portugais. Une bonne partie des
noms de la côte orientale figurent du reste sous leur forme origi-
nelle, « Costa Fremosa (la belle), Farilham (le récif), cavo de la
Spera (cap de l'attente), Sam Joham, Y. dos Bocalhas, B. da
Comceicâ, Ilha do frey Luis, » dans des cartes portugaises de
1504-1505'.
Ainsi se trouve confirmée, par le seul examen philologique de
la nomenclature, l'assertion du Dieppois Crignon, en 1539, que
la côte terre-neuvienne, du cap Raz au cap Bona-Vista, avait été
découverte par les Portugais. Au delà, disait-il, soit au nord, soit
au sud-ouest, elle l'avait été par les Bretons et les Normands ^
Au delà du cap Saint-Jean, la nomenclature change en effet de
caractère. A vrai dire, les termes déformés par notre Basque ne
le laisseraient guère penser, si on ne les redressait au moyen d'un
tableau de répartition des pêcheries arrêté par les Malouins pour
la côte du Petit-Nord^. Ainsi, Sege et Bacque, les seuls ports
1. H. Harrisse, Découverte et évolution cartographique de Terre-Neuve,
p. 360.
, 2. Discorso d'un gran capitano di mare Francese de.l luoco di Dleppn, dans
Ramusio, Raccolta di Navigaùoni, t. III (1556), fol. 423 v".
3. 14 mars 1640 (F. Joiioii des Longrais, Jacques Cartier. Documents nou-
veaux. Paris, 1888, in-8", p. 207).
DE TERRE-NEDVE. ^2<
mentionnés par Hoyarsabal près du cap susdit, prennent une
physionomie autrement suggestive dans le document malouin :
la Say et Pasquet sont des noms charentais, et le voisinage d'un
havre de la Rochelle nous renseigne assez clairement sur l'iden-
tité des pêcheurs qui fréquentaient ces parages.- Peut-être est-ce
aux Basques que l'île de Chibau, plus au nord, doit son nom^?
Ce serait la seule trace de leur présence au nord-est de l'île.
Fleur-de-Lis, Orange, Capenrouge ou Cap-Rouge, Petit-
Maistre, Saint-Julien, Groie, Belle-Isle, que signale ensuite notre
Basque, n'ont point subi d'altération. Mais, dans Pecoz et la
Granelerie, on reconnaîtrait difficilement Fichot et la Crémail-
lère, et, dans les ports de Sanbu et Clieine, on ne reconnaîtrait
rien du tout si on ne savait qu'il faut les chercher entre la Cré-
maillère et le Cap-Blanc, où il n'y a que les baies de Saint-
Antoine et de Saint-Limaire. Après la baie Droget ou du Griguet,
qui s'ouvre à l'extrémité nord de l'île, sous le Carbont, Hoyar-
sabal arrête brusquement son périple insulaire : au lieu de dou-
bler le cap de Grat pour tracer l'hydrographie de la côte occiden-
tale, il franchit le détroit de Belle-Isle et passe au Labrador.
S'il était loin de connaître les nombreux vocables bretons de
la côte du Petit-Nord, — cap Frehel, Boutitou, Bréhat, Saint-
Méen, Saint-Lunaire, — il n'en ignore aucun en revanche pour
la côte du Labrador. C'est ainsi qu'on voit défiler dans son Rou-
tier la nomenclature des voyages de Jacques Cartier : mais en
quel état! Brest, Beaulsanim, Samadeg, Furx, Cradon, île d'Au-
cent, Boytus, sous cet aspect informe, évoquent difficilement les
parages de notre grand port de Bretagne, Blancsablon, Saint-
Mahé, le Four, Crozon, l'île d'Ouessant : Boytus doit se lire
Buttes ou Bites, les bites étant des solives de pont. Joignez-y,
pour achever la nomenclature d'Hoyarsabal, le port des Baleines,
la baie des Châteaux, Eau-forte et un énigmatique Sachobodege.
Mais, de la présence des Anglais à Terre-Neuve, il n'y a nulle
trace dans l'onomastique insulaire. Et c'est une dure riposte aux
assertions du Mémorandum britannique du 9 juillet 18892, qui
disait : « A partir de la découverte de Terre-Neuve, en 1496,
jusqu'au traité de 1632, les Français n'ont eu la permission de
1. Pierre de Chibau était lieutenant général et criminel au bailliage de
Labourd à la fin du xvi» siècle (abbé P. Haristoy, Recherches historiques sur
le pays basque. Rayonne, 1883, in-8", t. I, p. 469).
2. Ministère des Affaires étrangères, Documents diplomatiques : affaires de
Terre-Neuve. Paris, 1891, in-'i», p. 259.
■122 LE PREMIER ROUTFER-PILOTE
pêcher ni à Terre-Neuve ni en aucun endroit du continent
d'Amérique. » Eh quoi! Un peuple qui a marqué si profondément
son empreinte sur un pays, qui l'a baptisé, le premier qui en ait
dressé l'hydrographie, montrant par là sa connaissance parfaite
de la côte, aurait été exclu du droit d'y pêcher! Et par qui? Par
un autre peuple dont rien ne décèle la présence ou tout au moins
la suprématie dans l'île!
La chose, en vérité, serait plaisante si l'importance des con-
séquences qu'en tire le Mémorandum n'appelait une réfutation
très sérieuse; car la thèse britannique ne tend à rien moins qu'à
nous dépouiller de notre droit exclusif de pêche sur le French
Shore, en arguant de la souveraineté immémoriale de l'Angle-
terre sur Terre-Neuve; le traité d'Utrecht, est-il laissé entendre,
a consacré par son silence sur le mode de pêche l'état de choses
préexistant.
Cette dernière conclusion, je l'admets parfaitement. Mais l'état
de choses préexistant était tout autre que ne l'expose le Mémo-
randum de lord Salisbury. Un de nos savants confrères, M. Bru-
tails, l'avait deviné par le seul examen des archives de la
Gironde*. Il importe, dans une affaire aussi importante pour
notre commerce maritime que les pêcheries de Terre-Neuve,
d'étudier à fond leur histoire. C'est ce que je ferai ailleurs'^. Et
l'on verra, contrairement aux affirmations britanniques, que
l'Angleterre n'a jamais pris possession effective, avant Utrecht,
que de la partie portugaise de l'île; que chaque tentative d'em-
piétement sur notre territoire ou sur nos droits a été repoussée ;
que la pêche enfin était exclusive à nos nationaux sur le French
Shore. Ajouterai-je que cette pêche comprenait le homard,
englobé par les Anglais eux-mêmes parmi les poissons, entre la
bonite et le turbot. Faute de pouvoir faire la preuve devant le
tribunal d'arbitrage nommé de concert par la France et l'Angle-
terre, en 1891, mais repoussé par le Parlement de Terre-Neuve,
on prendra pour juge l'opinion.
IL
L'absence de la côte occidentale de Terre-Neuve est d'autant
1. Note sur la question de Terre-Neuve. Bordeaux, 1903, in-8°.
?. La Question de Terre-Neuve : les droits indiscutables de la France, dans
le Correspondant du 10 avril, surlendemain du Iraitè qui nous enlève le mono-
l>ole de la pèche au Frencli Shore.
DE TERRE-NEUVE. ^23
plus stupéfiante, chez un Basque, que les baleiniers et pêcheurs
basques fréquentaient en grand nombre^ la baie du Saint-Laurent
et qu'au temps même d'Hoyarsabal, les marins de Saint-Jean-
de-Luz offraient au roi de fonder une colonie dans la Nouvelle-
France^. Les Malouins leur attribuaient, en 1588, la découverte
de mines de cuivre au cap de Gonjugon^ et donnaient à leurs
vaisseaux, en partance pour la grande baie, avis de raUier les
Basques qui s'y rendaient « ordinairement pour la pesche des
ballaines^. »
Dès lors, les Malouins qui arrivaient dans le Saint-Laurent
par le nord de Terre-Neuve, et les Basques, qui y accédaient par
le sud, se rejoignirent et lièrent partie. Les Anglais en surent
quelque chose, quand le Chancewell et le Hopewell de Londres
se hasardèrent à attaquer dans un havre de l'île Ramée, —
aujourd'hui l'île de la Madeleine, — quatre bateaux pêcheurs de
Saint-Malo et Ciboure. Deux cents Français et trois cents sau-
vages, rangés en bataille sur la côte avec une batterie de trois
pièces, ôtèrent au commodore Leigh toute idée de nous molestera
Notre chaud accueil découragea les Anglais. Ils ne firent plus
que de rares apparitions, au témoignage du capitaine Whitbourne,
dans la grande baie du Saint-Laurent, qui devint le fief des
Basques et le théâtre de leurs exploits. Subjugués par l'adresse
des harponneurs basques dans l'attaque des cétacés monstrueux,
les sauvages les aidaient bénévolement à tuer, découper et bouil-
lir les baleines, sans attendre d'autre récompense qu'un petit
morceau de pain*^ ; il fallut, pour être entendu des tribus indiennes
de la grande baie, connaître le basque'.
1. Lettre de Pakhurst à Hakluyt, 1578 (Hakluyt, Navigations, éd. 1600,
t. m, p. 132).
2. Hakluyt, Discourse on Western Planling (1584) (éd. Ch. Deane and Léo-
nard Woods, Documentary History of the State of Maine, t. II. Cambridge,
1877, in-8% p. 102, 115).
3. Michelant et Ramé, Relation originale du voyage de Jacques Cartier,
p. 44, 48.
4. Déclaration du procureur de Saint-Malo, 7 mars 1591 (Frain, Registre
d'écuijer Nicolas Bouleuc. Vannes, 1902, in-8°, p. 122, note).
5. Hakluyt, Navigations, t. III, p. 195. Ceci se passait le 18 juin 1599.
6. Wliilbourne, A Discourse and Discovenj ofNew-found-land. London, 1622,
in-4°, Préface.
7. Pierre de Lancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges. Pans,
1613. Cité par M. Harrisse, Évolution... de Terre-Neuve, p. lxiii.
124 LE PREMIER ROUTIER-PILOTE
C'est alors que l'hydrographie de Terre-Neuve se compléta
dans une réédition, en basque, de l'ouvrage d'Hoyarsabal. D'une
vieille famille d'armateurs de Saint-Jean-de-Luz qui n'avaient
jamais hésité, de temps immémorial, à payer de leur poche pour
sauvegarder les pêcheurs terre-neuviers *, Pierre d'Etcheverry
rendit à ses compatriotes le service d'adapter à leurs besoins le
routier de Hoyarsabal. Sa traduction scrupuleuse des Voyages
aventureux, en 1677, avait l'avantage considérable sur les édi-
tions antérieures d'achever le périple de Terre-Neuve par l'hy-
drographie de la côte occidentale, de Saint-Pierre au cap de
Grat. En montant du cap Ray vers le nord, on trouvait succes-
sivement Portu-Charbat, Ulicillo-Portu, Saint-Georges, Opor-
portu, Baratchoa, les trois îles de Grat, Lecqutainnocoan et
Diraute, Portuchoco ou Portuchoa, la baie Ederra, l'île Saint-
Jean, Amuix, Ferrol, enfin le cap de Grat^.
Le Liburu hau da ixasco nahigacionecoa confirme pleine-
ment, en les développant, les données de la cartographie basque.
La côte qui fait face à l'embouchure du Saint-Laurent, aussi
maltraitée dans les cartes anglaises que dans la plupart des
nôtres, n'est en eff"et dotée d'une nomenclature suivie et logique
que dans les œuvres de deux marins de Saint-Jean-de-Luz^;
l'un est Pierre d'Etcheverry lui-même. Exécutée à Plaisance en
1689 pour le gouverneur de l'île et entourée, par suite, de toutes
les garanties d'un document officiel^ sa carte ne contient pas un
nom, les îles exceptées, qui ne soit basque, du cap Ray au cap
de Grat : Ulycillho, Oporportu, Barrachoa, baie Ederra, Anngu-
rachar, Portuchoa, Amuix, Ferrol, Miariz.
De ces termes, des armateurs de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure,
1. Les sieurs du Halde et « de Chebery » arment pour Terre-Neuve le Saint-
Esprit, de Sainl-Jean-de-Luz, vingt pièces de canon et quarante hommes d'équi-
page. Avril 1552 (Ducéré, tes Corsaires sous l'ancien régime : histoire mari-
time de Bayonne. liayonne, 1895, in-8°, p. 25).
2. Liburu liau da ixasco nabigacionecoa Martin de Hoyarzabalec, p. 124-132.
A la suite est un routier du caj) Ray à l'île Percée.
3. Carte de Terre-Neuve : « Faict à Saint Jean de Luz, par moy, Denis de
Rolis. 1674 » (Dépôt hydrographique de la Marine, archives, 116, 19).
4. « Carte basque de l'isle de Terre Neuve, de la Cadie et Canada. Faix à
Plaisance, par Pierre d'Etcheverry Dorre, de S' Jan de Luz, pour mons' Parât,
gouverneur de Plesance et l'isle de Terre Neufe. 1689 » (Dépôt hydrographique
de la Marine, archives, 128, 2, 3; H. Harrisse, Découverte et évolution carto-
graphique (le Terre-Neuve (1900), pi. XXI V).
DE TERRE-NEDVE. -125
en 1710, donnaient la définition dans un mémoire où ils reven-
diquaient pour leurs ancêtres la gloire d'avoir découvert Terre-
Neuve'. Et ils tiraient argument de la philologie : Ulycilllio,
dans leur langue, signifiait trou à mouches, c'était un port
infesté de moustiques; Oporportu était le vase à lait, tant le
calme y régnait; Portuchoa, \e petit port ; Amuix avait le nom
du cap qui se profile à l'ouest de Saint-Jean-de-Luz et qu'on
appelle en français le Figuier; Miariz n'était autre que Biarritz,
et les de Grat ou dégrats, des sècheries de morues.
La nomenclature basque a subsisté. Mais, faute d'en com-
prendre le sens, les géographes ont substitué aux termes primi-
tifs des mots français d'une consonance à peu près semblable : de
Portuchoa, ils ont fait Port-au-Choix, d'Oporportu Port-au-
Port, d'Anngurachar Ingornachoix. Baie-Ederra a été rendue
par son équivalent Bonne-Baie, qui devrait être textuellement
Belle-Baie. En revanche, la pointe de Ferrol a été respectée, non
moins que le Port-aux-Basques près du cap Ray. Ainsi, la lin-
guistique est restée le témoin fidèle de l'histoire, affirmant la
prise de possession du French Shore par les Malouins d'un côté
et par les Basques de l'autre.
Ch. DE LA RONGIÈRE.
1. Mémoires concernant la découverte, les établissements et la possession de
l'île de Terre-Neuve et l'origine des pêcheries de baleine et de morue par les
sujets de Sa Majesté Très Chrétienne habitués dans le pays de Labourd, fournis
par les négociants de Saint-Jean-de-Luz et de Siboure à M. de Planthion, syn-
dic général du pays de Labourd, le mois de mars de 1710.
LES
HEURES DE JACQUES COEUR
En 1902, un des secrétaires de la Bibliothèque royale de
Munich, M. le D"" Franz Boll, aujourd'hui professeur à l'Univer-
sité de Wurzbourg, a publié, dans une revue allemande*, un
mémoire intitulé : Jacques Cœurs Gebetbuch in der Mûn-
chener Hof- und Staats bibliothek (les Heures de Jacques
Cœur a la bibliothèque royale de Munich). Il y a décrit,
avec une précision qui ne laisse rien à désirer, un volume dont il
a dévoilé l'origine et révélé l'importance, jusqu'alors à peine
soupçonnée.
Quoique le travail du D"" Boll intéresse à un haut degré la
France, il n'a guère été remarqué chez nous. Aussi, ai-je cru
utile de le faire connaître aux lecteurs de la Bibliothèque de
V École des chartes, en m'aidant d'une collection de photogra-
phies exécutées par la maison C. Teufel de Munich^
Le manuscrit dont il s'agit est ainsi enregistré dans le Cata-
logue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Munich^ :
Codex lat. Monac. 'lOiOS (Palat. -1 03 = Codex cum figuris ^^12).
Membranaceus, 8°, sœculi xv. -197 fol. Preces variée cum caiendario
gallice conscripto, multis ornamentis et 29 picluris pulcherrimis
instructœ.
1. Zeitschrift fur Bucherfreunde, sixième année, 1902-1903, livraison de
mai 1902. — Le lirage à part forme une brochure in-A", 20 p.
2. Ces pholograpliies sont annoncées sous les n" 1652-1691 de la collection
dont le catalogue a été imprimé sous le titre de Einbllnde, Minialuren, Ini-
tialen, etc., in Fotografie aus der Konigl. bayer. Hof- und Staats bibliothek.
Herausgegeben von C. Teufel in Mûnchen, K. B. HofFotograf. In-S", 12 p.
3. T. IV, part, i, p. 132.
LES HEURES DE JACQUES CCEUR. <27
Les 197 feuillets dont il se compose sont hauts de 162 milli-
mètres et larges de 105. Ils contiennent les pièces suivantes :
Fol. 2-7. Calendrier.
Fol. 8-U. Morceaux des quatre Évangiles.
Fol. -16-69. Office de Notre-Dame.
Fol. 70-73. Heures de la Passion.
Fol. 74-77. Heures du Saint-Esprit.
Fol. 80-... Les sept psaumes pénitentiaux.
Fol. 97-137. L'Office des morts. — Les prières pour les morts,
qui sont sur les fol. 136 v° et -137, ont été écrites par une autre
main.
Fol. •138-U7. Prières à la Vierge : 0 iniemerata, etc.
Fol. \A8-i97. La Passion selon saint Jean. — Prières de la messe.
— x\ntiennes et oraisons connues sous la dénomination de Suffrages.
— Tout à la fin, l'hymne Vexilla régis.
La principale illustration du volume consiste en une vingtaine
de tableaux occupant chacun une page entière. Deux de ces
tableaux sont doubles, couvrant deux pages qui se font face l'une
à l'autre, le verso d'un feuillet et le recto du feuillet suivant :
Fol. 8. Saint Jean écrivant son évangile au bord de la mer, d'où
sort le dragon aux sept têtes. Un aigle plane dans l'air.
Fol. ... Saint Luc peignant un portrait de la sainte Vierge. Sur le
mur, au fond de la pièce, tableau représentant l'Annonciation.
Fol. ... Saint Mathieu écrivant sur un pupitre, en présence d'un
ange qui se tient debout devant lui. Il est assis près d'une cheminée
dont la hotte est richement sculptée.
Fol. -13^. Saint Marc taillant sa plume; un lion est couché à ses
pieds. L'évangéliste travaille dans un somptueux édifice de style
antique. Le mur du fond est couvert d'un tableau représentant TAs-
cension. — Reproduit dans le mémoire de M. le D'' Franz Boll, p. 3.
Fol. -15 v°. Personnage richement habillé, à genoux sur un coussin,
les mains jointes, près d'un meuble portant un livre ouvert. —
Dans le mémoire du D"" Boll, p. 13.
Fol. -le. La sainte Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Celte
miniature a été rapprochée de la Vierge du musée d'Anvers par
M. le D-" Boll, qui l'a reproduite à la p. -15 de son mémoire.
Fol. 20 V'' et 21 r°. Grand tableau remplissant deux pages du
\ 28 LES HEURES DE JACQUES CœUR.
manuscrit. Le peintre y a représenté l'Annonciation : l'Ange,
dans la plus noble attitude, un sceptre à la main, est agenouillé
devant la Vierge. Le mur de la pièce est couvert d'une tapisserie à
compartiments alternativement ronds et losanges. Derrière la Vierge,
un meuble formant pupitre, sur lequel est un livre ouvert-, au-dessus
de ce meuble, tableau ou bas-relief surmonté d'un petit triptyque
dont les volets sont ouverts. Les premiers mots de VAve Maria sont
inscrits sur le bas des deux pages, en lettres capitales, de même style
que les inscriptions des peintures du livre d'Heures d^Ëtienne Che-
valier. — Le docteur Boll a fait reproduire ce double tableau, p. G.
Fol, 2\ v°. La Visitation. Au second plan, élégant château, flan-
qué de tours et placé sur une hauteur, non loin de constructions qui
pourraient bien représenter une grande abbaye.
Fol. 42. La naissance de l'enfant Jésus, que Joseph fait admirer
à deux bergers.
Fol. 45 v°. La naissance du divin enfant annoncée par l'Ange aux
bergers. Le troupeau paît dans le voisinage d'un grand château, adja-
cent à une ville dont Fenceinte est garnie de tours. — Sujet reproduit
dans le mémoire du D"" Boll, p. 5.
Fol. 37 vo. La sainte Famille, revenant d^Égypte, s'arrête à l'ombre
d'un magnifique palmier.
Fol. 58 v°. L'enfant Jésus est amené au Temple-, le vieillard
Siméon s'apprête à le recevoir, debout, sur les degrés, à Feutrée du
Temple, dont l'architecture est dans le goût antique.
Fol. 64. La sainte Vierge assise à côté de son fils dans le ciel. Le
bas du tableau est rempli par une troupe d'anges représentés à
mi-corps.
Fol. 70. Le Calvaire. Au second plan, la campagne, animée par de
nombreux cavaliers et piétons. Les bâtiments de Jérusalem se voient
à l'horizon.
Fol. 74. La descente du Saint-Esprit sur les apôtres, assemblés
avec la sainte Vierge dans un édifice antique à colonnes, entre les-
quelles des statues sont adossées au mur. Cet édifice s'ouvre sur une
large rue, dont les maisons sont munies de tours.
Fol. 80. Bethsabé sortant du bain, près d'une très élégante fon-
taine, au milieu d'un jardin. Delà galerie extérieure d'un somptueux
palais, David la regarde avec complaisance. — Page reproduite dans
le mémoire du D"" Boll, p. 9.
Fol. 97. Résurrection de Lazare, en présence de nombreux témoins
réunis dans une église gothique.
LES HEURES DE JACQUES CœUR. -129
Fol. -(38. Soins donnés par les saintes femmes au corps de Jésus,
descendu de la croix.
Fol. -148 v° et -149. La maison de Jacques Cœur. — Reproduite
dans le mémoire du D' Boll, p. n. L'aspect extérieur de cette mai-
son est encore aujourd'hui à peu près tel que l'a yue l'enlumineur
du livre d'Heures. On y remarque, au premier étage de la grande
tour, sous un dais fort ouvragé, la statue équestre du roi Charles VIL
— Au-dessus des toits flottent sept pavillons aux armes de Jacques
Cœur : d'azur à la fasce d'or, chargée de 3 coquilles de sable, accom-
pagnée de 3 cœurs au naturel.
Fol. -159. Sainte Véronique tenant déployée Tétoffe sur laquelle
était empreinte Timage de la sainte Face.
Fol. i6\. La mère de douleurs assise, les mains jointes, au pied
de la croix. Un groupe de saintes femmes se tient debout à une
courte distance. Un beau paysage forme le fond du tableau.
Indépendamment de ces grands tableaux, le livre contient, au
bas des pages du calendrier, de petites miniatures, dont le sujet
est emprunté aux travaux et aux amusements choisis pour carac-
tériser chaque mois. On y trouve aussi, surtout dans la partie
des Suffrages, un assez grand nombre de petits tableaux occupant
en largeur la moitié de l'espace réservé pour le texte.
Les encadrements de beaucoup de pages du texte sont d'une
grande élégance. Ils sont formés de quatre petits bâtonnets, des
nœuds desquels partent des branchettes de verdure terminées par
des fleurs ou des fruits.
La décoration d'une autre partie des pages de texte a été trai-
tée avec un peu moins de délicatesse. La marge latérale de l'ex-
térieur du volume a seule reçu des enluminures ; mais, dans les
feuillages attachés aux bâtonnets, le peintre a semé des oiseaux,
des insectes, des animaux fantastiques et des figures grotesques
au milieu desquels sont mêlés des emblèmes et des banderoles
chargés de devises.
Au bas des feuillets 15 v", 138, 159 et 161 avaient été peintes
des armes, qui ont été ou effacées, ou remplacées par les armes
d'un nouveau possesseur. Celui-ci voulait sans doute faire dispa-
raître le souvenir de Jacques Cœur pour qui le livre avait été
fait; mais il a bien imparfaitement atteint le but qu'il semble
s'être proposé. Les armes de Jacques Cœur brillent encore sur les
i 904 y
^30 LES HEURES DE JACQUES CCEUR.
sept pavillons des toits de l'hôtel représenté vers la fin du
volume.
Ont été aussi maintenues plus ou moins intactes les devises :
A CUERS VAILLANS RIENS INPOSSIBLE*.
Joie sans fin, ou peut-être Fin sans joie 2.
Joie et douleur^.
Dire, faire, taire^
Les emblèmes rappelant le nom et le prénom de Jacques Cœur
ont aussi été respectés :
Deux cœurs ailés, l'un rouge, l'autre bleu^;
Deux cœurs non ailés^ ;
Un seul cœur'' ;
Deux coquilles de saint Jacques ^ ;
Une seule coquille^.
En voyant ces devises, ces emblèmes et surtout la représenta-
tion de l'hôtel qui couvre les fol. 148 v" et 149, M. le D^' Franz
Boll n'a pas hésité à déclarer que le livre avait été à l'usage de
Jacques Cœur et que le portrait du fol. 15 v" était bien celui de
ce célèbre personnage. L'identification ne peut être contestée :
les armes qui se voient aujourd'hui au bas du portrait ont été
certainement superposées à celles de Jacques Cœur dont la devise :
A VAILLANS [cuers] RIEN iNPOSSiBLE, se lit cncore sur la bande-
role déroulée au-dessus de l'écu.
Le manuscrit latin 10103 de Munich est donc un des morceaux
les plus authentiques de l'art français du milieu du xv** siècle.
L'exécution doit en être rapportée à l'époque où Jacques Cœur
1. FoL 15 v et 161; pages contenant l'oraison Ave cujus conceplio, et, dans
les Suffrages, les oraisons à Dieu le fils et à saint Denis.
2. Fol. 141 r" et v°, et fol. 144 v°.
3. Fol. 164.
4. Fol. 188 v°, la page sur laquelle est la petite miniature représentantJésus
devant Pilate, et, dans les Suffrages, les pages contenant les oraisons à la
Madeleine et à saint .\ntoine.
5. Dans les Suffrages, aux oraisons à la Trinité et à sainte Agathe, à la (in
du Siabat. au commencement et à la fin de l'oraison à la sainte Face.
6. Page contenant l'oraison à saint Jean-Baptiste.
7. Fol. 188 v, à l'antienne de cor pore Christi.
8. Page contenant la fin du Stabat.
9. Page contenant l'oraison à saint Jean-Baptiste.
LES HEURES DE JACQUES CCEUR. ' ^3^
était à l'apogée de sa fortune, quand il venait de se faire cons-
truire le magnifique hôtel qui fait encore aujourd'hui l'orgueil de
la ville de Bourges, soit aux environs de l'année 1450.
J'ai dû me borner à faire connaître la découverte de M. le
D'' Franz Boll. Tous ceux qui s'intéressent aux origines de la
peinture française doivent le féliciter d'en avoir écrit un chapitre
aussi neuf, aussi substantiel et aussi intéressant.
L. Delisle.
Post-Scriptum. — Au premier moment, j'avais cru qu'on
pouvait accepter sans réserve l'opinion de M. le D'" Franz Boll
sur la date du manuscrit dont il vient d'être question et que ce
savant nous a si bien fait connaître. Tel n'a pas été l'avis d'un
antiquaire du Berri, dont la compétence comme critique d'art est
attestée parle livre intitulé : les Travaux d'art exécutés pour
Jean de France, duc de Berry.
Après examen de la photographie des miniatures du manuscrit
de Munich, M. Gauchery est porté à croire que ce manuscrit a
été fait, non pas pour l'argentier de Charles VII, mais pour son
petit-fils, également nommé Jacques Cœur. Le portrait du fol. 15
est celui d'un jeune homme, et l'argentier de Charles VII avait
plus de cinquante ans quand l'hôtel de Bourges fut achevé de
construire. En outre, le costume du portrait se rapporte bien
aux modes de la fin du xv^ siècle. Jacques Cœur, second du
nom, a bien possédé l'hôtel de son grand-père et l'a vendu en
1501. L'opinion de M. Gauchery me paraît plausible : le
manuscrit de Munich doit être une œuvre du temps de
Charles VIII.
Autre observation de M. Gauchery. Le château représenté sur
le fol. 21 v° du manuscrit paraît devoir être identifié avec le
château du Ljs-Saint-Georges, que Jacques Cœur a possédé dans
le Bas-Berry.
L'INCENDIE
DE LA
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE ET UNIVEBSITAIBE
DE TURIN.
Le l""" novembre 1903, le monde savant s'émut à la nouvelle
de l'incendie qui menaça la Vaticane. Cet incendie ne causa que
des dommages insignifiants*, mais quelques savants et quelques
politiciens italiens en tirèrent argument contre l'administration
pontificale, incapable, selon eux, de garder, comme il con-
venait, des richesses qui appartenaient moins au Saint-Siège
qu'à l'Italie même^. Près de trois mois après, par un retour
rigoureux du sort, le monde ecclésiastique reprenait l'argument,
mais à son profit propre-^ Dans la nuit du 26 janvier, en efiet,
avait éclaté à l'Université de Turin un incendie violent, qui
ravagea la Biblioteca nazionale ed universitaria''. Les
causes mêmes de l'incendie n'ont pas été parfaitement élucidées,
et l'on a accusé, encore une fois, l'électricité d'un de ses habi-
tuels courts-circuits. En tout cas, une des raisons de l'étendue
du désastre semble avoir été que, dans l'afiblement du début, on
oublia de prévenir à temps les employés de la Bibliothèque, dont
certains, comme M. Carlo Frati, firent plus tard des efibrts méri-
toires pour arracher sa proie au feu.
1. Bibl. de l'Éc. des chartes, 1903, t. LXIV, p. 690 et suiv.
2. Même les professeurs Pio Rajna et Tocco ont souligné la chose dans une
lettre écrite à propos de l'allaire Ehrle, résumée plus bas {Marzocco, de Flo-
rence, 5 mars 1904).
3. Miscellanea di storia ecclesiastica, Cronaca, 1904, t. II, p. 197.
4. Récits assez complets dans le Momento, de Turin, et le Giornale d'Italia,
de Rome, 27 février 1904.
l'incendie de la bibliothèque de tdriiv. 133
On sait quelle était la valeur de la Bibliothèque de Turin ^
A la fin du xvif siècle, l'Université de cette ville possédait une
petite bibliothèque à l'usage des professeurs. Victor-Amédée de
Savoie ayant tait construire le palais actuel de l'Université,
achevé en 1720, deux salles du second étage furent réservées à
la Bibliothèque, où il incorpora le fonds ducal. La Bibliothèque,
grâce aux efforts du P. Roma, de Pasini, de l'abbé Pejron, s'en-
richit et s'ordonna. En 1858, elle comprenait dix salles, en
1899, vingt-cinq ^ Elle possédait, en 1900, 1,095 incunables ^
10,321 estampes, classées par écoles par G. Volpato, cataloguées
par A. Baudi de Vesme (1882), 1,500 volumes d'éditions aldines,
données par le comte Charles Alfieri de Sostegno, 621 volumes
hébraïques, surtout talmudiques, donnés par l'abbé T. Valpergo
di Calusa, des œuvres mexicaines, données par un consul d'Ita-
lie, C. Pomo^ On y recevait 375 revues. C'était à la fois une
bibliothèque universitaire'^ et une bibliothèque d'érudition. Elle
était chère aux savants surtout par ses manuscrits, au nombre
de 4,133 en 1900^ et répartis en un certain nombre de fonds
également intéressants, quoique à titre différent : hébreux, cata-
logués par B. Peyron; arabes, par C. Nullino; persans, parle
baron J. de Hammer ; coptes, par B. Peyron et F. Rossi; grecs,
par Pasini'' et Zuretti^ Parmi les latins, les manuscrits de Bob-
bio, dispersés au moment de l'occupation française, et recueillis
en partie à Turin, en 1820, par l'abbé A. Peyron, avec l'appui
1. Pour les publications la concernant, cf. l'abbé U. Chevalier, Topobiblio-
graphie, col. 3189-3190.
2. Le Biblioteche governative italiane nel M DCGCXGVIII... a cura del
ministero délia pubbl. istruzione. Rotna, 1900, in-8% p. 102.
3. Il convient de noter parmi eux un Roman de Lancelot du Lac, sur par-
chemin, de Vérard (Paris, 1491, 3 in- fol.).
4. Voy. Bolletino ufficiale del minist. délia pubbl. istruz., 1897, année XXIV,
t. I, p. 1409 et suiv.
5. Comme catalogues des livres, à noter : un Catalogo générale alfabetico,
depuis 1864; un Catalogue sur fiches, depuis 1898; un Catalogue alphabétique
pour chacune des trente-quatre subdivisions; un Catalogue mobile par matières;
un Catalogue des récentes acquisitions, deux catalogues, alphabétique et \mr
matières, des périodiques.
6. Le Biblioteche governative..., p. 103.
7. Codices mss. bibliothecse R. Taurinensis Athenaei. Turin, M D CC XLIX,
2 in-fol.
8. L'indice dei înss. greci torinesi non contenuti nel Catal. del Pasini, au
t. IV des Studi itaiiani di filologia classica, 1896, p. 201-223.
^34 L'mCElVDIE DE LA BIBLIOTHEQUE
du comte Balbo', tenaient une place importante 2. Les langues
romanes, — française^, provençale, italienne, — étaient fort
dignement représentées à la Bibliotlièque de Turin : le Roman
de la Rose y figurait avec quatre manuscrits du xrv*' et un du
XV* siècle^. Récemment, une étude attristée de M. Durrieu dans
la Chronique des arts'" rappelait l'importance exceptionnelle
d'un grand nombre des manuscrits de Turin, et dans chaque
fonds, pour l'histoire des arts en général et de la miniature en
particulier. L'attention des lecteurs de la Bibliothèque de
V École des chartes sera prochainement attirée de nouveau sur
les richesses artistiques des manuscrits de Turin ^ Qu'il nous
suffise, pour l'instant, de rappeler qu'à Turin le fonds français
contenait comme morceaux de premier ordre les Heures de
Savoie, décrites par M. L. Delisle^ et les deux portions les
plus anciennes des Heures de Turin, ou de Jean de Berry^.
Or, c'est sur les manuscrits que le fléau semble s'être abattu
avec le plus de violence. Les livres, on pourra en retrouver
d'autres exemplaires, surtout si la solidarité scientifique interna-
tionale, dont, par la voix de M. P. Mejer, l'Académie des Ins-
criptions et Belles-Lettres entendit une généreuse manifestation,
h sa séance du 29 janvier, peut trouver les moyens de s'exercer.
La perte des incunables et des estampes n'est peut-être pas irré-
médiable, encore qu'il soit a priori évident que certaines
planches et certains exemplaires aient été représentés à Turin
seulement. Celle des manuscrits l'est tout à fait.
Elle l'est d'autant plus qu'il reste difficile de la mesurer avec
exactitude. Les catalogues, de l'aveu de M. E. Monaci, profes-
seur à l'Université de Rome, n'étaient pas tenus au courant; les
indications des anciens catalogues, souvent incomplets, étaient
1. Le Biblioteche gover native..., p. 102.
2. Le catalogue en a été publié par l'éminent bibliographe G. Otlino, Cata-
logo dei codici bobbiesi. Turin, 1890, in-8°.
3. Sur les rass. du fonds français, on consultera les Mittheilungen de Sten-
gel. Marburg a. L., 1871, in-8°.
4. Dans un récent article, M. E. Monaci rappelait les travaux des philologues
étrangers, qui ont édile des niss. de Turin {Per le nostre biblioteche, dans la
Nuova Antologia, 1" mars 1904, p. 95).
5. Aux numéros des 6, 13 et 20 février 1904.
6. Cf. Durrieu, Chron. des Arts, p. 56.
7. Gazette des Beaux-Arts, 1884, 2"= pér., t. XXIX, p. 287 et suiv.
8. Cf. Durrieu, Gazette des Beaux-Arts, 1903, 3° pér., t. .VXIX, p. 1 et suiv.
JViTIOIVALE ET UMVKRSITilRE DE TURIIV. ^ 35
fautives souvent : comment procéder à un récoleraent rigoureux'?
Et de fait, les premières nouvelles venues de Turin furent pleines
de contradictions étonnantes de la part d'hommes qui, de par
leurs fonctions, semblaient devoir être du métier. On alla jusqu'à
annoncer la perte d'un livre d'astronomie, qui portait justement
le titre (ÏOre di Torino^. Pour le moment, du moins, il n'y a
encore, sur le désastre de Turin, aucun rapport de publié. La
Rivista degli Archivi e Biblioteche, dirigée par le distingué
administrateur de la Laurentienne, M. G. Biagi, ne contient rien
là-dessus, et elle a l'intention seulement d'organiser auprès des
bibliothécaires italiens un référendum, pour faire connaître au
gouvernement les desiderata administratifs de cette catégorie
de fonctionnaires^ D'après le P. Ehrle, préfet de la Vaticane,
on ne publiera rien. Et il semble qu'il doive en être ainsi, car on
aurait peur, sans doute, en procédant à une enquête, qui, forcé-
ment, étendrait ses investigations, de révéler au public, — et
aux électeurs, — des faits analogues à ceux que l'on constata,
il y a quelques années, pour les bibliothèques de Rome, la Vit-
torio-Emanuele , la Casatanense, VAlessandrina\ et qui
firent démissionner un ministre. On pourra s'étonner, avec
M. G. Biagi, que la question n'ait pas été portée à la tribune de
la Chambre italienne, où, à l'heure actuelle, le précédent ministre
de l'Instruction publique, M. Nasi, est vivement attaqué sur dif-
férents faits de son administration : la tactique parlementaire
aurait eu profit, semble-t-il, à s'emparer de l'événement de
Turin, et, indirectement, les intérêts de la science y auraient
gagné. Certains députés se sont seulement préoccupés de la pré-
sence, — officieuse, — à Turin du P. Ehrle, de la Société de
Jésus, consulté par les administrateurs de la Bibliothèque incen-
diée sur la possibilité de réparer certains des manuscrits endom-
magés par le feu ou par l'eau^.
1. Loc. cit., p. 94.
Q. Voy. G. Biagi, la Morale dell' incendio di Torino, dans la Nuova Anto-
logia, 16 mars 1904, p. 299.
3. Voy. E. Monaci, loc. cit., p. 89 et suiv.
4. Voy. G. Biagi, loc. cit., p. 294.
5. Question de l'honorable M. Vigna, à la séance du 29 février, à la suite
d'une violente attaque de la Gazella del Popolo, de Turin, du 14 février, contre
le P. Ehrle, dénoncé comme jésuite allemand, et, n'ayant, comme tel, pas le
droit de séjourner en Italie, d'après un statut discuté de 1848. C'est à celle
-136 l'incendie de la eibliotbèqde
Ce qui est vrai, c'est que, le 24 février, on annonça la signa-
ture par le roi d'un décret qui autorisait le ministre Orlando à
présenter au Parlement un projet de loi concernant les fonds
nécessaires à la restauration de la Bibliothèque de Turin, en
même temps qu'une réorganisation générale des services de
l'éclairage et du chauffage des bibhothèques et archives du
royaume. Le lendemain, 25 février, le maire de Turin commu-
niquait au Conseil municipal une lettre du ministre, qui annon-
çait la proposition à la Chambre par le Conseil des ministres
d'une subvention de 300,000 lires et la nomination d'une com-
mission chargée d'étudier le rétablissement de la Bibliothèque ^
En attendant que l'étude de la réorganisation proposée et que
les travaux de la commission instaurée soient achevés, il aurait
été bon qu'un mémorandum officiel enregistrât aussi exacte-
ment que possible les pertes subies par la science à Turin. Il n'en
a rien été fait.
Actuellement, et dans l'état des choses, les renseignements les
moins inexacts et les plus complets qu'on puisse donner sur l'in-
cendie de Turin doivent être empruntés à deux notices, l'une du
professeur U. Benigni, dans les Miscellanea di sto^Ha eccle-
siastica e studi ausiliari\ l'autre du professeur CipoUa, dans
Y Archivio storico italiano^^ On a pu, paraît-il, sauver environ
le cinquième des manuscrits, et dans ce nombre semblent figurer
les plus précieux. Ainsi, on a retrouvé le tiers des manuscrits de
Bobbio : des 70 on a pu en identifier 49, sans compter les frag-
ments'* ; on a sauvé le commentaire sur l'Apocalypse avec minia-
tures espagnoles -^ une Historia naturalis, de Pline, du
xv^ siècle ^ la plupart des manuscrits peints provenant du cardi-
nal de la Rovère, plusieurs manuscrits de Staffarda, le manus-
occasion que MM. Rajna et Tocco prirent la défense du P. Ehrle. L'affaire,
depuis, s'est complètement assoupie.
1. Cf. D. Cliilovi, Per la biblioteca di Torbio, dans la Nuova Antologia,
16 avril 1904, p. 700.
2. T. II, 1904, p. 197-200, Cronaca.
3. 1904, sér. V, t. XXXllI, p. 267-268. M. Cipolla a promis de compléter ces
premiers renseignements.
4. Cipolla, loc. cit., p. 267.
5. I. II. 1. Manuscrit du xii' siècle. Cf. Durrieu, Bibl. de l'Éc. des chartes,
t. LIV, p. 286-288.
6. I. I. 22-23, avec deux grands frontispices de l'École de Mantegna. Cf. Dur-
rieu, Chron. des Arts, 6 février 1904.
NATIONALE ET DNIVERSITAIRE DE TURI>f, 137
crit hagiographique en caractères lombards, dans le fonds latin ;
dans le fonds grec, le manuscrit de Théodoret^ déjà atteint par
l'incendie de 1659; dans le fonds hébraïque, un Talmud, en mau-
vais état. Avec les fonds orientaux, les fonds qui ont le plus
souffert sont les fonds italien et français : ainsi ont péri les
quatre manuscrits du Roman de la Rose, signalés plus haut,
les discours de Bessarion^ le manuscrit unique du Chevalier
errant du marquis de Saluées''. Pour les Heures de Turin, les
nouvelles les plus contradictoires n'ont cessé de circuler sur leur
sort : M. Cipolla dit qu'elles ont péri, le professeur Benigni
qu'on les a sauvées; mais il paraît bien qu'elles n'existent
plus. Au nombre des manuscrits disparus, signalons encore un
manuscrit du xv® siècle des Scriptores HistoyHœ Augustœ'',
deux tomes de Miscellanea sur Bobbio, et, en outre, les Cimeli
de la maison de Savoie, datant du temps de Charles-Emma-
nuel P'', En revanche, dans le fonds italien, on a sauvé le manus-
crit à miniatures de la moitié du xiv*^ siècle provenant du cardi-
nal d'Aragona^.
La collection aldine a été presque entièrement détruite. Mais
la collection de Volpato, et environ 1,000 incunables ont échappé
au feu^. Pour les livres, voici, d'après le professeur Benigni, et
dans l'ordre de classement, les pertes enregistrées :
3239. Linguistique;
2290. Philologie;
4147. Droit public;
2760. Economie politique ;
1974. Bibliographie;
5869. Philosophie;
4939. Polygraphie;
2950, Biographie;
2343. Histoire littéraire ;
2247. Périodiques.
1. B. 1, 2. Cf. Durrieu, Ckron. des Arts, 6 février 1904.
2. I. V. 16. Manuscrit de 1471. Cf. Durrieu, Chron. des Arts, 13 février 1904.
3. L. II. 1. Cf. Durrieu, Chron. des Arts, 13 février 1904.
4. E. III. 19, avec des miniatures qui sont peut-être de Pisanello. Cf. Dur-
rieu, Chron. des Arts, 6 février 1904.
5. Cipolla, loc. cit., p. 267.
6. Benigni, loc. cit., p. 199.
^38 l'iiVCendie de la bibliothèque
Pour les livres, on arrivera, avec du temps et de l'argent, à
reconstituer, ou peu s'en faut, la Bibliothèque de Turin. Dès le
28 janvier, la Frankfurter Zeitung publiait un appel du doc-
teur A. Plïmgst au monde scientifique allemand dans le but de
constituer un Comité pour l'envoi de livres à la Bibliothèque de
Turin', et le lendemain, 29, M. P. Meyer proposait à l'Acadé-
mie des Inscriptions et Belles-Lettres d'offrir à la même Biblio-
thèque la collection des publications de l'Académie. Il est probable
que cette proposition généreuse sera suivie d'autres analogues-.
La Società bibliografica italiana, il est bon de le faire savoir,
s'offre comme intermédiaire entre les donateurs éventuels et
l'administration de la Bibliothèque : elle recevra livres et argent
au Palazzo di Brera à Milan ; le Bolletino de la Société impri-
mera le nom des donateurs, la nature et le montant des dons,
et la Bibliothèque de Turin inscrira sa reconnaissance sur des
ex-libris et sur un livre d'or, en même temps qu'elle la mani-
festera à ses bienfaiteurs par l'envoi d'une estampe coramémo-
rative^ On sait par ailleurs les offres généreuses faites à la
Bibliothèque de Turin par l'administration de la Bibliothèque
nationale, représentée par M. L. Dehsle. Il serait bon, comme le
demande M. Ghilovi^, qu'un Comité proprement turinois s'occu-
pât de centraliser les efforts privés ou collectifs de la solidarité
scientifique.
Pour les manuscrits, il s'est agi, en premier lieu, de restaurer
les fragments retrouvés. Presque aussitôt après l'incendie, le
P. Ehrle avisa l'administration d'un danger que couraient les
manuscrits et les fragments de manuscrits échappés au feu, et
qu'elle ignorait : la putréfaction consécutive à la fermentation
du parchemin ^ On prit, au laboratoire de toxicologie de l'Univer-
sité, toutes les mesures nécessaires contre ces effets délétères de
la putréfaction. Le préfet de la Vaticane a donné des conseils
1. Cf. D. Chiiovi, loc. cit., p. 706. Le Centralblall filr Bibliotheksivesen
(mars 1904, p. 137) exprime i)liis vaguement les condoléances de l'Allemagne
savante.
2. Les éditeurs Loesclier, de Turin, Sansoni, de Florence, Giusti, de Livourne,
se sont déclarés tout prêts à offrir des exemjjjaires des œuvres publiées chez
eux (D. Chiiovi, loc. cit., p. 705).
3. Nuova Antologia, 1" mars 1904, p. 185.
4. Nuova Antologia, 16 avril 1904, p. 706.
5. Momento, de Turin, 14 février 1904.
NiTIONALE Eï DNIVEKSITAIRE DE TURIN. ^39
non moins précieux pour la restauration même des manuscrits
et « prêté >•> l'habile ouvrier qui travaille pour sa bibliothèque.
Toutefois, partisan de l'emploi, d'ailleurs délicat, de la gélatine,
il a considéré celui de la vapeur et du collodion comme présentant
certains dangers, — au moins pour l'avenir, — au cas où un
nouvel incendie s'attaquerait aux mêmes manuscrits, devenus,
par cette manipulation, de véritables masses de fulmi-coton*.
En second lieu, l'idée lancée par MM. S. Reinach et Dieulafoy
à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ^ de photographier
les manuscrits les plus précieux, et de les soustraire ainsi à un
accident unique et irrémédiable, a trouvé en Italie des partisans^.
Sur la proposition de M. CipoUa, l'Académie des sciences de
Turin a demandé au ministre de l'Instruction publique les moyens
pour faire photographier les manuscrits les plus importants, —
parmi les sauvés, — de Turin, et M. Cipolla a désigné, comme
tels, les suivants :
Code théodosien d'Ivrée ;
Lois lombardes d'Ivrée ;
Evangéliaire de Verceil ;
Evangéliaire K de Turin;
Saint Cyprien de Turin ;
Lactance de Turin ;
Théodoret^
Mais déjà, la photographie a sauvé d'une disparition définitive
certains manuscrits célèbres de Turin. Un grand nombre de
miniatures ont été reproduites dans l'importante publication de
1. Interview du P. Ehrle, dans le Giornale d'Italia, 23 février 1904. — Le
P. Ehrle a exposé sa façon de voir plus au complet dans le Centralblatt fur
Bibliothekswesen, 1898. Cf. Rev. des Bibl., t. VIIl, p. 152 et suiv.
2. Séance du 29 janvier 1904. Comme conséquence de cette proposition, un
projet de loi ouvrant un crédit de 100,000 francs pour la photographie des
manuscrits de nos musées (lis. : bibliothèques) fut soumis à la Chambre
(cf. séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Leltres du 5 février 1904).
La conférence de Saint-Gall, en 1898, s'était déjà préoccupée de la question
(cf. Rev. des Bibl., 1898, t. VIII, p. 415 et suiv.).
3. Toutefois, M. Monaci trouve de grandes difTicultés dans sa réalisation.
{Per le nostre biblioteche, dans la Nuova Antologia, 1°' mars 1904, p. 96.)
4. Loc. cit., p. 268.
i40 l'incendie de la bibliothèque de TURIN.
MM. CartaS Cipolla^ et Frati\ Monumenta palœographica
sacra''. Si les Heures de Turin ont péri, on en retrouvera au
moins la reproduction photographique à la pi. LXI de YArte
antica alla /F* espasizione nazionale de Belle Arti in
Tori)io nel 1880, par M. Vayra, et, compris les feuillets du
Louvre, dans la belle publication ofterte à M. L. Delisle à l'oc-
casion de son jubilé^. Même certains manuscrits sans peintures
seront sauvés de l'oubli de cette manière. Ainsi, M. Cipolla avait
entrepris l'édition paléographique, au moyen de la photogra-
phie, de tous les manuscrits de Bobbio, avec la collaboration du
P. Ehrle^ et du bibliothécaire de Milan; or, il paraît qu'en ce
qui concerne Turin, les phototypies, — qui seront, en tout, au
nombre de 200, — sont déjà faites'.
Ainsi, le douloureux événement de Turin est plein d'enseigne-
ments. MM. Biagi, Monaci etCliilovi en ont déjà tiré la moralité
première^ Il faudra en tirer aussi des indications pratiques pour
l'agencement matériel des bibliothèques publiques, où aucun effort
ne doit être épargné pour protéger les richesses périssables du
patrimoine intellectuel de l'humanité^ et aussi pour le recrute-
ment de ceux qui doivent assumer les responsabilités et mériter
l'honneur de cette garde même.
Georges Bourg in.
1. Administrateur de la Bibliothèque de Turin.
2. Professeur à l'Université.
3. Attaché aux manuscrits de la Bibliothèque de Turin.
4. ... Atlante pala'ogra/ïco artistico, compilato sut manoscritli esposti alla
mostra d'arte sacra nel M DCCC XCVIII. Turin, Bocca, 1899, in-fol.
5. Heures de Turin..., 27 p. et 45 pi. Paris, 1902, gr. in-i" (à 200 ex., non
mis dans le commerce).
6. La Vaticane possède vingt manuscrits provenant de Bobbio.
7. Interview du P. Ehrle, déjà cité.
8. Nuom Antologia, l" et 16 mars, 16 avril 1904, p. 89 et suiv., 294 et suiv.,
et 697 et suiv.
9. M. Carta assure avoir fait au ministère de l'Instruction publique plusieurs
demandes de crédit, pour des améliorations ou des changements nécessaires,
qui n'eurent aucune suite. Ajoutons (jue le P. Ehrle, dans l'interview plusieurs
fois cité, signale l'emploi, à la Valicaiie, d'enregistreurs électriques très déli-
cats, qui peuvent avertir, au moyen d'une sonnerie, le préfet lui-même de
toute élévation de temi)érature dans les rayons.
NOTICE
SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
DE
M. GASTON PARIS^
Messieurs,
Lorsque Gaston Paris fut enlevé, le 5 mars 1903, à la science fran-
çaise, qu'il avait si grandement honorée, non seulement ses confrères
et ses collègues, ses amis et ses élèves, mais, on peut le dire, tous ceux
qui, en France et à l'étranger, s'associent ou s'intéressent au mouve-
ment de la pensée contemporaine éprouvèrent une émotion profonde.
Car tous immédiatement sentirent qu'avec cette haute et noble nature,
quelque chose de bon et de puissant venait de s'éteindre.
Et, pourtant, celui qui était ainsi regretté n'avait pas été un de ces
créateurs d'idées qui modiflent profondément les manières de penser et
de sentir d'un siècle tout entier. Ce qu'il représentait d'une manière
éminente, c'était seulement une méthode, et encore, cette méthode, il
ne l'avait pas créée ; mais, grâce à un ensemble de qualités supérieures
et variées, en même temps qu'il la développait, la perfectionnait et lui
faisait produire sans cesse des résultats nouveaux, il l'avait en outre
comme imprégnée de sa personnalité et il lui avait communiqué par
là une sorte de beauté. Cette assimilation intime et cette application
créatrice d'une méthode, c'est ce qui a fait son mérite vraiment
exceptionnel et c'est aussi, sans doute, ce que cette notice doit avoir
pour objet principal de mettre en lumière. La vie et l'œuvre de Gas-
ton Paris, dans leur variété pleine de force et de charme, pourraient
être étudiées sous plusieurs aspects. Mais ici, dans cette Académie, où
il siégeait comme un des maîtres de la philologie française, c'est le
philologue qu'il faudrait surtout représenter, sans isoler toutefois ses
1. Lue dans les séances de l'Académie des inscriptions et belles-leltres, les
15 et 22 janvier et le 5 février 1904.
-142 NOTICE SDR LA VIE ET LES TRAVAUX
travaux de sa vie intellectuelle et morale, qui, seule, peut les expliquer
complètement.
Je ne me dissimule pas, Messieurs, combien celui à qui est échue
cette tâche est peu en état de la remplir comme il faudrait; mais
l'opinion des savants les plus compétents s'est prononcée avec une
telle unanimité sur les travaux de Gaston Paris qu'il me suffira
presque toujours de la recueillir et que je pourrai les laisser parler très
souvent là où je n'aurais vraiment pas le droit de juger par moi-même.
Gaston-Bruno-Paulin Paris naquit à Avenay, bourg du département
de la Marne, le 9 août 4839. 11 appartenait à une très ancienne famille.
Son grand-père paternel y avait exercé les fonctions de notaire. Son
père, Paulin Paris, y était né le 25 mars 1800.
C'était donc une vraie lignée provinciale, solidement enracinée dans
ce canton de la Champagne, et, s'il n'y avait toujours quelque témé-
rité à vouloir démêler les influences premières de la race et de la pro-
vince chez un homme dont la personnalité originale s'est développée
dans un milieu large et varié, on aimerait à noter que Gaston Paris
était d'une région de la France où les esprits sont souvent nets et pré-
cis, où le bon sens se revêt volontiers d'une certaine grâce spirituelle
et enjouée, où les caractères inclinent peut-être plus qu'ailleurs vers
une sagesse aimable et vers une modération délicate.
En tout cas, sa province lui tenait au cœur. Il aima toute sa vie le
lieu de sa naissance, la vieille maison paternelle, d'une de ces affec-
tions profondes dont la force bienfaisante se révèle surtout aux jours
de crise. En 1889, âgé déjà de cinquante ans, lorsqu'un coup doulou-
reux vint à le frapper, fuyant en quelque sorte le foyer que la mon
avait désolé, ce fut à Avenay qu'il alla chercher quelque consolation,
et il écrivait de là à un ami lointain ces lignes émues : « Je suis venu
dans mon nid, comme un oiseau malade, pour tâcher de me refaire un
peu de courage et de vitalité'. » « Bien souvent, a dit un de ceux qui
l'ont bien connu, il mêlait à ses conversations intimes le nom de son
village d'Avenay et les souvenirs des années d'enfance qui le lui ren-
daient si cher 2. »
Ses études classiques se firent à Paris, au collège Rollin. Il en sortit
en 1856, à dix-sept ans. Sans insister ici sur ses succès d'écolier, il faut
du moins rappeler en passant ce qu'il dut à l'enseignement simple et
1. Lettre au professeur Henri Morf (citée dans Francfurter Zeitung, 11 et
12 mars 1903).
2. Discours de M. Morel-Fatio, Rev. intern. de l'enseignement, 15 avril
1903, p. 304.
DE M. GiSTON PARIS. -143
solide qui se donnait alors dans nos collèges. Tous ceux qui ont connu
Gaston Paris ont pu apprécier l'indépendance de son esprit, la largeur
de son goût qu'aucun dogmatisme traditionnel ne rétrécissait; mais
tous savent aussi à quel point on sentait en lui affleurer sans cesse la
tradition grecque et latine, combien il connaissait familièrement les
auteurs anciens et dans quelle large mesure tout son* être moral était
imbu de cette secrète influence d'Horace et de Virgile, d'Homère et de
Sophocle, dont la vertu éducatrice s'est fait sentir chez nous à tant de
générations ^.
Toutefois, l'enseignement du collège ne fut peut-être pas celui qui,
en ces années d'enfance et de première jeunesse, agit sur lui de la
façon la plus décisive. Les leçons qui déterminèrent vraiment sa voca-
tion, et qui le firent ce qu'il a été, lui vinrent surtout de son père.
Il n'y a pas lieu de redire ici longuement qui était ce père si aimé et
si respecté. Paulin Paris a été membre de cette Académie pendant
quarante-quatre ans, de 1837 à 1881. Il a été loué, après sa mort, par
M. le secrétaire perpétuel dans une notice que tous ses confrères ont
lue ou entendue et qu'ils n'ont pas oubliée 2. Son fils lui-même a fait
de lui le sujet d'une de ses leçons d'ouverture au Collège de France, et
ces pages, dont quelques-unes sont exquises, ont été recueillies dans
le premier volume de la Poésie au moyen âge, qui est dans toutes les
mains. Il suffit donc de rappeler quelle intelligente curiosité et quel
goût de notre histoire nationale fit de Paulin Paris, dès sa jeunesse,
une sorte d'apôtre du moyen âge français et de sa littérature. Cet
homme d'esprit, dont la « bonhomie souvent piquante » et la « malice
mêlée de discrétion » ont été si bien notées dans la leçon que je viens
de mentionner 3, avait une passion : celle des manuscrits, où dormaient
encore, à peine connues, tant d'œuvres qui étaient les témoins du
passé de la France. Il avait commencé à les lire dès sa jeunesse,
lorsque personne à peu près ne les lisait, et il consacra toute sa vie à
les déchiffrer, à les publier, à les faire connaître, soit par ses écrits,
soit par son enseignement au Collège de France, dans la chaire qu'il
inaugura en 1853, enfin à leur recruter, jusque dans la société mon-
daine, des lecteurs, et, encore mieux, des lectrices^'. Trop avisé pour
1. Il écrivait en 1881 : « ... Le grand Panthéon de l'esprit humain, oîi la cou-
pole centrale abritera toujours les marbres immortels de la Grèce » {Poésie au
moyen âge. l"'^ série, p. 218).
2. Notice sur la vie et les travaux de M. Paulin Paris, par M. Henri Wal-
lon. Paris, 1882.
3. G. Paris, Poésie au moyen âge, t. I, p. 240 et 248.
4. Ibid., p. 219 : « Toute sa vie, il chercha à en répandre le goût, à leur
conquérir des sympathies chez les gens du monde, chez les littérateurs purs,
chez les femmes elles-mêmes. »
HA NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
en surfaire le mérite littéraire, il les aimait pourtant avec une sincé-
rité communicative et il en répandait l'amour autour de lui. Dès 1828,
il avait eu le très grand bonheur d'être attaché au Cabinet des manus-
crits de la Bibliothèque du roi. Ainsi entré, comme l'a écrit son fils,
« dans ce paradis où tous les fruits étaient à la portée de sa main, » il
y passa près de cinquante ans « dans le travail le plus passionné et le
plus doux^, » gagnant peu à peu ses grades et changeant de titre,
mais non d'habitudes ni de dévotion.
Ce fut justement à la porte de ce même paradis, dans un des bâti-
ments où étaient alors logés les principaux conservateurs de la Biblio-
thèque du roi, que le jeune Gaston Paris grandit auprès de son père,
recevant de lui ces influences profondes qui, bien souvent, tracent dans
une âme d'enfant les grands traits d'une vocation et d'une destinée.
Paulin Paris lui contait paternellement nos vieilles chansons de geste,
qu'il connaissait dans les moindres détails ; il ressuscitait pour lui, en
de longs et charmants récits, les héros historiques ou légendaires de la
vieille France, et l'on peut croire que Roland et Olivier, Huon et
Garin, grâce à cette première connaissance que l'écolier avait liée avec
eux en écoutant son père, devinrent dès lors et pour toujours dans son
imagination, non pas des figures lointaines et vagues, mal détachées de
nos vieux livres, mais des êtres vivants qu'il voyait agir et qu'il enten-
dait parler 2.
1. G. Paris, Poésie au moyen âge, t. I, p. 116 et 221.
2. C'est à peu près ce qu'il a dit lui-même dans la dédicace à son père, en
iêle de son Histoire poétique de Chaiiemagne : « Mon cher père, tout enfant
je connaissais Roland, Berlhe aux Grands-Pieds el le bon cheval Bayard, aussi
bien que la Barbe-Bleue ou Cendrillon. Vous nous racontiez parfois quelques-
unes de leurs merveilleuses aventures, el l'impression de grandeur héroïque
qu'en recevait notre imagination ne s'est point effacée. » — M. Henri Morf,
dans l'article nécrologique cité plus haut, a écrit spirituellement à ce sujet
quelques lignes que je me permets de traduire : a La maison paternelle fut
pour l'enfant une école d'enthousiasme. Le père et le fils entreprirent
ensemble lant de chevauchées dans la vieille terre romantique, sur les traces
de l'empereur Charles et de ses paladins ou à la suite des chevaliers de la
Table Ronde, que ce monde évanoui demeura pour Gaston Paris, jusqu'à la fin
de sa vie, comme une parcelle de sa propre jeunesse. » — Il faut enfin rappe-
ler également ici le souvenir si touchant qu'il donnait à la mémoire de son
père en se retrouvant après quarante ans, en 1900, dans la ville de Dresde,
qu'il avait autrefois visitée avec lui en 1857 ; c'est de là qu'il lui dédiait son
volume des Poèmes et légendes du moyen âge, dont la préface se termine
ainsi : « Qu'il me soit permis de dédier ces pages à sa mémoire, toujours,
mais particulièrement aujourd'hui, si présente au cœur de ses enfants. S'il
pouvait les lire, il aimerait à y retrouver, à défaut d'autre mérite, les senti-
ments qui lui étaient les plus chers et qu'il s'est, dès mon enfance, attaché à
DE M. GASTON PARIS. ^/l5
Ainsi, dès la maison paternelle, il était prédestiné à l'étude du
moyen âge français. Mais, pour l'y mieux préparer, son père voulut
qu'au sortir du collège il allât compléter son éducation à l'étranger.
L'Allemagne était alors, en 1856, comme elle l'a été pendant tout le
xix« siècle, le principal foyer des études philologiques. Les travaux de
Paulin Paris lui avaient fait connaître de nom et a'pprécier l'illustre
Frédéric Diez, professeur de langues romanes à l'Université de Bonn.
Il comprit que son fils trouverait auprès de ce maitre renommé ce qui
lui avait manqué à lui-même malgré ses hautes qualités et son
immense labeur, à savoir l'initiation à une science grammaticale
méthodique et précise. En outre, il pensait sans doute, avec raison,
qu'un séjour en Allemagne rendrait le jeune homme familier avec la
langue allemande, instrument de recherche et d'information désormais
indispensable, dont il avait souvent regretté lui-même de ne pouvoir
faire usage. Il se décida donc à l'envoyer à Bonn.
Gaston Paris suivit les cours de cette Université pendant l'an-
née 1856-1857, et il y fut tout particulièrement l'élève de Frédéric Diez.
Lorsqu'il rappelait plus tard les souvenirs de ce temps, il disait que
l'enseignement donné par le maître dans sa chaire n'était pas celui qui
lui avait le plus profité. Diez, né en 1794, avait alors soixante ans; il
était en pleine possession de sa science et de ses facultés critiques;
mais sa manière d'enseigner n'avait jamais été très vivante ni très
agissante ^. Aussi, comme il arrive souvent, les relations directes et
intimes avec le maître eurent-elles pour l'étudiant plus de valeur
encore que les leçons proprement dites. Cet homme excellent avait
accueilli avec une cordialité affectueuse le jeune étranger, recommandé
par le nom qu'il portait, et le traitait presque comme un hls. En cau-
sant avec lui, il lui ouvrait les trésors de son immense érudition, lui
suggérait mille aperçus féconds et l'attachait pour toujours à la
méthode qu'il pratiquait lui-même avec tant de succès. Ce fut à Bonn,
et surtout dans ces simples entretiens, que la valeur de la grammaire
comparée se révéla complètement à Gaston Paris, et l'on sait quelle fut
l'influence de cette révélation sur sa vie entière. Pour peindre le
maître et ses relations avec son élève, rien ne vaut le témoignage que
celui-ci insérait, six ans plus tard, dans la préface mise par lui en
tête d'une traduction du principal ouvrage de Diez : « Tous ceux qui
connaissent M. Diez savent quelle est la bonté et, si j'ose ainsi dire, la
candeur de ce grand et modeste savant. J'ai été pendant une année
son auditeur à Bonn, et il doit m'étre permis particulièrement de
m'inculquer : l'amour de l'étude, l'amour de notre vieille poésie et l'amour de
la douce France. »
l. Article du professeur d'Ovidio, de Naples : Fanfulla délia Domenica.
Rome, 15 mars 1903, d'après des communications personnelles de G. Paris.
4 904 ^0
-146 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
parler avec reconnaissance de cette bienveillance et de cette simplicité
qui lui ont fait des amis de tous ses élèves. C'est aussi par un exemple
personnel que je veux faire apprécier le désintéressement complet qu'il
apporte dans les questions scientifiques. Étudiant, l'année dernière, un
point sur lequel je me trouvais un peu en désaccord avec sa gram-
maire, je lui écrivis pour lui demander son avis, et je reçus cette
réponse : « "Voici mon conseil, mon cher arai ; si vous êtes en doute
de ce que j'avance, suivez votre inspiration et n'allez pas surfaire une
autorité étrangère. Nous nous trompons tous, et les vieilles gens sont
spécialement sujets à ce défaut de se tenir attachés à une idée à
laquelle ils sont accoutumés. La jeunesse est plus vive et plus libre ;
elle trouve souvent ce qui nous échappe. Si vous me découvrez des
fautes, dites-le sans hésiter; je vous en remercierait » Si cette admi-
rable et charmante lettre n'était pas de Frédéric Diez, elle pourrait
être de Gaston Paris; elle nous découvre entre eux une ressemblance
morale qui explique l'attachement de l'élève pour son maître.
L'année suivante, en 1857-1858, il continua ses études en Alle-
magne. De Bonn, il était passé à Gœttingue, sans doute pour se con-
former à un usage des étudiants allemands qui aiment à entendre suc-
cessivement les maîtres les plus renommés. Là enseignaient alors
Benfey, Théodore Millier, Ernest Gurtius. Ge dernier venait justement
de publier le tome I de son Histoire grecque (1857). Sa science et son
imagination réunies devaient prêter à son enseignement une séduction
puissante. Gaston Paris se vit ainsi ramené à ses études classiques
qu'il renouvela et compléta : « Il m'a souvent dit, a écrit M. Georges
Perrot, quel profit il avait tiré dans la suite, pour ses études spéciales,
de l'élan qui l'avait alors emporté vers la Grèce 2. »
Ainsi, soit à Gœttingue soit à Bonn, son commerce avec la science
allemande avait été fructueux. Il revint dans son pays en 1858, rap-
portant avec lui des principes, des souvenirs et des habitudes d'esprit
dont il ne devait pas tarder à tirer parti avec éclat.
Peu après son retour, en 1859, il entra à l'École des chartes. Il est
aisé de concevoir ce qu'un esprit tel que le sien dut gagner en force,
en expérience, en savoir dans ce milieu intelligent et laborieux où les
études historiques étaient cultivées avec ardeur, sous la direction de
maîtres remarquables. Plusieurs de ses condisciples siègent aujourd'hui
dans cette Académie, et quelques-uns d'entre eux ont bien voulu me
dire le souvenir qu'ils avaient gardé des fortes et brillantes qualités qui
1. Introduclion à la grammaire des langues romanes, par Frédéric Diez,
traduite de rallemand par Gaston Paris. Paris et Leipzig, Franck, 1863. Pré-
face du traducteur, p. xvni.
2. Discours prononcé aux obsèques de G. Paris, Rev. intern. de l'enseigne-
ment, 14 avril 1903, p. 296.
DE M. GiSTON PARIS. ^/,7
déjà se manifestaient en lui. Ils ne m'ont pas dit quel profit il avait
tiré de ses relations avec eux. Mais vous le devinerez facilement; cet
échange incessant d'idées et d'exemples, de critiques et de conseils,
cette camaraderie de l'intelligence et du cœur qui donne tant de
charme à la vie de nos grandes écoles, n'est-ce pas aussi, pour une
bonne part, ce qui en fait la valeur? Quant à Ses maîtres, quels
furent, parmi eux, ceux qui agirent le plus efficacement sur son
esprit? Je n'oserais en décider, faute d'information suffisante. Notons
seulement qu'il eut toujours une haute et respectueuse considération
pour Jules Quicherat, et que, dans son premier ouvrage, il a rendu un
hommage particulier à F. Guessard en rappelant « son érudition pro-
fonde et sûre, la finesse de son esprit et la netteté de ses vues*. » Il
sortit de l'École en janvier 1862, le second de sa promotion 2.
Gaston Paris avait alors vingt-trois ans. Ses heureuses qualités
naturelles, développées par une éducation aussi forte que variée, étaient
en plein épanouissement. Une mémoire excellente qui apprenait tout
et n'oubliait rien, une intelligence prompte et ouverte, le goût des
idées et celui des faits, une curiosité vraiment universelle, une apti-
tude rare à l'étude des langues étrangères, la plus remarquable clarté
d'esprit jointe à la puissance du raisonnement et, avec cela, le senti-
ment très vif du beau, de l'art, de la poésie, une âme à qui rien d'hu-
main n'était étranger. Admirablement muni de connaissances et
capable d'en acquérir sans cesse de nouvelles, il aurait pu être, avec
un succès égal, historien ou littérateur; il aurait pu écrire sur presque
tous les sujets et se faire un nom dans le genre qu'il aurait choisi.
Mais il ne semble pas qu'il ait jamais hésité sur sa vocation. C'était la
philologie qui l'attirait irrésistiblement, et, dans le domaine de la phi-
lologie, c'était, par héritage, la langue et la littérature du moyen âge.
Il l'aborda tout d'abord par son côté le plus sévère.
II.
La thèse, qui lui valut à sa sortie de l'École, en 1862, le titre d'ar-
chiviste-paléographe, était en effet une simple étude de grammaire
suf le Rôle de l'accent latin dans la langue française^; mais cette étude
annonçait un maître. Publiée peu après, « avec quelques modifications
de fond et de forme, » en un petit volume qui n'avait pas 150 pages,
elle fit sensation parmi les philologues dès qu'elle parut, et on peut
1. Rôle de l'accent latin. Avant-Propos, p. 2.
2. Le premier était notre confrère M. Paul Viollet.
3. Élude sur le râle de l'accent latin dans la langue française, par Gaslon
Paris. Paris, Franck, 1862.
-148 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
dire, je crois, qu'après quarante ans, malgré les progrès de la science,
elle est demeurée classique en son genre.
La doctrine qu'il y exposait n'était pourtant en elle-même que celle
de son maître, Frédéric Diez, comme il se plaisait à le déclarer dès les
premières pages, et il reconnaissait, avec la même loyauté, tout ce qu'il
devait aux travaux de Littré, d'Egger, de Baudry, de Benlœw, de
notre éminent confrère M. Henri Weil, enfin de Louis Quicherat'.
Mais, tout d'abord, il avait eu le mérite d'isoler, avec une rare sûreté
de coup d'œil, un fait capital, celui sur lequel il était peut-être le plus
nécessaire alors d'appeler et de concentrer l'attention. Ensuite, et sur-
tout, il étudiait ce fait avec une sûreté de méthode, une variété d'aper-
çus et une rigueur de démonstration qui donnaient à son livre une
valeur de premier ordre. C'était merveille de voir avec quelle scrupu-
leuse exactitude chaque détail y était traité et combien l'auteur, en fai-
sant ressortir les grandes lois, avait eu souci d'expliquer des exceptions
qui semblaient alors inexplicables.
Mais si, par ce début éclatant, Gaston Paris avait immédiatement
marqué sa place dans la philologie proprement dite, il ne comptait pas
s'y enfermer. Sans parler de ses études de droit, qui aboutissaient, en
cette même année 1862, à une thèse sur la Tutelle et à l'obtention du
grade de licencié 2, il en poursuivait alors d'autres, bien autrement
importantes, en vue de son doctorat es lettres.
Il avait choisi comme sujet de ses thèses l'ensemble des récits et
légendes relatifs à Gharlemagne. De 1862 à 1865, il se donna tout
entier aux recherches immenses qu'il exigeait et aux réflexions que ces
recherches éveillaient en lui. On pourrait retrouver la trace de ce
labeur préparatoire dans des articles de revues, que je ne crois pas
devoir énumérer ici, mais où il se montrait préoccupé des conditions
générales de la vie de l'épopée, de la diversité de ses formes, de
son adaptation au milieu où elle se produit^. La riche bibliothèque de
son père lui offrait, pour ses recherches, des ressources incomparables,
qu'il mettait à profit avec une activité passionnée'*. Au bout de trois
1. Introduction, p. 6, 11, 106.
2. Thèses de licence en droit, soutenues le jeudi 28 août 1862 : droit
romain, De tutela; droit français, De la tutelle. Imprimées à Paris, chez
Jouaust père et fils, rue Sainl-Honoré, 338; 1862.
3. Rev. germ., 1861, élude sur Huon de Bordeaux; môme revue, la Chan-
son de Roland et les Mibelungen, recueillis plus tard, avec d'importantes
modifications, dans les Poèmes et légendes du moyen âge. Paris, 1900.
4. Histoire poétique de Charlemagne, dédicace à son père : « Quand j'ai
voulu, à mon tour, étudier l'origine de ces vieux récits, leur caractère et les
formes diverses qu'ils ont revêtues, votre bibliothèque, rassemblée avec tant
de soin dejiuis plus de trente années, a mis à ma disposition des matériaux
qu'il m'eût été bien difficile de réunir et souvent même de soupçonner. »
DE M. GASTO;V PARIS. 149
ans, VHistoîre poétique de Charlemagne fut achevée, en même temps
qu'une thèse latine sur la Chronique du faux Turpin. En 1865, à vingt-
six ans, il présentait ces deux ouvrages à la Faculté des lettres de
Paris, et, après une soutenance brillante, obtenait d'elle le grade de
docteur es lettres.
Ce qui frappe tout d'abord le lecteur dans VHistoîre poétique de Char-
lemagne, c'est l'étendue des recherches dont elle témoigne. Le souvenir
du grand empereur s'étant répandu dans toute l'Europe et ayant sus-
cité partout des récits en vers ou en prose, c'était dans toutes les litté-
ratures européennes qu'il avait fallu recueillir les éléments de cette
immense synthèse. Un des maîtres de la philologie romane, M. d'An-
cona, a fait ressortir avec raison ce qu'il y avait de merveilleux, — le
mot n'est pas trop fort, — dans la science de ce jeune homme « qui
possédait le vieux français et le provençal, l'allemand, le flamand, le
Scandinave, l'anglais, l'italien, l'espagnol et qui savait mettre en œuvre
et disposer avec sûreté les textes empruntés à ces idiomes <. » Cet
étonnement est d'autant plus légitime que le jeune auteur avait lu par
lui-même et dans l'original la plupart des ouvrages qu'il analysait, et
il les possédait si bien que son gros volume put être rédigé bien plus
avec des souvenirs qu'avec des notes. A ce mérite d'information s'ajou-
tait celui d'une ordonnance excellente, qui attestait à quel point l'éru-
dition, chez Gaston Paris, était pénétrée d'intelligence : « Si grande
que soit la quantité des détails, ajoute le même juge, l'intelligence de
l'auteur sait mettre chaque chose à sa place, et ce qui semblait une
masse chaotique de débris disjoints finit par constituer une grande
épopée 2. »
Mais, si je ne me trompe, ce qui faisait surtout l'originalité du livre,
c'était l'idée profonde qui le traversait tout entier. Jamais encore la
vie de l'épopée, ses conditions intimes et ses modes de développement
n'avaient été conçus ni représentés avec cette précision et cette net-
teté. Ce que la science avait entrevu déjà à propos des poèmes de la
Grèce ancienne, à savoir qu'ils étaient nés d'une idéalisation puis-
sante qui, peu à peu, avait assemblé, modifié, harmonisé certains élé-
ments de réalité historique, de mythologie et de fiction pure, était ici
mis en lumière par des faits* incontestables, grâce à une abondance de
renseignements qui faisait défaut pour l'antiquité. Et l'on comprenait
vraiment là, pour la première fois, non plus d'une manière vague et
plus ou moins intuitive, mais avec une clarté parfaite, comment cer-
tains sujets, à certains moments, ont évolué, par une sorte de loi de la
nature, dans l'imagination des peuples 3,
1. Notice sur G. Paris, lue à l'Académie des Lincei, le 15 mars 1903, p. 7 du
tirage à part {Rendiconti, vol. XI, fasc. 3).
2. Jbid.
3. « Ce travail, a écrit M. Henri Morf, était une véritable révélation ; il fai-
^50 NOTICE SCIl LA VIE ET LES TRAVADK
Au reste, la meilleure façon de louer VHistoire poétique de Charle-
magne, c'est de rappeler l'influence qu'elle a exercée. M. d'Ancona,
dans les pages dont j'ai traduit tout à l'heure quelques lignes, n'hésite
pas à la considérer comme la source d'où dérivent des livres tels que
les Origines de l'épopée française du savant italien Pio Rajna, VHistoire
de l'épopée française au moyen âge du Danois Nyrop et l'élude sur les
Épopées françaises de Léon Gautier <. Il serait facile de grossir cette
liste, mais il est plus juste et plus simple de dire que l'ouvrage de
Gaston Paris est resté comme le point de départ nécessaire de tous les
travaux qui se rapportent à l'épopée carolingienne et à ses dépendances.
Soumise par son auteur au jugement de cette Académie, VHistoire
poétique de Charlemagne obtint, en 1866, le premier prix Gobert. C'était
la juste consécration d'un mérite tout à fait exceptionnel.
III.
Ces premiers succès désignaient Gaston Paris pour l'enseignement.
Il allait y entrer comme un maitre incomparable et comme un
novateur 2.
En ces dernières années du second Empire, notre enseignement
supérieur, dont on a souvent parlé avec une légèreté fort injuste,
offrait, il faut l'avouer, le spectacle d'étranges inégalités et d'un
manque regrettable d'organisation. On y comptait des maîtres émi-
nents, des savants de premier ordre, des historiens et des littérateurs
justement estimés. Mais ce qui manquait à ces professeurs, — en
dehors des écoles spéciales, — c'étaient des élèves à proprement par-
ler. Le public qui fréquentait alors les cours des Facultés n'était pas,
autant qu'on s'est plu à le dire, un ramassis d'oisifs indifférents à
sait apparaître l'histoire du développement de l'épopée nationale, groupée
autour de la figure centrale du grand empereur, dans laquelle ses prédéces-
seurs les rois mérovingiens et ses successeurs carolingiens étaient venus se
fondre avec leur gloire ou leur ignominie. Le livre était si original dans sa
conceplion, si vivant dans sa synthèse, si étonnapmment riche dans l'assemblage
de ses matériaux qu'il est resté jusqu'à ce jour le centre du travail de
recherche qui se rapporte à la poésie héroïque et nationale de la France. »
Traduit sur l'article cité plus haut, p. 142, n. 1.
1. Notice et passage cités.
2. Il s'y était déjà essayé, dès 1860, lorsqu'il était encore à l'Ecole des
chartes; il avait eu alors l'occasion de faire un cours libre de littérature fran-
çaise devant un auditoire de jeunes (illes ([ui se réunissait quai Malaquais,
n' 3, et il y avait traité, en dix-sept leçons, un vaste programme qui embras-
sait toute l'hisloiie littéraire du moyen âge, des origines à la Renaissance. J'en
ai dû la communication à l'obligeance de M. Paul VioUet, un des plus anciens
amis de Gaston Paris.
DE M. GASTOIV PARIS. ^5^
toute instruction substantielle; en général, au contraire, il voulait
s'instruire; mais il trouvait commode d'acquérir l'instruction à bon
marché, étant plus curieux des résultats que des recherches labo-
rieuses. Il en résultait qu'un certain nombre de professeurs, en pro-
vince surtout, finissaient par négliger eux-mêmes ces recherches, se
contentant d'exposer, sous une forme plus ou moins agréable, des
choses déjà connues et uniquement celles-là. Il y avait une tendance à
la vulgarisation pure, qui constituait un réel danger ou même un com-
mencement de décadence.
Par bonheur, une certaine vigueur de l'esprit public, qui n'a jamais
fait défaut chez nous dans les moments de crise, provoqua vers ce
temps un mouvement de réforme, dont je ne saurais exposer ici l'his-
toire, même en abrégé. Gaston Paris était de ceux qui s'y associèrent
avec une ardeur intelligente, stimulée par un vif amour du pays. Il
avait vu de près les universités allemandes, et il rêvait pour la France
quelque chose d'analogue '. Et, justement, il se trouvait alors, au
ministère de l'Instruction publique, un homme droit et sincère, ami de
la liberté, qui voulait le bien et qui essayait de le faire, aux dépens
même de ses intérêts personnels. Ce fut lui qui réussit, dans la
mesure où cela était alors possible, à donner une première forme con-
crète et pratique aux idées des réformateurs.
En 4867, Victor Duruy, préludant à la création prochaine de l'École
des hautes études, instituait les cours libres de la rue Gerson pour les
jeunes gens qui désireraient s'initier aux méthodes scientifiques. L'au-
teur de la thèse sur le Rôle de l'accent latin et de l'Histoire poétique de
Charlemagne fut chargé d'y professer la grammaire historique de la
langue française. Déjà, un an auparavant, il était monté pour la pre-
mière fois, comme remplaçant de son père, dans la chaire du Collège
de France, qu'il devait illustrer, et il y avait débuté en expliquant,
pendant le semestre d'été, les plus anciens textes français. A la salle
Gerson, il exposa l'histoire des lettres a et e^, Jq crois bien qu'en
1867, fort peu de Français se doutaient que les lettres de notre alpha-
bet eussent une histoire, et surtout que cette histoire fût aussi intéres-
1. Le Haut enseignement historique et philologique en France. Paris, 1894,
p. 9 : « Je ne puis m'empécher... de me rappeler ce que je pensais, ce que
j'écrivais aussi il y a une trentaine d'années, lorsque, revenu de Gœttingen et
ne connaissant, en fait d'enseignement supérieur, que celui des universités alle-
mandes, je me vis en face de celui qu'on donnait alors dans nos facultés des
lettres. » Il est bon de noter ici un aveu qui explique certaines exagérations de
polémique. Gaston Paris ne connaissait pas directement l'enseignement supé-
rieur français, et il a peut-être cru trop aisément ce qu'on en disait parfois
entre gens d'esprit et novateurs.
2. Vie de saint Alexis, p. 50, n. 2 [Bibl. de l'École des hautes études,
7' fasc).
jr32 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
santé en son genre que celle de nos traités ou de nos institutions. Gas-
ton Paris était par excellence l'horanne qu'il fallait pour dissiper cette
ignorance ou ce préjugé. Car, s'il avait dès lors, au plus haut degré, le
savoir, la méthode, le scrupule, il possédait aussi ce sentiment de la
vie des choses qui fait la beauté de la science. Quelques lignes, que
j'emprunte à la conclusion de la leçon d'ouverture qu'il prononça à la
salle Gerson pour la rentrée de 1868, feront bien comprendre ce que je
veux dire :
a Qu'est-ce, disait-il, que cette langue que nous parlons, dans
laquelle nous pensons, dans laquelle nous vivons de notre plus belle
vie, de notre vie intellectuelle et morale que nous aimons et qui nous
est pourtant si singulièrement étrangère? Chaque génération, à son
tour, en arrivant au jour de l'existence, s'en saisit, s'y suspend pour
ainsi dire et la repasse ensuite, plus ou moins altérée, à la génération
suivante. Insoucieux, indifférents à tous ces mystères qui nous envi-
ronnent, nous reprenons les vieux mots sur les lèvres de nos mères,
nous les mêlons et les agitons sans cesse pendant notre courte vie, jus-
qu'à ce qu'ils viennent écrire sur notre tombe ce que nous avons cru
être, et nous ne leur demandons presque jamais les histoires qu'ils ont
à nous dire et d'oia leur vient cette mystérieuse puissance de faire
vivre notre pensée ' ! »
Demander aux mots « les histoires qu'ils ont à nous dire, » quelle
simple et heureuse formule et combien elle traduit avec grâce ce qui a
fait le charme et la profondeur des leçons de philologie de Gaston
Paris !
Les cours de la rue Gerson durèrent peu, mais ils donnèrent nais-
sance à une institution qui devait en perpétuer l'esprit. En 1869,
l'École des hautes études fut créée; Gaston Paris y était nommé répé-
titeur pour la philologie romane. Un peu plus tard, il devint directeur
de la même section. Puis, en 1886, il succéda à Léon Renier comme
président de la section des sciences historiques et philologiques, titre
qu'il garda seulement jusqu'en 1896. Mais il y professa jusqu'à son
dernier jour. Il a donc appartenu pendant trente-quatre ans à cette
brillante École, dont il avait été en réalité un des parrains. Il l'aima
toujours comme la réalisation vivante d'un de ses rêves, c'est-à-dire
avec une affection qui n'était pas, je crois, entièrement exempte de
partialité. Mais, en somme, nul n'a jamais apprécié mieux que lui les
services qu'elle pouvait rendre ni ceux qu'elle a rendus effectivement.
« C'est par elle, écrivait-il dès 1871, que s'est introduit chez nous
l'usage de ces conférences pratiques, si nécessaires à côté des cours
proprement dits, conférences qui peuvent, seules, propager efficace-
1. La Grammaire historique de la langue française, leçon d'ouverture
publiée chez Franck. Paris, 1868,
DE M. GASTON PARIS. ^ o3
ment les méthodes et créer ce qui nous manque le plus : une tradition
scientifique ^. » Ces paroles définissent nettement l'action qu'il y
exerça. Par le travail en commun, il enseignait la méthode à ses
élèves en l'appliquant sous leurs yeux à des textes choisis et en la leur
faisant appliquer ensuite à leur tour, et, par la répétition de ces leçons
et de ces exemples, il créait une tradition scientifique.
Le meilleur moyen qu'on ait aujourd'hui d'apprécier la force, la pré-
cision et l'efficacité de cet enseignement, c'est de relire le gros volume
qui forme le septième fascicule de la Bibliothèque des liantes études, et
qui est intitulé : la Vie de saint Alexis, textes des J/S XIl", XIII" et
XJV<' siècles, publiés par Gaston Paris et Léopold Pannier. Je ne crains
pas de dire qu'en sa forme austère c'est un des livres mémorables du
xix« siècle.
Bien que daté de 1872, ce volume, dont la publication fut retardée
par les événements de 1870-1871, avait été préparé dès 1869 dans la
conférence de philologie romane. Et si l'auteur se plaisait à déclarer
dans son avant-propos qu'il avait eu pour collaborateurs ses élèves,
MM. Fagniez, Camille Pelletan, Maréchal, Léopold Pannier, ce n'était
pas seulement, de sa part, bienveillance et délicatesse, mais il tenait à
marquer, par cette déclaration, qu'en effet les jeunes gens qu'il nom-
mait avaient été associés activement à son travail, bien qu'en défini-
tive l'œuvre fût sienne de la manière la plus incontestable.
Elle était vraiment admirable, à la fois par la doctrine et par l'appli-
cation qui en était faite, et, dans l'une comme dans l'autre, la
puissance d'esprit qui éclatait à tous les yeux donnait l'impression
d'une sorte de génie. Sans nous arrêter au début de l'Introduction, où
les principes essentiels du classement des manuscrits, empruntés à la
philologie grecque et latine, étaient formulés, pour la première fois en
France, avec une précision et une logique qui ne semblent pas pouvoir
être dépassées, rappelons cette seconde partie, intitulée : Critique des
formes, où était condensée toute la théorie qui avait servi à la consti-
tution du texte. Unissant, dans une analyse d'une rigueur merveil-
leuse, la perspicacité la plus étonnante au savoir le plus solide et le
plus étendu, l'auteur y étudiait successivement les transformations des
voyelles et des consonnes à travers les siècles qui ont vu se former la
vieille langue française; puis, passant à la déclinaison, à la conjugai-
son, à la versification, il établissait, à la fois par observation et par
intuition, les lois selon lesquelles elles avaient évolué.
Le résultat immédiat était la restauration d'un texte altéré, qui,
dégagé par une sorte de miracle des scories qui l'enveloppaient et le
déformaient, reparaissait dans sa pureté primitive. Et à ce résultat
1. Bibl. de l'École des hautes études, 7"= fasc, Avant-propos de la Vie de
saint Alexis.
154 NOTICE SDR LA VIE ET LES TRAVAUX
immédiat s'en ajoutait un autre d'une plus grande portée encore :
c'était que la méthode ainsi justifiée par un succès incomparable appa-
raissait comme une acquisition durable pour la science. L'impression
produite sur le monde savant fut profonde. La philologie venait de
montrer qu'elle était désormais en état de reconstituer les formations
linguistiques et grammaticales qui avaient disparu, comme la paléon-
tologie l'avait fait, au début du xix* siècle, pour les êtres qui avaient
vécu sur la terre dans des âges antérieurs. Ajoutons qu'en mettant
sous les yeux du public, et en comparant l'une à l'autre les diverses
formes qu'a prises la Vie de saint Alexis, du xi« au xiv^ siècle, le savant
éditeur produisait au grand jour le témoignage le plus frappant et le
plus instructif des transformations qu'une œuvre poétique peut subir
en passant de main en main, fait aussi important pour l'histoire géné-
rale des littératures que pour celle de la langue française. L'Académie
des inscriptions, en attribuant pour la seconde fois à Gaston Paris le
premier prix Gobert, ne fit que sanctionner le jugement de toute l'Eu-
rope savante sur l'ouvrage et sur son auteur.
A ce moment de sa vie, c'est-à-dire à trente-deux ans, il était en
pleine possession de sa science, et dès lors son autorité magistrale
était établie. Après avoir remplacé ou suppléé son père au Collège de
France en 1866, 1867, 1869, 1870, 1871, il lui succédait, en cette même
année 1872, comme professeur titulaire.
Si l'on fait entrer en compte ses années de suppléance, il a professé
pendant trente-six ans au Collège de France, presque sans interrup-
tion. Durant cette longue période, un public attentif, et souvent renou-
velé, n'a cessé de se réunir autour de sa chaire. 11 l'intéressait et le
charmait par la gravité aimable de son enseignement, par la bonne
grâce de sa parole, familière et simple, ce qui ne veut pas dire négli-
gée, par la finesse et la variété de ses aperçus, par une lucidité natu-
relle, par la bonne ordonnance de ses exposés, que relevait à propos
un mélange discret d'esprit et de sentiment. Ses cours eurent succes-
sivement pour objet les diverses phases de notre histoire littéraire au
moyen âge^. Sans y faire étalage d'érudition, il y apportait, d'année
en année, le résultat de ses recherches personnelles, et, par consé-
quent, son enseignement était toujours neuf par quelque côté. Il excel-
lait d'ailleurs à marquer avec justesse le caractère propre des œuvres
et à en établir la filiation ou les relations mutuelles. Depuis 1878, il
avait pris l'habitude de ne consacrer ordinairement à ces exposés litté-
raires qu'une des leçons du semestre d'hiver; mais il n'y renonça
jamais, car il y réussissait et il en sentait l'utilité.
1. On trouvera, dans la liev. inlern. de l'enseignement du 15 septembre
1903, la liste complète des sujets traités par Gaston Paris dans ses cours du
Collège de France.
DE M. GASTON PARIS. ^55
Toutefois, c'était surtout dans des conférences plus restreintes, et
lorsqu'il expliquait ou faisait expliquer des textes, que son enseigne-
ment révélait toute sa valeur. Ceux qui l'ont entendu dans ces condi-
tions, soit au Collège de France, soit à l'École des hautes études, en
ont gardé un souvenir inefl'açable. Il était incomparable pour interpré-
ter un auteur, pour faire l'histoire des faits grammaticaux ou litté-
raires, des mots ou des légendes. Animé et comme excité par le con-
tact d'esprits attentifs et curieux, il prodiguait alors son érudition
immense, il multipliait les réflexions neuves et pénétrantes, les vues
suggestives et fécondes. En outre, dans ces leçons familières où s'éta-
blissaient des relations directes entre lui et ses élèves, le savant de
premier ordre se doublait d'un maitre admirable. « Il fut dès ses
débuts dans la carrière de l'enseignement, a écrit M. Morel-Fatio, un
directeur de conscience tout autant qu'un directeur d'études, un juge
singulièrement habile à discerner chez ses élèves ce qui les rendait
aptes à collaborer à l'œuvre commune, un merveilleux excitateur,
révélant à chacun sa vocation et les meilleurs moyens d'utiliser ses
efforts; plus encore, il fut l'ami affectueux et dévoué de ceux qu'il sen-
tait dignes de son estime et de sa confiance '. »
C'est ici le moment de rappeler ces conférences du dimanche matin,
qui réunissaient dans son cabinet, chaque semaine, de dix heures à
midi, une élite d'étudiants. Elles ont duré pendant une trentaine d'an-
nées, autant ou plus que beaucoup d'institutions officielles, et elles ont
été comme le séminaire d'où sont sorties sans interruption des généra-
tions de romanistes qui devinrent des maîtres et qui enseignent aujour-
d'hui en tous pays 2. Chaque étudiant, à son tour, y apportait un tra-
vail que l'on discutait en commun. Tous les esprits y étaient ainsi
assujettis à l'effort personnel, provoqués à la critique des faits, des
témoignages et des idées, tous s'initiaient à la recherche et s'animaient
d'une ardeur commune, dont Gaston Paris était la source. Les étran-
gers y étaient accueillis avec la même bienveillance que les Français.
Ceux qui venaient de loin y entraient généralement avec quelque
appréhension et quelque trouble, intimidés par le grand nom du savant
et défiants d'eux-mêmes; mais ils ne tardaient guère à se sentir rassu-
rés par sa bienveillance et sa cordiale simplicité; et, alors, c'était un
1. Discours cité, p. 304.
2. Mentionnons, sans prétendre ni donner une liste complète ni faire un
choix raisonné, MM. Wilhelm Meyer-Lûbke, i)rofesseur à l'Université de
Vienne; Fr. Novati, professeur à l'Université de Milan; M. Wilmolte, de
Liège; W. Schofield, de l'Université Harvard, à Boston; H. Morf, directeur de
l'Académie des sciences commerciales et sociales à Francfort; Ernest Muret, de
Genève; Van Hamel, de Groningue; Johan Vising, de Lund, etc. Je ne notnine,
à dessein, que des étrangers.
^56 NOTICE SDR LA VIE ET LES TRAVAUX
enchantement pour eux que ces discussions lumineuses où l'on appre-
nait vraiment à travailler et à penser et oii la personnalité du maître
mêlait une sorte de grâce aux recherches les plus ardues. C'est de ces
réunions surtout que la primauté de Gaston Paris, idéalisée par les sou-
venirs et les récits de ses auditeurs, a rayonné au loin, comme une
sorte de royauté intellectuelle dans le domaine des études romanes ^
IV.
L'activité du savant dont je retrace la vie, loin de s'absorber dans
l'enseignement proprement dit ou de se ralentir après les succès écla-
tants qui avaient inauguré sa carrière, n'a fait que s'étendre en tous
sens et croître en intensité, à mesure qu'elle a trouvé plus d'occasions
de s'exercer. Il faut donc renoncer à rendre compte ici de toutes ses
œuvres ou même à les énumérer. Tout ce que je dois me proposer,
c'est de donner une idée sommaire, mais aussi exacte que je le pour-
rai, des divers genres de services qu'il a rendus à la science et par con-
séquent à son pays.
Désigné au choix de cette Académie par les travaux dont j'ai parlé,
il en fut élu membre dès 1876, à l'âge de trente-sept ans, en remplace-
ment de Guigniaut. Son père, Paulin Paris, en faisait partie alors
depuis trente-neuf ans ; ils devaient y siéger tous deux, l'un auprès de
l'autre, pendant cinq ans encore, jusqu'en 1881.
De 1876 à 1903, pendant vingt-six ans, Gaston Paris a été l'un des
membres les plus actifs d'une compagnie où la tradition des grands
travaux historiques et littéraires n'a jamais cessé d'être en honneur.
Presque aussitôt après son élection, dès 1876, il entrait, comme
adjoint, à la commission de V Histoire littéraire de la France; il en
devint membre titulaire, en 1881, en remplacement de son père. Les
travaux qu'il publia en cette qualité comptent parmi les plus impor-
tants et les plus remarquables d'un recueil auquel ont collaboré tant de
savants illustres. Rappelons l'ample et belle étude sur les Romans de la
Table Ronde, dans le tome XXX, celle qui se rapporte à Joinville, dans
le tome XXXII, et une autre sur Raimon de Résiers, dans le
tome XXXIII, qui est en cours de publication. La première, à elle
seule, aurait pu former la matière d'un volume; elle ne tient pas
moins de 270 pages. On y trouve l'analyse de tous les romans français
de la Table Ronde qui avaient été laissés de côté antérieurement ou ana-
lysés d'une manière insuffisante, avec des discussions érudites sur
1. Voy., sur ces conférences, les souvenirs de M. Henri Morf, dans l'article
cilé, et surtout ceux de M""" M.-J. Minckwilz, Beilage zur Allgemeinen Zei-
tung. Munich, 1903, n° 66.
DE M. GASTON PARIS. ^ 57
l'origine, l'autlienticité, la date de chacun d'eux et une appréciation
sommaire de leurs caractères distinctifs. C'est une œuvre de critique
historique et littéraire de la plus haute valeur.
Depuis son entrée à l'Académie des inscriptions, Gaston Paris devint
aussi un des rédacteurs assidus du Journal des Savants, auquel il avait
déjà collaboré antérieurement. Il ne s'écoula plus dlannée sans qu'il
insérât dans ce recueil plusieurs comptes rendus de publications
récentes, où il énonçait toujours, à propos des sujets traités, mainte vue
originale. On peut rappeler particuhèrement les articles sur les Fabu-
listes latins (1884, 1885, 1899), sur les premières Publications de la
Société des Anciens textes français (1886), sur les Cours d'amour du
rnoxjen âge (1888), sur les Origines de la poésie lyrique au moyen âge
(1891, 1892), sur les Sources du roman de Renard (1894-1895), sur les
Nouvellistes français du XV^ et du XVI^ siècle (1894), sur l'Histoire de la
langue française (1897), sur le Cligés de Chrétien de Troyes (1902).
Mais ce qu'il importe surtout de ne pas oublier, c'est qu'après avoir
contribué pendant de longues années à la bonne renommée du Journal
des Savants, il fut un de ceux qui le sauvèrent, à la fin de 1902, lorsque
ce recueil, abandonné par l'État, allait disparaître, sans l'intervention
de l'Institut. Ce fut lui qui, à ce moment critique, malgré son état de
santé, malgré ses nombreuses occupations, consentit à en assumer la
direction; et, pour en inaugurer le nouveau mode d'existence, il écri-
vit, dans le numéro de janvier 1903, un article plein de faits et
d'idées, véritable chapitre de notre histoire littéraire, auquel s'ajoutait
un programme à réaliser, conçu avec la sagesse et la netteté d'esprit
qu'on pouvait attendre de lui '.
S'il tenait tant à faire vivre le Journal des Savants, c'est que per-
sonne ne comprenait mieux que lui l'utilité des recueils où les
recherches nouvelles sont publiées et appréciées périodiquement, où
les principes mêmes des méthodes scientifiques sont sans cesse rappe-
lés et, au besoin, défendus.
La supériorité de l'Allemagne à cet égard l'avait vivement frappé dès
sa jeunesse, et il avait eu à cœur, au temps même de ses débuts dans
l'enseignement, de fonder dans notre pays un journal de critique his-
torique, philologique et littéraire pour le mettre au service de la
science telle qu'il la concevait. Quelques amis, MM. Charles Morel,
Zotenberg et notre confrère M. Paul Meyer s'étaient associés à sa pen-
sée. Ce fut l'origine de la Revue critique, qui naquit en 1866 et qui,
depuis lors, n'a cessé de prospérer. Je n'ai pas à dire ici ce qu'elle a
l. Sur la collaboration de G. Paris au Journal des Savants, voy. l'article de
M. Gaston Boissier dans le numéro du 15 mars 1903, qui contient aussi le
relevé des articles publiés par lui dans ce recueil pendant les vingt dernières
années de sa vie.
J58 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
fait de vraiment utile pendant ces trente-sept ans d'existence. Mais je
dois rappeler que Gaston Paris la dirigea pendant ses premières
années et qu'il l'a vraiment animée de son esprit. Il lui communiqua
notamment une sincérité qui a pu paraître excessive parfois, surtout
chez des collaborateurs de moindre autorité, mais qui était en somme
bienfaisante et qui se manifestait d'ailleurs par l'éloge aussi bien que
par le blâme. « Le souvenir de Paris, a écrit le directeur actuel, notre
confrère M. Chuquet, restera cher à tous ceux qui collaborent à notre
recueil, et plus d'un se souvient de ces vendredis où, lorsqu'il dirigeait
la Revue, il déployait, à propos des ouvrages déposés sur la table ou
des articles qui lui étaient soumis, toute la richesse de sa mémoire,
tout le charme original d'un esprit presque universel'. » Il écrivit lui-
même, dans ce recueil, de nombreux articles, et, jusqu'à la tin de sa
vie, il n'a cessé de s'y intéresser, de l'encourager et de l'éclairer de ses
conseils.
Six ans après la Revue critique, en 1872, il fondait, toujours avec le
précieux concours de soii ami M. Paul Meyer, un autre recueil, la
Romania, qui devait avoir pour lui bien plus d'importance encore et
auquel il est resté étroitement attaché jusqu'à son dernier jour. Il
s'agissait, cette fois, de ses études préférées.
Selon la pensée des fondateurs, telle qu'ils l'exposèrent dans le
prospectus qui parut quelques semaines avant le premier numéro, leur
revue devait s'attacher à la fois à l'étude des langues et à celle des lit-
tératures néo-latines, et, bien que son domaine propre fût la langue et
la littérature françaises, elle voulait être ouverte aussi à toutes les
langues et littératures sœurs, issues du même fond latin 3. Tout le
monde sait comment ce large et beau programme a été rempli. Depuis
plus de trente ans, la Romania a vraiment joué en Europe le rôle que
ses fondateurs lui avaient assigné. Fidèle au plan qu'elle s'était tracé,
elle n'a cessé d'être à la fois un excellent organe d'information par ses
comptes rendus ou ses analyses critiques et un recueil précieux de
documents par ses publications de textes, ses monographies érudites
ou ses courtes et substantielles dissertations. Peu à peu, elle a vu
naître autour d'elle, en France, en Italie et ailleurs, des recueils
qu'elle avait eu l'honneur de susciter et auxquels elle a pu abandonner
certaines parties de son domaine pour le plus grand profit de la
science. Cette concurrence a été pour elle un succès. Gaston Paris
trouvait, dans le développement de sa revue, dans son action visible,
et qu'il sentait vraiment utile, une de ses plus vives satisfactions.
Vingt ans après l'avoir fondée, il écrivait, dans l'avant-propos du
tome XXI : « C'est en 1872 que parut notre premier numéro. Les
1. Revue critique, 16 mars 1903, p. 214.
2. Voy. Romania, t. XXI, 1892, Avant-propos, A nos lecteurs.
DE M. GASTOX PARIS. 159
deux directeurs y tenaient beaucoup de place. Pendant les vingt
années qui se sont écoulées depuis lors, ils ont consacré à leur œuvre
de prédilection le meilleur de leur temps. A eux deux, ils ont rédigé
plus du quart de ces vingt volumes. » Ce qui était vrai alors des vingt
premiers volumes ne l'est pas moins de ceux qui ont suivi. Depuis
l'article magistral imprimé en tête du premier volume, où il définis-
sait le contenu du mot Romania, jusqu'aux notices qu'il écrivait
encore pour son cher recueil dans les derniers mois de sa vie, il n'a
jamais cessé d'y déployer la plus étonnante activité sous toutes les
formes : publications de textes, études d'étymologie, de grammaire, de
versification, notices littéraires, comptes rendus qui étaient autant de
discussions originales et savantes. Citer ici des titres d'articles, ce
serait faire un choix arbitraire dans cette immense production. Disons
seulement que nulle part, peut-être, on ne sent mieux, qu'en feuille-
tant la Romania, les raisons de l'influence qu'il a exercée. Il excellait
à marquer, à propos de chaque question, ce qui devait être considéré
comme établi, ce qui restait encore à étudier et les moyens de faire
progresser la science. L'autorité qu'il s'était ainsi acquise, et qui crois-
sait tous les jours, lui a fait un rôle d'une réelle grandeur.
Une revue ne peut publier que des textes de peu d'étendue. Gela ne
suffisait pas à l'ambition légitime des médiévistes en un temps où leur
science progressait si rapidement. En dehors de la Roma7iia, il deve-
nait nécessaire d'entreprendre en grand la publication des anciens
textes français dans des conditions conformes aux exigences de la phi-
lologie contemporaine. Ce fut la raison qui amena, en 1875, la création
de la « Société des Anciens textes français <. » Organisée, sans aucune
subvention de l'État, par l'initiative de Gaston Paris et de MM. Paul
Meyer et Emile Picot, avec l'appui du baron James de Rothschild, on
sait comment elle a grandi et prospéré. Ses publications forment
aujourd'hui une série de quatre-vingts volumes. Gaston Paris y a
donné successivement : les Chansons françaises du XV<' siècle (1875) ; les
Plus anciens monuments de la langue française, IX^-X^ siècles (1875); les
Miracles de Notre-Dame, en collaboration avec M. Ulysse Robert (de 1876
à 1883) ; Deux rédactions du Roman des sept sages (1876) -, la Vie de saint
Gilles, en collaboration avec M. Bos (1881); Trois versions rimées de
l'Évaiigile de Nicodème, avec le même collaborateur (1885); Merlin, en
collaboration avec M. J. Ulrich (2 vol., 1886); Orson de Beauvais
(1899). Les meilleurs juges se sont accordés pour déclarer que toutes
ces éditions peuvent être considérées comme des modèles. La Société
reconnut ses grands services en l'élisant huit fois comme son prési-
dent. Et celui qui la représentait à ses obsèques, M. Antoine Thomas,
1. Sur cette Société, consultez un article de M. Joseph Bédier, Bévue des
Deux-Mondes, 1894, i». 906-934.
]i)0 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
exprimait certainement la pensée de tous ses confrères lorsqu'il disait :
« La Société des Anciens textes français est née pour ainsi dire de lui,
et c'est surtout par lui qu'elle a vécu depuis sa naissance, c'est-à-dire
pendant vingt-huit ans. » Ce qu'il expliquait et confirmait en ajoutant :
« Il n'est, pour ainsi dire, pas un seul volume dans notre collection qui
ne doive quelque chose à sa science incomparable, toujours prête à
venir en aide à ceux qui en avaient besoin et qui s'adressaient à lui
sans relâche ^. »
Joignons à la mention de ces publications savantes celle de deux
éditions monumentales : le Mystère de la Passion, par Arnoul Greban
(en collaboration avec M. Gaston Raynaud, 1878), et VEstoire de la
Guerre sainte, récit en vers de la troisième croisade (1190-1192), par
Ambroise, publié dans la collection des Documents inédits sur VHistoire
de France (1897).
Toutes ces entreprises auraient absorbé les forces de n'importe quel
autre savant. Elles n'empêchaient pas Gaston Paris de témoigner encore
son dévouement aux études historiques et philologiques de plusieurs
autres manières.
Il avait succédé à son père, en 1881, comme membre du Conseil de
perfectionnement de l'École des chartes, et, selon le témoignage du
directeur actuel de l'École, « il prenait une part active aux travaux de
ce Conseil, assistait aux examens, critiquant ou discutant avec une
incomparable autorité les thèses qui lui étaient soumises 2. » D'autre
part, pendant plus de vingt-cinq ans, il fit partie de la section d'his-
toire et de philologie du Comité des travaux historiques, dont il devint
vice-président, et il y portait, comme partout, son zèle infatigable.
Enfin, il ne cessait de s'intéresser aux réformes de notre enseignement
supérieur et de prendre une part active à toutes les discussions dont il
était l'objet. Membre de la commission qui, sous le ministère de
M. Waddington, étudia un plan d'organisation des universités alors en
projet, il y avait porté toute son ardeur, presque belliqueuse parfois.
Son zèle pour le progrès le rendait, je crois, trop sévère à l'égard de ce
qui existait. « Pendant plusieurs années, écrivait-il plus tard, nous
sonnâmes avec confiance la trompette autour des murailles de Jéri-
cho...; mais les murailles ne tombèrent pas^. » Il les voyait encore
debout en 1892, lorsqu'il donnait au Journal des Débats une série d'ar-
1. Rev. intern. de V enseignement, 15 avril 1903, p. 306.
2. Discours de M. Paul Meyer aux obsèques de G. Paris, Rev. intern. de
l'enseignement, 15 avril 1903, p. 302. — Il était, de plus, membre de la
Société des anciens élèves de cette École, qui, à deux reprises, en 1883 et en
1897, l'élut comme président.
3. Le Haut enseignement historique et philologique en France. Paris, 1894,
p. 10.
DE M. GASTOX PARIS. UH
ticles sur le haut enseignement historique et philologique en France, à
propos du livre de M. Ferdinand Lot sur V Enseignement supérieur en
France^. Le ton quelque peu découragé qui s'y fait sentir semble indi-
quer qu'en les écrivant il ne se rendait pas entièrement compte de
l'évolution profonde qui se produisait alors et qui se poursuit aujour-
d'hui dans nos facultés. On sait qu'il y proposait d'exiger de tous les
futurs professeurs de l'enseignement supérieur le diplôme délivré par
l'École des hautes études. Ce détail dénote ses préoccupations et
marque son point de vue. On peut trouver qu'il tendait à enfermer
l'enseignement supérieur français dans une formule trop étroite; mais
personne ne refusera de reconnaître la grande part de vérité que con-
tenaient ses observations.
En même temps qu'il se donnait ainsi sans compter aux grandes
tâches de la science, il ne dédaignait pas de réserver une part de son
travail à des ouvrages plus modestes, sinon plus faciles à faire, qui
s'adressaient, soit aux élèves des universités, soit à un public moins
spécial.
En 1888, il publia, sous le titre de la Littérature française au moyen
âge, un résumé étonnamment substantiel de notre histoire littéraire du
xie au XIV* siècle. Ce petit volume eut un rapide succès, car une
seconde édition en fut donnée, deux ans après, en 1890. C'est un
simple manuel, comme on le sait, mais un manuel qu'on ne saurait
trop louer, et que, seul, un savant doué comme il l'était pouvait com-
poser; il est impossible d'imaginer, dans ce format, un répertoire plus
plein et mieux ordonné, plus instructif et plus clair.
Ce volume devait faire partie d'un Manuel d'ancien français en
quatre parties. Il en constituait le tome I. Les trois autres devaient
comprendre une Grammaire de Vancien français, un Lexique de l'ancien
français et un Choix de textes français du moyen âge. La grammaire et
le lexique n'ont jamais été publiés : c'est un sujet de vif regret pour
tous ceux qui savent ce qu'on pouvait attendre de lui en ce genre. Le
choix de textes, au lieu de former un recueil unique, s'est transformé
en plusieurs ouvrages distincts : les Extraits de la Chanson de Roland,
qu'il publia lui-même; la Chrestomathie du moyen âge, qu'il donna avec
la collaboration de M. E. Langlois, et les Extraits des chroniqueurs, avec
celle de M. Jeanroy.
Ces divers ouvrages, malgré leur destination et leur caractère élé-
mentaire, étaient pourtant encore, qu'on le remarque bien, des ouvrages
de science par le scrupule d'exactitude qui s'y manifeste partout. Gas-
ton Paris n'aurait jamais consenti à mettre son nom à un livre qui
n'eût pas mérité ce titre.
1. Journal des Débats des 15 septembre, 24 septembre, 8 octobre 1893;
articles réunis dans la brochure qui vient d'être citée, avec divers appendices.
4 904 ^^
^62 NOTICE SDR LA VIE ET LES TRAVAUX
V.
Jusqu'ici, c'est surtout le savant et le professeur gui se sont mon-
trés à nous. Mais il y avait aussi en Gaston Paris un penseur, un écri-
vain, un poète même, qu'une discipline volontaire avait longtemps
contraints au silence et que l'austérité de sa science dissimulait à la
foule. Ce n'est guère que dans les vingt dernières années de sa vie
qu'il se relâcha un peu de cette rigueur excessive et consentit à paraître
devant le grand public tel qu'il n'avait été jusque-là que pour quelques-
uns qui le connaissaient intimement.
En 1885, il réunit, en un volume intitulé : la Poésie du moyen âge,
sept morceaux, dont cinq avaient déjà paru dans divers recueils*.
C'étaient des leçons d'ouverture, faites au Collège de France, ou des
lectures académiques. Ce volume eut un réel succès. Une seconde édi-
tion en fut donnée deux ans après, en 1887; une troisième en 1895.
La même année, un second volume, portant le même titre et composé
d'éléments analogues, s'ajoutait au premier 2. Enfin, un troisième
volume de même nature a paru, depuis sa mort, sous le titre de
Légendes du moyen âge^. Des mains pieuses y ont recueilli divers mor-
ceaux qu'il n'avait pas encore rassemblés. On peut rapprocher ici ces
trois volumes, malgré les dates qui les séparent, car ils offrent les
mêmes caractères.
Les leçons d'ouverture y constituent un premier groupe, sur lequel
je m'arrêterai peu, quel qu'en soit le mérite. Car les qualités qui les
recommandent sont très voisines de celles dont j'ai eu déjà occasion de
parler. Notons seulement qu'un littérateur distingué s'y montre asso-
cié au savant.
Des morceaux tels que ceux qui ont pour titres : les Origines de la
littérature française, la Littérature française au XII^ siècle, l'Esprit nor-
mand en Angleterre, la Littérature française au XI V^ siècle, la Poésie
française au 1F« siècle sont de ceux qu'on relira toujours avec autant
d'intérêt que de profit. Les grands faits principaux, qui caractérisent
et distinguent les époques, apparaissent là en vive lumière dans leur
liaison intime et leur proportion. Et, quoique rien dans l'exposé
ne semble destiné à l'agrément pur du lecteur, c'est un plaisir que de
suivre ces développements si nourris, si clairs, si bien ordonnés, où
toutes les idées générales reposent sur des impressions personnelles et
s'éclairent sans cesse d'aperçus originaux.
Toutefois, ce qui me paraît recommander plus encore ces volumes,
1. La Poésie du moyen âge. Paris, Hachette, 1885.
i. La Poésie du moyen âge, 2° série. Paris, Hachette, 1895.
3. Légendes du moyen âge. Paris, Hachette, 1903.
DE M. GASTON PARIS. ^03
ce sont certains morceaux que Gaston Paris seul pouvait écrire. Tels
sont : la Chanson du pèlerinage de Charlemagne, la Légende de l'ange et
de l'ermite, la Légende du mari aux deux femmes, la Parabole des trois
anneaux, le Juif-Errant, le Lai de l'oiselet, études auxquelles on peut
adjoindre, en raison de son caractère particulier, la première leçon du
cours de 1874 sur les Contes orientaux dans la littérature française du
moyen âge. En traitant de tels sujets, il était vraiment chez lui, dans
ce domaine des légendes et de leurs infinies variations, dont il avait
pris possession autrefois par son Histoire poétique de Charlemagne et où
toutes les qualités de son esprit, les plus fines comme les plus fortes,
trouvaient occasion de se déployer.
Ces études, en effet, n'ont pas seulement en commun, comme les
autres, la précision et l'abondance des informations, mais elles se dis-
tinguent plus spécialement par une très délicate perception des ressem-
blances et des différences, par une intelligence aiguisée des nuances
morales, par une sorte d'intuition des causes d'altération qui agissent
sur les légendes, enfin par l'aisance avec laquelle le savant semble se
jouer au milieu de ces rapprochements et de ces observations subtiles.
Dans le dernier des trois volumes en question, trois morceaux se rat-
tachent à la collaboration qu'il prêta à la Revue de Paris, fondée ou res-
taurée en 1894. Ce sont les articles sur le Paradis de la reine Sibylle
(15 décembre 1897), sur la Légende de Tannhauser (Ib mars 1898) et sur
Roncevaux (15 septembre 1901). Dans cette revue comme ailleurs,
c'était des légendes du moyen âge qu'il aimait surtout à parler; mais,
s'adressant à des lecteurs dont l'attention était moins sérieuse et moins
forte, il avait su choisir celles qui pouvaient le mieux leur plaire, et il
en parlait avec un charme nouveau, en dissimulant son savoir sous le
laisser aller d'une aimable causerie.
Aux analyses et aux rapprochements s'ajoutaient ici les souvenirs
personnels. Car l'auteur avait fait, avant d'écrire, le voyage de Spolète
et de Norcia, d'une part, le pèlerinage de Roncevaux, de l'autre; il
était allé, en juin 1897, accompagné de son ami, l'éminent professeur
de Florence Pio Rajna, chercher la grotte de la reine Sibylle dans
l'Apennin d'Ombrie, au delà du village de Castelluccio, et il avait
visité, le 10 avril 1901, le champ de bataille où mourut Roland. Aussi,
grâce à son imagination, servie par un réel talent de description, il
faisait voir à ses lecteurs le val de la Nera, avec « ses vieilles tours
écroulées » sur les hauteurs, « ses villages qui ont l'air de forteresses, »
et, « aux flancs des montagnes, des grottes profondes qui font des
trous noirs dans la verdure ensoleillée des prairies, tandis que les
pentes plus hautes éclatent de l'or éblouissant des genêts ^. » Il le
menait de même avec lui sur ce plateau de Roncevaux, « qui s'arron-
1. Légendes du moyen âge, p. 100.
^164 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
dit comme une large croupe entre des montagnes à pente douce, » et il
notait pour eux, en poète, un de ces contrastes que la nature ménage
souvent, dans les lieux historiques, au voyageur qui se souvient et qui
rêve :
« C'est surtout, écrivait-il, à l'heure où nous le traversons pour la
première fois, presque au moment du coucher du soleil, que ce lieu de
funèbre mémoire est plein de charme, de poésie et de paix. On voit de
tous côtés des troupeaux de bœufs, de moutons, de chèvres, de jeunes
chevaux qui bondissent dans l'herbe haute ; on entend les clochettes et
les grelots des bêtes qui reviennent lentement à leur gîte de nuit et
que nous verrons tout à l'heure, à Burguete, entrer avec une familia-
rité coutumière dans les petites maisons cubiques, semblables à de
gros dés dont les fenêtres carrées seraient les points... Le soir, à l'au-
berge, nous voyons danser la jota aux sons de la guitare et des casta-
gnettes, et, en nous endormant, nous avons quelque peine à retrouver
dans notre mémoire les souvenirs tragiques qui semblaient devoir se
dresser de toutes parts autour de nous'. »
Et pourtant, ces souvenirs tragiques, avec quelle émotion il les
retrouvait le lendemain, et combien, plus tard, il les rendait vivants et
présents pour ses lecteurs, lorsque, après avoir discuté en savant les
traditions relatives à Roland et à Roncevaux, il concluait par ces belles
paroles :
« Quand, près des ruines de la pauvre chapelle qui a remplacé celle
que Charles lui-même avait construite, on regarde à ses pieds la place
où jadis tant de braves soldats sont morts en songeant à la « douce
« France, » qu'ils ne devaient plus revoir, on croit entendre à ses côtés
les premiers frémissements du thrène immortel né de leur sang et des
pleurs de leurs frères ; on sent, à travers les âges, le lien vivant qui
rattache nos âmes à l'âme de ces lointains aïeux, qui, tant de siècles
avant nous, ont aimé notre patrie, dont les uns ont donné leur vie
pour elle, dont les autres, déjà dans notre langue, ont chanté ses
gloires et ses douleurs... Ce lieu mérite d'être un but de pèlerinage; il
est pour nous doublement sacré^. »
Cette collaboration à la Revue de Paris m'amène naturellement à
parler de quelques-unes des plus belles pages que Gaston Paris ait
écrites, je veux dire de ses articles sur James Darmesteter {Revue de
Paris, !«■• décembre 1894), sur Frédéric Mistral (l^"" octobre et
1er novembre 1894), sur Sully-Prudhomine (15 octobre 1895 et l" jan-
vier 1896), plus tard réunis dans le volume intitulé : Penseurs et poètes^.
Ce volume doit être mis à part dans son œuvre, car c'est là surtout
1. Légendes du motjen âge, p. 25.
2. Légendes du moyen âge, p. 63.
3. Penseurs et poètes. Paris, 1896.
DE M. GASTON PARIS. -165
qu'on trouve sa philosophie de la vie et la révélation complète de sa
nature morale.
Il y avait chez Gaston Paris une sensibilité vive et une réflexion
forte, grâce auxquelles toute la vie de son temps avait eu en lui son
retentissement. Très attentif aux idées contemporaines, il en avait
suivi le mouvement avec une curiosité sympathique, qu'aucun préjugé
ne limitait. Ses lectures et ses relations, un commerce assidu avec des
hommes éminents en tout genre, avaient mûri et développé sa pensée,
tandis que l'expérience, parfois amère et douloureuse, loin d'endur-
cir son cœur, l'élargissait en l'instruisant. De là était résulté un
ensemble de vues qui donnaient à ses jugements sur les hommes
quelque chose de très personnel.
A cet égard, les deux notices sur James Darmesteter et sur SuUy-
Prudhomme offrent un intérêt exceptionnel.
La première est l'étude vraiment admirable d'une âme ardente et
impressionnable, généreuse et profonde, éclairée par de merveilleuses
intuitions et mûrie par une longue habitude de la souffrance. A coup
sûr, un savant, quel qu'il fût, pouvait rendre justice à ce savant de pre-
mier ordre. Mais, pour deviner l'homme et le faire connaître tout
entier, il fallait une large et délicate sympathie, une divination vrai-
ment humaine des secrets les plus intimes du cœur et je ne sais
quelle intelligence de la douleur qui est une des marques des hautes
natures; il fallait une spontanéité de poète pour entrer dans les rêves
d'idéal qui avaient hanté jusqu'à la 6n ce penseur, meurtri par la réa-
lité, et il fallait enfin une raison forme et douce pour en laisser sentir
la chimère sans en déflorer la beauté. Aussi, les pages consacrées par
Gaston Paris à Darmesteter doivent-elles compter parmi celles qui
mériteront longtemps d'être relues, car elles nous montrent, rappro-
chées l'une de l'autre, deux natures d'élite, vraiment représentatives de
leur siècle, et par là elles font honneur à notre temps.
L'étude relative à Sully-Prudhomme est moins purement philoso-
phique. Le philologue s'y retrouve dans une série de remarques singu-
lièrement intéressantes sur la versification contemporaine. Le sens
artistique et l'érudition précise de l'auteur s'y associent au mieux
lorsqu'il montre ce qui peut aujourd'hui être abandonné des règles un
peu artificielles d'autrefois et ce qui doit en être maintenu comme
essentiel. Tout cela est excellent. Mais ce qu'il y a de vraiment supé-
rieur, ici encore, c'est la philosophie. Ayant à parler d'un poète, dont
il était l'ami et le confident, il était mieux à même que personne d'in-
terpréter les hautes préoccupations qui forment comme la substance
de sa poésie et qui avaient été bien souvent le sujet de leurs entre-
tiens. « Ces poésies, écrit-il, ne sont pas nées d'un simple effort intel-
lectuel et artistique : elles sont les gouttes de sang arrachées au front
■I6fi NOTICE SOR LA VIE ET LES TRAVAUX
du penseur par les épines qui le couronnent en le torturant ^. » Ail-
leurs, il nous montre « l'angoisse philosophique se calmant dans son
esprit comme l'angoisse sentimentale s'était calmée dans son coeur. »
Ces pages ne sont donc pas d'un simple critique; elles sont d'un ami,
penseur lui-même et poète aussi, bien qu'inavoué, qui a mêlé son
âme à celle de son ami, qui a médité avec lui les mêmes problèmes et
qui, malgré la belle fermeté de sa raison, n'a pas entièrement échappé
aux mêmes troubles. « Héros et martyr de la pensée moderne, dit-il
encore, ayant combattu et souffert pour elle et par elle, comme nous et
plus que nous, il a su chanter ses luttes, ses défaites et ses victoires de
manière à faire longuement vibrer l'écho prêt à répondre du fond de
nos âmes, inquiètes et troublées comme la sienne, à son chant péné-
trant et sincère, tour à tour enthousiaste et douloureux. »
Peu après ce volume parut celui qui a pour titre : Poèmes et légendes
du moyen âge^. Il était formé de sept articles ou notices, parmi lesquels
il faut citer surtout les études sur Aucassin et Nicolette, sur Tristan et
Iseut et sur Saint Josaphat. Cette dernière ajoute beaucoup à ce que le
précédent ouvrage laissait entrevoir de ses sentiments les plus intimes.
A propos de cette légende chrétienne, qui s'est trouvée n'être, après
examen, qu'une transformation d'un récit bouddhique, il était amené à
comparer les diverses conceptions de la destinée que l'homme s'est
faites en différents pays et en différents temps. C'est là que, rencon-
trant sur son chemin le pessimisme moderne bien autrement profond
que celui de l'Inde et de la Grèce, il constatait combien sont devenus
insuffisants les remèdes offerts jusqu'ici à cette maladie de la réflexion
par les philosophies ou les religions, et il concluait en déclarant que,
pour guérir ce mal, bien loin de chercher à se détacher du monde et
de l'humanité, il fallait au contraire s'y donner tout entier : « Le
remède moderne au pessimisme, disait-il, consisterait dans l'élargisse-
ment de la vie, dans l'ennoblissement du désir et dans l'étroit attache-
ment de l'homme au monde et à l'humanité... L'homme n'atteindra
pas par là un bonheur béat et passif, dont il se lasserait bien vite,
mais il se sentira en communion constante avec la nature et avec ses
semblables, il jouira de son activité et de celle des autres 3. » Il me
semble que, si ces lignes n'avaient pas été écrites, nous connaîtrions
moins nettement l'idéal vers lequel il a lui-même orienté sa vie.
Nous ne trouvons rien de cette haute philosophie dans le François
Villon, publié en 1901 '''. Mais ce petit volume, de moins de 200 pages,
1. Poètes et penseurs, p. 250.
1. Poèmes et légendes du moyen âge. Paris, Société deditions artistiques, 1900.
3. Poèmes et légendes du moyen âge, p. 209.
4. Les Grands écrivains français : François Villon, par Gaston Paris.
Paris, Hachette, 1901.
DE M. GASTON PARIS. -J 67
n'eu est pas moins, sous la forme la plus simple, une œuvre pleine de
science et de talent.
Quel tableau amusant et vrai l'auteur a su nous tracer, dès le pre-
mier chapitre, de la société au milieu de laquelle vécut François de
Montcorbier, surnommé Villon, monde d'écoliers débauchés, associés à
des malfaiteurs de profession! On y voit en action, 4ans une sorte de
pêle-mêle très habilement composé, l'Université parisienne du xv^ siècle,
les juridictions et la police du temps, le peuple de Paris sous
Charles VII et Louis XI, surtout les petits marchands, et enfin les
bas-fonds de la grande ville, sans oublier les prisons et la perspective
sinistre du gibet. Dans le second chapitre, nous passons de l'homme à
l'œuvre; et, si l'auteur en établit la chronologie en savant, il en appré-
cie la valeur en véritable critique, avec une fermeté de jugement qui
s'allie au sentiment le plus vif de la poésie. Enfin, il achève son étude
en faisant l'histoire du succès de son poète, depuis la première publi-
cation de ses œuvres jusqu'à nos jours. Le livre est excellent, du com-
mencement à la fin. Jamais François Villon n'avait été jugé avec plus
de finesse et de véritable justice. Personne n'avait mieux marqué que
Gaston Paris ce qui a manqué à cet écolier dévoyé, mais personne non
plus n'a mieux senti et mieux signalé ses rares mérites, la vivacité des
impressions, le don de voir et de dessiner les gens, la verve endiablée,
la gaieté et l'esprit, l'invention intarissable des mots et des tours, et
aussi ces brusques échappées de sentiment, cette naïveté foncière d'une
bonne nature, qui persiste en lui sous le vice, et qui, parfois, fait jaillir
brusquement l'émotion du milieu de la fantaisie la plus folle ou du
réalisme le plus cru.
J'aurais à rappeler, si je voulais ne rien omettre de ce qui mériterait
d'être signalé, bien d'autres œuvres de Gaston Paris, et, par exemple,
la belle introduction qui ouvre {'Histoire de la littérature française,
publiée sous la direction du regretté Petit de Julleville, ou la charmante
préface du Roman de Tristan et Iseut, traduit et restauré par M. Joseph
Bédier. Mais, en présence de tant d'écrits de valeur, on est bien- forcé
de s'en tenir à ceux où se montre quelque aspect particulier de cet
esprit si varié. Et, d'ailleurs, j'ai le sentiment que je dois me hâter,
malgré l'intérêt du sujet, vers le terme de cette notice déjà longue.
VI.
Les dernières années de Gaston Paris furent particulièrement belles
et entourées d'honneurs bien mérités.
En 1896, il avait été élu membre de l'Académie française, en rem-
placement de Pasteur. Ce fut vraiment une mémorable séance que
celle du 28 janvier 1897, où il prononça l'éloge de son glorieux prédé-
cesseur.
H)H NOTICE SUR, LA VIE ET LES TRAVinX
La science, au sens le plus large du mot, formait le lien entre ces
deux hommes, si différents par l'orientation de leur vie. L'un et l'autre,
ils l'avaient aimée et servie de toutes leurs forces, avec un dévouement
absolu. Ce fut naturellement à l'éloge de la science que dut aboutir,
dans la bouche de Gaston Paris, l'éloge de Pasteur. Il le fit avec une
conviction éloquente, mais aussi avec une mesure qu'il n'aurait peut-
être pas eue au même degré vingt ans plus tôt, et qui me paraît prêter à
ses paroles plus de noblesse encore : « Nous savons bien, dit-il, que la
vérité absolue n'est pas faite pour Thomme, puisqu'elle embrasse l'in-
fini et que l'homme est fini; mais nous savons aussi que ce qu'il a de
plus noble en lui, c'est d'aspirer sans cesse à cette vérité relative dont
le domaine peut s'agrandir indéfiniment et débordera peut-être un jour
la zone où nos espérances les plus hardies en marquent aujourd'hui
les limites. L'esprit qui s'est assigné pour tâche de collaborer à cette
grande œuvre, qui, sur un point quelconque, travaille à diminuer l'im-
mense inconnu qui nous entoure pour accroître le cercle restreint du
connu, qui s'est soumis à la règle sévère et chaste qu'impose cet
auguste labeur, cet esprit est devenu par là même plus haut, plus pur,
plus désintéressé*. » Il n'est pas douteux qu'en écrivant ces lignes, il
n'ait en quelque sorte formulé le témoignage qu'il se rendait à lui-
même dans le secret de sa conscience. A travers son existence labo-
rieuse, il avait grandi, de jour en jour, par le culte de la vérité. Et c'est
justement parce qu'il n'avait cessé de s'élever qu'il découvrait mieux
les limites de la science.
Est-ce à dire qu'il n'y'eùt plus en lui, alors même, quelque reste
d'illusion à cet égard, et, par suite, quelque conception trop particulière
des règles qu'on doit proposer à l'activité commune? Je ne soulèverais
pas ici cette question, si elle ne me paraissait importante pour éclairer
un côté de sa nature et si je ne croyais honorer le plus sincère des
hommes par l'hommage d'une entière sincérité.
A la fin de ce même discours, il se représentait lui-même comme
appelé à donner des conseils à la jeunesse contemporaine, et voici le
langage qu'il s'attribuait : « Il faut avant tout, lui dirais-je, si j'avais
l'espoir d'être entendu, aimer la vérité, vouloir la connaître, croire en
elle, travailler, si on le peut, à la découvrir. Il faut savoir la regarder
en face et se jurer de ne jamais la fausser, l'atténuer ou l'exagérer,
même en vue d'un intérêt qui semblerait plus haut qu'elle, car il ne
saurait y en avoir de plus haut; et, du moment où on la trahit, fut-ce
dans le secret de son cœur, on subit une diminution intime, qui, si
légère qu'elle soit, se fait bientôt sentir dans toute l'activité morale'^. »
Il est difficile de n'être pas tout d'abord ému et entraîné par la beauté
1. Discours de réception à l'Académie française, p. 27.
2. Discours de réception, j). 29.
DE M. GASTON PARIS. 469
de ces paroles, et, si elles ne s'adressaient qu'aux futurs savants, il
faudrait les louer sans réserve. Mais il n'est pas douteux qu'elles n'aient
visé bien au delà. La pensée qu'elles énoncent, c'est que tous les
hommes doivent s'assujettir, dans les jugements qui déterminent leurs
actes, aux méthodes et aux scrupules du savant, c'est, en un mot, que
la science doit faire la vie à son image et lui imposer ses lois.
Or, ainsi comprise, la question prend une importance et une gravité
que nous ne soupçonnions pas d'abord. Car nous ne pouvons pas nous
dissimuler qu'il s'agit, en fait, d'une exigence entièrement inconnue
dans l'histoire. Celle-ci ne nous a pas encore montré un seul peuple,
petit ou grand, qui ait vécu selon de telles lois.
Et, dès lors, il y a lieu de se demander s'il est vraiment possible et
opportun d'appeler ainsi la jeunesse en masse à cette recherche infini-
ment difficile de la vérité, qui a sa place dans les laboratoires et les
académies ? On en peut douter ; et peut-être serait-il plus sage de la lais-
ser aller où elle va naturellement, c'est-à-dire vers l'action, en essayant
seulement d'exciter le plus possible en elle les sentiments, un peu con-
fus peut-être, mélangés même d'erreur et de vérité, si l'on veut, mais
puissants par la force d'une lointaine hérédité, qui dirigeront cette
action vers un noble idéal.
Au fond, comme on le voit, le dissentiment est entre deux concep-
tions de la vie, l'une plus intellectuelle, l'autre plus active et plus con-
crète. Si Gaston Paris semble avoir incliné vers la première, ce n'est
pas, je crois, par hasard ni sous l'influence de circonstances passagères;
mais c'est que, comme un très grand nombre de savants, il voyait sou-
vent la vie à travers la science et qu'il voulait imposer à l'une tout ce
qui était propre à l'autre. Ajoutons d'ailleurs que cette tendance s'accor-
dait chez lui avec un sens pratique très fin et avec les qualités les
mieux appropriées à la vie courante.
En 1894, il avait succédé à M. Gaston Boissier comme administra-
teur du Collège de France. Il était déjà, depuis 1892, vice-président de
l'assemblée des professeurs. Il exerça la nouvelle et haute fonction qui
lui était confiée pendant huit ans, de 1894 jusqu'à sa mort.
Tous ses anciens collègues le voient encore tel qu'il était dans leurs
réunions périodiques, dirigeant les délibérations avec une remarquable
netteté d'intelligence, parlant à propos et avec autorité, résumant les
questions en les éclairant, c'est-à-dire, en somme, faisant vraiment
office de président, sans se départir jamais d'une courtoisie exquise
et d'une bonne grâce souvent spirituelle. En dehors de ces réunions, le
souci des intérêts dont il était chargé ne le quittait jamais. Il avait la
plus haute idée du rôle qui, depuis la Renaissance, n'a cessé d'appar-
tenir au Collège de P'rance dans les hautes études de tout genre. On
sait comment il l'a formulée dans le très beau discours qu'il prononça,
le 7 octobre 1892, aux obsèques d'Ernest Renan. Attentif à ne négliger
no NOTICE SDR LA VIE ET LES TRAVAUX
aucune des questions qui touchaient à la prospérité ou au développe-
ment de ce foyer de science, il avait à cœur surtout d'y assurer la
transmission de l'enseignement à des hommes d'une valeur incontes-
table. Son influence, qui, pour s'exercer discrètement, n'en était pas
moins réelle, n'a jamais été mise au service d'aucune préférence qui ne
fût fondée sur un jugement.
Mais son rôle officiel, si grand qu'il eût été, n'expliquerait pas suffi-
samment le souvenir qu'il a laissé dans le cœur de tous ses collègues.
Il faut rappeler aussi qu'en s'instailant au Collège de France et en y
transportant les habitudes d'élégante et affable hospitalité qui avaient
été celles de toute sa vie, il avait donné à cette vieille maison de
science et de travail une sorte de parure que lui seul pouvait lui
donner.
Bien loin de s'enfermer dans les livres, ce savant, qui donnait tant
d'heures à la recherche patiente, avait toujours eu le goût des relations
de la société. A toutes les époques de sa vie, on le vit réunir autour de
lui, à jours fixes, un groupe d'amis, où figurèrent quelques-uns des
hommes les plus remarquables de notre temps. Le vicomte Melchior de
Vogué, dans un article nécrologique où l'émotion la plus sincère
transparait sous un voile de poésie, a raconté à grands traits ce qu'on
pourrait appeler l'histoire de son salon'. Il y rappelle d'abord les loin-
taines et charmantes réunions qui se tenaient le dimanche, vers 1865,
au rez-de-chaussée de l'hôtel du Luard, rue de Varennes. « La biblio-
thèque, dit-il, donnait sur un beau jardin, tout fier de son grand cèdre,
pensif comme la maison de son hôte... Taine et Renan occupaient de
fondation les deux coins de la cheminée. Pasteur y venait souvent,
Berthelot disait les secrets de la nature, Sorel ceux de l'histoire ;
Alexandre Dumas racontait sa prochaine pièce, Bourget les romans
qu'il allait tenter; Sully apportait ses derniers vers, Heredia clamait ses
Trophées, bien longtemps avant qu'il ne songeât à les publier; Taine
s'interrompait de méditer pour expliquer un sonnet de Mallarmé. Car
la conversation passait, aisée, ailée, des plus graves problèmes aux plus
légères distractions de l'esprit; elle embrassait toutes les manifesta-
lions de l'intelligence et de la vie française, de la vie universelle, avec
les étrangers de marque qui tenaient à honneur d'être présentés chez
Gaston Paris. » Et plus loin : « Nous le suivîmes rue du Bac, dans la
petite maison où la paix montait du jardin des Missions étrangères ;
à Passy, lorsqu'il y émigra; et, enfin, au Collège de France. Au cours
de ces déménagements, sur la route, on laissait des cercueils. Mais de
nouveaux amis, de nouveaux disciples venaient remplacer les partants :
toujours accueillis avec la môme c(U'dialite, avec la même passion de
servir le talent naissant, d'honorer la France devant ces jeunes étran-
1. Journal des Débats, 8 mars 1903.
DE M. GASTON PARIS. ^7^
gers qui accouraient de toute l'Europe chez Paris, comme des pèlerins
de la science. »
Je n'ai eu l'honneur, quant à moi, de connaître Gaston Paris que
dans ses dernières années. Une harmonie intime emplissait alors cette
noble existence, dont rien ne faisait prévoir la fin prochaine. Après
les jours d'amère souffrance, qui, autrefois, ne lui avaient pas été épar-
gnés, il avait, depuis longtemps, retrouvé la sérénité morale dans le
charme et la paix de son foyer restauré. Sa nature aimante et généreuse
s'épanouissait, en un milieu fait pour elle, dans un enveloppement do
grâce affectueuse et intelligente, qui faisait rayonner doucement,
autour de son âme de penseur et d'artiste, une délicate et lumineuse
atmosphère d'élégance et de beauté.
Lorsqu'on venait à lui, on était séduit par la dignité simple et affable
qui respirait dans toute sa personne. Il y avait de la lumière et de la
bonté dans son regard, pourtant affaibli, de la douceur dans son sourire
et dans le son de sa voix, dont les inflexions se nuançaient avec une
finesse naturelle. Et ces dehors n'étaient pas trompeurs. Il y avait de la
lumière aussi dans son esprit et de la bonté dans son âme. On sentait
immédiatement qu'il lui eût été impossible de concevoir une pensée
basse ou un sentiment malveillant. La loyauté rayonnait en lui, et elle
s'associait à une indulgence, non pas banale, mais réfléchie, indulgence
d'un grand esprit, qui, sans doute, avait conscience de sa force, mais
qui sentait aussi fort bien ce qu'il peut y avoir de mérite réel chez ceux
qui s'élèvent moins haut.
Le souvenir de cette bienveillance, d'autant plus frappante qu'elle
s'associait à une supériorité incontestable, est resté comme un trait
ineffaçable gravé dans le cœur de tous ceux qui l'ont connu. En par-
courant des lettres, écrites pour la plupart par ses anciens élèves, c'est
celui que j'ai retrouvé partout, sous les formes les plus sincères et les
plus touchantes : « Il n'était pas seulement pour nous, écrit un pro-
fesseur d'une Université d'Allemagne, le plus grand, le plus profond,
le plus spirituel des érudits. Ce qui nous l'a fait aimer encore davan-
tage, c'était de toujours sentir en lui le plus juste, le plus aimable, le
plus courtois des hommes, celui qui unissait le jugement le plus sûr à
la plus grande indulgence pour le peu de savoir que nous avions à
côté de lui. » Et un autre, étranger également, disait, à la nouvelle de
sa mort : « Nous sommes tous maintenant comme des orphelins, tant
il a été bon pour tous ceux qui ont eu le grand bonheur de le connaître
et de profiter de son enseignement. » Ajoutons enfin à ces témoignages
du dehors celui d'un Français distingué, qui exprime délicatement ce
que beaucoup d'autres ont senti : « Je ne connais personne, écrivait-il
au moment où le savant venait de disparaître, qui ait eu autant
d'amis, de vrais amis, que M. Paris, et tous sont cruellement frappés.
Il leur faudra bien du temps pour désapprendre l'habitude qui les cou-
172 NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
duisait dans la grande bibliothèque, où l'on venait se réconforter à la
chaleur de son amitié et à la lumière de son esprit. »
Cette belle existence, si entourée d'affections et d'admiration, si utile
à la science et à notre pays, semblait devoir se prolonger longtemps
encore. Gaston Paris touchait à peine à la vieillesse lorsque se firent
sentir à lui les premières atteintes du mal qui devait l'emporter. Il
n'interrompit ni ses travaux, ni son enseignement, ni les soins de l'ad-
ministration qui lui était confiée. Il ne changea rien non plus aux
habitudes de sa vie et ne voulut se dégager d'aucune de ses obligations
de société. Il mettait une sorte d'héroïsme à rester jusqu'à la fin tout
ce qu'il avait voulu être et à ne pas se diminuer volontairement avant
l'heure dernière. Pourtant, l'altération de sa santé faisait de rapides
progrès. A la fin de 1902, il fut gravement malade ; mais il reprit le
dessus, et l'espérance nous était revenue à tous, lorsqu'au mois de jan-
vier 1903, il vint, pour la dernière fois, présider au Collège de France
l'assemblée trimestrielle des professeurs. Il était pâle et chancelant,
mais il se croyait en voie de rétablissement, et nous retrouvâmes en
lui, ce jour-là, non seulement la lucidité ordinaire de son intelligence
et l'à-propos de son esprit, mais jusqu'à son enjouement. Quelques
jours après, il se sentait moins bien ; ses forces ne revenaient pas ; il
se décida, vers la fin de février, à partir pour Cannes. Ce fut pour lui
le suprême départ. Bien peu de jours après être arrivé là -bas, il s'y
éteignait, comme épuisé par le mal qui le minait, le 5 mars 1903.
Sa mort fut vraiment un deuil public. Le 12 mars, jour de ses
obsèques, ses amis et ses admirateurs, ses anciens élèves et ses col-
lègues, réunis, avec les délégations officielles, autour du catafalque qui
se dressait dans la cour du Collège de France, eurent le sentiment
unanime et profond qu'ils n'avaient pas sous les yeux une pompe
vaine, mais que la douleur et les regrets manifestés par cet appareil
funèbre étaient réellement dans tous les cœurs. Le Collège de France,
en particulier, avait toute raison de se voiler de deuil, car il voyait
s'éloigner de lui pour jamais un des hommes qui l'avaient le plus
aimé et le plus honoré.
Aujourd'hui que le temps a déjà fait son œuvre, l'amertume des
regrets du premier jour doit se mélanger d'un autre sentiment plus
durable et plus digne d'un homme de cette haute valeur. Gaston Paris,
malgré sa fin prématurée, a pu accomplir une œuvre considérable, qui
demeure, après lui, un témoignage impérissable de ce qu'il a été. Son
nom est inscrit à tout jamais dans l'histoire de la philologie française
comme celui d'un des maîtres qui ont le plus fait pour son développe-
ment. Et non seulement il sera toujours connu et cité avec honneur
par les érudits attachés à suivre les voies qu'il a frayées, mais il ne
pourra même être oublié ou méconnu de quiconque voudra embrasser
en son ensemble le mouvement des idées dans la seconde moitié du
DE M. GASTOIV PARIS. >| 73
xixe siècle. Car, en se donnant tout entier à une méthode et à un
ordre d'études spécial, il en a tellement manifesté la valeur qu'il a
plus contribué que personne à en faire une des acquisitions durables de
l'esprit humain.
Ajoutons que, voué pendant quarante années à la langue et à la lit-
térature françaises, il a très étroitement associé son nom à celui même
de notre pays. Et il me semble que c'est là justement la récompense
qui a dû toucher le plus son noble cœur s'il lui a été donné de l'entre-
voir dans l'avenir. Il a pu se dire que nul désormais ne pourrait étu-
dier l'âme française dans son évolution historique et dans les œuvres
où elle s'est manifestée sans rendre témoignage au grand amour qu'il
a eu pour elle et au labeur admirable qu'il lui a consacré.
Maurice Ghoiset,
Membre de l'Instilut.
BIBLIOGRAPHIE.
Jacques Flach. Les Origines de l'ancienne France. X^ et XP siècles.
T. III : la Renaissance de PÉtat, la Boyauté et le Principal.
Paris, libr. Larose. In-8°, viir-380 pages.
M. Flach fait paraître le troisième volume de la grande œuvre où il
étudie les origines de l'ancienne France. Il place celles-ci, comme on
sait, aux x» et xi« siècles, oià se désorganisa la France carolingienne et
se forma la France des Capétiens. Dans le tome I**"", l'historien avait
analysé le régime seigneurial; dans le tome II, les origines commu-
nales, la féodalité et la chevalerie. La renaissance de l'État et la for-
mation de la monarchie capétienne venaient ainsi naturellement dans
le volume nouvellement puhlié.
On connaît la manière de M. Flach, essentiellement objective et
concrète. Il tire directement les faits des documents contemporains et
s'efforce de les voir dans leur réalité vivante, plutôt que d'une manière
abstraite et théorique. Pour reprendre une expression souvent employée :
il voit les hommes derrière les textes.
Ce don si rare, surtout parmi les écrivains qui s'occupent d'un passé
très éloigné, comme les premiers siècles de notre histoire, fait l'intérêt
des livres semblables à celui que nous avons sous les yeux ; il en rend
l'étude singulièrement suggestive, car, de page en page, les idées jail-
lissent des faits et des textes juxtaposés avec abondance et netteté;
mais une autre conséquence en est de faire souvent disparaître l'idée
conductrice qui dirige l'œuvre, le « fil rouge, » comme disent les Alle-
mands. Autant l'analyse, en quelques pages, d'un livre de Fustel de
Coulanges, par exemple, est aisée, car la doctrine, droite et précise, y
apparaît incessamment, avec un relief qui n'est peut-être que trop aigu ;
autant la même analyse d'un livre de M. Flach devient difficile, du
moins en un court espace.
L'idée maîtresse de ce nouveau volume apparaît dans l'introduction :
« Pour s'être imaginé, écrit M. Flach, que la féodalité s'était formée
directement par en haut, pour ne pas s'être aperçu qu'elle était le fruit
d'une élaboration, plusieurs fois séculaire, qui avait eu son point de
départ dans les contrats les plus vulgaires ou les plus humbles et son
BIBLIOGRAPHIE. -175
point d'arrivée dans le grand fief royal, on ne pouvait voir dans les
principes (les maîtres des grandes seigneuries du xi» siècle) que des
grands vassaux, dans Hugues Capet qu'un suzerain féodal. »
Quant à ces organismes premiers, point de départ de toute la forma-
tion sociale, M. Flach, construisant sur les bases qu'il avait posées
dans ses premiers volumes, les retrouve dans les groupements fami-
liaux : « Ces groupes, écrit-il, non seulement s'étaient modelés sur la
famille et le clan, mais ils avaient été en partie constitués par eux, et
furent régis, dominés par des familles seigneuriales dont l'existence, le
développement, les destinées firent corps avec les leurs. Pour pénétrer
l'histoire des petites patries dont la juxtaposition, puis la fusion, ont
fait la France, c'est donc l'histoire aussi des grandes familles qu'il faut
reconstituer, l'histoire des lignages, des gestes dont nos vieux poèmes
héroïques ont si légitimement pris le nom. »
Cette conception est féconde et vraie. Elle fait la valeur de l'œuvre
de M. Flach, car elle groupe et coordonne la multitude des faits recueil-
lis de toutes parts.
Jouant vis-à-vis de ces familles principales (Vermandois, Blois et
Champagne, Yexin et Valois, Anjou et Maine), le même rôle que
celles-ci jouaient vis-à-vis de la maison royale, il y avait, se groupant
à l'ombre de chacune d'elles, nombre de familles secondaires dont les
familles principales constituaient à leur tour le centre d'évolution. Et
les familles secondaires, à leur tour, s'aggloméraient d'autres familles
de moindre importance. Ainsi apparaît dans toute son ampleur, et ce
qui, aux yeux de l'historien, est plus important encore, dans toute son
activité, le grand principe coordonnateur dont l'énergie multipliée et
incessante a fait les origines de l'ancienne France : la protection, ainsi
que l'appelle M. Flach, et qu'il conviendrait peut-être de désigner d'un
terme plus précis et plus historique, le patronat. Il constitue le fait
permanent de l'époque. On le retrouve depuis le degré inférieur jus-
qu'au sommet de l'échelle sociale. Sous Louis d'Outremer, le légat pon-
tifical. Marin, donnant une définition de l'autorité royale, l'appelle un
patronage, patrocinium. Quarante ans plus tard, l'archevêque de Reims,
Adalbéron, dans l'assemblée des grands du royaume, où il soutient la
candidature de Hugues Capet, s'exprime ainsi : « Nul, jusqu'à présent,
n'a invoqué en vain son patronage. »
Et le caractère de ce patronage, M. Flach le définit, non seulement
dans ses traits matériels, c'est-à-dire par l'organisation où il a trouvé
son expression, mais, ce qui était plus difficile, dans son caractère moral
et dans son esprit.
C'est l'objet du remarquable chapitre intitulé : la Largesse et f hon-
neur. Ces deux sentiments ont été les deux principaux qui aient animé
toute l'époque de la formation patronale. Déjà, dans le volume précé-
dent, M. Flach avait montré la foi et 1' « amour, » là où, jusqu'alors, un
\76 BIBLIOGRAPHIE.
regard superficiel n'avait vu que la force et la contrainte. Le patron
doit se montrer généreux pour retenir le cœur de son compagnon, de
son fidèle. Pour que ses fidèles soient nombreux, — leur nombre fait
sa force, — il doit donner beaucoup et toujours, « Ainsi se développa
une vertu typique du moyen âge, la munificence, la « largesse, » qui a
sa contre-partie exacte dans le point d'honneur, vrai ou faux, de ne
point mettre ses services à prix, de servir pour Va amour » et pour
l'honneur. Ces deux sentiments ne devinrent pas seulement vertu pri-
vée, mais vertu sociale, ils pénétrèrent la société de part en part. »
Puis cette vue qui s'étend jusqu'à un horizon lointain et profond :
« Les seigneurs rivalisaient de largesses, dons, bénéfices ou honneurs,
inoculant à leurs descendants les préjugés qui firent l'impuissance
économique de la noblesse française, le mépris du gain direct, salaire
ou solde. » Beauté presqu'émouvante des lois historiques : la cause
même qui avait fait que la noblesse s'était formée et qu'elle avait
organisé la nation, en amena dans la suite la décadence et la chute
quand cette noblesse eut accompli son œuvre et achevé son évolution.
Que si l'on avait à formuler une critique d'ensemble sur ce troisième
tome de l'ouvrage de M. Flach, ce serait de ne pas avoir suivi, avec
assez de persévérance peut-être, les conséquences des prémisses si for-
tement établies au début; c'est, une fois arrivé à la formation de la
royauté capétienne, de ne pas l'avoir montrée sortant naturellement
du mouvement précédemment défini. A cet endroit du livre, M. Flach
dit très bien :
« Voulons-nous maintenant aborder de front et d'ensemble le pro-
blème de la royauté? — La royauté ne pouvait être qu'en corrélation
étroite avec les groupements fondamentaux de l'État, et, parmi eux, le
plus essentiel. Le groupement générateur, le groupement familial, en
un mot, devait dominer et faire l'office d'élément organique. » A ce
moment, il semble que, brusquement, l'auteur ait pris peur d'avancer
sur la route qu'il avait tracée. Il regarde en arrière; au lieu d'expliquer
l'éclosion de la monarchie capétienne par les conditions mêmes où elle
se produisit, il remonte vers le passé, d'oii il ramène des citations
relatives à la monarchie carolingienne, voire aux Mérovingiens, il
retrouve les premiers Francs dans leurs forêts, et, plus loin encore,
les empereurs sur leurs trônes depuis des siècles écroulés. Assuré-
ment, des mots ont survécu, des traditions même et des traits d'orga-
nisation ; mais ce ne sont là que des formes et d'une importance en
somme secondaire.
M. Flach, qui va toujours droit aux réalités concrètes, montre bien
le fait qui caractérise essentiellement cette période de l'histoire monar-
chique :
« C'est un fait fort curieux, dit-il, et fort significatif que l'activité
législative des Reges Francorum se soit considérablement ralentie dans
BIBLIOGRAPHIE. 177
la seconde moitié du ix» siècle et qu'elle ait fini par s'arrêter net en
888 au plus tard. » Observation d'autant plus importante qu'il est
aujourd'hui démontré que les derniers Carolingiens n'ont été rien
moins que des souverains inactifs ou incapables. M. Flach dit lui-
même : « Le pouvoir de légiférer ne se conçoit plus; il est éteint,
anéanti par la transformation profonde qui s'est opérée dans l'ensemble
du système juridique. »
En effet, la royauté n'a plus de raison de légiférer, le voudrait-elle
qu'elle ne le pourrait plus. La loi, comme le dit encore M. Flach, est
alors la coutume. C'est précisément l'action de ces nombreux « princi-
pats, » — nous dirions plus volontiers de ces vivants « patronats, » —
qui a insensiblement, mais activement groupé et ordonné les éléments
sociaux en une infinité de petites « patries, » expression du temps,
juxtaposées ou superposées, semblables les unes aux autres, et qui,
toutes, depuis le groupement inférieur, la famille, avec toute l'exten-
sion naturelle ou fictive qu'elle comportait alors, jusqu'aux grandes
seigneuries, ont leur vie propre et, comme le dit encore M. Flach, leurs
énergies internes.
La monarchie franque avait été une royauté de conquérants et qui
n'avait pas eu d'action sur les masses profondes du pays, avec les-
quelles elle ne vint guère en contact; la monarchie carolingienne avait
été une monarchie militaire (de conquérants intérieurs, si l'on peut
s'exprimer ainsi). C'est ce qui en avait fait la rapide extension, le bril-
lant éclat et la fragilité. La monarchie capétienne fut enfin la monar-
chie patronale, qui coordonna les forces vives du pays parce qu'elle en
était elle-même issue, de visceribus, pour reprendre un texte significatif
cité par M. Flach. Et les détails mêmes de son organisation, que
M. Flach expose en des chapitres nourris de citations aussi abondantes
que précises, suffiraient à en apporter le témoignage. Ainsi s'explique
que le pouvoir des Capétiens, sous les monarques mêmes les plus
faibles, ne fit que grandir; tandis que celui des Carolingiens s'affaiblit
fatalement, dans les mains mêmes des rois les plus intelligents et les
plus énergiques.
Les derniers chapitres, où sont étudiées les origines et la formation
des grandes principautés laïques qui se dressèrent en face de la maison
capétienne et en mirent plus d'une fois la suprématie en péril, sont
parmi les plus nouveaux du livre : il s'agit de la maison de Verman-
dois, du prmcipat de Blois et Champagne, du principat du Vexin et du
Valois, du principat de l'Anjou et du Maine. Pour ce dernier particu-
lièrement, les origines, jusqu'alors très confuses, paraissent clairement
démêlées.
Pour donner plus de précision à son exposé, l'auteur reprend très
heureusement l'expression de Francie, la « douce France, » des chan-
sons de gestes, afin de distinguer cette région (la France du Nord, dont
1904 ^2
^78 BIBLIOGRAPHIE.
sont exclus la Normandie, la Bretagne, le Maine, l'Anjou, la Flandre,
l'Aquitaine et la Provence) de ce qu'on appelait la Gaule et de ce
qu'on appelle la France.
Enfin, dans les notes, un grand nombre de points de détail sont élu-
cidés en une critique exacte et rapide. Un exemple entre cent. M. Flach
montre, après d'autres, — car c'est un point sur lequel on semble
aujourd'hui d'accord, — que l'essence de la monarchie capétienne fut
d'être un pouvoir justicier. Et il cite un diplôme de 988 où Hugues
Capet s'exprime ainsi : « Quoniam nostrae subliraitas potestatis non
aliter recto stare valet ordine, nisi omnibus et per omnia justiciam
operando » (D. Bouquet, X, 552). M. Luchaire traduit les mots : per
omnia « par tous les moyens. » Per doit avoir ici le sens, fréquent
déjà à cette époque, de pour, dit M. Flach, et il traduit : « La justice
départie à tous et pour tout. » Les rectifications de ce genre, qui se
trouvent presqu'à chaque page, suffiraient à témoigner dans le livre de
la minutie et de la précision des investigations.
Frantz Funck-Brentano.
Gustave DcroNi-FERRiER. Les Officiers royaux des bailliages el séné-
chaussées et les institutions monarchiques locales en France à la
fin du moyen âge. Paris, Emile Bouillon, 1902. ln-8°, xxxiv-
^043 pages, avec deux cartes. [Bibliothèque de V École des hautes
études, '145'= fasc.)
Le livre dont nous venons de donner le titre ci-dessus avait sa place
marquée d'avance dans la littérature historique de notre pays. Quand
on étudie les institutions du moyen âge, on est constamment arrêté
par des difficultés de détail, par des particularités concernant certaines
régions, sur lesquelles on aurait besoin d'avoir, au lieu de renseigne-
ments très généraux et approximatifs, des monographies complètes et
précises. Pour la période qu'il a choisie, le livre de M. Dupont-Ferrier
fournit ces indications ou permet d'aller les chercher à la source; et
s'il l'a choisie, peut-être parce que des études antérieures, comme il
arrive souvent, l'y avaient amené, au moins a-t-elle l'avantage d'être
circonscrite dans des limites très naturelles et bien déterminées. Le
moyen âge proprement dit, celui qui va du ix« siècle au xv^, avait eu
ses institutions d'abord essentiellement locales, variant d'un fief, d'une
seigneurie, d'un royaume à un autre, puis ramenées dès le xiii^ siècle à
un commencement d'uniformité sous l'influence énergique des premiers
Capétiens; ces institutions ont assez généralement trouvé, dans les
régions où elles ont vécu, leurs historiens plus ou moins sagaces, plus
ou moins bien renseignés; faute de mieux et jusqu'à plus ample infor-
mation, il faut s'en contenter. Mais, avec la guerre de Cent ans com-
mence une véritable anarchie, le pouvoir royal et les seigneurs féodaux
BIBLIOGRAPHIE. ^79
se montrent également incapables d'assurer la défense du sol national ;
les villes, abandonnées à elles-mêmes, doivent s'administrer, pourvoir
à leur sécurité, à la subsistance des habitants, en un mot, à tous les
besoins d'une communauté, petite ou grande. Sous le gouvernement de
Charles VII, plus heureux encore qu'habile, la France se ressaisit, elle
se délivre de l'oppression anglaise, mais pour tomber sous la tutelle
des agents royaux, qui deviendra de plus en plus envahissante. C'est
cette période, marquée à chaque instant par quelque empiétement des
officiers royaux sur les libertés locales, que M. D.-F. s'est proposé
d'étudier, et ce sont ces empiétements successifs auxquels il nous fait
assister.
Il commence par déterminer les t cadres géographiques des institu-
tions bailliagères, » cadres aussi peu fixes que possible, « constamment
modifiés, comme il en apporte la preuve, selon la mesure changeante
des forces et des besoins de la monarchie ; » puis vient la nomencla-
ture de ces circonscriptions, les unes au-dessus des bailliages et des
sénéchaussées, qu'on appelle gouvernements et dont les titulaires fini-
ront par ne posséder en réalité que l'autorité militaire; les autres
au-dessous : petits bailliages, petites sénéchaussées, vi-bailliages (en
Dauphiné), châtellenie, prévôtés, vicomtes (en Normandie), sergente-
ries, vigueries, jugeries, bailles, mandements, mairies, terres à part et
simples paroisses, ces dernières formant, à la base des précédentes
circonscriptions, un élément commun à toutes et comme la molécule
ou la cellule territoriale, mais toutes perpétuellement mouvantes et
changeantes, « naissant ou mourant, s'agrandissant ou diminuant,
disparaissant pour reparaître et ne cessant jamais d'être exposées à des
transformations perpétuelles. » Dans ces circonscriptions, autour des
baillis et sénéchaux, se groupe un personnel de juges mages, de lieute-
nants clercs ou lais, de commissaires ad universitatem causarum, asses-
seurs, lieutenants criminels ou civils, lieutenants particuliers, procu-
reurs, avocats, receveurs, auxiliaires, dont la présence supplée sur tous
les points de la circonscription le bailli ou le sénéchal absent, et dont
le savoir remédie à son ignorance. Au-dessous des baillis et des séné-
chaux s'agite une foule non moindre d'officiers, prévôts, vicomtes,
viguiers, bailes, châtelains, juges ordinaires, juges d'appeaux, maires,
sergents, notaires; chaque circonscription a les siens, relevant tous
de la couronne, ayant devant eux une carrière, où les attirent les abus
mêmes qui y foisonnent : la vénalité, le cumul, la non-résidence. Le
fonctionnarisme local est né : si ses abus ne deviennent pas trop
criants, c'est qu'il y a, à côté des sénéchaux et des baillis, pour les assis-
ter, un conseil, qui réunit tous les officiers que nous venons d'énumérer,
et aussi les nobles et les gens d'église, les sages de la circonscrip-
tion. Le roi avait eu de bonne heure son conseil, d'abord composé de
vassaux, puis d'officiers; à son exemple, les seigneurs féodaux avaient
'ISO BIBLIOGRAPHIE.
eu le leur, formé aussi de leurs vassaux. Les représentants du pouvoir
royal, baillis et sénéchaux, eurent le leur, composé des officiers de leur
circonscriptions. Ce conseil étudiait toutes les questions soumises au
bailli ou au sénéchal; il leur donnait une solution, que celui-ci eût été
incapable de trouver; il constituait une jurisprudence administrative;
il empêchait de devenir le régime du bon plaisir ce gouvernement
local, qui, grâce à lui, « dépendait bien moins de la volonté d'un seul
que des lumières et de l'action d'une assemblée; par le bailli, par le
sénéchal ou par leur conseil, la présence du roi au milieu des popula-
tions n'était pas illusoire, elle était réelle ; la transmission, la publi-
cité, l'exécution des volontés royales se trouvaient assurées dans les
institutions, sinon toujours dans les faits. »
Mais l'administration, comme le fait remarquer M. D.-F., ne sem-
blait pas au roi de France le devoir principal dérivant de sa souverai-
neté. « C'était surtout en faisant œuvre de justicier universel qu'il
paraîtrait l'intendant de Dieu dans le royaume, la loi vivante, lex ani-
niata..., celui qu'on ne pouvait contredire sans sacrilège, car il était
au-dessus des laïques, non mère laicus, pour employer les expressions
du temps, » et c'est encore par ses officiers de tous degrés, qui
réunissent, au moins en principe, les pouvoirs administratifs et judi-
ciaires et jugent les uns en premier ressort les autres en appel, que le
roi remplit à l'égard de ses sujets son rôle de justicier; mais les juges
sont trop nombreux, trop longs les délais de la procédure, trop nom-
breux les degrés d'appel ; la multiplication des tribunaux et des juges
avait eu pour but d'accélérer le cours de la justice, elle aboutit à le
retarder.
En vertu du principe mentionné plus haut, et qui réunissait tous les
pouvoirs dans les mains du bailli ou du sénéchal, celui-ci avait été à
lorigine homme de guerre aussi bien que juge et administrateur; mais,
dans ce domaine comme dans les autres, le roi lui avait peu à peu
retiré telle ou telle attribution pour les confier à d'autres officiers direc-
tement nommés par lui et placés simplement sous la surveillance du
bailli ou du sénéchal : des maîtres des œuvres, chargés de la construc-
tion et de la réparation des forteresses; des capitaines, châtelains et
gouverneurs, nommés aussi par le roi, mais payés par les villes et
chargés du commandement des garnisons. Ces dernières étaient com-
posées de vieux soldais, usés au service et impropres à faire campagne.
La seule fonction militaire un peu importante qui eût été laissée aux
baillis et aux sénéchaux était le commandement des hommes du ban
et de l'arrière-ban, c'est-à-dire de ceux qui possédaient un fief ou un
arrière-fief, le soin d'établir l'état exact des fiefs et arrière-fiefs ainsi
redevables du service militaire, de ceux qui les possédaient et des
hommes qu'ils devaient fournir; ils avaient à passer les revues, ou,
comme l'on disait alors, à recevoir les montres de ces hommes, pour
BIBLIOGRAPHIE, iSi
s'assurer de leur nombre et de l'état de leur armement; en6n, ils
devaient les conduire à la guerre, mais pour une durée, limitée d'abord
à quarante jours, et qui fut portée sous François I'"' à quatre-vingt-dix
jours. L'usage fait par la royauté de bandes soldées, des francs-
archers, puis des compagnies d'ordonnance, en restreignant l'emploi
des hommes du ban et de l'arrière-ban, diminua du même coup les
pouvoirs militaires des baillis et des sénéchaux, qui tendirent de plus
en plus à se limiter à l'approvisionnement et à la police des troupes.
Au point de vue des finances, le royaume était partagé, le Dauphiné
et la Provence mis à part, en quatre trésoreries ou généralités, circons-
criptions qui ne différaient que par le nom, suivant qu'il s'agissait de reve-
nus ordinaires, c'est-à-dire domaniaux, ou de revenus extraordinaires,
aides, gabelles, tailles ; ces quatre circonscriptions se nommaient Lan-
guedoil-Guienne, outre et sur Seine, Picardie, Languedoc, Norman-
die ; chacune avait à sa tète, pour les revenus du domaine, un trésorier
de France; pour les revenus extraordinaires, un général des finances;
les limites des subdivisions financières de la trésorerie ou de la géné-
ralité n'étaient autres presque partout que celles des bailliages ou des
sénéchaussées. Le domaine était qualifié domaine muable ou non
muable, suivant qu'il produisait des revenus fixes, tels que des rede-
vances en argent ou en nature, ou au contraire des revenus sujets à
variation, comme les droits de greffe, ceux de sceau, ceux qui étaient
affermés, les amendes, les confiscations, les frais de justice, les droits
de mutation, de franc-fief, d'amortissement, les nouveaux acquêts, etc.
Le bailli et le sénéchal et surtout les officiers du bailliage n'interve-
naient que dans la détermination des droits à payer et dans la surveil-
lance du domaine, dont il fallait assurer la conservation. Le principal
fonctionnaire financier dans le bailliage ou la sénéchaussée était le
receveur, chargé de la perception des revenus et du payement des
dépenses; il devait aussi, au commencement de chaque année, dresser,
surtout d'après les comptes antérieurs, un état approximatif des
recettes et des dépenses du bailliage ou de la sénéchaussée, et, à la fin
de l'année, l'état au vrai de ces mêmes recettes et dépenses; il devait
encore payer sur les recettes de sa circonscription les dépenses locales
du domaine : fiefs et aumônes, œuvres et réparations, gages d'officiers,
frais de justice, deniers versés au trésor, dons et récompenses, voyages
et taxations, deniers rendus et non reçus, dépenses communes.
M. D.-F. consacre dans son ouvrage un livre particulier au Dauphiné
et à la Provence, dont les institutions bailliagères présentaient une phy-
sionomie particulière, parce que, réunies à la couronne pendant la
période même qui fait l'objet de ce livre, elles n'avaient pas eu le
temps d'être ramenées au type uniforme d'administration, que la
royauté avait réussi à imposer aux autres provinces.
i82 BIBLIOGRAPHIE.
M. D.-F. a joint à son livre deux cartes, l'une des bailliages, vi-bail-
liages et sénéchaussées du royaume à la fin du xv« siècle; l'autre don-
nant « l'aire géographique des baillis, sénéchaux, prévôts, vicomtes,
viguiers, bailes, juges royaux » à la même date; de plus, un index
alphabétique permet de retrouver facilement tous les renseignements
dont l'ouvrage abonde. On comprend donc facilement que l'intérêt en
soit très grand et que l'Académie des inscriptions et belles-lettres en
ait reconnu le mérite éminentenlui accordant le premier prix Gobert;
cela nous dispense d'en faire plus longuement l'éloge.
J. Yaesen.
André Lesort. La Succession de Charles le Téméraire à Cambrai
(1477-1482). Paris, Alph. Picard et fils, ^1903. In-8°, Gl pages et
pi. (Extrait des Mémoires de la Société d'émulation de Cambrai,
t. LV.)
En ces quelques pages, notre confrère relate les faits qui se sont
écoulés à Cambrai après la mort de Charles le Téméraire. L'importance
de cette place, point stratégique situé entre la Picardie et le Tournai-
sis, ne pouvait échapper à Louis XI, qui désira vivement s'en emparer.
Sa neutralité avait été reconnue et garantie par divers princes, à cer-
taines conditions : il fallait de toute nécessité la violer ; le roi de
France commença par ordonner à la cité de lui prêter pour deux ans
une somme de 40,000 écus d'or, qu'elle eut grand'peine à réunir. Le
25 mai, Louis XI y faisait son entrée, et Louis de Maraffin la gou-
verna par son ordre. Malgré des lettres patentes où semblait être
reconnue la neutralité, le gouverneur fit enlever de tous les monuments
publics les armes impériales, qui furent remplacées par l'écu fleurde-
lisé et les armes du comté de Cambrésis; puis, sous prétexte de com-
plot ourdi contre sa personne, il fit incarcérer ou emmener comme
otages plusieurs notables, tant laïcs qu'ecclésiastiques. Les exécutions
sanglantes suivirent bientôt, les confiscations se multiplièrent, les for-
tifications furent doublées et l'échevinage peuplé d'hommes à la dévo-
tion du gouverneur royal. Ainsi Louis XI s'imposa à Cambrai par la
terreur et la cruauté.
M. Lesort appuie le récit de ces événements et de ceux qui suivirent
sur les documents des archives communales, sur le mémorial inédit de
Philippe Blocquiel, abbé de Saint-Aubert, et sur quelques autres
textes retrouvés par lui et publiés à la fin de sa brochure. Il juge et
apprécie comme il convient les actes dont il s'est fait l'éditeur.
H. S.
BIBLIOGRiPHIE. ^ 83
René PooPARDiN. Cartulaire de Saint-Vincent de Laon (Arch, Vati-
can.^ Mise. Arm., XV, i45J. Analyse et inèces inédites. Paris,
^902. In-8°, 99 pages. (Extrait des Mémoires de la Société de
V Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XXX.)
Des nombreux cartulaires de l'abbaye bénédictine de Saint-Vincent
de Laon mentionnés par les anciens auteurs, un seul nous est parvenu
dans son intégrité. Encore a-t-il depuis longtemps été distrait du
fonds auquel il appartenait, pour aller enrichir vers la fin du xvii« siè-
cle les archives vaticanes, après avoir figuré dans la bibliothèque de
Petau, puis dans celle de la reine Christine de Suède.
Successivement signalé et étudié dans ces dernières années par
M. de Manteyer et par M. Luchaire, ce document, — dont il existe
d'ailleurs une copie presque intégrale dans le Monasticon benediclinum,
à la Bibliothèque nationale, — vient de faire l'objet d'un travail défi-
nitif de M. René Poupardin.
Cette publication est précédée d'une brève notice résumant avec pré-
cision les principales dates de l'histoire de l'abbaye, ainsi que d'une
description de ce manuscrit qui date du xiv« siècle. M. P. en a très
nettement dégagé le caractère en faisant remarquer qu'il renfermait
plus spécialement des pièces ayant trait aux possessions situées dans le
voisinage direct de l'abbaye, dans le dislrictus Sancti Vincentii. Mais il
est regrettable que l'auteur n'ait pas cru devoir identifier les divers car-
tulaires de Saint- Vincent. Sans chercher à résoudre ici les difficultés
que présenterait cette question, on peut cependant indiquer que
chacun de ces registres parait avoir revêtu plusieurs appellations diffé-
rentes. Ainsi, les anciennes dénominations de petit cartulaire et de
cartulaire in-k" recouvert de cuir roux semblent bien s'appliquer indis-
tinctement au cartulaire du xn^ siècle, dont deux feuillets seulement
ont été retrouvés par l'abbé Desilve (et non par Devismes, comme l'in-
dique M. P.) et donnés par lui, en 1877, à la Bibliothèque nationale.
Cet établissement renferme aussi des fragments d'un cartulaire du
xiv siècle (n. a. lat. 2314) dont les feuillets en déficit se retrouvent
dans les riches collections de feu sir Thomas Philipps à Cheltenham.
Le travail de M. P. comprend non seulement l'analyse de tous les
actes transcrits dans le manuscrit du Vatican, mais aussi la publica-
tion des pièces inédites, au nombre desquelles se remarque la seule
charte de l'infortuné évêque Gaudri qui se soit conservée. Pour celles
de ces pièces dont les originaux subsistent, les textes sont donnés
d'après ces originaux; mais l'auteur a pris soin, dans ce cas, de rele-
ver en note les variantes du cartulaire, afin de faciliter la collation des
textes, principal objet, à vrai dire, du travail de M. P. Toutefois, l'on-
] 84 BIBLIOGRAPHIE.
ginal de la charte de l'évêque Roricon (pièce n" III), conservé à la biblio-
thèque de Laon, n'a pas été connu de lui. Il en est de même de l'accord
conclu, en 1290, entre Saint-Vincent et la commune (pièce n" XLVI) :
l'original de cet acte existe aux archives de la ville.
Les noms de personnes et de lieux sont identifiés à la table qui ter-
mine l'ouvrage. Quelques légères erreurs y ont échappé à l'attention de
l'auteur. Ainsi, la localité appelée Luiliacum ou LuHli dans plusieurs
actes doit être identifiée avec Lœuilly, faubourg de Laon, et non pas
avec Leuilly-sous-Coucy. De même, le vocable Ardon ne désigne pas,
dans toutes les pièces du cartulaire où il se. rencontre, la rivière de ce
nom, mais, le plus souvent, un autre faubourg de la ville, traversé par
ce cours d'eau, et également appelé Ardon.
Ces quelques erreurs n'empêchent point le travail de M. P. d'être
rédigé avec extrêmement de soin et de précision.
Lucien Broche.
Abbé V. Caruière. Bôle et taxes des fiefs de l'arrière-ban du bail-
liage de Provins, en 1587, avec une introduction sur le rétablis-
sement et l'étendue de ce bailliage au XV t siècle. Paris, Picard,
-1903. In-8°, 62 pages. (Extrait revu et augmenté du Bulletin de la
Conférence d'histoire et d'archéologie du diocèse de Meaux,
IIP vol., 11° -1.)
L'ouvrage de M. l'abbé Carrière n'est pas une simple publication de
texte. Ayant trouvé à la bibliothèque de Provins un rôle des fiefs de ce
bailliage, en 1587, l'auteur de cette brochure a pense qu'il y avait mieux
à faire que de le publier même avec soin; il le prit comme base d'un
excellent travail sur cette circonscription administrative.
Dans une préface de quatre pages, en même temps qu'il fait con-
naitre où se trouve le manuscrit qu'il étudie et le nom de son auteur,
il donne une note très succincte, mais très claire sur le ban et l'arrière-
ban et sur les obligations qu'il imposait aux propriétaires féodaux.
Après cette préface, M. l'abbé Carrière dresse une liste des officiers
préposés au gouvernement des bailliages de Provins, Meaux et Troyes
jusqu'au milieu du xvi« siècle, puis une liste des baillis de Provins,
seulement depuis le milieu du xvi' siècle jusqu'en 1789. Cette liste est
dressée avec soin et à l'aide de nombreux documents. A sa suite, on
trouve une bonne étude sur l'étendue du bailliage de Provins au
xvi" siècle.
Le « Rôle et taxes des fiefs de l'arrière-ban » forme en quelque sorte
la seconde partie de cet ouvrage. M. Carrière a identifié, avec un très
grand soin, tous les noms de lieux, qui sont au nombre de plus de trois
cents. Aussi, son travail, terminé par deux tables, l'une des noms de
BIBLIOGRAPHIE. ^85
personnes, l'autre des noms de lieux, sera-t-il des plus utiles à consul-
ter par tous les érudits qu'intéresse l'histoire de la Champagne.
Jules VlARD.
Dictionnaire topographique du département de la Haute- Marne
comprenant les noms de lieux anciens et modernes, rédigé par
Alphonse Rosebot. Paris, Impr. nat., -1903. In-4°, LIx-22^ pages.
La série des dictionnaires topographiques publiée sous les auspices
du ministère de l'Instruction publique vient encore de s'enrichir d'un
volume consacré à la Haute-Marne. L'ensemble de cette publication
forme un instrument de travail des plus précieux pour l'étude géogra-
phique de l'ancienne France, et il serait très désirable de voir les
volumes se succéder plus rapidement.
Celui de la Haute-Marne, fait sur le plan des précédents, comprend
trois parties : une introduction, qui est une véritable étude de géogra-
phie historique du département, le dictionnaire et, enfin, pour terminer,
une table des formes anciennes. Dans son introduction, M. Roserot,
après avoir expliqué comment il comprend son travail et les règles
qu'il a suivies pour l'orthographe des noms de lieux, retrace l'histoire
des régions comprises dans les limites du département de la Haute-
Marne pendant les périodes gauloise et gallo-romaine, franque et féo-
dale; pendant la période royale, c'est-à-dire à partir de 1285; puis pen-
dant la période moderne, c'est-à-dire à partir de 1789. Pendant la
période royale, il étudie successivement le domaine royal, les circons-
criptions militaires, les circonscriptions judiciaires, donnant la nomen-
clature des localités comprises dans chacun des bailliages de Bourmont,
de Chaumont et de Langres, et énumérant les villages qui, actuelle-
ment compris dans le département de la Haute-Marne, dépendaient de
bailliages situés hors de ses limites. H fait connaître ensuite les cir-
conscriptions financières et donne également la nomenclature de tous
les lieux du département compris dans les élections de Chaumont, de
Joinville, de Langres, de Bar-sur-Aube, de Vitry-le-François, dans
les intendances de Bourgogne, de Franche-Comté, de Lorraine et de
Barrois. Viennent enfin les circonscriptions ecclésiastiques et la nomen-
clature des localités comprises dans le grand archidiaconé de Langres,
dans les archidiaconés du Dijonnais, du Tonnerrois, du Barrois, du
Lassois ou de Châtillon-sur- Seine, du Bassigny et de celles du dépar-
tement qui dépendaient autrefois de l'archevêché de Besançon, des évé-
chés de Châlons-sur-Marne, de Toul et de Troyes. Pour la période
moderne, après avoir esquissé l'histoire de la création du département,
il donne la liste des localités comprises dans les anciens districts de
Bourbonne, de Bourmont, de Chaumont, de Joinville, de Langres, de
Saint-Dizier et, enfin, dans les arrondissements et cantons actuels.
iS6 BIBLIOGRAPHIE.
Une liste des principales sources imprimées et manuscrites, ovi M. Ro-
serot a puisé les éléments de son Dictionnaire, termine l'introduction.
Dans le Dictionnaire, on trouvera pour chaque localité une notice
donnant les formes anciennes, puis faisant connaître très succincte-
ment dans quelle subdivision elle se trouvait avant 1789, sous quel
vocable son église était placée et de qui elle dépendait. Fait avec soin,
par un érudit qui fut longtemps placé à la tête des archives de ce dépar-
tement et dont les travaux sur la Champagne sont nombreux et fort
appréciés, ce Dictionnaire sera souvent d'un grand secours aux histo-
riens qu'intéresse le passé de cette région.
J. VlARD.
Le Régime municipal en Berry, des origines à 1789, par le vicomte
Henri de Mazières-Mauléon, docteur en droit, avocat à la Cour
d'appel de Paris. Paris, Arthur Rousseau, ^903. In-8% 319 pages.
Dans ce volume, M. de Mazières a essayé de grouper en un ordre
méthodique tout ce que l'on sait actuellement sur les institutions muni-
cipales du Berry avant la Révolution.
Pour prouver l'utilité d'une pareille monographie, l'auteur fait tout
d'abord remarquer très justement, mais sous une forme un peu pré-
cieuse, que le pouvoir municipal est né spontanément, « de façons cent
fois diverses », et que « ses modalités, ballotées pendant des siècles au
gré des tempêtes locales, ont varié à l'infini avant de se cristalliser
sous la forme centralisatrice » (p. 2). Puis il indique que, s'il a choisi
spécialement le Berry, c'est-à-dire une région du Centre, c'est parce
qu'à son avis « l'on s'est trop exclusivement occupé surtout des com-
munes du nord de la France, dont l'histoire a, sur les autres munici-
palités, le privilège peu enviable d'avoir été la plus sanglante » (p. 3).
M. de M. a soin de nous dire ce qu'il entend par Berry (p. 3) : il a
pris le mot dans le sens le plus large et donne à ce que l'on appelait au
moyen âge le pagus Bituricus les limites du diocèse de Bourges sous
l'ancien Régime, limites qui coïncidaient à peu près avec celles de la
« cité » des Bituriges, la civitas Biturigum Cuborum de l'empire
romain. Les villes et villages, dont il étudie l'administration munici-
pale, se trouvent aujourd'hui disséminés dans le Cher et l'Indre, dans
le sud-est du Loir-et-Cher, dans le sud du Loiret, dans le nord-ouest
de l'Allier et l'extrême nord de la Creuse.
La besogne de M. de M. était singulièrement facilitée par le cons-
ciencieux travail de notre confrère de l'École des chartes, M. l'abbé
Maurice Clément, sur les Communautés d'habitants dans la province de
Berry (Châteauroux, 1893).
A Bourges, d'après M. de M., le régime municipal romain se serait
perpétué en se transformant. Voilà une opinion bien hasardée et qui
BIBLIOGRAPHIE. ^ 87
n'a pas le mérite de l'originalité. Il est vrai qu'à l'appui de cette vieille
thèse, empruntée à Augustin Thierry, l'auteur n'apporte aucun fait
probant. Il se borne à rappeler que les formules de Marculfe et les for-
mules dites de Bourges témoignent, à l'époque mérovingienne, de
l'existence des curiales et d'un defemor civitatis. Mais ces formules juri-
diques peuvent très bien ne plus répondre à des réalités et représenter
un état de choses antérieur, l'état de choses tel qu'il était avant la
décomposition de l'empire : « Il est dangereux », a dit M. Paul Viollet,
« de conclure de la persistance des mots à la persistance des choses. »
Il faudrait d'abord montrer, pour forcer la conviction, comment le
régime qui s'appliquait à la civitas Biturigum, c'est-à-dire à un terri-
toire plus vaste que les départements actuels du Cher et de l'Indre,
s'était restreint peu à peu à l'administration de la capitale, Bourges
(Avaricum], et de sa banlieue. La curia gallo-romaine avait été, dans
le principe, plutôt un conseil régional qu'un « conseil municipal ». Ce
n'était pas du tout le régime communal tel que nous l'entendons à
présent.
Faute donc de textes précis, faute aussi de saisir l'évolution, je me
refuse à admettre à Bourges la perpétuité du régime municipal
romain. J'en serai quitte pour être rangé par M. de M. parmi ces gens
« trop absolus qui, à force de chercher partout des preuves inéluc-
tables, finissent par ne croire à rien » (p. 15). M. de M. n'explique pas
comment, chez les Bituriges, la vie administrative de la civitas entière
a fini par se concentrer dans le chef-lieu. Je ne vois pas comment la
curia romaine et les curiales se sont maintenus du vi^ au xn« siècle; je
ne comprends pas comment les curiales sont devenus les boni homines
ou probi homines de la charte de privilèges octroyée aux habitants de
Bourges par Louis VII le Jeune (1144-1145) et de la charte de Phi-
lippe II Auguste (1181). La théorie de la tradition romaine est, sans
doute, très séduisante; mais je dirai, avec mon regretté maître Arthur
Giry, qu'à toutes les comparaisons qu'on a tentées entre le régime
municipal romain et le régime municipal du moyen âge, « il manque,
« pour être fécondes, les faits, les textes, les constatations qui pour-
« raient montrer qu'un lien rattache ces institutions de l'antiquité à
« celles du moyen âge et prouver qu'il a pu survivre quelque chose des
« premières. Tant qu'il manquera des anneaux à la chaîne, on pourra
« taxer toutes ces analogies de ressemblances fortuites, sur lesquelles
« il serait téméraire d'asseoir un système » {les Établissements de Rouen,
t. I, p. 430).
En somme, on distingue à Bourges, du x« siècle au xn«, une organi-
sation féodale, mais il n'y a pas d'organisation municipale.
J'ai bien d'autres critiques de détail à formuler : il y a dans ce
volume des contradictions choquantes; ainsi, à la p. 12, M. de M. sou-
tient que « Bourges a toujours été libre »; à la p. 15, l'auteur nous
-188 BIBLIOGRAPHIE.
affirme qu'ea Berry, pendant la première partie du moyen âge, « la
condition des habitants des villes et la condition de ceux des cam-
pagnes étaient identiques : presque tous serfs ou mainmortables ! »
C'était, cependant, l'heureux temps où, d'après M. de M., « les vilains
ne connaissaient ni le cabaret ni les élections politiques » (p. 19). Cette
réflexion ne me paraît guère à sa place dans un ouvrage qui vise à
l'érudition, pas plus, d'ailleurs, que cette observation : « Les serfs
étaient assujettis à la taille serve » (p. 18); le contraire serait plutôt
étonnant.
La charte de privilèges de Mennetou-sur-Cher aurait demandé une
élude plus minutieuse et plus attentive : M. de M. (p. 53) n'a pas
remarqué qu'elle dérivait de la charte de Romorantin (1196), laquelle
dérive elle-même de celle de Blois (1196), empruntée à celle de Lorris en
Gâtinais^. Cette propagation, en Berry, de la fameuse charte de Lorris
par l'intermédiaire du Blésois et de la Sologne a passé inaperçue aussi
bien à La Thaumassière qu'à M. de M. C'est là, cependant, un fait
important. Il n'est pas inutile de dire ici incidemment que le texte de
la charte de Mennetou-sur-Cher, publié au xvii« siècle par La Thau-
massière, est très mauvais : une réédition s'impose de ce document si
curieux.
Je me demande sur quoi peut être basée cette singulière hypothèse
exprimée par M. de M., en parlant de Selles-sur-Cher (anciennement
Celle en Berry) : « Il n'est pas impossible que Selles ait dû sa liberté
à la corporation des marchands de l'eau » (p. 26) !
A propos des institutions du Bourg-de-Déols, près de Châteauroux,
la traduction que fait M. de M. de boni viri par « bons hommes, » au
lieu de « notables », prête à la plaisanterie (p. 70).
M. de M., qui a eu le bonheur de retrouver la charte originale des
franchises de Levroux, accordée en 1258 par Jean de Chauvigny (p. 71),
en a publié, à la fin de son volume, un texte très défectueux, si défec-
tueux qu'il est presque incompréhensible.
Dans son chapitre sur les électeurs (p. 94), M. de M. ne montre pas
assez clairement que les assemblées « générales » ne l'étaient que de
nom; que les petites gens en étaient exclues et que c'était, en réalité,
un suffrage très restreint qui décidait.
L'auteur remarque un peu plus loin (p. 103) que les décisions réu-
nissent fréquemment l'unanimité des votants. Il est aisé de voir que
cette unanimité n'esi le plus souvent qu'une formule du tabellion chargé
de rédiger le procès-verbal.
Il m'est impossible d'admettre, quoi qu'en dise M. de M. (p. 205),
que la ville de Bourges ait battu monnaie sous les Carolingiens. La
1. Voir mon Élude sur la communauté des habitants de Blois jusqu'au
commencement du XVI' siècle. Paris, A. Picard, 1894, p. 27 et suiv.
BIBLIOGRAPHIE. ^ 89
légende Biturices civitas, qu'on trouve, en abrégé, sur les deniers et
les oboles, signifie simplement « frappé dans la cité de Bourges » (civi-
tas désigne alors une ville épiscopale) et n'indique nullement que la
fabrication de la monnaie soit un droit municipal. C'était bien le roi
des Francs qui battait monnaie sous la surveillance du comte, son
délégué.
A la p. 206, je lis : « Bourges eut certainement le droit de sceau ».
Je puis affirmer le contraire; jamais Bourges n'a eu de sceau au
moyen âge.
L'ancienneté des armoiries des villes de Saint-Amand (p. 206),
Mehun-sur-Yèvre, Dun-sur-Auron et Selles-sur-Gher est pure fan-
taisie.
Est-il logique de dire (p. 219) que l'instruction était « relativement »
développée en Berry sous l'ancien Régime parce que des témoins
signent sur les registres de « l'état civil? » Non, à mon avis, cela n'est
pas une preuve,
La police des vignes (p. 231), d'après la charte de Bourges de 1175, n'a
rien de municipal. L'auteur ignore que l'on trouve un article analogue
dans une charte de Thibaud V, comte de Blois (1164-1191) ^.
P. 232, il eût été bon de faire remarquer que la réglementation du
travail n'était établie que dans l'intérêt des seigneurs et des patrons, et
non pas des salariés.
P. 241, le passage relatif au service d'incendie à Bourges, avant l'or-
ganisation des pompiers, est trop sommaire. J'ai montré [Mémoires de
la Société des Antiquaires du Centre, 1901, 25« volume. Bourges, 1902,
p. xxiv) que l'ordonnance de 1693 n'était pas originale; elle fut
empruntée par les échevins à la ville de Paris.
La conclusion de M. de M, est vague : a En somme », dit-il, « quelques
« villes de Berry avaient, et au delà, les attributions qui leur sont confé-
« rées par la loi municipale actuelle. Dans la plupart des autres localités,
« l'organisation était suffisante pour que tout fût réglé facilement et sans
« désordre. La liberté politique, au sens actuel du mot, manquait, mais
« y en a-t-il besoin pour les intérêts locaux, et V administration prudente
« des échevins d'autrefois ne valait-elle pas celle des maires d'aujourd'hui? »
(p. 270).
Gela est possible. Mais M. de M. n'a nullement démontré en quoi
cette administration des échevins était prudente. Sous l'ancien Régime,
comme aujourd'hui, bien des villes étaient endettées.
Ce qui est choquant, c'est que, quelles que soient les opinions poli-
tiques de l'auteur, il n'y ait pas, dans ce volume, un mot de mépris
pour le pouvoir central, qui, sous Louis XIV, et notamment à Bourges,
viciait constamment les élections du maire et des échevins.
1. Cf. J. Soyer, op. cit.-, p. 15.
-190 BIBLIOGRiPHIE.
Je me demande si sérieusement M. de M. \oudrait en revenir au
temps où, comme à Saint-Amand, de 1771 à 1789, le duc de Chârost,
qui avait acheté les offices municipaux, nommait et révoquait à ces
fonctions (p. 115) ?
Les références sont souvent inexactes et incomplètes; c'est à croire
que M. de M. n'a pas toujours vu par lui-même les sources qu'il cite.
En résumé, cette étude est un travail non pas d'érudition, mais de
vulgarisation. L'on n'y trouve aucun fait nouveau, aucune idée neuve.
C'est le fruit non point de recherches originales, mais de la lecture de
nombreuses monographies sur les localités du Berry. M. de M. est au
courant de la bibliographie régionale; mais cela ne suffit pas pour com-
poser un livre scientifique. Il faut encore, après avoir eu le courage de
lire ce fatras de brochures, produit de l'érudition provinciale, en faire
la critique rigoureuse, distinguer ce qui est nul de ce qui est le résul-
tat d'observations suggérées par les documents originaux. Une étude de
bibliographie critique de ce genre eut dispensé l'auteur de citer, dans
l'index qui termine son volume, une foule d'ouvrages dépourvus de
toute valeur.
Jacques Soyer.
Jacques Soter. Les Actes des souverains, antérieurs au XV^ siècle,
conservés dans les archives départementales du Cher, transcrits
in extenso^ avec des analyses et un index des noms propres. \. Fonds
de l'abbaye de Saint -Satur-sous-Sancerre {ordre de Saint-Augus-
tin, diocèse de Bourges). Bourges, Tardy-Pigelet, -1903. In-.S°,
IV-H4 pages. (Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires
du Centre, XX VP volume.)
— Actes inédits au nom de Jean de Luxembourg et de Béatrice,
roi et reine de Bohême (1340 et 1342), conservés dans les archives
départementales du Cher. Paris, Impr. nat., ^903. In-S^ 7 pages.
(Extrait du Bulletin historique et philologique., 1902.)
— Note sur une inscription de lliôtel Lallemant à Bourges
(XVI' siècle). Bourges, Tardy-Pigelet, 1903. ln-8°, 4 pages.
(Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre.,
XXV? volume.)
— Les « Fossata Bomanorum » du « Castrum Bituricense. » Bourges,
Tardy-Pigelet, 1903. In-S», 8 pages. (Extrait des Mémoires de la
Société des Antiquaires du Centre, XXVP volume.)
Ces quatre brochures, que M. Soyer a consacrées à étudier diffé-
rentes questions concernant la ville de Bourges et le Berry et à recueil-
lir les textes les plus importants qu'il a rencontrés aux archives du
BIBLIOGRAPHIE. 49^
département du Cher, montrent avec quelle activité ce jeune archi-
viste remplit ses fonctions.
La première, qui offre le plus d'intérêt pour l'histoire générale, ren-
ferme la transcription, d'après les originaux, de quarante-sept actes
(bulles pontificales et chartes royales) s'échelonnant entre le 29 mai
H07 et le mois de décembre 1361, plus l'analyse de. sept actes connus
seulement par un inventaire rédigé de 1686 à 1689, Toutes ces pièces
sont tirées du fonds de l'abbaye de Saint-Satur-sous-Sancerre et offrent
le résultat du dépouillement de 167 liasses et registres.
Les papes représentés dans ce recueil sont : Pascal II, Innocent II,
Eugène III, Adrien IV, Alexandre III, Luce III, Urbain III, Géles-
tin III, Innocent III, Grégoire IX, Innocent IV, Grégoire X, Jean XXI.
Les rois sont : Louis VII le Jeune, Philippe II Auguste, saint Louis,
Philippe III le Hardi, Philippe IV le Bel, Philippe V le Long, Jean II
le Bon.
Parmi ces pièces, plusieurs sont intéressantes au point de vue de la
topographie du département du Cher, et leur ensemble forme un appoint
important pour l'histoire de l'abbaye de Saint-Satur. M. Soyer les a
publiées avec grand soin; elles sont précédées d'une analyse détail-
lée et suivies de notes qui donnent une description minutieuse de
la pièce et fournissent de bonnes indications bibliographiques. A la
fin du volume se trouve une table des noms propres très complète et
une bibliographie des travaux relatifs à l'abbaye des chanoines de Saint-
Satur. Par cette publication, M. Soyer donne un exemple qu'il serait
désirable de voir suivre par les archivistes départementaux. Si tous
apportaient le même zèle à faire connaître les principaux documents
dont la garde leur est confiée, ils rendraient souvent de grands services
aux historiens et aux érudits.
Dans le deuxième opuscule, M. Soyer publie deux actes inédits de
Béatrice de Bourbon, femme de Jean de Luxembourg, roi de Bohême ;
tous deux sont du 31 décembre 1342 et se rapportent à l'administration
de la terre de Mehun-sur-Yèvre. Le premier de ces actes vidirae une
lettre de Jean de Luxembourg lui-même, par laquelle, étant obligé de
quitter la France pour aller gouverner son royaume, il charge Béatrice
d'administrer cette terre. Ces deux pièces peuvent apporter un appoint
à l'intéressant article que M. de Puymaigre publia au mois d'octobre
1892, dans la Revue des Questions historiques, sur Jean V Aveugle en France.
Cet article, que M. Soyer semble ignorer, pourra lui permettre de
rectifier et de préciser quelques points de son opuscule. Ainsi, c'est au
mois de décembre 1334 et non en 1332 que la seigneurie de Mehun-
sur-Yèvre fut donnée à Jean de Luxembourg. Enfin, c'est par Bonne
et non par Marie de Luxembourg que cette terre passa à Jean le Bon.
Les troisième et quatrième opuscules se rapportent à des questions
d'histoire locale. Dans l'un, l'auteur propose une solution pour arrivera
i92 BIBLIOGRAPHIE.
donner un sens intelligible à la légende placée autour du médaillon
sculpté au fronton de la porte de l'escalier de l'hôtel Lallemant à
Bourges. Cette solution lui fut inspirée par l'exergue d'une médaille
décrite dans le catalogue de la collection Hoffmann. Selon M. Soyer,
cette légende, qui accompagne une tête représentant évidemment Paris,
doit ainsi se lire : Paris ftliiis Priami Régis Trojanorum Magni. Dans
l'autre, il publie un acte de décembre 1262 qui mentionne un lieu-dit
appelé les Fossés des Romains et peut servir à délimiter ainsi l'emplace-
ment qu'occupait le camp romain du Cliâteau-lez-Bourges. Les com-
mentaires, qui accompagnent cette pièce, seront utilement consultés
par les historiens qu'intéressent les antiquités gallo-romaines de notre
pays.
Jules VlARD.
Diplomatum regmn et imperatormn Germanix tomi III pars poste-
rior. Heinrici II et Arduini diplomata. {Monumenta Germanix
historica.) Hannover, Hahn, -1903. In-4°, xxx pages, page ^•2^
à 853.
Nous avons donné précédemment' un compte-rendu du premier
volume du recueil des actes de Henri iï, roi de Germanie et empe-
reur, publié par la Société des Monumenta Germanise. Un deuxième
volume complète cet ouvrage. Il contient : un avant-propos du profes-
seur Bresslau; une introduction sur la chancellerie de Henri H; une
liste des diplômes classés par destinataires, et qui présente en même
temps le tableau des archives oîi ils sont conservés, avec l'indication de
la forme sous laquelle ils nous sont parvenus ; une table alphabétique
des noms propres, où les noms de lieu sont identifiés; enfin une table
alphabétique des mots techniques. Les historiens des institutions feront
grand cas de cette dernière table, que les éditeurs de textes négligent
trop souvent de dresser.
L'auteur de l'introduction y a groupé tous les renseignements que
l'étude des diplômes lui a permis de recueillir sur les notaires de la
chancellerie de Henri II ; il a fixé les périodes pendant lesquelles et les
pays dans lesquels s'est exercée l'activité de chacun d'eux.
Henri II fut couronné roi à Mayence le 6 ou le 7 juin 1002. Dans les
dernières années du règne d'Olton III, la direction nominale de la chan-
cellerie se partageait entre l'archevêque de Mayence, Willigis, archi-
chapelain pour l'Allemagne, et l'évêque Pierre de Gôme, archichape-
lain d'Italie. Sous leurs ordres était placé un seul chanceUer, Héribert,
archevêque de Cologne. L'évêque de Gôme, ayant embrassé le parti
d'Ardouin, marquis d'Ivrée, qui, dès le 15 février 1002, s'était fait cou-
1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. LXIII (1902), p. 125.
BIBLIOGRAPHIE. ^ 93
ronner à Pavie, ce roi le mit à la tète de sa chancellerie. Henri II n'eut
donc qu'un archichancelier, ou plutôt un archichapelain, Willigis, au
nom de qui furent reconnus tous les diplômes, qu'ils fussent relatifs à
l'Allemagne ou à l'Italie. Quant au chancelier, l'archevêque Héribert
de Cologne, il fut mis de côté et sa charge donnée à Égilbert, d'origine
bavaroise, et qui était peut-être de la maison des comtes d'Ébersperg.
La formule de récognition du premier diplôme de Henri II (10 juin
1002) est la suivante : « Egilbertus cancellarius vice Uuilligisi archie-
piscopi recognovit. » A partir du 10 juillet suivant, le titre d'archicha-
pelain remplace celui d'archevêque. Quant aux notaires^ quelques-uns
de ceux d'Otton III restèrent en fonctions, et de nouveaux vinrent
prendre place à côté d'eux. Égilbert, ayant reçu l'évêché de Freising,
quitta la chancellerie; son nom paraît pour la dernière fois au bas d'un
diplôme du 5 mai 1005. Son successeur fut Brunon, frère de l'empe-
reur, dont le nom est inscrit, pour la première fois, dans la souscrip-
tion d'un diplôme du 31 mai 1005. Il paraît avoir renouvelé le person-
nel des notaires. Entre le 24 avril et le 28 mai 1006, Brunon, élevé sur
le siège épiscopal d'Augsbourg, céda la direction de la chancellerie à
Éberard. Mais, entre le 4 novembre 1008 et le 12 mars 1009, on modifia
l'organisation de la chancellerie; on revint à la dualité; il n'y eut
qu'un archichancelier, l'archichapelain Willigis; mais il y eut deux
chanceliers, l'un, Gunther, fils du margrave qui souscrivit les diplômes
relatifs à l'Allemagne, tandis qu'on ne laissait à Éberard que l'expédi-
tion des actes italiens. Willigis mourut le 23 février 1011; la charge
d'archichapelain était attachée à la dignité d'archevêque de Mayence;
la direction nominale de la chancellerie passa donc à son successeur
Erkenbald; mais son nom ne fut pas inscrit au bas des diplômes pour
l'Italie. Pour ce qui regarde ceux-ci, à partir de l'an 1012, ils ne furent
plus souscrits que par le chancelier Éberard, sans mention de l'archi-
chapelain; et même, avant février 1013, Éberard prit le titre d'archi-
chapelain, tandis qu'un certain Henri devenait chancelier pour les
affaires d'Italie : « Ileinricus vice Everardi episcopi et archicapellani
recognovit. » A Henri succéda, en 1016, un chapelain de l'empereur,
Piligrim, et à ce dernier, devenu archevêque de Cologne, en 1021, un
certain Dietrich; puis enfin, entre le 5 janvier et le 2 septembre 1023,
Hugues, qui conserva sa charge sous Conrad II.
Pour l'Allemagne, Gunther, qui obtint le siège archiépiscopal de
Salzbourg, fut remplacé comme chancelier entre le 3 janvier et le
5 février 1024 par Odalric, qui resta en charge sous Conrad IL A ce
moment là, l'archichapelain était Aribon, successeur d'ErkenbaUl sur
le siège de Mayence.
Si tous les diplômes ont été reconnus par les chanceliers royaux, il
s'en faut que tous aient été rédigés et écrits par des notaires royaux.
^904 ^3
194 BIBLIOGRAPHIE.
Le soin de les faire écrire a été souvent laissé aux destinataires qui y
ont employé leurs scribes ; mais dans ce cas-là, les notaires de la chan-
cellerie royale intervenaient soit pour rédiger la minute, soit pour ins-
crire quelques-unes des formules finales, spécialement le monogramme.
Il y a cependant quelques actes qui ont été expédiés en dehors de toute
participation des notaires royaux.
Le formulaire de la chancellerie ne subit aucun changement notable
d'Otton III à Henri II. Cependant, au lieu du titre imperator augustus,
on rencontre une fois, dans la suscription, et plusieurs fois dans la
souscription : semper augustus. Dans la formule de notification, l'un
des notaires place le mot futuri avant présentes, usage qui ne prévalut
que dans la seconde moitié du règne de Conrad II. Les menaces
d'amendes pécuniaires contre les infracteurs de l'acte deviennent de
plus en plus fréquentes. Enfin, l'inscription de noms de témoins est
tout à fait exceptionnelle.
La formule normale de la date est celle-ci : « Data vi id. julii, anno
dominicae incarnationis Mil, indictione XV, anno vero domni Heinrici
régis I; actum Babenberc. » Souvent Tindiction précède le millésime.
Il arrive aussi que le quantième du mois est rejeté après l'année de
l'incarnation et l'indiclion ; les mots data et actum sont eux-mêmes
déplacés. Les années du règne sont comptées à partir du 6 ou 7 juin
1002; après le couronnement de Henri comme empereur, à Rome, le
14 février 1014, on introduisit dans la date, à la suite de l'année du
règne, la mention de l'année de l'empire : « Imperii ejus primo. » L'an-
née de l'incarnation commençait au 25 décembre; le chiffre de l'indic-
tion était changé tantôt avec le millésime, tantôt au l^"" septembre. Il
est notable que, même dans cette chancellerie bien organisée, les
erreurs dans les dates, surtout pour ce qui concerne l'indiction, sont
fréquentes.
"Voici encore une observation remarquable des auteurs du recueil :
un assez grand nombre d'actes ont été expédiés sur des blancs-seings.
On a fait usage à la chancellerie de Henri II de feuilles de parchemin
qui portaient, écrites d'avance, les formules finales ou une partie d'entre
elles, spécialement le monogramme, ou encore une partie du protocole
initial ou même du texte ; d'autres feuilles étaient livrées au scribe
chargé d'expédier le diplôme, munies du sceau, ou au moins avec l'in-
cision destinée à recevoir la cire. Au dos de ces blancs-seings, le notaire
indiquait, en deux ou trois mots, l'objet de l'acte à dresser; on voit
même, par ces notes, que l'on a écrit sur des parchemins ainsi préparés
des actes auxquels ils n'avaient pas été tout d'abord destinés. Tels sont
les principaux faits mis en lumière par l'auteur de l'introduction au
recueil des actes de Henri II.
M, Prou.
BIBLIOGRAPHIE. 493
Die deutschen Lehnhucher. Beitrag zum Registerwesen und LehU'
redit des Mittelalters ^ von Woldemar Lippert. Leipzig, Druck
und Verlag von B. G. Teubner, J903. In-S», vii-4 84 pages.
Le développement des livres d'hommages en Allemagne n'est pas
antérieur au xiv^ siècle, et ils sont devenus communs au xv^ siècle :
c'est donc entre ces points extrêmes que se classent les documents les
plus anciens étudiés par M. Woldemar Lippert'. Il avait déjà eu l'oc-
casion d'examiner l'un des plus anciens registres d'iiommages de l'Al-
lemagne, lorsqu'il comprit la nécessité d'un travail non limité à un
texte; de là son présent livre. En un ordre rigoureux, l'auteur traite
d'abord de l'origine des registres d'hommages, puis des principes qui
ont présidé à leur établissement, enfin de leur plan, et il termine par
un relevé alphabétique et bibliographique des livres d'hommages de
l'Allemagne, relevé malheureusement très incomplet, comme il le con-
fesse avec sincérité. Il ne faudrait pas demander à M. Woldemar Lip-
pert une étude du genre de celles qui ont amené notre confrère
M. Guilhiermoz à publier son excellent livre : Essai sur V origine de la
noblesse en France. M. Lippert a eu un projet beaucoup plus modeste :
il a successivement dépouillé les recueils d'hommages et en a extrait
les particularités qu'il jugeait intéressantes 2. A la vérité, je ne pense
pas que les lecteurs français, familiers avec les choses du Moyen Age,
tirent grand'chose de ce livre, qui se recommande cependant par une
grande conscience et un soin très méritoire; mais je n'y ai rien trouvé
qui sollicitât spécialement l'attention. Du moins, il sera impossible de
traiter de cette matière sans parcourir les différentes parties du livre
de M. Woldemar Lippert, qui met à la disposition du public les menues
observations qu'il a faites. Bref, c'est un manuel commode, mais qui
n'a pas épuisé la matière, et l'auteur n'a pas négligé d'indiquer que le
défaut d'inventaires pour l'Allemagne centrale et orientale l'a empêché
de faire une besogne plus complète. Je n'ai pu, pour l'Allemagne, —
dont il étend le domaine jusqu'à la Flandre 3, au comté de Bar, au
patriarchat d'Aquilée, etc., et au duché de Bourgogne, suivant une
habitude dont les Français ne doivent pas oublier les motifs, — vérifier
l'exactitude de la bibliographie. Pour la France, j'eusse préféré voir
mentionner dans les citations la réédition donnée par M. Longnon du
Polyptyque d'Irminon ''.
H. M.
\. En tête de la publication, l'auteur a donné la liste chronologique des
recueils d'hommages du xiv" siècle qu'il connaissait.
2. Le lecteur français n'oubliera pas que le régime des fiefs ne prit fin en
Saxe que par une déclaration royale du 22 mai 1872.
3. L'auteur en fait un duché (p. 137).
4. J'ai eu la satisfaction de constater que l'imprimeur de M. Lippert ignore
^96 BIBLIOGRAPHIE.
Alexander Gartellieri. Kaiser Heinrich VII. Neue Heidelberger
Jahrbucher ; vol. XII : Sonder ah druck. Verlag von Gustav Koes-
ter in Heidelberg. In-8°, 'IS p.
Ceci n'est pas un article d'érudition, mais plutôt un article fait par
un érudit que nos lecteurs connaissent bien. En treize pages, M. A.
Gartellieri a tracé à très grands traits le tableau du règne de l'empe-
reur Henri VII. Qu"il ait jugé avec une vive sympathie les efforts de
l'empereur pour tirer quelque chose de la vieille machine impériale,
qu'il ait rappelé avec complaisance les qualités privées et publiques du
comte de Luxemburg, il n'y a qu'à le louer de son patriotisme germa-
nique qui a su douer son portrait d'Henri VII de toutes les qualités
imaginables. Seulement, plus ce tableau est séduisant, plus l'auteur
nous montre que l'Allemagne avait alors affaire à un homme éminent,
plus on est convaincu que le système électoral était absurde, et M. A.
Gartellieri, qui n'ose, en bon Allemand, exécuter une vieille institution
germanique, ne peut cependant pas s'empêcher de reconnaître que la
politique étrangère allemande subissait des à coups, conséquence du
passage successif de la couronne aux maisons de Saxe, de Franconie ou
de Souabe ; alors que dans le même temps la politique étrangère de la
France, dirigée de père en bis par une suite de onze princes, avait une
unité, une suite si régulière que les effets en étaient irrésistibles.
Mais si M. Gartellieri est persuadé qu'Henri VII était un homme
supérieur, desservi par un régime inepte, il a remarqué que Philippe
le Bel, — en définitive adversaire né de l'institution impériale, dès lors
qu'il ne pouvait en faire un docile instrument, — était un homme
auquel on s'accordait à reconnaître la beauté physique, sans qu'on
ait pu décider s'il était un grand homme ou s'il a seulement laissé
faire; il ajoute enfin que jamais ou ne pourra déterminer quelle est la
part de ses conseillers dans le jeu des événements.
En sorte que j'ai cru dégager le fond de la pensée de M. Gartellieri,
et il me pardonnera de l'énoncer privée de ses développements :
Henri VII était un homme supérieur, muni d'un pitoyable instrument
de gouvernement; Philippe le Bel était un esprit dont la valeur n'est
pas démontrée, mais excellemment servi par les institutions. Or, la
conclusion de JM. Gartellieri lui est fournie par les faits : Henri VII est
mort à la peine sans avoir pu faire grand'chose, Philippe le Bel a laissé
la France plus grande qu'il ne l'avait reçue. Ge qui revient à dire que
les nations expient les régimes politiques qu'elles se donnent. Je soup-
çonne que M. Gartellieri a voulu donner à ses compatriotes une leçon
à méditer. H_ Moranvillé.
assez le français pour avoir imprimé sans surprise « pôté » pour « prévôté »
(p. 134).
BIBLIOGRAPHIE. 197
Documents sur V Escalade de Genève tirés des archives de Simancas,
Turiîi, Milan^ Rome, Paris et Londres^ 1508-1603, puljliés par la
Société d'histoire et d'archéologie de Genève. Genève, Georg, 4903.
In-S", xi-488 pages, 4 pi.
Les Défenseurs de Genève à l'Escalade, par Louis Dufodr-Vernes,
dans les Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire
et d'archéologie de Genève. Nouvelle série, tome VIII, livr. i.
Genève, ^902. In-8°, 136 pages.
L'Escalade de 1602. L'histoire et la légende..., par Alain de Becde-
LiÈVRE. Paris, Picard, -1903. In-^2, 172 pages, \ pi.
Les Chansons de l'Escalade, réimpression textuelle de l'édition de
^1702. Moutiers-Tarentaise, F. Ducloz, -1903. In-S", 48 pages, grav.
h'Escalade de Genève n'est pas seulement une page épique de l'his-
toire genevoise; c'est aussi le dénouement inattendu de longues négo-
ciations nourries par la rivalité de la France et de l'Espagne et la lutte
de la Papauté contre la Réforme. Aussi les nombreux travaux suscités
par le troisième centenaire de cet événement intéressent-ils l'histoire
générale à la fin du xvi« siècle.
Le duc de Savoie Charles-Emmanuel I*"" était hanté par l'idée de
ramener sous son sceptre les Genevois rebelles qui avaient secoué le
joug de son grand-père en 1535. Il s'efforça de dissimuler ses revendi-
cations sous des couleurs religieuses, comptant sur l'appui du pape
dans son entreprise « contre la sentine pestilentielle de l'hérésie ».
Devenu gendre de Philippe II, le jeune prince se croyait non moins
sur des sentiments d'un parent dont la politique n'était pas indifférente
à son succès, l'Espagne désirant conserver la liberté des communica-
tions du Milanais en Franche-Comté par la Savoie.
Genève, à son tour, s'était créé des sympathies en adoptant la
Réforme; mais sa grande force résidait dans sa situation stratégique.
Elle commandait à la fois le passage le plus commode des troupes
suisses, si souvent appelées au service de la France, et la route de
Franche-Comté. La France avait donc double intérêt à empêcher la
tentative savoyarde.
h'Escalade de Genève avait été étudiée jusqu'à présent surtout d'après
les sources genevoises'. Les travaux de MM. Raulich ^ et de Crue-^
avaient montre le parti que l'on pouvait tirer d'une exploration métho-
1. Fazy, Hist. de Genève à l'époque de l'Escalade. Genève, 1902.
2. Raiilich, Storia di Carlo- Einanuele II. Milan, 1896-1902, 2 vol.
3. De Crue, Henri IV et les députés de Genève. Genève, 1901.
^98 BIBLIOGRAPHIE.
dique des archives étrangères, dans les pays intéressés au succès ou â
l'échec de ce siège. La Société d'histoire et d'archéologie de Genève a
fait poursuivre des recherches de ce côté pendant trois ans. Le char-
trier de Simancas, complètement inexploré, a donné des résultats très
importants recueillis par notre confrère M. Schiff. Les archives de
Turin et du Vatican, malgré les travailleurs qui les ont fouillées, ont
fourni aussi une précieuse moisson due à M. Dunant. M. de Grue a
étudié les dépôts de Paris et M. Borgeaud a rapporté de Londres des
relations inédites du siège. Les archives privées de la famille Trivul-
zio, à Milan, ont apporté enfin, grâce à M. Motta, une contribution
inattendue : la correspondance intime du duc de Savoie avec son neveu,
le marquis d'Est, au sujet de ses entreprises.
On croyait jusqu'à présent que V Escalade était le résultat de la « cons-
piration romaine et espagnole contre l'Église de Dieu, » suivant les
correspondances officielles des magistrats genevois. Les documents de
Simancas permettent de contester ces conclusions en dévoilant l'atti-
tude équivoque du roi d'Espagne. Sa Majesté Gatholique paraissait
favoriser l'entreprise savoyarde, mais elle mettait pour prendre l'often-
sive contre Genève des conditions irréalisables. Une relation inédite de
Londres nous apprend que trois capitaines espagnols furent pendus par
ordre du duc « pour n'avoir pas marché. » L'échec de l'Escalade s'ex-
plique plus facilement maintenant par la mauvaise volonté ou la défec-
tion des troupes espagnoles.
L'abondance des documents a obligé la Société d'histoire de Genève
à restreindre sa publication à la période qui s'étend entre les traités de
Vervins et de Lyon de 1598 à 1603. Il faut espérer qu'elle pourra pro-
chainement nous donner la période antérieure, celle des nombreuses
tentatives dirigées par Charles-Emmanuel I", prologue nécessaire
pour comprendre VEscalade. Les traductions, les notes, les tables,
l'introduction de M. "Victor van Berchem donnent à cette publication
une grande valeur critique. Elle restera la base des recherches histo-
riques sur cet événement * et sur la politique du duc de Savoie Charles-
Emmanuel !<"■ à l'égard de Genève. Les historiens de Savoie y trouve-
ront en outre une ample moisson, surtout tirée des archives pontificales,
très précieuses pour l'étude de l'évangélisation du Chablais à l'époque
de saint François de Sales.
La notice de M. Dufour-Vernes présente un intérêt plus local. L'au-
teur s'est uniquement préoccupé d'élucider la biographie des citoyens
genevois qui se sont illustrés au siège de leur ville. Son étude abonde
1. Il est question, dans une lettre de Charles-Emmanuel du 18 octobre 1598,
du Père Galesio Toccolante. 11 faut lire : Père Galesio, zoccolante, ce mot ayant
la signification de franciscain; c'est une allusion à leur chaussure, en forme de
socque.
BIBLIOGRAPHIE. 499
en détails curieux, le plus souvent inédits, fruit de minutieuses
recherches dans les archives d'État qu'il explore depuis vingt-cinq ans.
C'est une excellente lecture à conseiller pour qui veut se représenter
les mœurs genevoises à cette époque. La précision et le choix des traits
donnent aux personnages évoqués un puissant souffle de vie.
La version catholique du siège de VEscalade nous est racontée par
M. A. de Becdelièvre dans un opuscule qui ne vise point à l'érudition:
c'est surtout une œuvre de vulgarisation écrite avec clarté, non sans
agrément. Les chercheurs y trouveront (p. 142 à 146) une note très
érudite sur le père Alexandre Hume, ce jésuite qui encourageait,
sous les remparts, les assaillants. La bibliographie de l'appendice peut
aussi présenter quelque utilité.
M. Ducloz, le maître imprimeur de Moutiers en Tarentaise, a publié
de son côté en une plaquette très artistique, à plusieurs tirages en cou-
leur, la réimpression d'une édition rarissime des Chansons de l'Escalade,
éditées à Amsterdam en 1702. Une intéressante préface de M. Eugène
Ritter accompagne cette réédition que tous les bibliophiles voudront
avoir.
Max Bruchet.
G. Romand. Niccolo Spinelli da Giovinazzo , cUplomaiico ciel
sec. XVI . Napoli, 4902. In-8% 646 pages.
Restituer la vie d'un diplom.ate du moyen âge avec assez de détails
pour y saisir, avec l'idée directrice, les manifestations variées de cette
idée, telle est l'œuvre de patience et de sagacité qu'a poursuivie et
achevée M. R., professeur d'histoire à l'Université de Pavie, l'un des
plus érudits chercheurs de l'Italie actuelle. De son œuvre sort presque
vivante la figure de Nicolas Spinelli, plus connu sous le nom de
Nicolas de Naples.
Né entre 1320 et 1325 d'une famille distinguée, Spinelli fit à Naples
et à Padoue de brillantes études juridiques; dès 1351, il professe
dans cette dernière ville, puis à Bologne. En septembre 1355, le sei-
gneur de Bologne l'envoie en mission auprès du légat Albornoz : c'est
le premier pas de Spinelli dans la carrière diplomatique, qu'il embrasse
définitivement en 1360.
Plusieurs pages seraient nécessaires si l'on voulait suivre Spinelli
sur les scènes diverses où s'exerça son activité. Il suffira de noter ici
quelques faits saillants qui montreront l'importance du rôle joué par
lui. D'abord au service de l'Église, il devient bientôt l'agent de la reine
de Naples auprès de la cour d'Avignon, et, pendant toute une période,
« personnifie l'union indissoluble du saint-siège avec la monarchie
sicilienne » (p. 157). Plus tard, avec l'aide de Grégoire XI, il délivre
des Compagnies le comté de Provence, dont il est sénéchal pour
200 BIBLIOGRAPHIE.
Jeanne; son gouvernement laisse en cette région d'excellents souvenirs
(p. 170). Capitaine général du Piémont pour la même souveraine, il se
montre plein d'humanité. Entre autres pages remarquables doit être
signalé un exposé de la situation de Florence vis-à-vis du saint-siège,
et de l'état du Patrimoine aux mains d'officiers français en 4375 (p. 214-
218). A Rome, Spinelli prépare le retour de Grégoire XI, qui s'opère
le 17 janvier 1377, après d'innombrables difficultés.
Dans le Grand Schisme d'Occident, Nicolas Spinelli joue un rôle
capital. Membre du conseil secret d'Urbain VI, couronné le 18 avril
1378, il se sépare de lui au mois de juillet suivant et devient l'ardent
partisan d'une nouvelle élection, puis du nouvel élu, Clément VII. On
ne saurait trop apprécier la fine analyse du rôle de Spinelli, entraîné
d'abord par l'opinion des cardinaux, ses amis et familiers, servant
bientôt de trait d'union entre Jeanne de Naples et les cardinaux, qui
gagnent à leur cause la souveraine, comme ils ont convaincu le roi
de France. Aux cardinaux, en effet, incombe la plus grande part de
responsabilité dans la consommation du Grand Schisme. Charles V,
qui n'avait fait aucune objection à l'élection d'Urbain VI, fut convaincu
par eux de la nullité de cette élection et, par suite, de la validité de
celle de Clément VIL Cette opinion, Spinelli la défend chaudement
dans une circulaire d'octobre 1378 (p. 313). Dès lors, son objectif est le
triomphe du pape d'Avignon, fût-ce par la force, par la « voie de fait. »
Très probablement, il fut l'auteur de la bulle de Sperlonga (p. 321), qui
constituait à Louis !<='■ d'Anjou un royaume en plein cœur de l'Italie.
C'est de ce prince d'abord que Spinelli seconde l'action en faveur de
son idéal politique et religieux en Italie. Puis, après son installation à
la cour de Jean-Galéas Visconti et le mariage de Valentine avec le jeune
duc d'Orléans, ce dernier devient le protagoniste de tous ses projets.
M. R. a tracé un magistral tableau de la soudaine entrée en scène du
premier duc de Milan. Aussi ardemment dévoué au beau-père qu'au
gendre, Spinelli part pour Avignon lorsqu'Armagnac se prépare à mar-
cher contre la Lombardie. Armagnac reste inébranlable; mais Bernar-
don de la Salle, que Nicolas a connu, se laisse gagner à la cause mila-
naise.
Le chapitre x est consacré aux quatre dernières années de la vie de
Spinelli; il intéresse plus particulièrement la France. Le vieux diplo-
mate (probablement septuagénaire à cette époque) touche à la réalisa-
tion de son idéal politique et religieux : la sécularisation des Etats de
l'Église sous le sceptre du duc d'Orléans, qui commencera par conduire
à Rome le pape d'Avignon. M. R. donne ici avec beaucoup de clarté
les résultats des dernières recherches faites sur cette période dans
divers travaux, au premier rang desquels se placent les siens propres.
Dans les négociations pour l'alliance franco-milanaise et pour la cons-
titution d'un royaume d'Adria, Spinelli lient le rôle capital, et des
BIBLIOGRAPHIE. 201
mémoires diplomatiques du plus haut intérêt nous sont restés de lui.
On y voit avec quelle précision les éléments de succès sont pesés et
quelles connaissances profondes le guident sur le terrain où il évolue.
Les conditions dans lesquelles échouèrent ces projets commencent à
être bien éclaircies. Ils furent le dernier effort de Spinelli, qui méritait
mieux que de mourir sur un échec.
D'une lecture facile et agréable, l'important travail de M. R. est
fondé sur la plus abondante documentation, utilisée avec une critique
inattaquable. Mais pourquoi cette œuvre si riche en renseignements de
toute espèce n'est-elle pas mise à la portée des chercheurs pressés par
une table alphabétique? Tout le monde n'a pas le loisir de lire 646 pages
grand in-octavo pour chercher un renseignement, et l'œuvre de M, R.
touche par trop de points à l'histoire générale pour n'être pas bonne à
consulter.
E. Jarry.
Notes et extraits pour servira r histoire des Croisades au XV^ siècle,
publiés par N. Jorga, professeur à rUniversilé de Bucarest. 3« sé-
rie. Paris, Ernest Leroux, -1902. In-8», iv-395 pages. (Extrait
de la Revue de l'Orient latin, t. VI à VJII.) Prix : 12 fr. 50.
On trouvera dans ce recueil une série d'analyses et de courts extraits
de documents empruntés presque exclusivement aux archives de Gênes
et de Venise. Les actes publiés récemment par Predelli (Diplomatariiim
veneio-levantinum) sont en trop petit nombre pour empêcher la publi-
cation de Jorga de conserver toute sa valeur. Les précédents volumes
s'arrêtaient à 1435; ce dernier comprend les années 1436 à 1453 et se
termine par l'indication de quelques « lamenti » sur la prise de Gons-
tantinople d'origine variée (slave, arménienne, italienne) et par une
table générale, commune aux trois séries <.
Le soin avec lequel ont été annotées et analysées ces pièces en fait
un ensemble de premier ordre pour l'histoire des entreprises imaginées
au XV8 siècle pour la délivrance de la Terre sainte et contre le Turc,
ainsi que sur la situation politique de la Méditerranée à cette époque;
et quiconque voudra se Uvrer à l'étude de cette histoire trouvera là
une réunion de textes heureusement groupés. On apprendra sans doute
avec plaisir, par une note de la page 291, que M. Jorga prépare une
publication ultérieure qui contiendra les pièces relatives à la guerre
entre les chrétiens et les musulmans de 1453 à 1527. Le comte Riant
1. Les renvois au tome II s'appliquent à la troisième série; il y a sans doute
là une source de confusions qui auraient pu être évitées. — Les prénoms ita-
liens ont été traduits en français; il eût été préférable de leur laisser leur
forme originale.
202 BIBLIOGRAPHIE.
avait recueilli un grand nombre d'imprimés sur la matière; M. Jorga y
joindra ainsi une ample gerbe de documents inédits.
H. S.
Ernest La\glois. Table des noms propres de toute nature compris
dans les chansons de geste imprimées. Paris, Bouillon, -1904.
In-S", xx-674 pages.
« Relever les noms propres de toute nature qui figurent dans les
chansons de geste imprimées antérieures au règne de Charles V, » tel
est le sujet que l'Académie des inscriptions mettait au concours, en
1898, pour le prix ordinaire, ou prix du budget, à décerner en 1901.
Ce programme supposait chez les concurrents, en même temps qu'une
connaissance approfondie de notre ancienne littérature épique, une
grande aptitude aux travaux de lexicographie. M. Langlois, que n'ef-
fraye pas la rédaction de volumineux index, comme le prouvent les
tables, rapidement menées à bonne fin, des Registres de Nicolas IV, ne
se laissa pas arrêter par les difficultés très réelles de la tâche proposée.
Ses dépouillements, dont l'exactitude a été assurée par un contrôle
perpétuel, portèrent sur quatre-vingt et quelques poèmes plus ou moins
longs (on trouvera la liste de ces poèmes et des éditions utilisées en
tête du volume, p. ix-xvi); il ne fut tenu aucun compte de celles des
tables déjà existantes qui parurent défectueuses; les autres furent
soigneusement coilationnées. Une quantité considérable de matériaux
furent ainsi accumulés, qu'il fallut ensuite, et c'était là le plus délicat,
classer, coordonner, grouper; il importait, en effet, de réunir sous une
même rubrique les formes, parfois très différentes, d'un même nom
[Hodon, Hoedon, Uedon), et, inversement, de procéder à des distinc-
tions qui ne se laissaient pas du premier coup apercevoir.
C'est le résultat de ce travail méthodique et raisonné qui est aujour-
d'hui présenté au public, après avoir été couronné par l'Académie qui
l'avait suscité. On accueillera avec reconnaissance ce vaste répertoire,
dont l'utilité n'est pas à démontrer; par le rapprochement de noms
épars dans différents poèmes, il permettra d'établir bien des identifica-
tions nouvelles, et aussi d'en rectifier beaucoup d'autres, précédemment
proposées ou admises; en même temps, il rendra plus facile à déter-
miner la filiation de certains de ces poèmes. Paraissant à une époque
où, avec plus de curiosité et de succès que jamais, la critique cherche
à dégager les éléments historiques de nos vieilles épopées, cette riche
nomenclature, oiî figurent tant de noms qui appartiennent à la fois à la
légende et à l'histoire, vient bien à son heure.
Un livre de celte nature est-il destiné à vieillir aussi vite que semble
le prévoir l'auteur? Je ne le crois pas. Assurément, de nouveaux textes
pourront être publiés; pour plusieurs des poèmes aujourd'hui connus.
BIBLIOGRAPHIE. 203
de nouvelles éditions pourront être données, meilleures que celles que
nous possédons; sans doute aussi bien des points encore obscurs de
l'onomastique et de la toponymie de nos cbansons de geste seront tôt
ou tard éclaircis; néanmoins, il passera bien du temps avant que ce
précieux dictionnaire, que l'auteur s'est efforcé de rendre aussi com-
plet et d'ordonner aussi clairement que possible, perde rien de sa
valeur.
Lucien Auvray.
Camille Liégeois. Gilles de Chin. L'histoire et la légende (Université
de Louvain. Recueil de travaux publiés par les membres des con-
férences d'histoire et de philologie, XI). Louvain, Peelers; et
Paris, Fonteraoing, ^903. In-S", xxiv-no pages et trois tableaux
lithographies. Prix : 4 fr.
Ce travail et celui de M. Bayot, dont je parlerai ensuite, sont dédiés
à MM. Georges Doutrepont et François Béthune, sous la direction de
qui ils ont été élaborés. Ils sont les meilleurs témoignages de l'activité
scientifique entretenue par ces deux maîtres distingués à la « conférence
de philologie romane » qu'ils ont organisée à l'Université de Louvain.
Un poème du xm« siècle, d'environ 5,550 vers octosyllabiques, publié
en 1847 par le baron de Reiffenberg, dans les Monuments pour servir à
l'histoire de Namur, de Hainaut et de Luxembourg (Collection de chro-
niques belges inédites), raconte l'Histoire de Gilles de Chin. Le héros
est un personnage historique, mais les exploits que le trouvère lui
prête, en Palestine surtout, sont pour la plupart imaginaires. Une
Chronique du bon chevalier messire Gilles de Chin, en prose, du milieu
du xv« siècle, publiée en 1837, par R. Ghalon, pour la Société des
bibliophiles de Mons, n'est pas autre chose que le poème du xni« siècle,
dérimé, avec l'addition de nouvelles aventures non moins fabuleuses que
les premières. Ces fables se retrouvent chez tous les chroniqueurs qui,
depuis le xii« siècle, ont parlé de Gilles de Chin. A la fin du moyen
âge, la légende se modifia. Au xvii« siècle, Gilles de Chin est honoré
comme un héros, presqu'un saint, qui a délivré son pays d'un monstre,
et une procession annuelle, à Wasmes, rappelle le souvenir de ce bien-
fait; à la légende ainsi transformée s'ajoutent encore, dans la suite, des
traits empruntés à celle de saint Georges, si populaire à Mons.
Séparer dans ces récits la partie historique de la partie fabuleuse, tel
est le but que s'est proposé M. Liégeois, et qu'il a su atteindre. Dans
une première partie de son livre, intitulée les Sources de l'histoire et de
la légende, il a classé, dans l'ordre chronologique, tous les textes impor-
tants relatifs à Gilles de Chin, les pièces diplomatiques d'abord, les
sources littéraires ensuite, il a déterminé leur valeur au point de vue
historique, ainsi que les rapports qu'ils ont les uns avec les autres.
204 BIBLIOGRAPHIE.
Dans la seconde partie, l'Histoire et la légende, il a réuni eu une con-
clusion générale, sous une forme claire et précise, toutes les conclu-
sions partielles des chapitres précédents.
Pour l'histoire, il est acquis que Gilles, fils de Gontier, seigneur de
Chin, naquit à la fin du xi^ siècle ou dans les premières années du xii«.
Il hérita des domaines de Chin, de Berlaymont et de Wasmes. Il fut
chambellan à titre héréditaire du comte de Hainaut, Baudouin IV.
Peut-être fit-il un voyage en Terre sainte. Il épousa, vers 1130, Ide de
Chièvres, dont il n'eut qu'une fille, Mathilde. En 1136, il luttait, avec
Gérard de Saint-Aubert, contre l'évêque de Cambrai. Il mourut en
1137, des blessures reçues dans un tournoi. Son corps fut inhumé dans
l'abbaye de Saint-Ghislain, à laquelle son père et lui avaient donné
leurs possessions de Wasmes. Le surplus des récits relatifs à Gilles de
Chin peut être considéré comme légendaire.
Deux noms d'auteurs sont donnés dans le poème sur Gilles de Chin :
Voirs est que Gantiers li Cordiers
Traita la matière premiers
De mon signor Gille de Cyn,
Mais il n'en fist mie la /in
De lui ne de lote la some (v. 4904-9).
Gantiers de Tornni chi define
La canchon, qui est vraie et fine,
C'onquez n'i ajousla menchoigne,
Bourde ne fable ne aloigne,
La u il le peùst oster.
Por ce s'entremist du trouver
Qu'il voioil faire grani. honnor
Le cors du millor poigneor
Qui onquez fusl en terre mis,
Au jor qu'il fu de millor pris.
Gantiers de Tornay por ce i)rie
Chiaus qui le canchon ont oie
Qu'a Dieu proient que vrai pardon
Face et a lui et a Gillon,
Et tous nous mece em paradis,
Aveuc sez anglez beneys. Amen.
M. Liégeois ne cite que les trois premiers vers du passage relatif à
Gautier le Cordier et les deux premiers du passage relatif à Gautier de
Tournay. C'est en altérer le sens. Dans la première citation, le 4^ et le
5« vers restreignent la portée des précédents; dans la seconde, le vers :
Por ce s'entremist du trover
exclut absolument l'hypothèse, à laquelle s'est arrêté un instant M. Lié-
geois, que Gautier de Tournay soit un simple copiste.
BIBLIOGRAPH[E. 205
Quelle part faut-il attribuer à chacun de ces deux Gautier dans la
rédaction du poème? M. Grœber suppose que le premier l'a commencé
et que le second l'a continué, après 1250 {Grundriss, II, 763). M. Lié-
geois croit que Gautier le Gordier est l'auteur d'un poème perdu, qui
aurait servi de base à celui que nous possédons, de Gautier de Tour-
nay; il croit même pouvoir fixer la date du premier poème et en déter-
miner le contenu. « G'est entre 1163 et 1175 que Gautier le Gordier a
écrit son œuvre » (p. 54). Mais Gilles de Ghin est mort jeune, en 1137 :
est-il donc raisonnable de supposer qu'en 1163, alors que beaucoup de
ceux qui l'ont connu, ennemis ou amis, vivaient encore, un rimeur ait
pu raconter son voyage en Palestine, qui « n'est pas authentique »
(p. 56), et lui prêter les aventures d'un chevalier de la Table ronde?
D'autre part, exclure du poème de Gautier le Gordier tous « les détails
particuliers » à Gilbert de Mons et à Gautier de Tournay, c'est pré-
tendre que chacun de ces deux écrivains a pris dans le poème primitif
tous « les détails » qu'il y a trouvés, c'est, par conséquent, étant donné
que Gilbert de Mons consacre à peine « quelques lignes » à Gilles de
Chin, réduire l'œuvre de Gautier le Gordier à des proportions excessi-
vement exiguës; et c'est enfin, si je ne me trompe, oublier que ces
quelques lignes de Gilbert de Mons « ne constituent dans sa chronique
qu'une courte parenthèse » (p. 8).
En réalité, Gautier le Gordier et Gautier de Tournay ne représentent
qu'un seul personnage, qui a écrit le poème du xni« siècle, à l'excep-
tion des vers 4904-5i87, qu'on y a plus tard ajoutés. Je vais essayer de
prouver l'exactitude de ces deux assertions, qui n'ont jamais été avan-
cées : d'abord que les vers 4904-5487 sont interpolés, ensuite que Gau-
tier le Gordier ne doit pas être distingué de Gautier de Tournay.
Si l'on élimine du poème les vers que je considère comme ajoutés
ultérieurement, on sera frappé de ce fait que, aussitôt Gilles de Ghin
rentré chez son père, à son retour de la Terre sainte, le poète cesse de
conter ; sa tâche est terminée. Pour satisfaire la curiosité du lecteur,
il se contente désormais de lui dire très sommairement en quelques
vers, souvent en quelques mots, ce que deviendra plus tard son héros.
Gilles prend part encore à deux tournois (dont le récit, bien que très
court, semble contenir, au moins pour le premier, des allongements de
l'interpolateur); il entre dans la « maisnie » du duc de Brabant (la
mention du second tournoi n'a pas d'autre raison d'être que d'amener
ce renseignement) ; il apprend qu'une jeune fille, Domison de Ghièvres,
est éprise de lui, il va la voir, la demande en mariage et l'épouse un
mois après (40 vers seulement depuis celui qui nous révèle l'existence
de la jeune fille jusqu'à celui qui clôt le repas des noces); il eut des
héritiers, « ce dist li escris » (v. 5496); il languit d'une maladie
dont il ne se guérit jamais (v. 5510-11) ; il fut tué, racontent ceux qui
sont bien renseignés, d'un coup de lance, à RoUecourt (v. 5512-17); on
206 BIBLIOGRAPHIE.
l'enterra à l'abbaye de Saint-Ghislain (v. 5518-23), en faveur de laquelle
le poète, en terminant, adresse à la famille du héros un appel de fonds :
Encor doivent li anchissor
Le liu porter plus grant honor,
Car li raieudrez d'iauz y habite,
Et s'est li sainz de grant mérite (v. 5524-27).
Ce résumé de chronique, très sec, est brusquement interrompu par
un épisode fort long, minutieusement raconté, placé au milieu d'un
renseignement incomplet, qui sera repris plus tard, enfin introduit
d'une façon en apparence absurde. Nous venons d'apprendre que le
duc de Brabant s'est attaché Gilles de Ghin, qu'il l'a emmené à Lou-
vain et l'a présenté à la duchesse, qui lui a fait un accueil charmant.
C'est entre le vers 4903, qui nous donne ce détail, et le vers 5488, qui
ajoute que Gilles « sejorna tant que lui plot » à la cour de Louvain,
que se placent les vers ajoutés. Leur auteur n'a d'ailleurs pas cherché
à dissimuler son interpolation, et ce n'est qu'en ne remarquant pas
cette particularité que nous trouvons cette addition si maladroitement
intercalée. Rien ne lui eût été plus facile que de supprimer dans l'œuvre
originale la partie du récit qui lui a paru insufhsante et qu'il s'est
proposé de compléter et de rectifier; que d'adopter pour ses vers la
rime du poème ; eniin que de ne pas annoncer que ses propres rensei-
gnements ne concordaient pas avec ceux de Gautier le Cordier. Gautier
le Cordier, dit-il, a le premier parlé de Gilles de Chin, c'est vrai, mais
il n'a pas dit tout ce qu'on pourrait raconter à sa louange ; voici ce
qu'il en est. Écoutons donc ce qu'il en est. Gilles de Chin n'est pas à
Louvain, mais chez lui, à Ghièvres; il fait « son chief laver ».
Ceie qui le lavoit
De la lessive qu'ele avoit
L'en avoit bien moitiét lavé (v. 4922-24),
lorsqu'arrive un messager du comte de Hainaut, lui demandant de se
rendre à la frontière du Brabant, que le comte veut envahir. Gilles, à
cette nouvelle,
Ne laissa pas laver son chief (v. 4946).
En vain
Sa feme estoit molt en effroi,
Quant il pas laver ne se lait :
« Sire, fait ele, c'est molt lait
De ce que n'estez pas lavés,
Se vous trop grant besoing n'avez.
Bien peiissiez encore atendre » (v. 4957-62).
H n'attend pas et s'en va « demi lavés », tombe sur les Brabançons,
et seul, en présence des Hainuyers, qui n'osent avancer, malgré les
BIBLIOGRAPHIE. 207
objurgations de leur comte, qui n'en fait pas plus qu'eux, il met les
ennemis en déroute. Le duc fait la paix avec le comte de Hainaut,
et en l'honneur de cette réconciliation, donne à Saint-Trond un grand
tournoi, où Gilles de Chin naturellement renouvelle ses prouesses. Le
duc de Brabant, émerveillé, se l'attache et l'emmène
A Louvain veoir la ducoise,
Que il a trouvé moult cortoise.
De Gille de Cyn fait grant feste,
Car ele estoit preus et honesle (v. 5484-87).
Ces derniers vers de l'interpolateur nous ramènent exactement au
point où nous étions 600 vers plus tôt, lorsque, dans le poème primi-
tif, le duc avait déjà conduit Gilles à Louvain, où
La ducoise en fist molt grant fesle,
Car molt estoit i'rance et honeste (v. 4902-3).
Évidemment, l'interpolateur a jugé que les circonstances qui ont mis
Gilles de Chin en relations avec le duc de Brabant étaient insuffisam-
ment expliquées ou n'étaient pas conformes à la tradition, telle qu'il la
connaissait ; il a voulu remettre les choses au point. Ce qui me fait
croire que l'épisode du combat entre les Hainuyers et les Brabançons
n'a pas été imaginé par lui, c'est la scène du « chief demi lavé », qui
me parait appartenir à la légende.
J'ai déjà signalé des contradictions entre les données du texte ajouté
et le reste du poème; en voici d'autres. Avant et après l'interpolation,
la résidence de Gilles de Chin est Berlaymont (v. 4814, 5490), pour
l'interpolateur, c'est Ghièvres (v. 4916, 5268). Dans la lutte contre les
Brabançons, nous sommes obligés d'oublier que Gilles a « créante »
au duc de Louvain de faire partie de sa « maisnie » (v. 4886-88); c'est
en voyant le chevalier massacrer ses hommes que le duc admire sa
vaillance, c'est après le combat qu'il exprime le regret de ne pas le
compter parmi ses amis, et le tournoi de Saint-Trond, comme précé-
demment celui de Gérardsard, parait n'avoir pas d'autre objet que d'of-
frir au duc de Brabant l'occasion de s'attacher Gilles de Chin et de le
conduire à Louvain. A ce point de vue, les deux tournois font double
emploi; aussi le rédacteur du roman en prose a-t-il supprimé le pre-
mier. On remarquera aussi que Gérard du Castel, le « compaignon » de
Gilles de Chin, ne figure pas dans l'interpolation.
Il me serait facile de noter entre les vers que je considère comme
interpolés et le reste du poème des différences de style, et je n'aurais
pas manqué de les signaler, si un autre argument, tiré de la compa-
raison des rimes, ne m'avait semblé suffisant pour achever de rendre
ma thèse évidente.
La rime du poème est très simple; pour les terminaisons masculines,
208 BIBLIOGRAPHIE.
l'auteur se contente de faire commencer l'homophonie à la voyelle
accentuée; il va de soi que, si une rime plus riche se présente, il ne la
rejette pas; mais il ne la recherche pas. Qu'on prenne, par exemple,
les dix vers qui précèdent immédiatement l'interpolation, on y consta-
tera que dans trois couples sur quatre de polysyllabes masculins
(valoir : avoir, despendus : venus, sénés : arrives, emmena : fina), la con-
sonne qui précède la voyelle accentuée n'est pas la même pour les
deux mots. Au contraire, dans les 584 vers interpolés, j'ai trouvé à
peine six couples de polysyllabes masculins où la consonne qui précède
la voyelle accentuée ne rime pas; escuier : destrier (v. 4954-55), autrui:
anui (v. 5110-11), vestu : tenu (v. 5330-31), randon : tronçon (v. 5396-97),
avis : pa:is (v. 5480-81), metié : douté (v. 5482-83) '. Il est donc certain
que l'auteur des vers 4904-5487 ne suivait pas le même système de
rimes que l'auteur du poème ^. C'est une preuve nouvelle, et solide,
qu'ils sont interpolés.
C'est donc un interpolateur qui nomme Gautier le Cordier comme
l'auteur du poème dans lequel il introduit une rectification. Dès lors,
ce passage ne doit plus être interprété comme s'il était de Gautier de
Tournay 3. Il n'y a donc, en deBnitive, aucune raison de distinguer
Gautier le Cordier de Gautier de Tournay, pas plus qu'il n'y en aurait
de distinguer, par exemple, Adam le Bossu d'Adam d'Arras, ou Jean
Chopinel de Jean de Meun.
M. Liégeois annonce, comme devant paraître prochainement, une
Étude sur la langue du poème de Gilles de Chin. Je l'engagerais volon-
tiers, avant de la publier, à rechercher si l'interpolateur n'a pas touché
à d'autres parties de 1 œuvre de Gautier. Il n'y trouvera certainement
pas des additions aussi étendues que celle que je viens de signaler,
mais je crois qu'il y reconnaîtra çà et là des groupes de vers qui ne
sont pas de l'auteur.
Les rapprochements entre la Chronique du bon chevalier messire Gilles
de Chin, le Livre des Faits de Jacques de Lalaing et le lioman de Gillion
de Trazegnies, que M. Liégeois attribue, comme M. Bayot, au même
prosateur, sont fort intéressants, sinon tout à fait concluants; intéres-
1. Les deux derniers exemples môme sont très douteux; le manuscrit, qui
coiilienl de nombreuses fautes, àde doute, que l'éditeur a corrigé en le douté;
il fallait une épithète en -e se rapportante Giilon, et l'épithèle qui lui est cons-
tamment appliquée dans ce cas est le séné. A l'exemple précédent, avis peut
être remplacé par a vis.
2. Dans cet examen des rimes masculines, je n'ai pas tenu compte des noms
propres ni des monosyllabes, parce que les uns et les autres faisaient excep-
tion pour les versiflcateurs qui s'astreignaient à la rime riche.
3. Les vers où Gautier de Tournay se nomme deux fois ne sont pas en rime
riche; c'est donc bien l'auteur lui-même du poème qui se fait connaître là.
BIBLIOGRAPHIE. 209
santé aussi, et plus sûre, l'explication des transformations ultérieures
de la légende de Gilles de Chin.
Mes remarques sur le poème de Gautier le Gordier, et quelques
réserves que j'aurais pu y ajouter sur deux ou trois points de moindre
importance, ne m'empêchent pas de louer, non seulement l'aisance et
la sûreté avec lesquelles M. Liégeois se promène efpromène ses lec-
teurs dans le dédale de récits fort enchevêtrés, mais encore, et davan-
tage peut-être, la rigueur de sa méthode, et sa prudence, qui l'ont
souvent préservé du danger qui se présentait à lui, pour ainsi dire à
chaque pas, de tomber dans des explications trop subtiles, de vouloir
trop prouver. C'est un bon livre qu'il a écrit, et très utile.
Ernest Langlois.
Alphonse Bayot. Le Roman de Gillion de Trazegnies (Université de
Louvain. Recueil de travaux publiés par les membres des confé-
rences d'hisloireetde philologie, XII). Louvain, Peeters; et Paris,
FonLemolng, ^903. In-S", xxi-203 pages. Prix : 4 fr.
La légende du mari aux deux femmes, qui est le sujet du charmant
lai à'Éliduc, de Marie de France, s'est attachée au moyen âge, peut-
être au xive siècle, à un seigneur de Trazegnies (Hainaut), et plus
tard, au xvi^ siècle, à un comte de Gleichen (Thuringe). Sous la forme
où elle s'est localisée en Hainaut, elle est racontée dans un roman en
prose du milieu du xv^ siècle, qui a été publié en 1839 par B. Wolf,
sous le titre d'Histoire de Gilion de Trasignijes et de dame Marie, sa
femme. La voici, résumée en quelques lignes. Gillion de Trazegnies,
marié à Marie d'Ostrevant, a été pris par les infidèles au retour d'un
pèlerinage en Terre sainte. Esclave du soudan d'Egypte, puis son meil-
leur guerrier, il lui rend de tels services que son maître lui offre la
main de sa fille. Gillion, qui se croit veuf, épouse la belle princesse,
que l'amour a convertie au christianisme. Mais bientôt il apprend que
sa première femme vit encore; il quitte aussitôt l'Egypte et revient en
Hainaut, accompagné de Gracienne, la seconde épouse. Marie, recon-
naissante à sa rivale des services qu'elle a rendus à leur mari, veut se
sacrifier à elle et fait voeu de prendre le voile ; Gracienne, qui ne lui
cède pas en dévouement, prend la même résolution, et toutes deux
s'enferment au monastère de l'Olive; le mari ne peut faire moins
qu'elles et se retire à l'abbaye de Cambron. Plus tard, ayant été appelé
au secours de son beau-père, le soudan, il mourut en Egypte, des bles-
sures reçues dans un combat. Son cœur fut rapporté au monastère de
l'Olive et déposé dans le tombeau qu'il y avait fait élever pour lui et
ses deux femmes.
Ce roman est dédié au duc de Bourgogne, Philippe le Bon. L'auteur
en est inconnu. M. Bayot ne doute pas qu'il ne soit du même prosatenr
^904 ^4
2]0 BIBLIOGRAPHIE.
que la Chronique de Gilles de Chin et le Livre des Faits de Jacques de
Lalaing. C'est aussi l'opinion de M. Liégeois, exprimée dans son livre
sur Gilles de Chin. Le fait est possible, probable si l'on veut, mais ne
ressort pas avec évidence du long chapitre de M. Bayot sur la « stylis-
tique » de ces trois compositions. Les arguments sur lesquels M. Bayot
s'appuie pour reconstituer le poème dont le roman du xv^ siècle serait
la mise en prose, et surtout pour le dater, sont encore moins probants ^ .
D'après lui, ce poème, ayant pour base une légende populaire qui avait
déjà fait de Gillion le mari aux deux femmes, « procédait immédiate-
ment du lai d'illiduc » et contenait des emprunts faits à d'autres
lais de Marie de France, à celui du Fraisne, à celui de Milun. Cette
genèse est bien compliquée et peu vraisemblable 2. Le rapprochement
de la légende avec un drame indien du vi^ siècle de notre ère est
intéressant (p. 102 et suiv.), mais je ne vois pas qu'on puisse regarder
l'auteur de ce drame « comme le père véritable de la légende euro-
péenne du mari aux deux femmes, et croire que c'est un récit basé sur
son œuvre qui a donné naissance à cette légende^. »
Qui veut prouver trop ne prouve rien. M. Bayot a oublié ce pro-
verbe''. Néanmoins, à côté des pages où la critique a franchi les bornes
de la sagesse, son livre en contient d'autres, plus nombreuses, dont la
lecture sera très profitable.
Ernest Langlois.
1. Lorsque M. Bayot croit que le nom de Babylone^ désignant le Caire,
« exclut une époque antérieure aux expéditions de saint Louis, » il interprète
mal une noie de G. Paris, à laquelle il se réfère. G. Paris dit que, depuis saint
Louis, « Babyloue signifie le Caire » (ce qui, d'ailleurs, n'est pas toujours vrai),
mais il ne prétend pas qu'avant cette époque Babylone n'ait Jamais désigné la
ville égyptienne.
2. M. Bayol signale, dans Y Histoire de Gillion de Trazegnies, plusieurs traits
empruntés aux chansons de geste ; quelques-uns sont trop vagues ou même
purement imaginaires (tel le proverbe : la force paist le pré); il a omis le plus
évident, les noms propres, comme Isoré (et non Isore), Fabur, Mombrant,
Amauri le traître, etc.
3. M. Bayot croit que le héros de la légende, dans le Hainaut, est Gilles, sei-
gneur de Trazegnies, de 1136 à 1168 environ, enterré à Herlaimont avec sa
femme Domise. Domise est le nom que porte dans le poème la femme de Gilles
de Chin, appelée Ide dans l'histoire. Serait-ce là le résultat d'une confusion
entre les légendes des deux personnages du même nom, du même pays, de la
même époque, ayant accompli des aventures analogues en Orient, l'un seigneur
de Berlaimont, l'autre enterré à Herlaiynont?
4. Dans les rapprochements entre Éliduc et V Histoire de Gillion de Traze-
gnies (p. 66-70), dans la « stylistique » comparée des trois romans attribués
au même auteur (p. 129-194), la qualité des arguments est trop sacrifiée à la
quantité. Je ne vois qu'une trop ingénieuse subtilité dans la mention d'un
cimier d'Olhou de Trazegnies « consistant en deux têtes de vieillards barbus,
BIBLIOGRAPHIE. 2U
Ernest Gossart. Antoine de la Sale. Sa vie et ses œuvres. 2" édition.
Bruxelles, chez Lamertin, -1902. In-S", 47 pages.
Joseph NiivE. Antoine de ta Salle. Sa vie et ses ouvrages, d'après des
documents inédits. Suivi du Réconfort de #■"« du Fresne, du
Paradis de la reine Sibi/lle, etc., et de fragments et documents
inédits. Paris, chez Champion, et Bruxelles, chez Falk fils, J903.
In-^2, 291 pages.
Si nous sommes aujourd'hui assez bien renseignés sur la vie et les
œuvres d'Antoine de la Sale, nous le devons surtout aux publications
de deux savants belges. M. Ernest Gossart eut l'inspiration de lire, à la
Bibliothèque royale de Bruxelles, deux œuvres manuscrites, à peu près
oubUées, du vieux prosateur : le Réconfort à Catherine de Neufville, dont
on connaissait à peine l'existence par une note de Kervyn de Letten-
hove, et la Salle, dont Legrand d'Aussy avait publié une notice en 1799.
Son temps ne fut pas perdu; il y trouva sur l'auteur des renseigne-
ments qu'on aurait vainement cherchés ailleurs. Il put alors établir sur
des bases solides une biographie d'Antoine de la Sale; il y ajouta une
analyse du Réconfort, une de la Salle et un chapitre dans lequel, par
des rapprochements entre certains passages de la Salle et des Quinze
Joies de mariage, il s'efforçait d'appuyer l'attribution de cette dernière
composition à Antoine. Son mémoire parut, en 1871, dans le Dihlîo-
phile belge, puis à part, sous le titre de : Antoine de la Sale. Sa vie et
ses œuvres inédites (35 pages in-8", sans indication de lieu ni de date).
C'est une édition nouvelle de cet opuscule, « corrigée et augmentée »,
que je mentionne ici. Malheureusement, les corrections ne suppriment
ni l'attribution des Quinze Joies ni celle des Cent Nouvelles nouvelles à
Antoine de la Sale. Malgré cette double erreur, il serait injuste d'ou-
blier le nom de M. Gossart dans l'histoire d'un écrivain qu'il a tant con-
tribué à faire connaître, et c'est pourquoi j'ai tenu à signaler sa publi-
cation avant de parler de celle de M. Nève, plus importante.
M. Joseph Nève a fait paraître, en 1881, un volume intitulé : du
Réconfort de M^^ du Fresne. Suivi de la Journée d'onneur et de prouesse
et de plusieurs fragments inédits, par Antoine de la Sale (Bruxelles,
in-8o). Cette pubUcation, faite pour la Société des bibliophiles de Bel-
gique, n'a pas été mise dans le commerce, et elle a subi le juste châti-
ment des ouvrages exclusivement réservés à des bibliophiles : elle n'a
couronnés et adossés, qui semblent bien représenter les nombreux rois maures
abattus par Gillion » (p. 57), et dans la supposition que le nom de Damise-
Gerberge, femme d'un Gilles de Trazegnies, aurait pu se déformer, le premier
élément en Dame Marie, le second en Gracyenne, ce qui aurait fait croire à
l'existence de deux femmes représentées par ces deux noms (p. 127).
2i2 BIBLIOGRAPHIE.
pas eu de lecteurs, et c'est grand dommage, pour ceux, notamment, qui
considèrent Antoine de la Sale comme l'auteur des Quinze Joies de
mariage et des Cent Nouvelles nouvelles. Ces deux publications, comme
le montre justement M. Nève, n'ont rien de commun, ni par le style ni
par l'esprit, avec la Salade, la Salle, les Anciens lournois, le Réconfort
ou même le Petit Jehan de Saintré; elles sont bien supérieures, la pre-
mière surtout, au talent d'Antoine de la Sale, et ne peuvent pas être
de lui. Antoine, d'ailleurs, n'omettait jamais de signer ses ouvrages et
même de les dater du lieu et de l'année où il les terminait; aucune de
ces indications n'accompagne les Quinze Joies ni les Cetit Nouvelles. Ces
deux petits chefs-d'œuvre sont, d'ailleurs, de deux époques et de deux
auteurs différents, puisque le premier est mentionné dans le second
parmi des « histoires anciennes ». Enfin, contre l'attribution des Quinze
Joies à Antoine de la Sale, il y a un argument tellement péremptoire
qu'il ne permet aucune discussion sur ce point : l'auteur des Quinze
Joies est un clerc ayant fait vœu de célibat; c'est lui-même qui nous
l'apprend dans son prologue; Antoine de la Sale, au contraire, a connu
les « joies » du mariage. Tous ces arguments, réunis par M. Nève, ne
sont pas nouveaux sans doute; mais le plus décisif, relativement à la
paternité des Quinze Joies, ne pouvait être produit avant que le mariage
d'Antoine ne fût connu. Au faisceau de preuves assemblées par
M. Nève, ajoutons-en une : si les Quinze Joies et les Cent Nouvelles
étaient d'Antoine de la Sale, on en trouverait des copies dans la biblio-
thèque des ducs de Bourgogne.
Après sa première publication, M. Nève a continué ses recherches
sur Antoine de la Sale et sa famille. Notre confrère M. Pierre Cham-
pion, qui s'était chargé d'explorer pour lui les archives d'Arles et de
Marseille, a eu la main particulièrement heureuse. C'est donc moins
une réédition du volume précédent qu'un ouvrage nouveau que je
recommande ici. Quand on a lu ce livre, on connaît Antoine de la Sale
presque autant qu'on peut désirer le connaître. Il ne nous manque plus
guère que de savoir quand il est mort, où et comment il a vécu ses der-
nières années. Il vivait encore en 1461 ; il avait alors soixante-treize
ans. C'est la dernière date connue de sa vie, qui ne s'est probablement
pas beaucoup prolongée au delà.
Outre la biographie d'Antoine de la Sale et une judicieuse étude de
ses écrits, le volume de M. Nève contient le Réconfort à M^^ du Fresne,
le récit d'une Excursion aux îles Lipari et le Paradis de la reine Sibylle,
qui sont deux extraits de la Salade, une Lettre d'Antoine de la Sale à un
nouveau religieux, des extraits de la Salle, des Pièces justificatives, un
Index des noms de lieux et de 'personnes, une Table des matières, laquelle
est trop sommaire et rendrait plus de services si elle permettait de
retrouver les nombreux renseignements épars dans les cent premières
pages du livre. Ernest Langlois.
BIBLIOGRAPHIE. 2^ 3
Une énigme d^ histoire littéraire. V auteur des XV Joy es de mariage.
Paris, -1903 (sans nom d'auleur, ni d'éditeur, ni d'imprimeur).
In-8°, 39 pages.
Je reproduis ici ua logogriphe qui, dans deux manuscrits, l'un de
1564, l'autre de 1580, fait suite aux Quinze Joies de mariage; plus il sera
connu, plus il y a de chances qu'on le déchiffre un jour; ce qui est fort
à désirer :
De labelle la teste oustez
Trésvisteraent devant le monde
Et samere décapitez
Tantost et après ieseconde.
Toutes trois a messe vendront,
Sans teste, bien chantée et dicte,
Le monde avec elles tendront,
Sur deux piez qui le tout acquite.
En ces huyt lignes, trouverez le nom de celui qui a dictes les XV Joies de
mariage...
André Pottier, qui, le premier, a publié ces lamentables vers, a
trouvé, en décapitant labelle, samere et Ieseconde., le nom de Lasale. D'où
l'attribution de l'ouvrage à l'auteur du Petit Jehan de Saintrê. Mais,
pour les raisons que j'ai énumérées précédemment, en parlant du livre
de M. Nève, Antoine de la Sale n'est certainement pas l'auteur des
Quinze Joies. Les autres solutions qu'on a données jadis de l'énigme ne
sont pas meilleures. Il faut donc en trouver une nouvelle. C'est ce qu'a
tenté l'auteur anonyme de l'élégante brochure dont j'ai reproduit le
titre en tête de cette notice.
Que savons-nous de certain sur l'auteur des Quinze Joies de mariage ?
A cette question préliminaire, M. X. répond : « C'était un moine de
Picardie, qui écrivait peu après 1368, vers 1380 approximativement. »
Remarquons d'abord que, si cette prémisse peut être vraie, elle peut
aussi ne pas l'être. L'auteur des Quinze Joies était un clerc voué au
célibat; c'est tout ce qu'on peut inférer avec certitude de cette phrase
de son prologue : « Considérant le fait de mariage, oùjene fusoncques,
pour ce qu'il a pieu a Dieu me mettre en autre servage, hors de fran-
chise, que je ne puis plus recouvrer. » Dire qu'il était « cloîtré», c'est
substituer arbitrairement une affirmation à une hypothèse. Toutefois,
si l'on constate que, dans le même prologue, la jolie image du poisson
qui cherche l'entrée de la nasse est traduite du Roman de la Rose
(éd. Michel, v. 14925-50), il paraîtra vraisemblable que les termes de
la phrase voisine, que je viens de citer, aient été inspirés par les
expressions dont se sert Jean de Meun pour peindre la situation de
Il bon
Qui s'en entre en religion,
2\A BIBLIOGRAPHIE.
et qui ne
porra recovrer
La franchise qu'il a perdue (v. 14915-22).
Quelles preuves que ce clerc, ce moine si l'on veut, était Picard ?
« Les mots et les tournures du dialecte picard » que Leduchat a vus
« à chaque page » du livre; la mention d'une « bataille de Flandres »,
d'une robe de Malines, d'un archidiacre de Thérouanne, d'un dicton où
figure « Martin de Cambrai < ». Mais Rabelais, Tourangeau, cite le
même proverbe, qui était vulgaire; Matheolus, l'archidiacre de Thé-
rouanne, était connu dans toute la France, et hors de France, au xiv
et au XV* siècle, et son traducteur est de Resson (Oise) ; il n'était pas
plus nécessaire d'être Picard pour parler du drap de Malines ou d'une
ioataille de Flandres^, et quant aux tournures et aux mots picards, M, X.
n'en cite pas un seul exemple, et pour cause 3.
Pourquoi la date « peu après 1368, vers 1380 approximativement? »
Parce que les Quinze Joies sont citées parmi les « anciennes histoires »
dans les Cent Nouvelles nouvelles; parce que la mention d'une bataille
de Flandres peut faire allusion à celle de Gassel (1326) aussi bien qu'à
celle de Rosebecque (1382); parce que l'expression « dauphin de Vien-
nois » sent le xiv« siècle et pourrait s'appliquer au futur Charles VI,
baptisé en 1368. Je n'insiste ni sur le manque de précision du premier
argument ni sur le défaut de consistance des deux autres -^ et je passe
au déchiffrement de l'énigme.
En décapitant labelle, samere, leseconcle, M. X. trouve labe, samer,
lesecond. Mais quels macrocéphales ! Lesecond serait la tête de e! Samer
est un village du Boulonnais où se trouvait l'abbaye bénédictine de
Saint- Vulmer-au-Bois : donc l'abbé [de] ^ Samer est l'auteur des Quinze
Joies. « Du même coup », s'écrie M. X., « nous expliquons les vers 5 et
1. Il faudrait, pour compléter cette liste des noms de lieu mentionnés dans
les Quinze Joies, y ajouter celle d'un pèlerinage à Notre-Dame de Rocamadour
(huitième joie).
2. La seule conclusion, relativement à la patrie de l'auteur, qu'on puisse tirer
de celle mention d'une « bataille de Flandres », c'est qu'il n'était pas Flamand.
3. Dans l'édition princeps des Quinze Joies, réimprimée par M. Hencken-
kamp, je n'ai pu noter ni un seul mot picard ni une seule tournure picarde.
Quant aux formes dialectales qu'on rencontrerail dans certaines copies, comme
on peut les attribuer à des scribes, il n'y a pas à en tenir compte.
4. Les raisonnements de M. X. ne sont pas suffisamment serrés. Il admet que
le mari, qui a pris part à la bataille de Flandres, est « un homme d'âge moyen ».
Donnons-lui quarante ans. Comment un homme âgé de quarante ans, et même
de soixante, en 1380, aurait-il pu se battre à Cassel en 1328? En fait, les
Quinze joies datent probablement du règne de Charles VI, et s'il faut identifier
la bataille, Rosebecque est tout indiqué.
5. Le fdej n'est pas fourni par le logogriphe.
BIBLIOGRAPHIE. 2i5
6, qui embarrassaient tant M. Pottier... A la messe? Mais bien entendu,
puisque c'est l'abbé. » Pardon ! L'abbé de Samer représente des têtes
sans corps, et ce sont, au contraire, trois corps « sans teste » qui
doivent venir à la messe, c'est-à-dire, après la décollation telle que
l'opère M. X., le, e, e. Singuliers paroissiens! Et que voit M. X. dans
les deux derniers vers de l'énigme? Que l'abbé de Samer s'appelait
Pierre. Pierre est un mot de « deux pieds », et de plus, dans le Roman
de la Rose, Pierre représente le chef de l'Église, celui qui « tient le
monde » dans sa main. Donc, en définitive, Pierre II (le second), abbé
de Samer, mentionné dans la Gallia christiana en 1377 et 1378, est
l'auteur des Quinze Joies de mariage. Tel n'est pas mon avis, et je ne
crois pas que, dans le débat sur l'origine de cet ouvrage, l'abbé de
Saint-Vulmer doive trouver un second champion.
M. X. a vu d'ailleurs trop de choses, semble-t-il, dans le logogriphe.
Que faut-il y chercher? Le « nom » de l'auteur des Quinze Joies. Dans
beaucoup d' « engiens » du même genre, il faut aussi chercher le « sour-
nom », et quelquefois d'autres renseignements. Ici, il n'est question
que du « nom », c'est-à-dire probablement d'un prénom. L'absence du
« sournom » pourrait être un argument en faveur de l'état monacal du
personnage.
Et si quelque CEdipe trouve le nom caché dans cette énigme, con-
naîtra-t-on certainement celui de l'auteur des Quinze Joies ? Les vers du
logogriphe, qui se trouve pour la première fois dans un manuscrit de
1464 seulement, sont si mauvais, que j'ai peine à les croire de l'auteur
des Quinze Joies.
Ernest Langlois.
P,-S. — Le numéro de décembre du Literaturblatt fur germanische
und romanische Philologie, paru après que ces lignes étaient écrites,
contient un compte-rendu fait par M. Wendelin Foerster, l'éminent
romaniste de Bonn, non seulement des trois ouvrages dont je viens de
parler, mais encore de plusieurs autres publications récentes sur le
texte des Quinze joies de mariage.
Georges Grente (abbé). Jean Bertaut (i552-i6H). Paris, Lecoffre,
^903. In-8°, xv-438 pages et un portrait.
Jean Bertaut, qui mourut en 16H évêque de Sées, était né en 1552
dans la paroisse de Donnay, au diocèse de Baveux. Donner les dates
extrêmes de son existence, c'est non seulement le situer dans la litté-
rature française, c'est déterminer du même coup sa physionomie. Né
l'année même de la publication des Amours de Ronsard, il atteignit
l'âge d'homme alors que le chef de la Pléiade voyait déjà la mode le
délaisser; il disparut en même temps que la poétique de son maître
2^6 BIBLIOGRAPHIE.
s'écroulait sous les coups répétés de Malherbe. Jean Bertaut représente
donc éminemment la transition de la Renaissance au classicisme. Il en
eut lui-même conscience.
« Le goût avait changé; le tout était de s'en apercevoir et d'oser le
dire. » Bertaut s'en aperçut, mais il n'eut pas le courage de le proclamer ;
il se contenta d'en tenir compte et de varier sa méthode. Sans lan-
cer aucun manifeste intransigeant ou excommunicateur, par de sages
réformes il fraya la route à Malherbe et lui rendit la tâche plus facile.
« En respectant l'ordre dans la composition, l'unité de ton dans la
forme, la noblesse et la clarté dans le style, la modération dans le choix
du vocabulaire, il façonna le goût public. » Tel fut le rôle, effacé par la
force des choses, mais essentiel cependant, que joua Bertaut. M. l'abbé
Grente l'a nettement fait ressortir par une étude très complète et très
ordonnée de l'homme et de l'écrivain. Après trois chapitres consacrés
à la biographie de l'évéque de Sées, la seconde partie du livre nous
fait connaître et goûter le poète, non tant le poète pétrarquiste que le
poète de cour, qui sut à la fois rester bon courtisan et garder la fer-
meté de caractère qui sied à un ecclésiastique; non tant le poète épique
et le « poète orateur » que le poète lyrique délicat et touchant. Enfin,
l'humaniste, l'orateur académique, l'orateur sacré, l'écrivain et l'homme
retiennent encore assez longuement l'abbé Grente. Pour nous, nous
avons éprouvé un réel plaisir à relire les quelques pages où le disciple
de Joachim du Bellay, le précurseur de Racine, a si bien exprimé la
mélancolie des félicités passées.
Henri Longnon.
Victor DE SwARTE. Descartes ^ directeur spirituel. Correspondance
avec la lirincesse Palatine et la reine Christine de Suède. Paris,
Félix Alcan, éditeur, 1904.
M. V. de Swarte nous avait déjà donné de savantes études se rap-
portant aux financiers et aux administrateurs de l'ancien régime (Samuel
Bernard et Claude Leblanc), ainsi qu'à l'histoire de l'art et des artistes
(Rembrandt, Frans Hais, Van Dyck, etc.). Aujourd'hui, il nous montre
que sa compétence n'est pas moins grande sur des sujets de philosophie
transcendante qu'en matière de finances et d'histoire. Sans le suivre
sur le nouveau terrain qu'il a choisi et qui n'est pas du domaine de
cette revue, qu'on nous permette de dire avec quel vif plaisir nous
avons lu, grâce à la précision élégante de son style, le résumé de la
correspondance du grand philosophe avec les deux illustres et malheu-
reuses princesses, qu'il entretient des questions les plus ardues et les
plus controversées de la métaphysique et des mathématiques, telles que
l'union de l'âme et du corps, les notions primitives, l'application de
l'algèbre à la géométrie, le souverain bien, en même temps que des
BIBLIOGRAPHIE. 217
philosophes de l'antiquité, Zenon et Sénèque, et aussi de Machiavel.
M. Boutroux a apprécié, d'ailleurs, dans la belle préface mise en
tête de l'ouvrage, tout le mérite de l'œuvre de M. de Swarte sur ce
point. Il a fait ressortir, en outre, qu'elle avait révélé un côté peu
connu du caractère de Descartes, côté qui justifie le titre du livre et
que, si on nous permet l'expression, nous appellerions le côté cœur.
Nous y voyons, en effet, l'auteur du Discours sur la méthode ne pas se
contenter d'exposer à la princesse Palatine les plus graves problèmes
de la philosophie et des mathématiques, mais lui témoigner une sin-
cère sympathie au milieu des adversités qu'elle éprouve et s'efforcer de
lui donner tout le réconfort que sa nature froide et son esprit abstrait
étaient capables de manifester.
Certains chapitres sont, en quelque sorte, purement historiques, et
parmi ceux-ci nous signalerons celui consacré à la dernière phase de
la vie de l'infortunée sœur du roi d'Angleterre Charles !«•■, qui devint,
en 1667, abbesse d'Herford, en Westphalie, où elle mourut en 1680.
C'est une étude très neuve, très documentée de l'abbatiat d'Elisabeth.
Là, elle exerçait, sous le protectorat des électeurs de Brandebourg et de
l'empereur, un véritable gouvernement civil, troublé souvent par les
émeutes de la vieille cité hanséatique.
Dans la seconde partie du livre, M. de Swarte nous raconte les rela-
tions de Descartes avec la reine Christine de Suède, et il débute par un
portrait de celle-ci tracé de main de maître, que nous regrettons de ne
pouvoir reproduire ici, à cause de son étendue. Puis il nous résume,
d'une manière à la fois rapide et complète, la vie et les dramatiques
aventures de la fille de Gustave-Adolphe, non seulement d'après les
documents et les mémoires contemporains, mais aussi d'après les appré-
ciations des historiens modernes de cette princesse. Aussi, ses conclu-
sions sur les causes des principaux et mémorables événements qui ont
marqué le règne et la vie de Christine de Suède, son abdication, son
abjuration, la mort de Monaldesco, etc., nous semblent devoir rester
définitives, car elles sont frappées au coin de la meilleure critique his-
torique.
Huit héliogravures accompagnent ce livre. Quatre reproduisent les
portraits de Descartes, d'après Frans Hais (musée du Louvre); de la
princesse palatine Elisabeth, d'après Gaspar Barleus (musée d'Heidel-
berg); d'Anna de Schurmann, d'après Van Ceulen (musée de Lille); de
la reine Christine de Suède, d'après Sébastien Bourdon (musée de Ver-
sailles) ; une vue et un plan d'Herford ; deux lettres autographes iné-
dites de la princesse Elisabeth au savant Golvius, dont les originaux
sont déposés aux archives de l'Université de Leyde.
Le nouvel ouvrage de M. V. de Swarte intéresse donc autant l'his-
toire générale du xvn« siècle que celle de la philosophie, et c'est à ce
2i8 BIBLIOGRAPHIE.
titre que nous avons cru devoir le signaler aux lecteurs de la Biblio-
thèque de l'École des chartes.
Jules FiNOT.
Le Frère de Pétrarque et le Livre du Repos des religieux, par Henry
CocHijs (tome IV de la Bibliothèque littéraire de la Renaissance,
dirigée par P. de Noihac et L. Dorez). Paris, E. Bouillon, -1903.
In--! 2, 255 pages.
Les fêtes qui se préparent en Italie pour le six-centième anniversaire
de la naissance de Pétrarque témoignent du grand nombre d'admira-
teurs qu'a encore le célèbre humaniste; il n'en est peut-être pas de plus
fervent ni de mieux informé que l'auteur du très agréable volume dont
je viens de transcrire le titre.
Pétrarque avait un frère, qui, après avoir mené à ses côtés une vie
quelque peu dissipée, s'enferma dans la chartreuse de Montrieux, en
Provence, y déploya plus qu'une vertu ordinaire, y brava héroïque-
ment la peste, et, de près ou de loin, ne cessa d'exercer sur le poète
une mystérieuse et touchante influence. C'est donc tout un côté nou-
veau de la figure de Pétrarque qui nous apparaît, un côté doux, tendre
et beaucoup plus humble que celui qui nous est habituellement pré-
senté. A vrai dire, le mysticisme de l'auteur du Secretum, du De Vita
Solitaria, du De Otio ReUgiosorum, son amour de la solitude, son goût
pour la contemplation méritaient d'être mis pleinement en lumière :
pour le faire avec justesse, il fallait l'érudition, le tact, le sentiment
délicat des nuances dont a fait preuve mainte et mainte fois M. Henry
Gochin.
Aux nombreux renseignements puisés dans la Correspondance et
dans les traités ascétiques du poète sont venus s'ajouter des détails
précieux pour l'histoire de Montrieux, par suite pour celle des deux
frères, que l'auteur a su découvrir dans des documents conservés
actuellement aux archives du Var.
N. Valois.
G. -Charles Casati de Casatis. Note sur les deux précurseurs de Vart
français, le duc de Berry et le roi René., et sur un monument his-
torique menacé de ruine. Paris, A. Picard el fils, -i904. In-8",
29 pages.
Notre confrère M. Casati de Casatis développe la thèse qu'entre
1450 et 1550 il y a eu une renaissance française précédant la renais-
sance italienne. 11 croit pouvoir parler d'an millier de monuments se
rattachant à ce mouvement artistique également dégagé du gothique
pur et de toute influence italienne. Un des premiers précurseurs de
BIBLIOGRAPHIE. 2^9
cette renaissance française est, d'après lui, le duc Jean de Berry,
puis le roi René, et il nous parle de quelques-unes des œuvres de ces
deux princes, œuvres non seulement commandées, mais inspirées
par eux. Cette thèse est à rapprocher des théories défendues par Louis
Courajod. Il faudrait quelque travail plus étoffé et nourri pour mieux
suivre l'idée. M. Gasati de Gasatis aura eu le mérite d'avoir contribué
à appeler l'attention sur elle.
L. D.
H.-R. d'Allemagne. Sports et jeux d'adresse. Paris, Hachette, sans
date [^904]. Gr. in-4°, 382 pages, 328 illustrations dans le texte
et \ 00 gravures hors texte, dont 29 planches coloriées à l'aquarelle.
Notre confrère H.-R. d'Allemagne vient d'ajouter un volume à la
série déjà si riche de ses luxueuses publications. L'année passée, il nous
avait donné la belle Histoire des jouets (Paris, Hachette, sans date.
Gr. in-4°, 250 illustrations dans le texte et 100 gravures hors texte),
pour laquelle ses collections personnelles avaient fourni une bonne par-
tie des matériaux. Le volume paru cette année sur les Sports et jeux
d'adresse, édité de la même heureuse façon, en est comme la suite. Les
jeux de table et de cartes, que M. d'Allemagne a pris aussi comme
objets de ses recherches, feront sans doute la matière d'un troisième
volume.
Sports et jeux d'adresse sont répartis en six chapitres : I. Premiers
jeux de l'enfance, tels que cerceau, bâtonnet, échasses, sabot, toupie;
— II. Jeux à courir, où il est parlé de la course, des barres, des quatre-
coins, des divers cache-cache; — IH. Jeux d'adresse, dont les plus
importants sont l'arc, les bagues, le bilboquet, le tonneau, le bou-
chon ; — IV. Jeux de balle, où sont décrits les jeux de ballon et de
paume, le mail et ses dérivés, le volant et les grâces; — V. Jeux de
boules, comprenant les billes, les boules proprement dites, le billard, les
quilles ; — VI. Jeux gtjmnastiques, où l'on retrouvera, outre les mul-
tiples sauts (cloche-pied, saute-mouton, cheval-fondu), la lutte, la danse,
la gymnastique, l'escrime, le patinage.
Pour tous ces divertissements, l'auteur remonte aux origines les plus
lointaines. C'est ainsi qu'il nous apprend que le cerf- volant fut inventé,
et militairement utilisé, par un général chinois qui vivait au ni^ siècle
avant notre ère (p. 12). Quant aux jeux hérités des Grecs ou des
Romains, ils sont légion. M. d'Allemagne a non seulement indiqué les
textes, mais encore reproduit certains des plus intéressants monuments
figurés qui s'y rapportent. Citons le rapprochement qu'il fait de vers
de Mireille relatifs au jeu du « saut sur l'outre enflée » avec Vascolias-
mus des Grecs, sorte de danse à cloche-pied sur une outre remplie de
vin et frottée d'huile, que représente une pierre gravée antique (p. 314).
220 BIBLIOGRAPHIE.
« Les joueurs essayaient de se maintenir sur un seul pied au centre de
ce ballon glissant et de tenir l'autre jambe élevée en l'air. » Le jeu pro-
vençal n'est-il pas une survivance des usages helléniques importés par
les colons ioniens?
Une charmante peinture d'Herculanum (p. 22) a conservé le souve-
nir du jeu du pivot, ancêtre de celui du chat et du rat, de celui de la
corde, de celui de l'anguille, tous divertissements où les fautes ont
pour sanction des volées de coups; les mouchoirs roulés de nos collé-
giens n'y sont pas moins cuisants que les lanières des enfants romains.
Une autre peinture d'Herculanum (p. 68) est consacrée au cache-cache,
que jouent de ravissants petits amours.
L'encombrant sabot était aussi goûté des citoyens romains en herbe
qu'il l'est des futurs électeurs parisiens. Virgile, Horace, Pline et Perse
en parlent. Ce dernier avoue que les délices de ce noble jeu lui sem-
blaient fort supérieures aux âpres satisfactions de l'étude (p. 36). En
revanche, la toupie n'est qu'une innovation récente. Il paraît qu'elle est
comme la preuve matérielle de la dégénérescence de la race liumaine.
Tel est, du moins, l'avis d'un spécialiste de 4837, qui l'estime imaginée
pour éviter aux enfants l'exercice fatigant du sabot et qui vitupère en
ces termes : « C'est à qui inventera le moyen de leur épargner quelque
fatigue, à qui inspirera à la jeunesse le plus d'horreur pour le travail »
(p. 41). Les craintes de ce Gaton des jeux enfantins étaient vaines; en
dépit de la toupie, le sabot a gardé les préférences de la jeunesse pari-
sienne.
Aux Thraces revient le médiocre honneur d'un jeu prodigieusement
barbare, et qui n'a point fait école, celui de la pendaison. Ce divertis-
sement singulier demandait la chaleur communicative des banquets,
car des gens de sang-froid eussent légitimement hésité à y prendre
part. Au dessert, et les convives à point, le sort désignait l'un d'eux
pour courir le risque d'être pendu. Le misérable était guindé sur une
pierre et le nœud coulant d'une bonne corde passé à son cou. On lui
mettait en main un couteau, puis on faisait trébucher la pierre. Avait-il
le bras assez prompt et assez sur pour trancher la corde, tant mieux
pour lui ; sinon, il était bel et bien étranglé, au grand amusement des
commensaux, qui s'esclaffaient en criant : « Il a perdu, il a perdu »
(p. 368).
Les jeux médiévaux et de l'ancien régime sont soigneusement cata-
logués et décrits par M. H. d'Allemagne. Je signalerai spécialement ce
qu'il dit de l'arc et de l'arbalète (p. 76 et suiv.), pour la pratique des-
quels s'organisèrent des confréries, florissantes surtout dans le nord et
dans l'est, où certaines se sont perpétuées jusqu'à nos jours. — Le cha-
pitre relatif au jeu de paume (p. 165 à 195) est, ainsi qu'il convient,
longuement développé. La paume fut très en honneur en France durant
les derniers siècles de la monarchie. Elle était pratiquée avec passion
BIBLIOGRAPHIE. 22i
par les classes riches et faisait vivre tout un monde de professionnels,
maîtres paumiers, valets de jeu ou nacquets, tenanciers de salles de
jeu, paumiers-raquettiers, etc.. La mode en étant passée peu à peu, on
sait que sa réimportation d'Angleterre sous le nom exotique de lawn-
tennis (paume sur pelouse) lui a rendu la faveur des gens bien élevés.
Cette paume anglaise est, d'ailleurs, loin de valoir notre ancien jeu
français de longue paume, ainsi qu'il est facile de s'en rendre compte
au Luxembourg, où les deux paumes se jouent concurremment. — Le
mail et la crosse (p. 196 et suiv.) ont eu la même fortune. Après des
siècles d'éclat, ils ont subi une éclipse à peu près complète, puis sont
revenus en honneur, à la suite d'un stage en Angleterre, sous la déno-
mination de croquet et sous celle de polo.
Toute l'illustration du volume est, comme dans les précédentes
publications de M. d'Allemagne, extrêmement riche et soignée. A titre
de meilleur dans l'excellent, j'appellerai l'attention sur les séries se
rapportant aux boules, au billard et aux quilles (p. 240 à 298). Il y a là,
en particulier, de curieuses reproductions des charges d'un imitateur de
Callot, Van Lochom, ainsi que de caricatures françaises et anglaises.
Sur presque chaque article, on trouve une, sinon plusieurs, des char-
mantes compositions dans le genre antique de Cl. Bouzonnet-Steila
(xviie siècle). Les recueils plus anciens, tels que celui d'Olaus Magnus
(xvi« siècle), et les séries gravées ou lithographiées du xviiie et du
xix» siècle ont été, de même, mis largement à contribution. Indiquons,
entre cent autres d'égal intérêt : les Jeux d'enfants de P. Breughel
(frontispice) ; les Quatre-Coins et le Cache-Cache de Lancret (p. 65 et
71) ; la Caricature du temps de Louis-Philippe inspirée du jeu de bagues
(p. 96; manège actionné par le roi, où le duc d'Orléans, juché sur un
cheval de bois, s'efforce d'atteindre un des anneaux que tiennent les
deux princesses avec lesquelles on tentait alors de le marier) ; le Jeu
de billard de Louis XIV (p. 265); la gravure du xvi^ siècle de la
page 297; les deux planches relatives au saut, d'après Archange Tuc-
caro (p. 303 et 305) ; les caricatures chorégraphiques de l'époque révo-
lutionnaire (p. 345); les lithographies de Marlet (notamment p. 4, 32,
53, 349, 357).
G. Jacqueton.
Eugène Lelong. Célestin Port (1828-1001). Angers, impr.-libr. Ger-
main et G. Grassin, ^902. In-8°, ^28 pages, avec 2 portraits.
(Extrait de la Revue de l'Anjou, 5^^ année.)
L'archiviste qui fut plus de quarante-sept ans à la tête de la portion
la plus considérable des archives d'une des plus illustres provinces de
l'ancienne France et qui a été l'auteur éminent du principal ouvrage
d'histoire locale qu'on puisse mettre en parallèle avec les anciennes his-
222 BIBLIOGRAPHIE.
toires provinciales composées par les Bénédictins d'autrefois, — le
Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, — a déjà eu deux fois son
éloge biographique prononcé à l'Académie des inscriptions par M. de
Lasteyrie et M. J. Lair (ces deux éloges sont reproduits dans les années
4901 et 1902 de la Dibl. de l'École des chartes). Le point de vue auquel
M. Eugène Lelong, qui fait le cours sur les archives à l'École des
chartes, s'est placé, en reprenant la biographie de son célèbre compa-
triote adoptif, doit être signalé particulièrement à tous les archivistes
et même aux bibliothécaires de nos départements. C'est une étude de
la vie entière, depuis la jeunesse, — et même l'enfance, — jusqu'à la
lin de la carrière, d'un archiviste départemental qui est véritablement
le modèle à offrir à tous les professionnels de notre métier. On y verra,
dans les détails les plus intéressants, toujours appuyés sur des docu-
ments imprimés ou même manuscrits et inédits, comment peut et doit
se conduire un archiviste, toujours avec tact et jugement, en presque
toutes les circonstances où sa carrière le destine à se trouver mêlé :
classement et inventaire des dépôts d'archives de toute nature (Angers
possédant à la fois des archives départementales, communales et hos-
pitalières); rapports, négociations ou difficultés de divers genres avec
les administrations locales, les inspecteurs des archives et aussi les
ministères ; travaux d'histoire locale et collaboration aux périodiques
provinciaux; travaux sur l'histoire contemporaine depuis l'époque de
la Révolution; même les polémiques ou conflits (rares heureusement),
d'ordre administratif ou littéraire, entre confrères; enfin, jusqu'à la
façon dont un archiviste peut arranger sa vie privée au point de vue
de l'emploi le plus judicieux de son temps et de ses journées. Tout cela
est raconté par M. Lelong en un style clair, précis, vif et spirituel, qui
rend très attrayante la lecture de cette biographie.
A la biographie elle-même (qui occupe quatre-vingt-quinze pages, avec
beaucoup de notes), M. E. Lelong a joint une bibliographie (publiée
une première fois dans la Correspondance historique et archéologique,
année 1901) de tous les travaux de C. Port, qui comprend 117 numéros,
dans l'ordre chronologique, de 1851 à 1903 (date posthume d'une notice
composée avant 1901 et publiée dans le nouvel État général par fonds
des archives départementales), décrits avec une rigueur bibliographique
absolue, accompagnés, — exemple qui devrait être suivi dans toutes
les bibliographies véritablement dignes de ce nom, — de l'indication
des comptes-rendus donnés dans les revues et même dans les journaux,
et enfin suivis d'un petit index alphabétique des matières, renvoyant
aux numéros de la bibliographie.
E. -Daniel Grand.
BIBLIOGRAPHIE. 223
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
GÉNÉRALITÉS, 221, 229, 335, 369.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 105, 258, 372. — Paléographie,
330, 336, 345. — Diplomatique, 309.— Manuscrits, 10, 56, 61, 71, 102,
124, 158, 266, 377. — Imprimés, 72, 244, 277. — Bibliographie, 199,
201,217, 300, 359. — Bibliothèques, 180.
Sources, 128, 179, 276, 366. — Légendes, 268. — Chroniques, jour-
naux, 121, 245, 350.— Correspondances, 99, 135, 211, 212, 249, 265.—
Archives, 13, 86, 203, 272, 298, 357. — Cartulaires, 9, 33, 64, 77, 80, 95,
97, 123, 197, 225, 228, 234, 288, 289, 339, 350, 355 ; Chartes, 237, 255, 275,
279, 282. — Regestes, 90, 261, 285, 293, 350, 354. — Livres de fiefs,
pouillés, etc., 210, 215, 218, 219, 220. — Comptes, 16, 116, 283. —
Inventaires, 60, 101, 248, 283.
Biographie, généalogie, 138. — Alfred, 11; Angleterre, 29, 324;
Jeanne d'Arc, 106; Benoît XII, 212; Bérenger de Tours, 110; s. Ber-
nard, 356; Bessarion, 295; Boniface IX, 181 ; Borcke, 321; Catherine
de Médicis, 211 ; Célestin III, 279 ; Charles IX, 211 ; Gharlemagne, 200,
257, 282; Clément VI, 77 ; Colomb, 5, 342; s. Golumban, 41, 45;
Dante, 247, 274; Del Torso, 120; E. Deschamps, 168, 287; Dioscore,
343; François I", 211 ; Frédéric I^-", 223; Frédéric II, 131 ; Frédéric
de Misnie, 210; Frioul, 47; Fugger, 318; Galgano, 322; Geoffroi du
Mans, 236; Gérard de Bruges, 144; s. Gilbert, 148; s. Girard, 216;
Grégoire XI, 73 ; Gueldre, 99 ; Guillaume de Massouris, 350 ; Guillaume
de Puylaurens, 350; Guillaume de Saint-Didier, 115; Gulite, 99;
Henri V d'Angleterre, 70; Hilduin, 222; Hus, 127; Innocent III,
350; G. Le Meingre, 60; Lévis, 176; Louis le Pieux, 350; Louis XII,
211; Louis d'Anjou, 248; LuUe, 17; s. Martial, 52; Merle de Beau-
champs, 16; Nicolas I", 291; Othon IV de Bourgogne, 140;
Parshall, 262 ; Pascal II, 249 ; s. Patrice, 323 ; Pétrarque, 43, 79 ; Phi-
lippe le Hardi, 283; Pierre Cardinal, 115; Pisano, 53; Pons de Cap-
deuil, 115; Roland, 160; Rolin, 269; Savonarole, 173, 311; Scheven,
354; Sigismond de Bohême, 255; Silaus, 301 ; Syagrius, 84; Thomas
de la Marche, 48; Toscanelli, 5; Turold, 249; Urbano da Cortoria,
316; s. Wandrille, 37; Weiditz, 296; Jean d'Yerrian, 235.
Droit, 12, 24, 38, 58, 67, 82, 83, 111, 215, 231, 312, 329, 344.
Géographie, 27.
Histoire économique, moeurs, 20, 73, 74, 146, 177, 187, 196, 198.
224 BIBLIOGRAPHIE.
Institutions, 46, 88, 349.
Médecine, 2, 47, 194, 353.
Sciences, enseignement, 66, 81, 85, 104, 185, 303, 310, 371.
Langues et littératures. — Latin, 69, 96, 135, 164, 175. — Langues
romanes : 363; français, 19, 31, 92, 182, 194, 199 bis, 232, 278, 320,
346, 347, 348, 360; italien, 7, 36, 75, 79, 151, 226, 227, 241, 247, 341 ;
provençal, 213. — Langues germaniques : allemand, 69, 159, 314, 375;
anglais," 161, 189, 214, 297, 340; gothique, 250. — Langues Scandi-
naves, 119, 172, 183, 242, 254, 258, 317. — Langues slaves, 26, 143.
Religions. — Judaïsme, 246, — Christianisme, 157, 286; papauté,
116, 131, 154, 200; ordres religieux, 64, 93, 129, 146, 148, 163, 191;
liturgie, 65, 132; lipsanograpliie, 101, 139,162,233; théologie, 110,
164, 165, 351. — Hétérodoxie, 4, 44, 152.
Archéologie, 14, 25, 28, 32, 50, 57, 65, 94, 100, 108, 109, 117, 118,
142, 153, 156, 188, 206, 251, 253, 290 bis, 331, 334, 337, 352, 364. —
Architecture, 49, 76, 114, 141, 204, 205, 207, 208, 209, 224, 230, 233,
290, 305, 307, 308, 367, 374. — Sculpture, 21, 22, 53, 87, 186, 192, 284,
304, 306, 315. — Peinture, 55, 144, 267. — Gravure, 51. — Mobilier,
60. — Poterie, 166. — Orfèvrerie, 248. — Gampanographie, 34. —
Reliure, 326. — Musique, 63, 113. — Jeux, 3. — Numismatique, 6, 15,
54,70, 125, 130, 213 6î5, 361. — Sphragistique, 280. — Héraldique, 89,
376.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Abingdon, 197; Aix-la-Chapelle, 25, 361; Alba,293; Aldwych, 147;
Allemagne, 28, 38, 157, 217, 245, 305, 366; Amiens, 104, 108; Angle-
terre, 20, 54, 133, 270 ; Aoste, 240 ; Arezzo, 134 ; Arrancy, 202 ; Artois,
50 ; Ascliersleben, 57 ; Aube, 14, 205, 206, 299 : Autriche, 253, 327 ; Avi-
gnon, 73; Badeleben, 292; Bàle, 355; Barrois, 344; Bavière, 153;
Beraun, 170; Berne, 128; Besançon, 139; Bodenlauben, 39; Bohême,
40, 77; Bologne, 367; Bourgogne, 213 bis; Brandebourg, 163; Bres-
lau, 61; Brie-Gomte-Robert, 238 ; Byzance, 149, 190, 328; Gagliari,
272 ; Ganterbury, 180 ; Garinthie, 179 ; Champagne, 207 ; Chartres, 209 ;
Ghàtelneuf-en-Vennes, 103; Chaumont-Porcien, 178; Ghemeré, 23;
Givitale, 329 ; Gluny, 288; Coblence, 13; Gonstantinople, 18; Goudray,
23; Dalmatie, 231 ; Deux-Amants, 279; Dnieper, 188; Douvre, 180;
Duren, 62; Erkelenz, 290 bis; Espagne, 54; Évron, 208, 264 ; Florence,
134, 306 ; Fountains Abbey, 167 ; France, 54, 88, 126, 239, 349 ; Frauen-
burg, 333 ; Fribourg, 22; Haute-Garonne, 298; Geilenkirchen, 290 bis ,•
Gottorp, 308; Grèce, 275; Gueldre, 99; Gùtersloh, 112; Haguenau, 1 ;
Heldburg, 364; Hongrie, 8, 246; léna, 228; Ile-de-France, 359;
Ingersheim (Gross- und Klein-), 332; Irlande, 184; Italie, 32, 54;
Jauer, 313; Jougue, 141; Juvigny, 107; Lenhanée, 59; Ligurie,
BIBLIOGRAPHIE. 225
123; Lipan, 273; Litomysl, 252; Lorch, 21; Lorraine, 344; Louroux-
Béconnais, 145; Lucques, 90; Lunigiane, 123 ; Lusace, 80; Lyon, 218;
Mannheim, 256; le Mans, 74, 234, 236 ; Marienburg, 15; Maulbronn,
307 ; Metz, 266; Montataire, 122; Montpellier, 33; Montreuil-sous-Bois,
49; Munich, 193; Nages, 35; Naumburg, 373; Nogent-le-Rotrou, 76;
Norvège, 97; Nouvion, 259; Nuremberg, 156, 284, 352; Oldenbourg,
276 ; Oloron, 30 ; Orvielo, 68 ; Oxfordshire, 98 ; Parchim, 370 ; Parenzo,
142; Paris, 300, 359 ; Paterno, 83 ; Pays-Bas, 54, 357 ; Perse, 155 ; Picar-
die, 50; Piépape, 271 ; Pinsk, 150; Pologne, 185, 376; Poméranie, 368;
Porrois, 95; Prague, 40; Presbourg, 260 ; Prusse, 15; Quimperlé, 225 ;
Randazzo,82; Raulhac,281; Rausse, 91; Ravenne, 94; Recklinghausen,
294; Rense, 169; Roemhild, 364 ; Roelteln, 171 ; Romain-Môtier, 141 ;
Rouergue, 52; Saint-Benoît-sur-Loire, 289; Saint-Claude, 282; Saint-
Denis du Maine, 23; Saint-Jean-d'Angély, 9; Saint-Néots, 11; Saint-
Ursanne, 41; San Gimignano, 137; Sanzay, 230; Scheyern, 87;
Schoeneck, 365; Schwarzbourg, 125; Seine, 203 ; Sens, 219; Serbie,
328, 362; Séville, 136; Sienne, 53, 137; Spire, 319; Stargard, 42;
Suède, 24, 339; Suisse, 224, 290; Tarentaise, 263; Toess, 338; Tos-
cane, 123, 130; Toulouse, 100, 101, 358; Tours, 220; Troisvilles, 243
Tulle, 78; Turin, 162; Turkestan, 302; Ulm, 204; Unterwalden, 109
Vannes, 195; Vendôme, 237; Vienne, 285, 306 6w; Westminster, 174
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a. S., nebst e. Anh. Abriss der Geschichte von Frenburg a. U., Goseck,
Schônburg, Saaleck und Rudelsburg. Naumburg, A. Schirmer, 1903.
In-8o, viii-120 p. 2 m.
374. WiTTiNG (Fel.). Westfranzôsische Kuppelkirchen. Strassburg,
J. H. E. Heitz, 1904. Gr. in-S", 40 p., 9 fig. (Zur Kunstgescliichte des
Auslandes, 19.) 3 m.
375. Wolfram v0x\ B]schenbagh, hrsg. von Alb. Leitzmann. 2. Heft :
Parzival. Buch vu bis xi. Halle, M. Niemeyer, 1903. In-S», xi-194 p.
(Altdeutsche Texlbibliothek, 13.) 2 m.
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ihre Geschichte und ihre Sagen. Mit 185 Wuppen auf 16 (farb.) Taf.
Haraburg, H. Grand, 1904. In-8°, m- 185 p. 12 m.
377. ZoMARiDEs (Eug.). Die Dumba'sche Evangelien- Handschrift vom
J. 1226. Leipzig, Dôrltling und Franke, 1904. In-S», 28 p., 2 pi. 2 m.
^904 n
GHRONIOUE ET MÉLANGES.
— Les thèses des élèves de l'École des chartes ont été soutenues le
25, le 26 et le 27 janvier 1904. Voici les sujets que les candidats avaient
traités :
Robert Anghel : Barthélémy de Joux et l'évêché de Laon (1113-
1150).
Maurice de Bengy-Puyvallée : Louis de Sancerre, connétable de
France (1340?-1403).
André Clerc : Recherches sur le cardinal de Ghâtillon. Première par-
tie (1517-1564). — Ce candidat a été autorisé à retirer sa thèse, dont il
n'avait pu achever la rédaction.
Georges Crépy : Étude historique sur le collège de Boissy de l'Uni-
versité de Paris (1358-1761).
Henry Débraye : La Chancellerie et les lettres royaux sous le règne
de Charles VI (1380-1422).
Ernest Delmas : Essai sur l'histoire des comtes de Rodez au xii^ et
au xm« siècle (1115-1304).
Paul DuGUEYT : Jacques de Molay, dernier grand maître de l'ordre des
Templiers (1244 ?-13 mars 1314).
François Emanuelli : Le Parler populaire des îles anglo-normandes.
Première partie : Phonétique.
Louis Engerand : Essai sur l'ornementation romane dans le départe-
ment du Calvados.
Louis Halphen : Les Transformations politiques du comté d'Anjou
sous les premiers Capétiens. — Le Gouvernement de Foulques Nerra
(987-1040).
Gabriel-L. Henriot : La Vie et les légations d'Hugues, évéque de Die
(1073-1082), archevêque de Lyon (1082-1106).
Théodoric Legrand : Essai sur Fontarabie et les différends de cette
ville avec le Labourd, du xv^ au xvin« siècle.
Henri Longnon : Essai sur Pierre de Ronsard. Ses ancêtres; sa
jeunesse.
CHRONIQUE ET MELANGES. 259
Léopold MicHELi : Les Institutions municipales de Genève au
xv« siècle. Essai précédé d'une introduction sur l'établissement de la
commune dans cette ville.
Jean Mondain- Moinval : Les Bâtiments du roi sous le marquis de
Marigny, directeur et ordonnateur général des bâtiments, jardins, arts,
Académie et manufactures royales de 1751 à 1773.
Bernard Monod : Étude sur les relations entre le saint siège et le
royaume de France de 1099 à 1108 (Pascal II et Philippe I").
J. Pandin ue Ldssaudière : Charles de Coueiz, seigneur de Burie,
capitaine et lieutenant du roi en Guyenne en l'absence du roi de
Navarre (1491-1565).
Edmond Pélissier : Histoire de la draperie à Castres sous l'ancien
régime.
Pierre Pressag : La Dignité archiépiscopale et l'autorité métropoli-
taine dans l'église des Gaules et dans l'église de France, du iv« siècle
au concile de Trente (1563).
— Par arrêté en date du 8 février 1904, ont été nommés archivistes
paléographes dans l'ordre de mérite suivant :
MM. 1. Halphen.
2. Crépy.
3. LONGNON.
4. Anchel.
5. MoNOD.
6. Emanuelli.
7. Débraye.
8. Bengy-Puyvallée.
9. Engerand.
10. Pélissier.
11. Pandin de Lussaudière.
12. Henriot.
13. Legrand.
14. Mondain-Monval.
Sont nommés archivistes paléographes hors rang comme appartenant
à des promotions antérieures (ordre alphabétique) :
MM. Delmas.
MiCHELI.
Le Conseil a signalé à l'attention de M. le ministre, comme particu-
lièrement remarquables, les thèses de MM. Halphen, Longnon, Monod.
260 CHRONIQUE ET MELANGES.
NECROLOGIE.
Notre confrère M. le comte René de Mas Latrie, chef de bureau
honoraire au ministère de l'Instruction publique, chevalier de la Légion
d'honneur, est décédé le l^"" avril 1904, dans sa soixantième année.
— Notre confrère M. Auguste Molinier, professeur à l'Écule des chartes,
chevalier de la Légion d'honneur, est décédé le 19 mai 1904, à i'àge de
cinquante-deux ans. Nous reproduisons les discours qui ont été pro-
noncés à ses funérailles, le 21 de ce mois, par MM. Paul Meyer, Jules
Roy et A. Vidier.
DISCOURS DE M. PAUL MEYKR, DIRECTEUR DE l'ÉCOLE DES CHARTES.
« Messieurs,
« Celui qui vous parle a vu disparaître successivement plusieurs de
ses collègues qu'il avait eus pour maîtres, puis d'autres qui étaient ses
contemporains, aujourd'hui entin il a la douleur d'adresser un suprême
adieu à un collègue qui fut son élève. Auguste Molinier, en effet, entra
à l'École des chartes en 1869, l'année même où je montai pour la pre-
mière fois dans la chaire que j'occupe encore. Les impressions qu'on
reçoit dans la jeunesse se fixent dans la mémoire avec une ténacité
particulière. Je vois encore, à leurs places respectives, les jnunes gens
de cette promotion. Tous n'ont pas poursuivi leurs études jusqu'au
diplôme, mais plusieurs ont donné des preuves éminenles de capacité
et nous ont fait honneur. L'un des plus distingués, l'un de ceux qui,
dès la première année d'études, montrèrent le plus d'aptitude à nos
travaux, la curiosité la plus éveillée, le goût le plus marqué pour les
recherches originales, était Molinier. Il sortit le premier, en 1873,
d'une promotion où, à côté de lui, se trouvaient des élèves entrés un an
plus tôt à l'École, mais dont les études avaient subi une interruption
par le fait de la guerre.
« Sa thèse, publiée en 1874, était un catalogue raisonné, précédé d'une
introduction bien conçue, des actes de Simon et d'Amauri de Montfort.
Elle détermina, pour un temps, la direction de ses études. Vers cette
épO(jue, un libraire de Toulouse, faisant preuve d'un esprit d'initiative
dont peu de libraires parisiens de ce temps eussent été capables, avait
entrepris une nouvelle édition, sur un 'plan très vaste, de ï Histoire
générale de Languedoc par dom Devic et dom Vaissète. Un de nos
confrères, qu'une mort prématurée nous enleva vers la fin de l'an-
née 1874, Emile Mabille, dirigeait en fait, sinon en titre, cette publica-
tion. Peu de temps après sa mort, sentant ses forces décliner, il s'était
associé Auguste Molinier, dont la collaboration commença avec la
CHRONIQUK ET MELANGES. 26-1
seconde partie (parue en 187'i) du tome I'"'. Après le décès de Mabille,
son jeune auxiliaire devint le principal annotateur de l'ouvrage, sans
en avoir toutefois la direction. La préface du tome II (1876) est signée
de son nom. Ce travail épineux de revision et de correction occupa
Molinier pendant de longues années. Il ne consista pas seulement en
d'importantes améliorations apportées aux textes, souvent fautifs,
publiés par les Bénédictins : Molinier inséra de nombreux documents
inédits parmi les pièces justificatives de la première édition; il mit au
bas des pages une infinité de menues rectifications, il composa, sous le
titre modeste de notes, de longs mémoires, où il traita des sujets que
les auteurs de V Histoire de Languedoc avaient traités de façon insuffisante
ou même complètement négligés. Certains de ces excursus, un peu
noyés dans un immense appareil de notes et d'appendices, ont l'am-
pleur de véritables raém.oires. Il suffira de rappeler l'Étude sur l'admi-
nistration féodale dans le Languedoc, celle aussi qui a pour objet l'ad-
ministration de saint Louis et de son frère Alphonse de Poitiers dans
la même province (t. VII), le Mémoire sur la géographie historique du
Languedoc (t. XII). Ce sont des travaux entièrement de première
main, auxquels il n'a manqué, pour atteindre cette perfection que nous
visons toujours et à laquelle nous arrivons si rarement, que d'avoir été
rédigés plus à loisir. Le loisir, hélas! c'est ce qui toujours a manqué à
Molinier, si grande qu'ait été sa puissance de travail. Les publications
faites par l'État peuvent se prolonger pendant un nombre d'années
pour ainsi dire indéfini. Il n'en saurait être de même des publications
entreprises par des particuliers, où le capital engagé doit être rémunéré
en un temps déterminé. Il fallait donc aller vite, et, dans de telles
conditions, certaines imperfections, certaines lacunes même, faciles à
découvrir une fois le travail fait et publié, ne sont que trop excusables.
Qui, d'ailleurs, aurait pu mieux faire? Et puis, il faut le dire, parce
qu'il n'y a là rien que d'honorable pour notre regretté ami, Molinier
n'avait aucune fortune, et il eut, très jeune, des charges de famille
dont il ne parlait pas, que ses plus intimes amis soupçonnaient à
peine. Peu ambitieux, étranger à toute intrigue, ce n'est qu'assez tard
qu'il obtint une situation, non pas brillante, mais suffisante. Il lui fal-
lut donc, pour vivre, se livrer, pendant des années, à des travaux
d'ordre secondaire qui absorbaient une partie du temps qu'il eut voulu
consacrer à l'étude. Et cependant, tels étaient son ardeur au travail,
son désir de se perfectionner, de s'initier à des méthodes nouvelles,
d'augmenter la somme de ses connaissances, qu'il trouvait le temps, à
une époque où il n'était plus un simple étudiant, de développer en tous
sens son instruction. Il appartenait à cette génération qui, élevée au
milieu de nos désastres, avait appris à prendre la vie au sérieux. Il
voyait clairement qu'une des causes de nos malheurs était l'ignorance
où l'on avait été, en France, des progrès de tous genres réalisés chez
262 CHRONIQUE ET MELANGES.
nos voisins. Au moins en ce qui concerne les sciences historiques, il
avait voulu s'élever au niveau qui avait été atteint à l'étranger ; au
prix de quels efforts! ceux-là seuls qui furent les témoins de sa vie
pourraient le dire.
« Avant même que ses travaux relatifs à VHistoire de Languedoc
eussent pris fin, il montra en des genres très divers une variété et une
profondeur de connaissances qui étonnent. Surnuméraire d'abord, puis
employé rétribué à la Mazarme, il s'appliqua à rédiger le catalogue des
manuscrits de cette bibliothèque, et il le rédigea de la façon la plus
satisfaisante. Ce genre de travail est trop peu apprécié, même dans le
monde des érudits. C'est qu'il y a peu de personnes qui sachent se
rendre compte de ce qu'il faut savoir pour mener à bien la description
d'une collection de manuscrits oiï abondent les ouvrages anonymes,
souvent inédits ou même tout à fait inconnus, où les textes sont par-
fois incomplets, et d'autant plus difficiles à identifier. Je n'hésite pas à
dire, pour avoir pratiqué beaucoup de catalogues, que celui de la
Mazarine est l'un des plus parfaits que je connaisse, et j'ea dirai
autant des catalogues moins importants qu'il a rédigés pour le recueil
général des catalogues des manuscrits des départements publiés sous
les auspices du ministère de l'Instruction publique.
« Dans une œuvre de ce genre, on peut faire preuve d'érudition et
de méthode; il n'y a guère lieu d'y émettre des idées personnelles.
Molinier, cependant, était riche en idées. 11 avait réfléchi sur tous les
sujets vers lesquels l'entraînait sa vaste curiosité. On le vit bien lors-
qu'il publia sur Pascal, notamment sur les Provinciales, des travaux
qui font époque. Ce fat à peu près sa seule excursion dans l'étude de
ce qu'on appelle les temps modernes. Mais ceux qui ont été en rapports
journaliers avec lui savent combien il était instruit de matières variées
sur lesquelles il n'a rien écrit.
« Longtemps avant d'occuper à l'École des chartes la chaire des
Sources de l'Histoire de France, il avait donné mainte preuve de son
aptitude à publier et à commenter les chroniques du moyen âge. Je
rappelle en passant l'édition, qu'il donna, en collaboration avec son
frère Emile, de la Chronique normande (188-2) et celle de Suger (1887),
qui est ua modèle. Et, quand, en 1875, le comte Riant fonda la
Société de l'Orient latin, dont il fut à la fois le créateur et le principal
ouvrier, il ne trouva pas de collaborateur plus actif ni mieux préparé
qu'Auguste Molinier.
« Lorsque, en 1893, il succéda, dans l'enseignement des Sources de
l'Histoire de France, au regretté Siméon Luce, mort lui aussi avant
d'avoir achevé son œuvre, il se donna pleinement à cet enseignement
qui lui plaisait, et pour lequel il se trouvait avoir amassé tant de
matériaux, sans se douter qu'un jour il aurait à les utiliser dans un
cours. Il y apporta la conscience, le dévouement au devoir profession-
CHRONIQUE ET MELANGES, 263
nel qu'il avait mis à remplir ses fonctions de bibliothécaire. Dès lors
ses études se concentrèrent plus particulièrement sur l'Histoire de
France. Tout en continuant sa collaboration intermittente au Catalogue
général des manuscrits des départements, où les volumes auxquels il a
mis la main se reconnaissent facilement, tout en rédigeant ses chro-
niques sur les livres nouveaux pour la Revue historique àe M. G. Monod,
il entreprenait des travaux de longue haleine qui avaient pour objet la
mise au jour de documents inédits de notre histoire. De 1894 à 1902,
il publia, en deux volumes, la Correspondance administrative d'Al-
phonse de Poitiers. Vers le même temps, il commençait, avec M. Lon-
gnon, une vaste publication, celle des Obituaires de la France, rangés
par diocèses. Il y était bien préparé, puisqu'il avait obtenu, en 1887, le
prix ordinaire de l'Académie pour un mémoire sur ce genre de docu-
ments. Certes, il n'espérait pas voir la fin de la Collection des obituaires,
tant la matière est abondante. Il pouvait du moins espérer accomplir
une grande partie de la tâche. Il en a publié le premier volume, conte-
nant plus de 1300 pages de texte. Le second tome est sous presse.
« Molinier était de ceux qui pensent que chaque professeur a le
devoir de contribuer à l'avancement et à la propagation de la science
qu'il est chargé d'enseigner. Il ne lui suffit pas d'y contribuer par des
travaux spéciaux : il voulut faire pour les sources de l'Histoire de
France un manuel qui fût, pour notre pays, ce qu'étaient pour l'Alle-
magne les Deulschlands Geschichtsquellen de Wattenbach, c'est-à-dire
un inventaire critique, classé chronologiquement, des annales, chro-
niques, biographies et documents divers qui sont la base de notre his-
toire. Ce manuel, développement de ses leçons de l'École des chartes et
pourvu d'une bibliographie abondante qui ne saurait prendre place
dans un cours, il en a publié les quatre premiers volumes de 1902 à
1904; le quatrième, qui s'arrête à l'année 1461, vient de paraître. Un
cinquième, entièrement rédigé, doit conduire l'exposé jusqu'à 1494, les
autres parties du Manuel (jusqu'à 181.5) étant confiées à d'autres érudits.
Un livre pareil se juge à l'usage. Ceux qui l'ont pratiqué l'ont toujours
trouvé au courant des dernières recherches et en ont loué la commode
ordonnance, l'exposé toujours clair et précis, les vues originales. Cet
ouvrage sera pendant longtemps le livre de référence des historiens
du moyen âge français.
« Ceux qui ont pénétré dans l'intimité de Molinier, qui ont pu appré-
cier la rectitude de son jugement, son amour de la vérité, son horreur
de l'injustice, qui ont été témoins de l'impatience qu'excitaient en lui
les faux raisonnements, les petites habiletés avec lesquels trop souvent
on cherche à masquer la vérité sans aller jusqu'à la fausser, ne s'éton-
nèrent pas de le voir se joindre avec décision à ceux, en petit nombre,
qui firent, il y a quelques années, des efforts, maintenant près d'abou-
tir, en vue d'obtenir la révision du jugement qui avait condamné le
264 CHRONIQDE ET MELANGES.
capitaine Dreyfus à la réclusion perpétuelle. Il est maintenant aisé de
parler avec sang-froid de cette douloureuse affaire qui a divisé, pour
un temps, la France en deux partis opposés, on pourrait dire ennemis.
Le calme a succédé à une agitation d'autant plus violente qu'elle était
factice. Mais, en 1898, il fallait un certain courage à un fonctionnaire
non inamovible pour oser prendre position dans les rangs du parti
numériquement le plus faible
Il y a là dans l'histoire de sa vie un bel épisode que devait rappeler
celui qui a été le témoin de ses angoisses et de ses sentiments de révolte
indignée.
« L'École des chartes perd en Molinier un professeur dévoué qui
exerçait sur ses élèves une action efficace, non pas seulement par les
qualités techniques de son enseignement, mais par cette incitation à la
recherche indépendante qu'il savait éveiller en eux et dont il leur don-
nait l'exemple. Je n'ai pas besoin de dire quelle profonde émotion s'est
emparée de ceux qui l'ont connu lorsqu'ils ont été informés de la mort
si subite de cet homme loyal, généreux, modeste aussi, car il faisait
peu de cas des titres et il reculait sans cesse le moment où il devrait
se présenter à l'Institut, où cependant il avait des amis dévoués. Ceux-là
même qui ne l'ont connu que par ses écrits seront douloureusement
affectés en voyant s'interrompre brusquement la carrière d'un savant
qui était en progrès constant et de qui on pouvait espérer encore de
nombreuses œuvres pour le profit de la science et pour l'honneur
du pays. »
DISCOURS DE M. JULES ROY,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CHARTES.
« Messieurs,
« Au nom de la Société des anciens élèves de l'École des chartes,
j'apporte, avec un dernier adieu, l'hommage de nos regrets unanimes
à l'excellent confrère qui nous a été si soudainement ravi, au collabo-
rateur dévoué qui nous a donné pendant tant d'années sou précieux
concours, à l'ami sûr et droit auquel resteront indissolublement atta-
chés tous ceux qui avaient pénétré dans son cœur si vaillant et si bon.
La nouvelle de sa mort a été reçue parmi nous avec une vraie conster-
nation, et il m'est impossible de dire toute la vivacité et toute la sin-
cérité de la douleur que nous avons ressentie. La disparition d'un
homme aussi laborieux, d'une vigueur d'esprit aussi intense, de quali-
tés intellectuelles et morales aussi élevées, creuse un vide difficile à
combler dans la variété des œuvres auxquelles il prenait part et dans
les relations professionnelles où il mettait tant de franchise et de sim-
CHRONIQUE ET MELANGES. 265
plicité. M. Paul Meyer, interprète ému et éloquent de l'École des
chartes, vous a dit ce que cette École perd en lui ; notre Société n'est
pas moins éprouvée, et si, après le discours rempli de faits saillants
que vous venez d'entendre, je ne puis vous dire longuement tous les
titres qu'avait Auguste Molinier à son estime, je veux au moins vous
dire brièvement comment il a su la servir et l'honorer.
« Sorti de l'École des chartes en 1873, le premier d'une promotion déjà
décimée et tout récemment éprouvée par la mort d'Ulysse Robert, il
contracta de suite avec l'érudition une alliance à laquelle il a voué sa
vie et à laquelle il est resté fidèle jusqu'à son dernier jour. Il eut de
bonne heure l'ambition de marquer sa place dans cette Bibliothèque de
l'École des chartes, qui est si bien le signe et l'honneur de notre vie, et,
de 1880 à 1900, il est peu de volumes où il n'ait pas inséré quelque
mémoire ou quelque article de critique. Son activité et son zèle ne
pouvaient manquer d'attirer l'attention de nos confrères, qui le nom-
mèrent deux fois secrétaire de la Société et qui lui ont sans cesse
renouvelé le titre de membre de la Commission de publication des
Mémoires et Documents. C'est un de nos chers disparus, Arthur Giry,
qui avait donné l'impulsion à cette publication qui nous fait tant
d'honneur; c'est Auguste Molinier qui a contribué à continuer l'œuvre
avec la même intelligence et le même succès ; c'est aux soins et à la
méthode de ces deux savants que reviendra le mérite originel d'une
collection qui a déjà conquis sa place dans l'estime du monde de l'éru-
dition et dont la renommée ne fera que s'accroître. Bien qu'étrangère
à notre Société, la publication de la Collection de Textes pour servir à
l'étude et à l'enseignement de l'histoire doit être mentionnée parmi les
créations où s'est également fait sentir l'influence de nos deux con-
frères, qui ont apporté là aussi la rigueur de leur méthode, et, sans
parti pris pour ou contre n'importe quel auteur, n'ont admis que les
textes bien établis et ont rejeté tous ceux qui, par défaut de composi-
tion, ne pouvaient qu'être nuisibles aux étudiants. Combien plus
encore Auguste Molinier a mérité de nous par sa collaboration au
Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques! Cette
collection, qui est publiée aux applaudissements des érudits de l'Europe
entière, lui doit plusieurs volumes, et ici il n'a pas seulement le
mérite d'avoir exécuté un travail des plus minutieux qui exige une
exactitude parfaite dans tout le détail, il a encore celui d'avoir montré
à ceux qui se plaignent de nous sans nous connaître ou sans se rensei-
gner, que le sentiment du devoir professionnel n'a pas cessé un seul
jour d'être en vigueur à l'École des chartes; que, si son enseignement
fournit d'illustres savants, il forme en même temps des archivistes et
des bibliothécaires du plus haut mérite qui savent inventorier et
mettre à la disposition du public toutes nos richesses historiques depuis
les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Gomme tant d'autres,
266 CHRONIQUE ET MELANGES.
Auguste Mûlinier a établi une fois de plus ce fait par ses travaux, et il
a prouvé une fois de plus que l'École des chartes est toujours restée
fidèle à la mission qui a été la raison de son origine et qui doit assurer
sa durée. Personne aussi n'a été plus jaloux que notre confrère de la
conservation des modestes droits que plusieurs lois, décrets, arrêtés,
règlements administratifs ont assurés à nos élèves, et il a tenu à les
défendre à ses risques et périls quand il les a vus compromis ou
menacés. Sa part d'action dans un modeste comité de défense scienti-
fique fait autant d'honneur aux idées de justice qui l'animaient qu'à
l'ardent souci qa'il avait des intérêts de nos jeunes générations.
« A ces titres, plus que suffisants pour justifier notre douleur,
combien j'aurais à ajouter si j'entrais dans le détail des travaux
d'Auguste Molinier. Il est mort chargé de couronnes ! Le nombre en
est grand, et cependant il ne paraissait pas être arrivé au terme de ses
succès; l'achèvement de l'Histoire des sources de l'histoire de France lui
réservait vraisemblablement de nouvelles et de plus glorieuses récom-
penses. Jusqu'à ce jour, il avait obtenu deux fois le second prix Gobert,
deux fois le prix Brunet, le prix du budget, une médaille au concours
des Antiquités nationales. Au prix de quel labeur! Il s'était attaché
notamment à débrouiller l'histoire et les institutions de ce Languedoc,
qui a tenu de tout temps une si grande place dans notre vie nationale, et,
pour y projeter un peu de lumière, il a eu à mettre en ordre ou au jour
des matériaux infinis et à réformer bien des idées fausses; aussi, la
connaissance des institutions du midi de la France a beaucoup gagné à
ses dissertations sur le régime féodal primitif et sur l'administration
de saint Louis. Sa bibliographie du Languedoc, œuvre encore inédite,
a été signalée par l'Académie des inscriptions comme un travail égale-
ment très recommandable, où il a consigné les renseignements les plus
précieux en écrivain parfaitement maître de son sujet. Sa géographie
historique de cette même province a nécessité l'exam.en de milliers de
renseignements épars, contradictoires ou suspects, pour répandre
quelque lumière sur un réseau de circonscriptions administratives qui
ont subi de nombreux remaniements depuis l'époque romaine jus-
qu'aux temps modernes.
« Outre ces travaux sur le Languedoc, l'Académie des inscriptions a
récompensé aussi les œuvres suivantes d'Auguste Molinier : la Chro-
nique normande, publiée pour la Société de l'Histoire de France, dont
le morceau capital est un sommaire raisonné qui relève, en les contrô-
lant par les autres témoignages, tous les détails historiques, biogra-
phiques ou géographiques mentionnés par le chroniqueur ; un mémoire
sur la méthode selon laquelle doit être étudié, préparé pour l'impres-
sion un ancien obituaire, mémoire qui servira de règle à tous ceux qui
auront à entreprendre des publications d'obiluaires ; enfin, le premier
fascicule de ['Histoire des sources de l'histoire de France, qui restera un
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 267
manuel excellent et précieux pour tous les travailleurs et qui à lui seul
suffirait à honorer un nom à l'égal des meilleurs auteurs de biblio-
graphies.
« Nous souhaitions pour Auguste Molinier la récompense suprême
par son entrée dans celle des Académies de l'Institut qui le connaissait
tout autant par ses travaux qu'elle avait couronnés que par la collabo-
ration qu'il lui donnait en sa qualité d'auxiliaire. La mort a trompé
nos espérances; mais notre Société n'en restera pas moins fière de lui,
honorée par son œuvre, désolée de l'avoir vu terrassé sur sa tâche ina-
chevée. Elle gardera le souvenir de son érudition vaste et solide, de son
sens critique si pénétrant, de sa présence d'esprit et de l'équité de ses
jugements dans la discussion, de son dévouement toujours prêt, du
sentiment de la justice et de l'amour de la vérité qui ont réglé toutes
ses convictions et inspiré tous ses travaux. Elle aimera à redire son
nom parce que nul n'a travaillé avec plus de conscience à la recherche
du vrai; elle conservera sa mémoire avec attendrissement parce que
nul n'était plus digne de trouver un peu de bonheur dans une longue
vie et de nous donner une nouvelle moisson dé gloire après des succès
qui nous faisaient déjà tant d'honneur! »
DISCOURS DE M. A. VIDIER
AU NOM DES ANCIENS ÉLÈVES DE M. MOLINIER.
« Au nom des anciens élèves d'Auguste Molinier, j'apporte ici l'ex-
pression de la douleur que nous cause sa disparition soudaine, j'ap-
porte aussi le témoignage suprême de notre reconnaissance.
« Pour avoir été la période la plus courte de sa vie publique, les dix
années de professorat de notre regretté maître n'ont cependant pas été
les moins fécondes.
« Si nous n'avons pas connu le Molinier de VHistoire de Languedoc^
ni celui de Y Orient latin; si nous l'avons à peine entrevu dans
l'achèvement du Catalogue général des manuscrits, par contre, nous
l'avons possédé pendant ce lustre, où, doublant les étapes de son
labeur d'érudit, il donnait successivement deux volumes à' Alphonse de
Poitiers, deux volumes d'obituaires, quatre fascicules de ses Sources de
l'histoire de France et un mémoire, encore inédit, sur Vincent de
Beauvais. Et, tandis que de son cabinet de travail sortait cette abon-
dante production, il prodiguait dans sa chaire de l'École des chartes
les bienfaits d'un enseignement dont son manuel presque achevé
marque bien toute la haute valeur scientifique.
c Si, de l'aveu de tous, cet enseignement fut savant, c'est à nous,
ses anciens élèves, qu'il appartient de proclamer combien aussi il fut
profitable.
268 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
» La connaissance approfondie qu'Auguste Molinier avait des sources
de notre histoire nationale lui permettait de reconnaître, entre les
écrits les plus divers, les liens de parenté qui déterminent leur impor-
tance historique; la finesse de son esprit lui faisait apercevoir entre les
lignes de leurs écrits les sentiments et les passions des auteurs dont les
historiens ont à utiliser les relations ; sa vaste culture intellectuelle,
enfin, lui permettait d'apprécier la juste valeur littéraire des œuvres
historiques qui servaient de thèmes à ses leçons.
« Et, ainsi, la science de ce maître éminent, servie à la fois par une
intelligence d'une extraordinaire vivacité et par un grand amour des
matières sur lesquelles portait son enseignement, transformait en un
délicat exposé historique et littéraire les divers articles d'un programme
aux apparences les plus arides.
« Auguste Molinier nous a beaucoup appris; il a su, par la façon
dont il enseignait, nous procurer, alors même quïl s'agissait de prépa-
rer des examens, un très vif plaisir à apprendre. Et pourtant, si gran-
dement que nous soyons en cela ses obligés, ce n'est point peut-être
encore pour la science même qu'il nous a donnée que nous lui devons
le plus. Ce qui assure encore mieux à sa mémoire toute notre recon-
naissance, c'est le sentiment que nous avons de l'action profonde
exercée par son esprit, aussi sain que délicat, sur nos jeunes intelli-
gences. C'est lui qui nous a initiés aux recherches scientifiques, c'est
lui qui nous a révélé, au premier jour, cette solide et rigoureuse
méthode historique à laquelle notre École doit, depuis trois quarts de
siècle, sa réputation.
« Personne mieux que Molinier, personne aussi mieux qu'un autre de
nos maîtres, Arthur Giry, dont le nom est pour nous inséparable de celui
de l'hommeque nous pleurons aujourd'hui, personne mieux qu'eux deux
n'a mieux servi la cause de l'érudition et celle de l'École des chartes, car
tous deux ont non seulement bien enseigné, mais encore tous deux ont
formé des élèves. Et, quand le renouvellement des promotions chan-
geait leurs auditeurs, ils faisaient à quelques-uns de ceux qui quittaient
l'École le très grand honneur de devenir leurs amis. Si une pareille
faveur procurait à ceux qui en étaient l'objet une joie profonde et leur
donnait un légitime orgueil, elle leur préparait aussi, hélas! la grande
affliction de les voir l'un et l'autre trop tôt et soudainement disparaître.
0 La désolation où nous plonge l'irréparable malheur qui nous réunit
ici ne saurait trouver d'autre dérivatif que l'ardent souci de faire hon-
neur à la mémoire d'un maitre regretté et de nous réclamer toujours
des enseignements de sa vie toute de travail et de sincérité. Puisse
l'expression de nos sentiments donner à sa famille si cruellement
frappée l'assurance qu'Auguste Molinier avait su inspirer autour de lui
de réelles affections et l'espoir que son souvenir ne s'effacera pas dans
la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher I »
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 269
— La Société de l'École des chartes a procédé le 28 avril au renou-
vellement de son bureau et de ses commissions pour l'année 1904-1905.
Ont été élus :
Président : M. Roy.
Vice-président : M. Valois.
Secrétaire : M. Mirot.
Secrétaire-adjoint : M. Serbat.
Trésorier : M. de Germiny.
Membres de la Commission de publication : MM. Delisle, de Lasteyrie,
Omont.
Membres adjoints de la Commission de publication : MM. Ledos, Tardif.
Membres de la Commission de comptabilité : MM. de Barthélémy,
Bruel, Lefèvre-Pontalis.
Membres de la Commission de la collection des « Mémoires et Docu-
ments » ; MM. Lot, A. Molinier, Morel-Fatio, Prou, Valois.
— Par décret en date du 16 avril 1904, notre confrère M. Abel
Lefranc a été nommé professeur de langue et de littérature françaises
modernes au Collège de France.
— Notre confrère M. G. Martin a été nommé professeur à la Faculté
de droit de Dijon.
— Par décret en date du 17 janvier 1904, notre confrère M. Camille
Bloch a été nommé inspecteur général des archives et des bibliothèques.
— Par arrêté préfectoral du 12 février 1904, notre confrère M. Jacques
Soyer a été nommé archiviste du Loiret.
— Par arrêté préfectoral du 29 février 1904, notre confrère M. Gan-
dilhon a été nommé archiviste du Cher.
— Par arrêté préfectoral en date du 30 mars 1904, notre confrère
M. Imbert a été nommé archiviste de Tarn-et-Garonne.
— Par arrêté du maire de Rouen, notre confrère M. Joseph Girard a
été nommé bibliothécaire-adjoint de la ville de Rouen.
— Par arrêté préfectoral du 13 novembre 1903, nos confrères
MM. François Bruel et Etienne Clouzot ont été attachés aux travaux
du Catalogue général de la bibliothèque de la ville de Paris (hôtel
Saint-Fargeau).
— Par arrêté préfectoral du 7 décembre 1903, M, Marcel Poëte a été
nommé conservateur-adjoint de la même bibliothèque.
— Par arrêté préfectoral, notre confrère M. Henri Omont a été
nommé membre du Comité des travaux historiques de la ville de
Paris.
270 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
— Notre confrère M. Henri Bouchot a été élu, le 16 avril, membre
libre de l'Académie des beaux-arts.
— Nos confrères MM. de Lasteyrie, Clédat et Meyer ont été élus
membres du Conseil supérieur de l'Instruction publique.
— Par arrêtés du 8 avril 1904, ont été nommés : ofBciers de l'Ins-
truction publique, nos confrères MM. Paul Durrieu, Bernard de Man-
drot et J. Vernier; officiers d'Académie, nos confrères MM. Dupont-
Ferrier et Prinet.
— L'Académie des inscriptions et belles-lettres a décerné le premier
prix Gobert à notre confrère M. Ferdinand Lot, pour ses Études sur le
règne de Hugues Capet, et le second prix Gobert à notre confrère
M. Alfred Richard, pour les deux volumes de son Histoire des comtes de
Poitou.
— Le prix de La Grange a été décerné par l'Académie des inscriptions
et belles-lettres à notre confrère M. Ernest Langlois, pour son édition
des Arts de seconde rhétorique. — La même Académie a décerné un prix
de la fondation Delalande-Guerineau à notre confrère M. J. Calmette,
pour son livre : Louis XI, Jean H et la révolution catalane; — un prix
de la fondation Loubat à notre confrère M. G. Musset, pour la partie
américaine de son édition d'Alphonse le Saintongeais ; — un prix de la
fondation Fould à notre confrère M. Georges Durand, pour le tome II
de sa Monographie de la cathédrale d'Amiens.
— Au concours des Antiquités nationales, nos confrères ont obtenu
les récompenses suivantes : l''"' médaille, M. Bertrand de Broussillon,
pour son Histoire de la maison de Laval et son Cartulaire de Saint-
Aubin d'Angers; 4'= médaille, M. Henri Stein, pour son ouvrage en col-
laboration avec M. Quesvers : Inscriptions de V ancien diocèse de Sens.
— L'Académie française a décerné deux prix de la fondation Thé-
rouanne à nos confrères MM. L. Batiffol, pour son volume Autour de
Louis XIll, et M. Sepet, pour ses trois ouvrages : les Préliminaires de la
Révolution, la Chute de l'ancienne France et Six mois d'histoire révolu-
tionnaire.
L'ECOLE DES CHARTES DEVANT LE SENAT.
Au cours de la discussion, devant le Sénat, de la proposition de loi
relative à l'enseignement secondaire privé, un groupe de sénateurs a
proposé, sur l'article 8 du projet, un amendement tendant à déclarer
équivalente au grade de licencié, exigé, par la nouvelle loi, des jirofes-
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 27^
seurs de l'enseignement libre, la qualité d'ancien élève des grandes
écoles de l'État. Cet amendement a été rejeté par 146 voix contre 113.
Par contre, la Commission a accepté, sur l'article 25 du projet, une
disposition transitoire, admettant l'équivalence pour les anciens élèves
des Écoles polytechnique, des Ponts et Chaussées, des Mines et Cen-
trale qui enseigneraient au moment de la promulgation de la loi. Un
sénateur, M. Bodinier, a demandé que l'École des chartes fût ajoutée à
ces quatre écoles.
Cet amendement a été voté par le Sénat à la suite d'un échange
d'observations que nous reproduisons :
« M. LE PRÉsmEiNT. Je mets aux voix le premier paragraphe de l'ar-
ticle 25, avec l'addition proposée par M. de Blois, addition qu'acceptent
le gouvernement et la Commission.
« Il est ainsi conçu :
(' Les chefs d'établissements secondaires de garçons ou de filles déjà
« existants qui auront, au moment de la promulgation de la présente
« loi, plus de trois ans de direction et plus de quarante ans d'âge seront
« dispensés de la production du diplôme de licencié et du certificat
« d'aptitude pédagogique. »
« (Le premier paragraphe de l'article 25, ainsi modifié, est adopté.)
« M. LE PRÉSIDENT. Nous passous au deuxième paragraphe, dont je
donne une nouvelle lecture :
« Bénéficieront de la même dispense, suivant les cours dans lesquels
« ils enseignent, les professeurs des mêmes établissements qui justi-
« fieront de plus de cinq ans d'enseignement et de plus de quarante ans
« d'âge, et, quels que soient leur âge et la durée de leur enseignement,
« les professeurs actuellement en fonctions pourvus du diplôme d'an-
« cien élève d'une des écoles suivantes : École polytechnique, École des
« Ponts et Chaussées, École des Mines de Paris, École centrale. »
a II y a, sur ce paragraphe, un amendement de M.. Bodinier, qui est
ainsi conçu :
« Ajouter à la fin du dernier paragraphe les mots : « ... École des
« chartes. »
« M. LE MINISTRE. Nous sommes d'accord.
« M. LE PRÉSIDENT. La parols est à M. Bodinier.
« M. Bodinier. Messieurs, je demande au Sénat la permission de lui
présenter quelques très brèves observations à l'appui de l'amendement
que j'ai eu l'honneur de déposer.
« Cet amendement, ainsi que vient de vous le dire M. le président,
tend à ajouter à l'énumération des grandes écoles, à la fin du dernier
paragraphe de l'article 25, les mots : « ... École des chartes. »
« L'École des chartes, Messieurs, est à la fois scientifique et pratique.
« L'enseignement qu'on y reçoit embrasse toutes les éludes relatives
à l'histoire de France jusqu'à la fin du xvui^ siècle. Cet enseignement
272 CHRONIQUE ET MELANGES.
a pour but, en même temps, de former des archivistes et des l^ibliothé-
caires. C'est ce qui explique pourquoi, depuis 1872, le nombre annuel
des admissions a été limité à vingt.
« Par cette limitation même, l'État semblait prendre l'engagement
moral de donner des situations, dans les dépôts publics, aux élèves
sortant de l'École des chartes, comme il en assure aux élèves sortant de
l'École normale.
« Sous le précédent ministère, tous les postes supérieurs de direc-
teurs et d'inspecteurs généraux des archives et des bibliothèques qui
sont venus à vaquer, — et il en a vaqué quatre sur neuf, — ont été
donnés à des personnes étrangères à la carrière.
« En dehors de ces faits, si décourageants pour le recrutement futur
de l'École des chartes, la situation présente est la suivante :
« Seize élèves ont obtenu, il y a un mois, du Conseil de perfection-
nement de l'École, le diplôme d'archiviste paléographe. Une quinzaine
d'anciens élèves diplômés, appartenant à des promotions antérieures,
postulent des emplois, soit dans les bibliothèques, soit dans les archives.
« C'est donc une trentaine de jeunes gens à qui l'administration ne
peut donner les postes auxquels leur diplôme leur donne accès.
« Quelques-uns de ces jeunes gens, en attendant des places d'archi-
viste ou de bibliothécaire, ont accepté des positions modestes dans l'en-
seignement secondaire. L'État, qui ne leur oiïre rien en échange, est-il
en droit de les en dépouiller? Oui, peut-être, s'il était établi qu'un
ancien élève de l'École des chartes n'est pas en état de professer un
cours d'histoire à des élèves de l'enseignement secondaire.
« Mais je ne crois pas qu'on puisse soutenir une pareille assertion. Il
importe, en effet, de faire remarquer que les bacheliers es lettres, can-
didats à l'École des chartes, doivent, entre autres épreuves, faire une
version latine et un thème latin sans dictionnaire, une composition sur
l'histoire de France jusqu'en 1800 et enfin une autre composition sur la
géographie.
« Ces épreuves sont assez sérieuses pour que tous les ans, — et cette
année encore, — des candidats licenciés es lettres soient refusés à
l'examen d'entrée.
« En second lieu, il n'est pas exact de dire, comme on l'a prétendu,
que l'enseignement de l'École des chartes porte exclusivement sur l'his-
toire du moyen âge.
« Si certains cours, en effet, — paléographie, diplomatique, langues
romanes, archéologie, — s'occupent plus particulièrement de cette
période, l'ensemble de l'enseignement, notamment le cours d'histoire
des institutions politiques, administratives et judiciaires de la France,
s'applique à l'histoire de France jusqu'en 1789 et même jusqu'au
Consulat.
« Depuis une vingtaine d'années, — et ici je pourrais faire un appel
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 273
au témoignage de notre vénéré doyen M. Wallon, — sur l'initiative
d'un de nos anciens et très distingués collègues qui était, comme
M. Wallon l'est lui-même, membre du Conseil de perfectionnement de
l'Ecole, M. de Rozière, le cours d'institutions comprend l'exposé des
institutions de la période révolutionnaire.
« Vous voyez que les études, à la fois variées et approfondies, pour-
suivies à l'École des chartes pendant trois ans et couronnées, la qua-
trième année, par une thèse de sortie, équivalent, — et bien au delà, —
au bagage d'un licencié.
« Le diplôme d'archiviste paléographe est en quelque sorte un
véritable doctorat d'histoire de France.
« J'espère vous avoir prouvé par ces courtes observations que les
anciens élèves de l'École des chartes sont parfaitement dignes d'être
assimilés, dans les conditions de l'article 25, aux anciens élèves de nos
grandes écoles énumérées dans le dernier paragraphe de cet article. J'ai
tout lieu d'espérer que l'honorable rapporteur et M. le ministre de
l'Instruction publique ne s'opposeront pas à l'adoption de l'amendement
que j'ai eu l'honneur de présenter et que je recommande à la bienveil-
lance du Sénat. [Très bien! très bien! à droite.)
« M. Léonce de Sal, membre de la Commission. La Commission
accepte l'amendement ; elle exprime seulement le regret que les obser-
vations si intéressantes que nous venons d'entendre ne lui aient pas été
soumises quand elle délibérait.
« M. LE MINISTRE. Le gouvomement accepte également l'amendement;
j'ai d'ailleurs eu déjà l'honneur d'en informer M. Bodinier.
« M. Wallon. Je demande la parole.
« M. LE PRÉSIDENT. La parole est à M. Wallon.
« M. Wallon, de sa place. Je tiens simplement à dire que, s'il est
bien rare de voir des licenciés échouer au concours d'entrée à l'École
des chartes, il est certain que les thèses soutenues à la fin des études
valent certainement bien les épreuves qu'ont pu subir les candidats à
plusieurs sortes de licence qui remplacent aujourd'hui l'ancienne et
unique licence des Facultés des lettres.
« M. LE PRÉSIDENT. Je mcts aux voix le deuxième paragraphe de l'ar-
ticle 25, y compris l'amendement de M. Bodinier, accepté par le gou-
vernement et par la Commission.
« (Le deuxième paragraphe de l'article 25 est adopté.) »
L'ÉCOLE DES CHARTES ET LES POUVOIRS PUBLICS.
Le projet de budget de l'exercice 1904, confié par la Commission du
budget à M. Simyan, député {Rapport fait au nom de la Commission du
i 904 1 8
274 CHRONIQUE ET MELANGES.
budget chargée d'examiner le projet de loi portant fixation du budget
général de V exercice 190k. Ministère de l'Instruction publique et des
Beaux-Arts. Service de l'instruction publique. Paris, impr. Motteroz,
1903, in-4° de 222 p. — N° 1202 des publications de la Chambre des
députés. Huitième législature. Session de 1903. Annexe au procès-verbal
de la séance du 4 juillet 1903)., contient un chapitre important sur
« l'École nationale des chartes » (p. 53-56), placée, dans la section
« Nos grandes écoles » (p. 50), immédiatement après l'École normale
supérieure :
« Il n'est pas une institution quelconque dont on puisse prétendre
qu'elle échappe aux lois nécessaires de l'évolution.
« Certains établissements d'enseignement supérieur sont précisément
arrivés à une période de transformation, et la nécessité de les réorga-
niser résulte à la fois des créations nouvelles, mieux appropriées à
l'esprit moderne, et des conditions économiques et sociales de l'époque
contemporaine.
a L'École nationale des chartes ne saurait échapper à cette loi, et sa
réorganisation devient chaque jour plus impérieuse, dans l'intérêt des
élèves et aussi dans l'intérêt d'un meilleur fonctionnement des archives
et des bibliothèques françaises.
« L'École des chartes doit être l'École nationale professionnelle des
archivistes et des bibliothécaires français.
« A l'heure actuelle, les élèves de l'École des chartes peuvent se
répartir en trois groupes : 1° ceux qui la fréquentent uniquement pour
acquérir, sous le régime de la funeste loi de 1889, cette dispense mili-
taire, dont il est fantaisiste de prétendre qu'elle fut jamais favorable à
la haute culture de la jeunesse; 2° ceux qui se destinent à l'enseigne-
ment, secondaire ou supérieur et qui entendent compléter par les cours
de cette École ceux de l'Université; 3° enfin, les élèves qui songent à
embrasser la carrière d'archiviste ou de bibliothécaire, si tant est qu'on
puisse, sans ironie, parler de carrière en l'espèce.
« S'il n'y a pas lieu de se préoccuper de l'avenir des élèves des deux
premiers groupes, il n'en est pas de même des autres, dont la plupart
paraissent condamnés à végéter dans quelque emploi, maigrement
rétribué, d'archiviste ou de bibliothécaire, sans espoir d'augmentation
sur place ni même d'avancement par des changements de poste.
« Si cette regrettable situation était la conséquence de l'encombre-
ment de la carrière ou de l'insuffisance irrémédiable des crédits budgé-
taires, on ne pourrait guère qu'en plaindre les victimes; encore le gou-
vernement aurait-il, dans ce cas, le devoir de réduire le nombre des
admissions à l'École des chartes en les proportionnant aux vacances
probables d'emplois ; mais telle n'est pas la vérité. Cette situation
résulte de l'inorganisation des archives et des bibliothèques françaises,
demeurées trop longtemps étrangères au mouvement scientifique
CHRONIQUE ET MELAINGES. 275
moderne et aux besoins nouveaux, de sorte que la réorganisation de
l'Ecole des chartes et celle des arcliives et des bibliothèques sont bien
liées l'une à l'autre en vertu de l'axiome : « Tant vaut le personnel,
« tant vaut l'institution. »
« Voici les principes, selon nous, qui pourraient présider à cette
réforme et inspirer le gouvernement républicain : ouvriers d'archives
et de bibliothèques, les archivistes et les bibliothécaires doivent con-
naître leur métier, ce qui exclut les incompétents; ils doivent vivre de
l'exercice de leur métier, ce qui exclut les emplois non rétribués; ils
doivent être payés en raison directe de leur travail, ce qui exige l'ap-
plication combinée de l'avancement à l'ancienneté et de l'avancement
au choix, de l'avancement sur place et de l'avancement par voie de
mutation; enfin, de même que les ouvriers de l'industrie ne toléreraient
jamais d'être placés sous l'autorité d'un contremaître incapable de
prendre sa place à l'établi et d'y manier l'outillage du métier, de même
archivistes et bibliothécaires ne doivent jamais être subordonnés qu'à
des chefs qui soient au moins leurs égaux.
« La réalisation de ce programme exige la constitution d'un corps
d'archivistes et de bibliothécaires justifiant des aptitudes et des con-
naissances professionnelles nécessaires à la gestion d'un dépôt d'ar-
chives ou à celle d'une bibliothèque, et conséquemment l'organisation
d'une École nationale professionnelle.
« C'est à ce besoin que doit répondre l'Ecole nationale des chartes.
Cette École, où les cours relatifs à l'administration des archives et des
bibliothèques ont été heureusement réorganisés et développés au cours
de ces dernières années, fournit annuellement des archivistes et des
bibliothécaires capables de rendre d'excellents services; mais les occa-
sions de les employer et surtout de leur confier des postes en rapport
avec leur valeur technique sont relativement très rares, et cela en rai-
son même de l'inorganisation des archives et des bibliothèques fran-
çaises.
« Ce ne sont pas les emplois d'archivistes ou de bibliothécaires qui
font défaut; ce qui manque, ce sont les emplois auxquels les archi-
vistes et les bibliothécaires diplômés par le gouvernement puissent
être nommés; et, chose étrange, absurdité qui n'a que trop duré, ce
sont précisément les archives et les bibliothèques de l'État dont les
règlements actuels interdisent en fait l'accès aux anciens élèves de
l'École des chartes.
« Si l'École des chartes peut être l'objet de critiques, sévères et fon-
dées, au point de vue de l'organisation de la carrière d'archiviste et de
bibliothécaire et des débouchés qu'elle offre à ses élèves, il est juste de
reconnaître qu'au point de vue scientifique, elle occupe une des pre-
mières places parmi nos grands établissements d'enseignement supé-
276 CHRONIQUE ET ME'lANGES.
rieur. Ses anciens élèves brillent au premier rang dans les diverses
spécialités auxquelles chacun d'eux s'est consacré, et c'est la méthode
si rigoureuse et si féconde de l'École des chartes que doivent suivre
ceux qui s'adonnent aux études historiques, sous peine de ne produire
que des travaux médiocres.
« Il n'est pas une collection de publications scientifiques qui ne
compte d'anciens élèves de l'Ecole des chartes parmi ses principaux
collaborateurs. Il n'est pas une branche de l'histoire, de l'archéologie,
de la philologie qu'ils n'aient explorée. A côté d'illustres savants
comme Gaston Paris et Léopold Delisle, dont la renommée est univer-
selle, combien d'autres noms, moins éclatants sans doute, mais qui
suffiraient à honorer un pays! C'est Héron de Villefosse, un maître de
l'archéologie classique; c'est Gourajod, aventureux peut-être, mais qui
a donné une si vive impulsion à l'étude de l'art; c'est Guiffrey, le
savant directeur des Gobelins ; c'est Enlart, dont le Manuel d'archéo-
logie française est aussi apprécié à l'étranger qu'en France et qui a
étudié, avec une précision scientifique remarquable, l'art français en
Italie, à Chypre et jusqu'en Suède; c'est, pour l'histoire du moyen
âge, des savants comme Himly, comme Luce, dont V Histoire de Dugiies-
clin est un livre définitif; c'est Gh.-V. Langlois, l'éminent directeur de
l'office d'informations pédagogiques, à la fois un maître dans les études
historiques et un initiateur pour les méthodes de pédagogie, un des
hommes qui font le plus honneur à l'Université de Paris; c'est, pour
la période d'histoire moderne et contemporaine, Camille Bloch et
Flammermont, Campardon et Funck-Brentano ; c'est notre ancien col-
lègue M. Hanotaux, qui se repose des travaux accomplis à la Chambre
et au ministère des Affaires étrangères en reprenant son Histoire de
Richelieu et en composant celle de Thiers ; c'est, pour la diplomatique,
un esprit de la valeur de Giry ; pour la numismatique, Babelon et
de Barthélémy; c'est d'Arbois de Jubainville, le premier celtisant de
notre époque; c'est Gustave Fagniez, historien et économiste, qui a
mis au jour des documents inestimables sur la vie économique de la
France pendant le moyen âge ; c'est Paul Viollet et Adolphe Tardif,
dont les études sur le droit au moyen âge sont consultées partout ; c'est
Paul Meyer, le maître actuel de la philologie romane, et combien
d'autres dont les noms mériteraient d'être cités et qui explorent, avec
une patiente ténacité et une méthode impeccable, le vaste champ de
l'érudition et de l'histoire.
« La France, qu'on représente volontiers comme s'attardant plutôt à
des travaux faciles qu'aux sévères études de la science historique et de
l'archéologie, peut montrer avec orgueil cette glorieuse phalange devant
laquelle s'inclinent avec respect tous les savants de l'étranger. »
Le même rapport sur le projet de budget de l'Instruction publique
CHRONIQUE ET Me'lAIVGES. 277
de 1904 contient encore des chapitres importants sur la Bibliothèque
nationale, les Archives nationales et les archives départementales.
COMITÉ DE DÉFENSE SCIENTIFIQUE.
Les revendications du Comité de défense scientifique, dont nous avons
précédemment publié les statuts ^, ont commencé à trouver un écho
auprès des pouvoirs publics. M. Massé, député, les a exposées dans son
Rapport fait au nom de la Commission du budget chargée d'examiner le
projet de loi portant fixation du budget général de l'exercice 190k (Minis-
tère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Service des Beaux-Arts),
formant le No 1203 des publications officielles de la Chambre des Dépu-
tés. Huitième législature. Session de 1903. Annexe au procès-verbal de la
séance du 4 juillet 1903 (Paris, impr. Motteroz, 1903, in-4o de 380 p.).
Le chapitre des Musées nationaux se termine par les réflexions sui-
vantes, intitulées : Personnel des conservateurs {p. 186-190) et qui
traitent également, d'une façon collective, tous les intérêts scientifiques
du personnel des archives et des bibliothèques en mentionnant, à un
grand nombre de reprises, l'École des chartes :
« Depuis longtemps, les choix faits par l'administration comme con-
servateurs des musées, bibliothécaires ou archivistes ont donné lieu à
de nombreuses critiques qui se renouvellent chaque fois qu'un mouve-
ment nouveau a lieu dans le personnel des musées nationaux. Les
anciens élèves de l'École des chartes, des Écoles d'Athènes, de Rome
et du Louvre se sont groupés en Comité de défense scientifique, et l'une
de leurs principales revendications a trait à ces nominations.
« Ils ont récemment émis le vœu : 1° que tous les musées de l'État
soient rattachés à la direction des musées nationaux ; 2° que les candi-
dats à des fonctions ou emplois ressortissant aux musées nationaux
justifient de l'un des titres suivants :
« Ancien élève de l'École française de Rome ou d'Athènes ;
« Ancien élève de l'Institut français du Caire ou de la mission fran-
çaise d'Indo-Chine ;
« Élève diplômé de l'École des chartes, de l'École des hautes études
ou de l'École du Louvre ;
« Titulaire du diplôme supérieur d'histoire avec la mention : « His-
« toire de l'art, archéologie ou paléographie. »
« Ils demandent que les titres scientifiques et techniques des candi-
1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. LXIV (1903), p. 217-220.
278 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
dats qui ne posséderaient aucun de ces titres ou diplômes soient sou-
rais par le ministre à l'examen de l'Académie compétente; qu'enfin,
désormais, l'avis de toute vacance ou création d'emploi dans les musées
nationaux soit inséré au Journal officiel et qu'un délai de vingt jours
soit laissé aux candidats pour adresser leur demande au ministre.
(( Ces revendications n'ont rien que de fort légitime, et il serait dési-
rable que l'administration, à l'avenir, en tînt le plus grand compte pos-
sible. La garde de nos collections publiques, archives, bibliothèques,
musées, doit être considérée non comme offrant des sinécures à l'usage
des hommes de lettres, mais comme des fonctions mettant à la dispo-
sition de savants éminents de véritables laboratoires pour leurs
recherches historiques et archéologiques. On doit exercer ces fonctions
de telle sorte qu'elles puissent fournir le maximum de rendement
scientifique; or, tant vaut le personnel, tant vaut l'institution; pour
atteindre ce résultat, il faut un personnel compétent.
« Les archivistes, bibHothécaires, conservateurs des musées doivent
être considérés comme des ouvriers d'archives, de bibliothèques et de
musées; ils doivent donc savoir leur métier, ils doivent être payés en
raison directe de leur capacité technique et professionnelle, ce qui
revient à exclure les incompétents, à réduire au minimum le nombre
des agents et à rétribuer ceux-ci au maximum pour un maximum de
travail.
« En outre, ceux qui commandent à ces ouvriers dans les archives,
bibliothèques ou musées, où il y a plusieurs agents, doivent être eux-
mêmes du métier et ils doivent être capables, si demain les circons-
tances les y obligeaient, de prendre la place de leurs employés et de
faire leur besogne. Ceci exclut des postes supérieurs de direction les
hommes incompétents que le gouvernement appelle trop régulière-
ment, comme par une sorte de défi au bon sens et à la probité admi-
nistrative, aux emplois supérieurs dans les archives, les musées, les
bibliothèques. Comment le gouvernement de la République ne com-
prend-il pas que la faveur et le népotisme sont un mauvais spectacle à
donner à une démocratie? Gomment ne comprend-il pas l'inconvénient
poUtique et l'injustice sociale qu'il y a à ne pas permettre à un homme
qui n'a que sa valeur personnelle et son travail de se faire une hono-
rable situation dans les archives, les bibliothèques, les musées, où il ne
semble aujourd'hui y avoir place que pour ceux qui sont bien apparen-
tés et dont tout l'effort intellectuel s'est appliqué trop souvent à multi-
plier leurs relations? Il ne doit désormais pas plus être impossible à un
homme issu du prolétariat de faire son chemin dans la carrière d'ar-
chiviste, de bibliothécaire ou de conservateur de musée qu'il ne l'est de
le faire dans l'enseignement à ses trois degrés.
« Pour former les archivistes, les bibliothécaires et les conservateurs
CHRONIQUE ET MELANGES. 279
des musées, il est nécessaire qu'ils passent par l'une ou l'autre des
deux écoles qui existent déjà, mais qui demandent une réorganisation
pour que l'une, l'École nationale des chartes, devienne l'École natio-
nale des archivistes et bibliothécaires et pour faire de l'autre, l'École
du Louvre, ce qu'en voulaient faire ses fondateurs, Gambetta et
M. Proust, l'École nationale professionnelle des 'conservateurs de
musées.
« Les fonctions de conservateurs des musées nationaux exigent, pour
être convenablement remplies, une éducation scientifique très solide, la
connaissance des instruments du travail (livres, manuscrits, etc.) et
celle de quelques-unes des langues européennes dans lesquelles se
publient des travaux d'érudition. Le temps n'est plus où le conserva-
teur d'un musée était surtout chargé d'en faire la « démonstration »
aux grands personnages de l'État et aux jeunes gens du monde. Sa
besogne essentielle comprend l'acquisition d'objets nouveaux, la classi-
fication et l'inventaire de ceux qui constituent le musée. Ce sont là,
au premier chef, des travaux d'érudition oii la connaissance de l'ar-
chéologie et de la philologie sont non moins indispensables que le
goiit.
« L'érudition peut être acquise ailleurs que dans les grandes écoles
de l'État ou sur les bancs de l'Université; mais encore faut-il que le
postulant à une place de conservateur ait donné des preuves tangibles
et certaines de son érudition.
« Les Écoles normale supérieure, des chartes, d'Athènes, de Rome,
du Caire, d'Indo-Ghine fournissent chaque année des jeunes gens qui
possèdent, dans les différentes branches du savoir, les éléments requis
de l'érudition. Il peut se trouver, en dehors de ces écoles, un savant
particulièrement doué. Qui jugera si ses travaux personnels sont l'équi-
valent des diplômes que ses concurrents auront obtenus? Ce ne peut
être l'administration, qui n'est pas qualifiés pour cela. Mais il y a
l'Académie des inscriptions, qui désigne déjà les candidats aux chaires
du Gollège de France et de l'École des langues orientales. Le jour où.
une situation de conservateur ou d'attaché serait vacante dans un
musée national, il serait naturel que les candidats fissent valoir leurs
titres auprès de l'Académie et que celle-ci, — sans désigner le titulaire,
— procédât à un classement des candidats en éliminant purement et
simplement ceux qui ne sembleraient pas offrir les garanties néces-
saires d'érudition. Le ministre pourrait alors choisir sur la liste trans-
nàse par l'Académie, sans s'astreindre, bien entendu, à tenir compte
de l'ordre de présentation. De toute façon, le candidat choisi serait un
érudit et serait digne d'occuper la place vacante.
« Cette manière de procéder aurait encore un autre avantage. Un
jeune homme peut être sorti de l'École des chartes ou de l'École
280 CHRO?ÎIQUE ET MELANGES.
d'Athènes sans avoir donné des preuves d'initiative et d'activité intel-
lectuelle, sans avoir témoigné qu'il était capable de servir efficacement
la cause de la science et de l'art. C'est là une chose dont les adminis-
trations peuvent difficilement tenir compte. Elles constatent l'authen-
ticité d'un diplôme, mais elles ne jugent pas de la valeur des travaux
publiés par un candidat. Avec le système que nous indiquons, au con-
traire, un jeune homme sans diplôme, mais plein de talent et d'acti-
vité, serait classé sur la liste académique, tandis qu'un fruit sec des
grandes écoles de l'État n'y figurerait pas. Ce système aurait donc
l'avantage de mettre en évidence l'activité et le talent et d'exclure les
candidats, même diplômés, qui n'auraient pas fait preuve, par leurs
premiers travaux, des qualités nécessaires à un conservateur de musée
public.
« Quant aux hommes de lettres, désormais tenus à l'écart d'emplois
oîi précisément la présence de leur incompétence assurait l'inutilisation
scientifique du dépôt qui leur était confié, il y aurait lieu de les distin-
guer en deux groupes : ceux qui, par leur situation personnelle et la
nature productive de leurs œuvres, n'ont nullement besoin de l'aide de
l'État, et ceux qui, par leur situation personnelle et surtout par le
caractère improductif de leurs œuvres, se recommandent très légitime-
ment à la sollicitude des pouvoirs publics. Déjà le ministère de l'Ins-
truction publique dispose d'un crédit pour leur venir en aide; rien ne
serait plus légitime que la constitution très franche et très loyale de
véritables pensions littéraires.
« Un poète de grande valeur, un écrivain de grand talent peuvent
n'avoir en art, en archéologie que des connaissances très rudimen-
taires. Placés comme conservateurs à la tête de musées, ils ne peuvent
s'acquitter de leurs fonctions et laissent souvent péricliter les collec-
tions et les richesses qui leur sont confiées. C'est un mauvais calcul et
une économie, qui en réalité n'en est pas une, que de placer à la tête
de nos musées des hommes qui n'y sont pas préparés par des études
spéciales. Outre, en effet, que ces hommes occupent des situations qui
reviennent légitimement à d'autres, il ne faut pas oublier que, de par
leurs attributions, ils doivent procéder aux achats et que pour cela il
faut des connaissances tout à fait spéciales, qui peuvent se trouver en
défaut chez ceux-là même qui se sont toute leur vie occupés de ques-
tions d'art.
« Mais les conservateurs des musées doivent encore dresser les cata-
logues des collections dont ils ont la garde. Comment le pourront-ils
si jamais jusque-là ils ne se sont occupés d'archéologie? Il est vraisem-
blable qu'ils négligeront cette partie de leurs attributions pour le plus
grand préjudice de tous ceux qui fréquentent nos musées et qui ont
des recherches à y faire. Peut-être est-ce là la cause véritable pour
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 28^
laquelle les catalogues de certains musées ne sont pas à jour et restent
incomplets.
« Entin, les conservateurs des musées doivent entretenir des relations
suivies avec leurs collègues de l'étranger; ils doivent les recevoir et les
guider lorsqu'ils viennent en France visiter nos collections. C'est à eux
qu'il appartient de leur fournir tous les renseignements et tous les
éclaircissements dont ils peuvent avoir besoin. Or, les conservateurs
des musées étrangers sont tous des archéologues et des savants qui, par
leurs travaux personnels et leurs publications, se sont acquis une juste
réputation. N'est-il pas à craindre que les conservateurs de nos musées
ne soient pas à même de les renseigner exactement, de les suivre dans
leurs recherches et de répondre utilement à leurs questions ? Et, si cela
est, qui ne voit que notre pays se trouve vis-à-vis des savants étran-
gers dans une situation d'infériorité évidente?
« Au cours de cette étude rapide, j'ai été amené à parler des archi-
vistes et des bibliothécaires en même temps que des conservateurs des
musées parce que la situation des uns et des autres est identique. Ce
que le Comité de défense scientifique réclame pour les uns, il le réclame
également pour les autres, et mon collègue, M. Simyan, rapporteur du
budget de l'Instruction publique, aura certainement à traiter la même
question à son point de vue spécial^. »
LA SÉRIE L DES ARCHIVES DÉPARTEMENTALES.
Le ministre de l'Instruction publique et des beaux-arts, à la date du
4 août 1903, a envoyé aux préfets des instructions sur la publication
d'un état sommaire de la série L des archives départementales. Nous
en reproduisons le texte :
La circulaire ministérielle du 11 novembre 1874, après avoir posé les
bases du classement des papiers de la période révolutionnaire conservés
dans les archives départementales (séries L et Q), avait, comme vous
le savez, prescrit d'en dresser un état sommaire. Ces instructions ont
reçu leur exécution dans la plupart des départements, et les répertoires
des séries L et Q rédigés par MM. les archivistes n'ont pas été sans
influence sur le développement si remarquable que les études relatives
à l'histoire de la Révolution française ont pris depuis ces dernières
années. Dans quelques départements même, le classement des archives
1. Voy. ci-dessus, p. 273 (passage du projet de budget de l'Instruction publique
relatif à l'École des chartes).
282 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
révolutionnaires a été pon?sé assez à fond pour permettre d'en publier
des inventaires détaillés. Mais c'est là le très petit nombre, et partout
ailleurs, ou à peu près, les états des séries L et Q dressés en exécution
de la circulaire de 1874 sont demeurés manuscrits; ils n'ont pu avoir
par suite qu'une utilité locale, c'est-à-dire beaucoup trop restreinte, eu
égard à l'intérêt des documents pour l'histoire générale du pays.
Frappée de cet inconvénient, la Commission supérieure des archives
vient d'émettre le vœu que les états sommaires, tout au moins de la
série L, fassent livrés à la publicité. Mais, tout en souhaitant que ces
états fussent assez complets pour embrasser toutes les divisions du
cadre réglementaire et indiquer aussi aux travailleurs ce qu'ils ont
chance de trouver et de ne pas trouver dans la série, la Commission
s'est bien rendu compte que l'organisation des archives révolutionnaires,
pour de multiples raisons, pouvait n'être pas entièrement achevée.
Aussi a-t-elle déclaré que son désir serait sutïisamment réalisé si
MM. les archivistes qui ne sont pas encore à même de fournir un état
complet de la série L se bornaient à faire connaître à quel degré d'avan-
cement en est parvenu le classement.
M'inspirant du vœu de la Commission, j'ai fait mettre à l'étude un
projet de publication comprenant l'ensemble des états sommaires de la
série L des archives départementales, et, comme ce projet m'a paru
pouvoir être suivi d'une assez prompte exécution, j'ai décidé que le tra-
vail serait immédiatement entrepris, d'après les données suivantes :
Le plan de la circulaire de 1874, calqué sur les cadres mêmes des
circonscriptions administratives de la période révolutionnaire, ne sau-
rait être changé : il est la base du classement de la série L; il sera celle
de l'état sommaire demandé. Les instructions présentes, tout en préci-
sant ou éclaircissant quelques points particuliers de ce classement,
n'ont donc d'autre but que d'en assurer une application uniforme à
l'ensemble des états, en vue de leur impression collective dans un seul
et même ouvrage, qui constituerait comme une sorte d'appendice au
récent État général par fonds des archives départementales.
On s'abstiendra de tout détail anecdotique ou superflu ; mais, pour cha-
cune des grandes divisions de la série (département, districts, cantons,
fonds divers) et pour chacune de leurs subdivisions, on mentionnera avec
toute la précision désirable les dates extrêmes et le nombre des registres,
et, s'il est possible, des liasses. Pour une période aussi courte, des dates
d'années seraient le plus souvent insullisantes; aussi conviendra-t-il de
dater par mois et jours toutes les fois qu'il se pourra. Les dates seront
celles des documents eux-mêmes, sans qu'on prenne la peine de rame-
ner au calendrier grégorien celles de l'ère républicaine. Si, parmi les
diverses séries de registres, il en était d'incomplètes, on noterait les
manquants avec la date initiale et la date linale des lacunes. On pourra
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 283
toujours dire le nombre exact des registres (ou volumes), parce que les
registres sont des articles tout faits, qu'il suffit de compter. Il sera
moins facile d'évaluer le nombre des liasses, sauf dans les parties orga-
nisées. On distinguera donc les liasses classées, c'est-à-dire celles dont
les pièces ont été examinées une à une et rangées méthodiquement, de
celles dont le contenu n'a pas encore été vérifié ou ne'l'a été qu'impar-
faitement.
Vous appellerez particulièrement l'attention de M. l'archiviste sur
les actes des représentants du peuple en mission, à cause de leur inté-
rêt exceptionnel. Toutes les fois qu'ils sont constitués par un ensemble
de liasses ou de registres distincts (minutes ou transcriptions d'arrêtés,
proclamations, ordres, correspondances, itinéraires, comptes, etc.), ces
documents forment un petit fonds à part, — les archives de la mission,
— dont l'état sommaire doit reproduire toutes les indications utiles
(noms des commissaires, nombre et dates des registres ou des liasses,
etc.). Mais, si les actes émanés des représentants n'existent qu'à l'état
d'expéditions dispersées dans les diverses divisions de la série, ils y
seront maintenus, conformément au principe du respect des fonds; une
note, toutefois, ferait connaître où il s'en trouve.
A la suite des registres d'ordre de la correspondance, dans chacune
des divisions, M. l'archiviste énumérera les correspondances générales,
notamment celles des directoires, des procureurs généraux syndics,
des procureurs syndics, des agents nationaux, des commissaires du
Directoire exécutif, etc., toujours selon les mêmes règles, c'est-à-
dire en indiquant si elles sont en liasses ou en registres, le nombre
des unes ou des autres, leurs dates initiales et finales et, s'il y
a lieu, leurs lacunes. Les correspondances par matières trouveront
place dans l'une ou l'autre des subdivisions des Affaires diverses (sous-
séries M-Z).
Il faudra séparer bien nettement des correspondances générales les
rapports périodiques (comptes décadaires, mensuels, trimestriels,
annuels, etc.), exigés, depuis le décret du 14 frimaire an II, des
diverses administrations ou autorités, et dont il existe des collections
plus ou moins intactes dans beaucoup de dépôts. Ces documents appar-
tiennent par leur nature à la sous-série M (administration générale), où
ils occuperont un rang à part entre les dossiers des Élections et ceux de
la Police. Mais on aura soin d'en former, dans chacune des divisions
qui leur sont propres, autant de groupes qu'ils auront d'origines et de
destinations différentes.
En appliquant aux Affaires diverses du département, des districts et
des cantons, le cadre de classement des archives des préfectures
(séries M-Z), la circulaire de 1874 n'a pas fait de cette règle une pres-
cription absolue; elle engage seulement à s'y conformer autant que
284 CHRONIQUE ET Me'lANGES.
possible. Il suit de là que, si les papiers de quelque bureau de l'admi-
nistration révolutionnaire avaient par hasard conservé leur classement
primitif, il serait préférable de respecter ce classement. D'autre part,
l'ordre dans lequel sont distribués les papiers des préfectures peut ne
pas convenir exactement à ceux de l'administration départementale
pendant la Révolution. Ainsi, les Divisions administratives, qui occupent
aujourd'hui un rang subsidiaire dans la série M, semblent, pour l'époque
révolutionnaire, devoir être reportées en tête de la série, car c'est là
qu'on trouve les dossiers relatifs à la formation même du département,
des districts et des cantons. Chaque fois qu'un nom de lieu sera cité,
s'il a été changé pendant la Révolution, on lui donnera son nom de
l'époque ; on rappellera [entre crochets] son nom actuel et même son
nom précédent, s'ils sont différents l'un de l'autre.
Dans la plupart des archives départementales, les papiers des districts
existent encore, plus ou moins complets. 11 n'en est pas de même de
ceux des municipalités cantonales, dont beaucoup sont restés dans les
anciens chefs-lieux de ces circonscriptions. Lors donc que M. l'archi-
viste en sera arrivé à la troisième division du cadre de la série L, après
avoir énuméré les fonds cantonaux représentés dans son dépôt, il aura
soin d'indiquer aussi ceux que l'on pourrait trouver dans quelque mai-
rie ou ailleurs. Il va de soi que cette observation s'appliquerait, le cas
échéant, aux papiers des districts, des comités de surveillance, des
sociétés populaires et à tous autres qui manqueraient dans les collec-
tions départementales.
Parmi les fonds qui peuvent entrer dans la quatrième division, la
circulaire de 1874 cite ceux des sociétés populaires et ceux des comités
de surveillance (ou autres comités révolutionnaires). Les comités de
surveillance ayant été des organes officiels du gouvernement révolu-
tionnaire, leurs papiers doivent prendre rang avant ceux des sociétés
populaires. Ils seront classés par ordre alphabétique de localités, d'après
les mêmes règles que les autres documents. M. l'archiviste notera avec
soin les dates de leurs premières et de leurs dernières délibérations,
afin que l'on sache quand ils ont commencé et fini de manifester leur
existence. Les papiers des sociétés populaires et autres sociétés poli-
tiques du même genre seront mis à la suite de ceux des comités de sur-
veillance, classés et décrits de la même façon.
Mais les archives des comités de surveillance et des sociétés popu-
laires ne sont pas seules à constituer la division des Fonds divers. 11
n'est pas rare, en effet, que les papiers des tribunaux qui fonctionnèrent
dans les départements durant la période révolutionnaire soient déposés
à la préfecture. C'est ici que ces fonds trouveront leur place. On énu-
mérera d'abord les tribunaux ordinaires (civils, criminels, correction-
nels, justices de paix, etc.), puis les tribunaux spéciaux ou d'exception
CHRONIQUE ET MELANGES. 285
(conseils de guerre et commissions militaires, tribunaux et commis-
sions révolutionnaires, etc.)-
Enfin, on rangera dans les fonds divers, sous le titre de Mélanges, tous
les documents qui n'appartiennent à aucune catégorie déterminée,
comme les journaux, les brochures politiques, les pamphlets, les dis-
cours, les opinions et autres pièces analogues sans caractère officiel et
qui ne feraient partie d'aucun dossier.
Telles sont, M. le Préfet, les principales observations que paraît
comporter l'application des règles posées par la circulaire du 11 no-
vembre 1874 à la publication d'un état général de la série L. Pour les
rendre plus sensibles et en même temps pour obtenir la cohésion et
l'unité d'exécution convenables, j'ai fait dresser le tableau ci-joint, qui
indique l'ordre et la disposition même suivant lesquels je désire que
soit rédigé chacun des états sommaires dont la réunion composera
cette publication. Malgré les différences que peut présenter l'histoire de
la Révolution selon les régions, les institutions et les administrations
de cette période sont à peu près les mêmes dans tous les départements ;
il y a donc grand avantage, pour en faciliter l'étude, à ce que les
papiers qu'elles nous ont laissés soient distribués partout dans le même
ordre.
J'ai dit qu'en désirant la publication de ces états, la Commission
supérieure des archives ne s'attendait pas à les trouver définitifs dans
chaque dépôt. Je ne saurais trop insister sur ce point : il n'est pas
demandé à M. l'archiviste d'improviser sur le papier un classement de
la série L qui ne serait pas conforme à l'état de fait des documents. Si,
par exemple, dans les archives de votre préfecture, les séries modernes
M à Z renferment encore des dossiers d'affaires de la période intermé-
diaire auxquelles les régimes postérieurs n'ont eu à donner aucune
suite, ces dossiers n'ayant pas été incorporés aux sous-séries corres-
pondantes de la série L, on ne pourrait avancer que celle-ci est classée.
En pareil cas, M. l'archiviste devrait se contenter de dire si cette revi-
sion des séries modernes a été commencée et à quel point elle en est
arrivée à la date fixée pour la remise de l'état demandé.
J'ai reculé cette date jusqu'au 1" mai 1904, afin de laisser à tous le
plus de temps possible pour remplir le programme tracé. Définitif ou
provisoire, l'état sommaire de la série L devra donc être parvenu à
cette époque à la Direction des archives, à Paris, 60, rue des Francs-
Bourgeois.
Ce répertoire, s'appliquantà une période beaucoup plus restreinte que
l'État général par fonds des archives départementales, tout récemment
paru, sera, je n'en doute pas, rédigé avec le même zèle et le même soin.
Comme l'État général, il fera honneur à MM. les archivistes départe-
mentaux et attestera une fois de plus les précieux services rendus par
eux à notre histoire nationale.
286
CHRONIQUE ET MELANGES.
ANNEXE.
ÉTAT SOMMAIRE DE LA SERIE L.
FORME
sous LAQUELLE
m
NATURE DES DOCUMENTS.
ils sont conservés
(liasses, registres,
"rt *S
OBSERVATIONS.
volumes, cartes,
a ^
plans, etc.).
a
1
2
3
4
1° DÉPARTEMENT.
Si toutes les par-
Lois et décrets imprimés'.
ties de la série L ne
Registres de transcription
sont pas entière-
des lois et décrets ....
ment classées, c'est
Délibération du conseil du
ici qu'on mention-
département^
nera, en regard de
Arrêtés du conseil du dé-
chacune d'elles, cel-
partement ^
les qui ne le sont pas.
Pièces à l'appui des délibé-
Celte 4' colonne
rations et arrêtés ....
est également réser-
Délibérations du directoire
vée aux particula-
du déparlement*
rités et irrégulari-
Arrêtés du directoire du
tés de classement
département^
utiles à noter; —
Pièces à l'appui des délibé-
aux lacunes des
rations et arrêtés ....
collections; — aux
Délibérations de l'adminis-
papiers conservés
tration centrale du dé-
ailleurs qu'aux ar-
partement ^
chives départemen-
Arrêtés de l'administration
tales (dans les gref-
centrale du départe-
fes, les mairies, les
ment"
bibliothèques pu-
1. Dans quelques départements, on a classé par erreur avec les lois et
décrets (actes exclusifs du législateur ou du gouvernement et obligatoires
pour tous) les pièces analogues aux circulaires actuelles et qui, émanant
d'administrations particulières et ne s'adressant qu'aux foncliunnaires,
auraient dû être réparties dans les sous-séries M — Z. Celte irrégularité,
partout où elle existe, sera signalée dans la 4» colonne.
2. En fonction jusqu'au décret du U frimaire an II et depuis le décret
du 28 germinal an III jusqu'à la conslilulion du 5 fructidor an III.
3. S'ils sont séparés des délibérations.
4. En fonction jusqu'à la constitution de l'an III.
6. En fonction sous le régime de la constitution de l'an III jusqu'à celle
de l'an VIII.
7. S'ils sont séparés des d
élibérations.
1
CHRONIQUE ET MELiNGES.
287
NATURE DES DOCUMENTS.
1
Pièces à l'appui des délibé-
rations et arrêtés ....
Actes des représentants du
peuple en mission ' . . .
Registres d'ordre de la cor-
respondance générale 2. .
Registres de correspondance
générale 3
M. Personnel et admi-
nistration géné-
rale''
N. Administration et
comptabilité dé-
partementale . .
0. Administration et
comptabilitécom-
munale
P. Finances
R. Guerre et affaires
militaires . ■. . .
S. Travaux publics . .
T. Instruction publi-
que, sciences et
arts
FORME
sous LAQUELLE
ils sont conservés
(liasses, reg'istres,
volumes, cartes,
plans, etc.).
OBSERVATIONS.
bliques); — aux
dons et achats ; — en
un mot à toute in-
dication qui, n'a-
yant point de place
dans les autres co-
lonnes, est cepen-
dant digne d'être
signalée.
1. S'ils constituent un ou plusieurs fonds spéciaux. Dans le cas contraire,
une note de la 4" colonne apprendra où il faut aller les chercher.
2 et 3. On distinguera les unes des autres les correspondances géné-
rales, notamment celles du procureur général syndic, du commissaire du
Directoire exécutif, de l'administration départementale. Quant aux cor-
respondances par matières, leur place est dans les sous-séries M — Z. Si
toutefois il en existait ici, il faudrait les noter dans la 4' colonne.
4. Sauf le cas où l'ordre primitif aurait été maintenu.
5. On placera en tète les dossiers relatifs à la formation du département.
Les dossiers des élections seront rangés par ordre chronologique d'après
la nature et l'importance décroissante des élections (législatives, départe-
mentales, communales, etc.). Une rubrique « Administration générale »
introduite entre les Élections et la Police générale comprendra les rap-
ports périodiques (comptes décadaires, mensuels, trimestriels, annuels et
288
CHRONIQUE ET MELANGES.
NATURE DES DOCUMENTS.
1
U. Justice^ ....
V. Cultes 3
X. Élablisseinenls
de bienfai-
sance
Y. Établissernents
de répression.
Z. Affaires ne ren-
trant pas dans
les séries pré-
< cédentes . . .
2° Districts*.
Registres de transcription
des lois et décrets ....
Délibérations des conseils
des districts
Arrêtés des conseils des
districts 5
FORME
SODS LAQUELLE
ils sont conservés
(liasses, registres,
volumes, cartes,
plans, etc.).
ï
S S
Q -S
OBSERVATIONS.
autres), formant des groupes distincts selon leurs destinataires, leurs signa-
taires et leur degré de périodicité. Tout classement différent serait noté
dans la 4° colonne.
Si par suite de la dilBculté qu'il peut y avoir à séparer dans les papiers
relatifs aux Émigrés ce qui concerne leurs personnes de ce qui se rap-
porte à leurs biens, on les a tous versés sans distinction dans la série Q;
il serait indispensable d'avertir par une note de la 4° colonne qu'on ne trou-
vera de dossiers d'émigrés ni dans la sous-série M (Police générale) ni
dans nulle autre partie de la série L.
1. Sauf le cas où l'ordre primitif aurait été maintenu.
2. La sous-série U (Justice) ne doit comprendre que les papiers de l'ad-
ministration départementale relatifs à la justice et non les archives des
tribunaux, auxquelles une place est réservée plus loin, dans les Fonds
divers.
3. Parmi les cultes non catholiques, on rangera ceux de la Raison, de
l'Être suprême et de la Théophilanthropie.
4. Les districts, institués par la loi du 22 décembre 1789, subsistèrent
jus(}u'à la constitution de l'an III. On les rangera par ordre aljihabélique,
chaque district constituant un fonds distinct. Leurs papiers seront classés
dans le même ordre et d'après les mêmes règles que ceux du département.
5. S'ils sont séparés des délibérations.
CHRONIQUE ET MELANGES.
289
NATURE DES DOCUMENTS.
1
Pièces à l'appui des déli-
bérations et arrêtés 1 . .
Délibérations des direc-
toires des districts ....
Arrêtés des directoires des
districts 2
Pièces à l'appui des délibé-
rations et arrêtés 3 ....
Registres d'ordre de la cor-
respondance générale. . .
Registres de correspon-
dance générale
AlT.iires diverses (dans
l'ordre des séries M — Z) ^.
3° Cantons».
Registres de transcription
des lois el décrets . . . .
Délibérations des munici-
palités de canton
Registres d'ordre et regis-
tres de correspondances.
Aft'aires diverses ( dans
l'ordre des séries M — Z).
4° Fonds divers.
Comités de surveillance et
autres comités révolu-
tionnaires*'
Sociétés populaires (et so-
ciétés politiques di-
verses '')
Tribunaux^
Mélanges
FORME
sous LAQUELLE
ils sont conservés
(liasses, registres,
volumes, cartes,
plans, etc.).
2
OBSERVATIONS.
1. S'il y a lieu. — 2. S'ils sont séparés des délibérations. — 3. S'il y a lieu.
4. On classera sous la rubrique « Administration générale » de la sous-
série M, el de la môme façon qu'il a été dit précédemment, les comptes déca-
daires et autres rapports périodiquesqui appartiennent aux fonds de districts.
5. Il s'agit ici des municipalités cantonales instituées par la constitution
de l'an Ili et qui durèrent jusqu'à celle de l'an VIII. On les rangera par
ordre alphabétique, chaque canton constituant un fonds distinct.
6 et 7. Rangés par ordre alphabétique, chaque comité, chaque société
formant un fonds.
8. D'abord les tribunaux ordinaires, puis les tribunaux d'exceptions et
extraordinaires.
i 904 1 9
290 CHRONIQUE ET MELANGES.
PROJET DE RÉORGANISATION DES ARCHIVES DE FRANCE.
Nous reproduisons, d'après un annexe au procès-verbal de la séance
de la Chambre des députés du 8 février IQO'i, une proposition de loi por-
tant réorganisation générale des archives de France, présentée par
MM. Gabriel Deville, Barthou, Clémentel, Cruppi, Jaurès, Millerand,
Symian, députés, et renvoyée à. la Commission de l'administration géné-
rale, départementale et communale des cultes et de la décentralisation.
Exposé des motifs.
Messieurs,
La proposition que nous avons l'honneur de déposer sur le bureau de
la Chambre a pour objet d'assurer la conservation effective des archives
françaises et leur utilisation scientiBque, en même temps que d'amélio-
rer sensiblement, sans augmentation de dépenses et par une simple
formalité d'écritures, la situation administrative d'un corps de fonc-
tionnaires qui a droit à la sympathie des pouvoirs publics; cette propo-
sition, si vous vouliez bien l'adopter, deviendrait la charte constitu-
tionnelle des archives de France.
Nous prenons ici à notre compte un travail qui nous a été soumis
par un érudit en ces matières, M. Goyecque, sous-archiviste de la
Seine.
Définissons d'abord le sens exact du mot archives. Les archives sont
les anciens papiers des bureaux ; ce sont les documents établis, dans un
but utilitaire et pratique, par les services publics, mais dont l'origine
est assez ancienne pour qu'ils aient cessé d'offrir une utilité quotidienne
et qu'on ait pu les éloigner des bureaux qui les créèrent. On comprend
de suite que les archives sont fatalement destinées à subir une lente
évolution, qui les écarte toujours davantage de leur condition pre-
mière; chaque jour qui passe diminue leur valeur administrative, mais
accroît en même temps leur importance documentaire; quand le temps
a fini par annuler l'une, il a, par contre, assuré la plénitude de l'autre;
l'évolution s'est produite entre ces deux termes extrêmes : administra-
tion, histoire.
Dans l'état actuel des choses, les archives, en France, peuvent se
répartir en deux groupes. L'un est constitué par les Archives nationales
et les archives départementales, services dont l'organisation, pour insuf-
fisante qu'elle soit, a pourtant l'avantage d'exister; l'autre groupe est
formé par les services publics de tout genre, administratifs, financiers,
judiciaires, par les greffes et les études de notaires, sans parler des
municipalités ni des établissements d'assistance; ici, sauf pour les
archives de certaines communes et de certains hôpitaux ou hospices,
CHRONIQDE ET MELANGES. 291
nous constatons une absence d'organisation presque générale et abso-
lue. Quand les bureaux commencent à s'encombrer, on fait porter aux
archives la portion la plus ancienne des dossiers et des registres; où se
trouve le local affecté à cet usage, le garçon de bureau est souvent seul
à le savoir; c'est un sous-sol, une chambre sous les toits, une cuisine
abandonnée ; les documents y sont déposés à la première place vide,
sans ordre, comme sans étiquettes; bientôt ils disparaissent sous une
couche de poussière qui n'empêche pas la vermine de vivre à leurs
dépens ; on s'imagine aisément ce que devient, au bout d'un demi-
siècle, un pareil dépôt d'archives; quel qu'en soit le but, historique ou
administratif, les recherches y sont presque impossibles, faute de clas-
sement et d'inventaire ; qu'un déménagement survienne, ces vieilles
paperasses encombrantes, qui malgré tout s'obstinent à ne pas dispa-
raître, sont l'objet des soins les plus distraits.
Mais qu'un jour l'archiviste départemental se présente, qu'il s'inquiète
de ces documents, qu'il demande et parvienne à les voir et que, dési-
reux d'en assurer à la fois la conservation matérielle et l'utilisation
administrative et scientifique, il en sollicite la remise au dépôt dépar-
temental, aussitôt on témoigne à ces archives le plus vif intérêt; on ne
les a jamais vues ; jamais on n'en a fait usage, d'autant mieux qu'on en
ignore la nature et qu'on ne pourrait pas toujours les lire; qu'importe?
On soulève des objections, on multiplie les hypothèses, on invoque la
hiérarchie; on finit même par découvrir un texte qui interdit le dessai-
sissement; sans doute, à les laisser en place, on empêche que ces docu-
ments, faute d'un classement, d'un inventaire, d'une installation maté-
rielle appropriée, ne servent jamais à personne ni à rien; il est certain
que leur transfert aux archives départementales les mettrait à l'abri des
multiples accidents auxquels sont exposées d'antiques paperasses dont
personne ne s'inquiète; nul ne conteste que la situation actuelle n'oblige
les historiens à renoncer à l'exploitation d'une mine jusqu'ici inexplo-
rée; mais un fait domine tout; il y a un texte qui ne permet pas de
donner satisfaction à l'archiviste départemental; que ce texte, loi,
décret, arrêté, circulaire, règlement, soit aujourd'hui plus que sécu-
laire, qu'il ait été rédigé à une époque où l'histoire en était encore à la
période littéraire, où l'on ne soupçonnait même pas qu'elle put être un
jour transformée par la documentation, que ce texte soit l'œuvre d'un
fonctionnaire incompétent ou ignare, là n'est pas la question; il y a un
texte; or, une administration qui se respecte ne change pas les textes;
même elle les applique en raison directe de leur... caducité. Et puis, en
vérité, à quoi toutes ces paperasses peuvent-elles bien servir? Cela, de
l'histoire? Vous plaisantez, sans doute; quoi, de l'histoire, ce jugement,
cette apposition de scellés, ce testament, cet inventaire, cette vente, ce
marché, cet état de lieux, ces comptes, ces procès-verbaux, ces hypo-
thèques, ces registres de sacristie, de greffe ou de notaire! Première
292 CHRONIQDE ET MÉLANGES.
nouvelle; honneur à nous, commis et clercs; nous pensions faire des
affaires et nous faisons de l'histoire!
Qu'on ne crie pas à l'exagération; il n'est pas un archiviste qui, au
cours de sa carrière, ne se soit, à maintes reprises, trouvé dans cette
situation; la chose s'explique très aisément; en dehors des profession-
nels, on ne sait, en France, ni ce que doivent être des archives ni ce
que doivent être des archivistes.
Des archives, nous en avons dit assez pour montrer l'opinion qu'en
a le monde des fonctionnaires, des greffiers et des notaires, et derrière
lui le monde tout court; on ne saurait pourtant trop insister sur ce
point essentiel, et nous allons encore citer le fait suivant :
Il y a quelques années, des archivistes départementaux, appréciant
l'évolution qu'avaient subie les documents, désormais historiques, de
la fin de l'ancien régime et de la période révolutionnaire, sollicitèrent
qu'on leur remît les vieilles archives détenues par les services de l'en-
registrement et des domaines. L'homme éminent qu'était et qu'est tou-
jours le directeur général de cette administration fit à cette demande le
meilleur accueil; il la transmit pour examen à un fonctionnaire de la
direction. Celui-ci, dépositaire fidèle, observateur scrupuleux du rite
administratif, se mit à l'étude d'après la méthode traditionnelle;
enfermé dans son cabinet, sans relations avec l'extérieur, il rechercha
les vieux textes, les collectionna, les compara, les commenta, puis il
rédigea une nouvelle circulaire qu'il soumit à la signature du direc-
teur; au bout de six mois d'un laborieux et louable effort, il n'y avait
rien de changé; il n'y avait qu'une circulaire de plus.
Théorie et incompétence technique, voilà les deux mots qui caracté-
risent la méthode partout et toujours employée en France dans l'étude
administrative des questions d'archives.
A aucun moment, l'honorable fonctionnaire de l'enregistrement n'eut
l'idée de franchir le kilomètre qui sépare la place des Pyramides de la
rue de la Banque pour se rendre compte par lui-même et de ses propres
yeux de l'état réel des archives de la Direction départementale; il n'eut
pas davantage la témérité d'entreprendre, dans le même but, le voyage
circulaire Neuilly, Courbevoie, Saint-Denis, Pantin, Vincennes, Cha-
renton, Villejuif et Sceaux; la curiosité ne lui vint pas non plus de
pousser une pointe en province ; ce fut très regrettable ; il eût rapporté
de ces excursions d'utiles enseignements puisés à la meilleure source,
la réalité et la pratique; il eût vu dans quel état se trouvaient tous ces
vieux documents, et les receveurs lui auraient prouvé que « la Cen-
trale » les obligeait bien inutilement à s'en encombrer, à telle enseigne
que, si certaines circonstances diminuaient la collection, ou se gardait
bien de contrarier leur action bienfaisante; une visite, en passant, dans
quelques archives départementales et un entretien d'une demi-heure
avec les archivistes auraient parlait son instruction; il y eût gagné de
CHRONIQUE ET MELANGES. 293
ne pas lancer une circulaire parfaitement inutile ; celle-ci autorisait la
remise au dépôt départemental, — car, en France, il faut une autorisa-
tion pour assurer la conservation des archives, — de deux groupes de
documents ; le versement de l'un était autorisé déjà par une circulaire
vieille d'un demi-siècle; quant à l'autre, il avait été depuis longtemps
vendu et détruit presque partout.
Les archivistes renouvelèrent leurs démarches; on mit la meilleure
grâce à examiner à nouveau la question; une nouvelle circulaire vit le
jour; l'usage de la même méthode aboutit presque aux mêmes résul-
tats ; on trouve dans cette circulaire la nomenclature de tous les docu-
ments pouvant exister dans les services de domaines, d'enregistrement
et d'hypothèques, et la destination qu'il convient de donner à chacun
d'eux : suppression, remise aux archives départementales, conserva-
tion indéflnie dans les services administratifs; il est juste de reconnaître
que cette nouvelle décision permit à de nombreuses archives du temps
de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI de prendre le chemin du dépôt
départemental; mais on ne se rendit pas compte, — erreur bien
humaine, — qu'un siècle déjà s'était écoulé depuis la Révolution,
qu'une évolution s'était produite, qui, par la seule action du temps,
avait à la fois transformé les papiers d'administration en documents
d'histoire et livré au labeur des érudits de nouveaux champs d'exploi-
tation; ainsi, on prescrivit la conservation indéfinie, sur place, — deux
termes qui, en fait, s'excluent, — dans les directions et dans les
recettes, de tous les documents d'enregistrement de la période révolu-
tionnaire, et, pour les archives domaniales, celle de séries capitales,
comme les procès -verbaux de vente des biens nationaux et les
décomptes d'acquéreurs.
Nous pourrions faire des constatations analogues touchant les archives
des greffes et celles des notaires <. Mieux vaut, sans insister davantage,
1. En ce qui concerne particulièrement les vieilles archives notariales, tout
a été dit, depuis quarante ans, sur leur inutilité pratique, leur valeur documen-
taire, leur conservation insuffisante, leur consultation difficile, l'absence abso-
lue de lien légal entre le notariat de l'ancien régime et celui des temps
modernes, la facilité de respecter tous les droits et tous les intérêts, de ména-
ger tous les scrui.>ules, voire tous les préjugés, les garanties offertes par les
archives départementales pour la conservation des documents, leur classement,
leur inventaire et leur communication; on ne compte plus les vœux des
sociétés savantes en faveur d'une réforme qui a déjà fait, dans l'une et l'autre
Chambre, l'objet de plusieurs propositions de loi, restées jusqu'ici sans effet.
On peut consulter sur cette question, envisagée au point de vue pratique et
législatif, les deux études de M. Coyecque : 1° les Archives notariales dp la
Seine à l'hôtel de Lanzun, dans le Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire
de 1899; 2» le DépcH central des vieilles archives notariales de la Seine,
réponse à la chambre des notaires, dans la Revue des bibliothèques de 1901.
Il a été fait de ces deux articles un tirage à part.
294 CHRONIQUE ET MELANGES.
montrer la méthode et les principes qui doivent désormais, en France,
au xx« siècle, présider à la gestion des archives.
A la méthode théorique et stérile des études faites à huis clos par les
seuls fonctionnaires de l'ordre administratif, il faut substituer la
méthode expérimentale et féconde des examens sur place effectués
simultanément par les représentants de l'administration ou du service
intéressé et par les archivistes; en cette matière, moins qu'en toute
autre, il ne faut se payer de mots; c'est la réalité tangible qu'il faut
viser et atteindre.
D'autre part, il faut renoncer à l'habitude de répartir les archives en
deux compartiments complètement isolés, archives anciennes ou histo-
riques, d'un côté, archives modernes ou administratives, de l'autre; en
fait, il n'y a que des archives, des archives tout court, des archives en
incessant travail de transformation ; les archives historiques d'aujour-
d'hui étaient hier archives administratives; les archives administratives
d'aujourd'hui seront historiques demain. Gonséquemment, il faut, con-
trairement à ce qui s'est fait jusqu'ici, prendre à l'égard des archives
administratives les mêmes soins dont on entoure avec raison les
anciennes; on sait où conduisent les errements actuels; quand, au
bout d'un siècle ou d'un siècle et demi, les services daignent consentir
à remettre leurs vieux documents aux archives départementales, les
archivistes se trouvent souvent en face d'un amas de dossiers et de
registres d'une saleté repoussante, oîi les souris et les vers ont paisible-
ment poursuivi leur travail destructeur, dossiers déficelés, registres
déreliés, le tout sans étiquette, sans classement, sans inventaire, mais
non sans lacunes.
D'où nous concluons que, partout où il y a des archives, quelles que
soient ces archives, l'archiviste doit intervenir, parce que toutes les
archives, sans exception, exigent les mêmes opérations de conservation
matérielle, d'étiquetage, de classement et d'inventaire, opérations qui,
précisément, distinguent un dépôt d'archives d'un magasin de chif-
fonnier.
Mais qu'est-ce qu'un archiviste?
Nous avons plus haut distingué les Archives nationales et départe-
mentales des archives des divers services publics; la même distinction
est à faire en ce qui concerne les archivistes.
Voyons d'abord pour les archives du second groupe. Dans la plupart
des cas, elles se conservent toutes seules dans les taudis où on les a
reléguées. Pourtant, surtout à Paris, dans un certain nombre de grandes
administrations, les archives sont pourvues d'un personnel, plus ou
moins important, placé sous les ordres d'un archiviste. Sauf de rares
exceptions., qui ne suffisent pas à infirmer la règle, on affecte aux
archives les fonctionnaires et agents qu'on ne peut plus ou qu'on ne
veut plus utiliser dans les services actifs; l'intensité des facultés Intel-
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 295
lectuelles n'est pas précisément la caractéristique de ces faux archi-
vistes; quant à leur compétence technique, elle est nulle; aussi le
mieux qui puisse arriver est-il que ce personnel se borne à jouir paisi-
blement de la demi-retraite qui lui est faite, sans se mêler de travaux
qui lui sont étrangers ; à former de plus vastes projets, il courrait à
d'amères déceptions; tel cet archiviste qui détruisait les documents
utiles et conservait religieusement les autres, qui faisait construire des
meubles si pratiques qu'il fallait bientôt les démolir et qui, un jour,
voulant prouver un savoir que de mauvais esprits niaient, imprima, —
aux frais de son administration, — un catalogue où le bagage militaire
de Napoléon I" est augmenté de la victoire, jusqu'alors restée inaper-
çue, de « Tara Eggmuth ; » le malheureux n'avait pas su lire « Tann,
Eggmulh, » et n'avait sans doute jamais entendu parler de la campagne
des Cinq jours, Thann, Abensberg, Landshut, Eckmûhl et Ratisbonne!
Tel autre croyait faire œuvre méritoire, — en tout cas très originale, —
en découpant ses vieilles archives au ciseau, dans le but de constituer
une collection de timbres humides et d'en-têtes de papier comme il n'en
existait, — heureusement, — nulle part ailleurs ! Quoi de plus préten-
tieux, de plus ignorant, de plus grotesque et de plus méprisable que
ces fonctionnaires du ministère de la Marine qu'il y a trente ans envi-
ron Jules Flammermont pourchassa avec tant de vigueur, d'à-propos
et de succès, et qu'il débusqua de ces archives inestimables dont ils
avaient réglementairement assuré le pillage systématique? Où sont
donc, enfin, à l'heure où nous écrivons ces lignes, les archives sécu-
laires du premier empire colonial français, celui que nous ont fait
perdre les folies d'un Louis XV et d'un Napoléon? dans cette boîte
d'allumettes qui a nom le pavillon de Flore. A qui y sont-elles confiées?
aux expéditionnaires chargés des légalisations !
Le Parlement estimera, avec nous, que de pareilles pratiques doivent
cesser; les affaires administratives aux gens des bureaux; les archives
aux archivistes, c'est-à-dire aux hommes qui, se sentant la vocation
des hautes études, sont allés frapper à la porte de l'École nationale des
chartes, ont subi avec succès les divers concours et examens réglemen-
taires, et qui ont obtenu le diplôme d'archiviste paléographe, dénomi-
nation, au surplus, surannée, à laquelle nous proposons de substituer
celle d'archiviste bibliothécaire diplômé du gouvernement. Depuis plus
de cinquante ans, le corps des archivistes diplômés a fait ses preuves ;
c'est lui qui constitue exclusivement le personnel des Archives natio-
nales et celui des archives départementales; c'est à lui qu'on doit l'im-
posante collection d'inventaires sommaires des archives départemen-
tales, communales et hospitalières, qui s'accroît chaque année, de même
que la série des inventaires du palais Soubise; partout où les archivistes
paléographes, les archivistes diplômés du gouvernement ont passé, un
labeur énorme a été fourni, se traduisant, en dernière analyse, par la
296 CHRONIQUE ET MELANGES.
publication de catalogues qui permettent à chacun d'apprécier les res-
sources que peut lui offrir chaque dépôt de documents; partout, au
contraire, où l'on a maladroitement tenu ces archivistes à l'écart, nous
constatons le désordre matériel, l'absence de classement et d'inven-
taire, l'impossibilité de travailler vite et avec profit. Nous estimons
qu'un groupement qui peut montrer de pareils états de services a le
droit d'aller la tête haute, de prétendre à la justice des pouvoirs publics
et à la gratitude que doit un gouvernement démocratique à ceux qui le
servent avec tant de science et de dévouement.
Aussi bien les archives sont-elles appelées à occuper une place sans
cesse plus large, à jouer un rôle toujours plus important dans la pré-
paration de l'œuvre scientifique; tout récemment, un érudit, d'une
grande justesse de vues, disait d'elles, dans un rapport au Comité des
travaux historiques : « C'est le laboratoire du sociologue, » et il mon-
trait l'intérêt supérieur des archives modernes sur les archives du
moyen âge; on pourrait étendre cette heureuse formule et définir les
archives le laboratoire des historiens.
Malheureusement, on peut dire de ces laboratoires, au double point
de vue des collections et du personnel, qu'ils sont dans une situation
analogue à celle des services et du personnel de l'enseignement, à ses
trois degrés, au lendemain de l'effondrement de l'Empire, et qu'ils
réclament une réorganisation de même nature.
C'est, d'ailleurs, ce que notre honorable collègue M. Sirayan a déjà
indiqué, en termes excellents, dans son rapport sur le budget de l'ins-
truction publique, et nous ne croyons pouvoir mieux faire que de
reproduire ici les idées qu'il a émises et que nous partageons sans
réserve :
«
« L'École nationale des chartes*.
« Les Archives nationales.
« Comme les bibliothécaires, les archivistes rencontrent, à se dépla-
cer, les plus grandes difficultés, et cela uniquement en raison du régime
des retraites.
« Aux termes du décret du 14 mai 1887 sur les Archives nationales,
les archivistes départementaux peuvent être appelés à un emploi des
Archives nationales s'ils comptent au moins dix ans de services en
qualité d'archivistes départementaux.
a Depuis seize ans, il n'a été fait aucune application de cette stipula-
tion du décret de 1887, par la bonne raison qu'elle est pratiquement
inapplicable, non seulement parce que l'archiviste départemental, trans-
1. Cet article du rapport de M. Simyan est rei)rodiiil plus haut, p. 273.
CHRONIQUE ET MELANGES. 297
féré à Paris, perdrait ses droits antérieurs, mais aussi parce qu'on lése-
rait sans excuse les intérêts des autres archivistes des Archives natio-
nales, en ne faisant pas profiter de la vacance les archivistes occupant
un emploi inférieur à celui dont le titulaire a disparu.
a On peut ainsi constater une fois de plus, en cette matière, comme
en tant d'autres, l'inefticacité des demi-mesures. On comprend très
bien quelle a été la préoccupation très louable de l'administration : elle
a voulu diminuer la répulsion des archivistes paléographes, surtout des
meilleurs, à accepter un poste en province, d'où ils savent qu'ils ne
sortiront plus jamais ; elle a voulu leur donner l'espoir et même le droit
de rentrer à Paris. En réalité, rien n'a été fait, et, si l'on veut atteindre
le but poursuivi, il convient de réorganiser délibérément le service des
archives, tant nationales que départementales.
« Les Archives départementales. — Leur organisation.
« I. — Situation actuelle.
« Il existe auprès de chaque préfecture un dépôt d'archives, dit
archives départementales, qui comprend deux catégories de docu-
ments :
« 1° Les archives, antérieures à la Révolution, de tous les corps,
établissements et institutions, civils et religieux, qui ont été supprimés
en 1790; ces archives, devenues biens nationaux, au même titre que
tous les autres biens, meubles et immeubles, des corps disparus, cons-
tituent une propriété de l'État;
« 2° Les archives de l'époque révolutionnaire et de la période moderne,
archives des administrations départementales et des services nationaux
fonctionnant dans le département. La propriété de ce fonds moderne
se partage, par espèces, entre le département et l'État.
« A la tête de chaque dépôt d'archives départementales est un archi-
viste.
« Dans quelles conditions est-on nommé archiviste départemental?
Quel avenir est réservé à l'archiviste? Quelle tâche lui incombe-t-il de
remplir?
« Telles sont les premières questions à élucider.
« L'archiviste départemental est nommé par arrêté préfectoral. Le
préfet a toute latitude pour désigner le titulaire de l'emploi, sous la
seule condition de ne fixer son choix que sur un candidat pourvu du
diplôme de l'École nationale des chartes. Cette obligation absolue est
imposée par l'art. 45 de la loi du 10 août 1871 sur les Conseils géné-
raux, et cette prescription légale n'est que la reproduction de la très
sage prescription formulée par le décret du 4 février 1850.
« Il est naturellement assez rare que le préfet d'un département,
ayant à nommer un archiviste, prenne l'initiative du choix du nouveau
298 CHRONIQUE ET MELANGES.
titulaire. Dans la majorité des cas, il notifie la vacance au ministre de
l'Instruction publique, c'est-à-dire, en fait, au Directeur des archives.
Le ministre adresse au préfet la liste des archivistes paléographes qui
ont posé leur candidature; ceux-ci sont présentés suivant leur rang
d'ancienneté de sortie de l'École des chartes, mais chacun d'eux est
l'objet d'un rapport propre à éclairer le préfet sur la valeur de chaque
candidat. Sur le vu de cette liste et de ce rapport, le préfet désigne le
nouvel archiviste.
« II. — Défauts de l'organisation actuelle.
a En droit, l'archiviste d'un département peut poser sa candidature
à tout autre poste d'archiviste devenu vacant, soit qu'il désire changer
de région, soit qu'il ambitionne une situation plus avantageuse. Mais,
en fait, l'archiviste départemental est presque toujours obligé de faire
toute sa carrière dans le même poste. C'est la conséquence regrettable
de son caractère de fonctionnaire départemental, tributaire d'une Caisse
de retraites particulière. Si, à la rigueur, un jeune archiviste, comptant
encore peu d'années de services, jouissant de quelque aisance, ayant
des charges de famille restreintes, peut faire le sacrifice de quelques
années de versements, il n'en va pas de même des archivistes qui se
trouvent dans d'autres conditions; et ce jeune archiviste lui-même ne
pourrait renouveler une seconde fois l'abandon de ses droits acquis
sans compromettre gravement ses intérêts. Ajoutons que le traitement
maximum de l'archiviste, réduit à n'espérer le plus souvent qu'un
avancement sur place, par voie de promotions dues à la bienveillance
du préfet et du Conseil général, est forcément proportionnel à l'impor-
tance du département et aux ressources de son budget. Au delà d'un
certain chiffre, toujours peu élevé, du reste, la valeur personnelle de
l'archiviste, son labeur administratif et ses travaux scientifiques sont
condamnés à ne pas recevoir leur légitime et nécessaire récompense.
Ainsi, le hasard seul des vacances préside, en règle générale, à l'affec-
tation de début du jeune archiviste, envoyé dans le nord ou dans l'est,
quand ses origines ou ses travaux, exécutés ou projetés, l'indiquaient
pour un poste du raidi ou de l'ouest, et cette affectation est presque
toujours définitive; voilà un fonctionnaire qui, à vingt-cinq ans, se voit
condamné à « s'enraciner » pour la vie à Privas ou à Mont-de-Marsan,
et qui, dès son arrivée dans les Landes ou l'Ardèche, sait exactement
la situation dont il jouira dans quarante ans, quels que soient son
dévouement et ses travaux! Comment attendre de l'effort, de l'entraî-
nement, de l'émulation d'un personnel ainsi traité, ou, pour mieux
dire, ainsi abandonné ? Il faut vraiment aux archivistes départementaux
le goût passionné de leur profession pour leur faire, malgré tout, pro-
duire le travail considérable qu'atteste notamment l'imposante coUec-
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 299
tion des Inventaires sommaires. Il n'en est pas moins vrai que cette
situation a trop duré. Des nombreuses réformes que réclame l'organi-
sation si arriérée des archives, des bibliothèques et des musées, celle
des archives départementales a l'heureux privilège de rallier l'unani-
mité des avis, à la fois sur le principe et sur l'application. Aussi bien
ne s'agit-il pas ici seulement des intérêts personnels, d'ailleurs fort
respectables, des archivistes; l'intérêt même du service est enjeu.
« Identiques en principe, les archives des divers départements ont
pourtant une physionomie propre. Les différents fonds qui les consti-
tuent varient de nature et d'importance suivant les régions; ici, la pre-
mière place revient aux archives ecclésiastiques; là, ce sont les archives
civiles, celles de l'intendance, du parlement, des élections qui sont
nombreuses et importantes; dans tel département, les archives révolu-
tionnaires et celles de la période moderne n'offrent qu'un mince inté-
rêt; dans tel autre, elles se recommandent tout particulièrement à l'at-
tention de l'historien et de l'administrateur. N'est-il pas évident qu'il
importe d'affecter à chacun de ces services, qui a, tout au moins
momentanément, une physionomie propre et des besoins particuliers,
celui des archi-vistes disponibles que l'administration croit le mieux
préparé et le plus capable? Avec l'organisation actuelle, de pareilles
désignations sont presque toujours impossibles.
« Il est d'autant plus regrettable de n'avoir pas depuis longtemps
modifié cette situation absurde que la solution du problème saute aux
yeux et ne soulève aucune difficulté pratique; tout au contraire, peut-
elle se réclamer d'un précédent, la « nationalisation » du personnel de
l'enseignement primaire.
« III. — Réorganisation.
« Dans l'état actuel, l'archiviste est placé, au point de vue adminis-
tratif, sous l'autorité du préfet, et, au point de vue scientifique, il dépend
du ministre de l'Instruction publique ; encore est-il bon de noter qu'il
relève du ministre même administrativement, puisque, dans la plupart
des cas, c'est sur la désignation du ministre que le préfet l'a choisi et
nommé, et que tous les règlements, toutes les prescriptions, toutes les
circulaires concernant les travaux à effectuer dans les archives dépar-
tementales émanent de l'autorité ministérielle, représentée, en l'espèce,
par le Directeur des archives. Dans ces conditions, il convient de rem-
placer le régime hybride d'aujourd'hui par une organisation à la fois
plus franche, plus démocratique et plus féconde : l'archiviste doit cesser
d'être ce fonctionnaire singulier, mi-départemental, mi-national, rele-
vant nominalement de deux autorités complètement différentes, entre
lesquelles il peut se ménager une indépendance presque absolue et
parfois excessive, et dont l'intervention, quel qu'en soit l'objet, risque
300 CHROiyiQUE ET MELANGES.
de rester souvent sans sanction effective. Les archives départementales
sont en majeure partie une propriété nationale; l'archiviste, comme
l'instituteur, doit devenir un fonctionnaire d'Etat.
« Les archivistes nationaux seraient désormais soumis à la nomina-
tion du ministre de l'Instruction publique; ils seraient payés sur le
budget de ce ministère.
« La loi de finances déclarerait obligatoires les dépenses prévues
aux budgets départementaux pour le traitement des archivistes; elle
ferait état des crédits portés dans un chapitre de recettes à créer, dont
le montant s'élèverait au chiffre total des crédits inscrits aux quatre-
vingt-six budgets départementaux. A cette recette d'ordre correspon-
drait une dépense d'ordre s'élevant exactement au même chiffre.
Toutefois, les crédits seraient préalablement réduits de la somme
représentant le traitement du personnel secondaire d'employés et de
garçons de bureau, à la situation départementale desquels il ne serait
apporté aucun changement et qui seraient désormais payés sur un
autre chapitre. Il est bien entendu que tous les droits acquis par les
archivistes en fonctions seraient intégralement maintenus, et que leur
situation au point de vue de la retraite ne pourrait être en rien modifiée.
A cet égard, deux situations paraissent devoir se présenter. Certains
archivistes demeureraient tributaires de la caisse des retraites de leur
département; l'État verserait, en leur nom, à cette caisse, le montant
réglementaire des retenues; certains autres pourraient demander à
devenir tributaires de la caisse de l'État, qui, dans ce cas, devrait
recouvrer sur la caisse départementale, et, au besoin, sur l'intéressé, le
montant des versements corrélatifs à la durée des services du fonction-
naire. Chaque année, le gouvernement ferait connaître au préfet le
montant des crédits nécessaires pour le fonctionnement des archives.
« Telles sont les grandes lignes du projet de réorganisation que le
gouvernement pourrait, si le Parlement est de cet avis, mettre immé-
diatement à l'étude. »
Le Parlement hésitera d'autant moins, nous l'espérons, à voter cette
réorganisation qu'elle ne comporte aucune augmentation de dépense.
Notre projet peut se résumer en ces deux termes : conservation effective
et utilisation scientifique des archives, organisation rationnelle et démo-
cratique du corps des archivistes.
Nous devons ajouter que, respectueux des prérogatives nécessaires du
Parlement, nous avons laissé de côté les services d'archives de l'une et
l'autre Chambre; nous vous demandons pourtant la permission d'appe-
ler votre attention et celle des bureaux du Sénat et de la Chambre sur
l'opportunité que présenterait, à notre avis, l'attribution à des membres
du corps national des archivistes bibliothécaires diplômés du gouver-
nement de la moitié des emplois dans le service des archives des deux
assemblées.
CHRONIQUE ET MELANGES. . 301
PROPOSITION DE LOI.
Titre premier.
Constitution des archives.
Art. 1". — Sont annuellement incorporées aux Archives nationales
les archives, comptant au moins cinquante ans de date, de tous les ser-
vices et administrations de l'État fonctionnant à Paris.
Art. 2. — Cette incorporation n'implique pas nécessairement le trans-
fert des documents dans les bâtiments des Archives nationales; le
ministre de l'Instruction publique pourra autoriser le maintien des
archives dans les bâtiments des services et administrations intéressés ;
mais l'incorporation sera réputée réalisée et les Archives nationales
prendront ces archives en charge; en outre, l'organisation matérielle et
administrative des archives maintenues sera soumise à l'approbation
du ministre de l'Instruction publique.
Art. 3. — Sont annuellement incorporées aux archives départemen-
tales : 1" les archives, comptant au moins cinquante ans de date, des
services et administrations départementaux et celles des services et
administrations nationaux de caractère départemental; 2" les archives,
comptant au moins un siècle d'existence, des greffes; 3° les archives,
comptant au moins cent cinquante ans d'existence, des études des
notaires.
Art. 4. — Toutefois, seront incorporées, dès la promulgation de la
présente loi, les archives notariales antérieures à 1792.
Art. 5. — L'incorporation aux archives départementales n'implique
pas nécessairement le transfert des documents dans les bâtiments des
archives départementales; le ministre de l'Instruction publique pourra
autoriser le maintien des archives dans les locaux des services, admi-
nistrations, greffes et études intéressés; mais l'incorporation sera répu-
tée réalisée et les archives départementales prendront ces archives en
charge; en outre, l'organisation matérielle et administrative des
archives maintenues sera soumise à l'approbation du ministre de l'Ins-
truction publique.
Art. 6. — Le ministre de l'Instruction publique peut autoriser les
services, administrations, greffiers et notaires à verser aux Archives
nationales et départementales des documents comptant moins d'exis-
tence qu'il n'a été fixé aux art. 1 et 3.
Art. 7. — Le ministre de l'Instruction publique peut autoriser les
municipalités, les établissements charitables et généralement toutes
institutions ou associations, publiques ou privées, à déposer aux archives
départementales la portion de leurs archives devenue inutile à leur
gestion administrative.
302 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Art. 8. — Les services, administrations, greffiers et notaires ont le
droit d'exiger la communication avec déplacement, et sans frais, dans
leurs bureaux, greffes et études, des documents faisant partie de leurs
archives respectives; l'incorporation des archives des greffes et des
archives notariales laisse intacts les droits utiles des greffiers et des
notaires.
Art. 9. — Les documents faisant partie des Archives nationales et
des archives départementales sont communiqués au titre scientifique.
Il n'est perçu aucun droit, sauf les droits de timbre et d'expédition, si
les intéressés requièrent des copies authentiques; ces droits sont attri-
bués, le cas échéant, aux greffiers et notaires intéressés. La communi-
cation a lieu sur place. Toutefois, le ministre de l'Instruction pubhque
peut autoriser le déplacement des documents et leur communication
dans un autre dépôt d'archives que celui où ces documents sont con-
servés.
Art. 10. — Aucune suppression de documents, parmi ceux qui ne
sont pas encore incorporés aux Archives nationales et départementales,
ne peut être effectuée par les services et administrations nationaux
et départementaux sans l'autorisation du ministre de l'Instruction
publique.
Titre II.
École nationale professionnelle des archivistes bibliothécaires.
Art. 11. — L'École nationale des chartes prend le titre d'École natio-
nale professionnelle des archivistes bibliothécaires.
Art. 12. — Le programme des cours comprendra toutes les matières
dont la connaissance est nécessaire à la gestion des archives et des
bibliothèques.
Art. 13. — Le nombre des élèves à admettre, chaque année, par
voie de concours, sera fixé d'après le nombre présumé des vacances,
majoré d'un tiers. Les élèves devront justifier, à leur entrée, du diplôme
de licencié es lettres, ou acquérir ce diplôme pendant la durée de leur
séjour à l'école.
Art. 14. — Les élèves diplômés portent le titre d'archivistes biblio-
thécaires diplômés du gouvernement.
Art. 15. — Est supprimé le diplôme de bibliothécaire universitaire.
Sont toutefois maintenus les droits des titulaires de ce diplôme.
Art. 16. — Les archivistes bibliothécaires fournissent exclusivement
le personnel technique des Archives nationales et départementales,
celui des archives des services et administrations visés aux art. 1 et 3
de la présente loi et celui de l'inspection générale des archives et des
bibliothèques. Sont maintenus tous les droits actuellement attachés au
diplôme d'archiviste paléographe.
CHEONIQDE ET MELANGES. 303
Au fur et à mesure des extinctions, les archivistes bibliotliécaires
diplômés seront substitués aux droits des bibliothécaires universitaires.
Titre III.
Personnel des archives.
Art. 17. — Le personnel des Archives nationales et départementales
et celui des archives des services et administrations visés aux art. 1
et 3 de la présente loi constituent un corps unique, dépendant du
ministère de l'Instruction publique.
Les archivistes des Archives nationales et des archives départemen-
tales sont nommés par le ministre de l'Instruction publique.
Les emplois d'archivistes aux Archives nationales et les postes
d'archivistes départementaux sont répartis en une série unique de
neuf classes.
La 9e classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 3,000 francs;
La S** classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 4,000 francs;
La 7® classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 5,000 francs;
La 6* classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 6,000 francs;
La 5« classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 7,000 francs;
La 4® classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 8,0Û0 francs;
La 3e classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 9,000 francs;
La 2^ classe comprend les postes et emplois d'un traitement inférieur
à 10,000 francs;
La l'e classe comprend les postes et emplois d'un traitement de
10,000 francs et au-dessus.
D'autre part et parallèlement, une classe personnelle est attribuée à
chaque membre du corps des archivistes.
Les archivistes appartenant à la 9*= classe sont appelés à remplir leurs
fonctions aux Archives nationales, pour y acquérir les connaissances
pratiques complémentaires de l'enseignement théorique de l'école. Les
archivistes de 9^ classe doivent être détachés, auprès d'un ou plusieurs
dépôts départementaux, en une ou plusieurs fois, pendant trois mois
au moins et six mois au plus.
Lors de leur passage dans la 8^ classe, les archivistes seront, au fur
et à mesure des vacances, appelés à des postes d'archivistes départe-
mentaux.
304 CHRONIQUE ET Me'lANGES.
Ceux (l'entre eux qui refuseront de faire du service départemental
n'auront droit qu'à la moitié des vacances survenant dans les emplois
des 5«, 4e et 3« classes des Archives nationales et au tiers seulement
des vacances dans les emplois des deux premières classes.
Dans l'année qui suivra la promulgation de la présente loi, les
archivistes alors en fonctions seront répartis dans les différentes
classes personnelles auxquelles leur traitement leur donnera droit. De
même, tous les postes et emplois seront répartis dans les classes ci-des-
sus indiquées.
L'avancement se fait, en égale proportion, au choix et à l'ancienneté.
Tout archiviste entrant dans le corps débute par la dernière classe.
Toutefois, les archivistes bibliothécaires diplômés provenant d'un ser-
vice de bibliothèque prendront rang, dans le corps, dans la classe dont
le traitement correspond à celui qui était attribué au nouvel archiviste
dans son ancienne fonction.
Dans l'intérêt du service, un archiviste peut être appelé dans un
poste d'une classe supérieure à sa classe personnelle ou être maintenu
dans un poste d'une classe inférieure à sa classe personnelle; dans tous
les cas, il reçoit le traitement attribué à sa classe personnelle.
Art. 18. — Les archivistes des services et administrations visés aux
art. 1 et 3 de la présente loi sont recrutés dans le corps des archivistes ;
ils sont nommés par les ministres intéressés, sur la présentation du
ministre de l'Instruction publique. Ces archivistes ne cessent pas d'ap-
partenir au corps et conservent tous leurs droits à l'avancement.
Art. 19. — Quand des vacances se produisent dans le corps des
archivistes, le ministre de l'Instruction publique procède au mouve-
ment administratif provoqué par ces vacances. La vacance des emplois
qui se trouvent sans titulaire, après la publication de ce mouvement
administratif, est annoncée au Journal officiel; un délai de vingt jours
est fixé pour l'introduction des candidatures.
Titre IV.
Inspection générale des archives et des bibliothèques.
Art. 20. — L'inspection générale des services d'archives est fusionnée
avec l'inspection générale des services de bibliothèques. Elle est assurée
par trois fonctionnaires, dénommés inspecteurs généraux des archives
et des bibliothèques; ils sont exclusivement recrutés parmi les archi-
vistes bibliothécaires diplômés comptant au moins dix ans de services
dans les archives ou les bibliothèques.
Titre V.
Direction générale des archives de France.
Art. 21. — Le directeur des Archives nationales est chargé de la
CHROIVIQUE ET MELANGES. 305
direction générale des archives de France. 11 est nommé par décret, sur
la proposition du ministre de l'Instruction publique. Il doit remplir
l'une des conditions suivantes : l" être pourvu du diplôme d'archiviste
bibliothécaire et compter au moins dix ans de services dans les archives
ou les bibliothèques; 2° appartenir au personnel titulaire de l'enseigne-
ment supérieur et compter au moins dix ans de services dans cet ensei-
gnement; 3» être porté sur une liste de présentation établie par l'Aca-
démie des inscriptions et celle des sciences morales et politiques réunies
et proposé de la sorte au choix du ministre.
Titre VI.
Budget des archives.
Art. 22. — Les dépenses du service des Archives nationales et des
archives départementales sont inscrites au budget du ministère de
l'Instruction publique dans six chapitres distincts : \° Archives natio-
nales, personnel; 2° Archives nationales, matériel; 3° Archives dépar-
tementales, personnel; 4° Archives départementales, matériel; 5° Con-
tribution de l'État dans les dépenses des archives départementales;
6° Inspection générale des archives et des bibliothèques.
Art. 23. — A compter du premier exercice qui suivra la promulga-
tion de la présente loi, le cliapitre II du budget de chaque département
(archives départementales) comprendra exclusivement les crédits relatifs
au traitement de l'archiviste ^et, s'il y a lieu, des archivistes diplômés
qui lui sont adjoints) et les crédits divers de matériel.
Chaque année, le ministre de l'Instruction publique fait connaître
aux préfets le montant des crédits à inscrire au chapitre 11 du projet
de budget de leur département.
Cette dépense est obligatoire. Elle est versée à l'État.
Art. 24. — La première loi de finances qui suivra la promulgation
de la présente loi comportera deux chapitres nouveaux de recettes :
Archives départementales, personnel; Archives départementales, maté-
riel. Leur montant sera égal à celui des crédits inscrits au chapitre 11
de chaque département.
Les crédits inscrits aux deux chapitres du budget du ministère de
l'Instruction publique : archives départementales, personnel; archives
départementales, matériel, s'élèveront au même chiffre que les deux
chapitres de recettes correspondant.
Art. 25. — Dans le premier budget du ministère de l'Instruction
publique qui suivra la promulgation de la présente loi, un crédit de
principe de 1,000 francs sera inscrit au chapitre nouveau : contribution
de l'État dans les dépenses des archives départementales.
1904 20
306 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Titre VI.
Mesures diverses.
Art. 26. — Les dispositions de la présente loi sont applicables au
département de la Seine (préfecture de la Seine et préfecture de police).
Art. 27. — Au point de vue de la retraite, les fonctionnaires dépar-
tementaux en exercice lors de la promulgation de la présente loi pour-
ront opter entre deux systèmes : ils pourront rester tributaires de la
Caisse de retraites départementale ou devenir tributaires de la Caisse
de retraites de l'État. Dans le premier cas, l'État versera, en leur nom,
à la caisse intéressée, les sommes dues; dans le second cas, la Caisse
de retraites départementale versera à celle de l'État les sommes qu'elle
a reçues des fonctionnaires intéressés; ceux-ci couvriront, s'il y a lieu,
les insuffisances de versements, de même qu'il leur sera tenu compte,
le cas échéant, des excédents.
Art. 28. — Un règlement d'administration publique, rendu en Conseil
d'État, fixera les formes d'application de la présente loi.
Art. 29. — Sont abrogées toutes dispositions des lois antérieures
contraires à la présente loi.
— Le journal le Siècle ayant publié, le 10 mars, un article relatif au
projet que nous venons de reproduire, notre confrère M. Paul Meyer,
directeur de l'École des chartes, a adressé au directeur du journal la
lettre suivante, qui a paru dans le numéro du 11 mars :
ï Monsieur le directeur,
« Voulez-vous me permettre de vous adresser quelques brèves obser-
vations au sujet de l'article publié dans votre numéro d'aujourd'hui
(10 mars) sur le projet de loi portant réorganisation des archives de
France présenté par M. G. Deville et un certain nombre de ses col-
lègues? Je lis dans cet article que l'une des réformes demandées con-
siste « dans une refonte complète de l'École des chartes dont la réorga-
« nisation, comme l'a si bien montré M. Simyan dans son rapport sur le
« budget de l'Instruction publique, devient chaque jour plus impérieuse
« dans l'intérêt des élèves et aussi dans l'intérêt d'un meilleur fonction-
« nement des archives et des bibliothèques françaises. L'École des
« chartes deviendrait donc l'École nationale professionnelle des archi-
« vistes bibliothécaires. »
« J'ai lu attentivement le projet de M. Deville et le rapport de
M. Simyan (1903), et j'avoue que je n'ai pas réussi à découvrir en quoi
pourrait bien consister la « réorganisation » annoncée. M. Simyan dit
bien qu'il n'est pas une institution quelconque « dont on puisse pré-
« tendre qu'elle échappe aux lois nécessaires de l'évolution, » et cet
CHRONIQUE ET MELANGES. 307
axiome, que personne ne contestera, se vérifie à l'école en question,
dont l'enseignement a subi de profondes modifications, à plusieurs
reprises, depuis sa création en 1821. Mais ni M. Simyan ni M. Deville
ne disent sur quels points devrait porter la réorganisation qu'ils ont en
vue, quelles modifications devraient être apportées à l'organisation
actuelle. Bien plus, M. Simyan reconnaît que « les cours relatifs à
« l'administration des archives et des bibliothèques ont été heureuse-
« ment réorganisés et développés au cours de ces dernières années. »
Alors, qu'y a-t-il à changer? La conclusion, — contre laquelle je ne
voudrais pas m'elever, — n'est guère en rapport avec les prémisses;
elle consiste à dire que les archivistes et les bibliothécaires diplômés
par le gouvernement n'obtiennent pas les emplois auxquels ils ont
droit. « Chose étrange..., ce sont précisément les archives et les biblio-
« thèques de l'État dont les règlements actuels interdisent en fait l'accès
« aux anciens élèves de l'École des chartes. » Fort bien! mais, s'il en
est ainsi, ce sont les règlements qu'il faut réformer, et non l'École.
L'organisation d'une école et l'emploi qu'on peut faire de ses élèves
sont choses absolument distinctes. Il y a, du reste, une certaine exa-
gération à dire que les élèves de l'École sont exclus des archives et des
bibliothèques de l'État. En réalité, le personnel des Archives natio-
nales, jusqu'aux fonctions de directeur exclusivement, est recruté à
l'École des chartes, et la plupart des employés de la Bibliothèque
nationale ont la même origine.
« Je n'en suis pas moins très reconnaissant à MM. Deville et
Simyan de l'intention qu'ils manifestent d'ouvrir de plus larges
débouchés à nos anciens élèves. J'ai voulu seulement montrer qu'il n'y
avait aucune connexion entre ce résultat très désirable et une réforme
quelconque de l'École.
« Si M. Deville n'indique pas, non plus que M. Simyan, sur quels
points devrait porter la réforme, il y a cependant un article dans son
projet de loi dont je ne puis me dispenser de dire un mot : c'est l'ar-
ticle 11 : « L'École nationale des chartes prend le titre d'École natio-
« nale professionnelle des archivistes bibliothécaires. » Je crois que ce
changement, de pure forme, est inutile et par conséquent peu dési-
rable. « École des chartes » est le titre qui a été adopté lors de la
création de l'École, par ordonnance royale, en 1821. Je conviens qu'il
ne définit pas très bien une École où il existe un cours d'archéologie et
oià l'histoire de nos institutions est poussée jusqu'à la Constitution de
l'an Vin. Mais des objections du même genre pourraient être adres-
sées aux dénominations données à bien d'autres écoles. « École des
chartes » est un titre connu depuis plus de quatre-vingts ans. Il y
aurait plus d'inconvénients que d'avantages à le changer. D'autant plus
que le litre proposé : « École nationale professionnelle des archivistes
« bibliothécaires, » est bien long et parait un peu étroit pour un éta-
308 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
blissement, non pas seulement professionnel, mais scientifique, qui ne
forme pas seulement des bibliothécaires et des archivistes, mais qui a
donné à la France des professeurs pour tous les degrés de l'enseigne-
ment et des fonctionnaires d'ordres divers.
« Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes senti-
ments les plus distingués.
« Paul Meyer,
« Membre de l'Institut,
« Directeur de l'École des chartes. »
PHOTOGRAPHIE DES MANUSCRITS DES BIBLIOTHÈQUES
PUBLIQUES.
Dans la séance de la Chambre des députés du 2 février 1904, plu-
sieurs dépuLés, MM. Paul Constans (Allier), AUard, Bouveri, Chau-
vière, Jules Coûtant (Seine), Victor Dejeante, Delory, Jacques Dufour,
Meslier, Piger, Sembat, Thivrier, Edouard Vaillant, Waller, ont déposé
une proposition de loi tendant à ouvrir au ministre de l'Instruction
publique et des Beaux- Arts un crédit spécial de 100,000 francs pour
permettre à l'Académie des inscriptions et belles-lettres de faire pho-
tographier les manuscrits importants déposés dans les grands musées
nationaux.
Nous reproduisons le texte de cette proposition, qui a été renvoyée à
la Commission du budget :
Messieurs,
Les richesses inestimables conservées dans nos musées, des trésors
précieux pour l'histoire et la science sont entièrement exposés à dis-
paraître par suite d'un sinistre toujours possible.
L'incendie récent de la Bibliothèque royale de Turin remet une fois
de plus en relief la nécessité de prendre toutes les mesures susceptibles
de diminuer les risques de destruction définitive qui menace sans cesse
tant de riches monuments de notre gloire nationale.
Sans doute, des précautions sont minutieusement prises pour éviter
les désastres et des gardiens vigilants sont continuellement en éveil ;
mais, malgré tout, un incendie peut se déclarer d'un moment à l'autre.
Il importe donc que nous mettions à profit les moyens capables de
préserver d'une ruine complète les documents, si intéressants pour le
présent, que nous ont transmis les générations du passé.
La photographie nous permet de créer une réserve de reproductions
qui rendrait moins fâcheuse pour nos savants la perte des plus impor-
tants manuscrits originaux recueiUis dans nos principales bibliothèques.
CHRONIQUE ET MELANGES. 309
C'est pour assurer ces reproductions rendues faciles par les progrès
de la photographie que nous vous demandons de voter la proposition de
loi suivante :
Art. l^"". — Il est ouvert au ministre de l'Instruction publique et
des Beaux-Arts un crédit spécial de cent mille^ francs (100,000 francs)
affecté à la reproduction photographique des principaux manuscrits
conservés dans les grands musées nationaux.
Art. 2. — L'Académie des inscriptions et belles-lettres est chargée
de faire exécuter ces reproductions au mieux des intérêts de l'art et de
la science.
LISTE DES NONCES ENVOYES EN FRANCE DE 1524 A 1592.
Il n'existe pas, à notre connaissance, de liste des représentants du
Saint-Siège en France à l'époque des guerres de religion, c'est-à-dire
au moment oii la politique romaine a eu dans notre pays une action si
intéressante et encore si obscure sur beaucoup de points. La liste sui-
vante, due aux obligeantes communications de l'abbé Richard, à la
lecture des travaux méritoires de celui-ci (Pierre d'Épinac, archevêque
de Lyon (1573-1599) (Paris-Lyon, 1901, in-S») ; Gallicans et ultramon-
tains. — Un épisode de la politique pontificale en France après le concile de
Trente (1580-1583), dans Annales*de Sainl-Louis-des-Français, 1897,
t. II, p. 399-486), à l'étude rapide du fonds des Nunziature di Francia,
aux archives du Saint-Siège, dont la publication, sous la direction de
M. Madelin, ancien membre de l'École française de Rome, vient d'être
entreprise pour les Archives ecclésiastiques de la France, à celle des
Indices (en particulier t. G de V Indice alfabelico de Garampi, l'oid., 164),
enfin au dépouillement d'une partie des Miscellanea (en particulier
Arm. /), aux mêmes archives, si riches et qui ont pourtant échappé à
l'abbé Richard, pourra rendre provisoirement quelques services.
Girolarao Aleandro, archevêque de Brindes, oct. 1524-févr. 1525.
Roberto Acciajuoli, ambassadeur florentin, juin 1526-mai 1527.
Cardinal Giovanni Salviati, légat a latere, jusqu'en août 1529.
Cesare Trivulzio, évêque de Côme, jusqu'à
l'entrevue de Marseille, oct. 1529-déc. 1533.
Filippo Strozzi, gentilhomme florentin, jusqu'à la mort de Clé
ment VIL
anv. 1535-avril 1537.
usqu'en juin 1537.
uin 1537-déc. 1540.
usqu'en mai 1541.
usqu'en juin 1543.
Rodolfo Pio da Carpi, évêque de Faenza,
Cesare de' Nobili, intérimaire,
Filiberto Ferrero, évêque d'Ivrée,
Girolamo Dandino, év. d'Imola, intérimaire,
Girolamo Capodiferro, cardinal-dataire,
3^0
CHRO?JIQUË ET MELANGES.
Girolamo Dandino, intérimaire,
Alessandro Guidiccioni, évêque d'Ajaccio,
Girolamo Dandino, évêque d'Imola,
Michèle délia Torre, évêque de Ceneda,
Antonio Trivulzio, évêque de Toulon,
Prospero Santa-Groce, évêque de Ghisarao,
Sebasliano Gualtieri, évêque de Viterbe,
Cesare Brancazzo, protonotaire,
Lorenzo Lenti, évêque de Fermo,
Sebastiano Gualtieri,
Prospero Santa-Groce,
Francesco Beltramini, évêque de Terracine,
Michèle délia Torre,
Fabio-Mirto Frangipani, évêque de Gajazzo,
Anton-Maria Salviati, évêque in partibus,
Anselmo Dandino, protonotaire,
Gian-Battista Gastelli, évêque de Rimini,
Girolamo Ragazzoni, évêque de Bergame,
Frangipani, archevêque de Nazareth,
Francesco Morosini, évêque de Brescia,
cardinal-légat a latere,
Enrico Gaetano, cardinal-légat a latere,
Filippo Seza, évêque de Plaisance,._vice-légat
auprès de la Ligue, après le départ de Gaetano,
cardinal-légat a latere,
La nonciature n'est rétablie qu'en 1598. — G
jusqu'en mai 1544.
mai 1544-juill. 1546.
juin. 1546-oct. 1547.
oct. 1547-juill. 1550.
juin. 1550-aoùt 1551.
juin. 1552-mai 1554.
mai 1554-oct. 1556.
oct. 1556-juin. 1557.
juin. 1557-juin 1560.
juin 1560-oct. 1561.
oct. 1561-oct. 1565.
oct. 1565-avril 1566.
avril 1566-aoùt 1568.
aoùtl568-juill. 1572.
juin. 1572-avril 1578.
avril 1578-mai 1581.
f 27 août 1583.
nov. 1583-aoùt 1586.
f début 1587.
mars 1587;
15juill.l588-mail589.
oct. 1589-sept. 1590.
mai 1592-mars 1594.
B.
ROULEAU MORTUAIRE DE L'ANNÉE 1231.
La bibnothèque de la Société archéologique d'Eure-et-Loir vient de
recueilUr quelques débris du rouleau mortuaire de Gui, abbé de Saint-
Père de Ghartres, décédé en 1231. Il y a une vingtaine de titres qui ont
été écrits, de décembre 1231 à la fin de juillet 1232, dans difiérentes
églises des diocèses de Rouen, du Mans, d'Orléans et de Bourges.
(Gommunication de M. l'abbé Langlois, de Chartres.)
LETTRE DE SAINT LOUIS EXPÉDIÉE PAR GUILLAUME
DE CHARTRES.
Le volume que M. F. de Mély vient de faire paraître, sous le titre de
Exuviz sacra; Conslantinopolitanx : la Croix des premiers croisés, — la
CHROMQUE ET MÉLANGES. 3^-1
Sainte lance, — la Sainte couronne*, est la continuation des deux
volumes des Exuviw sacras Constantinopolitanx que le comte Riant a
publiés en 1877 et en 1878. Au milieu des très curieux documents ras-
semblés par M. de Mély, je trouve (à la page 312) le fac-similé d'une
lettre de saint Louis dont le texte avait déjà été donné par le comte
Riant 2, mais avec une petite imperfection, que le fac-similé de M. de
Mély nous met à même de faire disparaître. La lettre est conçue dans
les termes suivants :
Ludovicus, Dci gralia Fi"a,ijcuruiii l'ex, dilccLo cl iidcii suu (Jui-
doni, episcopo Glaromontensi, saiutem et dileclionem.
Preclaris exenniis vos et ecclesiam veslram decorare volentes, in
cruce aurea, ornata lapidibus, bas preciosas reliquias, videlicet de
cruce Domini portionem unam, de corona Domini spinam unam, de
sudario, de veste purpurea, de pannis infaiicie Domini Salvaloris, de
linlheo quo precincLus fulL in Oena, et cum istis de ossibus béate
Marie Magdalene, vobis Lransmittimus, cum presentium tesUmonio
liUerarum, vos roganles attente ut eas reverenter et honorifice con-
servare curetis, et pro nobis Altissimum exorare, et orationeset suf-
fragia in plis locis procurare devota.
Actum Parisius, die lune post nativitatem Domini, anno ejusdem
M. GG. sexagesimo nono.
Per fratrem G[uillelmum] de Carnoto.
1. Paris, E. Leroux, 1904, in-8°.
2. T. II, p. 159.
.,^,
3^2 CBRONIQCE ET MELANGES.
Les mots per fratrem Guillelmum de Carnoto ont été tracés sur la
languette de parchemin qu'on avait découpée au bas de la pièce pour y
apposer le sceau royal. Ces deux mots nous apprennent que frère Guil-
laume de Chartres était autorisé par saint Louis à présenter au chan-
celier des lettres écrites au nom du roi et à les lui faire sceller du sceau
royal.
Ce frère Guillaume de Chartres est incontestablement le dominicain
qui fut attaché à la personne de saint Louis; il est bien connu pour
avoir écrit la vie de ce prince, qui devait servir de complément à l'ou-
vrage de Geoffroi de Beaulieu. Il n'est guère douteux que ce religieux
ait rédigé lui-même la lettre à l'évêque de Glermont. On peut aussi lui
attribuer d'autres lettres dressées sur un formulaire analogue et rela-
tives, comme celle-ci, à l'envoi de rehques d'épines de la sainte cou-
ronne.
Grâce à la publication de M. de Mély, nous pouvons donc ajouter un
détail à ce que nous savions de la vie de Guillaume de Chartres. Mais
ce qui doit encore plus nous intéresser, c'est que la note per fratrem
Goillelmum de Carnoto, inscrite au bas de la lettre, nous autorise à
modifier les idées jusqu'ici reçues sur un point de diplomatique. Giry,
dans son Manuel de diplomatique (p. 761), a résumé, dans une phrase,
les observations auxquelles avait donné lieu l'examen des signatures et
notes diverses écrites au bas des actes royaux de la dynastie capé-
tienne :
« C'est à partir du règne de Philippe le Bel qu'apparaissent au bas
« des actes royaux, sur le repli, quand il y en a un, les mentions
« accessoires. »
Maintenant, il est évident que cet usage existait déjà à la fin du
règne de saint Louis.
Je puis d'ailleurs citer un autre exemple du même usage, apparte-
nant au règne de Philippe le Hardi.
Il existe dans les archives de Chantilly' l'original d'une charte accor-
dée, au mois de septembre 1282, par Philippe le Hardi à Mathieu, sire
de Montmorency; sur le repli de l'acte, le notaire a ainsi indiqué les
fonctionnaires d'après les instructions desquels la charte était expédiée :
PER JOHANNEM POUGIN, — ET PREPOSITUM PaRISIE.NSE.M.
Les lecteurs de la Bibliothèque de l'École des chartes sauront gré à
M. de Mély de la communication du cliché sur lequel se voit très net-
tement notée l'intervention de Guillaume de Chartres.
L. D.
l. Carton BA. 3.
CHRONIQUE ET MELANGES. 313
— Le bon à tirer de ce fascicule était remis à l'imprimeur quand
nous avons eu la douleur de nous voir enlevé l'un de nos plus anciens
confrères, l'un de ceux dont les travaux ont fait le plus d'tionneur à
notre École. M. Anatole de Barthélémy est décédé à Ville-d'Avray, le
27 juin 1904, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
MORT DE M. ANATOLE DE BARTHELEMY.
De toutes les Compagnies savantes dont M. Anatole de Barthélémy
faisait partie, la Société de l'École des chartes est celle qui a tenu la
plus grande place dans sa vie. Aux obsèques, qui ont eu lieu le 30 juin,
les services qu'il nous a rendus pendant sa longue carrière et les
ineffables rapports qu'il a entretenus avec tous les membres de notre
association, vieux et jeunes, auraient été rappelés par notre président,
si notre très regrette confrère et ami, par un excès de modestie, n'avait
pas interdit que des discours fussent prononcés dans cette triste céré-
monie.
Les présidents de plusieurs autres Sociétés ou Commissions (Acadé-
mie des inscriptions. Société des Antiquaires de France, Société de
l'Histoire de France, Section d'histoire du Comité des travaux histo-
riques) ont déjà eu l'occasion de rendre hommage à la mémoire du con-
frère ou collègue qu'ils ont perdu. Nous insérons ici leurs discours :
M. GoLLiGNON. (Séance de l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
le 1" juillet 1904.)
« Messieurs,
« Près de la moitié de cette année s'était écoulée sans que nous eus-
sions un deuil à déplorer. Il nous était permis d'en concevoir d'heu-
reuses espérances quand la mort est venue presque soudainement
frapper dans nos rangs et nous enlever le confrère auquel nous rendions
hier les derniers devoirs. Il y a peu de temps, Anatole de Barthélémy
était encore parmi nous. Il siégeait naguère à la Commission des
Antiquités de la France, et, bien qu'atteint déjà d'un mal qui ne devait
pas pardonner, il avait conservé l'aménité souriante qui faisait le
charme de son commerce. A le voir si alerte d'esprit, on pouvait croire
qu'il nous serait rendu. Il a succombé, le 27 juin, dans sa résidence
d'été de Ville-d'Avray. Notre confrère a voulu qu'aucun discours ne
fût prononcé sur sa tombe; mais je suis assuré d'être l'interprète des
sentiments de l'Académie en exprimant ici, dans ces quelques mots, dont
vous excuserez l'insuffisance, les profonds regrets qu'il nous laisse.
« M. de Barthélémy appartenait à notre Compagnie depuis 1887.
Ancien élève de l'École des chartes, de la promotion de 1843, il était
3^4 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
entré dans l'administration en qualité de secrétaire général de la pré-
fecture des Côtes-du-Nord, puis de sous-préfet. Mais l'enseignement
reçu à l'École des chartes avait éveillé sa véritable vocation, qui était
celle d'un historien et d'un antiquaire. Conduit en Bretagne par ses
fonctions, il occupa ses loisirs à étudier les monuments, l'histoire, les
légendes religieuses du pays, et c'est pendant ce séjour qu'il réunit les
éléments d'un important travail sur les Évêchés de Bretagne, publié avec
le concours de M. Geslin de Bourgogne. Quand fut créée la Commission
de topographie des Gaules, il y trouva sa place, en devint le secrétaire
et prit une part considérable à ses travaux à côté des maîtres de l'ar-
chéologie nationale, les Saulcy, les Longpérier, les Maury, les Robert,
qu'il ne devait pas tarder à égaler. Dès ce moment, il était devenu déjà
ce que nous l'avons connu, le savant le plus curieux et le mieux
informé des découvertes archéologiques faites en France et l'un des
promoteurs les plus actifs du mouvement de recherches qui a renou-
velé l'étude de nos antiquités nationales. L'époque gauloise, les temps
romains, la période raéroviûgienne lui étaient également familiers. Sa
curiosité s'attachait à tout ce qui intéresse le passé de la France, et il
n'est pas jusqu'à la science héraldique oii il ne fût passé maître. Au
fond du cœur, il gardait une prédilection iutime pour sa chère province
de Champagne, d'où il était originaire, et qu'il a dotée d'une excellente
revue, la Revue de Champagne, dont il a été l'initiateur et le soutien le
plus dévoué.
« C'est surtout dans le domaine de la numismatique que notre con-
frère s'était acquis la plus légitime autorité. En 1851 et en 1854, il avait
publié, dans la collection de V Encyclopédie Roret, deux manuels de
numismatique, l'un pour l'antiquité classique, l'autre pour le moyen
âge et les temps modernes. Ce dernier était vraiment une œuvre toute
nouvelle, car c'était la première fois que l'on tentait en ces matières, et
avec un plein succès, des classements généraux et méthodiques. Est-il
besoin de rappeler que ces ouvrages ont, pendant cinquante ans, servi
à l'éducation de tous les amateurs de monnaies et de tous les débu-
tants? A côté de ces ouvrages généraux, notre confrère a publié, sur la
numismatique, une longue série de mémoires, oij il a donné la mesure
de ses rares qualités critiques. Ses amis pouvaient trouver sa prudence
excessive; mais elle n'était que la juste et légitime défiance des hypo-
thèses hasardeuses auxquelles notre confrère entendait substituer des
notions sûres et précises. C'était bien là le caractère distinctif et origi-
nal de son tour d'esprit. Il est le premier qui ait engagé dans la voie
scientifique l'étude de la numismatique gauloise en combattant sans
merci les interprétations chimériques. Sur ce terrain d'élection de ses
études favorites, il a vraiment créé la science.
« Je ne saurais rappeler ici tous les travaux dans lesquels notre con-
frère s'est prodigué. Il a collaboré assidûment à tous les recueils d'éru-
CHRONIQUE ET Ml^LANGES. 3ih
dition et en particulier à la Revue numismatique, dont il était le direc-
teur. Il a donné de nombreux ouvrages ou mémoires, parmi lesquels je
citerai : les Temps antiques de la Gaule; les Assemblées nationales dans
les Gaules avant et après la conquête romaine; le Temple d'Auguste et la
nationalité gauloise; les Origines de la maison de France. Permettez-moi
de lui emprunter à lui-même la définition de son- genre d'activité.
Répondant aux hommages de ses confrères de la Société des Anti-
quaires de France, qui, en 1900, fêtaient le cinquante-huitième anni-
versaire de son élection, il disait avec une spirituelle modestie : « J'ai
« brossé et déchiffré un grand nombre de vieilles monnaies; j'ai déroulé
« et transcrit une foule de parchemins; j'ai recueilli une masse de notes
« dont je n'aurai jamais le temps de me servir, mais qui peuvent et
« pourront être utilisées par mes amis et mes confrères plus jeunes que
0 moi; j'ai publié nombre de notices, de mémoires, de brochures épar-
« pillées partout, mais je n'ai pu faire ce que l'on appelle un gros
« volume; voilà d'où vient la confusion dont je vous ai fait l'aveu. » Il
y a bien des manières de servir la science. M. de Barthélémy a appli-
qué la sienne, qui n'était pas de lui consacrer « un gros volume, » mais
de se donner à elle tout entier dans de multiples tâches. 11 a souvent
apporté ici même de ces mémoires érudits et originaux où il excellait.
Les sociétés savantes dont il était membre n'avaient pas de colla-
borateurs plus actifs. Au Comité des travaux historiques, à la Société
des Antiquaires de France, à la Société numismatique, à la Société de
l'Histoire de France, il se dépensait sans compter. De toutes les régions
de la province, on faisait appel à son obligeance inépuisable, et il suf-
fisait à tout, aidant et encourageant les jeunes gens, suscitant les
vocations, ne reculant devant aucune de ces besognes qui paraissent
ingrates en apparence, mais qui donnent à ceux qui savent les accep-
ter l'autorité la plus enviable, celle que confèrent l'importance et la
continuité des services rendus avec le dévouement le plus désintéressé.
« Vous me pardonnerez si je laisse à d'autres, plus compétents que
moi, le soin de rappeler, comme il le conviendrait, l'œuvre scientifique
de M. de Barthélémy. Aussi bien, au lendemain de ses funérailles, le
souvenir qui s'impose avec le plus de force est celui de ses rares quali-
tés d'esprit et de caractère. Nous regrettons en lui le confrère dont la
parfaite courtoisie, la distinction aisée, la bonne grâce aiguisée de
finesse attiraient la sympathie. A l'approcher de plus près, on appre-
nait bien vite que ces dehors séduisants, cet enjouement où perçait
parfois la pointe de l'esprit gaulois, recouvraient un fond de grande
bonté et d'exquise bienveillance. Et c'était une bonté charmante, car
elle était à la fois discrète, active et spirituelle. Sa modestie n'a pas
voulu d'autre hommage que le deuil de ses amis. Il me sera permis de
rendre ici, au nom de ses confrères, un hommage d'affection à l'homme
aimable et savant dont le caractère accompli réunissait les qualités les
3i6 CeRONIQUE ET ME'lANGES.
plus solides et les plus attrayantes, celles-là même qui sont comme
l'apanage de ce pays de France à l'histoire duquel il avait voué toute
sa vie. »
M. LE COMTE Paul Durrieu. (Séance de la Société nationale
des Antiquaires de France, le 29 juin 1904.)
« La mort de M. Anatole de Barthélémy laissera de profonds et una-
nimes regrets dans tous les corps auxquels appartenait notre, éminent
confrère, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à l'Ecole des
chartes, qui vénérait en lui le représentant de ses anciens âges, à la
Société de secours des anciens élèves de cette École, pour qui il rem-
plissait avec le zèle le plus charitable les fonctions de trésorier, au
Comité des Travaux historiques et scientifiques, aux divers Conseils de
Sociétés savantes qui s'honoraient de profiter de son concours; mais,
nulle part, sa perte ne sera plus douloureusement ressentie que dans
notre Société des Antiquaires de France.
« M. de Barthélémy, inscrit, par ordre d'ancienneté, le premier sur
nos listes, depuis plusieurs années déjà, était pour nous comme une
sorte d'aïeul, aussi aimé que respecté, dépositaire de nos traditions et
en qui s'incarnaient les exemples que nous avions à suivre.
« Par un privilège unique dans nos annales, il avait atteint et
dépassé le terme de son jubilé de diamants à l'égard de notre Compa-
gnie. Nous avions eu la joie de pouvoir fêter le cinquantième, puis le
soixantième anniversaire de sa première élection comme membre rési-
dant, effectuée le 9 mai 1842. Toutes les distinctions dont nous dispo-
sons lui avaient été successivement conférées. Président pour l'an-
née 1867, il fut élu, en dernier lieu, membre honoraire le 7 juin 1882.
« De son côté, M. de Barthélémy répondit à la haute estime et à
l'affection de ses confrères par le dévouement le plus absolu à la
Société des Antiquaires. Nos Bulletins conservent les preuves de tout
ce que nous avons dû à son inlassable activité.
« Cette activité s'est maintenue sans relâche jusqu'au dernier jour.
Pour M. de Barthélémy, l'élection à l'honorariat ne fut nullement le
signal du repos. En dehors de ses labeurs personnels, il avait assumé
la tâche, importante et délicate, de diriger la publication de notre série
des Mémoires, et la mort seule a pu l'arracher à l'accomplissement de
cette mission, à laquelle il apportait tous ses soins.
« De quelles qualités de cœur, de quelle exquise finesse d'esprit s'ac-
compagnaient chez notre vénéré doyen la science et l'ardeur au tra-
vail 1 Je n'ai pas besoin de vous le dire. A nous tous, sans exception,
puisqu'il nous avait tous précédés, il avait pu souhaiter la bienvenue
parmi les antiquaires de France. Et il n'est pas un de nous qui ne soit
resté sous le charme de son accueil si courtois, de sa grâce parfaite, de
CHRONIQUE ET MELAIVGES. 3-17
son empressement à vous rendre service ou de son désir de vous être
agréable. Il n'était pas jusqu'à la distinction de toute sa personne, jus-
qu'au caractère séduisant de ses traits qui ne contribuassent à inspirer
irrésistiblement la considération et la sympathie.
« M. de Barthélémy était resté si ferme d'allures, son intelligence
avait si bien conservé sa netteté et sa puissance que nous étions portés
à oublier que, dans quelques jours, notre doyen allait entrer dans
sa quatre-vingt-quatrième année. L'annonce de sa mort nous a saisis
comme un événement imprévu. Mais, M. de Barthélémy, lui, ne s'est
pas laissé surprendre par le trépas. Chez notre cher confrère, le chré-
tien était à la hauteur de l'érudit et du parfait galant homme. Il a pu
s'endormir avec confiance dans le sein de Dieu, car sa conscience lui
rendait témoignage de toute une vie consacrée uniquement au culte de
la vérité, au dévouement envers les autres et à la pratique de la
charité.
« Sa perte fait couler bien des larmes ! Je suis certain de répondre à
l'avance à votre sentiment en vous proposant de transmettre à M.'°^ de
Barthélémy, sa veuve, à M. le comte Jehan de Barthélémy, son fils,
l'expression de notre plus profonde condoléance. La Société des Anti-
quaires de France, nous leur en donnons l'assurance, n'oubliera jamais
qu'avec M. de Barthélémy a disparu un de ses membres qui l'ont
honorée le plus grandement, qui l'ont servie le mieux par son zèle et
qui ont mérité le plus justement tout notre respect et tout notre atta-
chement. »
[Sur la proposition du président, par une dérogation expresse aux
traditions constantes de la Société des Antiquaires et pour rendre uu
hommage exceptionnel à la mémoire de M. de Barthélémy, la séance
est levée en signe de deuil.]
M. H. Omont. (Séance de la Société de l'histoire de France,
le 5 juillet 1904.)
« Depuis notre dernière réunion, la Société a fait une perte particu-
lièrement sensible en la personne d'un confrère qui nous laissera à tous
d'unanimes regrets.
« M. Anatole de Barthélémy, décédé le 27 juin dernier, à l'âge de
quatre-vingt-trois ans, dans sa maison de campagne de Ville-d'Avray,
était entré dans nos rangs, il y a près de quarante ans, le 7 février
1865 ; membre du Conseil en 1868, président de la Société en 1882, lors
des fêtes de notre Cinquantenaire, il n'avait cessé depuis lors d'appar-
tenir au Comité de publication et de nous faire profiter de ses conseils
et de sa longue expérience.
« Séduit de bonne heure par l'attrait des études historiques etarchéo-
3^8 CHRONIQUE ET MELANGES.
logiques, Anatole de Barthélémy, qui était né à Reims le l^"" juillet
1821, suivit les cours de l'École des chartes, dont il fut nommé élève
pensionnaire en 1842; la même année, il devenait membre de la
Société des Antiquaires de France. Il aura été le dernier survivant de
ces anciens élèves pensionnaires nommés sous le régime de l'Ordon-
nance de 1829 et assimilés aux archivistes paléographes, comme il était
aussi depuis longtemps le doyen respecté de la Société des Antiquaires.
(( Cependant, quelqu'atlrait qu'eussent pour lui les travaux d'érudi-
tion, il ne tarda pas à accepter des fonctions administratives, qui le
retinrent pendant plusieurs années éloigné de Paris. C'est ainsi qu'il
fut successivement conseiller de préfecture et secrétaire général des
Gôtes-du-Nord, puis sous-préfet de BelFort et enfin de Neufchàtel-en-
Bray. Ses devoirs administratifs ne Tahsorbèrent pas toutefois au point
de ne lui laisser aucun loisir. 11 semble tout au contraire que son pas-
sage dans la carrière préfectorale ait fourni un aliment nouveau à ses
goûts pour l'histoire et l'archéologie, et, si la Champagne devait garder
jusqu'à ses derniers jours une place d'élection dans son cœur, la
Bretagne, témoin de ses débuts administratifs, lui devint en quelque
sorte une seconde province natale.
« La liste est longue des ouvrages, des brochures, des articles épars
dans différentes revues qu'il a consacrés à l'histoire de Bretagne et en
particulier du département des Côtes-du-Nord. Il suffira de rappeler
devant vous les principaux, en suivant l'ordre des dates de leur publi-
cation : Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne (1854-
1858) ; Anciens évêchés de Bretagne; diocèse de Saint-Brieuc (6 vol., 1855-
1879), en collaboration avec M. Geslin de Bourgogne; Études sur la
Révolution en Bretagne, principalement dans les Côtes-du-Nord (1858), en
collaboration avec le même; Choix de documents inédits sur l'histoire de
la Ligue en Bretagne (1880), etc.
« De bonne heure aussi, il avait été préoccupé partout ce qui touche
à l'histoire et aux origines de la noblesse, et c'est à cet ordre d'études
qu'on doit les différentes dissertations qu'il fit successivement paraître
sur V Aristocratie au IIX^ siècle (1859) ; Recherches sur la noblesse mater-
nelle (1861) ; De la qualification de chevalier (1868) ; Étude sur les lettres
d'anoblissement (1869) ; les Origines de la maison de France (1873), etc.
« Mais c'est comme numismaliste que l'activité scientifique d'Ana-
tole de Barthélémy aura été la plus féconde. Dès 1848, il avait publié
un Essai sur les monnaies des ducs de Bourgogne; en 1851 et 1853, il fai-
sait paraître, dans la collection des Manuels Roret, son Nouveau manuel
de numismatique ancienne, du moyen âge et moderne, deux petits
volumes qui, pendant plus d'un demi-siècle, auront été dans toutes les
mains, guidé des milliers de débutants et beaucoup plus fait que de
gros ouvrages pour propager et développer chez nous le goût de cette
science auxiliaire de l'histoire. Trop nombreux, pour que je puisse les
CHRONIQUE ET MELANGES. 3^9
énumérer devant vous, sont les articles sur les questions numisma-
tiques les plus diverses qu'il a donnés à la Revue archéologique, à la
Revue numismatique, au Bulletin de la Société des Antiquaires, etc. Il
suffira de vous rappeler seulement les instructions qu'il a publiées, en
1891, au nom du Comité des travaux historiques, sur la Numismatique
de la France : époques gauloise, gallo-'romaine et mérovingienne; l'Essai
sur la monnaie parisis, qu'il a donné en 1875 aux Mémoires de la
Société de l'Histoire de Paris, et enfin sa Note sur l'origine de la mon-
naie tournois, imprimée en 1896 dans les Mémoires de l'Académie des
inscriptions.
« Les différents corps savants, Commissions et Sociétés, auxquels
notre regretté confrère a appartenu, garderont longtemps le souvenir de
sa collaboration active et féconde : l'Académie des inscriptions, à
laquelle il appartenait depuis 1887 ; le Comité des travaux historiques,
dans lequel il faisait partie des trois sections d'histoire et philologie,
d'archéologie et de géographie historique; les Sociétés de l'École des
chartes, des Antiquaires de France, de l'Histoire de Paris, etc., qu'il
avait successivement présidées jadis.
« Après cette trop rapide revue des principales œuvres de l'historien
et du numismatiste, il resterait à vous entretenir encore de l'homme,
accueillant, simple et bon, si tous, ou presque tous, ici nous n'avions
été personnellement à même d'apprécier ses rares qualités d'esprit et de
cœur, et si ce n'était aller en quelque sorte contre les volontés dernières
de ce galant homme et de cet homme de bien, dont la mémoire nous
restera toujours chère, »
M. Léopold Delisle. (Séance de la Section d'histoire du Comité des
travaux historiques, 5 juillet 1904.)
« J'accomplis un bien triste devoir en annonçant aujourd'hui la mort
d'un de nos confrères et amis, Anatole de Barthélémy, décédé à Ville-
d'Avray le 27 juin, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. C'était l'un des
plus anciens membres de notre Comité; il y était entré en 1861, et
depuis la dernière organisation il y siégeait dans trois sections : his-
toire et philologie, archéologie et géographie historique. A toutes les
trois, il a rendu de signalés services, en les faisant profiter de ses con-
naissances approfondies sur les matières les plus diverses : antiquités
de la Gaule, numismatique, blason, diplomatique, institutions du moyen
âge, histoire de plusieurs de nos provinces, notamment la Bretagne et
la Champagne. En dehors d'œuvres de longue haleine, comme ses
recherches sur l'évêché de Saint-Brieuc, c'est par centaines qu'il faut
compter les mémoires et les articles plus ou moins étendus qu'il a dis-
séminés dans divers recueils de Paris et de la province et qui tous.
320 CHRONIQUE ET MÉLANGES,
sans exception, sont marqués au coin de la plus saine critique et d'une
très fine sagacité.
« Les abondants matériaux qu'il a patiemment tirés des musées, des
bibliothèques et des archives l'ont mis à même de traiter avec origina-
lité des questions controversées et de résoudre des problèmes très com-
pliqués. La part qu'il avait prise aux travaux de la Commission de la
carte des Gaules, et en particulier à la classification des monnaies gau-
loises, lui ouvrit en 1887 les portes de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres. L'énumération des services qu'il a rendus à nos études
ne serait pas ici à sa place; mais ce que je ne saurais passer sous
silence, c'est le dévouement et la bonne grâce qu'il mettait à remplir
toutes les tâches dont notre Comité le chargeait; il y a eu bien peu de
séances dans lesquelles il ne nous ait apporté des rapports conscien-
cieusement préparés sur des documents envoyés par nos correspon-
dants, sur des projets de publication, sur des livres soumis à notre
examen. 11 connaissait de vieille date la plupart de nos grandes sociétés
historiques et archéologiques; il suivait attentivement leurs travaux,
s'intéressait à leurs découvertes et se faisait un plaisir de les aider de
ses conseils et de son expérience. Sa honte et son obligeance n'avaient
pas de bornes. Beaucoup d'entre nous l'ont maintes fois éprouvé. La
Section d'histoire et de philologie du Comité des travaux historiques
conservera pieusement le souvenir de cet aimable et excellent collègue. »
ANTOINE DE LA SALLE
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE
ET SES
RELATIONS AVEC LA MAISON D'ANJOU ^
APPENDICES.
I. StIR UiV MANUSCRIT AYANT APPARTENU A AnTOINE DE LA SaLLE.
J'ai signalé ci-dessus que la devise et le nom gravés par Antoine
de la Salle, sur les parois de la grotte de la reine Sibylle, se retrou-
vaient sur un volume que la bibliothèque de Garpentras possède
aujourd'hui sous le n** 38 de ses manuscrits. Le contenu de ce livre,
écrit vers le milieu du xiv^ siècle^, n'a par lui-même rien de bien
intéressant. Ce sont deux traités bien connus de Gassiodore, publiés
dans ses œuvres : les Variarum libri duodecim et le Tractatus de
Anima.
Les feuillets de garde de ce manuscrit^ portent, par contre, un
certain nombre d'annotations qui sont le fait des divers possesseurs
et donnent en partie leurs noms. Ainsi, en regard de la première
1. Voir plus haut, p. 55.
2. El non au xv% comme il a été imprimé par erreur dans le Catalogue des
manuscrits de cette même Bibliothèque.
3. Sans compter une feuille de parchemin jadis collée sur le plat de la
reliure, ce manuscrit possède au commencement quatre feuillets de garde en
papier (seules la première et la dernière pages sont écrites); à la fin, égale-
ment quatre feuillets en papier. Sur ces huit dernières pages, la 1" porte des
annotations, devises, signatures ; les 2° et 3°, des notes se rapportant au Gas-
siodore; les 4° et 5» sont blanches; les 6% 7' et 8' portent encore des notes et
des noms.
^904 21
322 ANTOINE DE LA SALLE.
page du Gassiodore, Antoine de la Salle, d'une belle et haute écriture
gothique, dont le fac-similé est ci-contre, a porté ces mots :
ccx {boucle)
il conuient
la sale.
Les caractères « ccx » et la boucle dessinée au-dessus de « il con-
vient », se trouvent aussi dans le manuscrit de Bruxelles (n° ^82^0-
'IS), qui donne le récit de l'excursion à la grotte de la reine Sibylle,
mais les « ce » sont transformés en « ee », peut-être par une erreur
de copiste. Ils me font tout l'effet d'être un rébus.
Au-dessous de la signature de La Salle, dans le manuscrit de
Garpentras, une main, que je croirais différente, a écrit :
K (sic?) son vouloir
Doubz m'est amer.
Il n'est pas utile de transcrire ici toutes les notes des anciens pos-
sesseurs; il en est cependant quelques-unes qui méritent d'être
relevées : telles, au premier feuillet de garde du commencement, les
signatures de Nicolas de Lenoncourt, qui semblent bien être du
xiv^ siècle. Dans la généalogie de la famille de Lenoncourt, un seul
Nicolas est signalé pour cette époque; par malheur, on n'a sur lui
que peu de renseignements; on l'a rencontré seulement en -1344. Il
était le fils de Gérard II de Nancy, seigneur de Lenoncourt \ et le
frère de Thierry II de Lenoncourt, Sur ce même feuillet, on lit
encore, en caractères grecs, la devise Becordete, d'un possesseur
dont on verra le nom plus loin-, un commencement d'adresse :
tt A ma très onorea dama lia reina de », écrite au début du xv^ siècle,
enfin un rébus : « Tout est : n : V : », puis un fleuron, le tout
au-dessus d'un vase de fleurs.
A la fin du traité De anima de Gassiodore, une main de la fin du
xrv« siècle a écrit après des louanges à la Trinité en cinq vers latins
rimes :
Vierges doulce et plesant et de très bon aire,
Enseignés moy doulcement seu que je doy faire
Et mon povre cuer retrayre.
1. P. Anselme, Histoire généalogique de la maison royale de France, t. II,
p. 54 et 65; La Chenaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la noblesse, t. XI,
col. 860.
/
NOUVEAUX DOCUMENTS SDR SA VIE. 323
Plus tard, peut-être la même personne a inscrit à la suite :
Et mètre (sic?) dame a vos
Et a votre filh tant fayre
Que an 11 je soy tout jorns.
Le feuillet de garde, en regard de la dernière page du manuscrit,
présente ces vers de moralité (début du xv* siècle) qui convenaient
bien au précepteur du duc de Gaiabre :
Parle qui veult : faites votre devoir
Et faites bien, sens de nulh mesdire;
Car à la fin, vous affie pour voir,
L'on ne pourra sur vous aulcun mal dire.
Et, au bas de la page, cette flère pensée (milieu du xv^ siècle) :
a Non bene pro toto libertas venditur auro. »
Outre cela, on rencontre quelques signatures : « Antonet Ter-
mentse, « après « Viva lo rey, « peut-être le même qui projetait
l'adresse à la reine mentionnée ci-dessus-, puis « Pero d'Ëygueras »,
un provençal, qui a encore écrit : « Anno Domini miilesimo GGGG
sismo [sic] die mensis marii [sic] got [sic] ego Petrus de Agueria. »
Ce Pierre d'Eyguières n'est pas connu par ailleurs, et c'est en vain
que j'ai essayé de Tidentifier. Enfin, un possesseur ultérieur, qui se
piquait de savoir le grec et écrivait des phrases latines ou françaises
en caractères de cette langue, a porté sa devise « A tout » et sa signa-
ture a Arnaut; » plus loin : « \.-q6ep y.aatoBwpt... Apva6§i Ss <sé]xQ. »
Les deux pages suivantes (2 et 3) constituent une espèce de réper-
toire pour le Gassiodore; les deux autres (4 et 5) sont blanches,
comme je l'ai déjà indiqué-, sur une sixième, la même personne, qui
a écrit les vers signalés à la fin du Gassiodore, a reporté ceux-ci :
Avoir d'autruy null n'enrechist;
Doner pour Dieu null n'enprovist;
Messe oir ne destourbe home;
Mes lavance (sic pour l'avarice?) c'est la some.
Sur le recto du dernier feuillet sont quelques caractères gothiques,
sans aucun sens, qui peuvent très bien être de la main d'Antoine de
la Salle. Au verso se présentent plusieurs phrases écrites, soit à la
fin du XIV* siècle, soit plutôt au début du xv^ J'en détache celle-ci :
Ce sont amours que ne me leissent
Une suite pleisance avoir
Et que me font pourter le noir
Quant lez aultrez sont en liesse.
324 ANTOINE DE LA SALLE.
Au bas delà page, nouvelle signature du xv^ siècle : « Ita est. Arnau-
dus de Villa nova. » Rien de commun avec l'Arnaud de Villeneuve,
médecin du pape Clément V; il n'est pas besoin de le faire remarquer.
Somme toute, il ne serait pas très facile d'établir Tordre des pos-
sesseurs du manuscrit de Garpenlras. Il semble bien, cependant,
qu'un des premiers est le Lorrain Nicolas de Lenoncourt; le second
pourrait être Antoinet « Termenlse » et le troisième le Provençal
Pierre d'Eyguières. Ce serait de celui-ci ou de ses héritiers qu'An-
toine de la Salle l'aurait obtenu.
II. Sdr le tableau donné par Antoine de la Salle
A l'église de Ligny-en-Barrois.
Grâce à l'obligeance de M. Léon-Germain de Maidy, mon confrère
à la Société française d'archéologie, j'ai pu avoir sur le tableau de
Notre-Dame-des-Vertus, donné par Antoine de la Salle à l'église de
Ligny le 2 février -1459 (v. st.)\ les renseignements qui me man-
quaient lors de la publication de la première partie de cet article.
Le chanoine Souhaut^ a même rapporté^ le récit qu'un certain
Melchior [Destre?] aurait rédigé à ce sujet en -I5SI. Comme ce der-
nier auteur paraît avoir eu sous les yeux et résumé l'acte authen-
tique du contrat passé en cette occasion par Antoine de la Salle et sa
femme avec le chapitre de Ligny, je transcris fidèlement les passages
qui intéressent ici :
« En cette église, devant le grand autel a la main senestre, contre
l'un des pilliers, est gardée une image de Notre-Dame faitte par
Mgr S. Luc, donnée a lad. église par noble et honoré escuyer
Antoine de la Sale et damoiselle Lionne, sa femme, étant au service
du très redouté seigneur Louis de Luxembourg, comte de Liney...,
lad. image venue aud. Antoine en la manière qui s'ensuit''...
« Or, il est vray que l'an -1435, Alphonse de Castille, roy d'Ara-
1. Il faut donc corriger en 2 février 1460 (n. st.).
2. Histoire de l'image miraculeuse de Notre-Dame-des-Vertus, honorée en
l'église de Ligny-en-Barrois (Bar-le-Diic, impr. de l'œuvre de Saint-Paul, s. d.
[1901], in-8").
3. P. 19, 20, 28 à 31.
4. Je supprime le passage où il est dit que le pape Urbain IV avait donné
ce tableau à Charles I" d'Anjou, qui y avait fait peindre ses armoiries, et que
sa descendante, Jeanne P% l'avait cédé au monastère des Chartreux, fondé
par elle en l'Ile de Capri.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 325
gon, prétendant avoir droit aud. royaume de Sicille, y fit grande
guerre, a l'occasion de laquelle noble et très honoré escuyer Antoine
de la Sale, natif du comté de Provence et du diocèse d'Avignon, pour
lors serviteur et ayant gouvernement de Mgr duc de Calabre, fut
envoyé en ambassade a Naples, chef lieu dud. royaume, par le vieux
roy de Sicille, arriva en lad. isle de Grappy. Et en lad. église des
Chartreux luy furent par le prieur dud. lieu montré les reliques
d'iceluy lieu et entre les autres lad. image de Notre-Dame. Et pour
ce que lesd. religieux Chartreux lors avoient fort affaire a cause de
lad. guerre envers led. roy René, le prieur de lad. église et aussy le
couvent d'icelle, a la prière et requette dud. Antoine, lui donnèrent
(jaçois ce que non pas sans grande difficulté) lad. image, afin que,
par le moyen dud. Antoine, les besoignes et affaires de lad. religion
fussent aud. seigneur roy René mieux recommandées; laquelle
image Antoine de la Sale honorablement fist porter en sa galère et
avec icelle retourna devers sond. seigneur roy, qui lors estoit de par
deçà, comme dict est^
« Lequel Antoine de la Sale, depuis estant serviteur de notre très
redoubté seigneur et patron Mgr Louis de Luxembourg, comte de
Saint-Pol et de Liney, au service et gouvernement de Nosseigneurs
Jean, Pierre et Antoine de Luxembourg, enfans de notred. seigneur
comte, libéralement et dévotement, et aussi damoiselle Lionne, cel-
lerière de la duché de Bourbonnois, sa femme, donnèrent, en
l'an 1459, le second jour de février, a l'église collégiale de céans,
perpétuellement et a toujours, lad. relique et image de Notre-Dame,
dont dessus est fait mention, afin d'avoir participation en tous les
biens spirituels qu'en icelle église se font et cy après ce feront, pro-
mettant par leur foy et serment non jamais venir, ne faire ou souf-
frir au contraire dud. don. Laquelle participation des biens spirituels
par eux désirée, nous doyen et chapitre de lad. église collégiale de
Liney, en temps [sic] qu'en nous est, leur donnons et octroyons,
priant N.-S., retributeur de tous biens, que auxd. Antoine et
Lionne, sa femme, vueille estre misericorx. Amen 2. »
1. Le chanoine Souhaut rapporte (p. 29), d'après le R. P. Chevreux {Notice
sur Notre- Dame-des- Vertus à Ligny, p. 30), que l'image miraculeuse apaisa
une tempête qui assaillit la galère d'Antoine de la Salle pendant son retour. La
même Vierge, portée en procession, aurait fait ensuite cesser une trop grande
sécheresse qui désolait la Provence.
2. Le chanoine Souhaut donne ensuite (p. 31 à 34), au moyen de notes que
lui a confiées M. Fourier de Bacourt, une biographie assez fautive d'Antoine de
la Salle.
326 ANTOINE DE LA SALLE.
De ce récit, il ressort clairement :
r Que Antoine de la Salle, originaire du comté de Provence et du
diocèse d'Avignon, est bien né entre Tarascon et Saint-Remy, dans
les domaines cédés à son père Bernard par la reine Marie de Blois.
Toute cette région provençale appartenait en efTet à l'ancien diocèse
dWvignon.
2*' Que Lionne de la Sellana de Brusa, femme du littérateur, vivait
encore à cette date du 2 février U60 (n. st.) et qu'elle occupait une
charge auprès du duc de Bourbon.
L'absence de toute mention relative aux enfants des donateurs est,
semble-t-il, assez caractéristique. Si Antoine et sa femme en avaient
eu, n'auraient-ils pas stipulé également pour eux le bénéfice des
prières des chanoines?
Quant au tableau lui-même, il a disparu depuis longtemps. La
description qui en a été faite en -IdS-I ne permet pas de Fidentifier
avec celui qui est vénéré aujourd'hui sous le même litre en l'église
paroissiale de Ligny. Ce dernier est d'ailleurs d'une facture trop
moderne pour remonter même au xv^ siècle-, selon les critiques les
plus autorisés, il ne peut être antérieur au premier quart du
xvi^ et il ne présente aucun caractère italien * .
DOCUMENTS RELATIFS A ANTOINE DE LA SALLE.
I.
Ordonnance du sénéchal de Provence pour la mise à exécution des
lettres patentes octroyées à Pise par le roi Louis II d'Anjou^ le
7 août 140'J, et confirmant à Antoine de la Salle la propriété du
Mas-Blanc et de la tour de Canillac, dont sa mère a la jouissance
viagère (30 septembre -1409).
(Archives des Bouches-du-Rhône, B9, fol. 161.)
Littera regia cum executoria domini Provincie senescalli^ pro
1. Voir à ce sujet L. Maxe-Werly, Examen archéologique d'une miniature
exécutée au XVI" siècle et du tableau représentant Notre- Dame-des-Vertus
de Ligny-en-Barrois (Bar-le-Duc, impr. Contanl-Laguerre, 1895, ia-8°. Extrait
des Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, 3° série,
t. IV).
NODVEACX DOCUMENTS SDR SA VIE. 327
Antoneto de la Sale, cujusdam donacionis cujusdam turris de
Canillat^ sistentis in territorio ville Sancii Remigii, et cujusdam
hereditatis vocale lo Mas Blanc, site in territorio Tharasconis,
posita in presenti archivio^ anno Domini M° Illt nono, die décima
octobris.
Petrus Dacigne, miles, baronie Grimaudi et vallis Frayneli domi-
nus, ac regius comilatuum Provincie et Forcalquerii senescallus,
officialibus curie régie ville Tharasconis, necnon Sancii Remigii,
ceterisque per dictos comitatus constitutis... salutem et dileccionem
sinceram. Quasdam patentes litteras a serenissimo domino nostro
rege, sue raajestalis secreto sigillo cera rubea sigillatas, nos récépissé
noveritis, continentes per omnia hune tenorem :
Ludovicus secundus, Dei gracia rex Jérusalem et Sicihe, ducatus
Apulie dux Andegavie, comitatuum Provincie et Forcalquerii, Geno-
manie et Pedemontis comes, Antoneto de la Sale, scutifero, fideli
nostro dilecto, graciam et bonam voluntatem. Supplicacionibus tuis
factis noviter majestati nostre benignum, actentis serviciis gratis et
acceptis per te nobis fîdeliter prestitis, queve prestas ad presens et
speramus te de bono in melius continuacione laudabili in antea
prestiturum, prebentes assensum, tibi, in aliquale rependium pre-
miorum, turrim de Ganillal, sistentem in territorio ville nostre Sancti
Remigii, necnon quandam hereditatem vocatam la Mas Blanc, sisten-
tentem (sic) in territorio ville nostre Tarasconis, quas tenuit, dum vixit,
quondam Bernardus delà Sale, miles, pater tuus, tenore presencium,
de certa nostra sciencia, confirmamus ad tenendum per te, heredes
et successores tuos, post obitum matris tue, turrim et hereditatem
predictas, cum juribus, juridictionibus, accionibus et pertinenciis
suis omnibus ac hiis modo et forma quibus quondam pater tuus
ipsas tenebat et possidebat, dum vivebat, de eisdem turri et heredi-
late ac pertinenciis earumdem faciendi et disponendi, post obitum
dicte matris tue, tanquam de bonis propriis ad tue libitum volunta-
tis. Ecce namque senescallo necnon officialibus dictarum villarum
nostrarum Tharasconis et Sancti Remegii, ceterisque per dictos
comitatus nostros Provincie et Forcalquerii ubilibet constitutis ad
quos spectat... damus per présentes expressius in mandatis quati-
nus... contra facere vel venire nuliathenus présumant, quinymo bac
presenti confirmatione nostra uti et gaudere te libère permiltant...
Datum in civitate Pysarum, per virum nobilem et egregium Johan-
nem de Ginouardis de Luca, legum doctorem, magne nostre curie
magistrum racionalem, locumtenentem mandato nostro, officio nunc
328 ANTOINE DE LA SALLE.
vacante, majoris judicis comitatuum nostrorum Provincie et Forcal-
querii predictorum, consiliarium et fidelem noslriim dileclum, die
seplima mensis augusti, secunde indictionis, anno Domini millesirao
quadringentesimo nono, regnorum vero nostrorum anno vicesimo
quinlo. Per regem, domino Joiianne de Tuce' et nobis presentibus.
Franchome.
In quarum quidem regiarum litterarum execucionem, ad quani
procedere reverenler cupimus, ul debemus, volumus etvestrum cui-
libet harum série, cum deliberacione regii nobis assislenlis consilii,
regia auclorilate qua fungimur, precipimus et mandamus qualinus
litteras ipsas réglas et omnia et singula contenta in illis, dum locus
afuerit, exequamini ac leneatis juxta ipsarum seriem et tenorem...
Datum in villa Brinonie, per nobilem et egregium virura dominum
Poncium Gayssii, licenciatum in legibus, magne régie curie magi-
strum racionalem, primarum appellacionum et nullitatum judicem,
consiliarium et fidelem regium, mandato noslro locumlenenlem
majoris judicis comitatuum predictorum, anno Domino raillesimo
quadringentesimo nono, die ultima mensis septembris, secunde
indiccionis.
Per dominum senescallum in regio consilio.
P. DE ROSSETO^.
II.
Donation par la reine Yolande d'Aragon, veuve de Louis 11 d'An-
jou^ à Antoine de la Salle, d'une maison sise à Arles, sous la rede-
vance annuelle d'un chapeau de roses (20 décembre -14 18).
(Archives des Bouches-du-Rhône, B14, fol. 239 v° et 241.)
Pro nobili Anthonio de la Sale, donatio domus Arelatensis.
Yolans, Dei gratia regina Jherusalem et Sicilie, ducatus Apulie
ducissaAndegavie, comitatuum Provincie, Forcalquerii, Genomanen-
sis ac de Pedemontis [sic] comitissa, bajula, tutrix, administratrix et
gubernatrix illustris precarissimi filii nostri Ludovic!, primogeniti
tercii, eadem gracia dictorum regnorum régis, ducatuum duels et
1. Ce Jean de Tucé avait été chargé en 1413 de reconduire auprès de son
père Catherine de Bourgogne, dont le mariage avec le futur Louis III était
rompu (Lecoy de la Marche, t. 1, p. 27).
2. C'est ce Poncet de Roussel, qui fut créancier d'Antoine de la Salle. Voir
ci-après Documents n" IV et V.
NOUVEAUX DOCUMENTS SDR SA VIE. 329
comilis comitatuum prediclorum, universis présentes litleras inspe-
cturis, saiuLem. Atlendenles grala et accepta fidelitatis obsequia per
dilectum et fidelem nostrum nobilem virum Anthonium de la Sale,
sculiferum scutiferie dicti filii nostri, révérende memorie serenis-
simo domino et conjugi nostro condam regnoruni- régi, ducatuum
duci et comitatuum comiti predictorum, retroactis temporibus dévote
prestita, queve nobis assidue prestare non desinit, eidem Anthonio
pro se et suis heredibus in futurum et ab eo vel ipsis causam haben-
libus, in hujusmodi suorum serviciorum aliquale rependium, quam-
dam domum vel ma[n]suram ad nos seu curiam nostram spectantem,
sitam in civitate nostra Arelatensi, contiguam ab una parte curie
nostre dicte civitatis, ab alla domui cujusdam nominati Ricanet et
abutantem vico publico, sicut se comportât et extendit cum suis per-
tinenciis et confrontacionibus universis, de liberalitate nostra mera
ac* gracia speciali damus, donamus et concedimus per présentes,
investientes ipsum de ipsa domo per tradicionem presencium, ita
quod bujusmodi domum cum suis pertinenciis predictis, vigore pre-
sentis nostre donacionis et concessionis, exolvendo curie nostre pre-
dicte pro censu, servicio et omnibus quibuscumque anno quolibet,
prima die mensis madii, pileum unum rosarum^, de quo censu et
servicio volumus et ordinamus hujusmodi domum erga nos et
dictam curiam nostram solum onerari, aliis autem personis census
et onera quibuscumque erga ipsum dicta domus oneratur^, idem
Anthonius et imposterum sui heredes seu ab eo et ipsis causam
habentes tenere et possidere ac de ea uti, gaudere et disponere tam-
quam de propria, ipsam vendendo, alienando et pro sue voluntatis
libito transferendo, possint et valeant pacifiée et sine impedimento.
Quapropter, omnibus et singulis nostris officialibus in dicta nostra
civitate Arelatensi et alibi in patria nostra Provincie constitutis,
aliisque quibuscumque quorum intererit, dictarum tenore presen-
cium, mandamus quatinus eumdem Anthonium ad dicte domus pos-
sessionem adraictant et ipsam intrare et adipisci faciant, ipsumque,
suos heredes aut ab ipso vel ipsis causam in futurum habituros
1. Variante tirée de la copie insérée au fol. 241 : et.
2. Var. : pyleum rossarum.
3. Cette phrase n^est certainement pas complète par suite d'un oubli du
copiste. Le texte du fol. 241 donne : et onera quitus erga ipsis dicta domus
oneratur. Il faudrait peut-être compléter et corriger de cette façon : suivis
autem aliis personis censibus et oneribus quibus erga ipsas dicta domus
oneratur.
330 ANTOINE DE LA SALLE.
hujusmodi concessione et donacione uti et gaudere modo et forma
predictis permictant sine contradiccione aut impedimento. In quo-
rum lestimonium et ut robur obtineant plenarie firmitatis, presenti-
bus iitteris sigillura nostrum duximus apponendum.
Datum in eastro nostro Andegavensi, per circunspectum virum
Johannem Porcherii^ canonicum Rolhomagensem, consiliarium
nostrum fidelem dilectum, mandato nostro signantem in absencia
raajoris judicis dictorum comitatuum nostrorum Provincie et For-
calquerii, xii^ indicione, die xx^ mensis decembris, anno Domini
millesimo quadringentesimo decimo octavo.
Per reginam, presentibus dominis de Montegaudio^ et de Beschina,
judice ordinario Andegavensi, nobis et aliis de consilio.
Johannes Michaelis.
Registrata.
m.
Donation par Antoine de la Salle, à Jean Romée, de sa maison
d'Arles (^6 mars ^4^9).
(Archives des Bouches-du-Rhône, B 14, fol. 240.)
Pro eodem de la Sale.
In nomine Domini, amen. Anno ab incarnacione ejusdem Domini
millesimo quadringentesimo decimo octavo et die sexta décima men-
sis marcii, régnante illustrissimo principe domino nostro domino
Ludovico, Dei [gratia] rege regnorum Jherusalem et Sicilie, duca-
lus Apulie duce Andegavium [sic], comitatuum Provincie et
Forcalquerii comité et civitatis Arelatensis domino existente, nove-
rint universi et singuli, présentes pariter et futuri quod nobilis vir
Anthonius de la Sala, scutifer scutiferie dicli domini noslri régis,
sciens, attendens et consideransquamplura benefficia, servicia atque
dona sibi facta et impensa extitisse per nobilem Johannem Romey,
de Arelate, et quotidie amplius facere et impendere non cessât, ex
1. Ce Jean Porcher était alors maître de^la Chambre aui deniers (cf. Lecoy
de la Marche, l. I, p. 37).
2. Ce seigneur de Monljoie est ou Louis, maréchal de l'Église romaine, nommé
par Clément VII, vice-roi de Sicile, mort à .\vignon en 1425, ancien compagnon
d'armes de Bernard de la Salle et capitaine de Louis I" d'Anjou ; ou bien son
fils Simon, chambellan du roi Louis II. Cf. Labande et Requin, Testament du
cardinal Pierre de Foir, loc. cit., p. 294, note 3.
NOUVEAUX DOCDMEIVTS SDR SA VIE. 33^
quibus meretur reiribucionem consequi aliqualem, et ideo sponte,
bona fîde, ex sua mera liberalilate et spontanea voluntate, non ad
hoc Iractus, inductus vel seductus ab aliquo, ut dicebat, per se et
suos heredes et successores imposterum quoscumque, in presencia
mei notarii et testium subscriptorum, in premium, remuneracionem
et compensacionem benefficiorum, serviciorum et donorum prerais-
sorum, dédit, donavit pure et liberaliter cessit, remissit et perpetuo
penitus desamparavit donacione pura, libéra, simpiici, rata, irrevoca-
bili, habita inter vives, nuUo casu vel tempore nuUaque ingratitudinis
causa [revocanda], sednunc per imperpetuum valitura, vimqueinsi-
nuate donacionis a préside obtinente, jamdicto nobili Johanni Romei,
tamquam beneraerito et condigno, presenti, stipulanti et solenniler
recipienti, pro se et suis heredibus et successoribus quibuscumque, ad
suas et suorum voluntates oranimode faciendas, videlicel quamdam
domum ac mansionem sive casalia et curtem, situata infra civitatem
Arelalis, juxta curiam regiam, confrontantem [sic] ab una parte cum
palacio dicte régie curie, videlicet focanea, et quamdam domuncu-
lam [sic] qua inest caméra carcerarii, et ab alla parte cum hospicio
nobilis Honorali Romey quod fuit Ricani de Alvernico, domicelli, et
ab alla parte cum hospicio Guillelmi Olivarii, notarii, et ab alia parte
cum carreria publica, que quidem domus sive mansura, cassalia et
curtis ipsi nobili Antlionio de la Sala donata et collata fuerunt per
serenissimam pri[n]cipissam dominam nostram dominam Yolan-
dem, Dei gracia Jherusalem et Sicilie reginam, constantibus inde
suis patentibus litteris, sigillo suo impendente in cera rubea sigilla-
tis, quarum ténor inferius de verbo ad verbum inseritur, et ipsarum
quidem literarum virtute idem nobilis Anthonius possessionem rea-
lem et corporalem eorum fuit assequtus et auctoritate judiciaria in
eisdem inductus, constante publico instrumento inde in notam
sumpto per magistrum Anthonium Benedicti, publicum nolarium
Arelatis, sub anno presenti et die décima octava mensis februarii;
quam quidem donacionem puram et liberam fecit et concessit dictus
nobilis Anthonius per se et suos ut supra, de domo sive mansura et
curte et cassalibus predictis, unacum omnibus suis juribus et perti-
nenciis, introytibus et exitibus quibuscumque, illaque cessit, remisit^
gripuit' et perpetuo penitus desamparavit eidem nobili Johanni
Romey, pro se et suis stipulanti et solenniter [recipienti], sicut
supra, modo et forma [sicut] in predictis reginalibus literis factum
1. Sic pour guirpivit.
332 ANTOINE DE LA SALLE.
et expressatum [est] et salvo et reservato curie régie censu, servicio
et onere anno quolibet, prima die mensis madii, piley unius rosa-
rum, de quo censu et servicio prestando ipse nobilis Johannes sit
oneratus et sui heredes et successores quicumque
Ténor vero litterarum reginalium, de quibus supra mencio habe-
tur, sequitur et est talis : Yolans, Dei gracia regina Jherusalem et
Sicilie... (voir ci-dessus, Document n° II).
De quibus omnibus et singulis supradictis peciit dictus nobilis
Johannes Romey sibi publicura instrumentum fieri et publica, si
necesse fuerint, instrumenta, per me notarium publicum infrascri-
ptum. Acta fuerunt bec omnia Arelate, in hospicio dicti nobilis
Romey, presentibus teslibus discretis viris magislro Thoma Malas-
ser (?), pargamenerio, et Petro Vali, lapicida, civibus et habitatoribus
Arelatis, vocatis ad premissa, et meGuillelmo Olivarii, cive Arelatis,
notario publico in eadem civitate...
IV.
Mandement de Louis III d'' Anjou au sujet de la remise faite par lui
à Antoine de la Salle des dettes contractées envers Poncet de
Roussel (27 octobre -1432).
(Archives des Bouches-du-Rhône, BU, fol. 104.)
Ténor aliarum [litterarum] super cancellatione dehiti Pontii
de Bosseto.
Ludovicus tercius, Dei gracia rex Jérusalem et Sicilie... guberna-
tori patrie nosLre Provincie, magne nostre curie magistris rationali-
bus, thesaurariisque patrie nostre Provincie, ceterisque aliis nostris
officialibus, ad quos spectare poterit, presentibus et futuris, fidelibus
dilectis, graciam et bonam volantatem. Cum nos, ad humilis facte
nobis supplicacionis instanciam pro parte viri nobilis Antoneti de
Sala, consiliarii et fidelis nostri dilecli, asserentis coram nobis pre-
textu veri et puri mutui in ducalorum triginta ex una parte et ab
alia parte in florenorum viginti quinque somas teneri et obligari
quondam dampnate memorie Ponceto de Rosseto, cujus bona omnia
curie nostre, sua causante rebellione, confiscata fuerunt et devoluta,
somas ipsas uti curie nostre légitime, dictarum rebellionis et confi-
scacionis vigore, devolutas, eidem Antonetodederimus et concesseri-
mus ac Ipsum de ipsis quictum fecerimus, prout damus, concedimus
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 333
el quictamus per présentes, volumus et vobis precipiendo manda-
mus, quatinus hujusmodi concessionis et quictationis forma per vos
diiigenter actenta, illam eidem Anloneto ad unguem observetis et
faciatis quantum in vobis fuerit tenaciter observari, ipsum Antone-
tum seu ejus heredes et successores dictorum triginta ducatorum et
florenorum viginti quinque pretextu nullatenus moleslando, inquie-
tando seu turbando, sed concessione et quictacione nostra gaudere
permictendo, presentibus débite inspectis remanentibus présentant!.
Datum in nostra civitate Gusencie per manus nostri predicti Ludo-
vici régis, die vicesimo septimo mensis octobris, xi indicionis, anno
DominiM°GGGGXXXIP°.
Per regem in suo consilio.
R. DE Castillione. Gratis.
Registrata. Jac[obus].
Mandement du lieutenant général du roi Louis III en Provence^
pour l'enregistrement et Vexécution^ après les délais réglemen-
taires, des lettres patentes du ^7 octobre 4432 concédant à Antoine
de la Salle la possession viagère du château de Séderon et lui
remettant les dettes qu'il avait contractées envers Poncet de
Roussel (4 avril ^1434).
(Archives des Bouches-du-Rhône, Bll, fol. 103.)
Bertrandus de Bellavalle, dominus de Precigneyo ^ dominii regii
comitatuum Provincie et Forcalquerii terrarumque illis adjacencium
gubernatoris ex ordinatione regia generalis locumtenens, nobilibus
et egreglis viris magne régie curie magistris ralionalibus Aquis resi-
dentibus, fidelibus regiis et nobis carissimis, salutem. Pro parte
nobilis domicelli Antoneti de Sala, consiliarii et fidelis regii, fuit hodie
coram nobis et regio nobis assistent! consilio reverenter expositum
quod recusastis archivare seu archivari et exequi facere duas litteras
per regiam majestatem sibi concessas, continentes videlicet unam
continentem assignacionem et concessionem castri regii Sedaroni ad
ejusvitam, et aliam continentem cancelacionem et abolicionem certe
1. Bertrand de Beauvau, sire de Précigny, qui fut plus tard président du
Conseil ordinaire institué en la ville d'Angers par le roi René en 1453 (Lecoy
de la Marche, t. I, p. 442). Il était fils de Jean III de Beauvau et de Jeanne
de Tigny, et mourut, en 1474, sénéchal d'Anjou. Son troisième tîls, Jean, fut
évèque d'Angers en 1447 et chancelier du roi de Sicile.
334 ANTOINE DE LA SALLE.
obligationis triginfa ducatorum et florenorum viginti quinque, in
quibus lenebalur PonceLo de RosseLo, dum vivebaL, prout in liLleris
eisdem lacius continelur, datas Guseneie die vicesimo seplimo men-
sis oclobris proxime preleriti, asserentes per regiam majeslatem
alias veULum fuisse per ejus edicLum ne liltere alique archiventur
seu exequanlur per vos nisi infra nii°'' menses a die earum date vobis
presentate fuerint, hiimiii propterea supplicacione subjuncla ut
vobis super dicLo edicto dispensantes mandare dignaremur, quatinus
litteras ipsas exequeremini et archivaretis, dicto lapsu quadrumestri
non obslante, cujus supplicationi, ut sequitur, annuentes, considé-
rantes ipsum supplicanlem verisimiliter ignorase [sic] dictum edictum
et quod per modicum dictum quadrumestre tempus transire pretermi-
sit, actendentes eciam quod circa négocia regia indefesse, suis pro-
priis negociis omissis, prompto affectu vacare consuevit, ex aliisque
certis causis persuasi, volumus et vobis tenore presencium, aucto-
ritale regia qua fungimur, denostra oerta scienciaet cum regii nobis
assislentis consilii deliberacione, precipiendo mandamus quatinus
prefatas litteras exequendo, formarn annexarum noslrarum eisdem
alligatarum archivelis et exequemini, dicto edicto super quo, vigore
nobis atribute potestalis, quatinus opus est, pro bac vice dispensa-
mus, in aliquo non obstanle, decernenles, auctoritate et cum delibe-
ratione quibus supra, dictas litteras tantum vigorem, effectum et
efflcaciam obtinere ac si fuissent archivate et exécute infra dictum
quadrumestre tempus.
Datum Aquis per magnificum militera Jordanum Bricii, juris
utriusque professorem eximium, ... anno Domini M° GGGG XXXIII,
die quarta mensis aprilis, xi™*^ indictionis.
Per dictum dominum locumtenentem generalem in regio sibi assi-
stenti consilio.
De Castillione.
S[olidi] II., quia eciam de presenti servit curie.
Registrata. Matheus.
VI.
Traité conclu par Berthold de Baschi et Antoine de la Salle, avec
le cardinal Pierre de Faix, pour la reddition du château de Vai-
son (6 juillet -1433).
(Étude de M* Antiq, à Avignon : Étendues de Pierre de Blengeriis, 1433, fol. 111.)
In nomine Domini, amen. Anno a nativitate ejusdem raillesimo
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 335
quadringentesimo tricesimo tercio, indictione undecima cum eodem
anno more Romane curie sumpta, et die sexta mensis julii, pontifi-
catus sanctissimi in Ghristo palris et domini nostri domini Eugenii,
divina providentia pape quart!, anno tercio, universis et singulis
tam presentibus quam futuris iiquidum reserelur apertumque fiât
quod in loco sive bastita de Fargiis, olim Jacobi de Dinocio% quam
de présent! inhabitat dominus cardinalis infrascriptus, in territorio
Avinionis constituta, et in aula magna superiori, in presencia mei
notarii publici ac testium infrascriptorum ad hec specialiter vocalo-
rum et rogatorum, personaliter constltuti reverendissimusin Ghristo
pater et dominus Petrus, miseratione divina episcopus Albanensis,
sancte Romane ecclesie cardinalis, de Fuxo vulgariter nuncupatus^,
in civitate Avinionensi et coraitatu Venayssini cum plene legationis
officio pro prefato domino nostro papa et sancta Romana ecclesia
vicarius generalis, nomine suo proprio et privato ac ut vicarius ante-
dictus, ex una, et nobiles Bernardus Ricii, Bertoldus de Basquio et
Anthonius de Salia, tam nominibus eorum propriis et privatis quam
nomine nobilis viri et egregii domini Luquini Ricii, militis, fratris
dicti Bernardi, per quem promiserunt de rata habendo omnia et sin-
gula contenta in capitulis infra seriatim specifficata, si et quathinus
opus fuerit, sub obligatione omnium bonorum ipsorum, mobilium
et inmobilium, presencium et futurorum, ex altéra, partibus, gratis
et sponte, bona fide plenita [sic?], omnibusque vi, dolo et fraude
cessantibus, per se et suos quos supra, de et super restitutione castri
et fortalicii Vasionensis, quod de présent! tenet dictus dominus
Luquinus, eidem domino vicario, nomine prefat! domini nostri
pape, per eumdem fienda ac nonnullis matrariciis, artilhariis, bonisque
existentibus in dicto Castro dicti domini Luquini, quam nonnullis
expensis ac reparationibus per eumdem dominum Luquinum in
eodem expositis, eciamque stipendiis certorum quos ipse tenuit in
eodem castro, tempore guerre vigentis presentialiter, tandem conve-
nerunt, transegerunt, pepigerunt modo et formis contentis in certis
capitulis descriptis in quodam papiri folio michi notario exhibito
ibidem per dictas partes, quorum ténor sequitur et est lalis.
Dieux avant e la benoyta Vierge Marie. Ce sont les chapitres et
1. Marchand florentin habitant alors Avignon. Cf. acte du 22 décembre 1433,
dans le registre d'où est tiré le présent traité, fol. 116 v°.
2. Pierre de Foix, né en 138G, légat d'Avignon de 1433 à 1464, mort cette
année à Avignon le 13 décembre.
336 ANTOINE DE LA SALLE.
conventions prins e conclus entre le révérend Père en Dieu et nostre
très redoubté seigneur monseigneur le cardenal de Foix, vicaire pour
nostre saint Père le pape, d'une part, et les nobles escuiers Bertoldo
de Basqui e Anthoine de la Sale, de l'autre part, ou nom de messire
Luquin Ris, chevalier et cappitaine de Vayson, etc.
Et primo, ont appoincté et conclus lesditz seigneurs et gentilz
hommes que ledit messire Luquin doive rendre et restituer le chastel
de Vayson franchement e quictemenl, de cy au premier jour d'aoust
prouchaynement venent, a nostredit seigneur le vicaire ou a son
commis sur ce, pour e ou nom de nostredit seigneur saint Père le
pape et de saincte glise. Et pour cecy fayre et acomplir ledit messire
Luquin bailera hostages pour luy aux mains de mosseigneur le pre-
vost Bernard ou Mathieu Ris, frères, et durant cedit terme ledit mes-
sire Luquin pourra avoir pour son argent de char fresche ung quar-
tier de mouton tous les jours.
Item, ont conclus et appoinctié que le dessusdit seigneur payera
ou fera payer audit messire Luquin, tant pour les reparacions faites
comme pour les gaiges des gens qu'il a tenuz a ceste guerre et
d'aucune reste d'argent qui lui estoient tenuz du temps passé, c'est
assavoir sept cens florins de ceste monnoyc courrant, payés a troys
termes par la maniera qui s'ensuit. Et premier, avant qu'il rende
ladicte place, deux cens trente troys florins et quatre gros. Et par
tout cest présent moys de juiUet semblablement, qui est la secunde
paye, ri'^xxxm florins iiii gros. Et par tout le moys d'aoust prou-
chenemenl venant la tierce et derraine paye, ii'^xxxiii florins
un gros.
Item, ont appoinctié que ledit messire le vicaire assigne audit mes-
sire Luquin pour sondit payement le payages et toutes le aultres
rentes et emolumens quelz qu'ilz soient delz (sic, pour deubz?) des
chasteaulx de Lapalu\ de Saincte Sicile^, de la Val de Royere^ et de
Malausanne''', et oultre se, nostredit seigneur le vicayre doyt donner
bons et sufficians plaiges.
Item plus, ont appoincté que tous le vivres et aultres monicions et
raaynaiges d'ostel que abillement ledit messire Luquin ne porroit
porter, se doivent estimer per doux hommes commis et semblable-
1. Lapalud, Vaucluse, arr. d'Orange, cant. de Bollène.
2. Sainte-Cécile, Vaucluse, arr. d'Orange, cant. de Bollène.
3. Ce nom de lieu n'est plus connu et je n'ai pu réussir à l'identifier.
4. Malaucèae, Vaucluse, arr. d'Orange, ch.-l. de canl.
NOUVEAUX DOCUMEiNTS SUR SA VIE. 337
ment aucunas terres et possessions semées et laborées, lesquelz
estimes seront audit messire Luquin avant qu'il livre ledit chastel de
Vayson.
Item plus, ont appoincté que ledit messire Luquin puisse trayre
et fayre porter ou lui plaira tous ses autres mobles et bians, quelz
qu'ilz soient, sauvement et sûrement.
Item plus, que toutes les choses et biens quelz qu'ilz soient, que
ledit messire Luquin et madame sa femme e tous lesaultres qui sont
dedans le chastel en sa compagnie, ont tant en la cité d'Avignon
comme en la terre de Venisse et es aultres terres de glise, soient et
puissent estre a eulx frans et aseurés et d'iceulx biens puissent fayre
et user a leurs franches libertez, comme ilz faisoient et povoient fere
devant ceste guerre.
Item, que ledit mosseigneur le vicaire fait remission especiale et
générale tant audit messire Luquin commeaceulxque presentament
sont dedans ledit chastel et dehors a ses gaiges.
Item, que ledit messire Luquin ara les bonnes grâces de nostre
dessusdit seigneur le vicaire et de noz très redoubtez seigneurs les
comtes de Foix^ et de Gomminge^, ses frères.
Et sic finis dictorum capitulorum.
Quas quidem conventiones, pactaque et capitula supradicta supra-
nominate parles et utraque earum, anledictis nominibus, promise-
runt sibi ipsis vicissim, mutuo et ad invicem una pars alteri et e
contra, sub yppotheca et obligalione expressis omnium et singulo-
rum bonorum suorum, mobilium et immobilium, presencium et
futurorura, necnon sub relTectione et omnimoda restituUone omnium
et singularum expensarum, dampnorumque et interesse propterea
flendorum, paciendorum et subslinendorum, in judicio et extra ac
alias quomodolibet, se non fecisse nec dixisse in preteritum, facere-
que nec dicere in futurum aliquid quominus predicta capitula ac
omniaetsingula in presenti instrumento contenta minorem obtineant
perpetui roboris firmitatem, sed semper et omni tempore ea omnia
rata, grala et firma habere perpetuo et tenere, contraque minime
facere, dicere, opponere nec venire de jure nec de facto. Et sic jura-
verunt partes ambe contrahentes et utraque earum dictis nominibus,
1. Jean III de Grailly, comte de Foix depuis 1412, décédé le 4 mai 1436.
2. Mathieu de Grailly, devenu comte de Comminges par son mariage (15 juil-
let 1419) avec sa cousine, Marguerite, comtesse de Comininges, mort à la fia
de l'année 1453.
^904 22
338 ANTOIDfE DE LA SALLE.
videlicet ipse dominus cardinalis manu sua dexlra posila super pec-
tus, more prelalorum, alleri vero ad et super sancta Dei euvangelia,
manibus ipsorum corporaliter sponte tactis scripluris. Sub cujus
juramenti virtute renunciaverunt in premissis omnibus et singulis
juris et facli ignorancie, exceptionique rei non sic geste et non sic
celebrati contractus et aliter fuisse scriptumquam diclum et e contra
dolique, mali, fraudis et lesionis, et juribus dicentibus transactionem
nisi de re dubia vel obstinea fieri non debere et generalem renuncia-
tionem non valere nisi precesserit specialis, et demum omnibus et
singulis exceplionibus^ probationibus, defTentionibus et allegalioni-
bus juris divini, canonici, civilis et humani, etc.
Acta fuerunt bec omnia ubi supra proxime, presentibus nobilibus
et potentibus militibus dominis Tanguino de Castello, preposito
Parisiense^; Johanne Louveti, dicto Président; domino Mirandoli^;
Fulcone de Agunto^, domino de Missone'', domicello, et domino
Johanni de Puteo^, preposito ecclesiarum Carpentoractensis et
Dignensis ac thesaurario comilatus Venaissini, testibus ad premissa
\ocatis specialiter et rogatis. Et me, dicto et infrascripto Petro de
Blengeriis, notario publico, qui de predictis notam recepi, etc..
Statim ibidem et incontinenti, sine aiiquo temporis intervallo, pre-
nominatus dominus Johannes de Puteo, in cujus presencia premissa
omnia et singula recitata et explicata fuerunt, gratis et sponte, bona
fide, sine dolo et fraude aliquibus, ad instanciam et requisitionem
prefati domini vicarii presentis, intercessit seque fîdejussorem ut et
tanquam principalem solutorem ac actensorem et corapletorem
1. Tanneguy du Châtel, nommé prévôt de Paris en 1414, après la campagne
faite aux côtés de Louis II d'Anjou en Italie. On connaît le rôle brillant qu'il
joua dans le parti des Armagnacs comme défenseur du dauphin, le futur
Charles VII. Eloigné de la cour de France en 14-25, il avait eu la charge de
sénéchal de Beaucaire. En 1446, il devint grand-sénéchal de Provence.
2. Un acte fut passé par le même notaire dans la maison d'habitation de ce
personnage à Avignon, le 22 décembre 1433 : Étendues de Pierre de Blengeriis,
1433, fol. 118. — « Mirandoli » est peut-être Mérindol, Vaucluse, arr. d'Api,
cant. de Cadenet.
3. Foulques ou Faulquet d'Agoult, baron de Mison et de la Tour-d'Aigues,
chambellan du roi René et viguier de Marseille en 1443 et 1472, fils de Ray-
mond d'Agoull, partisan des Angevins eu Provence, et de Louise de Glandevès.
Il mourut dans un âge extrêmement avancé en 1492. Cf. Pithon-Curt, Histoire
de la noblesse du comté Veiiaissin, t. IV, p. 112.
4. Mison, Basses-Alpes, arr. et cant. de Sisteron.
5. Jean Dupuy. Voir ci-dessus.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUa SA VIE. 339
omnium el singulorum contentorum in dicLis capitulis et per eumdem
dominum cardinalem dictis nominibus observari premissorum et
conventorum, pênes eumdem dominum Luquinum absenlem ac me
notarium publicum supra et infra scriptum et ut communera et
publicara personam presentem, slipulantem et recipientem prodicto
domino Luquino absente et suis, constituit et pro hiis omnibus et
singulis sic per eumdem dominum fidejussorem ut et tanquam prin-
cipalem actendendis, complendis, dandis, solvendis et inviolabiliter
observandis, seipsum et omnia ipsius et suorum bona, res et jura,
mobilia et immobilia, presencia et futura, michi notario presenti et
ut supra stipulant! et recipienli, obligavit et yppothecavit, ipsaque
bona et seipsum ac suos submisit alque subposuit juridictionibus,
cohertionibus, viribus et censure dominorum curiarum camere apos-
tolice domini nostri pape, etc..
Acta fuerunt bec omnia ubi supra proxime, presentibus dictis
testibus ad bec vocatis specialiter et rogatis.
VII.
Mandement du roi René 'pour V enregistrement après les délais régle-
mentaires des lettres patentes par lesquelles.^ le 16 décembre pré-
cédent, il avait accordé à Antoine de la Salle., à sa femme et au
premier fils qu'il aurait, la jouissance du château de Séderon
[ie septembre 1437).
(Archives des Bouches-du-Rhône, Bll, fol. 165 v°.)
Renatus, Dei gratia Jherusalem et Sicilie... nobilibus viris archi-
variis nostri Aquensis archivi et cuilibet ipsorum, fidelibus nostris,
gratiam et bonam voluntatem. Humilibus suppiicationibus nobiiis et
egregii viri Anthoneti de Sala, scutiferi scutiferie nostre, consiliarii
et fidelis nostri dilecti, bénigne, ut subsequilur, annuentes, informât!
quidem de interventujustorum et legitimorum impedimentorum ipsius
Anthoneti, nostris et illustris primogeniti nostri ducis Galabrie con-
tinue vacando servitiis, sicut et vacat etiam de presenti, quibus obslan-
tibus litteras nostras presentibus sub parvo signeto, quo nostrum
in Provincia residens consilium utitur, alligatas, dicto Anthonio de
et super Castro et loco Sadaroni, bajulie Sistarici, nostri Forchal-
querii comitatus predicti, concessas, datas apud Insulam juxta Flan-
driam, die xvi mensis decembris proxime lapsi, non valuit, juxta
340 ANTOINE DE LA SALLE.
édita super hoc statuLa infra tempus expressatum in illis, in regi-
stris et quaternionibusdicti noslri archivi facere regestrari, volumus
et vobis tenore presentium, cum dicli nostri consilii deliberalione,
Anliioneto ipsi nuUum propter retardalionem registracionis hujus-
modi prejudicium allatum esse usque nunc de speciali gratia decer-
nentes, expresse precipimus et mandamus, quatinus litteras ipsas
presentibus annexatas, quamquam infra terapus debitum in diclis
statulis preflxum non fuerint, ut prefertur, registrate, super quo bac
vice graciose dispensainus, in dicti arcbivi registris et quaternionibus,
ipsarum auctoritate presentium, registretis, memorato Anthoneto
perinde ac si secundum hujusmodi edictoruni continentiam débita
registratio facta foret, efficaciter valituras, presentibus infra trime-
stris temporis spatium a die date earum computandum débite execu-
lis, et ulterius ad effectum registrandum non duraturis, unacum
alligatis litteris remanentibus presentanti.
Datum Aquis per magnificum militem juris utriusque professo-
rem, Jordanum Bricii, dominum de Vellaucio\ magne nostre curie
magistrum racionalem, consiliarium et fidelem nostrum dilectum,
majoremque et secundarum appellacionum judicem dictorum Pro-
vincie et Forcalquerii comitatuum, die xvi mensis septembris,
XV indictionis, anno Domini M IIIP XXXVII, regnorum vero nostro-
rum anno tercio.
Per regem, ad prefati sui consilii deliberationem.
ftllCHAEL.
Gratis. Registrata.
Matheds.
VIII.
Testament d'Antoine de la Salle, rédigé avant son départ pour l'Ita-
lie avec le roi Bené (30 mars -1438).
(Archives des Bouches-du-Rbùne, fonds de l'étude Verdillon, protocole de Jean
d'Escalis, 1438-1455, fol. 2. — Indiqué : Bibliothèque de Carpentras,
ms. 1853 (anc. Peiresc LXXII, t. I), fol. 93 v».)
Texte provençal. Texte latin notarié.
Au non de Dieu, amen, etc. Anno Domini millesimo qua-
M"* iiij= xxxviij, die penultima dringentesimo tricesimo octavo,
marcii circa vesperos. die penultima mensis marcii post
1. V'elaux, Bouches-du-Rhône, arr. d'Aix, cant. de Berre.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE.
34 f
Memoria de rentencion que
yeu, AiiLhoni de la Sala, senhor
de Sadaron, ay per ordonnar
mon présent testament.
vesperos, notum sit, etc...\
quod cum nil morte certius sit
nilque incertius ejus hora, ad
CLijus morlis terminum, etc..
Idcirco, ego, Anthonius de
Sala, dominus Sadaroni et scu-
tifTer domlni nostri régis Renati,
sanus mente et corpore per Dei
graciam, ac in mea sana et Ar-
ma existens memoria, rationa-
bili et discreta, disponens me
transferre usque partes Neapolis
cum dicto domino nostro rege
Renato, suoque primogenito do-
mino de Galabria, ac cum stolio
galearum armatarum^, dubitans
casus mortis evenire, de bonisque
cunctis meis et juribus taliter
disponere et etiam ordinare, ne
ulla inter succedentes meos, oc-
casione seu causa bonorum meo-
rum quorumqunque [sic]^ lis
seu questio oriatur, ideo facio,
condo et ordino meum ulti-
mum testamentum nuncupati-
vum, meamque ultimam voUun-
tatem ac dispositionem finalem
omnium bonorum meorum tam
mobilium quam immobilium ...
in modum qui sequitur infra :
In primis, tanquam verus
christianus, recomendo animam
meam Altissimo, omnium crea-
tori. Domino nostro Jesu Ghristo
et gloriose ac intemerate Marie
Virgini, matri sue, et toti curie
superne.
Item, volo corpus meum se-
1. J'ai cru devoir supprimer les formules habituelles.
2. Le départ de Marseille eut lieu, comme il est dit plus haut, le \1 avril
suivant.
3'r2
ANTOINE DE LA SALLE.
Et premier, yeu ordonne que
Lot..J del péage de Sadaron o
d'altras causas s... a pagar lolz
mes deupLes, segon l'escrich de
ma propria man, signât de mon
sang manual, local yeu laisse a
Paullo de Lain, mon luoclenent
en aqueslas parlidas et procura-
dor gênerai en totz mos affaires.
Et pagat tôt que sia, la resta yeu
ordonne en catre partidas : la
primiera a faire ung espital o lo
sementery a la gleisa de Nostra
Donna l'Annonciada de Sadaron,
segont sara plus necessary, per
Pordenansa de mos heretiers et
executors. — Item, la seconda
part sara converlida per ajudar a
maridar quatre filhas orphelinas
venent istar a Sadaron et non
altrament. — Item, la tersa
part si fondara una bassa messa,
si tant es que bastc, et ung can-
tar lo jorn que yeu saria tres-
passat d'aquest mont; et si non
bastava, fossa vendu de mos al-
pelliri ecclesiastice sépulture, si
me mori contingat in presenti
patria Provincie, volo sepelliri ad
voluntatem heredum seu gadia-
torum meorum; exequias etiam
volo fieri ad ipsorum dispositio-
nem.
Item, lego pro sainte anime
mee, meorumque redemptione
peceaminum et pro solvendis de-
bitis meis secundum scriptum
manu propria scriptum signa-
tumque meo proprio signeto,
quod reliqui nobili Paulo de
Layn, locumtenenti meo et pro-
curatori generali in hiis parti-
bus Provincie et Forcalquerii ac
comictatu Venayssini, videiicet
omnes peccunias proventuras ex
pedagio Sadaroni et aliis meis
causis, de quibus volo atque
jubeo exsolvi ipsa mea débita
omnia in ipso scripto contenta;
et ipsis debitis omnibus solutis,
residuum sive resta que prove-
niet ex ipsis pedagio et aliis cau-
sis sive rébus meis, volo et or-
dino dividi in quatuor partibus :
prima parte ad faciendum seu
fieri fiendum quoddam hospitaie
sive simiterium in ecclesia Nostre
Domine Nunciate dicti loci Sada-
roni, secundum ordinationem he-
redum et gadiatorum meorum.
— Item, secunda pars debeat
dividi et distribui pauperibus
filiabus orphaneilis pro ipsis
marilandis in loco Sadaroni et
non alibi et ibi mancionem ea-
rum fiendis. — Item, de tercia
1. Lacune dans l'original.
NOUVEAUX DOCUMENTS SDR SA VIE.
343
très bens inmovables tant que
bastessa aysso sollamenl. —
Item, la carta part per las des-
pensas de mes executors; et si
non baslassa, fosson vendulz de
mos bens dessusdich[s], tant que
faria raestier.
Item, l'ostal que yeu ay fach
fayre al borg del dich luoc de Sa-
daron et tolz mos altres bens
movables, coma libres, arnes,
lieh, cubertas, vaixellad'eslanch,
auballestas, bonbardas, caissas,
panes et altras causas caynas
que sian, d^aco sia fach très
parLidas, dont l'una sara de
Adam de Monstruel, forrier de
monsenlîor de Gallabre, la se-
conda sara dudictPaullo de Lain
et la Lierse de Gaston MaisLre,
d^Arle, mos ansians servidors.
vero parte, voloatquejubeocele-
brari unam parvam missam bas-
sam in dicta ecclesia Béate Marie
Sadaroni pro anima mea meo-
rumque redempLione peccami-
num, omni die, si possibile sit,
necnon et quoddam cantare di-
cendum et celebrandum in cras-
tinum mei obitus. — Item, et
reliqua quarta parte {sic) distri-
buatur executoribus meis sub-
scriptis pro eorum expensis fien-
dis per eos in exequendo [contenta]
in presenti meo testamento. Et
si dicte peccunie proventure ex
dicto pedagio et aliis meis ob-
ventionibus non suppeterent ad
predicta fleri ordinata fienda,
volo quod vendantur de bonis
meis immobilibus usque quod
predicta legala et ordinata per
me compléta fierint et deducta
exequtioni.
Item, volo et ordino ego di-
ctus testator, de certa meascien-
tia, quod hospitium, quod ego
testator predictus fieri feci in
burgo dicti loci Sadaroni, et om-
nia alia bona mobilia, sicuti
libri, arnesium, leclum, cubertas
lecti, stagnum, albalhistas, bon-
bardas, capsias, panesia et con-
similia quecunque, de predictis
omnibus fiant et fieri debeant très
partes, quas lego et dari volo,
videlicet unam partem Adan [sic]
de Monstruel, furyrerio domini
de Galabria, secundam partem
dicto Paulo de Lain et terliam
partem Gastoni Maystre, de Are-
late, meis servitoribus antiquis,
344
ANTOINE DE LA SALLE.
Et des aultres biens inmo-
vables, comme le Mas Blanc, la
tor de Ganilhac, cartes, instru-
mens, privilleges, actions, deptes
et qualque altre drech que sien
a my apartenens, yen donne et
fauc heretiers la noble et egregie
dama Madama Guiote Flamenge,
dama de Sant George, comma
ma plus prochaine parente, et le
noble et egreg homme Anlhoni
Allamand, senhordeSantGeorge,
son maryt, et al plus vivent
d'els, et après a leurs susseceurs
dessendus de leurs cors ensem-
ble, et par deffault d'els, jeu
ordonne que la mitât venga a
raessire Bertrand de Bayon, sa
vida durant, et après a l'un de
SOS iij. enfans, so es assaber
Johan, Annete et Honorât, des-
sendus d'eu a cosina lor mayre;
et Paultrat mitât venga a mes-
sire Anthoni de Bonilz, mon co-
sin, et a sos suss[ess]urs dessen-
sus d'el, et que l'una partida
sussede a l'altra per falta d'ere-
tiers.
quibus et eorum cuilibet lego
unam partem et dari volo pro
serviciis per eos et eorum utrum-
que impensis fideliter et legaliter
et que impendere non desinunt
omni die.
In omnibus aliis bonis meis,
mobilibus et inmobilibus, sicuti
Lamebladis (!! sic), curtem [sic]
de Ganilhac, instrumentis, privi-
legiis, juribus, actionibus et ra-
tionibus et debitorum nominibus
quibuscunque, quecunque, qua-
liacunque et quantacunque sint
vel fuerint facio, insti-
tuo et ordino ego dictus testator,
de certa mea scientia, heredes
meos universales et insolidum,
videlicet egregios et nobiles do-
minam Guiotam Flamenge, do-
minam de Sancto Georgio, et
dominum ejus virum, et eorum
alterum et eorum liberos natos et
nascituros ex eorum raatrimo-
nio sive corpore; et si dicti he-
redes mei supranominati décé-
dèrent seu mori contingeret
quandocunque sine proie légiti-
ma ex eorum corporibus et ex
ipso legitimo matrimonio pro-
creanda, quod Dominus advertat !
substituo eisdem seu ipsorum
altero dominum Bertrandum de
Bayssono (52c), jurisperitum, pro
medietate, quamdiu vivet in hu-
manis, et ipso vita finito, deve-
niat sive perveniat Johann i,
Annete et Honorato, fratribus,
filiis suis genitis ex consobrina
mea, uxore dicti domini Ber-
trandi; et pro reliqua medietate
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 345
dominum Anthonium de Bonilis,
consobrinum meum, et sucs libè-
res natos et nascituros. Et si
unus ipsorum dominorum, vide-
licet dominus Bertraridus de
Bayssono aut Anthonius de Boni-
lis, decederet sine liberis ex eo-
rura corporibus procreatis, seu
dictiliberi dictidomini Bertrandi,
substitue liberos dicti domini
Anthonii et eorum heredes.
Los executors ^ .... de Sant Gadiators (sic) et exequtors
d'Arle, etmessire (sic) hujus testamenli facio domi-
Loys eydeSantRo nos Anthonium Hermentarii^,
Nicolaum de Sancto Martine^,
Johannem Bartholome, de Aquis,
magistrum Lu[dovicum] de Vi...
(?), Sancti Romei, et magistrum
Bertrandum Massoti, Buxi"*, et
eorum utrumque.
Hoc autem Cassans
Et vos viros et te nota-
rium
Actum Massilie, in aula do-
mus heredum nobilis Garoli
Spieffami^; présentes, Balthe-
sar Gerenta, dominus Montis-
1. Lacune dans l'original.
2. Antoine Hermentaire, Hermentère ou Hermentier, appartenant à une
famille marseillaise, était, en 1427, maître d'hôtel de Louis III d'Anjou et en
1436 viguier de Marseille ; il devint plus tard seigneur d'Orgon. Sa fille Cathe-
rine épousa, cette année 1438, Honoré de Pontevès, vicomte de Bargème. Il
eut une petite-fille, qui porta le même prénom que la femme d'Antoine de la
Salle, Lionne de Pontevès ; elle épousa Jean d'Astoaud, seigneur de Murs, en
1497. Cf. Bibl. de Carpentras, mss. 830 et 1853, fol. 81 et 82; Artefeuil, t. II,
p. 226; Généalogie historique de la maison de Sabran- Pontevès, p. 41 et 42.
3. Nicolas de Saint-Martin, Arlésien qui devint coseigneur de Maillane ; pos-
sesseur de biens en Provence en 1444, 1450, 1452, 1453 (Bibl. d'Avignon,
ms. 3681, fol. 9 et suiv.).
4. Buis-les-Baronnies, Drôme, arr. de Nyons, ch.-l. de cant.
5. La femme d'Antoine Hermentaire appartenait à cette famille et s'appelait
Agnès Spifame.
346 ANTOINE DE LA SALLE.
clari ^ ; Petrus Saure, mercator ;
Anthonius I^urdi , Anlhonius
Paieti, raagister Bernardus Tur-
relli, Jacobus Gaprerii, magisler
Petrus Gatini, manescallus de
Ais2.
IX.
Donation par le roi René à Antoine de la Salle de la propriété de
la seigneurie de Séderon (20 janvier ^439).
(Archives des Bouches-du-Rhône, Bll, fol. 308 v°.)
Pro nobili Anthoneto de la Sala donalio castri Sadaroni ad vitam
tantmn^.
Anno incarnationis Domini millesimo quadringenlesimo Iricesimo
nono, die sexta mensis maii, constilutus in regio Aquensi archive
nobilis Paulus de Lain, procurator et procuratorio nomine nobilis
Anthoneti de la Sala, scutifferi regii, quasdam regias litteras,
magno sigillo inpendenti munitas, archivariis regiis reaiiter presen-
tavit, quarum litterarum ténor sequitur et est talis.
Ténor litterarmn.
Renatus, Dei gratia Jherusalem et Sicilie rex... Debetur obsequiis
gratitudo, et naturalis obligationis instinctu rependiura illis quoque
hoc decet adesse prestantius ubi majora precesserunt mérita et fru-
etuosiora extilisse servitia comprobantur. Gonsideramus igitur illos
potioribus beneficiis efferendos quos erga predecessores nostros
majoris devotionis operibus comperimus claruisse et se nobis gratio-
res per obsequii promptioris exhibitionem laudabilem reddidisse.
Sane olim clare memorie serenissimus princeps et dominas germa-
nus noster reverendissimus dominus Ludovicus tertius, Jherusalem
1. Balthasar de Gérente, seigneur de Monclar, Gémenos, Senas et Salonet,
maître d'hôtel du roi René (8 juillet 1437), mari de Delphine de Pontevès. Son
fils Guigonel fut chambellan du roi René; son petit-fils Jean, après avoir été
chancelier de Provence en 1479, devint grand-sénéchal sous Louis XI.
2. Je dois la transcription de ces deux textes à l'obligeance de M. Raimbault,
sous-archiviste du département des Bouches-du-Rhône, que je suis heureux de
remercier ici de son extrême amabilité.
3. Ce titre est fautif; le scribe a lu trop rapidement l'acte pour se rendre
compte que ce n'est plus la jouissance viagère qui est ici concédée.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 347
et Sicilie rex, etc., dum viveret, actendens mérita grata sincère devo-
tionis et fidei viri magnifici Anthonii de la Sala, etc., consiliarii et
fidelis nostri dilecti, eidem Anthonio, ad vitam suam tantura, ca-
strum Sadaroni, scitum et positum in prefato nostro comitatu Forcal-
querii, cum hominibus, vassallis, vassallorumqtre redditibus, juri-
bus, pedagiis, proventibus, emoiumentis, prosignis, jurisdictionibus
et pertinentiis suis omnibus dédit, tradidit et gratiose concessit,
sicut in quibusdam regiis litteris fraternis eidem Anthonio proinde
concessis et factis plenius et seriosius hec et alla continentur. Nos
vero, liberalitatem dicti condam domini régis Ludovici, fratris no-
stri reverendissimi, erga dictum Anthonium oslensam multipliciter
comendantes et ipsius in hac parte sequi vestigia cupientes, nec
minus in nostre mentis examine deducenles fervorem sincère fidei et
illibate devotionis constantiam dicti Anthonii, tam erga clare memo-
rie serenissimum principem et dominum genitorem nostrum reve-
rendissimum dominum Ludovicum secundum, Jherusalem et Sicilie
regem, etc., et prefatum dominum regem Ludovicum tertium, fra-
trem nostrum reverendum, quam etiam erga nostram magestatem
laudabiliter comprobatam, grata quoque, fructuosa, accepta et digna
memoratu servitia per eum prefatis predecessoribus nostris et subse-
quenler nobis laboriose, die noctuque et in acceptabili tempore pre-
stita et impensa fideliter et constanter, in quorum servitiorum pre-
statione Antonius ipse quicquid scivit et potuit, pro statu dictorum
predecessorum nostrorum et nostro, facere non obmisit, personam
suam periculis formidandis exponens, sumptibus non parcens mul-
tiplicibusque laboribus et expensis quos et quas pro honore et statu
ipsorum predecessorum nostrorum et nostro cum indefexa promptitu-
dine supportavit, queve prestat ad presens, vacando die noctuque,
cum solicitudine et diligentia speciali, circa gubernationem persone
illustris filil nostri primogeniti prediiectissimi, Johannis, ducis
Galabrie, etc., et prestare poterit de bono in melius continuatione
laudabili in futurum, ex quibus ipsum Anthonium munificeprosequi
astringimur et tenemur et eum ampliori nostra gratia et remunera-
tione dignum et benemeritum reputamus, que quidem servitia et
mérita ipsius Anthonii non fuerunt a nostra delenda memoria, sed
illa debemus habere continue menti fixa, et merito nos exitant ad
ejus prosequtionem munificam et uberem gratitudinem per nos erga
eum per consequens exercendam, ac volentes cum dicto Anthonio
super concessione dicti castri agere gratiose, tam propter exigentiam
suorum servitiorum et meritorum predictorum, quam in recompen-
348 iNTOINE DE LA SALLE.
sationem ducatorum triginta sex milium debilorum condam viro
magnifico et strenuo armorum capitaiieo Bernardo de la Sala, geiii-
tori dicli Anthonii, per clare memorie serenissimum et illustrissi-
mum principem et dominum avum nostrum reverendissimum,
dorainum Ludovicum primum Jherusalem et Sicilie regem, etc., et
per eumdem condam Bernardum eidem condam domino régi Ludo-
vico primo in suo felici adventu ad hoc regnum nostrum Sicilie
mutuatorum, sicut per scripturas et litteras suas regias, magno pen-
denti sigillo munitas, inde factas, clare patuit, jamdicto Anthonio et
suis heredibus et successoribus universalibus et particularibus qui-
buscumque imperpetuum, jamdictum castrum Sadaroni, ut supra
situm et positum, cum fortellitio, hominibus, vassallis, vassallo-
rumque reddilibus, feudis, subfeudatariis, mero et mixto imperio ac
gladii poteslate, domibus, possessionibus, vineis, olivetis, jardenis,
terris cuitis et incultis, montibus, planis, siivis, nemoribus, pascuis,
arboribus, molendinis, furnis, baccinderiis , aquis, aquarumque
decursibus, prosignis, emolumentis, pedagiis, herbagiis, jurilms,
jurisdictionibus, censibus, laudimiis et tresenis, cnm juriiras reten-
tionis et prelationis, obventionibus, redditibus et proventibus, actio-
nibus, rationibus et pertinentiis omnibus et singulis ad dictum ca-
strum Sadaroni, tam de jure quam de consuetudine, spectantibus et
pertinenlibus quovis modo, de novo, tanquam rem nostram pro-
priam, damus, donamus, tradimus et ex causa donationis, proprii
nostri motus instinctu, tenore presentis nostri privilegii et de certa
nostra sciencia, concedimus graciose, cedentes, transferentes et diri-
vantes in eumdem Anthonium et dictos suos heredes et successores
ejusdem, presentis nostri privilegii tenore et dicta sciencia certa no-
stra, omne jus omnemque actionem realem et personalem nobis
et nostre curie ac heredibus et successoribus nostris competens et
competentem, competiturum et competituram, quomodocumque et
qualitercumque, in et super dicto castro et juribus suis predictis,
nichil juris vel actionis quoad utile dominium in illis nobis et dicte
nostre curie seu heredibus et successoribus nostris predictis retinen-
tes seu quomodolibet reservantes, cum dictum castrum cum juri-
bus suis predictis eidem Anthonio et dictis suis heredibus et succes-
soribus concesserimus et donaverimus ex causis premissis superius
prenarratis, dantes et concedentes per presens nostrum privilegium
eidem Anthonio et dictis suis heredibus et successoribus licentiam,
auctoritatem et plenariam poteslatem quod possint et valeant libère
et sine contradictione aliqua dictum castrum Sadaroni tenere et pos-
IVOUVEAUX DOCUMENTS SDR SA VIE. 349
sidere, vendere, alienare, obligare, hypothecare seu legare et relin-
quere in vita vel in morte, ac facere et disponere pro eorum lil^ito
voluntatis...
Datum in Castro novo Capuane N^eapolis per manus nostri predicti
régis Renati, anno Uomini miilesimo quadringentesimo tricesimo
nono, die vicesimo mensis januarii, secunde indictionis, regnorum
nostrorutn anno un*".
Vitalis de Gabannis', locuratenens prolhonolarii.
De mandato regio, domino Guillelmo de Montefer-
rato^, domino Octivo, cancellarioregni Sicilie^; domino
Georgio de Alamania, comité Pulcini''; Ludovico,
domino de Bellavalle^; Henrico, bastardo de Barrii; J presentibus.
domino Guidone Daucigny; domino Vitali de Gaban-
nis; Petro, domino de Ghampagnia; Johanne Gossa et
aliis dominis de consilio,
BoLLUMBRELLUS,
Registrata in cancellaria, pênes cancellarium.
Extrait de Vacte de vente de Séderon par Antoine de la Salle à
Pierre de Mévouillon : consentement donné par sa femme, Lionne
de la Sellana de Brusa, et renonciation à ses droits (20 octobre
U39).
(Archives des Bouches-du-Rhône, B 12, fol. 3.)
Insuper nobilis et egregia domicella domina Lyon de la Sellana de
Brusa, uxor dicti domini Anthoneti [de la Sala], presens coram nobis,
certiorata et in formata prius per nos notarium et testes de vendicione
dicti castri [de Sadarone] facta per dictum Anthonium, virum ipsius
domine Lyon, et omnibus et singulis supradictis et ipsum castrum
fuisse pro suis dotibus et earum augraentoypotecatum etobligatum,
infrascripto die, coram nobis, cum auctoritate dicti domini Antho-
1. Ce Vital de Cabanes, d'une famille provençale bien connue, fut grand jus-
ticier du royaume de Sicile.
2. Guillaume Paléologue, qui devint marquis de Montferrat après la mort
(1464) de son frère Jean IV.
3. C'est Olhon Garracioio, chancelier du royaume de Sicile.
4. Georges d'Allemagne, comte de Pulcino, membre d'une famille provençale.
5. Louis de Beauvau, seigneur de Champigné, qui devint sénéchal d'Anjou et
de Provence, ambassadeur du roi René, etc., et mourut en 1472.
350 ANTOINE DE LA SALLE.
neti, viri ipsius, presentis et ad omnia et singula supradicla suum
assensum et aucloritatem prestantis, dicte vendicioni concensit et
ejus concessum, voluntatem et auctoritatem in predictis et quolibet
premissorum pariLer prestitit, ipsamque vendicionem et omnia et
singula supradicta et eciam infrascripla raliflcavit, confirmavit, emo-
logavit et acaptavit, ac ratificat... Et nichilominus dictus dominas
Anthonetus, venditor, et prefata domina Lyon, ipsaque domina
Lyon juravit se esse majorem annorum quindecim, pro predictis
omnibus et eorum singulis observandis...
Acta fuerunt bec in domibus habilacionum ipsiusdomini Antoneti
venditoris, sitis in platea Gapuane civilatis Neapolis, justa vias publi-
cas a duabus partibus et alios confines... presentibus... dominis
Vitale de Gabannis, Johanne le Gilleur, utriusque juris doctoribus;
K.arolodeGastilione% domino de Albanea; domino Johanne de Roge-
rio, priore dicti loci de Sadarono; domino Ghristoforo, diclo Volum-
brella, regio secretario; Francisco Tressepmanas, de Aquis; Ermano
de Vianna, magistro in artibus, regio sirurgico, et Johanne de Gon-
stancio, voierio(?), testibus... Et ego, Anthonius Falconis de Neapoli
publicus... notarius et scriba...
XL
Abandon par le roi Bené en faveur d'Antoine de la Salle de
700 florins de droits de lods et trézain pour ses ventes et acquisi-
tions d'immeubles en Provence, plus de tous les droits dus au
trésor royal à l'occasion de la vente de Séderon (22 novembre
^439).
(Archives des Bouches-du-Rhône, B 12, fol. 79.)
Pro Anthonio de Sala, donaiio laudimiorum et trezenorum pro bonis
acquirendis usque summam VIP florenorum.
Anno Domini millesimo quadringentesimo quadragesimo, die
vicesima octava mensis novembris, vir nobilis Isnardus Peytavini,
in regio Aquensi archivo personaliter constitutus, quasdam réglas et
reginales litteras in pargameno descriptas. .. presentans, illas... in
presenti registro inseri et registrari débite requisivit...
1. Charles de Castillon, seigneur d'Aubagne, Eyrague, Cassis, etc., fils de
Luc, fut conseiller des rois Louis III et René, maître rational à la Chambre des
comptes d'Aix, chevalier de l'ordre du Croissant, etc. Il mourut au mois de
janvier 1461.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 35^
Ténor litterarum ifsarum.
Renatus, Dei gratia Jherusalem et Sicilie rex... spectabili et
magnifico milili Tangredo de Castro, preposito Parisiens), locurate-
nenli noslro generali in comilatibus nostris Provincieet Forcalquerii
et terris eis adjacentibus noviter ordinato, ac noslro sibi assistenti
consilio... graliam et bonam volantatem. Scire vos volumus quod
nos, considérantes grata, utilia, frucluosa et accepta servicia per
nobilem et egregium virum Antonium de Sala, consiliarium et fide-
lem nostrum diiectum, ac gubernatorem persone iliustris et predi-
leclissimi nati noslri primogeniti Johannis, ducis Galabrie, mages-
tati nosLre die nocluque prestita et impensa fideliter et constanter, in
quorum prestalione Antonius ipse subire sue persone pericula,
sumplus, labores et tedia non exxavit [sic] , queve preslat ad presens et
prestare poterit de bono in melius conlinuatione laudabili in futu-
rum, ex quibus ipsum Antonium munifice prosequi et tractare
merito astringimur et tenemur et ad prosequendum cum dignis
retribucionibus racionabiliter obligamur, ut proinde sibi pro nunc
provideamus de aliquo rependiograciarum,jamdicto Antonio, pro se
suisque heredibus et successoribus, summam florenorum septingen-
torum, monete patrie nostreProvincie, noslram curiam contingentera
pro juribus laudimiorum et trezenorum nobis et nomine curie debi-
lis pro quibusdara bonis per ipsum Antonium ex nunc in antea ven-
dendis, emendis et acquirendis quocumque et qualilercumque in
comilatibus Provincie et Forcalquerii et terris eis adjacentibus,
damus, donamus, tradimus, remictimus, relapsamus et concedimus,
tenore presencium, de certa nostra sciencia, propriique noslri motus
inslinclu, liberalilate mera et gracia speciali, ila tamen quod diclus
Antonius teneatur et debeat singulis vicibus vendicionis, erapcionis
et acquisicionis diclorum bonorum per eum faciende, intimare dicto
locumtenenti noslro generali et consilio noslro sibi assistenti, parti-
culariter et distincte, ut de preraissis habere valeant conscienciam et
noticiam specialem, pro caulela curie noslre et ex hac ipsa curia
nostra nequeal defraudari. El amplius, ad majoris gracie cumulum,
prefalo Anlonio diclisque suis heredibus et successoribus omne jus
laudimiorum et trezenorum nobis et noslre curie debitum pro vendi-
cione casLri Sadaroni per ipsum Antonium noviter facta viro magni-
fico Petro de Medulione, cambellano, consiliario et fideli noslro
dileclo, ad quamcumque peccunie summam jus dictorum laudimiorum
et trezenorum ascendat, earumdem tenore presencium et de dicta
352 ANTOINE DE LA SALLE.
sciencia noslra certa, remiclimus, donamus et perpetuo relaxamus,
el volumus quod ipse Anlonius, diclique sui heredes et successores
ad solucionem dicti juris laudimiorum et trezenorum per eos nobis
et dicte nostre curie debiti pro vendicione dicti castri Sadaroni facta
dicto Petro de Medulione, ut est dictura, nuUo unquam tempore
teneantur neque ad id compeili vel astringi possent in eorum perso-
nis, rébus atque bonis. Quapropter, vobis supranominatis officia-
riis...
Datum in castro nostro Gapuane Neapolis, per manus nostri pre-
dicti régis Renati, anno Domini M"IIIPXXXIX, die xxri mensis
novembris, tercie indictionis, regnorum nostrorum anno quinto.
Vitalis, locumtenens prothonotarii.
De mandate regio, in presencia dictorum de consilio...
BOLUMBELLCS.
Gratis.
XII.
Mandement d'Isabelle de Lorraine^ reine de Sicile, pour le paiement
des mille florins de dot assignés par le roi René à Lionne de la
Sellana de Brusa, suivant une convention passée avec son mari,
Antoine de la Salle (5 août -1441).
(Archives des Bouches-du-Rhône, B12, fol. 154 v°.)
Pro nobili Antonio de la Sala et ejus consorti provisio originalis
super modum solucionis dolis ipsorum.
Anno Domini M°1III'XLI, die tercia octobris, ad requisicionem
supplicem magistri Michaelis Matharoni, procuratorio nomine nobi-
lis Antonii de la Sala et ejus consortis, quedam patentes litere origi-
nales... in présent! regestro unacum annexa thesaurarii archivate
extiterunt, velut ecce.
Ténor ipsarum liiterarum reginalium.
Ysabel, Dei gratia Jherusalem et Sicllie regina... thesaurariis
generalibus Provincie, necnon ciavariis curiarum regiarum de Forcal-
querio, Sistarici... presentibuset futuris et eorum cuilibet, gratiam et
bonam voluotatem. Oum pro solucione et satisfacione mille floreno-
rum monete Provincie in dotem constitutorum et assignatorum per
metuendissimum dominum meum regem nobili domicelle Lione,
NOUVEAUX DOCUMEIVTS SUR SA VIE. 353
uxori magnifici Anthonii de Sala, consiliarii regii atque nostri
dilecti, habendorum quidem et percipiendorum super juribus laudi-
miorum et trezenorum ac super juribus relencionum nostre curie
competentibus in dictis vicaria Forcalquerii ac bajuliis Sistarici, Mo-
steriarum, Digne, Gastellane, Gollismarcii, Guiiletmi et Sancti Pauli
Vencesii ^ appunctatum fuerit internes et dictum Anthonetum de la
Sala, presentibus et consencientibus magistris racionalibus magne
régie curie, ut actentis oneribus occurentibus curie régie pro-
pinque, opus est ut de parte dictorum proventuum, tam pro ga-
giis magistrorum racionalium exsolvendis, quam pro aliis negociis
regiis succurratur et subveniatur, dictus Antlionius seu ipsa nobilis
Liona dicta jura uno anno integraliter recipiat per manus vestras,
incipiendo die prima mensis novembris proxime futuri, anno fînito
et complète jura ipsa pro ipsis gagiis magistrorum racionalium et
aliis oneribus more cédant per alium annum inde sequentem, et
ipso anno revoluto dictus Anthonius seu dicta uxor ejus dicta jura
iterum habeat alterius anni, donec eidem Lione de dicta summa
mille florenorum fuerit integraliter persolutum et satisfactum. Igitur
in executionem dicti appunclamenti, volumus et vobis tenore presen-
cium, cum deliberacione regii nobis assistentis consilii, precipimus et
mandamus quatinus prefatis Anthonio et Lione, seu ejus [sic] legitirao
procuratori, peccunias dictorum juriura que proveniunt a die prima
maii proxime preterili nunc usque, et que provenient exinde usque
primam diem maii proxime futuri, sive infra unum annum flnien-
dum prima maii venientis quo computabitur millesimo quadringen-
tesimo quadragesimo secundo, proveniendorum, alternis annis,
quousque de dicta summa mille florenorum in dotem pro dote [sic]
constituta et assignata eisdem fuerit integraliter satisfactum et exso-
lutum, tradatis et exsolvatis, vestrumque quilibet^ prout ad eum
spectabit, tradat et exsolvat intègre et sine diminucione et contradi-
cione quibuscumque...
Datum in Castro nostro Tharasconis, per magnificum virum Jero-
nimum de Mirabollis, de Neapoli, juris utriusque professorem,
curie camere summarie regni Sicilie presidentem, majoremque et
secundarum appellacionum et nullitatum comitatuum Provincie et
1. La viguerie de Forcalquier et les baylies de Sisleron, Moustiers, Digne,
Gastellane, Colmars, Guillaumes et Saint-Paul-de-Vence étaient des circonscrip-
tions administratives du nord et de l'est de la Provence. Situées dans les
Alpes, c'étaient certainement les plus pauvres.
4904 23
354 ANTOINE DE LA SALLE. NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE.
Forcalquerii predictorum judicem, consiliarium regium atque nos-
trum dilectum, die quinta mensis augusti, anno Domini millesimo
quadriiigentesimo quadragesirao primo.
Per reginam, domino senescallo Provincie, domino Valllscluse...
Gratis Regislrata.
Matheuse
1. Les lettres annexes de Pierre « de Trognono », trésorier général des com-
tés de Provence et Forcalquier, adressées aux clavaires des cours royales de
Forcalquier, Sisteron, Moustiers, Digne, Castellaue, Colmars, etc., sont du
4 septembre 1441.
NOTICE
SUR
DEUX MANUSCRITS CAROLINGIENS A MINIATURES
EXÉCUTÉS A L'ABBAYE DE FULDA.
En 1892, M. Schlosser a fait paraître un mémoire fort inté-
ressant sur un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne
(n° 652) contenant le Liber de laudibus sanctœ Crucis du
fameux Raban Maur, abbé de Fulda, puis archevêque de
Majence, et dont les miniatures sont de même style qu'un autre
exemplaire conservé à la bibliothèque du Vatican (Cod. Reg. 124) ^ .
L'auteur allemand a étudié minutieusement l'ouvrage ainsi que
les miniatures et les figures qui l'accompagnent.
Suivant Mabillon, Raban Maur naquit en 776. D'après une
pièce de vers d'Alcuin intitulée : Intercessio Albani pro
Mauro^, il fut envoyé à Saint-Martin de Tours avec son ami
Hatto, par l'abbé de Fulda, Ratgar, tout au commencement du
ix" siècle, au temps où Alcuin était encore à la tête de ce monas-
tère. Il avait trente ans lorsqu'il termina à Fulda l'ouvrage qu'il
avait déjà commencé à Tours. Le Liber de Cruce était donc
achevé en 806.
Raban Maur en envoya un exemplaire à son ami et collabora-
teur Hatto, son successeur à la dignité abbatiale, puis au pape
Grégoire IV, auquel l'œuvre est dédiée, au comte Eberhard,
margrave de Frioul, à l'archevêque de Mayence, Otgar, et aux
1. Eine Fulder Miniaturhandschrift des k. k. Hofbibliothek, dans Jahrbuch
der kunsthistorischen Sammlungen des allerhôchsten Kaiserhauses, 1. XIII
(1892), p. 1-36.
2. Elle figure dans le manuscrit de Vienne. Cf. DUmmler, Mon. Germ., Poet.
lat., t. II, p. 159-160.
356 NOTICE
moines de Saint-Denise L'abbaye de Saint-Martin de Tours avait
dû vraisemblablement en recevoir aussi une copie.
M. P. Clémen, un peu avant la publication de M. de Schlosser,
avait étudié l'école de miniature de Fulda et y avait rattaché, à
juste titre, les deux volumes de Vienne et du Vatican ^ Dans son
travail, il a donné une liste des exemplaires du Liber de Cruce,
dont il connaissait l'existence et qu'il a qualifiés de copies pos-
térieures. Or, dans cette liste, il y en a deux qu'il faut mettre à
part, car ils sont absolument de la même époque et peut-être
même de la même main que ceux dont nous venons de parler.
L'un est conservé à la bibliothèque d'Amiens (n" 223), l'autre à
la Bibliothèque nationale (lat. 2423)3.
Avant de décrire ces deux manuscrits, il est peut-être bon
d'indiquer en quelques mots en quoi consiste le Liber de laudi-
bus sanctœ Crucis. Comme le titre l'annonce, c'est une glori-
fication de la croix. L'ouvrage est écrit en vers hexamètres et
en prose. Les pages qui contiennent les vers offrent en même
temps des figures, le plus souvent géométriques, ou une minia-
ture, combinées avec le texte de telle façon que les lettres com-
prises dans une partie quelconque d'une de ces figures ou de ces
miniatures forment des mots ou même des vers en rapport avec
le sujet. On en verra quelques exemples plus loin. M. de Schlosser
1. Cf. la dédicace de Raban Maur aux moines de Saint-Denis en tête du nis.
lat. 2421 de la Bibliothèque nationale. Ce manuscrit n'est i)as un original du
ix° siècle, comme l'a cru Diinunler, op. cit., p. 157; c'est une copie de la fin
du x° siècle ou du commencement du xi=.
2. Studien zur Geschichle der KaroUngischen Kunsl I, dans Repertorimn
fur Kunstwissenschaft, t. XIII (1890), p. 134 et suiv.
3. On a fait des copies sur les originaux envoyés de Fulda dès la fin du
ix-^ siècle. On peut citer de cette époque le ms. 911 de la Bibliothèque impé-
riale de Vienne et le ms. 597 de la bibliothèque de Lyon. Ce dernier volume,
qui est incomplet, a été exécuté à Saint-Martin de Tours très probablement,
car il renferme la semi-onciale si caractéristique, comme me l'a affirmé très
obligeamment M. Cantinelli, conservateur de la bibliothèque. J'ai dit plus
haut que l'abbaye de Saint-Martin avait dû recevoir, selon toute vraisemblance,
un exemplaire de l'ouvrage. On trouve des copiés du x° siècle à la bibliothèque
d'Orléans (n° 14.5), à la Bibliothèque nationale (lat. 2421 et 2422). Le ms.
lat. 2422 a appartenu à l'abbaye de Saint-Denis et a été copié sur l'exemplaire
que Raban Maur lui envoya. On peut encore mentionner un manuscrit du
x= siècle à Cambridge (Trinily Collège 379), dont les miniatures sont l'œuvre
d'un Anglo-Saxon, Eadwine (cité par Sauerland et Haseloff, Der Psaller
Erzbischof Egbevls von Trier, Codex Gerlrudianus, in Cividale... Trier, 1901,
in-4", p. 128).
SUR DEUX MANUSCRITS CAROLINGIEIVS A MINIATURES. 357
a bien fait ressortir l'intérêt de l'œuvre de Raban Maur pour les
explications mystiques et le symbolisme des nombres. Le texte
en prose, qui fait face aux vers hexamètres, est destiné à en don-
ner une interprétation détaillée.
L'auteur s'est visiblement inspiré du panégyrique de Constan-
tin, de Publilius Optatianus Porphirius, et de certains poèmes de
Fortunat du vi'' siècle. Alcuin composa, lui aussi, deux poèmes
sur la croix et conseilla vivement à Raban Maur d'écrire son
ouvrage * .
Revenons maintenant aux manuscrits d'Amiens et de la
Bibliothèque nationale. La description se bornera presque
exclusivement aux miniatures. Pour les figures et les questions de
symbolisme, il suffit de se reporter au travail de M. de Schlosser.
Le manuscrit 223 de la bibliothèque d'Amiens a appartenu à
l'abbaye de Corbie^. Il mesure 405 millimètres sur 330. En tète
(fol. 2 v°) se trouve la miniature de dédicace au pape Gré-
goire IV (pi. I). Elle est assez curieuse. Sous un portique à trois
arcades nous voyons, au centre, le pape assis sur un siège à
coussin, portant le pallium, vêtu d'une aube bleu pâle, d'une
dalmatique jaune et d'une chasuble violette. Il lève la main
droite pour prendre le volume que lui tend Raban Maur. Ce
dernier est représenté à droite, debout, avec un froc marron.
A gauche est un diacre portant une aube blanche et une dalma-
tique de même couleur, ornée de claves rouges. Le fond de la
miniature est bleu et légèrement rouge. Le sol est parsemé de
fleurs.
Dans l'encadrement, on a inscrit les vers suivants :
Pontificera summum, salvator Ghriste, tuere
Et salvum nobis pastorem in saecula serva,
Presul ut eximius sit rite Gregorius almse
Ecclesiae custos doctorque fidelis in aula.
1. Cf. Schlosser, p. 1-5.
2. M. Delisle a publié plusieurs catalogues de la bibliothèque de Corbie dans
ses Recherches sur l'ancienne bibliothèque de Corbie {Bibl. de l'École des
chartes, 5° série, t. I, 1860). L'un d'eux, qui date du xn= siècle, contenu dans
le ms. 1865 de sir Thomas Phillipps (aujourd'hui à Berlin, cod. Phillipps 195),
donne la mention Rabbanus in laude Sancte Crucis. C'est bien vraisemblable-
ment l'exemplaire dout nous parlons. Voir aussi Delisle, Cabinet des mss.,
t. II, p. 432.
358 NOTICE
Ces vers sont reproduits au-dessus de la miniature en cursive
du xiv*^ siècle.
D'après une lettre de Raban Maur à Éberhard, margrave de
Frioul, on sait que l'auteur fit porter son ouvrage à Grégoire IV
par deux prêtres allant à Rome, nommés Ascrih et Hrudpert. Ce
voyage a eu lieu en 844 ; or, les envoyés ne purent offrir le
manuscrit à son destinataire, qui venait de mourir. Ils le don-
nèrent alors à son successeur, Sergius*.
L'exemplaire de la bibliothèque de Vienne contient deux
miniatures de dédicace. La première ^ montre Otgar, archevêque
de Mayence, assis, ayant un livre dans la main gauche et bénis-
sant de la droite Raban Maur. Celui-ci, tenant son livre des
deux mains, est présenté par Alcuin, qui passe le bras droit sur
son épaule. Au-dessus de la tête de ces personnages on a mis
les mots : Episcopus Maguntinus, Rabanus tnonachus, Albi-
71US abbas.
La seconde miniature de dédicace se rapproche beaucoup de
celle du manuscrit de Corbie^. Le pape prend le volume des
mains de Raban Maur. Il est accompagné de deux diacres au lieu
d'un. Dans l'encadrement, on lit les quatre vers que nous avons
donnés plus haut.
Le manuscrit du Vatican offre lui aussi deux miniatures de
dédicace. La première^ est différente de celle de Vienne. On y
voit saint Martin, le saint de Tours, sous la protection duquel
l'œuvre a été faite, tenant un livre et bénissant Raban Maur et
Alcuin, qui sont dans la même attitude que précédemment. Les
trois personnages sont désignés par les mots : Ses Martinus,
Ma,urus, Albinus, en capitales.
La seconde miniature-^ représente le pape assis, tourné vers
Raban Maur, qui offre son livre. Deux diacres sont derrière lui ;
le plus près tient un volume de la main gauche et le manipule de
la droite. Dans l'encadrement, les vers que nous avons déjà cités.
Grâce aux reproductions données par M. de Schlosser, il est facile
de se rendre compte que la miniature du manuscrit de Corbie est
1. Cf. Annales Fuldenses, a. 844; éd. Pertz, Mon. Germ. hist., Script., t. I,
p. 364.
2. Schlosser, fig. 7.
3. Schlosser, fig. 8.
4. Schlosser, fig. 39; Sauerland et Haseloff, op. cit., pi. 62, a" 1.
5. Schlosser, fig. 40; Sauerland et Haseloff, op. cit., pi. 62, n° 2.
RABAN MAUR OFFRE AU PAPE
SON LIBER DE CRUCE.
Ms. d'Amiens (IX^ siècle).
Pliotolypie Berlhauil, Paris
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L'EMPEREUR LOUIS LE PIEUX.
Liber de Cnicc de Raban Maur.
Ms. d'Amiens (IX^ siècle).
SDR DEDX MANUSCRITS CAROLIIVGIENS A MINIATURES. 359
tout à fait de même style. Les figures, les attitudes, tout dénote
une même origine. La ressemblance semble encore plus frappante
pour les autres peintures que nous allons décrire.
Au fol. 3 Y° du manuscrit d'Amiens se trouve une miniature
représentant Louis le Pieux en guerrier *, comme l'indique le texte
(pi. II). Le souverain est debout, un casque jaune sur la tête, avec
un nimbe vert foncé. Il est vêtu d'un manteau bleu attaché à
l'épaule et porte une cuirasse marron, une tunique rose, des
chausses rouges et des bottes jaunes. Il appuie la main gauche
sur un bouclier rouge, garni d'un umbo bleu. De la droite, il
tient une longue croix rouge.
Dans le nimbe on lit :
Tu Hludovicum,
Christe, corona.
Dans la croix :
In cruce, Ghrisle, tua Victoria vera salusque
Omnia rite régis.
Dans le bouclier :
Nam scutum fidei depellit tela nefanda,
Protegit Augustum clara Iropsea parans -,
Devotum pectus divino munere fretum
lUsesum semper castra inimica ferat.
Les lettres qui bordent à l'intérieur le corps du personnage
donnent quinze vers qui commencent ainsi :
Hiesu Christe, tuum vertice signum
Augusto galeam conférât almam,
Invictam et faciat optima dextram
Virtus, lesu, tua detque triumphum
Au fol. 6 v% image du Christ 2. Celui-ci a la chevelure noire,
la barbe verte, un nimbe jaune crucifère ; la croix du nimbe est
rouge. Il a simplement un linge rouge autour des reins.
Dans la chevelure nous lisons :
Iste est rex justitise.
1. Cf. Schlosser, fig. 9.
2. Cf. Schlosser, pi. 1.
360 NOTICE
Dans le nimbe :
Rex regum et dominus dominorum.
Dans le linge :
Veste fidem parva hic tegitur, qui conlinet astra
Atque solum palmo claudit ubique suo.
Les lettres qui bordent à l'intérieur le corps du Christ donnent
les vers qui suivent :
Dextra Dei summi cuncta ereavit, Hiesus
Ghristus laxabit e sanguine débita mundo,
In cruce sic positus desolvens vincla lyranni.
iËternus Dominus deduxit ad astra beatos
Atque salutiferam dederat Deus arce coronam.
Enfin, dans la croix du nimbe, nous voyons les trois lettres
symboliques AMfl.
Au fol. 9 v°, les séraphins et les chérubins*. La page est divi-
sée par une croix bleue en quatre compartiments. A la partie
supérieure, deux séraphins avec trois paires d'ailes rouges ;
au-dessous, deux chérubins à la chevelure noire, vêtus d'une
robe marron clair, munis d'une paire d'ailes et ouvrant les bras.
Dans la croix :
En arx aima crucis; en fabrica sancla salutis;
En thronus hic régis, haec conciliatio mundi.
Dans le corps des séraphins :
Signa crucis Christi ast séraphin cœlestia monstrant,
Pennarum atque sila hœc cuncta sacrala probant.
Nam liaec socia exultant celebrando hac laude Supernum
Gonclamantque tribus sceptra Sabaoth vicibus.
Dans le corps des chérubins :
Hinc signant chérubin hsee labbara sancta triumphum
Distensisque alis brachia tensa notant,
Quse latere assistunt arcse et sacra opercula condunt
Factaque propitia officio ipsa probant.
1. Cf. Schlosser, fig. 12.
SUIl DEUX MiNDSCRITS CAROLINGIENS A MINIATDRES. 3(i^
Fol. 20 v", l'agneau de Dieu entouré des quatre animaux
évangéliques*.
L'agneau a le corps rose, une couronne blanche, un nimbe
bleu avec croix rouge. Les animaux évangéliques ont le corps
marron. Ils ont tous les quatre une banderolle sur laquelle sont
les premiers mots de chaque évangile.
Dans le corps de l'agneau on lit :
Ecce agnus Dei, qui tollit peccata mundi.
Dans la couronne et la tête :
Septem spiritus Dei.
La croix du nimbe renferme le mot grec Toaluioç),
Dans le corps de l'ange :
Matthaeus hune hominem signavit in ordine stirpis.
Dans l'aigle :
Allivolans aquila et verbum hausit in arce Johannes.
Dans le lion :
Marcus regem signât.
Dans le bœuf
Dat Lucas pontiflcem.
Fol. 33 v°, un moine à genoux devant la croix, vêtu d'un froc
marron 2. Le titre indique : <' De adoratione crucis ab opifice. »
C'est donc Raban Maur. Nous lisons dans le texte en prose :
« Imago vero mea, quam subter crucem genua flectentem et
orantem depinxeram, Asclepiadeo métro conscripta est, priorem
versum tenens hexametrum heroicum, secundum hemistichium
heroici, ita » :
Rabanum memet clemens rogo, GhrisLe, tuere
0 pie judicio.
Telles sont les miniatures que renferme l'exemplaire de la
bibliothèque d'Amiens. Quant aux pages où les lettres se com-
binent avec des figures le plus souvent géométriques, où l'auteur a
1. Cf. Schlosser, fig. 13.
2. Cf. Schlosser, (ig. 46.
362 NOTICE
donné à des nombres un symbolisme parfois exagéré, quelques
exemples suffiront.
Voici les titres de quelques figures :
« De quatuor virtutibus principalibus, quomodo ad crucem
pertineant et quod omnium virtutum fructus per ipsam nobis col-
lati sunt » (fig. 17 de Schlosser).
« De quatuor eleraentis, de quatuor vicissitudinibus tempo-
rum, de quatuor plagis mundi et de quatuor quadrantibus natu-
ralis diei, quomodo omnia in cruce ordinentur et ipsa sanctificen-
tur » (fig. 18 de Scblosser) .
« De numéro septuagenario et sacramentis ejus, quomodo
cruci conveniant » (fig. 21 de Schlosser). Le nombre 70 symbo-
lise la captivité de Babylone, la vie humaine, les 70 vieillards,
etc..
« De quinquagenario numéro et sacramento in eo manifesto »
(fig. 29 de Schlosser) . Le nombre 50 sj-mbolise la fuite en Egypte,
la Pentecôte, la loi donnée sur le mont Sinaï, etc..
Le manuscrit latin 2423 de la Bibliothèque nationale mesure
410 millimètres sur 320. Il ne renferme aucune miniature de
dédicace. A trois pages, il porte une inscription du ix" siècle,
prouvant qu'il a appartenu à saint Raoul, archevêque de
Bourges, de 840 à 866, et que ce prélat l'a donné à Saint-Sul-
pice de Bourges ^ Comment saint Raoul s'était-il procuré le
volume? Selon Trithème, ce dernier assista en 848 au concile de
Mayence, que Raban Maur avait réuni pour juger Godescalc
Mabillon met en doute cette affirmation'. Toutefois, si le fait est
vrai, est-ce une coïncidence ou saint Raoul s'est-il fait promettre
ou donner un exemplaire par Raban Maur lors de son séjour à
Mayence? Il est pour ainsi dire impossible de se prononcer"^.
1. Fol. 2 v° : « Rodulfus archiepiscopus dédit Deo hune librum et Sanclo
Sulpicio ; » fol. 5 v° et 8 v° : « Hic est liber Rodulli, archiepiscopi BiUirigea-
sis ecclesiœ, quein dedil Deo et sancto Sulpicio. »
2. Eist. lut., t. V (1840), p. 321 et 322, et Acta SS., 1" éd., jun. IV, p. 120;
2« éd., jun. V, p. 104.
3. M. Delisle, Cabinet des mss., t. II, p. 508, a publié une liste de volumes
ayant appartenu à Saint-Sulpice de Bourges, liste qu'il avait recueillie sur un
des feuillets à moitié brûlés du cartulaire de Saint-Sulpice; le Liber de Cruce
n'y figure pas.
SHR DEVX MArvnSCRITS CAROLfNr.IfiNS A MTNIATORES. 3^3
Les miniatares du manuscrit 2423 sont tout à fait semblables
à celles des trois volumes de Vienne, du Vatican et d'Amiens.
Les couleurs sont presque toujours les mêmes. Il est difficile de
voir des peintures se ressembler davantage.
Le fait que nous avons trouvé quatre exemplaires absolument
identiques (sauf pour les miniatures de dédicace bien entendu)
n'est pas de nature à nous étonner. L'ouvrage de Raban Maur
eut une réputation assez considérable*. Les grandes abbayes,
telles que Gorbie, Saint-Denis, Saint-Martin de Tours, voulurent
se le procurer, et on exécuta à Fulda une série de copies qu'on
envoya un peu partout, par exemple en Angleterre 2. Le manus-
crit de Corbie est assez intéressant par la miniature de dédicace
qu'il renferme et qui devait probablement manquer dans la
plupart des exemplaires. Peut-être avait-on voulu honorer tout
particulièrement le riche monastère de Picardie.
A. BOINET.
1. Cf. Vita Rabani a Rudotpho presbfjtero, dans Brower, AntiquUales Ful-
denses, t. I, p. 250, et Annales Fuldenses, dans Pertz, M071. Germ. hist.,
Script., t. I, p. 364. Cf. aussi Schlosser, p. 24-30, et la liste donnée par Clemen,
op. cit., p. 128-129.
2. Nous avons dit précédemment qu'il existe au Trinity Collège de Cambridge
un exemplaire copié par un Anglo-Saxon du nom d'Eadwine.
DIPLOMES CAROLINGIENS
BULLE DU PAPE BENOIT VIII
SUR PAPYRUS
ET AUTRES DOCUMENTS
CONCERNANT LES ABBAYES d'aMER ET DE CAMPRODON, EN CATALOGNE.
(843-J0i7.)
Les collections de la Bibliothèque nationale se sont récemment
enrichies d'une série de documents anciens, remontant aux ix% x^ et
xi^ siècles, la plupart concernant les abbayes d'Amer et de Gampro-
don, en Catalogne, et qui ont reçu les n°' 2579 et 2580 des nouvelles
acquisitions du fonds latin. Afin de permettre d'apprécier l'intérêt à
la fois historique et paléographique de ce recueil de pièces, il suffira
de dire qu'on y compte deux diplômes originaux de Charles le
Chauve, un autre, également original, de Charles le Simple, une
copie ancienne d'un diplôme de Louis d'Outre-Mer, une grande bulle
sur papyrus du pape Benoit VIII, sans parler de plusieurs actes ori-
ginaux, revêtus des signatures d'évêques et de grands personnages
espagnols, du x'' siècle.
L'abbaye de Sainte-Marie d'Amer \ l'un des plus anciens monas-
tères de la Catalogne, fondée sans doute par Louis le Débonnaire^,
1. Amer est aujourd'hui une petite ville de la province de Gerona, située
sur la rivière d'Ameria, qui lui a donné son nom et vient se jeter près de là,
dans le Ter, à dix kilomètres à l'ouest de Gerona. — Sur l'ancienne abbaye
d'Amer, il faut consulter YEspaha sagrada, t. XLIII (1819), p. 358-360;
t. XLV (1832), p. lGl-170; Villanueva, Viage lUerario a las Iglesias de Espaha,
t. XIV (1850), p. 216-233.
2. Une légende accueillie au xiv" siècle, avec l'office de Charleraagne, dans
le Bréviaire de Gerona, en faisait remonter l'origine à ce prince (Villanueva,
DIPLÔMES CAROLINGIENS. 365
fut placée d"'abord, aux ix* et x^ siècles, sous le vocable de saint
Emeterio et saint Ginés, ainsi qu'en témoignent les trois diplômes
publiés plus loin et qui sont à peu près les seuls monuments rela-
tifs à rhistoire des premiers temps de cette abbaye qui subsistent
aujourd'hui. Les deux premiers de ces diplômes, émanés de Charles
le Chauve, furent concédés, l'un, en 843 ou 844, à la demande de
l'abbé Wilera, successeur de Déodat, premier abbé du monastère, et
qui avait obtenu un privilège semblable de Louis le Débonnaire par
l'intercession du marquis Gauzselmus, ou Gaucelinus, frère de Ber-
nard, comte de Barcelone-, le second, délivré en 860 à la requête de
Théodose, successeur de Wilera et troisième abbé d'x\mer, est en
quelque sorte la répétition du premier, dont il reproduit presque
mot pour mot les termes. Enfin, le troisième diplôme, concédé par
Charles le Simple et daté de 922, est aussi une confirmation générale
des deux précédents, donnée à la requête de Guiguo, évêque de
Gerona, alors que Guinade était abbé d'Amer.
La fondation de l'abbaye de Saint-Pierre de Garaprodon< remonte
sans doute aux premières années du x® siècle. Dès le début de ce
siècle, il y avait en effet en ce même lieu une église placée sous le
vocable de saint Pierre, ainsi qu'en témoigne Pacte de consécration
daté de 904 et publié plus loin. Le monastère fut construit ou agrandi
vers 930, avec l'assentiment de Gothmar, évêque de Gerona, par
Guifredo, comte de Besaiû, qui, en 932, obtint de Louis d'Outre-
Mer un diplôme pour en confirmer rétablissement^. En -lon, une
Viage literario, XIV, 268-269) : « Lectio VIII. Tune sanctus Karolus dévoie
consurgens ivit versus vallern Hostalesii ; et, egressus de loco qui dicitur Sent
Madir, exivit obviam Sarracenis, de quibus oblinuit victoriain et honorem. Et
propter boc ibidem constituit monasterium raonachorum, coustrueudo altaie
majus sub invocatione Virginis gloriosae ; sed quia locus ille Sarracenis fuit
amarus, ideo Sancta Maria de Amer ex tune fuit ab incolis nominatus. »
1. Caraprodon, ou Campredon, est aujourd'hui une petite ville de la province
de Gerona, située à huit kilomètres au nord-ouesl de cette dernière ville, au
pied des Pyrénées, dans la vallée de Llanars et au confluent des rivières de
Ter et de Riutorl. — Sur l'ancienne abbaye de Camprodon, il faut consulter
ÏEspana sagrada, t. XLIII (1819), p. 355-358, et Vilianueva, Viage literario,
t. XV (1851), p. 108-123.
2. On trouve dans le même recueil de pièces, au fol. 18 du ms. 2579 des
nouvelles acquisitions du fonds latin, un autre acte original, concernant
Camprodon, revêtu des signatures de plusieurs évêques et abbés espagnols du
xii° siècle. C'est l'autorisation, concédée par le roi D. Pedre II d'Aragon, en
1196, d'établir une ville forte, au lieu dit Podium reliquiarum, pour servir
d'asile, en temps de guerre, aux habitants de la ville qui s'était formée autour
de l'abbaye de Camprodon :
366 DIPLÔMES CAROLINGIENS, ETC.,
nouvelle confirmation des privilèges de l'abbaye fut accordée par le
« Ea que pro bono et ulili fiunt proposito, solidiori auctoritate sunt autenti-
canda. Igitur in nomine Domini et ejusdem d[i]viaa clementia sit notum cunc-
tis presentibus et futuris, quod ego Petrus, Dei gratia, rex Aragon, et cornes
Barchinon., inspecta et cognita utilitate et causa terre mee deffensionis, et
quia pre video et preconsidero posse et debere fieri de jure et ratione, libenti
animo et spontanea volunlate, et cum hac presenti scriptura perpetuo vaiitura,
concedo, laudo atque dono tibi Bernardo, abbati de Campo rotundo et loti
conventui ejusdem loci, presenti atque futuro, liberam et plenam licentiam et
potestatem transfferendi et transmutandi villam de Campo rotundo, cum
hominibus et feminis, in fortiori et securiori loco, videlicet in eo loco qui nun-
cupatur et apellalur Podium reliquiarum, quandocumque tibi placuerit; et
liceat tibi et successoribus luis hedificare et coustruere in podio illo pro secu-
rilate omnium ibi habitantium forciam seu munitionem qualem volueris aut
potueris, sine alicujus persone obstaculo et impedimenlo, ita tamen quod ab
ipsa forcia, que ibi a te vel a tuis successoribus facta fuerit et constructa, ira-
tus sive paccatus mihi et meis quandocumque et quocienscumque per me, vel
per certum nuncium meum, vel per sigillum tibi vel tuis requisita fuerit tra-
datur plena potestas. Concedo aulem et laudo atque confirme omnibus homini-
bus qui modo et in antea in ipso loco habitaverint eandem libertalem et fran-
quitatern atque consuetudines quas habebant et possidebant in priori villa, et
liceat eis habere et celebrare mercatum singulis ebdomadis ii'' feria ibi, sicut
habere et celebrare solebant in prima vill[a] nos ejusd... [co]ntinen-
tur in inslrumento concesso et auctorizato prefixo monaslerio a domino comité
Barchinon cui mercatum nisi prefixum, quod ego aucto-
rizo. Sint autem salvi et securi sub custodia eundo et re[deundo] . . .
quod venerint ad predi[ctum] mercatum cum universis rébus suis et alios
omnes qui in dicta villa permanserint, et nullus ausu temerario p[resum]at in
aliquo predictos homines seu res eorura aggravare, inquietare seu molestare ;
quoniam qui fecerit, iram et indignationem meam incurret, et etiam pro tanta
presumplione, excepta dati dampni restitutione, in pena c. marcharum con-
dempnabitur. Laudo etiam el confirmo tibi predicto abbati et luis omnibus
successoribus illud instrumentum, quod dominus Ildfefonsus] pater meus piis-
sime recordationis fecit et concessit tibi et predicto monasterio. Datum
Gerunde, raense februarii, per manum Johannis Beraxensis, domini régis nota-
rii, et mandato ejus scripta sub anno Domini M" C" XC° VI°.
« Signum -j- Pétri régis Aragon, et comitis Barchinon.
« -{- Petrus Ausonensis sacrista.
« Baimundus abbas Rivipollensis f ; salvo jure Rlvipollensis ecclesie; in
omnibus.
« Sigfnum Guillelmi de Cardona. Sigfnum Raimundi Gaucerandi. Sigfnum
Guilleimi de Granata. Sig^-num Eximiui de Lusia. Sigfnum Michaelis de Lusia.
« [Monogramme) publicus scriptor Bisilluni.
« Raimundus abbas Balneolensis -{-.
a Sig-j-num Guillelmi Durforlis.
a f Guillelmi Elenensis episcopi.
« Sigfnum Guillelmi de Pinu.
« * Guillelmi de Ortafano, Elenensis archidiaconi.
d'amer et camprodo!V. 367
pape Benoit VIII, duquel émane la grande bulle sur papyrus publiée
également plus loin et qui vient porter à neuf le nombre des bulles,
ou fragments de bulles, sur papyrus, aujourd'hui existant en
France* :
^ . Bulle d'Adrien I", vers 788. Reg&sta, n" 2462.
2. ~ de Benoit III, 7 octobre 855. — n° 2663.
3. — de Nicolas PS 28 avril 863. — n° 2718.
4. — de Jean VIII, 15 octobre 876. — n° 3052.
5. — de Formose, ^ 5 octobre 893. — n° 3497.
*. — d'Agapet II, décembre 951. — n" 3656 2.
6. — de Jean XV, 26 mai 995. — n° 3858.
7. — de Silvestre II, 23 novembre 999. — n° 3906.
8. — de Serge IV, novembre lO^i. — n° 3976.
9. — de Benoît VIII, 8 janvier -ion. — n" 4019.
Il reste à dire quelques mots, pour en terminer avec ce recueil, de
quatre autres documents originaux publiés également ici, dont trois
sont relatifs à la même abbaye de Gamprodon, un quatrième à l'ab-
baye d'Amer, et qui peuvent tous à bon droit être cités au nombre
des plus anciens monuments de la paléographie et de la diploma-
tique espagnoles.
« -j- Gillelmi abbatis sancti Laurentii.
« Gaufredus Gerundensis e[cclesie] electus in eclesia
subscribo;
« Signum *Johannis Beraxensis domini régis notarii.
« E[go] [Bis]ull[unensis]... »
Plusieurs mots dans le milieu de cet acte et quelques parties des signatures
mises au bas ont été rongés par un rat. Les signatures imprimées en italiques
paraissent autographes.
On peut aussi mentionner une autre pièce, qui précède immédiatement
celle-ci dans le ms. nouv. acq. lat. 2579, fol. 17. C'est un long rouleau de
parchemin, sur lequel sont transcrites les plaintes adressées par l'abbé de
Camprodon au roi d'Aragon contre les déprédations et les rapines des gens de
Besalû et qui débute ainsi : « Hii sunt clamores quos abbas Campirotundi et
omnis conventus ejusdem ecclesie fatiunt domino Deo et domino régi Aragonie
de Petro Pontii de Bisilluno et de hominibus ville Bisilluni... »
1. Voir le Rapport de M. Delisle sur une communication de M. Brutails,
dans le Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques,
1885, p. 158-159, et un article de M. H. Bressiau, dans les MUtheilungen des
Instituts fur œsterreichische Geschichtforschung, t. IX (1888), p. 5 et 6.
2. L'original de la bulle d'Agapet a péri, en 1871, dans l'incendie de la
bibliothèque du Louvre.
368 DIPLÔMES CAROLINGIENS, ETC.,
La première de ces pièces est l'acte de consécration de l'église de
Saint-Pierre de Camprodon, en 904, par Tévêque de Gerona, Servus
Dei; la seconde est Tacte de donation, en 940, à l'abbaye d'Amer,
par un personnage du nom d'Angaricus et par sa femme, Placida, d'une
vigne située près de Gérone; le troisième est Pacte de nomination par
Soniefredo, comte de Besalû, et de confirmation par Arnoul, évêque
de Gerona, en 962, de Teuderico comme successeur du premier abbé
de Camprodon, Leufredo, qui avait quitté l'abbaye et était, depuis
sept ans, parti en pèlerinage aux lieux saints; la quatrième, enfin,
est le testament, daté de l'an 992, d'un prêtre du nom de Deila, qui
lègue tous ses biens meubles et immeubles, situés dans le comté de
Besalû, tant à l'abbaye de Camprodon qu'à différentes autres églises
et à ses propres parents.
H. Omont.
I-II.
Diplômes de Charles le Chauve en faveur de l'abbaye
d'Amer ^
I. IL
(14 mai 843 ou 844.) (19 novembre 860.)
fin nomine sanctae et indi- y In nomine sanctae et in-
viduae Trinitatis. Karolus gra- dividuae ïrinitatis. Karolus
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2579, fol. 1 et 2. Originaux sur parchemin,
mesurant, l'un 44 centimètres de haut sur 74 de large et l'autre 47 centimètres
sur 62. Le texte du premier de ces diplômes a été imprimé par J. de la Canal,
dans VEspana sugrada, t. XLV (1832), p. 320-321, sans mention d'origine;
puis par Viilanueva, Viage literario, t. XIV (1850), p. 305-307, « ex autogr. in
arch. monast. Ameren. ».
Au dos de ce même diplôme, on lit, en écriture du xi' ou xii° siècle, la cote
suivante : « Preceptum primuw de Karolo rege, filio Ludovici » ; puis cette
seconde cote, en écriture du xiv° siècle: a Originale primi privilegii Karoli »;
et enfin cette troisième cote, en écriture du xvii^ ou xviii' siècle : « 6. Primer
précepte salvaguarda de Karlos Calvo », avec le " n" 60 ».
Le texte du second diplôme de Charles le Chauve a été publié par Baluze,
CapUiilaria regum Francorum (1677), t. II, Append., col. 1480-1481, « ex
archivo S. Mariœ de Amer »; reproduit par D, Bouquet, Recueil des histo-
riens, t. VIII (1752), p. 561-562, et enfin par J. de la Canal, dans VEspana
sagrada, t. XLV (1832), p. 322-324, « ex aulhent. »; cf. Bohmer, Regesta
(1833), n" 1687.
Au dos de ce second diplôme, on lit, en écriture du xi° ou xii^ siècle, la cote
D AMER ET CAMPRODON.
369
tia Bei'' rex. Si erga loca divi-
nis cultibus niancipata propter
amorem Dei eorumque in eis-
dem locis sibi famulantibus bé-
néficia oportunalargimur, prae-
mium apud Domiuum aeternae
remunerationis rependi non dif-
fldimus. Idcirco notum sit* om-
nibus sanc^ae Dei ~ ecclesiae
fidelibus et no^^ris praesenti-
biis atque futuris, quia quidam
religiosus vir Vuilera, abba
monasterii quod est situm in
pago Gerondense, constructum
scilicet sub honore sanc^i Eme-
terii sanctique Genesii, ad uos-
tram accedens serenitatem, ob-
tulit praecellentiae no^^rae
quondam domni et genitoris
nostri gloriose memoriae au-
gusti Hludouuici auctoritatem,
praedecessori siquidem suo ve-
nerabili abbati Deodato fac-
iam,^'m qua continebatur qua-
liter idem domnus et genitor
noster , per intercessionem
Gauzselmi quondam marchio-
nis, eum et monachos suos pre-
dictumque monasterium, cum
omnibus rébus sibi pertinenti-
gratia Dei rex. Si erga loca
divinis cultibus mancipata
propter amorem Dei eorumque
in ejusdem locis sibi famulan-
tibus bénéficia oportuna largi-
mur, praemium apud Domm^m
aeternae remuneration[is] ~ re-
pendi non diffidimus. Idcirco
notum sit omnibus sanctae Dei
eccle^fae fidelibus et no^^ris
praesentibus atqwe futuris,
quia quidam religiosus vir
Theodosius , abba monasterii
quod est situm in pago Geron-
dense, constructum scilicet sub
honore sanc^i Emeterii sanc^i-
que Genesii, ad no5^ram acce-
dens serenitatem, obtulit pre-
cellentiae no5^rae quandam
domni ac genitoris no5^ri glo-
riosae memoriae augusti Hlu-
douuici auctoritatem, praede-
cessori siquidem suo venera-
bili abbati ^Deodato factam, in
qua continebatur qualiter idem
domnus et genitor noster, per
intercessionem Gauzselmi quon-
dam marchionis, eum et mo-
nachos suos praedictumque
monasterium, cum omnibus
suivante : « Preceptus tercius de Karolo rege » ; puis cette seconde cote, en
écriture du xiV siècle : « Originale. Tercium privilegiu?n Karoli » -, et enfin
cette troisième cote, en écriture du xvii" ou du xviii* siècle : « 3. Tercer pré-
cepte o salvaguarda de Karlos Calvo », avec le « n° 55 ». — Il existe à
Gerona, dans l'Archivio de la delegacion de Hacienda, fonds d'Amer, une copie
ancienne de celle même pièce, sur parchemin, qui peut remonter au x' ou
XI» siècle, et est analogue à la copie du diplôme de Louis d'Outre-Mer impri-
mée plus loin.
La première ligne de chaque diplôme est en caractères allongés.
a. Di a été ajouté en minuscules au-dessus de la ligne et de première main.
b. SU a été ajouté de même.
I 904 24
370
DIPLOMES CAROLINGIENS, ETC.,
bus, sub suae immunitatis tui-
tione defensionisque munimine
clementer susceperit. Petiit ita-
que reverentiam no^^ram idem
Vuilera abba, ut, eandera domni
et genitoris nostri rénovantes
praeceptionem , eum mona-
chosqwe ^ suos una cum praes-
cripto monasterio, et cellis sibi
pertinentibi^s aliisque omnibus
rébus similiter sub nosirsie im-
munitatis defensione recipere
plenissime dignaremur. Cujus
inquam petitionibifs libenter ad-
quievimus, et ita illi conces-
sisse omnibus notum esse vo-
Imjius. Quaproptereundem ab-
batem cum monachis sui[s,
i]dem« monasterium cum omni-
bus rébus sibi pertinentibus ac
cellis sibi subjectis, ^ quarum
altéra dicitur domw^'^ sanc^ae
Mariae, sita secus fluvium
Amera, altéra vero domus scili-
cet sita super iiuvium Sterriam,
nec non etiam cellulas duas, in
pago Inporitanense sitas, ex
quibws una appellatur Colum-
barius, sita super fluvium Ta-
ceram, altéra quippe dicitur
Garcer, sitam juxta maris
magni littora, cum orani earum
omniuwi rerum integritate sub
nostro mundeburdo,*^ sicut dic-
tum est, atque defensione inte-
gerrime contra omnium inquie-
rebus sibi pertinentibus, sub
suae inmunitatis tuitione de-
fensionisque munimine clemen-
ter susceperit. Petiit ïiaque
reverentiam no5^ram idem
Theodosius abba, ut, eandem
domni et genitoris nostri ré-
novantes pr«eceptioneru, ^eu/«
monachosqwe suos una cum
praescripto monasterio, et cel-
lis sibi pertinentibus aliisqwe
omnibus rébus simzKter sub
no5^rae inmunitatis defensione
recipere plenissime dignare-
mur. Cujus inquam pelitioni-
bus libenter adquievimus, et
ita illi coucessisse notum esse
omnibus volumus. Quapropter
eundewi abbatem cum mona-
chis suis, idem monasteriuwi
cum omnibus rébus sibi perti-
nentibws, ac cellis sibi subjec-
tis, quarum altéra dicitwr^ do-
mus sanctae Mariae sita secus
ûuvmm Amera, altéra vero
domus scilicet sita super flu-
vium Sterriaw^, nec non etiam
cellulas duas in pago Inpori-
tanense sitas, ex quibws una
appellatur Coluwibariu5, sita
super fluviuwi Tacerawz, altéra
quippe dicitur Carcer, sita
juxta maris magni litora, at-
que eccle.S2;am in honore sanc-
^ae Mariae semper virginis et
sanc^i Mathei et sanc^i Johan-
a. On a suppléé ici, et aux lignes 4 et 10, entre crochets, des mots, ou par-
lies de mots, disparus dans les trous formés par des plis du parchemin.
b. Domus a été ajouté comme plus haut.
d'amer et CAMPRODOIV.
371
tudines hominum constituen-
tes, praecipimus atqwe jubemns
ut nullus judex publicus, vel
quislibetex judiciaria potestate,
inecclesias, aut loca, vel agros
seu reliquas possessiones sepe-
dicti monasterii et cellularum
sibi subjectarum, ad causas ju-
diciario more audiendas, vel
freda exigenda, vel para tas
^ faciendas, aut uUas redibitio-
nes aut fldejussores tollendos,
vel illorum homines distringen-
dos, aut inlicitas occansiones
requirendas ingredi audeat,
nec ea quae supra memorata
sunt exigere praesumat, sed
cum cellis supra meraoratis et
villaribws aliisqwe omnibus ré-
bus pr<zenominato monasterio
pertinentibws, in quibuscun-
que consistant locis sive pagis,
necnon etiam cum omnibus
^possessionibi^s quas juste ratio-
nabiliterque praesenti tempore
possidere dinoscitur, simul cura
bis quas divina pietas eidem
sacratissimo loco per suos
quosqwe fidèles augere volue-
rit. Liceat memorato abbati
suisqwe successoribus et mo-
nachis in sepedicto loco degen-
tibus quiète vivere et possidere,
easderaque res cum omni secu-
ritate sine cujuspiam ^ contra-
dictione et minoratione tenere
et possidere, eorumqwe pro uti-
litatibus racionabiliter con-
cambiare, et pro nobis conjuge
proleque no^^ra, seu stabilitate
nis,constructam in pago Ge-
rondense, sitam ^in loco qui di-
citur Vallis Anglensis, ipsas
salas seu et palatiolu»^ qwod
vocatur MerLac, cum omnibus
adpenditiis suis, nec non et in
alio loco qui vocatur Ausor, et
ex ipsa silva quantum in eo-
rum usus extirpare commodxim
duxerint, cum omni earum
omnimn rerum integritate sub
no5^ro mundeburdo, sicut dic-
tum est, atque defensione inte-
gerrime contra omnium inquie-
tudines hominur/i '' constituen-
tes, praecipimus aique jube-
mus, ut nullus judex publicus,
vel quislibet ex judiciaria po-
testate in ecclems, aut loca,
vel agros, seu reliquas posses-
siones sepedicti monasterii et
cellularuw? sibi subjectarum,
ad causas judiciario more au-
diendas, vel freda exigenda,
vel paratas faciendas, aut ullas
redibitiones aut fldeijussores
tollendos, vel illorum ^homines
distringendos, aut inlicitas oc-
casiones requirendas ingredi
audeat, sed ueque viaticum ne-
que portaticum, neque saluta-
ticuwi, neqwe pasquarium, ne-
que toloneum, aut ullum inli-
citum debitum, nec ea quae
supra memorata sunt, exigere
praesumat, sed cum cellis su-
pra memoratis et villaribus
aliisque omnibus rébus prae-
nominato monasterio pertinen-
tibus in quibuscumqwe ^consis-
372
DIPLOMES CiROLINGIENS, ETC.
totius regni no^^ri, una eu m
monachis inibi Domino mili-
ta ntibws, diviiiam misericor-
diam jugiter exorare. Et quan-
documqMe divina vocatione
memoratus abba aut successo-
res sui ab hac luce ^"raigrave-
rint, quamdiu inter se taies in-
venire potuerint, qui eos secun-
dum regulam sanc^i Benedicti
regere et gubernare valeant,
licentiam habeant ex semet
ipsis abbates [eligere], qui eis,
ut praedixinm^, merito vitae
et S6«nc^itatis preesse et pro-
desse possint. Et, ut haec nos-
trae conflrmationis auctoritas
perpetuam obtineatfirmitatem,
[manu propria] "firmavimus et
anuli no5^ri inpressione adsi-
gnari jussimus.
^'Signum {monogramme)
Karoli gloriosissimi régis.
•\- Archarius ^Yaeshiieï\ ad
vicem Hludouuici recognovit
et s[ubscripsit]. {Ruche.)
{Sceau enlevé.)
^^Data II. \àus maif, an-
no IIII., indictione vu.", rég-
nante domno nos^ro Karoïo
glorississimo rege.
Actum 'rhol[osla'^ civitate,
in Dei nomine féliciter. Amen.
Amen {répété en notes tiro-
niennes) .
tant locis, sive pagis, necnon
etiam cum omnibus possessio-
nibus, quç juste [rationabjili-
terque praesenti tempore pos-
sidere dinoscitwr, simul cum
his quas divina pietas eidem
sacratissimo loco p[er se suos-
que fidèles] augere voluerit.
Liceat memorato 'abbati suis-
que successoribus et monachis
in sepedicto loco degentibits,
quiète vivere et possidere eas-
demque res cum omni securi-
tate, sine ^°cujuspiam contra-
dictione et minoratione, tenere
et possidere, eorn7nque pro uti-
litatibus rationabiliterconcam-
biare, vel veiidere, et pro no-
bis, conjuge proleqwe no5^ra,
seu stabilitate totius regni nos-
tn, una cum monachis inibi
dommo militantibus divinam
misericordiam jugiter exorare.
Et quandocuwzqwe divina vo-
catione memoratus abba aut
successores sui ab hac luce
"migraverint, quamdiu inter
se taies invenire potuerint, qui
eos secu7idum regulam sancti
Benedicti regere et gubernare
valeant, licentiam habeant ex
semetipsis abbates eligere, qui
eis, ut pra(?diximM5, merito vi-
tae et sanc^itatis ]^raeesse et
prodesse possi[n]t. Et, ut haec
a. Il faudrait anno IV, ind. VI pour l'année 843, au mois de mai, l'indic-
tioii VII commençant au 1°' septembre 843.
b. Le texte du diplôme porte très nettement Thola, sans aucune marque
d'abréviation; mais il est de toute évidence qu'il faut restituer Tholosa.
d'amer et camprodon. 373
no,s^rae confirmationis auctori-
tas pe>'petuam obtineat firrai-
tatem, manu propria subter
*2eam firmavimus et anulli nos-
tri inpressione adsignari jussi-
mus.
*^Signum {monogramme)
Karoli gloriosissimi régis.
j- Gauzlenus notariit^ ad vi-
cem Hludouuici recognovit.
{Ruche.) {Sceau enlevé.)
Unruocus cornes ambas-
ciavit^'^.
^^Data xrn. kalendas de-
ce7nhris, indictione viii., an-
no XXI. , régnante Karolo glo-
ri[osi]ssimo rege.
Actum in Pontione palatio
regio, in Dei nomine féliciter.
AMHN.
m.
Diplôme de Charles le Simple en faveur de l'abbaye
d'Amer ^
(5 juin 922.)
f In nomine sancte et individue Trinitatatis. Karolus, divina
propitiante clementia, rex Francorum. Regalis mes est ^fidèles
a. Ces trois mots ont été tracés en notes tironiennes : Un-ru-o-cus cornes
am-ba-sci-a-vit. Ce personnage doit sans doute être identifié avec Hunrok, ou
Henri II, tils et successeur d'Éberhard, duc de Frioul (868-874).
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2579, fol. 3. — Original sur parchemin,
mesurant 54 centimètres de large sur 45 de haut. Le texte de ce diplôme a été
imprimé par J. de la Canal, dans VEspana sagrada, t. XLV (1832), p. 324-325,
sans mention d'origine.
Au dos du diplônne, on lit, en écriture du xi« ou xii^ siècle, la cote sui-
vante : « Preceptum secwnd^m Karoli », par suite d'une confusion avec Charles
le Chauve-, puis cette seconde cote en écriture du xiv° siècle : « Originale est.
37i DIPLOMES CAROLINGIENS, ETC.,
suos donis multiplicibus honorare. Idcirco noverit omnium sanc-
te Dei ecclesio fldelium presentium sive futurorura industria,
quoniam ^accedens ante presentiam no^^ram venerabilis presul
Gerundensis ecciesi(^, Guigo noraine, expetiit a no5^ra mansue-
tudine ut Melihiis ^suis quasdaîu res, quibus p^^oprio jure utun-
tur, precepto nostro conflrmaremus. Cujus petitionem bénigne
suscipientes, conce^dimus quibusdam fidelibus suis quasdam res
sitas in comitatu Gerundense, monasterium scilicet sanc^i
Hemeterii sanctique Genesii cum omnibus ad eos iperiihieniihus,
cellas etiam duas sanctç Mariç et sanctï Vincentii, vel sanct'i
Johannis, cum omnibus sub integritate ad eas pertinentibw*,
alias etiam cellas duas sitas in comitatu ^Puritanense, ex quibz<5
una apellatur Columbarura, sita sup6?r fluvium Tether, altéra
dicitwr Carcer, sita juxta mare, cum omnibus ad se jure pertinen-
tibus, et cellam sanc^i Andreç ^sitam super fluvium Esterriam,
et locum qui dicitur Ausor, cum omnibus ad se pertinentibus,
Merlac cum omnibi«5 ad se pertinentibus. Precipimus etiam
atqwe jubemus, ut nullus ^judex publicw^ aut judiciaria potestas
in predicto monasterio vel cellis, seu locis sibi subjectis potes-
tatem habeat aut violentiam aliqitam exerceat, seà Guinade
abba, *''et sui successores et monachi inibi degentes quiète vivere
et possidere predictas res cum omni securitate valeant, et pro
nobis seu pro regni no5^ri statu divinam misericordiam ^'valeant
exorare. Et ut hec no^^re auctoritatis confirma tio perpetuç obti-
neat firmitatis vigorem, manu propria subter flrmavimi^^ *^et
annuli no^^ri impressione jussimus sigillari.
^^Signum Karoli {monogramme) régis gloriosissimi.
*^f Agano notarius, ad vicem Rotgeri arch[e])iscop[ summiqi^e
cancellarii, recognovil et s[ubscripsit]. {Ruche.) {Sceau enlevé.)
i^Data nonas junii, indictione x., anno tricesimo régnante
domno no^^ro Karolo, redintegrante xxv., largiore vero heredi-
tate indepta xi. Actum Turno^ féliciter. Amen {en notes tiro-
niennes) .
Secundum privilegiiim Karoli »; et enfin cette troisième cote, en écriture du
xvii^ ou xviii" siècle : « 2. Segon précepte o salvaguarda de Karlos Calvo »,
avec le « n° 56 ». — La première ligne est en caractères allongés.
1. Cf. P. de Marca, Marca Impanica, p. 375, et trois autres diplômes de
Charles le Simple pour l'église de Gerona et l'église de Narbonne, n""^ ix,
Lxxxviii et Lxxxix de D. Bouquet, Recueil des historiens, t. IX, p. 475, 555
et 556.
d'amer et CiMPRODON. 375
IV.
Diplôme de Louis d'Odtre-Mer en faveur de l'abbaye
DE CaMPRODON^
(3 février 952.)
In nomine sanc^e et individus (i) Trinitatis. Leudovicus, divina
miserante clementia, Francorum rex. Si locis s<2nc^orum divino
cultui mandatis servorumque(2) necessitatibus opem '^conferi-
mus, regiraen pro certo exercemus, aemolumentum atqwe ad
çterne beatitudinis gloHara facilius pervenire confidimus. Igitur
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2579, fol. 4. — Copie ancienne, du
xi° siècle, sur parchemin, mesurant 64 centimètres de large sur 41 de haut. Le
texte de ce diplôme a été imprimé par Baluze dans la Marca hispanica (1688),
col. 862-863 ; reproduit dans D. Bouquet, Recueil des historiens, t. IX (1757),
col. 608-609, « ex archivis hujus monast. »; puis par Pujades, Crônica uni-
versal de la Cataluha, t. VII (1831), p. 92-93, et enlin par Viilanueva, Viage
literario, t. XV (1851), p. 276-278, « ex translat. in arch. S. Pétri Catnpirotundi ».
Au dos du diplôme, on lit, en écriture du xi" ou xii= siècle, la cote suivante :
« Regale preceptura petitionibws Guifredi comitis hujws loci fundatoris edi-
tum »; et une autre cote du xvii» ou xviii" siècle : « C. 235 ».— La première
ligne de ce diplôme est en caractères allongés, avec une transcription ancienne
au-dessus.
Une copie sur papier du diplôme original, faite au xviii" siècle, forme les
fol. 5 et 6 du ms. nouv. acq. lat. 2579; en voici le litre et, plus bas, l'indica-
tion des variantes qu'elle présente avec le texte de la copie ancienne publié
ci-dessus :
« C. 235. — TrasUat del privilegi del christianissim Luis, rey de França, e
en que confirma la fundacio del illustrissim y religiosissim monastir de
S. Pero de Camprodo, de la orde de nostre Pare sant Benêt, fundat, per lo
serenissim Vuifredo, compte de Cerdanya, y totas las rendas, possessions y
senyorias que li dona quant lo funda y edilica ; lo original del quai esta en lo
archiv de dit monastir, escrit en lletra gothiga difficultos de lleger. »
Variantes de la copie auec l'original. — (1) Sanctaî et individu». — (2) man-
cipatis servorumque Dei. — (3) agnoscat, corr. dignoscat. — (4) quoniam,
corr. quam. — (5) adiens. — (6) quemdam. — (7) commutuaverat. — (8) qua-
tenus. — (9) Vuifredi. — (10) monasleriolum. — (1 1) Christophori. — (12) Fran-
corum. — (13) alodes. — (14) quœ {corr. cum pace) orania. — (15) judiciaria,
corr. judicialia. — (16) ad, corr. aut. — (17) modo, corr. more. — (18) fidei
jussores. — (19) audeant. — (20) prœsumat. — (21) consistant. — (22) exorare
misericordiam, corr. in ecclesiam. — (23) insigniri, corr. insignili. — (24) suit :
Signum Ludovici [monogramme] gloriosissimi régis. — Locus {cercle) annuli. —
Ordilo notarius, ad vicem Artaldi archiepiscopi, relegit et subscripsit. Aclum, etc.
370 DIPLOMES CAROLIiVGIE^JS, ETC.,
omnium sanciQ Dei çccle^zç fldelium, tam presencium quam et
futurorum, agnoscat(^) soller^cia, qMom'am(^) nostram audiens(^)
prçsentiam Wlfredus cornes rettulit nobis qualiter quendam(^)
locellum in honore sancti Pétri, situm in pago Bisullunense, ob
Dei ejusdemqi^e principis apostolorwm amorem suç heredita^tis
rebws, aput Gothmarum, Gerundensis Qcclesi^ prçsulem, cum
consensu tam clericorum quam laicorura prçdicte sedis regulari-
ter firmiterqwe corautaveratC^), ut moris est, dea scilicet
ratione, ut inibi régula beati Benedicti ^cum abbate proprio
exerceretur, Unde nos^rae altitudinis munificentiam satis reve-
renter expetiit, quatinus(^) prçdictum cçnobium no^^rae ditioni
omnino vendicantes, cum omnibw5 juste sibi ^ertïneutihus uos-
trae regalitatis prçcepto ^cowflrmare dignaremur. Cujus prçdicti
comitis Wlfredi(^) pçtitionibws libenter suscipientes prçdictum
monasterii jusC''), cum abbate Laufredo, et raonachis ac omni-
bus rehus sçu villarib^^, videlicet çcclesiam in honore sancti
Christoîon{^^) in viPla que dicitwr Crescenturi, et silvam quç
eidem monasterio adjacet, cum terris, molendinis et pratis; et
in alio loco xilhm que vocatwr Pugna Franchorioîi(*'), cu«^
finibM5 ac terminis, sive aulodes(i-^), quos prçdictus comes
Wïîredus eidem monas^terio per carta contulit, scilicet in comi-
tatibus Bisullune?îse et in valle Asperi; aulodesC^) qnoque quos
genitrix prçfati comitis prelibato monasterio in pagis scilicet
Bisullunense hac in Yalle confluente dédit, aulodes(^^) çtiam
omnes quos prçno^minatMS abbas Laufredw^ ad predictum
locum tradidit, cum pace omma('^) supradicta, cum omnium
rerum integritate, sub n05^ra defïensione, sicw^ dictum ^st,
integerrime contra omnium inquietudines hominum, regia aucto-
ritate p/'ecipimi«6' atque jubemws, "ut nullus judex publicus, vel
q?^elibet judicialia(''') potestas, in çcclesias aut loca sepedicti
monasterii, aut(^'^) causas judiciario more ('") audiendas, velfreda
exigenda, vel paratas faciendas, aut ullas redhibitiones aut fidei-
jussores(^^) "tollendos, vel illorum distringendos homines, aut
illicitas occasiones requirendas, ingredi audeat(^^), sed neque
viaticum, neqwe portaticum, neqwe silvaticum, neqz^e pascua-
rium, neqwe theloneu;n aut ullum illicitu;;i debitum exigere
prçssummat(^°), *'sed cu?72 supra memoratis rehus omnibw^ p^-'ç-
dicto monasterio pertinentibw^, in quibw^ quoqwe con'sistunt("'i)
locis, qiioà has juste ad prçsens possidere videtwr, simul cum
bis quas divina pietas eidem loco per su os quosqwe fidèles augere
d'amer et camprodov. - 377
voluerit, li'^ceat memorato abbati suisqwe successoribws régula-
rités viventibM5, et monachis inibi secundum regulam sancti
Benedicti degentibw^, quiète vivere easdemque res cum omni
securitate et minoratione possidere, et pro nobis proleqwe no5^ra
seu stabili*'*tate totius regni no5^ri secure divinam valeant exo-
rare ïnisericorài8Lm[^-). Et quando meraoratus abba àe ac luce
migraverit, licentiam habean^ ex semet ipsis, si dignus inveniri
poterit, omni tempore abbatem eligere. ^^Et ut bçc auctoritatis
confirmatio perpetuo firmitatis obtineat vigorem, manus no^^ra
eam- subterfirmantes, anulo no^^ro insignili (^^^ decrevimus(^'^).
Artum Reme civitate, m. nonas febrwarii, inditione vi°,
anno XVI° régnante Ludovico glorioso rege.
V.
Bulle du pape Benoît VIII en faveur de l'abbaye
DE Camprodon*.
(8 janvier 1017.)
:^ BENEDICTUS EFiscopuS, SERYUS SERVORUm Del,
^dilecto in Dommo Bonifilio, religioso abbati venerabilis
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2580. — Original, sur papyrus, comptant
soixante-tlouze lignes d'écriture et mesurant l^GG de haut sur 40 centimètres
de large. Le texte de cette bulle a été imprimé dans P. de Marca, Marca his-
panica (1688), col. 1002-1004; puis reproduit par Cocquelines, Bullarum...
amplissima collectio (1739), t. I, p. 325, et par Migne, Patrol. lat.,
t. CXXXIX, col. 1613-1616; cf. Jatfé-Wattenbach, Eegesta, n- 4019 (3068).
Une copie ancienne de cette bulle, faite sur parchemin, au xi° ou xii' siècle,
et qui mesure 665 millimètres sur 205, est conservée dans le ms. nouv. acq.
lat. 2579, fol. 15. On lit, au dos, la cote et le titre suivants, en écriture du
xvii^ ou xviii' siècle : « C. 497. — Confirmatio del papa Benêt de totas las
rendes de lo m" de S' Père de Camprodon. Es lo original ». Cette copie permet
de restituer le Bene valete et la seconde date de la bulle, qui ont disparu de
l'original en papyrus, avec lequel elle ()résente les quelques variantes, la plupart
orthographiques, qui suivent : ligne 3, Besuldinense. — 4, benediccio. —
5, tocius. — 7, conpa-ssione. — 8-9, adjacenciis. — 10, capudaquis. — 14 et 15,
primiciis. — 17 et 18, adjacenciis. — 18, uallestir. — 20, adjacenciis-bela. —
22, adjacenciis {bis) que e. — 23 et 24, palacio. — 23, qui d. — 24, capuda-
quis et suos d. — 25, Et in Gisano ipso manso-adjacenciis {bis). — 26, oliva-
rios. — 27, adjacenciis. — Et in p. s. Matheo {transposé). — 28, primiciis-
adjacenciis [bis, et partout dans la suite). — 31, primiciis. — 33 et 35,
Rusiliouense. — 37-38, Et in c. Petrelatcnsi {transposé). — 37, ipsos masos-
378 DIPLOMES CAROLINGIEiVS, ETC.,
monasterio sanct'i Pétri Campirotundi , quod est situm in
^coraitatu Bisuldinense, in valle Landarense inter duo flumina,
tibi tecumque manentibw^ et per te tuis illorumque succes-
sohihus salus et pax et apo^^olica benedictio quoad mundus
perraanet. Amen. Cum constet Dominum nostnim hono-
rera sanct^ ^universalis (^cclesiç incessanter a propagatori-
hus béate fidei augmentare, necesse est accipientibw^ ab illo
totius jura ^regiminis ei concedere censura justi moderaminis
fîrmam liberalitatem malorwnque procul ab ea pellere perva-
sionem. "Quocirca quoniam convenit apo^^olicç pietati benigna
petentibi(5 succurrere co^npassione, ideo nos tuis justis, etenim
sic sunt ^a nobis adjudicati nam juste fiunt, annuentes precibus
omnes proprietates sive possessiones ipsius loci fines \e\ limites
cum adja^centiis precipuorwm predior^«»^ cum omnibus çccle-
5iis, parroechiis, villis, fundes, ca.sa\ihus, casis, terris, vineis,
campis, pratis, pascuis, ^"silvis, garriciis, areis, torculariis, aquis,
aquaruwi ductibi^s, viis, molendinis cum suis caputaqwzs et suis
piscatoriis, ^'cultumet incultuwiet quecimique beatus a^^ostohis
Petrus ex collationibMS fidelium in cenobio Car>^pi Rotundi reti-
nere videtur, nosiro ^-a^ostolico confirmami^s privilegio. Con-
cedimus itaqite predicto monasterio alode»2 qiiod iu circuitu ejiis
abetur \e\ abere dinoscitur^ ^^pis^ationes qnoque aquarum Teç-
zer de septem casas usque ad ipsos Kalkers et in rivo torto de
Mullione usque in Tezer. "Parrosechia autem de ipsa valle, eccle-
siam sancio Marie cuw? decirais atqite primitiis et oblationibus
fidelium absqite tributo. ^^Parroa3chia autem sanc^i Cristofori
Crescenturi cum ipso alode et cum ipso cimiterio, eu»?, decimis
et primitiis, et oblationes fide"^lium ahsque tributo. Alodem
qwod âicitur in Landars, et alodem de Fresscanet, et alode;?i
de Paradella, et de Rescac, et in Villa^'longa, et in Castellars,
cum terminis et adjacentiis. Alode>}2 que dicunt Pugna Francor,
et alodem que dicitur Grado, et alodem*^ qui est in Bolosso, et
Olives. — 39, mansos-Wifredus. — 41, Serdania. — 43, primiciis. — 44, obla-
ciones. — 47, cum ejus decimis et primiciis el oblaciones. — 49, ad sancti
Pétri cenobii Campi rotundi-pertinencia a. firmanlur illi a nobis. — 51, pec-
cunie. — 52, licenciam. — 54, excomunicari, — 55, penitencia. — 55 et 56,
licenciam. — 57, princebs. — 58, coenobio. — 59, pertinenciis-obtesfacione.
— Gl, nec t. — 62, factoque. — 64, porcio. — 65, ut diximus, nisi p.-male-
diccionis. — 66, benediccione. — 67, porcio-diTs. ihs. xps. — 69, exigera. —
70, malediccionibns. — 72, in die.
D'iMER ET CAMPRODON. 379
alodem qui est in Arza, cum terrainis et adjacentiis suis, et alodem
que àicituv Beget, cum ipsa massana '^et alodem que dicunt
Allestir, et alodem que dicunt Albet cum ipsa aqua, et cum ipso
bosco, et alode?72 que dicunt Oliba, et Malo^^pertuso cum termi-
nis et adjacentiis illorwm. Et alodewi que dicunt Genebrel, et
Aqua bella, et Prunarias, et Nabinarios, 21 et alodem que
dicunt Carrsera, cmn terminis et adjacentiis illorwm, et alodem
que est in parroçchia de Tortelliano et -in parrosechia de Agela-
ger, cum terminis et adjacentiis suis. Et alodem qui est in par-
roçchia de Monte acuto, id est ^spalatio, cum ipso bosco et
Molino Betere. Et alodem que dicunt Artikes cum ipso bosco et
in Capriol, et in Mauro et in 24palatio ipsos molendinis et in
Molino vetere, et in Vuado malo cmn suo caputaqwzs et suo
decursos et suos superpositos. -5 Et in Gis[an]o ipso maso
cum terminis et adjacentiis suis, et in Boscols ipsum alodem
cum terminis et adjacentiis suis. Et in par^^rosechia sanc^i Feli-
cis in Lutuno ipsa villa cum ipso alode de Luders et de Selvatella
cum ipso bosco et cum ipsos olibarios, cum ^^terminis et adja-
centiis illor?^m. Et in parroaîcbia sanc^i Mathei alodem qui est
in villa Damires et in stella cum terminis ^«et adjacentiis illoru?n,
et ipsa villa de Romaniano cum e]us alode, et cum ipsa çccle^ea
cum decimis et primitiis, et oblationes ^afideliura cum terminis et
adjacentiis illorwm absqwe tributo. Et in Pontons ipswm alodem
cum terminis et adjacentiis illorwwi, ^''et in Parietes ipsum alo-
dem cum terminis et adjacentiis illorum. Et in 'èancto. Eularia
ipsos masos cum e]us alodes, cum terminis et adjacen-^Hiis illo-
Yum, et in valle Biania ipsos solarios cum e]us çccle^/a, et cum
decimis et primitiis, et cum e]us cimiterio, et oblationes fide-
lium32 absqwé» tributo. Et in Cubilisico vel in valle Biania ipsos
masos cum e]us alodem, cum terminis et adjacentiis illorwm.
Et in Bago vel 33in serra ipsos masos cum q]us alode et cum
e]us decimis. Et in comitatu Rosolionense, vel in valle Asperi,
idem in Palazdano ipsos ^^masos cum e]us alode, cum termi-
nis et adjacentiis illorwm. Et in Miralias ipsa villa cum e]us
alode et cum ipsos boscos, cum terminis ^^et adjacentiis illorwm,
et ipsa villa de Avellanetello, cum e]us alode et cum e]us deci-
mis. Et in comitatu Rosolionense, vel in villa s^Malleolas, ipsos
masos cum eJM5 alode, cum terminis vel adjacentiis \\\ovu7n.
Et in villa Torrilias ipsas salinas, c\xm ipsas vineas, ^'et cum
e]us alode cum terminis et adjacentiis illorwm. Et in comitatu
380 DIPLOMES CAROLIÎVGIEIYS, ETC.,
Petrelatensi ipso masos de Villa Sacar et in Olibes ipsos
ma^^sos cum eorun^ alodes, et in Terrers ipsas vineas cum
terminis et adjacentiis illorum. Et in comitatu Gerundense ipsos
masos^^ de Flossano cum ejus alode, cum terminis et adjacen-
tiis illontm. Et in comitatu Bergadanensi ipsos maso[s] quos
dédit ^°Vuifredu s cornes, etalium quos dédit Oliba cornes et alium
quos dédit Bonifilius, qui fuit quoàdam. làetn in Cospo, et in
Ardariz et in Gardi^'lans cum eorwm alodes, cum terminis et
adjacentiis illorwm. Et in comitatu Sserdania, velin villa Allone,
vel in Volpellago, ^^vel in Ezer ipsos masos cum eorum alo-
des et cum e^iis furnos, cum terminis et adjacentiis iWorutn . Et
in comitatu Rosolianense, '^^vel in valle confluente, ipsa villa de
Pino cum ipsa ecclesia, et cum e^us alode, et cum eJM5 cimite-
rio, et cum decimis et primitiis, et ^^oblationes fidelium cum ter-
minis et adjacentiis illorwm. Et in villa Saorra, et in villa Fol-
lano, et in villa Vernet, et in villa ^^Vhitesano, et in Askarone,
et in Purcinianos, et in Evulo, et in Marignanos, et in Campes-
tres, ipsos masos cum eovum alodes , et ^*^cum eorwm vineas
cum terminis et adjacentiis illorum. Et in Massanetto ipsa villa
de Rovoeros, et. ipsa villa de Mala conjuncta, ^'^et cum ipsas
casas de Lavajol, et in villare Bellone, et ipsa villa de Olibeta,
cum eji<5 çcclesisi cum decimis et pn'mitiis et oblationes ^^fide-
lium cum eorum alodes, et in Tapies cum ipsos boscos, cum ter-
minis et adjacentiis illori^n. Hçc igitur quecumque diximw^
*^ve\ que non dixirai<5 predia adqwz'sita \e\ adqta'renda ad sancti
Pétri a^postoli cenobium Campi rotundi situm pertinentia aucto-
ritate illi ûvmaniu/' a n[obis] ^"apo^^olica. Statuimws auiem ut,
quando abbas ipsiu^ mona^^erii obierit, neque a regibw^, neque
a comitibM5, neque a qualicumqwe persona pro cupi^^ditatis
pecuniç causa, neque pro qualicumqwe favoris inanis glorz'a
ibidem constituantur abbates ; sed a cunctis ibi degentibw^ servis
Dei '-'-secundum Deum juxta Benedicti patris regulam eligantur
abbates. Damus quoqt^e licentia'/?^ ipsius loci abb«ti, ubicu^iqwe
vel a qualibe^^^cumqwe voluerit episcojJits suosclericosordinandi,
a qualicumqwe sede ei placuerit crisma?n accipiendi, et ut a nullo
eipiscopo, necab illo ''Hn cujus situai est mona^^erzum episcopio,
nec ab alio possit excommunicari aliqua ad eundem mon«5^ermm
pertinens çccle^za. Statuimif5 eViam ^■'ut quis pçnitentia a limi-
nihus exclusus qcciesiç, quandiu ibi steterit, habeat licentiawi
introeundei et omne divinum officium audiendi. ^^Concedimws
d'amer et camprodon. 38^
quoque abbrtti vel monachis et omnïhus clericis ad monaste-
rmm pertinentibws licentiam, nisi voluerint spontanée, yel
rogati, "ad sinodum non eundi. Gonfirmamus ig'iiur et stabilimws
araodo ut nullus rex, nuUus princeps, nullus marchio, ^^nullus
cornes, nullus judex, nullus e^iscopu^, neqwe ulla magna parva-
qwe persona aliquaw vim vel invasionem in eodem cenobio aut
^^in suis pertinentiis facere présumât. Pro quo et sub divini judi-
cii obtestatione et anathematis interdictis promulgantes de^^^cer-
niraM.9 ut nullus umquam nostvovum successorwm Pontiflcum
neqwe aliqua magna, sicut diximws, parvaqwe persona audeat,
\el présumât con^tra hoc wostrum apo^^olicum privilegium in
diWquihus agere injuste, neqwe qî^î's illum frangere temptet. Si
qwz's autem, qwod non crediraws, neqwe ti^^mens Dewm et nos-
tvum parvipendens privilegium, qwod concedimw^, verbo factove
disrumpere te?;iptaverit, hune, qia'sqiws ille fuerit, *^^de parte Dei
omnipo^en^is sanc^iqwe e']us apo5^oli Pétri et xvostvB., qui e^us
fungimur vice, perpetuis, nisi resipuerit, anathematis vinculis
obligamtt^; ^^sitqî^e portio e]us infern^s, hereditas illius diabo-
lus, pars et consolatio eius ubi nunquay^i letitia»* sed semper est
fletus, ^^veniatqwe, nisi, ut dixinms, pçnituerit, super illum
quicquià maledictionis excogitari vel dici potesl. Si qms autewi
hujus sanc^i cçno%ii adjutor existens illum in quo potuerit ele-
gerit et amaverit, hic Dei omnipo^e^î^is interventu apo^^olico
repletus benedictione ^'crescere se gaudeat in virtutew de vir-
tute, sitqwô portio e'^us paradisus, hereditas illius Dominus
Chrû^MS, pars et consolatio ejws ^^ubi sewiper gaudium et dolor
est nullus. Interdicimus etiam universis generis potestatibws, ut
nuUi liceat ex jam dicto mona^^erz'o ^^accipere pascuarios vel
exhigere traginas aut distringere placitos ullius hominis ad
mona,s^erùim pertinentis, cujuscumqwe ^°sit culpe, si supradic-
tis maledictionibw5 non vult subjacere, quas Deus omnipo^ens
et ab adjutoribi(5 hujus no5^ri privilegii semper averta[t], '''^et
super disru?72pere cupientibw^ severus inducat.
Scriptum per manus Benedicti regionarii notarii et scnniarii
sanct^ Rom«n§ '^çccle^iç in mense januario, indictione quinta
décimal
BENE : VALETE [ ; SS.
1. La bulle originale sur papyrus se termine ici; le Bene Valete et la date
qui suivent ont été empruntés à la copie sur parchemin. Il reste cependant
382 DIPLÔMES CAROLINGIENS, ETC.,
-}- Datwm VI. iàus ianuarii per manus Bosoni, Domzni gratia
epwcopy et uibliothecarii sanc^e apos^olicesedis, anno Deo pro-
picio pontificatM5 dompni nosiri Benedicti s«nc^issimi octavi
p«pff anno V% ... domni Heinrici imi^eratons, Augusti anno
tercio, màictione suprascripia xv*, mensejam dicto januario
[die oc] ta va. Bernardw^ cornes Bisuldunensis . f
VI.
Donation a l'occasion de la consécration de l'église de
Camprodon par Servtjs Dei, évèqde de Gerona'.
(27 novembre 904.)
In no[mine Domini Deieterni, sub anno] Incarnationis Dommi
nosiri Jhesn Chm^i DCCGGIIII., indiccione vu., ipsum die
V. kalendas decem[bris, anno] V. régnante Karulo rege, filio
Leudevici, ve[niens vir reverentissiraus Servus Dei, sedis Gerun-]
densis, gr[aHia Dei, episcopus, ad conse]crandam ecclesiara,
que [est sita in pag]o Besuldunense, in honore sanc^i Pétri in
locum que dicitur Ca[mporotu]ndo. Donanw^ ad eamdem ecde-
siam in [die de]dicationis sue Sunia[rius vir religiosus la]icus
necnon e^ Bonnesindus '^[presbiter ca]rapos duos : unum ad Pino-
s[am, et alterum i]n villare [Pl]aciti, qui sunt [modi]atas un. et
dimid[ia. Do]namus nos supradicti istos campos prenominatos ad
ip[sam ecclesiam sancti Pétri] pro remediu^n animaru?}^ ^no5^ra-
rum ab odierno die e^ tempore ; [per hanc scripturara donationis]
au-dessous de la dernière ligne un espace blanc de 12 centimètres de haut,
dans le bas duquel, à l'extrémité droite, on lit encore, en écriture postérieure,
les mots « anno quarto ». — Le papyrus a été, au xviii' siècle, assez grossiè-
rement endossé de papier écrit; c'est ce qui, cependant, en a assuré la con-
servation dans l'état très satisfaisant où il se trouve actuellement.
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lai. 2579, fol. 7. — Original, sur parchemin,
mesurant 24 centimètres de haut sur 53 de large. Le texte de celte pièce a
été publié par Vilianueva, Viage literario, t. XV (1851), p. 275-276, « ex
autogr. in arch. monast. S. Pétri Campirotundi ».
Au dos de l'original, on lit, en écriture du xi' ou xii" siècle : « Kar/a dona-
tzonis quam fecit Servus Dei, Gerundensis epJ5co/>MS ad domum sa/ic/i Pétri
in dedicatmne illius ecclesie » ; et une cote du xviii* siècle : « G. 531 ». — Il
y a une copie de cet acte, faite au xvm" siècle, sur papier, aux fol. 8 et 9 du
même manuscrit.
:y\ ^ «M.; y- ' .'/ni.;, •
U
o t-
a. —
OC
ce
D'iMER ET CAMPRODOÎV. 383
nostve ]3redicta ecclesia tradim[us et con]cedimM5 ab omni inte-
gritate, ita ut inceps ibidem sub[jaceat manjcipata, ut nullus
umquam ^temporibw^, nec cornes, nec vices [cornes, nec vicarius,
nec certa] ulla secularïs potestas christiana obsequium vel
régule obtinere pleriter Dec auxiliante in omn'ihus denfendere
futu^ris temporibus. Et ego domnus S[ervus Dei episcopus] dono
ad dom[um s«nc^i] Pétri apostoli parrochia villa que vocanif
Tabulato, e^ villa Pungawi Fra[n]corMm, et vil[la Majgriano, et
villa Frexane^to, e^ Porrarias, e^ Segorilias, et Graxanturri et
Paratella. Dono ego j[am dictus] Servus Dei episcopus de istas
villas superius nominatas a donium [sanc^i Pétri] apo^^oli déci-
mas et primi^tias, sicui cannonus docen^. E^ de ipsa ecclesia
domum sanc^i Pétri apostoli per singulos annos censu exinde
exeat a domu^ii sanctas Mariœ, matris domini nostrl Jhesu.
Chrz5^i, que est [fundata] infra muros Jerunde ^civitatis \el ad
e]us e^piscopum, sicut cannones docen^. Siquidem nos supra-
scripti aut uUus homo, quod contra banc donationem [a nobis
factam ad inru]mpendum venerit, *"aut nos venerimus, aut ullus
episcopus, aut posteritas no^^ra inférant seu [inferara], aut par-
iihus e]usdem ecciesidà sancti Pétri apo^^oli auri [libras] im.
cowiponere fatiat, '^et insuper ista donatio in om?2ibus obtineat
roborem.
Facta do[nati]o ipsa die v. kalendas decembrii anno V.
régnante Karu[lo rege], filio Leudevici. ^^[Ego Bonesindus] p-eshi-
ter, qui banc donatione[m] feci. SigfSuniarius, qui banc [donatio-
nem feci.] ^^y Servus Dei humilis episcopus sss. Modicus Georgius
sacerdos indignus et abba exiguus, presens, assistens sss. Uundis-
clus pre^bzYer ss. [Ego f Ingil]bertussss. ^^f Servus Dei archile-
vita ss. Undila pre^bf^er sss. [Ego f Orti]ndus pre^k'^er sss.
^^Sigf Undilus. Sigf Genesius. Sigf Aungarius. Sigf Justinia-
nus. Sigf Eldouinus. Sigf Viristrimirus. ^^Sigf Joannes. Sigf
Quitirandus. f Savegildus. Vilelmus sss. Ansulfus sf ."S. Elde-
fredus pre^kïer, qui banc donatione[m] scripsi et ss. , sub die
et anno quod supra.
384 DIPLÔMES CAROLINGIEyS, ETC.,
VII.
Donation d'une vigne par Angaricds et Placida
A l'abbaye d'Amer ^
(7 mai 940.)
In nomine Domim, ego Angaricus et uxori me Placida
donatores sin;imus tibi cnntnm plantarios, qui nobis advenit de
excopa'-racione et ipso planlario, in comitato Gerundense, in
valle Anglese, in terminio Serralta, in [ipsaj isola, e^ afrowtat ipso
plantario Me parte orientis in terra Faraldo vel in ipso tor. . .ce, et
abet dextros xxxiiii., e^ de meriedie afrontat in plantario Anga-
rico vel eredes suos et abet Mextros xvii., et de ociduo afrowtat
in plantario Angarico vel eredes suos et abet dextros xxxvi., et
de arci afrontat in terra Faraldo vel eredes ^suos et abet dex-
tros XII. Quantum infra istas un. afrontaciones includunt, sic
dono tibi ipso plantario ab omni integrietate, una cum exio *^vel
regresio earum; quem vero ipso plantario de no^^ro jure in ve^^re
tradimus dominio potestatem abere, vindere, donare si tu cornu -
tare, sed exinde "lacère volueris, libéra in Dei nomme abeatis
potestate^z ex presenti die et iem^us. Quod si nos Angaricus e^
uxori sue Placida au^ ullus omo ^qui contra hanc ista scrip-
tura ad inrumpendujn venerit in sera vel in sera tibi ipsa vinea
quantu?^^ ad eiem^us et meliorata fuerit duplo ^tibi perpetim abi-
tura, e^ in antea ista carta firmis permaneat omnique tempore.
Facta carta donacionis v. nonas madii l'^anno III. régnante
Leudovico rege, fllio Carlone.
Sigynuju Angaricus. Sigf num Placida, qui banc ista carta
iifecit et testes firmare rogavit. Sigf num Marontes. Sigfnum
Quimasa. Sigf nu^w Egofredus. Sig-j-nu^n ^^Ademares. Sigfnum
Dura viles.
13-}- Giscafredus pre^bzter, qui hune ista carta scripsit sub die
et sss. anno quod supra.
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2579, fol. 10. — Original, sur parchemin,
mesurant 145 millimètres de haut sur 30 centimètres de large. Ancienne cote
au dos « Serra alta. — An. plantarii [ireshiten terra in Serra alla in Isola ».
d'amer et CAMPRonoN. 383
VIII.
Nomination de Teuderigo, abbé de Camprodon, par
SONIEFREDO, COMTE DE BeSALU, ET ArNOUL, ÉVÊQUE DE
Gerona^.
(29 juin 962.)
Post Do;mni no.s^ri Jhesu. Chm^i ascensionem sancta mater
Ecdesisi per quadrifida climata cosmi per predicacionem beato-
rum apo5^oIorum seu ceierorum ^sanctovum dilata ta fuit ac
decorata. Impedientibus vero dehinc peccatis fidelium, procella
persecutionis ineadera çcclma seviente, nutu divino beati mar-
tires adepti sunt ^coronam martirii. Denique per specubus et
latibula latitantes, vix conventiculas vel conciliabula, pagano-
vum insistente persecutione, celebrare audebant; ob hid vero
ceperunt ■'dextrui ecclesie Chn's^i et in ipsis specubus a Ghm^i
cultoribw^ celebrare chrz^^ianitatis misteria. Cessante deniqwe,
Chr^s^o favente, persecutionis procella, a quibusdam regibus seu
principibus, qui jam çffecti ^'fuerant membra ejusdem çccWze,
passim ubiqi^e, veluti quedam ramuscula, çdifitia eccle^zarum
ceperunt exurgere ac puUulare, monasteria vero ad serviendum
Oïvisto Dommo devotissime construe'^re ab ipsis proceribus vel
ab ipsis presulibus. Denique exempla eovum secutus n05^ris
temporibus, inclitus cornes Vuifredus expetivit a domno Goth-
maro, Gerundensis çcclesze e^iscopo, ut commutaret "^ei eccle-
siam beati Pétri principis a^ostolonim, que sita est in territorio
Bisuldunensi, in locum quae olim a prioribus vocabulura inditum
fuit Campus Rotundus, quatinus illic monasterium de^beret ac
posset construere, sicuti et fecit, dans videlicet pro ipsa ^cclesia.
alodes proprios, quos habebat idem comes in pago Besuldu-
1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2570, fol. U. - Original, sur parclieniin,
mesurant 51 centimètres de haut sur 56 de large. Le texte de cet acte a été
publié dans P. de Marca, Marca hispanica (1688), col. 881-883; reproduit par
Merino, dans ÏEspaila sagrada, t. XLIII (1819), p. 404-406, et par Pujades,
Crônica universal de la Cataluna, t. VII (1831), p. 95-96. — La première
ligne est tracée en caractères allongés.
Au dos de l'original, on lit, en écriture du xi" ou xii° siècle : « liaria
dompni Wifredi comitis, qui locum hlum hsedilicavit » ; et une cote du
xvm° siècle : « G. 487 ». — Il y a une copie de cette pièce, faite au xvin° siècle,
sur papier, aux fol. 12 et 13 du même manuscrit.
-1904 25
386 DIPLÔMES CAROLINGIENS, ETC.
nense, in Manivulo et in Figarias, et solzdos mille; ea videlicet
conditionne ut ipsi alodes perenniter pro jam supra dicta ecclf'^za
in Gerundensaem eccle^zam flrmiter permanerent et inconvulsi.
Comutatione vero cum omnium clericorum assensu peracta
aique '''firmata, una cum consilio fra^rum suorum, scilicet
domni Soniefredi et domni Olibani comitibws, necnon et domni
Miloni itidem katr'i suo lévite, perrexit idem cornes Vuifredus
Franciç ^'ante domnum Ludovicum iraperatorem et ipsam
ecclesiam beati Pétri archiclavigeri contulit regiœ dignitati.
Post haec vero, per preceptum imperialem, accepta potestatis
licentia, '-'licenter eundem cenobium çdificavit, sine ullius inter-
dictione, ac conventiculam monachorum Chvisto Domino ibidem
servientium adgregavit, et cum suggestione iWoriwi abbatewi
nomine ^'^Leufredum ibidem elegit, et domno Gothmaro supra-
dicto e])iscopo expetiit ordinandum. Ordinatus antem, pauco
ibidem tempore moratus, elegit propter vite çterne premium
"peregrinationis subire exilium. Interea dum ejus a monacbis
prestolabatur redditum, contigit ut hisdem inclitus comes Vuifre-
dus migraretur a secido. Accipiente vero ^Mominatura illius îra-
tre suo domno Soniefredo, venerunt ipsi monacbi ante ejus pre-
sentiam, poposcentes sibi ordinare abbatem, cum jam septewi et
eo amplius annos prestolassent adven'"tum suprataxati abbatis.
At ille, una cum consilio domni Arnulphi, epz'^copi Gerundensis
ecciesie, et cum voluntate omnium monacliortf;;^, atqweaclama-
tione fideliura religiosoritm, tam cle'''ricori«}z quam laicorum,
constituit ibi abbatem nomine Teudericum, cum ordinatione
supradicti pontiflcis. Qui videlicet isdem Teudericus ab ipsis
cunabulis sacris litteris est '^ruditus, et in disciplina monastica
enutritus, Dei timoré repletus alque a mortalibus vitiis omnimo-
dis extraneus. Ordinatur a.u.ieni, faventibus a.[qite consentienti-
hiis cunctis pariterqwe ''■'orantibus, ut simul pastor cum grege et
grex cum pastoread sup(?rnse vocationis bravium, Chn'5^0 auxi-
liante, valeant po'venire.
Exarata" est autem haec sceda m. kalendas julii, -«imperante
Lotario rege, anno VIII. principatus ejusdem.
21^ Arnulfus sa?2c^ae sedis Jerundensis ecclesiB.e einscopiis
sss. Andréas sacer[dos] et monacus sss. Ferrocintus sacer[dos] et
monrtchifs sss. ^^Adericus sacer[dos] et monachus sss. SSS.
a. Exarala, coirerlion ancienne de Exorata.
d'amer et camprodon. 387
Mesindus T^reshiter et monachus. Sss. Undisclus levita et mona-
cliMs. Sss. Frovigius levita et monachus. -^Adrovario levita et
monachus sss. S[ig]f nwm Bulgarani monachi. Adalbertus suh-
àiaconus et monachus sss. Ramio mo7iachus sss. Ameliiis
monachus sss. ^'^Argemirus monachus sss. La nguardus levita et
monachussss. Amalrycus motiachussss. 2^S[ig]fnwm Galindoni
monachi. Seniofredw^ monacus ss. Suniarius sacer[dos] et mona-
chus sss. Durandus monachus. Fra?2cimirus mo7iachus. Oliba
monachus. Durandws monachus. ^^Soniefredus cornes sss. Oliba
cornes sss. Miro levita sss. ^■^''S[ïg]i'ïium Leopardus-*. Sss. Tas-
sius sss. Sss. Ormemirus s. ^^Vuadamirus * presbzYer, qui hanc
electionem ycI adclamacionem scripsi, cura litteris rasis vel
superpositis in linea viif , et sss. sub die annoque préfixe.
IX.
Testament du prêtre Deila en faveur de l'abbaye
DE Camprodon, etg.^.
(15 août 992.)
Dum salvator nostev summawi pietatem humanum genus de
potestate diaboli eripuit, animaw? meam et ipsa morte perpétua
damnaverit, mirum quomodo ho'rao miserabilisqwe tanta pura
libertate meruit habere se ipsam meam doctrinam vel ultroneus
diaboli subdidit et morti iterwm contraitwr. Sed illut nobes ^glori-
flcandum et ad[m]iranduwi est, quia que possit se redimere ad
morte prima, iteruwi misericordite?' relaxando peccata redimat
a morte secunda.. Haec ergo Deila peccator -"et infelix T^reshiter, et
sum sicut pulvis et cinis, cogito facinorw»2 meorum, et est sicw^
stellas caeli et innumerabilis sicit^ arena maris. Fro hac igitz<r
cogitacione facinorwwi meovmn preci^pio \ohis ego qui supr«
scripti<5 Deila ipreshiter, precor vos tutores mei advocati vel
helemosinarii, id est domnus Hysarnw^, et Sendredus, et Segofre-
1. a la ligne 8, en effet, les mots alodem proprium quem ont été corrigés
en alodes proprios quos et, plus loin, ont été ajoutés au-dessus de la ligne :
et soUdos mille.
2. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 2579, fol. 14. — Expédition originale, sur
parchemin, mesurant 35 centimètres de haut sur 57 de large. — Au dos,
ancienne cote, du xvii» ou xviii' siècle : « M. 66 ».
388 DIPLÔMES CAROUNGIEIVS, ETC.
dus i^reshiter, et Maiolo ^et Wifredo, ortor vobis nimiuî?z ut sitis
mei tu tores, advocati et helemosinarii, ut post obitum meum
potestate?n abeatis omnibus rébus meis distribuere in sanc^is
Dei baseli'[cis cjçnobii, in sacerdotibus, in pauperibus sive in
helemosinis çrogandis. In primis donare faciatis alaudem meum
de Beiedu, quod mihi senior meus dédit Miro e])iscopus, ubi
cor^[pus meu]m requiescit, ad domum sancte Marie Ripullensis
propter remedium anime mçç et anima sua, in taie pactu^n vel
placitum, ut a Wifredi nepoto meo karta faciatis, ut dùm vivit
^[habjeat et possideat ille et posterita iWoruni, et serviciu'/)2.
faciat ad àomum sancte Marie cenobii imaw? .i. de olio per sin-
gulos annos et nullum alium servicium non faciat, nec ille nec
posterita [Woriun. *"Et ipsas meas vineas que sunt in co?nraitato
Bisullunense, in locum que vocant Barba tusa, vd in Torteliano,
in locum que vocant ad ipsa Kanale, donare faciatis per scrip-
tuvam firmissimawz ad *'cenobiu;n sanc^i Pétri de Campo
Retundo; et ad cenobio sanc^i Pétri et sancti Primi, qui sunt
justa Castro Bisulluno, donare faciatis ipsa vinea qui est in Tor-
teliano, in \ocum que dicunt ad ipsas ^-Umbellas ; e[t] ad sanc-
ium Raphaeluw?, qui est in baselica sancti Vincencii, donare
faciatis ipsas meas vineas qui sunt in Torteliano, sive in locuni
que dicunt Calpomiro; et ad cenobio sancti Mikaelis ^Me
Gu[x]ano donare faciatis pecias [et] de terra que ego abeo in
co>>îmitato Cerdaniense, in \ocum que dicunt Reixano sive
Assurribus, que illas mihi dédit îratev Miro; et ad sancio.
Ma^^ria Lilitense donare faciatis peciam de terra qui est in Sarga
et Biblioteiga .i. et peripsu?)i signum solidatas .xx''; et a Ber-
nardo filiolo meo, filio Hysarno, donare faciatis alau'^de^i meum
que ego abeo in Villa curba, qui mihi advenit per parentorwwi
[meorum] racione, exceptit^ ipsa terra que mihi dédit îratev meus
Reimundus, et ipsa terra donare faciatis ad Sigofredo ^''nepoto
meo, et ipsuw^- meum antifanarium; et aliuwi meum alaudem que
ego [. . . .]ania, vel in villa que dicunt Keixas, donare faciatis
Aesteleua sorore mea et ad Sendredo, et ad ^'Sigofredo pr<?5bi-
^ero et illis donare faciant ad domwn sancti Laurencii [....]
vel in Bagazano solidatas .x.; et ipsas vineas, que çgo abeo in
Aragunede vel in Ariga donare i-^faciatis ad Steleua sorore mea,
ut, dum illa vivit, teneat et possideat, et post obitu^n suu«2.
remaneant a Giscafredo [n]epoto meo, et per singulos annos
donare faciant a sancta *^Maria Ripullo quarta .i. de vino; et
d'amer et OAiMrfiODON. 389
ipsa mea terra, que abeo in Torteliano et ipsas meas vineas, qui
sunt in Keirigo, donare faciatis ad Sesenanda nepota raea et ad
2^fîlios suos; et ad Alberzo clerico nepoto meo equa .i. et vaca .r.;
et Giscafredo (ratre suo ipsum rae^m psalterium et vaca .i.; et a
Sigofredo ])reshitevo nepoto meo equa .i. et vaca .i.; et a
Ma^'iolo similiter, et a cenobii sanc^i Johannis solidatas .xii. ; et a
sanct'i Stephani bandiolas solidatas .xii.; et a sancta. Maria aru-
las similiter, et a sanc^i Laurencii super bebita ^'lito .i.; et a
dorano Hysarno donare faciatis caballo .i. et ipsos meos urlen-
gos ; et ad seniori meo Bernardo comité solidos quaranta ; et
ad Ardemanno nepoto ^^meo equa .i. et vaca i.; et ad Steleua
sorore mea lito ,i. et oves meas, que ego abeo in mansione sua,
et pulina .i. et vaca .i.; et a Longovardo nepoto meo pulina .i.
et vaca .i.; ^^et per ipsa absolucione ad uuuȕ e^iscopum
segello .1. de auro; et a sanc^i Pétri Roraa ipsum meum enapum
de argento et solidos .xx"; et ad cenobio sancfi Pétri et sancti
Primi Bisullu-^no lito .i., et ipsas tunas et ipsas tinas, que ego
abeo in Bisulluno et ubi corpus meum requiescit, donare faciatis
misale .i. et leccionario .i., caballo .i. cum sella et freno, ^^et
asino .i. cum sua salma, et ipsas bulzaset ipso stralgo, et tapido
.1. et coto .1., tacado et plumaco .i.; et ipsu»i meum panem et
vinum, aut boves, aut oves, aut vacas, ^'^aut equas, aut porcos,
aut drapos, aut utensilia domus, aut aurum vel argentum et
om7imm meum aliiun avère, ubicumqwe invenire potueritis,
donare faciatis in ^^sacerdotis obtimis, pro trentanariis vel in ele-
mosinis erogandis, et ad ipsos meos servientes, ubique non abeo
bene factuwz, date illis de ipsuwi avère, ut ab odierno ^adie et
tempora in Dei nomine istius testame>2ti firmam abeat potesta-
tem usqwe dum alium faciaw?.
Factu^îi testamentuwi xviii. kalendarmu septeraber anno .V.
régnante Ugo^^ne rege.
^*Deila sâcer dos sss., qui istum testamentuw fieri jussit et
fîrmare rogavit.
Signfu^i Amilio. Signf uwi Edo. Langovardus preshyter sss.
3'^Signf u«z Sendredo. Signf u»^ Maiolo. Signf uw Wifredo.
^^Sss. Oliba presb^i^er, qui hinm testamentuî?i scripxit et sss.,
die et anno quoà supra. Segofredus sacer[dos] sss.
PHILIPPE-AUGUSTE
ET
RAOUL D'ARGENCES
ABBÉ DE FÉGAMP.
Mon confrère et ami M. Henry Omont a bien voulu me com-
muniquer la photographie d'une petite charte de Philippe- Auguste
conservée en original à Fécamp dans le musée de la distillerie de
la Bénédictine. L'écriture très fine, disposée sur cinq lignes, est
d'une remarquable élégance. Le sceau qui avait été appliqué sur
une simple queue a disparu.
La pièce n'est pas seulement curieuse par l'exiguïté de ses
dimensions : 132 millimètres sur 48. Elle renferme plus d'un ren-
seignement intéressant. Je commence par en donner le texte :
Philippus, Del gralia Francorum rex. Noverint univers! ad quos
liLlere présentes pcrvenerint quod || dilectus noster abbas Fiscani
persolvil Johanni de Roborelo quingentas marchas argenll !| quas
debebat pro lensamento el fralrl Garino trecenlas librasparisiensium
quas eidem abbatl accoHmodavimus pro emptione de Buissiaco.
AcLum apud Gaillarl, anno Domini M°GG° quarto, raense || martio.
La combinaison de cette charte avec quatre autres pièces de la
même époque nous révélera les détails d'un petit épisode d'his-
toire rurale auquel Philippe-Auguste se trouva mêlé et qui eut
pour théâtre un village du Mantois, — Boissi-Mauvoisin, aujour-
d'hui commune de l'arrondissement de Mantes. La seigneurie de
Boissi appartenait au prieuré de Saint-Georges de Mantes, dépen-
dance de l'abbaye de Fécamp.
l'HILIPPE-ADGUSTE ET RAOUL d'aHGENCES. 391
Voici la teneur des quatre chartes :
I.
Reverendissimo domino suo Philippo, Dei gralia régi Francorum
illuslrissimo, Henricus, humilis abbas Fiscannensis, totusque con-
ventus, salutem et sincère dileclionis affectum. Excellentie veslre
viilam noslram de Boisseio et homines nostros et quicquid ibi habe-
mus et habere debemus custodienda committimus, rogantes atten-
tius sublimitatem vestram ut, per quattuor modios avene, quos
homines ejusdem ville vobis annuatim apud Medunlam solvent,
salvo redditu et jure nostro in omnibus, eos ab injuriis et vexatio-
nibus aliorum et res nostras ad eandem viliam pertinentes protegatis
et dispersas revocelis. Bene semper valeat dominus dominus nos-
ter rex.
(Original au Trésor des chartes, J2n, a° 4. Analysé dans Laijelles
du Trésor des chartes, t. I, p. 149, n° 351.)
II.
Noverint universi quod ego Guillelmus Robes, tune temporis pre-
positus de Boisseio, et omnes alii bomines ejusdem ville, tenemur
solvere absque aliqua reclamatione per singulos annos, festo sancti
Remigii, domino R. abbali Fiscannensi vel cui nos assignaverit,
quaterviginti libras parisiensium perannorum undecimcurriculura,
et duodecimo anno sequenti viginii libras ejusdem monele, termino
incipiente anno Domini M° GG" quinto, exceptis reddilibus illis quos
tenemur reddere feodaliter ecclesie Sancti Georgii de Medonta. Et
sciendum quod dominus abbas R. Fiscannensis fecit nobis commo-
dari pcccuniam istam per homines suos de Villari Sancti Pauli',
quibus invadiavit pro nobis usque ad sex annos manerium suum de
Villari Sancti Pauli, ea videlicet intenlione ut nos eriperet de manu
et subjectione Guidonis Mali Vicini et fratrum suorum et omnium
heredum suorum. Quod quidem in presentia karissimi nostri Phi-
lippi régis Francie factum est et firmatum apud Gysorz, sicut carte
predicli régis Pbilippi- et Guidonis Mali Vicini testantur et confir-
1. Villers-Saint-Paul, Oise, cant. de Creil.
2. Celle charle de Piiilippe-Auguste ne paraît pas devoir être confondue avec
celle qui est publiée un peu plus loin et qui doit avoir été rédigée au mois de
janvier, en même temps que la charle de l'abbé de Fécamp, n° III.
392 l'IIILirPE-AUGUSTE
mant. Etquoniam quod pro bono pacis et perpétua exemplione nos-
tra et heredum nostrorum faclum est, dignum duximus confirmari
et inviolabiliter observari, a Nicholao Galo, tune ballivo régis et ad
ipsum legato, omnes et singuli diligenter impetravimus, ut per lil-
teras, sigilli sui caractère signatas, hujus conventionis nostre invio-
labiliter observande lestis efficeretur. Pena autem predicte conven-
tionis noslre assensu nostro et petitione nostra, talis statuta est,
ut, nisi die statuto Beati Remigii predicta pecunia totaUter solvere-
tur, nos in misericordiam decem liijrarum incideremus versus domi-
num abbatem, et ipse per quemlibet baliivorum suorum ad averia
nostra libère posset recurrere. Actum anno gratic M°GG° quarto,
apud Meduntam, mense decembris.
(Carlulaire de Tabbaye de Fécainp, à la bibliollièque de Rouen,
fol. 14. Publié dans mes Études sur la condition de la classe
agricole en Normandie, p. 134, noie.)
III.
Universis etc. Radulfus, divina permissione humilis abbas Sancte
Trinitatis Fiscannensis, et totus ejusdem ecclesie conventus, in vero
salutari salutcm... Nos, pro tensamenlo ville nostre de Buxeio, et
omnium ad eamdem pcrtinencium, que sunt ecclesie Beati Georgii
de Medonta, que quidem membrum est ecclesie Fiscannensis,
domino nostro Philippo, illustri Francorum régi, et beredibus suis
in perpetuum damus très modios avene ad mensuram Medunte,
quos homines nostri de Buxeio, singulis annis, proxima dominica
post festum Omnium Sanctorum, apud Meduntam, ad opus domini
régis reddere debent. Istum autem redditum... neque dominus rex
neque heredes sui aliquo modo unquam dare poterunt vel de manu
sua removere... Actum est autem hoc anno gracie millesimo ducen-
tesimo quarto, mense januario, apud Fiscannum, teste universitate
capituli nostri.
(Original au Trésor des chartes, J211, n" 1. Analysé dans Layettes
du Trésor des chartes, t. I, p. 281, n" 744.)
IV.
In nomine sancte et individue Trinitatis, Amen. Philippus, Dei
gratia rex Francorum, salutcm. Novcrint universi, présentes pariter
et futuri, quod Guido Malevicinus, coram multiS; apud Gisortium,
ET RAOUL d'aRGENCES, ABBÉ DE FE'cAMP. 393
in presenlia noslra conslitulus, Saiicle Trinilati Fiscanni et ecclesie
Beali Georgii de MedonLa, que membrum est monasLerii Fiscannen-
sis, in perpetuuni quitavil omnia que reclamabat et reclamare pole-
rat, juste vel injuste, sive in redditibus, sive in toltis, sive quocum-
que alio modo, in villa et in hominibus de Buxeio et ejusdem ville
pertinentiis, sciiicet de terra de Monte Ursonis, et in masura que
fuit Hugonis dapiferi, et in terra que fuit cullura de Ghantecoc cum
pertinentiis suis, et in omnibus aliis que ibi pertinent ad dictam
ecclesiam Beati Georgii, ita quod nec ipse née heredes neque fratres
ipsius neque aliquis ex eis in omnibus supradictis aliquid de cetero
possent reclamare. Quicquid etiam de rébus predictis fratribus suis
vel aliis idem Guido dederat, eisdem monachis reddidit intègre, et
eis tenetur facere omnino quilari et ab omnibus liberari. Propter hoc
autem Radulfus, abbas Fiscanni, et monachi dederunt eidem Gui-
doni trecentas libras parisiensium, et ipse Guido nos rogavit ut, si
contingeret ipsum vel heredes vel fratres vel aliquem ex eis contra
hoc ire, nos ad ea tenenda ipsos incontinenti compelleremus et fîrmi-
ter teneri faceremus. Ut autem predicta villa de Buxeio et homines
in eadem villa manentes, cum omnibus rébus suis, sint de cetero in
nostra custodia et in nostro lensamento, homines illi, dominica
proxima post feslum Omnium Sanctorum, apud Medonlam mandato
nostro singulis annis reddent ad opus nostrum 1res modios avene,
ad mensuram Medonte, ita quod neque nos neque heredes nostri
hune redditum unquam possimus alii dare nec de manu regia
removere. Quod ut perpetuum robur obtineat, sigilli nostri auctori-
tate et regii nominis karactere inferiusannotatopresentempaginam,
ad petitionem ejusdem Guidonis, confirmamus. Actum Parisius,
anno Domini M°GG'' quarto, regni nostri annovicesimo sexto, astan-
tibus in palatio nostro quorum nomina supposita sunt et signa :
dapifero nuUo, signum Guidonis buticularii, signum Mathei came-
rarii et raultorum aliorum'.
(Cartulaire de l'abbaye de Fécamp, à la bibliothèque de Rouen,
foi. 19 v°. Publié dans le Cartulaire normand de Philippe-
Auguste, p. 286, n° 1078.)
Dégageons maintenant les traits essentiels indiqués dans ces
chartes.
1. Ces derniers mots remplacent les dernières lignes de la charte, que le
rédacteur du cartulaire a laissées de côté.
394 rflILIPPE-AUGCSTE
Henri de Sulli, abbé de Fécamp, qui mourut en 1188, vou-
lant, peu de temps avant sa mort, mettre les habitants de Boissi
à l'abri des violences de seigneurs voisins, demanda à Philippe-
Auguste de prendre ce domaine sous sa protection, moyennant
une redevance annuelle de quatre muids d'avoine.
La protection du roi n'empêcha pas le seigneur de Rosni, Gui
Mauvoisin, de tourmenter les hommes de Boissi. Le successeur
de Henri de Sulli, Raoul d'Argences, qui s'était rallié, l'un des
premiers prélats de la Normandie, au gouvernement de Philippe-
Auguste, usa de son crédit auprès de ce prince pour assurer à
ses vassaux de Boissi plus de sécurité que par le passé. Il réussit
à obtenir l'intervention de Philippe-Auguste. Il fallait, avant
tout, payer une assez forte somme d'argent à Gui Mauvoisin, pour
le décider à l'abandon de prétentions plus ou moins mal fondées.
L'abbé trouva le moyen de faire prêter aux hommes de Boissi une
somme de 900 livres parisis, remboursable en onze annuités, et,
pour rendre la propriété de l'abbaye moins précaire, il y ajouta
une somme de 300 livres, dont le roi voulut bien lui faire l'avance.
Moyennant cette forte indemnité, Gui Mauvoisin renonça de la
façon la plus absolue à ses prétentions sur le domaine et les
hommes de Boissi. L'abandon fut ratifié par le roi dans une
assemblée solennelle, tenue à Gisors au mois de décembre 1204.
Les conventions furent, au mois de janvier 1205 (nouveau
style), l'objet de deux chartes, émanées l'une de l'abbé de Fécamp,
l'autre du roi. L'obligation imposée aux hommes de Boissi d'ac-
quitter à la recette de Mantes, comme droit de tencement, une
redevance annuelle de trois muids d'avoine est consignée dans
les deux chartes ; celle du roi mentionne lé paiement de la somme
de 300 livres fait par l'abbé à Gui Mauvoisin.
L'affaire fut définitivement réglée au mois de mars 1205.
A cette date, Philippe-Auguste se trouvant au Château-Gaillard
déclara que l'abbé de Fécamp venait d'acquitter une double dette :
il avait payé 500 marcs d'argent à Jean de Rouvrai et 300 livres
parisis au frère Guérin. Jean de Rouvrai était alors châtelain
d'Arqués et bailli de Caux' : les 500 marcs qu'il encaisse étaient
la somme due au roi pour avoir pris sous sa protection le domaine
1. On trouvera quelques détails sur Jean de Rouvrai dans la Chronologie
des baillis et sénéchaux royaux, en Icte du tome XXIV du Recueil des histo-
riens de la France.
ET RAOUL d'aRGENCES, ABBÉ DE FECAMP. 393
de Boissi ; les 300 livres que toucha frère Guérin étaient le rem-
boursement de la somme que le roi avait prêtée à l'abbé pour
racheter ce que Gui Mauvoisin pouvait posséder à Boissi. Ce
frère Guérin était un des plus intimes conseillers du roi ; c'est lui
qui devint plus tard évêque de Senlis ; il figure nombre de fois
sous la dénomination de frater Garinus dans le compte de l'an-
née 1202 publié par Brussel à la fin du Nouvel examen de
r usage des fiefs. Il remplit les fonctions de chancelier à partir
de la fin de l'année 1201 . Telle est l'analyse du dossier de l'affaire
de Boissi-Mau voisin. J'ai tenu à former ce dossier parce qu'il
me fournissait l'occasion de rectifier une erreur contenue dans le
Catalogue des actes de Philippe- Auguste. Sous le n° 914 de ce
Catalogue figure la charte dont M. Omont m'a fait connaître
l'original ; mais elle y est enregistrée d'après la copie fautive que
Dom Lenoir avait envoyée au Cabinet des chartes et qui est à la
Bibliothèque nationale dans le volume 107 de la collection Moreau,
au fol. 12. Le copiste employé par le laborieux bénédictin, habi-
tuellement si soigneux, a été trompé par une salissure qui a
obscurci le milieu de la troisième ligne de l'original. Au lieu de
fri Gar., il y a vu Johi Gar., leçon qui ne permettait pas de
soupçonner l'intervention du frère Guérin, le ministre de Phi-
lippe-Auguste.
La réapparition du mot fratri a fait évanouir toutes les diffi-
cultés de l'interprétation.
Après l'arrangement des affaires de Boissi-Mauvoisin, l'abbé
Raoul d'Argences continua à entretenir de bons rapports avec
Philippe-Auguste, comme l'attestent deux chartes royales, l'une
du mois de décembre 1207 pour le maintien de l'abbaye dans tous
ses droits et franchises*, l'autre de l'année 1211, portant conces-
sion du plait de l'épée dans toutes les terres de l'abbaye ~.
Raoul d'Argences, tout en profitant de la bienveillance de Phi-
lippe-Auguste, fut assez habile pour se ménager les bonnes grâces
de Jean Sans-Terre, qui avait eu l'occasion de le connaître pen-
dant qu'il résidait en Normandie et qu'il gouvernait cette pro-
vince.
Le 7 juin 1200, Raoul d'Argences avait été pris pour témoin
1. Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n- 1067.
2. Ibid., 11° 1280.
396 PHILIPPE-AUGDSTE
d'une charte royale expédiée à Argentan ^ Des lettres de protec-
tion lui avaient été délivrées le 27 juillet 1202, et l'original s'en
trouve aujourd'hui à la distillerie de Fécamp, dans la même liasse
que la charte de Philippe-Auguste publiée un peu plus haut.
Cette pièce, élégamment et finement écrite sur une petite bande
de parchemin, large de 142 millimètres et haute de 43, est assez
courte pour trouver place ici :
Johannes, Dei gracia rex Anglie, dominus Hibernie, dux Norman-
nie, Aquitanie et cornes Andegavie, omnibus castellanis et bailUvis
suis II Normaunie, salutem. Mandamus vobis quod manuteneatis et
defendatis omnes terras, homines, res, redditus et possessiones
dilecti nostri || abbatis Fiscannensis, nec inferatis ei nec ab aliquo
inferri permittatis molestiam aut gravamen, et si quis ei in aliquo
fo||risfecerit, id ei sine dilacione faciatis emendari. Teste me ipso
apud Rothomagum, xxvii die julii-.
Le 27 mai 1203, le roi le chargea de faire payer à un certain
« Sturgo de Remberges » une rente de 100 livres assignée sur la
vicomte de Fécamp ^.
Vers la même époque, Jean Sans-Terre voulut lui faire tenir
une lettre qui devait avoir un caractère confidentiel, puisque le
messager, l'archidiacre de Wells, devait la rapporter en Angle-
terre s'il n'avait pu la remettre au destinataire^.
Immédiatement après la conquête de Philippe-Auguste, l'ab-
baye de Fécamp fut comprise dans les mesures dirigées contre
les établissements religieux de la Normandie qui avaient reçu
des dotations en Angleterre. Le 30 septembre et le 2 octobre
1204, la chancellerie royale expédia des lettres prescrivant la
1. RotuU chariarum, p. 70.
2. Cette lettre est simplement indiquée dans les Rotuli liUerarum paten-
tium, p. 15, col. 2, par ces mots : « Abbas de Fiscampo liabet litteras régis
patentes de simpiici protectione. » Elle est comprise dans le rôle des lettres de
la quatrième année du règne.
3. Ibid., p. 30, col. 1.
4. « De iin paribus litterarurn factarum pro interdicto relaxando... duo paria
detulit archidiaconus Wellensis Rothomagum, quorum alterum débet liberari
domino Norwicensi et allerum abbati de Fiscampo, si res pro voto processerit;
sin autem debent reporlari ad dominum regem » {Rotuli liUerarum paienlium,
p. 42, col. 1).
ET RAOUL d'ARGENCES, ARBE DE FÉCAMP. 397
saisie des biens de l'abbaye de Fécamp'. Mais, peu de jours après,
ordre fut donné au vicomte de Sussex de laisser en paix les terres
de l'abbaye de Fécamp jusqu'à la décision qui devait être prise
ultérieurement à ce sujet, après avis de l'archevêque de Cantor-
béry et d'autres conseillers de la couronne^.
En 1205, 1207, 1209 et 1213, Raoul d'Argences fut de la part
de Jean Sans-Terre l'objet d'attentions gracieuses. Le 13 décembre
1205, il en reçut un sauf-conduit, valable jusqu'à Pâques 1206,
pour aller en Angleterre avec ses gens^. Il obtint uù second sauf-
conduit, valable du 10 juin au 15 août 1207^. Deux ans plus
tard, il fut autorisé à envoyer en Angleterre, du 24 mars au
l""" août 1209, une nef chargée de vin^ En décembre 1213, Jean
Sans-Terre le prit sous sa protection pendant la durée du séjour
qu'il devait faire en Angleterre^
Les auteurs de la Gallia christiana placent au 6 septembre
1219 la date de la mort de Raoul d'Argences.
L. Delisle.
1. RotuU lUterarum clausarum, p. 9, col. 2, et p. 10, col. 1.
2. Ibid., p. 11, coi. 2.
3. Rotuli liUeraritm patentium, p. 5G, col. 2.
4. Ibid., p. 73, col. 1.
5. Ibid., p. 90, col. 1.
6. Ibid., p. 106, col. 2.
BIBLIOGRAPHIE.
Paul VioLLET. Histoire des institutions politiques et administratives
de la France, t. III et dernier. Période française. Moyen âge (suite
et fin). Paris, Larose, ^903. In-S", 601 pages.
Le nouveau volume de M. V. a les qualités de ses devanciers : excel-
lente bibliographie à la fin de chaque chapitre, bonne table alphabé-
tique des matières, et surtout une profonde érudition, une exposition
pleine de charme, d'imprévu, d'idées neuves, de justes comparaisons,
— même quand elles étonnent, — quantité de vues ingénieuses et de
rapprochements utiles avec ce qui se passait alors dans les pays voisins.
De chaque sujet, — communes, corporations, etc., — le savant pro-
fesseur donne un résumé très complet et très clair, d'après tous les
textes connus et tous les travaux antérieurs, en y joignant ses
recherches et ses idées personnelles. Ses études, ses interprétations
le plus souvent justifiées contribuent à étendre nos connaissances.
C'est ainsi qu'en peu de lignes il explique nettement les projets
formés depuis 13-21 pour l'unification des monnaies, des poids et des
mesures. Les récits des explosions de colère du peuple, de ses soulève-
ments de 1355 à 1358 et en 1413, des événements dans lesquels se
manifesta le rôle politique de l'Université de Paris sont pleins de vie.
Et cela ne l'empêche pas de rétablir les faits, par exemple quand il
maintient, à l'encontre des érudits comme de Saulcy, Piton, 1 epitbète
de faux-monnayeur à Philippe le Bel.
Est-ce à dire qu'une critique minutieuse ne relèverait pas quelques
négligences, quelques opinions hasardées?
Non; et pour montrer avec quelle attention j'ai lu ce bon livre, je me
permettrai de n'admettre qu'en partie ce que M. V. dit (p. 319) de l'in-
duit des nominations des membres du parlement et de leur élection
(p. 320, 322); à propos de l'élection, notamment, il faut distinguer
les époques et môme les divers règnes. Le Jean Pastourel mentionné
p. 367 est le célèbre avocat qui devint avocat du roi, maître des
Requêtes de l'hôtel, président de la chambre des Comptes et mourut
en 1395 religieux de l'abbaye de Saint- Victor à Paris, comme l'a établi
M. Delachenal. Le personnage appelé « un certain Yves Derian »
(p. 367) a joué un rôle : Charles V l'envoya en mission spéciale à la
BIBLIOGRAPHIE. 399
cour d'Avignon (iVToranvillé, Extraits des Journaux du Trésor, dans
Bibliothèque de l'École des chartes, 1888, p. 214, n» 240) et à la cour de
Gastille (L. Delisle, Mandements de Charles V, n° 1473).
Bien avant l'ordonnance du 23 décembre 1454 (p. 370), le roi était
représenté à la chambre des Comptes par un procureur royal, ainsi en
1396 par Robert Garlier (Arch. nat., X1a4784, fol. 147). A la chambre
du Trésor, il y eut aussi un procureur du roi, un procureur général;
M. Tuetey a cité Pierre Gousinot comme ayant succédé, le 8 novembre
1417, dans ces fonctions à Guillaume de Vaux, nommé lui-même le
8 décembre 1413 (voy. Testaments enregistrés au Parlement de Paris,
p. 346, n» XLII du tirage à f)art). Je rencontre encore, mais plus tard
(5 janvier 1492), Me Hugues Maillart, « substitut du procureur général
en la chambre du Trésor » (X^a 8321, fol. 269).
J'allais fermer à regret cet excellent volume en songeant qu'il serait
le dernier quand heureusement je lus que, toujours infatigable, le savant
auteur préparait un ouvrage sur l'époque moderne; je fis alors des vœux
pour que ce régal promis ne fût pas retardé, et je suis sûr de ne pas
rencontrer un seul contradicteur.
F. AnBERT.
E. Glasson. Histoire du droit et des instilutiona de la France^ t. VIII.
Époque monarchique. Les Sources du droit. Condition des per-
sonnes. Famille. Paris, F. Pichon, -1903. In-8°, lv-546 pages.
L'éminent doyen de la Faculté de droit de Paris aura bientôt terminé
sa grande histoire du droit et des institutions de la France. Le t. VIII
commence en effet la dernière époque, celle qui aboutit à la Révolu-
tion. La bibliographie est suffisante; mais des auteurs médiocres, et
même mauvais, auraient pu être écartés, d'autres sont cités d'une façon
trop vague.
Que veut dire, p. xxvt, « Merlet (René), Collection des textes pour ser-
vir à l'enseignement de l'histoire?? » P. xxxi, T. de L. (pour Tamizey de
Larroque); p. 44, note : la citation d'une lettre de Pasquier à l'avocat
Robert est incomplète, il eût fallu au moins dire 1. xix des lettres
d'Etienne Pasquier, lettre 15. Je ne m'arrête pas aux fautes d'impri-
merie : Lalarme et Donache pour Lalanne et Douarche; mais la confu-
sion des œuvres de MM. Adolphe, Jules et Joseph Tardif eût pu être
évitée : l'article sur la Practica forensis de Masuer est de Adolphe et
l'article Un mémoire de Guillaume du Breuil est de M. Joseph Tardif.
Saint-Simon n'est cité que d'après l'ancienne édition; le Catalogue
des actes de François I", si utile pour la date des actes royaux et des
institutions, n'a pas été mis à contribution.
Reproche plus grave, les auteurs cités dans la bibliographie ne sont
plus mentionnés quand M. G. étudie les questions qu'ils ont approfon-
400 BIBLIOGRAPHIE.
dies; il en résulte que Argou, Denisart, Ferrière, Serres et le recueil
d'Isambert paraissent avoir été seuls consultés, et cela serait bien
insuffisant.
Des auteurs suspects à divers titres : Mornay, Pierre de l'Estoile,
par exemple, ont un crédit exagéré auprès du savant professeur, alors
que d'autres historiens ou chroniqueurs contemporains, plus autorisés,
ne sont même pas indiqués.
A une époque plus rapprochée, le choix presque exclusif de d'Argen-
son est regrettable.
La documentation trop pauvre et trop exclusive dans le corps de
l'ouvrage ôte donc de l'autorité au grand travail de M. G.
Une simple observation au sujet des sources : c'est une erreur de
croire que jusqu'à Charles VII « les ordonnances royales avaient peu
compté parmi les sources du droit. » Les ordonnances de saint Louis,
de Philippe le Bel, de Philippe V et de leurs successeurs sont des
documents de premier ordre, et, dans bien des cas, les sources princi-
pales pour l'histoire de nos institutions. Les ordonnances, si justement
fameuses, de la fin du xv^ et du xvi^ siècle, n'ont pas eu plus d'impor-
tance, et, souvent, elles n'ont fait que reproduire les dispositions des
ordonnances antérieures. Avec Louis XIV, les ordonnances deviennent
de véritables codes, et on ne saurait trop louer M. G. de la légitime
admiration qu'il leur témoigne. Il étudie longuement (p. 175 à 207) ces
actes législatifs, « considérés dans toute l'Europe comme de véritables
chefs-d'œuvre, » rédigés sous la direction de Colbert, mais dus à l'ini-
tiative du grand roi qui suivit de près les travaux de la commission
« avec un tact et une bienveillance extraordinaires..., provoquant les
contradictions pour en faire sortir la solution exacte. » Cet énorme et
magnifique travail fut terminé en quinze ans et son influence dure
encore. En effet, comme le dit M. G., le Consulat nous a donne le
Code civil, — qui a beaucoup emprunté aux ordonnances des xvn« et
xvine siècles, — mais les autres codes n'ont ni la même valeur ni le
même mérite. « Le Code de procédure n'est qu'une nouvelle édition un
peu améliorée de l'ordonnance de 1667, — le Code de commerce s'est
souvent borné à reproduire les dispositions de l'ordonnance de 1673,
— qui fut le premier Code de commerce européen, etc.; en réalité, nos
premiers codes, à l'exception du Code civil, datent du règne de
Louis XIV. » Pendant le règne de Louis XV, d'Aguesseau continua le
travail d'unification et de codification par les ordonnances de 1731 sur
les donations, de 1735 sur les testaments et de 1737 sur les substitu-
tions, mais, malgré les efforts de Dumoulin et de Pothier, la nation
n'était pas encore préparée à recevoir un Code civil uniforme.
L'œuvre législative de Louis XVI « fut vraiment considérable, et son
activité législative s'est exercée sur toutes les branches du droit, » puis
elle se perdit dans la Révolution qui en tira profit sans le dire.
BIBLIOGRAPHIE. ^01
Sur les coutumes, leur rédaction, leurs caractères, les conflits qu'elles
suscitèrent, leur répartition géographique, nous trouvons d'amples ren-
seignements. La rédaction des coutumes témoigne « d'un effort légis-
latif et juridique, peut-être unique dans l'histoire, et auprès duquel le
travail de compilation des commissaires de Justinien n'est qu'une
œuvre d'enfant. » Voilà de ces vérités qu'il est bon" de répéter à notre
époque où il est de mode de dénigrer ou d'ignorer les meilleures œuvres
de la royauté.
Passant au droit romain, M. G. reconnaît que l'étude n'en a jamais
été abandonnée en France et que son enseignement dans les Universi-
tés a jeté un certain éclat au moyen âge.
On pourrait signaler quelques lapsus : Jean le Bon pour Philippe le
Bon, le style de du Breuil qualifié de recueil d'actes législatifs; des
explications incomplètes sur les lettres patentes, alors qu'il eût été
facile de se renseigner dans le Marine!, de diplomatique de Giry; l'as-
sertion risquée d'après laquelle la Réforme aurait la première parlé des
droits de la nation, tandis que, sans remonter aux Pères de l'Eglise, les
papes du moyen âge, les docteurs scolastiques comme saint Thomas
d'Aquin, en avaient parlé avec tant de hardiesse. On sait d'ailleurs le
mépris de Luther pour le peuple et comment il excitait les grands à
l'asservir et à le mater.
L'inconvénient d'avoir étudié dans ce volume une période trop longue
et d'aspect trop varié (1422 à 1789!) se manifeste davantage dans la
partie consacrée à la condition des personnes (clercs, nobles et rotu-
riers, bourgeois et serfs, étrangers; majeurs et mineurs; incapables et
bâtards; morts civils et infâmes; protestants et juifs), à celle de la
femme, à la famille (fiançailles, mariage, puissance paternelle, garde
noble et bourgeoise, tutelle) et au domicile. Il a fallu aller à vol d'oi-
seau, sans approfondir.
L'idée que M. G. nous donne de la fin du xviii« siècle manque
d'exactitude, parce qu'il ne s'en rapporte qu'à d'Argenson; il aurait
fallu contrôler par les témoignages des contemporains, par des pièces
d'archives; le tableau de la misère du paysan est trop poussé au noir;
on a fait justice de ces exagérations.
De peur de paraître trop favorable aux catholiques, d'être taxé d'in-
tolérance, — alors qu'il ne serait qu'impartial, — M. G., quand il traite
des guerres de religion, se borne à opposer aux violences des catho-
liques envers les protestants les cruautés des protestants anglais à
l'égard des catholiques. Il eût pu dire que les catholiques français n'ont
usé que de représailles et que les protestants français, comme ceux
d'Angleterre et d'Allemagne, ont commencé. Quand aurons-nous un
Janssen pour faire l'histoire de la Réforme en France! Que signifie
cette phrase que « les dispositions du concile de Trente étaient parti-
culièrement dirigées contre les protestants, » et qu'alors le roi ne devait
^904 2G
402 BIBLIOGRAPHIE.
pas les admettre? Le roi catholique d'un pays où l'énorme majorité
était catholique devait donc se mettre, lui et son peuple, sous le joug
d'une petite minorité de huguenots ! Aussi bien, le savant auteur a-t-il
lu les actes du concile de Trente? Enfin les considérations sur la révo-
cation de l'Édit de Nantes gagneraient à s'appuyer sur d'autres témoi-
gnages que celui de Spanheim, que sa religion et sa nationalité rendent
très suspect. M. G-. est mieux inspiré quand il constate que, malgré
cette révocation, — dont il exagère beaucoup les conséquences, — les
protestants restèrent nombreux, et que, sans parler de l'Alsace, où
leur culte fut toujours respecté, dans plusieurs régions leur situation
demeura tolérable, que le régent leur laissa quelque liberté et que
beaucoup qui avaient émigré rentrèrent en France. Cette révocation
est certainement blâmable, mais l'impartialité oblige à dire que la tolé-
rance pratiquée jusque-là par le gouvernement à l'égard des protestants
aurait bien dû décider les états protestants à l'imiter et que leur
farouche intolérance n'a pas été sans influer sur la décision de
Louis XIV.
Au sujet des Juifs, il est piquant de voir l'économiste Montchrétien
se plaindre déjà qu'ils envahissaient la France; d'ailleurs, tout ce que
dit l'auteur est intéressant.
Notons, à propos du mariage, que les rédacteurs du Code civil ont
emprunté la théorie du mariage envisagé comme contrat purement
civil aux protestants qui refusaient naturellement d'y voir un sacre-
ment; ils leur ont aussi emprunté le divorce, que l'Église a toujours
repoussé (p. 425, 426, 491).
A la fin de ce grand ouvrage, une table alphabétique sera nécessaire
pour que lecteurs et travailleurs puissent se reconnaître dans ces gros
volumes pleins de faits et d'idées où les divisions et subdivisions sont
trop rares.
Les critiques que j'ai cru devoir formuler prouvent surtout l'impor-
tance et l'influence que j'attribue à l'œuvre vraiment considérable de
M. G.; puisse-t-il la mener bientôt à bonne fin.
F. AUBERT.
Andréa Galante. La condizione giuridica délie cose sacre. Parle
prima. Torino, Unione tipografico-editrice, ^903. In-8°, 160 pages.
Prix : 4 lires.
M. A. Galante, de l'Université d'Innsbruck, déjà connu par de bons
travaux, étudie d'abord son sujet dans le droit romain classique et
déclare la plus probable la théorie qui considérait les temples comme
personnes juridiques; il est ensuite amené à examiner la condition
juridique des lieux et des choses sacrés appartenant aux chrétiens,
d'après la législation impériale, jusqu'à la fin du règne de Théodose II
BrBLIOGRAPniE. ^03
(ch. Il), puis jusqu'à l'époque de Justinien (ch. m). Il parle brièvement
des premiers temps du christianisme, mais toujours en s'appuyant sur
les documents et sur les meilleurs ouvrages. Aussi bien sa bibliographie
est satisfaisante, les travaux des bons historiens ou archéologues
anglais, allemands, italiens et français sont mis à contribution.
Une question se posa quand le cuite chrétien fut devenu le culte officiel :
que ferait-on des res sacrx de l'autre culte? Le principe qui finit par pré-
valoir fut que l'État pouvait en disposer, puisque ce culte n'était plus
reconnu officiellement, mais on l'observa plus ou moins rigoureuse-
ment, suivant les circonstances. L'action de l'État s'étendait jusqu'aux
édifices de pure dévotion et de propriété privée; enfin l'État s'arrogeait
le droit de changer la destination des édifices religieux des dissidents.
L'invasion des barbares entraîna des modifications dans la législa-
tion. En Espagne (ch. iv), les synodes d'Agde (506), de Lérida (524), les
conciles nationaux de Tolède (589, 597) firent de nombreux règlements,
surtout pour les édifices fondés par les particuliers; la tendance domi-
nante fut de les maintenir sous la dépendance de l'évêque diocésain.
Le synode de Saragosse (592) régla la question de la reconsécration des
églises ariennes lorsque les Wisigoths se convertirent au catholicisme.
Avant eux, les Suèves, établis en Galice, avaient, avec leur roi Théo-
demir, abjuré l'arianisme, et leur concile national de Braga (572) avait
déjà examiné la question.
Mêmes faits se produisirent en Gaule (ch. iv) chez les Burgondes; là
aussi s'agita la question de savoir si les édifices religieux ariens pou-
vaient servir au culte catholique, quand leurs fondateurs ou leurs pos-
sesseurs s'étaient convertis. Le grand archevêque de Vienne, saint Avit,
voulait qu'on abandonnât ces édifices, que les vases sacrés qui avaient
servi aux Ariens fussent refondus, et son avis l'emporta au concile
d'Épaone (517), le dernier synode national des Burgondes.
Au contraire, dans les états de Glovis, le concile d'Orléans (511) avait
admis que les églises des Ariens pouvaient, après une nouvelle consé-
cration, être utilisées pour le culte catholique. On voit qu'il n'y avait
pas unanimité sur ce point intéressant. Cette unanimité se retrouva
pour donner en Gaule l'autorité à l'évêque diocésain sur les églises et
sur les oratoires ruraux. Seul il eut le droit de consacrer les églises et
les autels du diocèse, et cette consécration conférait le privilège du
droit d'asile.
Le savant professeur consacre son dernier chapitre à l'Italie depuis
le pape Gélase jusqu'à la chute de la domination lombarde.
Ce travail demandait des connaissances juridiques, liturgiques et
archéologiques, M. G. les possède; son exposé semblera peut-être un
peu sec, mais il est clair, précis.
P. 104, M. G. a tort de citer le prétendu diplôme de Ghildebert I«'"
en faveur de Saint-Germain-des-Prés (558); à défaut de Quicherat,
404 BIBLIOGRAPHIE.
Giry l'aurait renseigné. Cette critique est la plus importante qu'on
puisse adresser à l'auteur, souhaitons qu'il mène à bonne fln et promp-
tement cette intéressante étude.
F. AuBERT.
La Chronique de Gislehert de Mons, nouvelle édition publiée par
Léon Vanderki.vdere,... [Commission roijale d' histoire. Recueil de
textes pour servir à V étude de V histoire de Belgique.) Bruxelles,
Riessling, -1904. In-S% li-432 pages, 25 tableaux et une carte.
La chronique de Gilbert' de Mons est une des sources les plus abon-
dantes en renseignements sur l'histoire du Hainaut au xu" siècle. L'au-
teur fut notaire, puis chancelier des comtes, et, de 1175 à l'an 1200
environ, il suivit presque toujours la cour de Hainaut. Vivant dans le
siècle et au milieu des affaires, il était donc admirablement placé pour
prendre ses informations et noter jusqu'aux moindres événements. Tou-
tefois, le critique peut se demander si sa situation, si la faveur dont il
jouissait n'ont pu lui enlever quelque peu de son indépendance. Or, le
fait est que Fr. Wachter- et K. Iluygens^ ont relevé dans son œuvre
des versions tendancieuses, des silences significatifs. Faut-il en conclure
que la chronique entière n'est qu'âne apologie des comtes de Hainaut
et qu'elle ne mérite aucune conhance? C'est aller bien loin. M. Van-
dcrkindere a très bien montré dans son introduction que le lecteur,
une fois prévenu des réserves à faire, peut généralement se fier aux
dires de Gilbert : son information est sûre, son récit exact, et les
chiffres qu'il donne quand il évalue l'importance d'une armée sont
toujours très vraisemblables.
W. Arndt avait donné de cette chronique une édition-'' qui paraissait
déOnitive, car on y trouvait un texte suffisamment établi. Malheureu-
sement, les identifications étaient bien souvent erronées, et la table,
fondue avec celles des autres chroniques contenues dans le volume,
était d'un maniement peu commode. C'est pourquoi la Commission
royale d'histoire de Belgique jugea utile de publier de nouveau un texte
si intéressant. M. Vanderkindere, à qui fut confié le travail, a très bien
1. Selon l'usage généralement admis, la graphie moderne nous semble devoir
être préférée à la traduction littérale de la forme latine Gisleherlus. — Nous
relevons de même à la table (p. 363) une forme Égide, traduction A'Egidius,
qui nous paraît encore moins justifiée que Gislebert.
2. Der Einfluss der nationalen und klerikalen Steliung Gisleberl's von
Mons auf aeitie GeschichtscJireibiing. Halle, 1879, in-8°.
3. Sur la valeur historique de la chronique de Gislebert de Mons... {Revue
de l'Instruction publique en Belgique, 1889, p. SOI). Gand, 1889, in-8°,
4. Mon. Germ. hist., Script., t. XXI, p. 490.
BIBLIOGRAPHIE. /»05
mis en valeur la chronique. Elle est maintenant facile à consulter,
grâce à une table de près de quatre-vingts pages, qui permet de se
reporter à la ligne même où le mot est employé. Des notes nombreuses,
d'une élégante concision, renseignent sur les personnages et les événe-
ments auxquels il est fait allusion. Enfin, une vingtaine de tableaux
généalogiques nous aident à démêler les lignées de la famille de Hai-
naut et des maisons qui lui étaient apparentées. Par excès de scrupule,
M. Vanderkindere a cru devoir dresser un glossaire et une bibliogra-
phie des livres qu'il a consultés <. Une carte du Hainaut et des pays
circonvoisins, très simple et cependant très complète, termine le
volume.
Grâce à cette édition, la chronique de Gilbert de Mous rendra les
plus grands services à tous ceux qui auront à faire l'histoire du nord de
la France au xn» siècle.
Henri Lem.\ître.
Mémoires de Philippe de Commines, nouvelle édition publiée avec
introduction et des notes d'après un manuscrit inédit et complet
ayant appartenu à Anne de Polignac, comtesse de la Rochefou-
cauld, nièce de l'auteur, par B. de Manûiiot. Paris, A. Picard et
rUs, ^90^-'l903. 2 vol. in-S", 473 et cxl-483 pages, avec une
carte.
Je ne crois pas me tromper en affirmant que la présente édition que
M. B. de Mandrot, après tant d'autres, nous donne de Commines sera
l'édition définitive de cet autour. Et d'abord le manuscrit utilisé par
lui est le plus complet que nous connaissions, puisque seul il renferme,
outre le récit du règne de Louis XI, celui de l'expédition de
Charles VIII en Italie, qui manque dans les autres. Il est aussi l'un
des plus anciens, et, pour ainsi dire, contemporain de l'auteur, puis-
qu'il a été écrit aux environs de 1530; enfin, il a appartenu à une
nièce de Commines, Jeanne de Polignac, fille de Jeanne de Chambes,
cette dernière sœur d'Hélène de Chambes, la propre femme du chroni-
queur; il présente donc les meilleures garanties d'authenticité.
1. Les listes de « agnomiiia, castellani, civitates, » etc., qui figurent au glos-
saire, ne semblent pas être d'une bien grande utilité; en outre, il n'était guère
besoin de relever les explications de termes données dans les notes. L'excellent
ouvrage de M. Pirenne dispensait d'une bibliographie, et il aurait suffi de men-
tionner dans la préface les quelques compléments que M. Vanderkindere y
apportait; en tout cas, les Acta Sanctorum, le P. Anselme, etc., sont d'un
usage si courant qu'il n'était guère besoin de les mentionner, et des traités
comme ['Histoire du Bréviaire de Mgr Batidol louchent de si loin la matière
de la chronique, c'est-à-dire l'histoire du Hainaut au xii'' siècle, qu'ils auraient
pu être omis sans inconvénient.
406 BIBLIOGRAPHIE.
En second lieu, la critique et l'annotation du texte sont aussi soi-
gnées qu'il était permis de l'attendre de l'auteur de tant de travaux
distingués sur cette période de notre histoire : éditions, comme celle de
Jean de Roye, enfin identifié, après quatre siècles de confusion, en ce
qui le concerne; monographies, comme celles que M. de Mandrot a
écrites sur les Relations de Charles Vil et de Louis XI avec les Suisses,
sur Ymbert de Batarnay, sur Jean et Jacques d'Armagnac. Aucun auteur
ne méritait assurément mieux que Commines un éditeur aussi bien
informé, car nul mieux que M. de Mandrot ne pouvait faire /essortir
la rare sagacité avec laquelle Commines raconte et apprécie les événe-
ments. J'en ai fait pour mon compte bien souvent l'expérience. Tel
fait, sur lequel ses contemporains nous ont laissé dans leurs récits des
obscurités et des lacunes, devient clair et complet sous la plume de ce
spectateur intelligent, qui a vu tout ce qu'il y avait à voir et qui n'en
omet rien de ce qui peut nous intéresser et nous instruire. Dans les
nombreuses notes de la présente édition, mais surtout dans la substan-
tielle introduction dont il l'a fait précéder, M. de Mandrot ne manque
pas de mettre en relief cette qualité éminente et caractéristique de son
auteur. « Commines, dit-il, après avoir signalé pourtant dans son livre
un certain nombre d'erreurs et de défaillances de mémoire vraiment
étranges et presque inexplicables, mais après l'avoir aussi habilement
défendu contre certaines critiques modernes, Commines est assurément
un guide qu'il faut surveiller, mais c'est encore de tous les contempo-
rains, Chastellain non excepté, celui qui nous fait le mieux connaître
cette époque et découvre le plus complètement les dessous de cette his-
toire; celui enGn qui l'a jugée du point de vue le plus élevé et le plus
philosophique. »
Ajoutons que, pour tirer de la lecture de Commines tous les fruits
qu'elle est capable de donner, on ne saurait prendre aujourd'hui de
meilleur guide que M. de Mandrot. Texte aussi amélioré que possible,
nous l'avons dit, notes substantielles et précises sur les événements et
sur les hommes, enGn biographie de l'auteur où sont recueillis et inter-
prétés avec inflniment de sagacité tous les renseignements qu'il nous a
lui-même laissés, et tous ceux que son précédent éditeur, M"« Dupont,
avait si patiemment recueillis et auxquels M. de Mandrot, après
M. Kervyn de Lettenhove, ne pouvait presque rien ajouter; voilà assez
de mérites réunis, je crois, pour justifier l'épithète de définitive que
nous donnions en commençant à cette édition.
M. de Mandrot arrive à fixer très probablement d'une manière défi-
nitive aussi la date restée jusqu'ici assez flottante de la composition des
Mémoires. Il pense, et donne les raisons les plus sérieuses à l'appui de
son opinion, que la partie relative à I^ouis XI a dû être rédigée entre
1490 et 1491, celle qui concerne Charles VIII entre 1497 et 1498; que
le manuscrit original aujourd'hui perdu était probablement très mal
BIBLIOGRAPHIE. 407
écrit, ce qui explique et les obscurités qui ont été reprochées à l'auteur,
et les trois mille variantes comptées par l'éditeur Lenglet-Dufresnoy,
qui ne disposait pourtant que de trois manuscrits au lieu des six aujour-
d'hui connus.
Ces manuscrits, outre celui d'Anne de Polignac, sont :
lo Celui qu'a utilisé M. Chantelauze en 1881, lequel a appartenu à
Diane de Poitiers, puis aux Montmorency-Luxembourg; ce texte, assez
voisin de celui de l'édition de M. de Mandrot, est probablement aussi
le plus voisin du texte original.
2° Le manuscrit légué à la bibliothèque de Nantes par M. Th. Dobrée.
Son propriétaire, au xvii^ siècle, avait été, après le chancelier Seguier,
H.-C. de Coislin, évêque de Metz, petit-tils de celui-ci, qui le laissa à
l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Il avait appartenu en premier lieu
à Jean d'Albret, s"- d'Orval, comte de Nevers, d'Eu et de Rethel, mort le
10 mai 1524, et avait par conséquent été copié avant cette dernière date.
3" Le manuscrit de M. le comte Arthur de Vogué, daté de 1520 (et
qui ne comprend que l'histoire de Louis XI), suffisamment correct,
mais sans variantes notables, porte les armes de Christophe de Roche-
chouart, seigneur de Chandenier, mort en 1549, et de sa première
femme, Suzanne de Blaisy, morte le 25 novembre 1524.
M. de Mandrot ne peut que mentionner un manuscrit aujourd'hui
perdu, que Denis Sauvage, l'éditeur de 1582, dénomma constamment
son « exemplaire vieil à la main, » et qui, sur son premier feuillet,
aurait été noté comme « copié sur le vray original de l'autheur. »
Les autres manuscrits, qui sont les manuscrits français 10156 et 3879
de la Bibliothèque nationale, plus modernes que les précédents, n'offrent
aucun intérêt particulier.
M. de Mandrot nous dit un mot des éditions de Commines, dont la
première date de 1524; il ne pouvait nous en donner la liste complète,
et il se contente de renvoyer à l'article de M. van der Haeghen, dans
la Ribliotlieca belgica; celui-ci ne compte pas moins de 123 éditions de
notre auteur. Il était vraiment bien superflu de refaire après lui pareille
nomenclature, et M. de Mandrot a fait œuvre plus utile, en nous don-
nant, sous la forme qu'il a choisie, cette nouvelle édition. Nous ne
nous attarderons pas à en énumérer les mérites, que nous croyons avoir
suffisamment mis en relief au cours de cette analyse.
J. Vaesen.
Manuel de paléographie. Recueil de fac-similés d'écritures du V^ au
XVll^ siècle (manuscrits latins, français et provençaux), accom-
pagnés de transcriplions, par Maurice Prou. Paris, Alphonse
Picard et fils, J904, In-4% 8 pages, 50 planches avec transcrip-
tions.
Notre confrère M. Prou poursuit l'œuvre utile qu'il a entreprise de
40S BICLIOGRAI'HIE.
vulgariser l'enseignement de la paléographie et d'en faciliter l'étude â
ceux qui ne peuvent suivre des cours spéciaux. Aux trois recueils de
fac-similés déjà publiés par lui et dont nous avons mentionné le der-
nier ici même (t. LVII, p. 119), voici que s'en ajoute un nouveau,
beaucoup plus complet à tous égards, puisque, tandis que les anciens
recueils contenaient une douzaine de planches chacun, celui-ci n'en
offre pas moins de cinquante échelonnées du v« au xvii'' siècle.
Nous ne saurions mieux expliquer l'objet que s'est proposé M. Prou
qu'en citant quelques lignes de son avant-propos. Après avoir rappelé
que généralement les recueils de ce genre sont à la fois tiop chers et
pas suffisamment adaptés aux besoins de tous, il ajoute : « Nous avons
voulu mettre un instrument d'étude entre les mains de ceux qui, loin
d'un centre universitaire, désirent cependant s'initier à la paléographie
et se mettre en état de lire des livres manuscrits ou des documents
d'archives. C'est pourquoi nous nous sommes efforcé de faire un choix
de types d'écritures du moyen âge que les historiens et les philologues
sont susceptibles de rencontrer le plus fréquemment au cours de leurs
recherches. Et, afin de donner en un petit nombre de planches un
ensemble de documents dont la suite ne comportât pas trop de lacunes,
nous nous en sommes tenu aux manuscrits d'origine française, excep-
tion faite de deux manuscrits très anciens, l'un d'écriture capitale,
l'autre d'écriture onciale. Il importait, en effet, si l'on voulait que
l'étudiant pût s'exercer au déchiffrement des manuscrits et tout ensemble
prendre une idée du développement de l'écriture au moyen âge, qu'il
eût sous les yeux des exemples de livres écrits à la fin des temps
antiques. Or, pour le v« et le vi« siècle, nous n'avons pas de manus-
crits qu'on puisse affirmer avoir été faits en Gaule... Désirant être
utiles à ceux qui recherchent et recueillent des documents historiques,
il ne convenait pas d'insister sur l'écriture du haut moyen âge, car les
manuscrits de cette époque sont ou assez rares ou déjà publiés. En
second lieu, il était inutile de faire une place trop large à la période
du ix« au xi^ siècle pendant laquelle l'écriture ne s'est pas modifiée
dans ses traits essentiels. Enfiu, il nous a paru bon de grouper pour
un même temps plusieurs modèles d'écritures qui fissent saisir les
habitudes diverses de scribes contemporains, mais appartenant à des
chancelleries ou à des écoles différentes. »
Telles sont les idées qui ont présidé à l'économie du recueil que
nous présente M. Prou. Les documents reproduits ici sont, comme
l'indique l'auteur, extrêmement variés : manuscrits littéraires, livres
d'église, authentiques de reliques, chartes de chancelleries royales,
ecclésiastiques ou seigneuriales, enquêtes, notes brèves de notaire,
registres du Trésor, registres de comptes, plumitif du Parlement, etc.
Les transcriptions sont précédées de notices indiquant l'âge, la prove-
nance, la nature de la pièce reproduite, les éditions qui eu ont pu être
BIBLIOGRAPHIE. ^509
faites; des notes très sobres identifient des personnages ou des lieux,
relèvent les erreurs du scribe, etc.
Ce recueil, d'un caractère tout pratique, nous paraît appelé à rendre
(le véritables services à une époque où l'on se préoccupe plus que
jamais de favoriser en province le mouvement des étades historiques et
philologiques. M. Prou s'est acquis, en le composant, de nouveaux
titres à la reconnaissance de tous et MM. Picard ont droit aussi à nos
remerciements pour s'être associés à cette œuvre et avoir mis ce recueil
à la portée d'un grand nombre d'hommes d'étude par la modicité
du prix.
E.-G. Ledos.
Jean Gautier. Nos bibliothèques publiques, leur situation légale;
avec appendice contenant les décrets, arrêtés et circulaires relatifs
aux bibliothèques publiques parus dans ces vingt dernières années,
T éd. revue et corrigée. Paris, Chevalier et Rivière, -1903. In-8",
x-^8^ pages.
Malgré la généralité du titre, ce livre est loin de donner un tableau
complet de la législation des bibliothèques publiques en France. L'au-
teur a volontairement laissé de côté (ou n'a touché qu'incidemment)
les règlements relatifs au recrutement du personnel qui administre ces
bibliothèques et à l'organisation des services qui en rendent les richesses
accessibles au public. L'objet de son travail est seulement de détermi-
ner quelle est, dans la législation actuelle, la condition juridique des
collections (livres, manuscrits, estampes, etc.) qu'elles renferment.
Les bibliothèques publiques dont s'occupe M. G. sont celles que
l'État ou les communes entretiennent pour l'usage de tous^. Dans les
premières, les livres sont incontestablement propriété de l'État ; dans
les secondes, sont-ils, au même titre, propriété de la commune? Entre
les mains de l'État et des communes, ces livres sont-ils soumis au
régime ordinaire des biens du domaine privé ou bien aux règles spé-
ciales qui protègent le domaine public? Quels sont les avantages et
surtout les responsabilités qui résultent pour l'État et pour les com-
munes des droits qui leur appartiennent sur les collections publiques ?
1. A dire vrai, il existe, indépendamment des bibliothèques de l'État et des
bibliotlièques communales, quelques bibliothèques de sociétés ou de corpora-
tions (jui, malgré leur origine privée, sont ouvertes à tous les travailleurs, et
(jui, en ce sens, sont publiques : telles sont les bibliothèques des diverses
Chambres de commerce, la bibliothèque de la Société du Protestantisme fran-
çais, celle du Musée social. Mais il est bien clair que, malgré cette circons-
tance, leurs livres restent soumis aux règles ordinaires de la propriété privée.
/HO BIBLIOGRAPHIE.
Ces questions, dont l'intérêt pratique s'accroit à mesure que les biblio-
thèques publiques prennent plus d'importance, ne sont pas résolues
dans la législation française par des textes précis, sauf quelques cas
spéciaux réglés par de récents décrets. Le plus souvent il faut chercher
les éléments d'une solution dans les principes généraux du droit admi-
nistratif, sur l'application desquels les jurisconsultes sont loin d'être
d'accord, ou dans les précédents d'une jurisprudence dont les décisions
sont imparfaitement motivées. Aussi est-il assez difficile de construire
avec ces matériaux un système solide et bien cohérent. On l'a plusieurs
fois tenté ' ; M. G., bien préparé par ses études juridiques et ses occu-
pations professionnelles, a repris la question en s'aidant des travaux de
ses devanciers et de quelques documents nouveaux; il me semble
l'avoir élucidée, en quelques points, mieux qu'on ne l'avait fait avant
lui.
Dans la première partie de son travail [Propriété des bibliothèques
publiques)^ je signalerai le chapitre consacré aux droits respectifs de
l'État et de la commune sur les collections des bibliothèques publiques
communales. Les phases diverses de la formation de ces dépôts, depuis
les décrets de l'époque révolutionnaire jusqu'aux mesures récemment
prises par le ministère de l'Iostruction publique, y sont retracées à
l'aide de documents précis, principalement tirés de rapports olhciels et
de documents d'archives. Cet exposé historique justifie pleinement la
distinction établie par le décret du !«■• juillet 1897 entre les livres du
fonds communal (provenant d'achats ou de dons privés), dont la pro-
priété appartient à la commune, et les livres du fonds d' État (provenant
des dépôts littéraires de la Révolution ou de concessions ministérielles),
dont la commune n'a que la garde et la jouissance, l'État restant pro-
priétaire et pouvant en cas d'abus retirer la jouissance.
La deuxième T^artie [Domanialité des bibliothèques publiques) est prin-
cipalement consacrée à la question de savoir si les livres de ces dépôts
font partie du domaine public ou bien du domaine privé de l'État et
des communes à qui ils appartiennent. Entre les interprètes du droit
civil et du droit administratif français, il existe encore sur ce point,
après un demi-siècle de discussions, de graves divergences, comme on
peut le voir par l'analyse très documentée que M. G. donne des trois
principales théories en présence. Au contraire, les tribunaux sont
aujourd'hui à peu près unanimes, dans leurs décisions, pour ranger
les livres des bibliothèques publiques dans le domaine public national
ou communal : la nécessité évidente de protéger ces collections par la
1. Voy. la bibliographie dans l'article « Bibliothèque » rédigé par notre
confrère M. E. Lelong pour le Répertoire général alphabétique du droit fran-
çais. Paris,' Larose, 1886 et années suivantes, in-4°, t. VIL
BIBLIOGRAPHIE. AU
double garantie de l'inaliénabilité et de l'imprescriptibilité semble avoir
Hxé définitivement en ce sens la jurisprudence. Seulement ses décisions
ne sont pas toujours appuyées sur les mêmes principes juridiques et
par suite peuvent avoir une portée plus ou moins étendue. Assez souvent
elles admettent en principe qu'il suffit, pour qu'un bien meuble ou
immeuble entre dans le domaine public, qu'il soit affecté à un service
d'ordre public, confié à des fonctionnaires de l'État ou de la commune.
M. G., adoptant les idées soutenues avec beaucoup de force par les
professeurs Barckhausen et Saleilles, exige quelque cbose de plus : à
savoir que le bien soit affecté à Vusage direct et immédiat du public,
suivant les termes d'un arrêt de la Cour de Lyon du 10 juillet 1894,
confirmé par la Cour de cassation le 17 juin 1896. La simple affectation
d'une chose à un service public laisse, en effet, subsister entre les mains
de l'État ou de la commune les éléments essentiels de la propriété pri-
vée, tels qu'ils sont définis par l'art. 544 du Gode civil; seule, l'affecta-
tion à un usage collectif met la chose hors du commerce, la rend
insusceptible de propriété privée et justifie la domanialité publique.
Il en résulte, au point de vue particulier des bibliothèques, qu'il ne
suffit pas, pour qu'une collection de livres appartenant à l'État ou à
une commune soit considérée comme faisant partie du domaine public,
qu'elle ait été constituée pour l'usage d'un groupe de fonctionnaires
(bibliothèques du Conseil d'État, de la Cour de cassation, des diffé-
rents ministères), ou d'un corps électif (bibliothèques du Sénat, de la
Chambre des députés). Il faut que, par sa destination, elle soit vérita-
blement publique, au sens usuel du mot, c'est-à-dire ouverte à tous,
sous la réserve, bien entendu, des conditions d'âge et d'autorisation,
commandées par l'intérêt général. En réalité, c'est alors seulement que
se fait sentir, contre les abus éventuels de jouissance, le besoin d'une
garantie exceptionnelle. Or, les bibliothèques qui présentent ce carac-
tère public sont, d'une part, toutes les bibliothèques communales, sans
exception; d'autre part, un petit nombre seulement d'établissements
nationaux : les quatre grandes bibliothèques parisiennes (Nationale,
Arsenal, Mazarine, Sainte-Geneviève), les bibliothèques du Muséum,
du Conservatoire des arts et métiers, du Conservatoire de musique,
celles des palais nationaux (Pau, Fontainebleau) et la Bibliothèque-
Musée d'Alger. A cette liste, M. G. ajoute, avec raison, les biblio-
thèques universitaires de Paris et de province, qui, malgré leur desti-
nation spéciale, n'en sont pas moins affectées à l'usage public, puisque,
pour y avoir accès, il suffit de se faire immatriculer, moyennant le ver-
sement d'un droit fixe de trente francs, dans l'une des Facultés dont la
réunion constitue l'Université. Pour être logique, il aurait dû également
y joindre la bibliothèque de l'École des beaux-arts et celle du Musée
pédagogique, qui, en fait, sont ouvertes au public studieux plus largement
J',\2 BIBLIOGRAPHIE.
encore que les bibliothèques universitaires. D'ailleurs, si la théorie qui
fait dépendre la domanialité publique d'une bibliothèque de son affecta-
tion à l'usage de tous est celle qui paraît avoir le fondement juridique
le plus solide, il faut reconnaître que, dans l'application, elle laisse
subsister encore des incertitudes et des difficultés. Le point délicat
pour les tribunaux est de déterminer, dans chaque espèce, si cette
affectation à l'usage de tous existe ou non. Il y a des bibliothèques de
l'État qui, en principe, ne sont destinées qu'à l'usage d'un petit nombre
de fonctionnaires ou aux membres d'une compagnie savante, et qui,
en fait, moyennant une autorisation qu'il est facile d'obtenir, sont
accessibles à tout travailleur sérieux <. La libéralité avec laquelle elles
sont ouvertes sera-t-elle interprétée comme une affectation tacite à
l'usage public, ou bien une déclaration expresse, insérée dans un
règlement officiel, sera-t-elle nécessaire? Sur ces points de fait, la
jurisprudence peut varier.
La question de la domanialité des bibliothèques publiques a été ren-
due encore plus complexe par quelques auteurs, qui ont tenté d'appli-
quer aux collections littéraires et scientifiques les dispositions de la loi
du 30 mars 1887 relatives à la Conservation des moniiinetits et des objets
d'art ayant un intérêt historique et artistique. A mon sens, M. G. a rai-
son d'écarter de la discussion cette loi, qui est tout à fait étrangère
aux collections affectées à l'usage public; elle ne vise, en fait d'objets
mobiliers, « dont la conservation présente, au point de vue de l'art ou
de l'histoire, un intérêt national, » que ceux du domaine p?'ù'(; de l'Etat,
des départements, des communes, des fabriques ou autres établisse-
ments publics; par la mesure du classement administratif, elle crée des
garanties nouvelles pour des biens qui étaient soumis antérieurement
au régime ordinaire des biens privés; mais elle est sans application
aux collections des bibliothèques pubUques déjà protégées par les
garanties exceptionnelles de la domanialité publique.
La troisième partie du livre de M. G., détaillant les différents droits
qui appartiennent à l'État et aux communes sur les collections des
bibliothèques publiques, est moins bien composée que les deux pre-
mières et aurait pu recevoir sur plusieurs points de plus amples déve-
loppements. Je signalerai cependant une bonne discussion du décret du
20 février 1809 relatif à la publication des manuscrits des bibliothèques
publiques et des autres dépôts de l'État, et un judicieux commentaire
du récent décret du 1" juillet 1897 relatif aux bibliothèques publiques
des villes.
Ch. MORTET.
1. Telles sont, à Paris, la bibliothèque de l'Inslllut, celle de l'Académie de
médecine.
BIBLIOGRAPHIE. A\3
Emile Bertacx. L'Art dans V Italie méridionale. Tome I : De la fin
de l'Empire romain à la conquête de Charles d'Anjou. Paris,
Albert Fontemoing, ^904. Grand 111-4".
Si l'histoire de l'art italien est depuis de longues années l'objet d'une
étude attentive, si les critiques et les érudits ont décrit, comparé et
classé la plupart des œuvres de pointure, d'architecture, de sculpture
et de gravure que renferme la péninsule, si la simple énumération de
ces travaux publiés au cours du xix^ siècle seulement formerait un
volume compact, il s'en faut de beaucoup que toutes les régions de
l'Italie aient été à ce point de vue également bien partagées. Tandis
que la Lombardie, le Piémont, la Vénétie, la Toscane, l'Ombrie, les
Marches, les États romains et la Sicile même ont dès longtemps attiré
les archéologues, les historiens de l'art et les simples amateurs, tout
l'ancien royaume de Naples est demeuré comme une terre inconnue et
fermée. Le pays qu'ont occupé successivement ou simultanément tant
de races diverses, où Byzantins, Lombards, Arabes, Normands, Alle-
mands, Français et Espagnols se sont installés et mêlés, oii des dynas-
ties étrangères ont toujours dominé, o\x a régné enfin jusqu'en 1860 une
branche de la famille de Bourbon, un instant supplantée par Joseph
Bonaparte et Murât, ce pays, disons-nous, n'a été qu'imparfaitement
exploré et les richesses artistiques qu'il contient n'ont pas été appré-
ciées à leur juste valeur. A l'heure actuelle encore, plus de quarante
ans après la réunion des provinces méridionales au royaume d'Italie,
alors que des lignes de chemin de fer conduisent à Otrante, à Galli-
poli, à Tarente et à Reggio de Galabre et que le brigandage légendaire
n'est plus qu'un souvenir, peu de touristes dépassent Naples et ses
environs. Cependant, en raison même des civilisations diverses qui se
sont implantées et développées sur son sol, l'Italie du Sud offrait un
champ particulièrement riche en observations intéressantes sur les arts
en général et sur l'influence artistique exercée en ce pays par les con-
quérants venus du Nord, de l'Orient et de. l'Occident. Par suite, on
comprend aisément qu'un sujet tel que VArt dans l'Italie méridionale
ait tenté M. Bertaux; mais, d'autre part, si l'on réfléchit aux difQcul-
tés de tout genre que présentait l'accomplissement de cette tâche, il
faudra le féliciter avant toutes choses d'avoir osé entreprendre l'œuvre;
quand on a lu son livre, on est heureux de constater que ses efforts ont
été couronnés de succès et que, grâce à lui, la connaissance de l'art et
de l'archéologie d'une partie considérable de la péninsule italique est
maintenant complète. Les prédécesseurs de M. Bertaux avaient, comme
François Lenormant, tracé de simples esquisses, pris des croquis au
cours d'un voyage, fait des rapprochements souvent plus ingénieux
que bien fondés, d'autres, comme IIuillard-Bréhollcs et Baltard, avaient
444 BIBLIOGRAPHIE.
rassemblé des textes et dessiné les édifices hâtis par Frédéric II; seul,
l'Allemand Schulz avait étudié méthodiquement et reproduit les monu-
ments antérieurs au xvi^ siècle, mais il n'avait pu utiliser lui-même
les matériaux qu'il avait patiemment amassés, et son livre, publié
après sa mort, n'est guère qu'un répertoire chronologique des œuvres
d'art de chaque ville. Il restait donc encore beaucoup à faire après lui,
en complétant ses indications et en tenant compte des travaux publiés
depuis son époque par les érudits des provinces méridionales de l'Italie.
C'est à coordonner toutes ces études, à les reviser par un examen per-
sonnel sur place et par des recherches dans les archives aujourd'hui
largement ouvertes que M. Bertaux s'est appliqué. Le premier volume
qu'il a fait paraître embrasse toute la période comprise entre la chute
de l'Empire romain et la conquête de Charles d'Anjou.
L'auteur prend soin d'abord de justifier les limites qu'il s'est tracées;
une intéressante introduction de topographie historique nous montre
que les frontières politiques de l'ancien royaume de Naples répondent
exactement aux frontières naturelles d'une région tout à fait distincte
des autres parties de l'Italie par la nature et les productions de son sol,
par son ciel même qui annonce les pays du Levant. Cette moitié de la
péninsule fut, jusqu'en 1860, entièrement séparée de l'autre et sous-
traite en quelque sorte au système des États occidentaux. Tournée
vers l'Orient, elle resta longtemps une province byzantine, ses navi-
gateurs et ses marchands ne cessèrent d'être en relations avec les
Grecs et les Musulmans; toutes les dynasties étrangères qui y domi-
nèrent furent fascinées par le mirage des entreprises orientales ;
Charles VIII ne croyait-il pas encore, à la fin du xv« siècle, que son
voyage de Naples était une première étape vers Constantinople et Jéru-
salem?
Il est donc légitime d'étudier à part les monuments de l'Italie méri-
dionale et tous les vestiges du passé qu'on y rencontre encore. M. Ber-
taux ne se borne pas à examiner les édifices grandioses, tels que les
cathédrales et les châteaux, son attention se porte également sur la
sculpture décorative, sur le mobilier des églises, sur les mosaïques et
les peintures qui, souvent bien effacées, n'en constituent pas moins
des témoignages précieux pour l'historien de l'art, enfin sur les minia-
tures qui ornent les manuscrits et les livres liturgiques.
Les premiers monuments qui, dans l'ordre chronologique, s'offrent
à l'étude sont les restes à peine visibles aujourd'hui des peintures qui
décoraient les catacombes de Naples et les mosaïques du v^ siècle
existant encore dans cette ville au baptistère de l'évéque Soter; à côté
d'éléments qui appartiennent à l'art gréco-romain, on y reconnaît déjà
des influences orientales bien caractérisées. Plus tard, la conquête
byzantine est complète et l'art de Constantinople règne sur toute l'Ita-
lie sans que les traditions locales soient cependant tout à fait oubliées.
BIBLIOGRAPHIE. 4i5
Cet amalgame si curieux de styles se retrouve dans une série de scènes
qui couvrent les murailles d'une petite chapelle souterraine, seul
débris d'un grand monastère bénédictin fondé au ix*' siècle aux sources
du Volturne. La Galabre, l'Apulie, la Basilicaie, plus étroitement rat-
tachées à l'empire de Byzance, furent occupées par de véritables colo-
nies de moines basiliens qui exercèrent depuis le x« jusqu'au xni« siècle
une influence considérable ; les fresques retrouvées dans les oratoires
de ces régions sont des œuvres purement orientales. Au Mont-Gassin,
dans le petit État monastique qui s'étendait autour de la montagne de
Saint-Benoît, les traditions latines demeurèrent vivaces, et, si les
maîtres appelés par l'abbé Desiderius vinrent de Gonstantinople et
apportèrent la science et la finesse d'une technique habile, les ateliers
bénédictins produisirent des œuvres où se combinèrent heureusement
les éléments de l'Orient et de l'Occident. L'influence française dans
l'architecture et la sculpture se manifesta après la conquête normande,
bien qu'elle n'en fût pas une conséquence directe, et un seul édifice,
Saint-Nicolas de Bari, peut passer pour une imitation des églises de
Normandie. Mais d'autres monuments religieux, comme la Sainte-
Trinité de Venosa, ont leur prototype au sud de la Loire et appar-
tiennent à la famille des églises bourguignonnes, dont la mère fut l'ab-
batiale de Gluny; dans les Abbruzzes, à Santa-Maria d'Arbona, on
rencontre une église cistercienne. L'art bourguignon revint encore aux
rivages de la mer Adriatique en passant par l'Orient latin, comme le
prouve le saint sépulcre de Barletta. Enfin, au temps de Frédéric II,
l'architecture française est en quelque sorte l'art officiel : le style
champenois et bourguignon est employé non plus dans les édifices
religieux, mais dans les châteaux que fait élever l'empereur à Gastel-
del-Monte et à Lagopesole, sans que nous puissions savoir à quels
artistes on doit ces œuvres magnifiques. L'Orient musulman fournit
aussi sa part en apportant le décor géométrique et polygonal qu'on voit
aux ambons et aux chaires. Mais les artistes de l'Italie méridionale ne
se bornèrent pas à copier ou à imiter : à partir du xi<= siècle, des écoles
originales se formèrent aussi bien en Gampanie qu'en Apulie dans les
cités maritimes que le commerce enrichissait. En Fouille surtout, où
l'on trouvait une bonne pierre à bâtir, des cathédrales surgirent, dont
les plans et la décoration, d'origine septentrionale ou orientale, furent
modifiés par des inventions locales. Une des parties les plus intéres-
santes du livre de M. Bertaux est consacrée aux monuments élevés
par Frédéric II et à l'impulsion que ce prince donna à un mouvement
de renaissance qui ne lui survécut pas. Enfin, des rapprochements
ingénieux entre la porte principale de Gastel-del-Monte et certains
détails de la chaire du baptistère de Pise ont permis à M. Bertaux de
confirmer l'origine apulienne de Nicola Pisano, un artiste unique qui
lia eu en Toscane que des élèves médiocres et point de continuateurs.
416 BIBLIOGRiPHIE.
Nous n'avons pu donner qu'un faible aperçu de ce que contient le
premier volume de l'ouvrage que M. Bertaux consacre à l'art dans
l'Italie méridionale. Il est superflu de rendre hommage aux mérites
universellement reconnus d'une information complète, d'une érudition
jamais en défaut, d'une recherche patiente de monuments épars dans
une région très étendue et où les explorations offrent encore souvent
de grandes difficultés. Des qualités plus rares sont l'art de la composi-
tion, la clarté et l'élégance de l'exposition ; c'est parce qu'il les possède
au plus haut degré que M. Bertaux se place tout à fait hors de pair.
Certes, il connaît le prix qu'il faut attacher aux détails dans un travail
de ce genre, et cependant il ne fatigue point son lecteur avec des minu-
ties ; il ne perd jamais de vue l'ensemble de son sujet et sait résumer
à propos et de la manière la plus frappante les idées et les conclusions
que suggèrent l'examen approfondi et la comparaison intelligente des
monuments. Espérons que M. Bertaux pourra donner bientôt la suite
de l'ouvrage qu'il a entrepris; tous ceux qui ont lu son premier volume
souhaitent être guidés par lui dans la connaissance et l'étude des
œuvres d'art que l'Italie méridionale a produites sous la dynastie
angevine.
Il convient, en terminant, de signaler les nombreuses et intéressantes
reproductions qui illustrent le texte et en facilitent la complète intelli-
gence ; elles ont été exécutées d'après les photographies et les dessins
de l'auteur. Il serait injuste enfin de ne point faire une part d'éloges à
M. Albert Fontemoing pour le soin qu'il a donné à une publication
artistique qui fait tant d'honneur à la science et au goût français.
Georges Daumet.
Abbé P. FÉRET. La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les
plus célèbres. Époque moderne. Tome III : XVIP siècle. Phases
historiques. Paris, A. Picard et fils, 1904. In-S", vi-520 pages.
L'histoire de la Faculté de théologie de Paris semble toucher à sa
fin, M. l'abbé Féret ayant entamé avec ce volume le xvii^ siècle.
On sait toute l'étendue du travail si consciencieux de M. l'abbé F., à
qui il n'a pas fallu moins de quatre volumes pour faire l'histoire de la
Faculté durant la période du moyen âge ; l'époque moderne lui a déjà
fourni la matière d'un troisième tome, qui n'otfre pas moins de sujets
intéressants que ceux qui l'ont précédé.
A ne considérer que les titres de certains chapitres de ce nouveau
volume où se trouvent mis en vedette des mots d'allure plutôt belli-
queuse, tels que : conflit, querelle, lutte mémorable, armées en obser-
vation (il s'agit de l'Université et des Jésuites), escarmouche, combats
d'avant-postes, etc., ce livre, pourtant bien pacifique, pourrait évoquer
aux yeux d'un lecteur non prévenu des scènes de carnage; il n'en est
BIBLIOORAPnrE. M7
rien fort heureusement et toutes ces hostilités, toutes ces disputes,
sonores par le titre, assez vaines souvent, se terminent courtoisement,
qu'il s'agisse des Barnabites et des Oratoriens, de l'Université et des
Jésuites, de ces Jésuites qui, à peine fondés, suscitèrent tant de pas-
sions en des sens divers, passions jamais apaisées.
Mais ce travail, si appréciable à beaucoup d'égards, ne contient pas
que des histoires de rivalités mesquines, on y lira avec intérêt de longs
chapitres sur des sujets tels que le jansénisme, par exemple, le galli-
canisme et d'autres encore, qui méritent d'être étudiés.
La Maison de Laval (^ 020-4 605), étude historique accompagnée du
Cartulaire de Laval et de Vitré, par le comte Bertrand de Brods-
siLLox, illustré de nombreux sceaux et monuments funéraires, par
Paul de Farcy. Paris, A. Picard, 4 898-4 903. In-8°. Tome II, les
Montmorency- Laval (4 264-4442), 404 p.; t. III, les M ont fort- Laval
(4 412-4504), 392 p.; t. IV, les Mont fort-Laval et leurs cadets (4 504-
4 605), 44 7 p.; t. V, Nouvelles recherches. Table des noms, par
Eugène Vallée, 308 p.
M. Bertrand de Broussillon vient de terminer sa vaste et savante
étude sur la Maison de Laval. Il a été ici même rendu compte du tome I;
quatre volumes se sont ajoutés à intervalles assez rapprochés et
forment un monument historique des plus considérables, comprenant
de substantielles et concises notices sur tous les membres de cette
famille aux branches nombreuses, un cartulaire de 3,410 pièces,
publiées ou analysées, la reproduction des sceaux et armoiries, des
pierres tombales, des portraits tirés des vitraux, des miniatures, des
diverses collections, toute l'iconographie que l'auteur a pu retrouver.
Le tome II, les Montmorency-Laval, s'ouvre avec Guy VII, fils
d'Emma, la descendante de la première lignée des seigneurs de Laval,
et de Mathieu II de Montmorency, marié à Philippe, fille d'André III
de Vitré, qui fut tué aux côtés de saint Louis en Egypte. Il se ferme
avec Anne, la dernière héritière des Laval -Montmorency, fille de
Guy XII, et de Jeanne de Laval-Châtillon, mariée à Jean de Montfort,
qui, selon l'usage adopté par les seigneurs de Laval, prend le nom
de Guy XIII et devient la tige de la troisième branche des Montfort-
Laval.
Le tome III (1412-1501) est consacré à cette branche et se termine
avec Guy XV, époux de Catherine, fille de Jean II d'Alençon, de
fâcheuse mémoire, et mort sans enfants le 28 janvier 1501. Alors com-
mence la branche des Laval-Rieux.
Elle occupe le tome IV (1501-1605). L'héritage des Laval, diminué du
fief de Gavre en Flandre, apporté jadis à Guy IX par sa femme
Béatrix de Gavre, dont la mémoire est encore populaire à Laval (c'est
4904 27
4^8 BIBLIOGRAPHIE.
à elle que remonte l'industrie si prospère jusqu'au commencement du
xix« siècle des toiles lavalloises), échut à Nicolas, neveu de Guy XV,
qui prit le nom de Guy XVI; celui-ci épouse successivement Charlotte
d'Aragon, princesse de Tarente, Anne de Montmorency, sœur du con-
nétable, et Antoinette de Daillon. Son fils Claude lui succède sous le
nom de Guy XVII et meurt jeune et sans postérité en 1547; il avait
épousé Claude de Foix, des Foix-Lautrec, dont M. de B, publie de
curieuses lettres adressées à l'évêque de Couserans. L'héritage de Laval
est recueilli par Renée de Rieux, sa nièce, fille de Catherine, l'aînée
des filles de Guy XVI, et de Claude de Rieux, maréchal de France.
Renée de Rieux devint Guyonne de Laval, et son mari, Louis de Saint-
Maure, marquis de Nesle, Guy XVIII; Guyonne se fit protestante et
favorisa à Vitré le développement de la Réforme. Ce ménage, misé-
rable par bien des côtés, ne laisse pas d'enfants, et Laval passe à
Guy XIX, neveu de Guyonne, fils de Claude de Rieux et de François
d'Andelot; attaché, comme son père, au parti protestant, il épouse
Anne d'Alégre et meurt en 1586, âgé de trente ans, laissant un fils au
berceau, qui fut Guy XX; et ce fut ce fils des Coligny, qui, en 1605,
se convertit au catholicisme; M. de B. donne de très intéressantes
lettres écrites au sujet de cet événement qui ne laissa pas de faire
grand bruit. Quelques mois plus tard, Guy XX tombait sur les bords
du Danube en combattant avec les Hongrois contre les Musulmans.
Avec lui finissait glorieusement la vieille maison de Laval.
L'héritage de Guy XX fut alors recueilli par Henri de la TrémoïUe,
« son cousin au quatrième degré, dont les droits puisaient leur origine
dans la représentation de son arrière-grand'mère, Anne de Laval, sœur
cadette de Catherine, arrière-grand'mère de Guy XX. » Les La Tré-
moïUe restèrent seigneurs de Laval jusqu'à la Révolution; mais il n'y
eut plus de Guy de Laval; le titre de comte de Laval figura seulement
parmi ceux que portait la maison de la TrémoïUe.
Les Laval n'ont peut-être pas donné de ces personnages que
leur génie ou les circonstances appellent à une grande célébrité,
mais ils ont tenu un rang des plus honorables dans la féodalité par
leurs alliances et par leurs services. Guy VU guerroie en Sicile avec
Charles d'Anjou; Guy VIII en Gascogne contre les Anglais; Guy IX
prend part aux expéditions de Flandre; Guy X, gendre d'Arthur II
de Bretagne, est tué à la Roche-Derrien, laissant sa fille Béatrix,
mariée à Olivier de Clisson; Guy XII épouse la veuve de Du Guesclin
et soutient le parti du duc Jean IV; Guy XIII meurt à Rhodes en
croisade; Guy XIV et son frère, André de Lohéac, sont aux côtés de
Jeanne d'Arc : André devient maréchal de France, un autre frère,
Louis de Laval-Chàtillon, gouverneur de Dauphiné, une sœur épouse
Louis de Bourbon, comte de Vendôme; Guy est successivement marié
à Isabelle, fille de Jean V, duc de Bretagne, et à Françoise de Dinan,
BIP.LIOGRAPniE. A\0
la jeune veuve de Gilles de Bretagne; sa fille Jeanne épouse le roi
René d'Anjou, son fils Pierre est archevêque de Reims; Guy XV favo-
rise les arts à Laval; Guy XVI épouse Charlotte d'Aragon, fille du roi
de Naples Frédéric III et petite-fille de Charles VII. Bien d'autres
pourraient être cités.
Il existe quelque difficulté sur la chronologie des seigneurs de Laval
antérieurs à Guy V, due à la rareté et au laconisme des documents
authentiques. Guido lavallensis dominus quintus a incité les auteurs de
VArt de vérifier les dates à placer en tête de la liste des seigneurs de
Laval un Guy I", sur lequel on ne possède aucun document certain;
MM. de Broussillon et Angot rejettent ce Guy I^"" et traduisent par Guy,
cinquième seigneur de Laval, encore qu'il ait porté le titre de Guy V
(un Hamon figure parmi ses prédécesseurs authentiques). Quant à Guy
(1020-1065 environ), le premier seigneur dont l'existence soit ahsolu-
ment certaine, Guido de Danazeio ou Davazeio, M. de B. y voit un Guy
de Denazé et l'abbé Angot un Guy d'Avessé^, j'avoue partager cette
dernière opinion et à cause de la concordance des noms de ses fils et
parce que Denazé, dans le Craonnais, n'a jamais eu aucun rapport avec
la terre de Laval, tandis qu'Avessé, comme Anvers, a appartenu aux
Laval jusqu'au xvi« siècle.
Chaque seigneur de Laval est l'objet d'une biographie substantielle,
très étudiée, rédigée avec une extrême netteté, comportant des détails
généalogiques très précis et la description des sceaux et des armoiries.
Chacune de ces biographies est suivie de la partie du cartulaire qui s'y
rapporte. Ce cartulaire forme un immense répertoire où l'auteur, avec
la plus patiente érudition, a fait entrer tout ce qui de près ou même de
loin touche à la maison de Laval; près de 3,500 pièces, la plupart iné-
dites, sont ainsi reproduites ou analysées. Beaucoup de ces documents
sont d'une réelle importance pour l'histoire générale, pour l'histoire de
Bretagne et de Laval, pour les mœurs, les coutumes, l'industrie et le
commerce des toiles de Laval et de Vitré, pour l'armement et le mobi-
lier, pour le blason et la généalogie des familles alliées aux Laval, les
contrats de mariages, les procédures, les lettres missives (curieuses
lettres de Louise de Laval, dame de Penthièvre, à Louis XI, de Louise
de Laval-Châtillon à Charles VIII, le pressant d'épouser Anne de Bre-
tagne, pour ne citer que celles-ci), etc. Il serait difficile et d'ailleurs
inutile de prétendre faire ici un choix parmi tant de pièces intéres-
santes à divers points de vue.
Le tome V contient un supplément au cartulaire et une bonne table
des noms dressée par M. Eugène Vallée, elle occupe 275 pages du
volume et facilite fort heureusement les recherches.
1. Dictionnaire historique de la Mayenne, II, 576, et Bulletin de la Com-
mission historique de la Mayenne, 1903.
420 BIBLIOGRAPHIE.
Elle est précédée d'une liste de corrections que l'on ne s'étonne pas
de rencontrer dans un livre de consciencieuse érudition. Quelques
chartes présentent en effet çà et là quelques inadvertances de copies;
tels sont les n^^ 1G, 17, 18 [menmm monasterii au lieu de Majus Monas-
terium), 27, 28, 48 (ten\-s pour feiHie)., 105 (offeret pour ejiciet, dona-
tione pour dominatione), 474, 962, dont l'original est aux archives de la
Mayenne {Tayet pour vayer, cornaiges pour cohuaiges). Mais ce sont
petites taches quand il s'agit de la reproduction parfois difficile d'une
si grande quantité de textes.
L'élude des blasons est particulièrement à signaler; il convient de
donner une mention toute spéciale à l'étude très neuve de l'origine du
blason des Montmorency- Laval (II, 7), et, à propos du blason des
Beaumont, à la dissertation sur Isabelle de Beaumont, première femme
de Guy VIII. Tout ce que l'on peut connaître des armoiries des
diverses branches de la maison de Laval a été relevé avec soin ; les
sceaux, jetons, armes tirées des monuments ont été dessinés avec une
extrême exactitude par M. Paul de Farcy. A cela il faut ajouter la
reproduction des pierres tombales, des figures rencontrées dans les
manuscrits et une belle série de portraits empruntés pour une grande
partie au recueil de dessins originaux du musée Condé à Chantilly; et
cette série est telle que l'auteur peut dire « qu'il n'est peut-être pas
d'autre famille en France pour laquelle il soit possible de réunir pour
la période du x\i^ siècle un contingent de portraits aussi élevé. » Ainsi,
les monuments figurés s'ajoutent aux documents écrits et complètent
cet ensemble qui établit de façon aussi intéressante qu'érudite la Mai-
son de Laval antérieure aux La Trémoïlle. Ce vaste ouvrage fait hon-
neur au savoir et à la patience de M. de Broussillon, il sera consulté
toujours avec fruit et peut-être parfois avec quelque gratitude pour
l'auteur.
J.-M. Richard.
F. UzoREAU. Andegaviana [V^ et 2« séries). Angers, J. Siraudeau ;
Paris, A. Picard et fils, ^904. In-8°, 508 et 569 pages.
— Ancienne Académie. Séance d'inauguration [i"' juillet UiSG).
Angers, Germain et G. Grassin, ^903. In-8% 48 pages.
— - Tableau de la province d'Anjou [4762-4766). Angers, J. Sirau-
deau, ^90^. In-8°, ne pages.
— État du département de Maine-et-Loire en Vannée 1800. Rapports
du préfet. Angers, Germain et G. Grassin, -1900. In-8°, 24 pages.
— Les premières applications du Concordat dans le diocèse d'An-
gers [1801-180S]. Angers, J. Siraudeau, ^90^. In-8°, ^07 pages.
M. l'abbé Uzureau, directeur de VAnjou historique, a déjà été loué
BIBLIOGRAPHIE. 42^
ici même du zèle qu'il apporte à étudier l'histoire de son pays et à
publier le résultat de ses recherches et de ses travaux. Le recueil qu'il
a intitulé Andegaviana contient une multitude de petits articles sans
lien les uns avec les autres, le plus souvent faits d'après des publica-
tions récentes; ils ne sont pas assez importants pour former des bro-
chures distinctes et ils ont été recueillis un peu pêle-mêle. Il y a de
tout dans ces volumes, mais tout concerne l'Anjou et son histoire : notes
sur la noblesse et les familles importantes, fêtes religieuses ou révolu-
tionnaires, conciles, histoire littéraire, débuts de l'imprimerie à Angers,
clergé sous l'ancien régime et dans les temps modernes, collèges, hôpi-
taux, congrégations religieuses, couvents et prieurés, événements mili-
taires, voyages de souverains, prospectus de journaux, extraits des
anciennes feuilles angevines, tableaux des mouvements de population,
faits divers, prolégomènes de la Révolution, assemblées provinciales,
élections, cahiers de paroisses et de sénéchaussées, ventes et acquisi-
tions de biens nationaux, liste des représentants de Maine-et-Loire
depuis 1789, guerres vendéennes, listes et biographies des victimes de
la Terreur, fonctionnaires de la Révolution, formation du départe-
ment, organisation de la bibliothèque publique d'Angers, état des
principaux fonds des archives départementales, notices sur les socié-
tés savantes, etc. Ce n'est là qu'un faible aperçu des principales
matières traitées dans cet ouvrage, dans lequel il ne faut pas toujours
chercher, sauf pour l'époque de la Révolution et les temps suivants
(la seconde série y est plus spécialement consacrée), une érudition
bien profonde. Dirai-je toute ma pensée à ce propos? Le recueil de
M. l'abbé Uzureau me paraît trop décousu; cette variété voulue des
articles finit par fatiguer, d'autant plus que beaucoup ne font qu'efQeu-
rer les sujets traités ou résumer des livres et mémoires récents. A mon
avis, il serait préférable de s'étendre et d'approfondir davantage.
La brochure sur la séance d'inauguration de l'ancienne Académie
d'Angers complète les documents que le même auteur avait déjà publiés
sur la fondation, la composition et les travaux de cette société savante.
Ici sont imprimés les discours prononcés en cette circonstance solen-
nelle de l'inauguration et les statuts de l'Académie. Mais je ferai encore
la même observation que précédemment. Il aurait été désirable que les
quatre ou cinq brochures éditées par M. Uzureau sur l'ancienne Aca-
démie d'Angers, et les notes données dans la seconde série des Ande-
gaviana, fussent fondues en une seule histoire complète. L'auteur y
aurait gagné et le public n'aurait eu qu'un volume, où il aurait trouvé
tout ce qu'il aurait désiré.
Le Tableau de la province d'Anjou, de 1762 à 1766, est extrait du
Tableau de la généralité de Tours, que les intendants Lescalopier et
Montpipeau firent rédiger pour répondre aux demandes de renseigne-
ments des contrôleurs généraux. La partie concernant laTouraine avait
422 BIBLIOGRAPHIE.
déjà été publiée; il ne reste plus maintenant d'inédit que ce qui con-
cerne le Maine. Ce rapport semble bien reproduire la physionomie
exacte de ce qu'était l'Anjou à la veille de la Révolution, avec sa popu-
lation, son clergé, ses couvents, ses hôpitaux, ses institutions civiles,
militaires et judiciaires, son commerce, son agriculture et son indus-
trie, sa richesse et sa pauvreté, les charges qui pesaient sur le pays et
les impôts qu'il avait à payer, etc. C'est donc un document du plus
haut intérêt, et M. l'abbé Uzureau a eu raison de nous le faire con-
naître.
Il était également intéressant de voir dans quel état se trouvait le
déparlement de Maine-et-Loire après la Révolution. Le préfet Pierre
Montault des Isles venait à peine d'être installé (29 mars 1900) que son
gouvernement lui demandait des rapports sur la situation de sa cir-
conscription. Il dut parcourir le pays dont l'administration lui était
confiée et eut à consigner le résultat de son enquête. Hélas! dans
quelle affreuse misère le département se trouvait, on en a une idée
quand le préfet écrit : « Je me suis promené pendant dix jours au
milieu de ruines et de décombres et je ne suis pas encore revenu de
l'impression douloureuse que m'a causée l'aspect aûligeant de tant de
désastres. » L'arrondissement de Beaupréau surtout avait souffert des
guerres civiles, mais, ailleurs, la tranquillité n'était pas revenue entière-
ment, et l'on avait encore à déplorer des scènes de brigandage.
La publication de M. l'abbé Uzureau sur les premières applications
du Concordat dans le diocèse d'Angers a pour objet d'exposer comment
ce malheureux pays se réorganisa au point de vue religieux. Le culte
catholique était d'ailleurs en pleine rénovation lorsque le Concordat
fut promulgué. L'évêque qui fut désigné par le premier consul pour venir
occuper le siège d'Angers était le frère du préfet du département,
Charles Montault des Isles; c'était l'ancien évêque constitutionnel de
la Vienne, mais il avait, un des premiers, fait sa soumission au pape.
Son zèle môme fut trouvé tellement excessif par le clergé constitu-
tionnel de son nouveau diocèse que toutes les difficultés vinrent de la
résistance qu'il rencontra dans ce milieu. C'est un fait extrêmement
curieux. Le nouvel évêque parait avoir été un sage administrateur et
avoir compris les exigences de la situation. Les nombreux documents
que M. l'abbé Uzureau a publiés sont les meilleurs témoignages de son
activité pour la réorganisation de son diocèse et la pacification des
esprits. A la fin de son excellente brochure, l'éditeur donne la liste de
tous les prêtres qui formaient le clergé angevin en 1802; il y indique
succinctement ce qu'ils sont devenus et la date de leur mort.
L.-II. Labande.
BIBLIOGIUPHIE. 423
Recueil des documents concernant le Poitou, contenus dans les
registres de la chancellerie de France, publ. par P. Gcérl\. T. IX :
-1447- U 56. Poitiers, -1903. In-S". [Archives historiques du Poi-
tou, t. XXXII.)
Dans l'introduction de son nouveau volume, M. Guérin continue à
étudier l'histoire politique du Poitou sous Charles VII; il avait mené
son exposé jusqu'en l'année 1440 dans l'Introduction du tome précé-
dent, il la conduit maintenant jusqu'en l'année 1455. De 1441 à 1455,
l'ordre se rétablit peu à peu dans l'ouest, il est pourtant troublé encore,
de temps en temps, par d'audacieux bandits, qui ont peine à s'imaginer
que le beau temps des Écorcheurs soit fini^. Du reste, l'impunité est
assurée, par des lettres d'abolition, à presque tous les coupables. Le roi et
ses conseillers ont hâte de passer l'éponge. Ils espèrent, non sans raison,
que la réforme militaire (dont M. Guérin étudie l'exécution dans la région
poitevine) va inaugurer une ère de relative tranquillité et d'administra-
tion régulière. Ce n'est pas à dire que tous les abus cessent comme par
enchantement. La discipline des nouvelles troupes n'est point parfaite.
De même, si le roi poursuit les prévaricateurs, il donne lui-même
1. Cf. l'invraiseinblable aventure de Geoffroi ie Ferron, trésorier général de
France, emprisonné arbitrairement par François de Monlcatin en 1444. — Je
suis obligé de détromper M. Guérin, qui m'allribue la découverte de documents
nouveaux relatifs à François de Montcatin. Je compte, en effet, comme je l'ai
annoncé, publier la biographie de ce bandit, mais je n'ai réuni jusqu'ici, comme
sources, que le procès de Gilles de Rais, pour la première partie de son exis-
tence, et, pour la seconde, les arrêts inédits du Parlement signalés par
M. Guérin lui-même. Mon seul mérite, d'ailleurs léger, est d'avoir montré {Uist.
de France, publiée sous la direction de M. Lavisse, t. IV, 2° partie, p. 185,
note) que le François de Montcatin, dont M. Guérin avait parlé en son t. VIII,
devait être identifié avec Francesco Prelati, complice de Gilles de Rais. — Il
me sera permis de regretter que notre confrère M. Funck-Brentano n'ait tenu
aucun compte de celte identification dans la biographie de Gilles de Rais, qu'il
a publiée tout récemment (dans : les Brigands. Paris, 190i). Il y déclare qu'on
ne sait pas ce qu'est devenu Francesco Prelati après la condamnation de Gilles
de Rais, et il accepte, sur ce point comme sur les autres, les conclusions du
« savant ouvrage de l'abbé Bossard » sur le a Barbe-Bleue » de Tifl'auges. En
réalité, le livre de l'abbé Bossard est au-dessous du médiocre, et il n'est utile
que par l'appendice dû à M. de Maulde et contenant, presque in extenso, les
pièces du procès. Il est étrange que l'abbé Bossard, composant une thèse de
doctorat sur une atfaire criminelle, n'ait pas songé à dépouiller les registres
du Parlement. Il est encore plus regrettable que cet auteur et M. Funck-
Brenlano à sa suite aient soutenu, contrairement à l'opinion des folk-lorisles
les plus émiaenls (notamment de Gaston Paris) et contrairement à l'évidence
même, que « l'histoire de Gilles de Rais est l'origine du conte de Barbe-
Bleue. »
424 BIBLIOGRAPHIE.
l'exemple de la désobéissance aux ordonnances fondamentales en dis-
tribuant de nombreuses terres de la couronne. L'introduction de
M. Guérin se termine par un tableau des aliénations du domaine royal
en Poitou pendant le règne de Charles VII.
Ces pages préliminaires, écrites par le savant éditeur, n'intéressent
que l'histoire politique, et, par suite, ne dispensent nullement de lire
les documents publiés à la suite, qui sont importants surtout pour l'his-
toire sociale. Ce sont des lettres d'anoblissement, de légitimation, de
naturalisation, etc., et principalement des lettres de rémission, qui
ajoutent de nouveaux détails, tragiques ou grotesques, à ce que nous
savons des mœurs, fort peu évangéliques, de ce sanglant et voluptueux
xv^ siècle. Les lettres de pardon octroyées par Charles VII amnistient
les brigandages et les violences de gens de guerre' et aussi les
meurtres commis par les habitants qui, exaspérés, ont uni par s'armer
contre les Ecorcheurs-. Elles amnistient des séquestrations d'héri-
tières^, des assassinats commis au sein des familles, par un frère sur
un frère, par un père sur son fils, pour des questions d'intérêt^, des
brutalités et des blessures mortelles, à la suite de querelles qui ont
souvent les plus futiles motifs^. Les femmes ont presque toujours un
rôle dans ces risques, et, parfois, c'est le rôle principaK'. Enfin, la
« mauvaise vie et gouvernement » de certains prêtres provoque de ter-
ribles vengeances conjugales ou familiales'^. A SouUans, le prieur-
curé Jean Lorson est si détesté de ses paroissiens que plusieurs d'entre
eux s'unissent par conjuration et le font périr^.
M. Guérin a accompagné ces documents, selon son habitude, de
1. N°» 1137, 1143, 1146, 1147, 1165, 1193, 1202, etc.
2. N"' 1145, 1258. — Une lettre de rémission de 1440 (n" 1174) i)rouve qu'à
cette époque encore la haine des gens d'armes subsiste parmi les paysans. —
Le n* 1141 est une preuve de plus de la difïïcullé qu'éprouvaient les gens
d'armes à être accueillis et hébergés dans les villes et villages fortifiés, les
habitants considérant leur arrivée comme aussi périlleuse que celle des
ennemis.
3. N° 1136. Cf. le n» 1233.
4. N" 1186, 1194, 1244, 1249, 1261. — Femmes tuées par leurs maris : n" 1151,
1177.
5. Les lettres de rémission s'appliquant à ces cas sont les plus nombreuses
du recueil. Par exemple (n" 1182), l'écuyer Jean de la Roche lue un enfant de
douze ans, parce que celui-ci faisait paître des bestiaux sur ses terres. — Jeux
et plaisanteries amenant des accidents mortels : n°' 1142, 1157, 1176, 1257,
1264.
6. N" 1229.
7. N- 1164, 1240, 1247. — Cf. n» 1219.
8. N- 1208.
BIBLIOGRAPHIE. 425
copieuses notes biographiques, qui feront de son monumental recueil
un répertoire à tous égards très précieux.
Gh. Petit-Dutaillis.
Histoire de la principauté souveraine de Boisbelle-Henrichemont,
par Hippolyte BoYER. Paris, Picard; Bourges, A. Auxenfans, ^904.
In-8°, 540 pages. (Extrait des Mémoires de la Société historique
du Cher.)
Sous ce titre, M. Boyer a entrepris de nous retracer les péripéties
par lesquelles a successivement passé la terre de Boisbelle-Henriche-
mont.
Le pays ainsi désigné se composait autrefois de trois groupements :
le Fief-Pot, ancien morceau de la seigneurie de Menetou, dont il fut
détaché en 1615; Achères, ermitage du ix* siècle, devenu plus tard
prieuré de l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges, dont il dépendit jus-
qu'au xvni« siècle; enfin, Boisbelle, le membre do beaucoup le plus
important.
Boisbelle, dont les origines demeurent obscures, se trouvait aux xii^
et xnje siècles l'apanage des Sarlon et des Sully, familles puissantes
du Berry, à qui elle dut de conserver son indépendance et de ne pas
être absorbée dans le domaine d'un plus grand seigneur. Grâce, en
effet, à l'intervention du dernier survivant des Sully, Marie de Sully,
qui avait failli un moment devenir la femme de Charles de Berry,
Boisbelle se vit reconnaître sa franchise.
Marie de Sully ayant épousé en secondes noces Gharles l^" d'Al-
bret, Boisbelle fut gouvernée pendant un siècle par une famille d'ori-
gine méridionale qui, comme la précédente, défendit énergiquement
ses droits.
Des d'Albret, cette principauté passa, au début du xvi« siècle, aux
Glèves, puis, en 1560, aux Gonzague.
Sous les Glèves, comme sous les Gonzague, elle continua à jouer
un rôle obscur. Il nous faut arriver au début du xvn« siècle pour la
voir prendre une situation importante.
En 1605, en effet, Gharles de Gonzague l'ayant aliénée à Maximilien
de Béthune, duc de Sully, ce fut pour elle un coup de fortune. Sully,
qui rêvait de se créer une sorte de petit royaume, non seulement fit
confirmer les antiques privilèges de Boisbelle, mais résolut de se créer
une capitale, et, dans ce but, fit élever à quelques pas de Boisbelle une
nouvelle ville : ce fut Henrichemont [Henrici mons). En même temps,
pour assurer l'avenir de la petite principauté, Sully stipulait, en 1609,
que ses terres devraient toujours échoir d'aînés en aînés en ligne
directe, et, à défaut de cette branche, en ligne collatérale, et que ses
héritiers porteraient tous le nom de Maximilien de Béthune.
426 BIBLIOGRAPHIE.
La mort de Sully arrêta malheureusement l'essor de Boisbelle. Les
descendants de l'illustre ministre d'Henri IV ne se préoccupèrent d'elle
en effet que pour en tirer des revenus, et c'est dans ce but qu'en 1681
les divers offices de la principauté, d'abord séparés, furent affermés
en bloc à un certain Thomas de Boischantel, fonctionnaire malhonnête
qui s'enrichit par un commerce frauduleux du sel.
C'est ainsi encore qu'en 17371a comtesse d'Orval, tutrice de Maximi-
lien- Antoine-Armand de Béthune, aliéna au sieur Dumont, avocat au
Parlement, les offices déjà cédés à titre héréditaire aux Boischantel.
C'est ainsi enfin que le 24 septembre 1766, au mépris de tous les
engagements contractés par ses ancêtres, le duc de Béthune vendit au
roi sa principauté.
Naturellement, la ville d'Henricheraont ne gagna pas au marché.
Exempte auparavant d'impôts, elle fut obligée de subir désormais la
loi commune.
En 1776, elle fut comprise dans l'apanage du comte d'Artois, trans-
formation encore préjudiciable pour elle, car elle y perdit son titre de
souveraineté, qu'elle dut échanger contre celui de chàtellenie.
Elle n'oubliait pas cependant son antique splendeur. Aussi, en 1789,
lors de l'assemblée des bailliages tenue à Bourges, elle refusa de con-
courir à l'impôt, et, quelque temps après, elle demeura inconsolable
de s'être vu préférer Aubigny comme chef-lieu de district.
On s'explique fort bien l'orgueil de cette petite communauté quand
on connaît en détail ses anciens privilèges, qui étaient considérables :
moins le pouvoir de déclarer la guerre, Boisbelle possédait les droits de
créer des officiers, de légiférer, de juger sans appel, de battre monnaie
et de ne point payer d'impôts. En somme, Boisbelle jouissait de presque
tous les avantages de la souveraineté, cas des plus rares en France
depuis la constitution de la féodalité.
Aussi, on comprend que M. Boyer ait insisté dans tout le cours de
son travail et même dans un chapitre spécial sur la situation anormale
de ce petit coin de terre.
Il me semble toutefois que ce n'était pas le seul côté intéressant de
l'histoire d'Henrichemont et que M. Boyer eût pu, par exemple, consa-
crer quelques pages aux questions économiques.
Pourquoi en effet, à l'aide des minutes notariales conservées en
grand nombre dans l'étude de M. Decencières et des registres d'aveux
et de dénombrements renfermés dans la série G des archives du Cher,
n'a-t-il pas essayé de déterminer les caractères de la propriété dans la
région d'Henrichemont, c'est-à-dire l'étendue des parcelles de terre et
leur répartition entre les tenanciers? Pourquoi n'a-t-il rien dit des cul-
tures et ne nous a-t-il pas, par exemple, donné un relevé des prix de
l'arpent de vigne depuis le xvii« siècle jusqu'à la Révolution?
A l'aide encore de ces minutes de notaires, M. Boyer eût pu nous
BIBLIOGRAPHIE. 427
donner sur l'industrie de la poterie, des cuirs et de la verrerie des ren-
seignements plus complets que ceux qu'il a publiés à la fin de son pre-
mier chapitre.
Je regrette encore que M. Boyer ne se soit pas occupé du mouvement
démographique, travail qu'il était d'autant plus facile de mener à bonne
fin qu'Henrichemont possède, à partir de 1601, une série presque com-
plète de registres paroissiaux.
Pourquoi M. Boyer n'a-t-il pas essayé non plus de déterminer la
valeur des mesures de grains dont il parle si longuement à la p. 505?
C'étaient là, à mon avis, des questions aussi intéressantes que la des-
cription par trop minutieuse donnée par lui des terres composant le Fief-
Pot ou des limites de Boisbelle, description qui, dans tous les cas, eût
gagné en clarté s'il eût pris soin d'y joindre une carte.
Je ne m'explique pas non plus pourquoi M. Boyer a interrompu son
travail à l'année 1794. Il eût fallu ou s'arrêter à 1789 ou pousser jus-
qu'à l'an VIII.
Deux détails : M. Boyer s'est montré parfois trop concis dans ses
références <; en second lieu, il eût dû se dispenser de renvoyer le lec-
teur à des pièces justificatives qu'il n'a pas publiées 2.
Mais j'aurais tort de critiquer plus longuement un travail que l'au-
teur n'a pu lui-même terminer. Nul doute en effet que, s'il eût vécu, il
n'eût prévenu les critiques que nous lui adressons. Sa monographie,
d'ailleurs, n'en reste pas moins une excellente contribution à l'histoire
du Berry, et il est à souhaiter que les autres cantons du Cher en pos-
sèdent bientôt une semblable.
A. Gandilhon.
D' L. DE RiBiER. Charlus-Champagnac et ses seigneurs. Paris, Cham-
pion, 1902. In-S», IV-302-XV pages, portr., pi. et fig.
Charlus-Champagnac est un château, en ruines aujourd'hui, dans la
commune de Bassignac (Cantal). C'était, au moyen âge, le chef-lieu
d'une chàtellenie qui fut érigée en baronnie au xV siècle et en comté
en 1586.
Sur l'histoire la plus ancienne de cette chàtellenie, M. de Ribier n'a
trouvé que peu de renseignements. Il démontre que les personnages
qui, depuis Guillaume de Charlus en 1220, ont porté ce nom n'étaient
pas les propriétaires du château. Il appartenait dès lors aux vicomtes
de Ventadour. Charlus-Champagnac appartint ensuite aux Roger-
Beaufort-Turenne de 1351 à 1445, à une seconde maison de Ventadour
1. Que désigne, par exemple, la noie (1) de la p. 323, voy. le cahier de notes
d'Armenant, p. 6, ou la note (2) de la p. 326, Mém. Dumoni, p. 33.
2. Exemples p. 283, n. 3; p. 336, n. 1,
428 BIBLIOGRAPHIE.
jusqu'en 1500, à la maison de Lévis jusqu'en 1734, à la maison de
La Croix de Gastries jusqu'en 1783, enfin aux Pestel-Caissac, derniers
possesseurs.
Sur chacune de ces familles, M. de Ribier a groupé des notes inté-
ressantes puisées souvent dans des documents inédits. L'identification
des localités a été faite avec soin. C'est, en somme, une bonne étude
d'histoire locale. En dehors des documents conservés dans les archives
publiques, M. de Ribier en a publié de très intéressants appartenant à
des collections particulières. Il serait à désirer que ces collections,
encore nombreuses en Auvergne, trouvent, pour les faire connaître au
public, des érudits zélés comme M. le D"" de Ribier.
G. ROUGHON.
Baron du Rodre. Inventaire analytique des titres et documents ori-
ginaux tirés des archives du château de Barbegal. Paris, H. Cham-
pion, -1903. In-4% xiv-536 pages.
Le volumineux ouvrage que le baron du Roure a l'amabilité d'offrir
aux amateurs de l'histoire de Provence ne peut que rendre de grands
services. Livrer ainsi au public l'essence des documents qu'une
recherche intelligente et laborieuse a accumulés dans une collection
particulière, c'est faire œuvre tout à fait méritoire. Aussi doit-on sou-
haiter que l'exemple désintéressé donné par l'auteur du présent inven-
taire soit suivi.
Ce n'est pas ici qu'il faut insister pour montrer l'intérêt qui s'at-
tache à un recueil d'analyses de 2,500 documents ou dossiers compris
entre le début du xiii^ et le premier tiers du xix" siècle. Les titres de
Barbegal sont surtout relatifs aux familles; c'est surtout le point de
vue généalogique qui a séduit le collectionneur. Mais leur abondance
est telle qu'il est peu d'anciennes maisons provençales qui ne soient au
moins mentionnées dans ce volume. Quelques-unes même y trouve-
ront d'importants dossiers, jusqu'à des livres de raison, qui sont de
tout premier ordre. Je citerai, par exemple, le livre de raison des Borel,
qui s'étend de 1588 à 1675 et dont le baron du Roure a donné des
extraits curieux.
Ainsi donc, grâce à cet inventaire, l'histoire des familles de Provence
sera mieux connue. Je m'en voudrais de ne pas illustrer par un exemple
cette affirmation; je citerai donc les pièces concernant les Cossa. Le
plus célèbre représentant de cette maison italienne a été Jean Cossa,
comte de Troja, un des plus intrépides partisans des Angevins dans le
royaume deNaples; il suivit en Provence le roi René, battu et expulsé
de la péninsule, et y exerça les fonctions de grand généchal. Or, l'in-
ventaire de M. du Roure donne sur ce personnage l'analyse d'un dos-
sier des plus instructifs : c'est d'abord l'acte de donation de la baronnie
BIBLIOGRAPHIE. /(29
de Grimaud, octroyée par le roi René en 1411 à son Adèle serviteur;
c'est ensuite la concession, en IMl, par le même souverain d'une
pension annuelle de 1,500 florins sur les Juifs de Provence; puis les
documents relatifs au mariage et à la dotation de ses filles, au désac-
cord violent survenu entre Jean Cessa et son fils aîné Gaspard, aux
avantages qu'il voulait attribuer à son fils cadet René ; son testament,
dicté par son confesseur le 15 septembre 1476, pendant que lui-même,
cloué par la paralysie sur son lit de mort, manifestait par signes que
telle était sa volonté ; c'est enfin le procès consécutif à ce testament,
les consultations juridiques, le jugement définitif. On peut dire que
presque toute l'histoire intime de cette famille, depuis 1470 environ
jusqu'à 1486, est ici consignée. Il en est ainsi de bien d'autres.
Élèverai-je maintenant quelques petites chicanes? J'ai déjà dit ail-
leurs que j'aurais désiré voir toutes les notices rédigées en français
moderne, avec identification des noms. J'ajouterai que les tables
auraient gagné à être plus complètes et plus copieuses en renseigne-
ments (à ce propos, je n'ai pas saisi la différence entre la table des
noms de lieux et l'index, qui auraient pu être fondus en une seule
liste). Pour les dates, M. du Roure suit toujours le système français;
est-il bien sûr qu'il soit applicable aux documents rédigés par les
notaires d'Avignon et du comté Venaissin? Ici, d'ailleurs, il est facile,
avec les années de pontificat du pape régnant toujours indiquées, de
faire la vérification. Le dossier Buis ne concerne-t-il pas la famille de
Bus {Buxi en latin), dont une branche établie à Gavaillon donna nais-
sance à César de Bus, fondateur des Pères de la Doctrine chrétienne?
Ces vétilles, que j'ai cru devoir cependant signaler, ne peuvent atté-
nuer en rien la valeur ou l'intérêt de l'Inventaire des titres de Barbegal,
et je suis heureux d'adresser à son auteur tous les compliments qui lui
sont dus.
L.-H. Labande.
Documents nouveaux sur le Studium du pape Urbain V à Trets-
Manosque (^ 364-'! 367), par l'abbé Ghaillan,... Aix-en-Provence,
A. Garcin, -1904. In-8°, 28 pages.
Recherches et documents inédits sur V Orphanotrophium du pape
Grégoire XI à Avignon^ par l'abbé Ghaillaiv,... Aix, A. Dragon-,
Avignon, Aubanel, 4904. In-S"^ xxxii-96 pages.
Notice et documents sur la maison des Repenties à Avignon au
XIV^ siècle, par l'abbé Ghaillan,... Aix, Dragon ^ Avignon, Auba-
nel, -1904. In-8*>, 58 pages.
M. l'abbé Ghaillan, qui avait eu, il y a quelques années, la très heu-
reuse fortune de mettre la main, aux archives du Vatican, sur les
430 BIBLIOGRAPHIE.
curieux comptes du Studium fondé en 1363 par Urbain Vdans la petite
ville provençale de Trets (voir sa publication intitulée : le Studium
papal de Trets au XIV'' siècle, parue en 1898), a continué dans les
mêmes archives ses recherches sur ce collège pontifical. Elles ont été
couronnées de succès. Les nouveaux documents qu'il est parvenu à
retrouver consistent en des extraits des Inlroitus et exitus pour les
années 1365-1367, relatant les sommes versées par Urbain V pour
l'entretien de sa fondation, et surtout dans un compte des recettes et
dépenses présenté le 3 juillet 1365 par le prieur de Trets, adminis-
trateur du collège. Les recettes consistent en subventions de la part du
pape ou du collecteur des droits pontificaux dans les provinces d'Aix
et d'Embrun, en pensions payées par les écoliers et en produit de la
vente du vin; quant aux dépenses, elles portent sur les achats de blé,
de vin, de porcs, d'huile, de chandelles, de poissons salés, de légumes,
de noix, de fromages, de sel, de foin et d'avoine et sur la nourriture
spéciale et le soin des malades. Voilà donc un utile complément à la
première brochure de M. l'abbé Chaillan.
Les mêmes recherches lui ont fait découvrir d'autres documents de
la plus haute importance sur les fondations charitables effectuées par
Grégoire XI en la ville d'Avignon, Je ne dirai pas qu'ils ont constitué
une révélation, car les établissements qu'ils concernent étaient déjà
connus, mais on était loin de posséder sur eux un tel faisceau de bulles
ou de règlements.
La maison de refuge pour les orphelins, que M. l'abbé Chaillan
appelle V Orphanotrophium du pape Grégoire XI, avait été fondée en
1366 par un généreux bienfaiteur des pauvres, Jean de Jujon. Elle
reçut de notables donations du pape, qui la transféra, afin qu'elle pût
mieux se développer, dans l'hôpital même du Pont-Fract (1372). Les
statuts en furent dressés aussitôt par des commissaires, qui paraissent
avoir été délégués par le souverain pontife. Je regrette que M. l'abbé
Chaillan n'ait pas cru devoir les publier, en même temps que les nom-
breux témoignages donnés par Grégoire XI de son affection pour les
orphelins de Jujon. Ils auraient achevé d'éclairer la physionomie
exacte de l'œuvre et de montrer comment elle était administrée.
Je ferai la même observation pour les statuts rédigés en 1376 pour
la maison des Repenties d'Avignon, dont une traduction est signalée
dans un manuscrit de la Méjanes. M. l'abbé Chaillan en a donné seule-
ment quelques extraits, qui nous mettent en goût et nous font d'au-
tant plus désirer de les connaître en entier. Cette maison avait été
fondée tout près de l'église de Notre-Dame-des-Miracles par Gasbert de
Laval, archevêque de Narbonne, et dotée en partie par Anglic Gri-
moard, évêque d'Avignon et frère d'Urbain V. Grégoire XI lui octroya
de nombreux privilèges et augmenta notablement ses revenus; il fit
même bâtir une nouvelle habitation avec dortoir, cloître, chapelle, etc.
BIBLIOGRAPHIE. ^31
Son éloignement d'Avignon ne l'empêcha pas de s'y intéresser; de
Gènes, alors qu'il s'occupait de transférer son siège en Italie, il envoyait
une aumône aux Repenties; plus tard, installé auprès de Saint-Pierre
de Rome, il songeait à leur assurer le bénéfice d'anciennes donations.
Les bulles qui sont ici éditées ont été très correctement transcrites.
Il aurait été cependant désirable que chacune d'elles ait été précédée
d'une analyse succincte, qui en aurait fait connaître le contenu et en
aurait précisé la date. Eîles se seraient ainsi beaucoup mieux présen-
tées. On aurait également pu épargner pas mal de sic que M. j'abbé
Ghaillan a cru devoir imprimer à la suite de mots d'ailleurs très bien
lus; par exemple, après trezeni, trezenandi (le droit de trézain accom-
pagnant celui de lods est couramment indiqué dans les chartes pro-
vençales), après crota, octabas, octabis, condam, cotidie, etc. Les rues de
la Poulasserie, de la Grande-Fusterie, du Limas, des Lices, la livrée
du cardinal de Giffon, l'hôtel du Chapeau-Rouge, qui a donné son nom
à une rue, la Pignotte, sont très familiers aux gens du pays ; le sic qui
accompagne toutes ces dénominations est donc à supprimer.
Ce sont là des petits détails; ils n'empêchent pas que les ouvrages
de M. l'abbé Ghaillan ne soient d'excellents recueils de pièces, où les
historiens puiseront beaucoup de précieux renseignements. Aussi
ces derniers seront-ils très heureux si le même auteur poursuit ses
fructueuses investigations et fait profiter de ses découvertes le monde
savant.
L.-H. Labande.
V. LiEOTAUD. Le Poil, canton de Sénez, arrondissement de Castellane
(Basses- Alpes)... Histoire féodale, toponymique et religieuse. Sis-
teron, A. Clergue, J903. In-8% 44 pages.
Le Poil était jadis une de ces minces seigneuries provençales, dont
l'exiguïté n'empêchait pas le morcellement entre de nombreux cosei-
gneurs. L'acquisition d'une parcelle de ces pauvres petits droits sei-
gneuriaux permettait aux paysans et bourgeois enrichis l'accès, dans
un délai plus ou moins long, à l'ordre de la noblesse. Le Poil, en 1739,
dit un auteur cité par M. V. Lieutaud, était divisé en dix cosei-
gneuries !
Plus anciennement, il appartenait en tout ou en partie à une branche
de l'importante maison de Castellane. Il est fort difficile de suivre les
destinées d'un fief aussi minime et aussi morcelle; le plus souvent, il
faut se borner, comme l'a fait M. V. Lieutaud après de longues
recherches, à ne donner qu'une liste de noms de coseigneurs.
L'auteur me semble beaucoup moins heureux dans l'explication
étymologique du nom de ce petit village. Le Poil se traduit en pro-
vençal par lou Peu; ce serait, dit-il, une allitération du mot celtique
432 BIBLIOGRAPHIE.
Pen, montagne. Ce n'est pas admissible, d'autant plus qu'au xi« siècle
la forme latine est Podium ou Poium. Avec beaucoup d'imagination,
M. V. Lieutaud détermine dans la liste des noms de quartiers de ce
petit territoire ceux qui sont de provenance celtique, latine ou... proven-
çale. Mais est-ce que le provençal n'est pas lui-même un latin déformé ?
Je retrouve la même exagération dans la reconstitution Imaginative et
l'interprétation des dix jambages de lettres ou lettres entières, disposés
sur quatre rangs, d'une inscription antique trouvée au Poil. En bonne
règle, il est impossible d'en tirer quoi que ce soit; M. V. Lieutaud
donne par conjecture le nom du défunt, son âge, la date de sa mort et
le nom du consul qui vivait à l'époque de son décès. L'épitapbe serait
peut-être celle d'un grand propriétaire arlésien, chrétien, ayant maison
à la ville (Arles) et maison à la campagne (le Poil), possesseur de trou-
peaux, qui voyageaient des plaines de Provence aux montagnes des
Alpes, etc.
Rectifions encore un nom : la fameuse marquise de Ganges ne s'ap-
pelait pas Anne-Élisabeth de Rossan, mais Diane de Joannis ; son
mari était Charles de Latude, marquis de Ganges, et non La Nède,
marquis de Ganges.
L.-H. Labande.
Romolo Gaggese. Su VOrigine délia parte Guelfa c le sue rclaz-ioni
colcomune. Firenze, lip. Gaiileiana, i903. In-S", 47 pages. (Estrallo
dair Archivio storico ifaliano.)
Le problème auquel s'est attaqué M. R. Caggese est assez compli-
qué; il est toujours difficile de saisir l'origine d'une association qui n'a
pas été commandée par un événement particulier et qui, dans les débuts,
est obligée de s'entourer d'un certain mystère. La formation des par-
tis guelfe et gibelin fut la conséquence de la querelle entre la papauté et
l'empire, c'est bien entendu, mais à quel moment précis eut-elle lieu et
quelles catégories de personnes furent englobées dans ce mouvement?
Les historiens sont Kà-dessus loin de s'accorder. Selon M. Caggese,
qui a examiné de près les textes conservés, les Guelfes ont constitué
un parti distinct, avec son organisation particulière et ses capitaines,
dès le milieu du xni« siècle; selon les villes, ils furent plus ou moins
aristocratiques ou populaires, j'entends parla qu'ils se recrutèrent plus
ou moins dans la noblesse. C'est là un fait qu'on ne paraissait pas avoir
bien vu jusqu'ici ; les Capitanei partis ne sont pas nécessairement les
Consules militum, ou représentants de la noblesse tout entière ; de
même, ils sont bien souvent différents des Capitanei pro Ecclesia. La
confusion de ces trois espèces de dignitaires est combattue avec raison,
semble-t-il, par M. Caggese.
11 a aussi quelques pages intéressantes sur les relations que les Guelfes
BIBLIOGRAPniE. ^33
dominant dans une ville entretenaient avec le gouvernement do cette
cité. Il a montré que, lorsque le parti prenait le pouvoir, il modiflait la
forme du gouvernement et plaçait naturellement à la tête de la com-
mune ses propres officiers; mais il conservait quand même à côté son
organisation particulière et ne relâchait pas les liens ^étroits qui ratta-
chaient les uns aux autres tous les memhres de l'association pohtique.
Le mémoire de M. Gaggese sera donc à consulter avec fruit par ceux
qui voudront étudier les institutions communales de l'Italie.
L.-H. Labande.
J. Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre
(^^00-^3^0). Paris, E. Leroux, ^904. In-8°, xiii-440 pages.
Nous avons dans ce volume, pour la période antérieure à 1315, la
véritable histoire de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, abstraction
faite du détail des opérations militaires auxquelles cet ordre a pris
part. L'auteur a savamment discuté et sagement résolu les questions
auxquelles ont donné lieu les origines du célèbre hôpital; il a déter-
miné les noms des grands maîtres, recherché les nations et les familles
auxquelles chacun d'eux appartenait, fixe les dates des magistères et
indiqué les événements qui constituent les annales de l'ordre pendant
deux siècles. Il a tracé un tableau complet de l'organisation adminis-
trative et défini les attributions des différents dignitaires, dont il a
dressé des listes, aussi bien pour ceux de l'administration supérieure
et centrale que pour ceux des administrations régionales.
M. Delaville Le Roulx a traité toutes ces matières de première main,
en combinant très heureusement les textes narratifs avec les données
fournies par les chartes réunies dans les trois volumes de son Gartulaire
de l'ordre de saint Jean de Jérusalem. Nous devons le féliciter d'avoir
mené à bonne fin d'immenses recherches patiemment et savamment
poursuivies pendant de longues années dans les bibliothèques et les
archives de la France et de l'étranger. Il a jeté beaucoup de lumière
sur l'histoire d'une institution qui a tenu une grande place non seule-
ment dans l'Orient latin, mais encore dans toute la chrétienté d'Oc-
cident.
L. D.
^904 28
434 BIBLIOGRAPHIE.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIERES.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 419. — Paléographie, 597, 604.
— Diplomatique, 579. — Manuscrits, 427, 429, 435, 465, 482, 485, 488,
489, 502, 557, 587. — Imprimés, 424, 425 bis, 493.
Sources, 414, 479, 547. — Légendes, 511, 580, 594. — Chroniques,
380, 418, 542, 554, 569, 628, 629. — Correspondances, 591. —
Archives, 497. — Cartulaires, 384, 412, 421, 422, 526, 553, 613, 625.—
Chartes, 381, 423, 440, 503, 504, 509, 543, 579, 582, 583. — Regestes,
403, 483, 531, 621, 630, 631. — Terrier, 592. — Obituaires, 548. —
Inventaires, 618.
Biographie, généalogie. — Espagne, 451 ; Islam, 495-496. — Alcuin,
460; s. Aspais, 398; Avitus, 382; s. Benoît, 584; Charles le Témé-
raire, 426 ; Clément VI, 462 ; Conrad de Masovie, 505 ; Constantin,
538; s. Domnole, 425; Diether dTsenbourg, 591; Edouard III, 631;
s. François d'Assise, 383, 402, 502, 610; Gozzoli, 605; s. Grégoire le
Grand, 523 ; Guillaume de Chanac, 428 ; Guillaume de Nogaret, 609 ;
Henri II d'Allemagne, 476 ; Henri III d'Angleterre, 483 ; Heraclius,
595; Hohenlohe. 624; HohenzoUern, 582; Honorius III, 509; Inno-
cent III, 529; Jean sans Terre, 519: Jeanne d'Arc, 432; s. Léon IX,
535; s. Liesne, 398; Louis XI, 522; Macbeth, 511; Marcel, 456;
Mathieu I" de Lorraine, 444; Maurel, 405; Mélicourt, 388; Menet de
Robécourt, 615; s. Orens, 477; Pascal II, 504; Pépin, 538; Philippe
le Bel, 409; Pierre de Foix, 440; Piz d'Oue, 536; Robert, 484;
s. Servais, 420; Thomas a Kempis, 608; Thun, 514; Timotheo I",
512; Wyclif, 515; Zainer, 623.
Droit, 389, 395, 404, 443, 453, 459, 470, 485, 508, 525, 528, 538, 541,
546, 559, 602, 606.
Géographie, 396, 463.
Histoire économique, moeurs, 436, 452, 491, 492, 541, 583, 603, 622.
Institutions, 409, 442, 445, 458.
Médecine, 385.
Sciences, enseignement, 379, 386, 393, 431.
Langues et littératures. — Langues sémitiques : arabe, 378, 435.
— Latin, 608. — Langues romanes, 572; français, 408, 499; provençal,
532. — Langues germaniques : allemand, 455, 481, 534, 589; anglais.
BIBLIOGRAPHIE. 435
407, 486, 539, 549, 557, 619; anglo-saxon, 397, 415, 590 ; gothique, 585.
— Langues Scandinaves, 551.
Religions. — Judaïsme, 598. — Catholicisme : hagiographie, 387;
papauté, 480, 522; conciles, 401, 430; ordres religieux, 383, 407 bù,
505, 558, 564, 586, 611; théologie, 449, 468, 558; liturgie, 427,446,
506, 596. — Hétérodoxie, 568, 601.
Archéologie, 392, 394, 472, 473, 494, 510, 533, 550, 561, 562. — Archi-
tecture, 390, 391, 410, 433, 434, 438, 450, 537, 550, 575, 612, 617. —
Sculpture, 411, 466, 570, 581, 616. — Peinture, 471, 501, 526, 545, 005.
— Gravure, 563. — Émaillerie, 439, 544, 614. — Métallurgie, 400,
614. — Musique, 454, 573. — Numismatique, 399, 457.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Afrique, 516; Allemagne, 403, 546, 578, 579, 588, 601 ; Angleterre,
438, 603; Anjou, 569; Apulie, 423; Ariège, 452; Arnstadt, 417; Arras,
432; Augsbourg, 541; Avallon, 484; Bade, 630; Bâle, 430, 467; Bar,
445, 567 ; Bayeux, 384 ; Bohême, 555 ; Bourgogne, 466 ; Bressuire, 390 ;
Bretagne, 443 ; Brisach, 510; Britannique (empire), 463; Caujac, 391;
Chaise-Dieu, 450; Champagne, 527, 567 ; Coimar, 506; Constantinople,
461 , 475 ; Dalmatie, 500 ; Egypte, 586 ; Einsiedeln, 574 ; Emmendingen,
510 ; Ennery, 518 ; Erfurt, 393, 491 ; Essen, 494 ; Ethiopie, 594 ; Ettenheim,
510; Flandre, 580; Florisdorf, 599; Formigny, 416; France, 458; la
Frette, 478; Fribourg, 510; Fulda, 602; Gaillac-Toulza, 391; Galice,
617; Ganges, 577; Genève, 568; Greux, 556; Guérande, 492; Islande,
418; Italie, 4H, 461, 529; Joigny, 618; Kiev, 469; Lausanne, 442;
Lille, 434 ; Londres, 626 ; Lorraine, 445, 567 ; la Magdelaine-les-Remire-
mont, 565 ; Marchiennes, 526 ; Mayence, 437, 449, 576 ; Mayenne, 474 ;
Mazères, 544; Melun, 520; Menthon, 442; Milan, 583; Misnie, 531;
Moers, 487; Monmouthshire, 413; Montaigu, 543; Montluçon, 498;
Moravie, 555; Namur, 611 ; Nantes, 433; Nesle-la-Reposte, 612; Neu-
stadt, 510; Norvège, 419, 606; N.-D. -de-Liesse, 530; Nottinghamshire,
627 ; Oldenbourg, 392 ; Orient, 462 ; Pamiers, 452 ; Paris, 407 bis, 425 bis,
464,513; Pau, 441; Pforte, 613; Pise, 504; Pithiviers, 533; Poitou,
400, 571 ; Prague, 561, 562 ; Prouille, 607 ; Putna, 381 ; Raguse, 404 ; Ra-
tisbonne, 507 ; Reichenau, 447 ; Rome, 471, 529 ; St-Étienne-sur-Usson,
521; St-Flour, 412; St-Mont, 422; Salzbourg, 548; Sankt Veit an der
Glan, 566; Saxe, 628; Scandinavie, 465; Schleswig, 479; Seine-Infé-
rieure, 394 ; Sens, 386 ; Silésie, 457; Sisteron, 448 ; Souabe, 622; Sou-
vigny, .524; Spire, 576; Staufen, 510; Stege, 406; Strasbourg, 436;
Statford, 517; Suisse, 592; Tarn-et-Garonne, 459; Termignon, 560;
Thaon-les- Vosges, 552; Thorn, 620; Tournai, 432; Ulm, 623; Val-
Notre-Dame, 553;Valasse, 600; Vendôme, 421, 540, 569; Verdun,
43G BIBLIOGRAPHIE.
439; Vienne, 379; Waldkirch, 510; Westphalie, 625; Wexford, 490;
Worms, 576; Wurtemberg, 399, 472; Zagreb, 547; Zerbst, 621.
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einer Einleitung und Regesten zur Geschichte des Franciscus und der
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visus, editus circa annum 1308. Publié pour la première fois d'après le
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de conservatione visus, editus anno 1346. Publié pour la première fois,
d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris et de la
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1902 à Troyes et Provins.)
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1350). Bearb. von Paul Boehme. Halle, 0. Hendel, 1904. In-8°, vu p.
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zender Gebiete. 33, x.) 10 m.
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étude sur les cuivres damasquinés et les verres émaillés (inscriptions,
marques, armoiries). Paris, Leroux, 1904. In-S", 96 p., avec fig.
(Extrait du numéro de janvier-février 1904 dn Journal asiatique.)
615. "Vidal (J.-M.) Menet de Robécourt, commissaire de l'Inquisition
de Garcassonne (1320-1340). Paris, Bouillon, 1903. In-8«, 25 p. (Extrait
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Madrid, Imprenta de San Francisco de Sales, 1904. In-4'', xx-388 p.
618. Vignot (Charles). Inventaire du mobilier du prieuré de Joigny
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Salomon und Saturn. Mit histor. Einleitung, Kommentar und Glossar
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Staatsarchivs zu Zerbst aus den J. 1401-1500. 3. Heft. Dessau,
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In-8°, vn-154 p. 3 m.
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historiae Westfaliae, hrsg. von dem Vereine f. Geschichte und Alter-
tumskunde Westfalens. 7. Bd. : Die Urkunden des kôln. Westfalens
vom J. 1200-1300. 4. Abth. : Die Urkunden der J. 1269-1280. Bearb.
vom Staatsarchiv Miinster. Munster, Regensberg, 1904. In^», p. 601-
800. 6 m. 50.
626. Wheatley (H. B.). Story of London. London, Dent, 1904. In-12,
428 p., avec illustr. (Mediaevai Town Séries.) 5 s. 6 d.
627. White (R.). The Dukery Records, being Notes and Memoranda
iliustrative of Nottinghamshire Ancient History, coliected during
many years. London, R. White, 1904. In-4°, 468 p., avec illustr. 28 s.
628. WiDUKiNDi (Monachi Gorbeiensis) rerum gestarum saxonicarum
libri très. Ed. iv. Post Georg. Waitz recognovit Karol. Andr. Kehr.
Accedit libellus de origine gentis Swevorum. Hannover, Hahn, 1904.
In-8*, xxxiii-162 p., 1 pi. 2 m.
629. WiLLELMi cappellani in Brederode, postea monachi et procura-
toris Egmondensis chronicon. Uitg. door G. Pijnacker Hordijk. Amster-
dam, Joh. Millier, 1904. In-8o, xliv-299 p. (Werken uitgegeven door
het historisch genootschap, 3» série, 20.) 3 fl. 90.
630. WiTTE (Heinr.). Regesten der Markgrafen von Baden und Hach-
berg, 1050-1515. III. Bd. Regesten der Markgrafen von Baden von
1431-1453. 3. und 4. Lfg. Innsbruck, Wagner, 1904. Gr. in-8°, p. 161-
321. 8 m.
631. Year-Book of Edward III. Ghronicles. London, Eyre and
Spottiswoode, 1904. In-S». 10 s.
CHRONIQUE ET MELÂN&ES.
Les examens de tin d'année de l'École des chartes ont eu lieu du
6 au 11 juillet. Ils ont porté sur les textes et les questions qui suivent :
Première année.
Épreuve orale.
{0 Paléographie latine : Lecture de quelques lignes du manuscrit de
la Bibliothèque nationale, latin 18224 (xiii« siècle).
2" Questions d'histoire et de chronologie.
3» Traduction latine : N» 4139 des Layettes du Trésor des chartes.
4° Paléographie française : Charte du diocèse de Coutances de l'an-
née 1304.
5° Philologie romane : Explication de quelques vers de la Chanson de
Roland. Question : Quelles sont les langues romanes parlées en
Espagne?
Épreuve écrite.
1° Texte latin à transcrire d'après le n» 731 de l'ancien fonds.
2° Texte provençal à transcrire d'après le n» 739 de l'ancien fonds.
3° Traduction latine : Râles gascons, III, n° 4914.
4° Traduction provençale : Texte imprimé donné en 1893. Question :
Quels sont les pays où l'on parle le latin?
5° Bibliographie : I. Expliquer ce qu'on appelle en typographie
caractère romain et caractère italique, quand et par quels imprimeurs
ces caractères ont été introduits dans la typographie française. II. Cata-
loguer un incunable et un ouvrage moderne. Indiquer, au dos des
cartes, les mots sous lesquels ces deux ouvrages peuvent être rangés
dans un catalogue alphabétique des matières.
Deuxième année.
Épreuve orale.
i° Paléographie : Lecture de quelques lignes du manuscrit de la
Bibliothèque nationale, latin 10784 (xv« siècle).
2° Diplomatique : I. A quelle époque les lettres apostoliques appe-
lées brefs apparaissent-elles? Par quels caractères les brefs se dis-
CHRONIQUE ET MELANGES. 131)
tinguent-ils des bulles? II. Qu'entend-on par signatures en cour de
Rome? Quels sont les caractères de ces actes?
3° Institutions : I. Qu'entend-on par cour du roi sous saint Louis?
A quels grands corps de l'État a-t-elle donné naissance? Quel est
parmi ces corps celui qui faisait l'office de conseil politique? Pourquoi
a-t-il perdu, vers la fin du xv* siècle, le nom qu'il avait porté depuis
son origine? II. Comment le département a-t-il été divisé de 1790 à
1804?
4" Sources : Qu'appelle-t-on Annales Laurissenses majores, Annales
Bertiniani, Annales Fuldenses? A quelle période historique corres-
pondent ces annales? Quels rapports ont-elles les unes avec les autres?
Dans quelles collections en trouve-t-on le texte?
5° Classement d'archives : I. Archives départementales. Dire quelle
est la place assignée par les circulaires de 1841 et de 1874 : 1° aux
fonds judiciaires antérieurs à la Révolution; 2° aux fonds des tribu-
naux de la période révolutionnaire. II. Archives nationales. Énumérer
et caractériser brièvement les principales séries de documents qui
composent le fonds du Parlement de Paris.
Épreuve écrite.
1° Texte à transcrire d'après le n" 349 du nouveau fonds.
2° Traduction latine : Métais, Cartulaire de l'abbaye cardinale de la
Trinité de Vendôme, t. I, n" LXXII.
3° Analyse : Rôles gascons, II, n° 1413.
4° Diplomatique : Quelles sont les diverses espèces d'actes expédiés
par la chancellerie de Philippe-Auguste? Quels en sont les caractères
distinctifs?
5" I. Quelles sont les attributions générales des gouverneurs de pro-
vinces au xvi« siècle? Comment la royauté a-t-elle réduit leurs attri-
butions au xvn« siècle? IL Comment la constitution de fructidor
an III a-t-elle organisé le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif?
Troisième année.
Épreuve orale.
l» Paléographie : Lecture de quelques lignes du manuscrit de la
Bibliothèque nationale, latin 10784 (xv siècle).
2° Histoire du droit : I. Énumérer et décrire les divers modes de
légitimation qui ont été pratiqués sur le sol français jusqu'à la Révo-
lution. IL Que savez-vous d'Antoine Loisel?
3» Archéologie : On a soumis aux élèves quatre photogravures
représentant des détails de la cathédrale d'Amiens. (3n leur a demandé
de dater ces détails et de donner des explications sur l'époque à laquelle
on a commencé à appliquer dans les grandes églises les principes de
construction adoptés dans ces parties de la cathédrale.
460 CHRONIQUE ET MELANGES.
Epreuve écrite.
1" Texte à transcrire d'après le n° 177 du nouveau fonds.
2° Histoire du droit : I. Les aubains et le droit d'aubaine. IL Que
savez-vous de deux évêques de Mende, l'oncle et le neveu, qui, au
xiiie siècle et au commencement du xiv, se sont occupés de droit
canonique?
3° Archéologie : Le maître-autel et ses accessoires dans les églises,
du vi« au xiii« siècle inclus.
4" Sources : Indiquer et apprécier sommairement les œuvres histo-
riques composées dans le midi depuis le commencement du xin« siècle
jusqu'à la fin du règne de Philippe le Hardi.
A la suite des examens et par arrêté ministériel ont été admis à pas-
ser en deuxième année (ordre de mérite) :
MM. l. COLMANT.
2. Dupont.
3. Lapierre.
4. Valois.
5. Latouche.
6. RiTTER.
7. Destray,
8. De Mun.
9. GOCHIN.
10. Keller.
H. Valmont.
12. Bigot.
13. Gautier.
14. Chodron de Gourcel.
15. Houdayer.
16. De Roussen de PYorival.
17. Régné.
18. Martin.
19. Artonne.
20. De Fréville de Lorme.
21. Graziani.
22. Ganal.
23. Ghevreux.
Et, hors rang, comme élève redoublant, M. de Maupassant.
Ont été admis à passer en troisième année (ordre de mérite) :
MM. 1. Gaillet.
2. MOUSSET.
3. Faure.
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 401
MM. i. Robert.
5. Bernus.
6. jusselin.
7. Labrosse.
8. Ghasles.
9. Beuve.
10. Robin.
H. Fazy.
12. Du Bus.
13. Gahen.
14. Cornu.
15. DaU VERNE.
IG. Grenier.
Et, hors rang, à titre étranger, M. Gorday, et, comme élèves redou-
blants, MM. Martin du Gard et Renault.
Ont été admis à subir l'épreuve de la thèse (ordre alphabétique) :
MM. 1. Balencie.
2. Barbeau.
3. Bouteron.
4. BOUTILLIER DU ReTAIL.
5. BUSQUET.
6. Gélier.
7. Ghampion.
8. Delarue.
9. Deliias.
10. Hue.
11. Jacob.
12. Letonnelier.
13. Lorber.
14. Mallebay du Gluzeau d'Échérac.
15. Prost.
16. Rohmer.
— Notre confrère M. Henri Lacaille est décédé à Paris en août
1904. Une notice lui sera consacrée dans notre prochaine livraison.
— Aux discours prononcés à l'occasion du décès de notre confrère
M. Anatole de Barthélémy, publiés dans notre dernière livraison, nous
ajoutons ici les paroles par lesquelles notre confrère M. Héron de Vil-
lefosse a exprimé, le 5 juillet, les regrets que la perte de ce collègue
inspire à la section d'archéologie du Gomité des travaux historiques et
scientifiques :
« Absent de Paris, je regrette vivement de ne pouvoir assister
aujourd'hui à la séance. Un deuil cruel vient de frapper le Gomité
462 CHRONIQUE ET MELANGES.
d'archéologie : notre cher doyen, notre maître à toup, celui qui nous
donnait l'exemple du dévouement, celui qui, avec tant de bonne grâce
et de courtoisie, nous prodiguait discrètement ses conseils et voulait
bien témoigner à chacun de nous sa bienveillance et son amitié, nous
a été enlevé presque à l'improviste. M. Anatole de Barthélémy était
resté si jeune de caractère et d'allures que nous espérions le conserver
encore longtemps parmi nous; il s'est éteint à Ville-d'Avray, entre les
bras des siens, après une belle et laborieuse carrière. Aucune perte ne
pouvait causer au Comité de plus profonds regrets.
« Ancien élève de l'Ecole des chartes, il passa quelques années dans
l'administration départementale, puis rentra dans la vie privée pour se
consacrer tout entier à ses études favorites. Nommé secrétaire de la
Commission de topographie des Gaules, il se montra à la hauteur de
la tâche qui lui avait été confiée; au moment où le souverain encoura-
geait les recherches et multipliait les fouilles sur tous les points du ter-
ritoire, il rendit de signalés services et sut s'attirer les plus chaudes
sympathies.
« En 1865, il fut élu membre de la section d'histoire et de philolo-
gie; en 1881, il devint pendant quelques mois secrétaire de la section
d'histoire, d'archéologie et de philologie; après une nouvelle réorgani-
sation du Comité, il quitta ces fonctions en 1883 pour reprendre sa
place parmi les membres résidants; depuis cette époque, son activité et
son zèle ne se sont jamais ralentis. Il était de ceux qui, loin d'éviter
les missions délicates et difficiles, les acceptent avec plaisir et s'en
tirent toujours avec bonheur. On comptait tant sur lui, sur son érudi-
tion, sur sa bonne volonté, sur son expérience des hommes et des
choses; on le savait si dévoué et si actif que trois sections du Comité
avaient tenu à honneur de le posséder; il faisait partie à la fois de la
section d'histoire, de la section d'archéologie et de la section de géogra-
phie historique; dans chacune, il occupait une place prépondérante,
donnant l'exemple de l'assiduité et du travail, maintenant les saines
traditions et n'ayant d'autre ambition que de se rendre utile. Le Comité
des travaux historiques ne saurait oublier les services que M. Anatole
de Barthélémy lui a rendus pendant quarante ans.
« Le moment n'est pas venu de rappeler ses travaux scientifiques si
nombreux et si variés, de montrer le rôle important qu'il a joué en
France dans la direction des études numismatiques, de dire l'influence
que ses recherches ont exercée sur le développement des branches les
plus variées de notre archéologie nationale; le charme de ses relations,
la séduction de ses qualités personnelles, sa bonté exquise, son urba-
nité toujours discrète et délicate ont contribué à ces heureux résultats
presque autant que ses recherches. Tous nous lui devons quelque chose
et beaucoup d'entre nous, — je suis de ceux-là, — ne sauraient parler
de lui qu'avec la plus profonde reconnaissance. Je veux seulement
CBRONIQOE ET MELANGES. AdS
adresser aujourd'hui, au nom du Comité d'archéologie, un hommage
respectueux, un souvenir ému au galant homme, au collègue aimé et
regretté qui vient de disparaître et dont le nom ne peut être oublié
parmi nous.
« Toutes les sociétés savantes de province s'associeront à notre deuil.
Personne n'avait contribué plus efficacement que M.' Anatole de Bar-
thélémy à leur développement; il était pour elles un véritable patron
intellectuel, un père scientifique. Il se réjouissait de pouvoir leur être
utile, allant au-devant de leurs désirs avec cette bienveillance charmante
qui le distinguait, s'occupant de leurs intérêts, plaidant et gagnant leur
cause auprès de l'administration, leur communiquant tout ce qui pou-
vait se rapporter à leurs études. Sa bonté était si grande que le plus
modeste des travailleurs était certain de trouver toujours auprès de lui
un accueil cordial, empressé et presque fraternel; jamais il n'a laissé
sans réponse une demande de renseignements, même la plus insigni-
fiante. Il a été le type accompli de ce que devrait être tout membre du
Comité vis-à-vis des associations provinciales; nous ne pouvons mieux
honorer sa mémoire qu'en nous efforçant de le prendre pour modèle. »
— Par décret en date du 18 août 1904, notre confrère M. le comte
François Delaborde a été nommé professeur à l'École des chartes
(enseignement des sources de l'histoire de France) en remplacement de
M. Molinier, décédé.
— Par décret en date du 4 octobre, notre confrère M. Alfred Coville
a été nommé recteur de l'Académie de Clermont.
— Par arrêté en date du 7 juillet, notre confrère M. Paul- André
Lemoisne a été nommé officier d'Académie.
— Notre confrère M. Charles Samaran a été nommé archiviste aux
Archives nationales.
— Notre confrère M. Alfred Chilhaud-Dumaine a été nommé, par
décret en date du 25 septembre, chargé d'affaires de la République
française près de S. M. le roi de Bavière.
— Par arrêté du préfet de la Seine en date du l^r août 1904, notre
confrère M. Ernest Coyecque a été nommé sous-chef de bureau à la
Préfecture de la Seine.
FRAGMENTS
D'UN MANUSCRIT DU GANZONIERE DE PÉTRARQUE.
Dans le volume intitulé Artisti, Letterati, Scienziati de la collection
Gustodi, à la Bibliothèque nationale (ms. italien 1571), sont insérés
(fol. 156 et 157), au milieu de notes de peu de valeur, deux feuillets d'un
464 CHRONrQUE ET MÉLANGES.
manuscrit du Ganzoniere de Pétrarque, qui ne paraissent pas avoir été
encore signalés. Ces deux feuillets, de vélin assez fin, ont fait partie d'un
exemplaire très soigné, écrit vers le milieu du xvi'' siècle. Ils mesurent,
marges comprises, 220 millimètres sur 152; la partie réservée à l'écri-
ture est de 152 millimètres pour le feuillet 156, de 150 pour le feuil-
let 157. On compte 29 lignes à la page, ce qui ne saurait assurément
constituer une particularité; sur les onze manuscrits du Ganzoniere,
décrits dans la Bihlioteca petrarchesca d'Antonio Marsand, il en est
trois qui ont ce même nombre de lignes à la page; ce sont les manus-
crits A, I et K (pages 240, 250 et 252 de la Biblioteca petrarchesca) . Les
titres sont en lettres d'or, les initiales de chaque pièce sont en lettres
d'or également, encadrées d'ornements sur fond tricolore, bleu, rouge
et vert.
Ces feuillets formaient le début et la fin d'un cahier; en effet, dans
le bas de la marge intérieure du feuillet 157 v°, qui se termine avec le
vers 72,
Di che ordische '1 seconde,
de la Ganzone Amor, se vuoi ch'f torni al giogo antico, le copiste a
transcrit, dans le sens vertical, les premiers mots du vers sui-
vant 73,
Che giova, Amor, ec,
indiquant par cette réclame que ce vers 73 devait être le vers initial du
feuillet suivant.
La composition de nos deux feuillets est la suivante :
1° Le feuillet 156 v° et la première moitié du feuillet 156 v° sont
occupés par les trois sonnets Quai donna attende..., Gara la vita e
dopo..., et Arbor victorioso..., portant respectivement les titres Soneto
GGXXXl, Soneto GGXXXlIei Soneto GGXXXIII. Ce sont les pièces CGXXIII,
CGXXIV et GGXXV de l'édition Mestica (Le Rime di Francesco
Petrarca restiluite nell' ordine e nella lezione del testo originario, Firenze,
Barbera, 1896, p. 356-358), et les pièces GGXLI, GGXLIIet CCXLIII
de l'édition Garducci et Ferrari [Le Rime di Francesco Petrarca di su gli
originali, Firenze, Sansoni, 1899, p. 354-356) ; ces pièces, dans un grand
nombre de manuscrits et dans diverses éditions, celle de M. Mestica,
par exemple, terminent la première partie du Ganzoniere.
2" Viennent ensuite (fol. 256 v°, seconde moitié) les quatorze pre-
miers vers d'une pièce qui, généralement, dans les manuscrits comme
dans les éditions, ne se rencontre pas à cette place; c'est la Ganzone
Là vèr l'aurora, che si dolce l'aura, numérotée ici Ga?izotie XXIX., qui,
dans l'édition Mestica (p. 333), est intitulée Sestina VUI [Ganzone XXXVUl),
et qui, dans l'édition Garducci- Ferrari (p. 334), porte le n» GGXXXIX.
Le premier vers du feuillet, qui, à l'origine, suivait immédiatement
notre feuillet 156, était celui-ci :
0 riprovalo umiliar quell' aima!
CHRONIQUE ET MÉLANfiES, 465
3° Enfin, au feuillet 157 {r° et v°), se lisent les vers 15-72 :
E ripon' le tue insegne nel bel volto...
Di che ordische '1 seconde,
de la Canzone Amor, se vuoi ch'f torni, qui est la Canzone XXIIl (XLI)
de l'édition Mestica (p. 387), et la pièce CCLXX de l'édition Garducci-
Ferrari (p. 378).
Du fait que, dans notre fragment, les poésies de Pétrarque se suivent
dans un ordre insolite, que nous n'avons retrouvé dans aucun des
manuscrits du Ganzoniere que nous avons consultés, il nous est impos-
sible de déterminer l'étendue de la lacune comprise entre les feuil-
lets 156 et 157 du manuscrit italien 1571 et le nombre de feuillets dont
se composait le cahier dont nous sont parvenus seulement le commen-
cement et la fin. Considéré au point de vue du texte, le manuscrit d'où
ce double feuillet a été enlevé offrirait aujourd'hui peu d'intérêt, mais
c'était un exemplaire de luxe, qui valait surtout par l'exécution maté-
rielle. L. A,
RÉPERTOIRE DES SOURCES HISTORIQUES DU MOYEN AGE,
BIO-BIBLIOGRAPHIE.
2® ÉDITION.
M. le chanoine Ulysse Chevalier vient à peine d'achever la publica-
tion de la seconde partie de son Répertoire des sources historiques du
moyen âge, relative à la Topo-bibliographie (Montbéliard, Société ano-
nyme et imprimerie monibéhardaise, 1894-1903, 1 vol. en deux
tomes de 2,664 col. gr. in-8o) qu'il se remet à l'œuvre pour nous
donner une nouvelle édition revue et augmentée de la première
partie, Bio-bibliographie, de cette œuvre considérable. Épuisée presque
au lendemain de sa publication, la Bio-bibliographie était un instru-
ment de travail trop indispensable aux médiévistes pour que le besoin
d'une nouvelle édition ne se fit pas sentir. Tous ceux qui connaissent
M. le chanoine Chevalier savent quelle persévérance il met à améliorer
son œuvre ; cette nouvelle édition est grossie de tous les renseigne-
ments nouveaux venus à la connaissance de l'auteur ; elle offrira eu
outre l'avantage d'être plus facile à consulter, grâce aux caractères plus
forts et à la justification plus large qui ont été adoptés. L'ouvrage
paraîtra en sept ou huit fascicules de seize à dix-sept feuilles d'impres-
sion à deux colonnes, dont les trois premiers sont déjà en distribution,
qui seront vendus chacun 7 fr. 50 aux souscripteurs.
\ 904 30
466 CHRONIQUE t;t mélanges.
SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES.
Sous ce titre a été fondée à Paris, le 14 janvier dernier, par quelques
hommes d'initiative, à la tête desquels se placent nos confrères
MM. E. Babelon et le comte R, de Lasteyrie, une Société dont la rai-
son d'être se trouve exprimée dans une circulaire que nous croyons
devoir reproduire ici :
« Pendant que des Sociétés privées, formées en Angleterre, en Alle-
magne, aux États-Unis, subventionnent largement des explorations
archéologiques qui enrichissent les musées, font progresser la science
et sont la gloire de leurs pays, les missions françaises sont trop sou-
vent arrêtées faute de crédits suffisants.
« Le Gouvernement ne peut augmenter les subventions qu'il consacre
aux travaux de recherches ou de fouilles archéologiques. Il appartient
à l'initiative privée de doter la France d'une association analogue à
celles qui donnent de si heureux résultats dans les pays où elles ont été
organisées.
« La Société française de fouilles archéologiques est fondée dans ce but
patriotique; elle demande à tous un effort généreux pour soutenir
l'œuvre scientifique et artistique qu'elle se propose d'entreprendre. Elle
espère que son appel sera entendu. »
Le but et l'organisation de la Société sont suffisamment indiqués
dans les articles suivants de ses statuts :
« Art. 2. — La Société a pour but : A. D'entreprendre et d'encoura-
ger, par ses subventions, des explorations et des fouilles archéologiques
en France, dans ses colonies et pays de protectorat, sans exclure les
pays étrangers. B. D'organiser l'exposition des objets recueillis dans
les fouilles subventionnées par la Société ou provenant d'acquisitions,
de dons ou d'échanges. C. D'enrichir les musées français en leur attri-
buant ces objets.
« Art. 3. — La Société a son siège à Paris. Elle pourra établir des
Comités locaux et avoir des correspondants en France et à l'étranger.
Elle pourra s'associer temporairement avec d'autres Sociétés pour une
œuvre déterminée.
« Art. 6. — Le titre de membre donateur est conféré à toute per-
sonne faisant acte de candidature ou présentée par deux membres de la
Société et versant une somme de cinq cents francs.
« Art. 7. — Les membres titulaires sont les personnes ou les collec-
tivités faisant acte de candidature ou présentées par deux membres de
la Société. Leur cotisation est de vingt francs par an, rachetable par
un versement de deux cents francs, moyennant lequel ils seront
CHRONIQUE ET MELANGES. 467
membres titulaires à vie. Les dames peuvent faire partie de la Société
aux mêmes conditions.
« Art. 8. — Tous les membres de la Société ont droit, gratuitement,
au Bulletin, à l'entrée aux expositions et aux conférences. Ils jouissent
de privilèges spéciaux pour toutes les fêtes et excursions payantes orga-
nisées par la Société, ainsi que pour les publications faites par elle. »
Le siège actuel de la Société est à la librairie Leroux, 28, rue
Bonaparte.
COLLECTION DE CARTULAIRES.
Sous ce titre, la librairie Alphonse Picard et fils entreprend une
publication sur laquelle nous ne saurions mieux attirer l'attention de
nos lecteurs qu'en reproduisant l'appel adressé aux souscripteurs :
« Depuis plusieurs siècles, les documents transcrits dans nos Gartu-
laires ont été pour les érudits une mine inépuisable. Un grand nombre
et des plus considérables ont été publiés au xix^ siècle, et il paraît
superflu d'insister sur l'intérêt que peuvent présenter des recueils de
ce genre pour l'histoire du droit et des mœurs, l'histoire économique,
la géographie historique, la chronologie, la généalogie.
« Mais beaucoup de ces documents sont encore inédits. La publica-
tion des Cartulaires de France, entreprise dans la collection des docu-
ments inédits, est interrompue et ne comportait d'ailleurs que de gros
volumes, chers et difficiles à manier. D'autre part, beaucoup de Sociétés
savantes de province, auxquelles semblerait devoir incomber cette
tâche, hésitent souvent à accueillir dans leurs recueils des textes latins.
Il existe dans nos archives et dans nos bibliothèques de nombreux
Cartulaires de première importance dont il serait indispensable de
mettre le texte à la portée des historiens.
« C'est pour répondre à ce besoin qu'un Comité' s'est formé à Paris.
Il se propose de publier, dans un format commode, les Cartulaires d'un
intérêt général conservés dans nos divers dépôts.
« Cette collection comprendra :
« 1^ Des Cartulaires publiés in extenso.
« 2° Des Recueils de chartes de tel ou tel établissement.
« 3° Des analyses de cartulaires trop considérables pour être intégra-
lement publiés.
« Chaque recueil sera accompagné d'une introduction, de tables et
de notes.
1. Ce Comité, exclusivement composé d'archivistes paléographes, est formé
par MM. Lurien Âiivray, Ch. Bémont, Eiig. Leiong, F. Lot, G. de Manteyer,
R. Poiipardin, M. Prou, H. Slein, A. Thomas et A. Vidier.
468 CHRONIQUE ET MELANGES.
« Le soin de diriger la publication sera confié à des érudits spéciaux.
Chaque volume paraîtra sous le contrôle d'un commissaire responsable.
« La collection paraîtra par fascicules in-S" à la librairie Alphonse
Picard et fils, 82, rue Bonaparte. Chaque année sera publié un certain
nombre de fascicules qui seront payés par le souscripteur au moment
où il les recevra, à raison de 0 fr. 50 par feuille. Le prix des publica-
tions d'une année ne s'élèvera pas au-dessus de 25 francs par an.
Chaque volume sera du reste vendu séparément, mais le prix de la
feuille sera porté à 0 fr. 75 pour les personnes qui n'auraient point
souscrit à l'ensemble de la collection.
« Les publications suivantes sont en préparation et commenceront de
paraître dès que deux cents adhésions auront été recueillies : Biblio-
graphie des Oartulaires français, par H. Stein; Cartulaire de l'église
d'Apt, par G. de Manteyer; Cartulaire de V église de Laon, par L. Broche;
Cartulaire de l'abbaye de Bonnevaux, par L. Mirot; Cartulaire de l'évê-
ché d'Avignon, par G. de Manteyer ; la Pancarte noire de Saint-Martin
de Tours, par Ph. Lauer; Cartulaire navarrais de Philippe III, par
H. Gourteault; Cartulaire du Mont-Saint-Michel, par P. Lecacheux. »
RECHERCHES
SUR
JEAN COURTECUISSE
ET SES œUVRES ORATOIRES
Jean Courtecuisse fut, à l'époque du Grand Schisme, un des
orateurs les plus éminents de l'Université de Paris et du clergé de
France. De son temps même, on l'appela le Docteur Sublime^.
Il est singulier que ses œuvres oratoires n'aient jamais été étu-
diées. Sa biographie n'a jamais été écrite que de façon très som-
maire'. Il n'est pas sans intérêt, cependant, de rappeler avec un
peu plus de détail ce qu'il fit et d'examiner ce qui nous reste de
ses sermons et de ses discours.
I. — La vie de Jean Courtecuisse.
Dans les textes français contemporains comme les Registres
des délibérations du chapitre de Notre-Dame de Paris 3, les
Chroniques de Monstrelet^ ou le Journal d'un bourgeois de
Paris''', le personnage que nous étudions est appelé Jehan
1. Gallia chrisliana, VII, 144.
2. Voir notamment : Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 463; —
Bulœus, Historia Universitatis Parisiensis, IV, 997; V, 887; — Gallia cliri-
stiana, VII, 144; — Oudin, Commentarlus de scriptoribus ecclesiaslicis, III,
2258; — Fabricius, Biblioiheca latina medii xvi (éd. de 1858, Florence), I-II,
257; — Hauréan, Histoire littéraire du, Maine, I, 162; — Denifle et Châtelain,
Chartularium Universitatis Parisiensis, III, 259, n. 9; — Féret, la Faculté de
théologie de Paris, Moyen Age, IV, 169.
3. Arch. nat., LL 109-112.
4. Éd. Douët d'Arcq, III, 56.
5. Éd. Tuetey, p. 147, 164.
J904 3^
470 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
Courtecuisse. Si Monstrelet lui donne une fois le nom de
Courteheuse^, c'est évidemment par confusion. Les deux noms
avaient la même origine; mais les personnages qui les portaient
étaient de familles différentes.
Dans une lettre de janvier 1408, où l'Université annonce au
duc de Bourgogne l'arrivée d'une ambassade dont Courtecuisse
faisait partie, on trouve la forme Brièvecuisse-. C'est la
transcription littérale du latin Breviscoxe. Courtecuisse lui-
même, à notre connaissance, ne signait que sous la forme latine :
Johannes Breviscoxe. Ainsi, au bas d'une cédule de 1398,
cédule rédigée de sa main en français, où il se nomme lui-même,
dans le texte, Jehan Courtecuisse, il a cependant signé de son
nom latin, tant étaient fortes chez lui les habitudes d'école ''\ Les
autres formes du nom de Courtecuisse, signalées par les biblio-
graphes, sont sans intérêt.
Monstrelet le dit Normand^. Mais Launoy, si bien informé sur
les illustrations du collège de Navarre, le déclare originaire du
Maine, et, précisant davantage, le fait naître au village d'Ha-
leine^. Comme Oudin^, il a sans doute puisé ce renseignement
dans l'opuscule intitulé : Quœstio vesperiarum in licentia et
magisterio Radulphi de Pointa : Utï^ura portœ cœlestis
aditum décor intraverit? Courtecuisse y appelait Raoul de la
Porte', natif d'Haleine, son compatriote, gentilem et popularem
suuni. Or, Haleine, sur la rive droite de la Mayenne, était jadis
à la fois dans le diocèse du Mans et en Normandie ; il est aujour-
d'hui dans le département de l'Orne, mais sur la limite de celui
de la Mayenne. De là des interprétations diverses.
De la famille de Jean Courtecuisse, nous ne connaissons que
de rares détails. Il conserva pieusement le souvenir de son père
1. Éd. Douët d'Arcq, I, 255.
2. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 149.
3. Arch. nat., J517, n" 174. Voir encore Bibl. nat., ms. lat. 354G, fol. 31,
35 V", 80, 110 v; sur ce ms., voir plus loin, p. 492.
4. Monslrelet, Chroniques, éd. Douët d'Arcq, I, 255.
5. Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 463.
6. Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiastici, III, 2258.
7. Sur ce Raoul de la Porte, voir Nicolai de Clemangiis, Opéra omnia, éd. J.-M.
Lydus (1613), p. 204-228, 279; — Bulseus, Historia IJniversitaUs Parisiensis, V,
915; — Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 112, 922; — Journal de
Clément de Fauquembergue, éd. Tuetey, I, 62; — Chartularium Universitatis
Parisiensis, IV, n° 1940, n. 1, p. 223 et Index.
ET SES œUVRES ORATOIRES, 47^
et de sa mère, et, le 28 juillet 1422, fonda pour eux comme pour
lui un obit à Notre-Dame de Paris. Il avait une sœur, Jacque-
line, qui épousa M'^ Jehan du Vinier, notaire; elle habitait à
Paris une maison avec jardins, rue de Bièvres, que son mari et
elle possédaient en indivis avec Pierre le Masurier. Courtecuisse
avait, à sa mort, une fortune assez importante, dont une partie
venait évidemment de sa famille ^
Courtecuisse entreprit, vers 1367, de longues études au collège
le plus fameux alors de l'Université, le collège de Navarre-. En
1373, il était licencié es arts et commençait sa théologie. Le rôle
de l'Université de 1378-1379 le présente en effet comme clerc,
maître es arts, étudiant en théologie depuis six ans^. Dans l'in-
tervalle des deux rôles de 1382, du 10 octobre au 10 décembre,
il devint bachelier en théologie^; il ne reçut pas la licence avant
le 30 avril 1389-'. Nous ne savons quand ni comment il obtint
enfin le titre de maître ou docteur^. Ses études avaient duré plus
de vingt ans, ce qui, pour un théologien, était l'ordinaire. Ainsi,
pendant de longues années, Courtecuisse avait vécu dans une
société studieuse et éclairée ; il avait été l'élève, le condisciple ou
le maître des universitaires les plus illustres de ce temps : Pierre
d'Ailly, son aîné; Jean Gerson, de quelques années plus jeune;
Nicolas de Clamanges, plus jeune encore'''. Par la suite, il obtint
des dignités universitaires. Lorsqu'en 1408, il devint aumônier
du roi, il prit par ce fait même la direction du Collège de Maître
Gervais^. Surtout à partir du mois d'août 1416, il apparaît
comme doyen de la Faculté de théologie, et il resta à la tête de
cette Faculté jusqu'en septembre 1421^.
1. Arch. liât., LL 112, p. 511.
2. Launoy, Regii Navarrx gijmnasii historia, p. 463; — Oudin, Commenta-
rius de scriptoribus ecclesiasticis, III, 2258.
3. Chartularium Universitatis Parisiensis, III, 252, 259, n. 9. Les éditeurs
du cartulaire citent (III, 259, n. 9) un autre rôle du même temps où J. Cour-
tecuisse est dit étudiant en théologie quinto anno. Voir encore Bulœus, His-
toria Universitatis Parisiensis, IV, 997.
4. Bulaeus, Historia Universitatis Parisiensis, IV, 592 ; — Chartularium Uni-
versitatis Parisiensis, III, 312, n" 1474, n. 1.
5. Chartutarium Universitatis Parisiensis, III, 479, n° 1549.
6. Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 463, dit qu'il obtint les
insignes de docteur vers 1388; ce ne peut être qu'après juin 1389.
7. Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 95 et suiv.
8. Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 464.
9. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 321, ii" 2072, 406, n" 2195.
472 RECHERCHES SUR JEAN CODRTECUISSE
Bachelier, Courtecuisse avait enseigné au collège de Navarre;
licencié, il avait dû le quitter; ainsi le voulaient les règlements ^
Il n'était encore, le 31 juillet 1387, que diacre de l'église de
Paris'-. Mais, depuis 1378 ■', il figurait sur les rôles où l'Univer-
sité inscrivait ceux de ses membres qui sollicitaient quelque
bénéfice de la générosité du pape. Il tenait évidemment beaucoup
à ce que son nom ne fût pas omis sur ces listes. Durant plusieurs
années, il paraît avoir été fort inquiet à ce sujet ^ : dans le pre-
mier rôle de 1382, il était bien inscrit, mais il n'était pas encore
bachelier en théologie; dans le second, alors que dans l'intervalle
il ait obtenu son baccalauréat, il ne figurait pas. Or, le pape
avait promis deux grâces aux bacheliers en théologie qui avaient
leur nom sur l'un ou sur l'autre rôle. L'anxiété de Courtecuisse
dura plusieurs années; dans le rôle de 1387, il priait encore le
souverain pontife de ne pas l'oublier dans la distribution de ses
grâces, puisqu'il avait été reçu bachelier dans l'intervalle des
deux rôles de 1382.
Les ambitions de Courtecuisse commencèrent à être satisfaites,
quand, le 4 juillet 1391, le pape lui accorda un canonicat en
l'église cathédrale de Poitiers; ce canonicat était pourvu d'une
prébende et se trouvait vacant ; le nouveau bénéficiaire n'avait
pas à attendre. Très gracieusement, le pape disait dans sa bulle
que Courtecuisse devait cette collation non à ses propres ins-
tances, mais à la « pure libéralité du pontife^. » Ce n'était qu'un
commencement. Dans le même temps, sans doute, il fut fait cha-
noine de la cathédrale du Mans^ ; on sait qu'il était de ce diocèse.
Il est possible qu'il ait dû cette dignité lucrative à la protection
de la duchesse douairière d'Anjou et de son fils aîné, Louis IL
Peut-être fut-il fait encore chanoine de Lavaur, puisqu'au scru-
tin de 1398, sur la soustraction d'obédience, il fut à la fois pro-
1. Laiinoy, liegii Navarrx gymnasii historia, p. 99.
2. Chartularium Universilatis Parisiensis, III, 450. Dans un catalogue de
licenciés en théologie {Chartularium Universitatis Parisiensis, III, 259, n. 9,
et 468, n. 4), Courtecuisse est qualifié de Mineur, ce qui ne peut être qu'une
négligence du scribe.
3. Chartularium Universitatis Parisiensis, III, 252.
4. Chartularium Universitatis Parisiensis, III, 450.
5. A. Thomas, les Lettres à la cour des papes, extraits des archives du
Vatican, p. 88.
6. On le trouve chanoine au Mans en 1398 et 1403 (Arch. nat., J 517, n' 174 j
— Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 75, n° 1793).
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 473
cureur du chapitre du Mans et de celui de Lavaur^ Il avait du
reste de plus hautes prétentions. Le rôle de 1403 nous le pré-
sente encore en solliciteur auprès du pape Benoît XIII, qu'il
venait cependant de combattre avec vigueur'^. Cette fois, la
générosité pontificale ne se fit guère attendre' : le 7 décembre
1405, Courtecuisse avait déjà reçu l'expectative d'une prébende
à Notre-Dame de Paris, et, pour obtenir plus vite cette pré-
bende, il se déclarait prêt à faire l'office de lecteur en théologie
de l'église cathédrale ^ Il avait comme concurrent le maître en
théologie Dominique Petit. Ce n'est qu'après quatre années d'at-
tente au moins que, par lettres du 16 mai 1409, il fut pourvu et
que son expectative se changea en réalité. Le 10 juillet, il fut
admis à siéger à la place de Gilles le Jeune, élu évêque de Fré-
jus^ Il faisait désormais partie du haut clergé de la capitale.
L'activité de Jean Courtecuisse comme chanoine nous est
assez bien connue grâce aux registres des déhbérations du cha-
pitre de Notre-Dame. Elle paraît avoir été très médiocre. Comme
on le verra, il fut trop occupé par les affaires de l'Église, de
l'Université et de l'État pour être assidu aux réunions ordinaires
ou solennelles. Ainsi, durant les trois premiers mois de son
canonicat, il ne fut présent au Chapitre que treize fois^; plus
tard, lorsqu'il fut devenu un plus grand personnage, de Pâques
1412 à Pâques 1414, soit durant les deux années de la crise
cabochienne, il n'assista aux réunions capitulaires que trente
fois, ce qui ne fait que quinze fois par an, un peu plus d'une
fois par mois en moyenne ^ Comme tous ses collègues, à tour de
rôle, il fut chargé d'administrer une des prévôtés du domaine
capitulaire, celle de Vernotum en 1411'. Des difficultés s'éle-
vèrent à propos de son entrée en charge^; d'autre part, sa pré-
vôté finie, il paraît avoir été fort long à régler des comptes; plu-
1. Arch. nat., J 517, n° 174.
2. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 75, n» 1793.
3. Chartularium Uaiversiiaiis Parisiensis. IV, 137, n" 1822. Ce lecteur en
théologie devait, en effet, d'après la volonté exprimée par le pape, être préféré
à tout autre candidat pour la première prébende vacante.
4. Arch. nat., LL 110, p. 231.
5. Arch. nat., LL 110, passim.
6. Arch. nat., LL 111, passim.
7. Arch. nat., LL 110, p. 542.
8. Arch. nat., LL 110, p. 398.
474 BECHERCQES SUR JEAN COURTECUISSE
sieurs affaires touchant sa gestion occupaient encore le Chapitre
dans le courant de 1414, notamment en juillet et en octobre^ Il
fut également prévôt de Larchant en 1418 ^ Bien qu'il ait pris
peu de part, à la vie capitulaire, sa grande réputation oratoire,
ses services universitaires, son rôle religieux et politique lui
valurent d'être désigné par le Chapitre en juin 1418, puis pré-
senté au pape par l'Université au commencement de mai 1419
pour faire l'office de chancelier de Notre-Dame en l'absence de
Gerson. Cette désignation est significative. Courtecuisse admi-
nistra la Chancellerie jusqu'en 1421 3. Ainsi, les dignités et les
honneurs s'étaient régulièrement succédé dans cette carrière bien
remplie.
Maître plein d'autorité, orateur magnifique, Courtecuisse fut
mêlé à toutes les grandes affaires de son temps. Son éloquence fut
largement mise à contribution. Le Schisme, tout d'abord, absorba
la plus grande part de son activité extérieure. Il ne saurait con-
venir à cette étude de retracer la politique du roi de France et de
l'Université de Paris dans le Schisme afin de reconstituer le rôle
propre à Courtecuisse. Il suffira de donner une idée générale et
sommaire de ce rôle. Pour l'union de l'Eglise romaine, il n'est
guère d'assemblée et de concile où Courtecuisse n'ait figuré,
d'ambassade dont il n'ait fait partie. 11 fut présent à l'assemblée
du clergé de 1395, à celle de 1398, à celles de 1408 et de 1411 ;
il assista au concile de Pise en 1409, au concile de Rome en
1412; peut-être même parut-il à celui de Constance'*. Il a été
envoyé en ambassade, soit par le roi, soit par l'Université, en
Angleterre en 1395, en Allemagne en 1396, à Avignon en 1397,
de nouveau en Angleterre en 1398, en Allemagne, puis à
Venise en 1400, à Avignon probablement en 1403, à Marseille,
près de Benoît XIII, en 1406, en Italie, à Rome en 1407, auprès
du duc de Bourgogne au commencement de 1408, auprès du
1. Arch. nat., LL 111, p. 182, 2i0.
2. Arch. nat., LL 111, p. 168.
3. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, xxxii et n° 2106.
4. Religieux de Saint-Denis, II, 222; — Bulaeus, Historia Vniversifaiis Pari-
siensis, V, 887; — Chartularium Universil alis Parisiensis, IV, 159, n" 1858,
279, n" 2012; — N. Valois, la France et le Grand Schisme, III, 159, n. 1, 179,
n. 1; IV, 200, n. 2. Voir plus loin le Catalogue des serinons, n" VIII. — C'est
du Bouiay qui fait figurer Courtecuisse au concile de Constance. Mais on ne
trouve pas le nom de ce docteur dans la liste des maîtres en théologie présents
au concile donnée par E. Dupin (Gersonii Opéra, V, 1010).
ET SES ŒUVRES ORATOIRES. 475
pape Alexandre V au commencement de 1410 ^ ; et ce ne furent
sans doute pas ses seules missions. Son talent oratoire eut donc
souvent l'occasion de se déployer dans des circonstances solen-
nelles. C'est ainsi qu'en janvier-février 1397, il parla devant le
roi pour réclamer la suppression des taxes et -provisions aposto-
liques- ; — que, la même année, en juin, il harangua Benoît XIII
à Avignon 3; — que, le 15 avril 1402, il plaida devant le Con-
seil royal la soustraction d'obédience^; — qu'en mai 1407, lors
du séjour à Marseille de la grande ambassade envoyée par le
roi, les princes et l'Université à Benoît XIII, il prononça devant
le pape le panégyrique de saint Louis de Toulouse^; — que, le
21 mai 1408, devant le roi, dans une sorte de grande réunion
publique au Palais, i] prêcha contre Benoît XIII et contre les
bulles pontificales qui menaçaient le roi et le royaume d'ana-
tlième^ ; — qu'il fit le sermon solennel pour l'entrée en conclave
des cardinaux à Pise en 1409 ^ Dans toutes ces circonstances,
Jean Courtecaisse n'apparaît ni comme un chef de parti aux
idées personnelles, ni comme un meneur audacieux. Son esprit
était pondéré, plus solennel que subtil; c'était avant tout un
orateur. Il eut, sans rien de vraiment original, les idées qui
dominaient alors dans l'Université ; il ne fit que suivre ceux qui
réclamèrent d'abord avec grand zèle la voie de cession, puis qui,
irrités des résistances de Benoît XIII, soutinrent et imposèrent la
soustraction d'obédience. Aussi n'eut-il pas l'action d'un Pierre
d'Ailly, d'un Simon de Cramaud, d'un Jean Petit. Son rôle
paraît avoir été plutôt décoratif. Ce qui le prouve bien, c'est que,
dans son grand travail sur la France et le Grand Schistne,
1. Religieux de Saint-Denis, II, 326, 419; III, 512; — Juvénal des Ursins,
éd. Godefroy, p. 788; — Launoy, Rp.gii Navarrx gymnasii historia,^. 463; —
Ehrie, Ans den Acten des Afterconcils von Perpignan {Archiv fiir Lileratur-
und Kirchengeschichte, V, 422, n. 2); — N. Valois, la France et le Grand
Schisme, III, 76, 80, 81, n. 1, 117, 291, n. 3, 289, n. 4, 295, 499, n. 6, 519, n. 4
el 5, 543, n.; IV, 58, n. 6; — le même, Jacques de Nouvion et le Religieux de
Saint-Denis {Bibl. de l École des chartes, LXIII, 1902, 233). Voir encore Cata-
logue des sermons, n" IV.
2. Voir Catalogue des sermons, n" I.
3. Voir Catalogue des sermons, n° II.
4. Voir Catalogue des sermons, n" III.
5. Voir Catalogue des sermons, n° VI.
6. Voir Catalogue des sermons, n° VU.
7. Voir Catalogue des sermons, n° VIII.
476 RECHERCHES SUR JEAN CODRTECDISSE
M. N. Valois n'a jamais été amené par ses documents à en faire
un personnage de premier plan.
Tout à fait analogue paraît avoir été le rôle de Courtecuisse
dans les affaires politiques du royaume. Depuis 1408, il était
attaché à la cour par la charge d'aumônier du roi^ Dans le
même temps, par lettres du 22 juin 1408, le roi le fît conseiller
au Grand Conseil ^ et, en cette qualité, Courtecuisse reçut
500 francs de gages^. Encore, eu 1408, le gouveruement royal
lui confia une mission importante : il fut chargé, le 15 sep-
tembre, en compagnie de Cordelier de Giresme, premier écuyer,
de négocier de nouvelles trêves entre France et Angleterre avec
les envoyés du roi d'Angleterre Henry IV, Hugues de Mortemer
et Jean Catritz. Deux jours après, les trêves étaient conclues
jusqu'au l*"" mai 1410^ D'autre part, Courtecuisse était depuis
longtemps l'obligé du duc d'Orléans ; dès 1398, on le trouve, comme
conseiller, parmi ceux à qui le duc faisait distribuer des pièces de
drap et des fourrures à Noël^. Il fit pour le duc de Berry, en
1403, une traduction du Traité des Quatre Vertus attribué à
Sénèque^. Il ne devait pas être en mauvais termes avec le duc de
Bourgogne, Jean Sans-Peur, puisque peu de temps après l'assas-
sinat du duc d'Orléans, dans les deux premiers mois de 1408, il
fut envoyé par l'Université auprès du duc pour les affaires du
Schisme et celles de l'Université'. C'est en 1413, dans la crise
cabochienne, qu'il prit la part la plus active à la vie politique du
royaume. Au mois de février, à la suite des États-Généraux, il fut
désigné pour faire partie de la commission de réformes qui pré-
para l'Ordonnance Cabochienne; il était sans doute un de ces
intellectuels, libricole, dont on regrettait la présence dans cette
commission, où il n'aurait dû y avoir que des praticiens^. Cour-
1. Arch. nat., KK 36-37.
2. Chavanon, Renaud VI de Pons, p. 158.
3. Ju vénal des Ursins, Histoire de Charles VI, éd. Godefroy, p. 788.
4. Chavanon, Renaud VI de Pons, p. 158-171.
5. De Laborde, les Ducs de Bourgogne, III, n° 5875 ; — N. Valois, la France
et le Grand Schisme, III, 208, n° 2.
6. Voir plus loin, p. 489.
7. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 148-149, n" 1843-1845. Il avait
comme compagnons J. Voygnon et R. de Fontaine.
8. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 153, n° 1969; — Religieux de
Saint-Denis, V, 4. Voir A. Coville, les Cabochiens et l'ordonnance de lil3,
p. 177.
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 477
tecuisse a dû collaborer habilement à l'œuvre commune qui fut
considérable. Ce qui prouve bien cette collaboration, c'est que,
trois jours après la promulgation, Gourtecuisse fut chargé de
prendre la parole devant le roi à l'hôtel Saint-Paul, au nom de
l'Université et de la ville de Paris, pour l'engager à appliquer et
à maintenir inviolablement les réformes*. Il y aura lieu de
revenir sur cette harangue d'une inspiration très élevée. Malheu-
reusement, l'œuvre à laquelle Gourtecuisse avait contribué n'eut
qu'une existence éphémère.
Lors du concile de la foi, réuni au commencement de 1414
pour juger les doctrines de Jean Petit, concile qui n'était qu'une
vengeance politique des Armagnacs, Gourtecuisse se trouva fort
embarrassé ; il donna des avis compliqués et obscurs et finale-
ment se tira d'affaire par une condamnation conditionnelle 2.
Cependant, la puissance des Armagnacs semblait devoir durer.
Il en profita pour remplir un devoir de reconnaissance et donner
un gage aux maîtres du jour. C'est lui qui, le 10 janvier 1414,
au couvent des Gélestins, prononça l'oraison funèbre du duc
d'Orléans^. Le duc de Bourgogne ne devait pas le lui pardonner.
Ce mécontentement classa Gourtecuisse parmi les Armagnacs
plus ou moins avérés. Une nouvelle circonstance acheva de le
compromettre. Les Bourguignons étaient rentrés dans Paris en
mai 1418. Ils n'avaient pas ramené la paix; les environs de la
capitale étaient désolés par les gens d'armes. Le peuple de Paris,
à l'entrée de l'hiver, souffrait cruellement de la difficulté des
approvisionnements ^ Le bois même n'arrivait plus. Le 15 octobre
1418, une grande réunion fut tenue au Parlement; on y vit le
chancelier, le prévôt de Paris, le recteur de l'Université, le pré-
vôt des marchands, des universitaires, des échevins, des bour-
geois. Après délibération, il fut décidé que J. Gourtecuisse serait
1. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 257, 1979; — A. Coville, les
Cabochiens et l'ordonnance de Îil3, p. 211, 214.
2. Charlularium Universitatis Parisiensis, IV, n" 2001, 2003, 2006, 2012.
Pour plus de détails, voir plus loin le Catalogue des sermons. J. Gourtecuisse
signait eu tête, en novembre 1416, un Summarium censune destiné au con-
cile de Constance (Gersonii, Opéra, V, 328).
3. Monstrelet, Chroniques, III, 555; — Launoy, Regii Navarrx gymnasii his-
toria, p. 464.
4. Sur la misère et la mortalité dont souffrait alors Paris, voir le Journal
d'un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 115.
478 RECHERCHES SUR JEAX COURTECUISSE
chargé de présenter au roi les doléances communes. Il était évi-
demment l'orateur préféré dans les grandes circonstances. Le
canevas de son discours lui fut tracé par l'assemblée ^ Mais nous
n'avons aucun détail sur le discours lui-même et sur l'audience
royale où il fut prononcé.
Courtecuisse fit bientôt l'expérience des mauvaises volontés
qui se coalisaient contre lui. La place qu'il occupait depuis long-
temps dans le clergé de Paris le désignait pour un siège épisco-
pal. Il y songeait d'une façon manifeste dès 1416; l'archevêque
de Sens, Jean de Montagu, avait été tué à Azincourt. Comme les
élections avaient été rétablies sous le régime de la soustraction,
le chapitre de Sens avait à élire le nouvel archevêque. Jean
Courtecuisse se fit spécialement recommander aux suffrages des
chanoines par l'Université de Paris ; mais ce fut le candidat du
duc de Bourgogne qui fut élu^.
Le doyen de la Faculté de théologie put croire, en 1420, qu'il
n'avait pas perdu pour attendre. L'évêque de Paris, Gérard de
Montagu, était mort le 25 septembre 1420 3. Le siège même de la
capitale était vacant. Devenus les véritables maîtres dans le nord
du royaume, le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne n'enten-
daient pas laisser au Chapitre, dont les dispositions étaient hos-
tiles, le soin de trouver un candidat : ils prétendaient lui imposer
l'homme de leur choix ^. Dès le 7 octobre, en effet, ils écrivaient
au Chapitre pour lui recommander le transfert sur le siège de
Paris de Philibert de Montjeu, nommé par le pape évêque
d'Amiens, mais non encore installé : c'était un ancien conseiller
de Jean Sans-Peur, un Bourguignon très sûr^. Le 11 octobre,
1. Arch. nat., Xla 1480, fol. 151. Voir le Journal d'un bourgeois de Paris,
éd. Tuetey, p. 148, note; — Journal de Clément de Fauquembergue, éd. Tue-
tey, I, 183.
2. N. Valois, la France et le Grand Schisme, IV, 413, n. 1.
3. Gallia chrisliana, VII, 144.
4. Arcb. nat., LL 112. L'épisode curieux de l'élection de Jean Courtecuisse
au siège de Paris a été résumé sommairement dans le Gallia christiana, IV,
144, et avec un peu plus de détails par Tuetey dans ses notes au Journal d'un
bourgeois de Paris, p. 147, n. 3, 164, n. 2; enfin raconté avec abondance par
Grassoreille, Histoire politique du chapitre de Notre-Dame de Paris pendant
la domination anglaise (Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, IX
(1882), 117). La courte notice de cet auteur sur J. Courtecuisse (p. 131) est
fort inexacte.
5. Arch. nat., LL112, p. 286.
ET SES (OUVRES ORATOIRES. 479
Jacques de Coiirtiambles et l'évêque de Worcester vinrent pré-
senter avec insistance la requête du roi et du duc*. Dès le début,
la situation était difficile. Les chanoines ne se hâtèrent point.
Dans leur réunion du 23 octobre, ils s'engagèrent à garder sur
cette affaire le plus grand secret; ce qui n'anîionçait pas de leur
part des intentions dociles. De plus, ils décidèrent de faire une
convocation générale pour régler l'élection et veiller à la défense
des libertés de l'Église ^ Cette grande réunion eut lieu le
28 octobre; on y vit le recteur de l'Université, l'abbé de Saint-
Denis, plusieurs docteurs. Il fut convenu que l'assemblée électo-
rale serait tenue dans les formes^. Une question fut délicate à
régler : la convocation des chanoines absents de Paris et passés
dans le parti du Dauphin. 11 fallut aller jusqu'au roi, qui était à
l'armée, pour obtenir les sauf-conduits nécessaires ^ L'élection
fut d'abord fixée au 9 décembre; mais il fallut la proroger jus-
qu'après Noël^. Évidemment, un conflit se préparait, et c'est
Gourtecuisse qui va en être la cause.
Le 23 décembre, une messe du Saint-Esprit fut célébrée;
Gourtecuisse devait y faire le sermon. Gomme il était malade,
ce fut un Frère Mineur, maître en théologie, qui prêcha^. A la
réunion du lendemain mardi, le chanoine Jean Yoygnon arriva
tout ému de l'hôtel royal et raconta ceci : « Messeigneurs, je
vieng de la cour et m'a chargé Monseigneur le premier chape-
lain de vous dire ce que je vous dire. Il m'a dit que messire Lour-
din de Sallegnj et messire Renier Pot, chevaliers, sont venus à
lui et li ont dit de par le roy d'Angleterre qu'il vous deist que
vous elisissiez cellui pour qui il vous a dit ou a prié, et, se vous
faictes aultrement, l'église de Paris en pourra bien avoir à souf-
frir et cellui que vous eslirez n'aura pas beau demourer en ce
royaume. » Acte fut dressé de ce récit'.
1. Arch. nat., LL 112, p. 286; — Grassoreille, p. 117, n. 1.
2. Arch. nat., LL 112, p. 289; — Grassoreille, p. 117, n. 2.
3. Arch. nat., LL 112, p. 291 ; — Grassoreille, p. 119, n. 2.
4. Arch. nat., LL 112, p. 290-297; — Grassoreille, p. 118-123.
5. Arch. nat., LL 112, p. 300-303; — Grassoreille, p. 126-127.
6. Arch. aat., LL 112, p. 303. Cette séance n'est pas rapportée par Grasso-
reille.
7. Arch. nat., LL 112, p. 304. Le petit discours de J. Voygnon est rapporté
par Tuetey, Journal d'un bourgeois de Paris, p. 164, n. 2. Il n'a pas été donné
par Grassoreille.
J(80 RECHERCHES SDR TEiN CODRTECUISSE
Le surlendemain, le chapelain du roi, Jean du Moulin, qui
était chanoine, était présent au chapitre. Il fit un récit qui con-
cordait avec celui que les chanoines avaient entendu à la réunion
précédente. Le mardi matin, à une demi-portée d'arbalète de
Saint-Paul, il avait rencontré le frère de Philibert de Montjeu
qui rentrait en ville. Puis, comme Du Moulin était depuis deux
heures dans la chapelle, Lourdin de Saligny^ et Renier Pot,
deux seigneurs bourguignons, vinrent le trouver et le question-
nèrent : « Les chanoines, dirent-ils, ont-ils bien l'intention d'élire
Philibert de Montjeu que vous ont recommandé affectueusement
le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne? C'est un prud'homme
digne de tous éloges et très instruit. — Si vous en éhsez un
autre, ajouta l'un des deux seigneurs (Du Moulin ne se rappelait
plus lequel), votre église s'apercevra bien qu'elle n'a pas agi
selon les désirs du roi d'Angleterre, et l'élu ne gagnera rien à
rester évêque de Paris. » J. du Moulin répondit : « Messeigneurs,
les chanoines de Paris connaissent la noblesse et la valeur de
Philibert de Montjeu. Mais ils ont, d'autre part, à maintenir les
libertés de l'Église. Il convient, en outre, qu'ils attendent la venue
des chanoines absents qui ont été convoqués, et, lorsqu'ils seront
tous réunis, ils éliront celui que Dieu leur enseignera. » Cette
réponse ne satisfit point les deux chevaliers, et, pour faire
impression sur leur interlocuteur, ils lui exposèrent qu'en Angle-
terre c'était la coutume d'élire toujours celui que le roi avait
indiqué. Un des seigneurs, par surcroît, mit le chapelain au cou-
rant de ce que leur avait fait savoir Henry V : le roi d'Angle-
terre avait interpellé l'aumônier du roi, J. Courtecuisse, et lui
avait reproché de briguer le siège de Paris contre le candidat
royal, Phihbert de Montjeu ; et Courtecuisse aurait répondu qu'il
n'était nullement candidat et qu'il ne le serait pas. Sur une ques-
tion qui lui fut faite, J. du Moulin, en terminant, déclara que
Lourdin de Saligny et Renier Pot n'avaient pas parlé au nom
du roi d'Angleterre-. Cette conversation est très curieuse; elle
ne montre pas seulement l'ingérence hypocrite du pouvoir laïque
dans les élections ; elle fait entrevoiries intrigues qui se menaient
parmi les chanoines, intrigues qui avaient évidemment pour but
d'opposer Jean Courtecuisse à Philibert de Montjeu. Il est bien
1. Grassoreille (p. 127) appelle, à tort, ce personnage Lourdin de Saillon.
2. Arch. nat., LL 112, p. 304; — Grassoreille, p. 127.
ET SES œUVRES ORATOIRES. 48^
clair, en tout cas, que le doyen de la Faculté de théologie était
l'homme le plus redouté par le gouvernement anglo-bourguignon,
et tout était tenté, jusqu'à la menace, pour dissuader les chanoines
de lui donner leurs voix.
C'est sous cette pression peu dissimulée que se fit l'élection le
vendredi 27 décembre. Ce jour-là expirait le délai canonique de
trois mois. Le registre des délibérations capitulaires donne les
noms de douze chanoines présents à l'ouverture de la séance. Le
sous-chantre Raoul Liéjart présida à l'élection. Il y eut messe du
Saint-Esprit, monition du sous-chantre, serment, chant du Veni
Creator, oraison. Alors apparut J. Courtecuisse, absent depuis
plusieurs jours pour cause de maladie. Il prêta serment et
approuva tout ce qui avait été fait en son absence au sujet de
l'élection. Il fut décidé que, pour le choix de la personne, on sui-
vrait la voie de l'inspiration par l'Esprit-Saint. Chacun se
recueillit. Bientôt, comme réellement inspiré parle Saint-Esprit,
le sous-chantre se leva, fit le signe de la croix et déclara élire
maître Jean Courtecuisse; tous les autres chanoines acquiescèrent,
et, reconnaissant l'inspiration du Saint-Esprit, élirent également
Courtecuisse. Puis au son des cloches, au chant du Te Beut7i,
les chanoines en procession conduisirent leur élu à Notre-Dame
et lui firent prendre siège devant le maître-autel. Lorsque le
Te Deum fut achevé, ils le menèrent dans le chœur, le firent
asseoir sur le trône épiscopal et le haranguèrent ; ils le prièrent
de donner son consentement à une élection qui présentait toutes
les garanties de maturité et de régularité. Courtecuisse répondit
sans accepter ni refuser, protesta de son détachement de toute
ambition et demanda à prendre conseil de ses amis. Enfin, un
chanoine, montant au pupitre où se récite l'Évangile, fit à tout le
peuple assemblé dans l'église un court récit de l'élection et pro-
clama le nom de l'élu. Les assistants acclamèrent le choix qui
avait été fait et crièrent à plusieurs reprises avec une grande allé-
gresse : Noël! Noël! L'élection proprement dite était terminée;
avant de se retirer, les chanoines, dans la salle capitulaire, dési-
gnèrent des procureurs pour poursuivre la ratification de l'élec-
tion par les pouvoirs spirituel et laïque*.
1. Arch. nat., LL 112, p. 305; — Grassoreille, p. 128, n. 1. Plusieurs détails
intéressants ont été laissés de côté par cet auteur dans son récit de la séance
d'élection.
482 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
J. Courtecuisse, élu de Paris, avait bien compris que sa situa-
tion allait être très difficile, quand il avait remis à plus tard son
consentement, qu'il donna cependant. Le Chapitre avait fait acte
d'indépendance, manifesté une hostilité prudente, mais certaine,
à l'égard du gouvernement anglo-bourguignon. Le conflit était
ouvert. Le gouvernement anglo-bourguignon afficha aussitôt une
opposition irréductible à l'élection de Courtecuisse, et les menaces
qu'il avait fait parvenir aux chanoines s'exécutèrent à la lettre.
Il parut cependant qu'il y avait un moyen détourné de lui forcer
la main : c'était d'obtenir rapidement la confirmation pontificale.
Au Chapitre, il y eut bien quelques difficultés pour le choix des
procureurs à envoyer en cour de Rome ; Courtecuisse s'opposa
au choix du chanoine Martial Formier, qui pourtant s'était fort
compromis pour lui et qui se prévalait de la désignation faite par
ses collègues. Finalement, l'affaire fut confiée à maître Jean
Loier pour le Chapitre et Pierre de Bresse, chanoine de Langres,
pour l'élu. Courtecuisse voulut prendre à sa charge tous les frais,
sans doute pour hâter le départ des procureurs. Il n'y mit que
cette réserve bien naturelle que si un autre que lui était promu à
l'évêché de Paris, ce rival plus heureux le dédommagerait de ses
dépens'. Le succès répondit sans retard aux efforts : le 16 juin
1422, Martin V donna une bulle de confirmation. Elle fut lue en
chapitre solennel, ainsi qu'une lettre pontificale adressée à
l'évêque, le 16 octobre suivant, par Guillaume Erart, maître
es arts, bachelier en théologie"^. Jusque-là, la situation avait été
assez compliquée : le 2 août, Courtecuisse disposait d'une chapel-
lenie à Notre-Dame^; mais, le 17 septembre, le chapitre confé-
rait encore un bénéfice à la nomination de l'évêque^. Le
16 octobre, après lecture des pièces que Guillaume Erart avait
apportées, le sous-chantre, au nom de l'évêque, prit possession
de la juridiction spirituelle, reçut les sceaux, désigna un officiai,
puis il se rendit dans le chœur et là fut installé dans la chaire
épiscopale^.
Toutes ces opérations, proprement ecclésiastiques, ne chan-
1. Arch. nat., LL 112, p. 310-311 ; — GaUia christiana, VII, 144; — Grasso-
reille, p. 133, n. 1 et 2, 134, n. 1.
2. Arch. nat., LL 112, p. 342; — Grassoreille, p. 138, n. 1.
3. Arch. nat., LL 112, p. 334.
4. Gallia christiana, VII, 144.
5. Arch. nat., LL 112, p. 342; — Grassoreille, p. 138, n. 1.
ET SES œCVRES ORATOIRES. 483
gèrent rien aux dispositions du pouvoir laïque. En vain, le Cha-
pitre avait écrit le 29 août au roi d'Angleterre pour le bien dis-
poser*; en vain, le 20 octobre, par une nouvelle lettre, il insista
auprès du souverain 2; en vain, le Parlement, sur la requête de
l'Université, envoya à Henry V des lettres recommandatoires
pour l'élu du Chapitre et du pape^. Le roi d'Angleterre restait
intraitable. Son mécontentement même dut s'accroître par suite
d'une démarche hardie de Courtecuisse. Depuis plusieurs mois,
attendant sans doute la décision pontificale et son exécution,
redoutant aussi les rigueurs du gouvernement anglais, Courte-
cuisse s'était réfugié à l'abbaj^e de Saint-Germain-des-Prés, qui
était hors les murs^. Un peu plus d'un mois après la prise de pos-
session du siège épiscopal faite eu son nom, un nouveau manda-
taire, Jean de la Côtecirée, vint entretenir les chanoines de la
rentrée de l'évêque dans Paris et de son installation soit au palais
épiscopal, soit à Sainte-Geneviève. Était-ce par bravade ou par
espérance de conciliation ? On ne sait. Le Chapitre répondit que
cette question ne le regardait pas, mais qu'il verrait avec plaisir
son évêque près de lui 5. Courtecuisse dut s'établir en effet à
l'évêché. C'est ce qui paraît résulter de la colère du roi Henry V.
Aux représentations que vint leur faire Pierre Cauchon, évêque
de Beauvais, les chanoines ripostèrent qu'ils n'avaient pas juri-
diction sur l'évêque et que, du reste, celui-ci ne résidait pas sur
leur domaine*^. Le roi d'Angleterre répondit sans doute par une
lettre de menaces, et les chanoines lui envoyèrent une délégation
pour s'excuser de nouveau '^ C'était une impasse. Pour en sortir,
le pape, le 12 juin 1422, transféra l'élu de Paris sur le siège de
Genève^.
La nouvelle de la décision pontificale arriva à Paris le 24 juil-
1. Arch. nat., LL 112, p. 337; — Grassoreille, p. 139, n. 1.
2. Arch. nat., LL 112, p. 343; — Grassoreille, p. 141, n. 1. Cet auteur donne,
par erreur, la date : lundi 10 octobre; le 10 octobre était un vendredi. Il faut
lire : lundi 20 octobre.
3. Arch. nat., Xia 1480, fol. 239 v".
4. Journal d'un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 164; — Gallia chri-
stiana, VII, 144.
5. Arch. nat., LL 112, p. 347; — Grassoreille, p. 142, n. 1.
6. Arch. nat., LL 112, p. 353; — Grassoreille, p. 143, n. 2.
7. Arch. nat., LL 112, p. 356; — Grassoreille, p. 144, n. 1.
8. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 259, n. 9, et n" 2195, n. 1 ;
— Gallia christiana, VII, 144.
484 RECHERCHES SUR JEAN COCRTECUISSE
let*. Le sacrifice dut être grand pour Courtecuisse d'abandonner
Paris où il avait si longtemps vécu, l'Université où il s'était
illustré, l'église cathédrale dont il avait cru pendant quelques
mois devenir le chef, pour terminer sa vie dans un évêché loin-
tain, qui n'était même pas dans le roj^aume. Il voulut montrer
avant de partir combien il avait aimé l'église de Paris et son
Chapitre. Il leur fit donation, le 28 juillet, de ses biens, situés
dans la ville 2. Cette donation comprenait une grande maison
avec jardins, louages et appartenances, rue de Bièvres, et 125 1.
par. 11 s. 6 d. de rentes assises sur divers hôtels dans Paris;
16 livres devaient être employées à un obit pour son père, sa
mère, sa sœur Jacqueline et ses amis et pour lui-même ; le sur-
plus sera distribué aux chanoines et autres bénéficiers de l'église
cathédrale à huit termes désignés par le donateur. C'est ainsi
qu'il dit adieu à Paris. Il ne quitta cependant la grande ville,
dont il avait failli être évêque, qu'à l'automne 1422.
Le 22 octobre, J. Courtecuisse arrivait à Genève et prenait
possession de son évêché. Mais il ne porta pas longtemps la
crosse : il mourut un peu plus de quatre mois après son arrivée,
le 4 mars 1423^ ; il ne devait pas avoir loin de soixante-dix ans.
Il légua à l'église de Genève 500 livres de monnaie courante,
dont les deux tiers pour le chapitre et le dernier tiers pour les
clercs du chœur. Quatre obits devaient être célébrés à sa
mémoire, le 4 mars, le 7 mai, le 9 août et le 23 octobre ^ L'obi-
tuaire de la cathédrale de Genève rapporte au 25 août le testa-
ment daté de 1456 du chanoine Jean Simonet, qui demandait à
être enseveli dans la grande nef de la cathédrale, devant le cru-
cifix, à côté de l'évêque Courtecuisse''. En 1850, des travaux
mirent à découvert une grande tombe devant le maître-autel ;
on a pensé que c'était précisément celle de Courtecuisse^.
1. Chartularium Universiiatis Parisiensis, III, n" 2195, n. 1.
2. Arch. nat., LL 112, p. 511.
3. Obituaire de l'église de Genève, publié par A. Sarasin, Mémoires et docu-
ments de la Société d'histoire de Genève, 2" série, I (1882), 72, n. l ; — Arch.
de Genève, Pièces historiques, n° 444; — Chartularium Universitatis Pari-
siensis, IV, ir 2195, n. 1, p. 406.
4. Obituaire de l'église de Genève {Mémoires et documents de la Société
d'histoire de Genève, 2= série, I, 72, 114, 178, 249).
5. Obituaire de l'église de Genève {Mémoires et documents de la Société
d'' histoire de Genève, 2" série, I, 191).
G. Biavignac, Notice sur les fouilles pratiquées en 1850 dans l'église Saint-
ET SES œUVRES ORATOIRES. 485
Il s'était résigné et il reposait désormais sur cette terre d'exil.
Mais, durant son court séjour à Genève, rien n'avait pu lui faire
oublier Paris. Dans son testaments il fit une belle part au cha-
pitre de Notre-Dame de Paris, qui l'avait si longtemps compté
parmi ses membres et qui lui avait montré un si fidèle attache-
ment en le choisissant comme évèque en dépit de toutes les
menaces royales : il lui laissa une grosse somme de 1 ,250 écus
d'or2, qui s'ajoutait aux dons qu'il avait déjà faits avant de
quitter Paris. Il reste encore à la Bibliothèque nationale des
traces d'une autre générosité de Courtecuisse à l'égard de Notre-
Dame : ce sont dix manuscrits du fonds latin légués par lui au
Chapitre, sans doute avec beaucoup d'autres •'. Tous portent cette
note : Dominus Johannes Breviscoxe legavit ecclesie Pari-
siensi. En voici la liste ^ :
NM 7^ 62. Papias, xiii« siècle.
N° -17260. Opuscules de Nicolas de Lire sur l'histoire de Suzanne,
la vision de l'essence divine, l'avènement du Christ, les différences
entre le texte hébreu et la version latine de la Bible, fin du xiv*" s.
NM7462. Bernardi epistole, xii" siècle. En Lête, lettre du pape
Alexandre III du 1 9 juillet \ \ 69.
N° 17477. Secunda pars secunde fratris Thome, commencement
du XIV'' siècle.
No ^7479. S. Thome postilla super Johannem, xiV" siècle.
N" -17893. Térence, xiv' siècle.
N° J7977. Nicolas de Hanapis, Exempla sacre Scripture, xiv*' siècle
N° -17978. Même ouvrage, xiv* siècle.
N" -18139. Tractatus de virtutibus, de donis et de beatitudinibus,
xix'' siècle.
N° -18420. Glcero : De amicitia, De senectute, De paradoxis, De
offîciis, xiii^ siècle. Nombreux dessins grotesques à la plume dans les
marges^.
Pierre [Mémoires et documents de la Société d'histoire de Genève, VIII
(1852), 1-21).
1. Ce testament est daté du 28 février 1423 (Arch. de Genève, Pièces histo-
riques, n" 444).
2. Journal d'un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 165, note.
3. Voir, sur ce legs, L. Delisle, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque
nationale, \, 429.
4. Cette liste reproduit, à peu de chose près, \' Inventaire des manuscrits
latins de Notre-Dame et autres fonds, par L. Delisle, Bibl. de l'Ecole des
chartes, XXXI (1870), 463.
5. Un Tite-Live donné en 1393 à Jean Muret par le i)ape Clément VI (Bibl.
^904 32
486 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
Le Chapitre témoigna sa reconnaissance en fondant un obit
solennel en l'honneur de Courtecuisse*. La Faculté de théologie,
enfin, lui rendit un tardif hommage : en mars 1424, elle fit célé-
brer à sa mémoire un service solennel ^
IL — Œuvres diverses de Jean Codrtecdisse.
Du Boulay raconte que le médecin Jacques Mentel a rais à sa
disposition de nombreux manuscrits de Courtecuisse : Manu-
scriptorum vero copiam mihipro sua benignitate fecit Jaco-
bus Mentellius docto?^ medicus^. Courtecuisse a en effet, à
notre connaissance, passablement écrit. Avant d'arriver à ses
œuvres proprement oratoires, il n'est pas inutile d'énumérer ses
autres oeuvres.
L — Exercices théologiques. — Launoy, dans sa précieuse
histoire du collège de Navarre ^ a donné une assez longue liste
d'opuscules théologiques se rapportant aux étapes réglementaires
du cours d'études à la Faculté de théologie. Ces divers opuscules
étaient conservés dans des manuscrits du Chapitre de Notre-Dame
et de la bibliothèque de Saint-Victor s. Voici la liste de Launoy,
rééditée par Oudin^ :
a). Quaestio : Ulrum cum unilale divinae essentiae stat plurali-
tas personarum sine formali distinctione?
b). Quaestio : Utrum ineffabilis et immensa Dei essentia possit
esse creaturae formalis cognilio vel gratia?
cj. Recommandalio Sacrae Scripturae quae incipil : Olivam ube-
rem, pulchram, etc. Jeremiae XIL
nat., nis. lat. 5740) paraît avoir également figuré parmi les manuscrits de Cour-
tecuisse. Cf. Delisie, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale,
I, 429.
1. Journal d'un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 165, note.
2. Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, 406, n° 2195, n. 1.
3. Bulœus, Historia Universitatis Parisiensis, V, 887.
4. Launoy, Reyii Navarrx gymnasii historia, p. 464.
5. Il n'a pas été possible, dans les débris des collections de Notre-Dame et
de Saint- Victor possédés par la Bibliothèque nationale, de retrouver les manus-
crits d'après lesquels Launoy a établi cette liste.
6. Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiasticis, III, 2258. Voir encore
Fabricius, Bibliotheca lalina medii œvi (éd. de 1858, Florence), I-II, 257.
ET SES OEUVRKS ORATOIRES. 487
d). Alia recommandatio Sacrae Scripturae et Facultalis Iheologiae,
quae incipit ; Super omnem lerram gloria tua, Psalm. LVI.
e). Primum Principium, super lecturam Bibliorum, quod incipit :
Tota pulcra es, arnica mea.
f). Secundum Principium, quod incipit : Aedificavit turrim et loca-
vit eam agricolis, Marci XII.
(j). Gollationes quatuor super commendatione Scripturae Sacrae,
quae omnes incipiunt : Regina Austri.
h). Quaestio : Utrum jus regalis dominii in regno animae rationa-
lis soli competat voluntati.
i). Quaestio : Utrum Lucifer sit omnium sapientissimus non ob-
stante quod sit omnium pessimus.
j). Tertium Principium.
k). Quartum Principium.
l). Responsio Quaestionis in Sorbona : Utrum omnls transgressio
divinae legis sit mortalis.
m). Quaestio Vesperiarum : Utrum Thomas legem Ghristi fîrmiter
tenuerit.
n). Quaestio Vesperiarum in licentia et magisterio Radulphi de
Porta : Utrum portae coelestis aditum décor intraverit.
oj. Laudatio seu Vesperisatio Radulphi de Porta sub hoc titulo :
Hoc est opus Dei.
p). Quaestio de Resumpta : Utrum legis naturalis censura peccan-
tem in legem accusât mortaliter.
q). Lectiones in Evangelium b. Joannis super illa verba : Omnia
per ipsum facta sunt, et supra multa Joannis et caeterorum Evan-
geliorum testimonia.
II. — Tractatus de fide et ecclesia, de Romano pontiflce
et concilio generali.
Cet opuscule est bien un travail universitaire, très probablement
le cinquième des articles de la liste de Launoy, une quœstio. Il
commence, en effet, ainsi : Quœstio est ista : Utrum ecclesia,
Christo per fidem desponsata, sit tota pulcra per gratiam et
immaculata^. Dans le manuscrit latin 15004 de la Bibliothèque
nationale, manuscrit qui provient de l'abbaye de Saint- Victor, on
lit, à lafin de ce traité (fol. 262 v"), écrite au xv*" siècle, la note sui-
vante : Ista est quœstio quam tractavit Johannes Breviscoxe
1. Bibl. nat., ms. lat. 15004, fol. 211; — Gersonii Opéra, I, 805.
488 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
super duos cursus quos legit de Biblia, qui postmodum fuit
promotus ad ecclesiam Parisiensem anno Domini MCCCC
XXI et deinde ad episcopatmn Gebennensem, et fuit solem-
nis doctor in sacra theologia Parisius suo ternpore. Le titre
sous lequel cet opuscule est maintenant connu lui a été donné par
Ellies Dupin, qui a imprimé l'œuvre de Courtecuisse parmi les
œuvres de Gerson^
L'ouvrage est divisé en trois parties : Articidus I, De fde
ecclesiœ et de desponsatione ; — Articulus II, De décore
gratiœ et confrmatione sponsœ; — Articulus III, De con-
frmatione ecclesiœ in fde, seu de infaillibilitate. Cette der-
nière partie a été analysée par M. l'abbé Féret dans son livre
la Faculté de théologie et ses docteurs les plus célèbres^.
IIL — Cédide de vote à l'assemblée du clergé de mai-
juillet 1398 \
Cette cédule, avec toutes les autres, est conservée aux Archives
nationales, dans le carton J517, sous le numéro 174. Elle est
écrite sur papier avec beaucoup de soin, certainement auto-
graphe et signée par l'auteur. Au dos, on lit : L'opinion maistre
Jehan Courtecidsse. Comme cette cédule est inédite, il n'est pas
sans intérêt d'en donner le texte :
Sur les choses meues ou présent conseil louchans Texecucion de la
voie de cession pour l'union de Saincle Eglise, je Jehan Courtecuisse^
régent en la Faculté de théologie de Paris, tant en mon privé nom
comme procureur et ou nom des chappitres du Mans et de Lavaure,
soubz la correccion du roy et de vous mes seigneurs, dy et afferme
en ma conscience que je cuide et tieng fermement que nostre Saint
Père scet et apperçoit clerement que la dicte voie de cession est la
plus briefve et la plus expedicte pour apaisier les consciences de tous
christians pour garder amour et charité entre l'une obéissance et
l'autre et pour avoir ferme et parfaite union en Saincte Eglise, et
que ce qui le meut à non accepter la dicte voie n^est seulement que
1. T. I, p. 805.
2. Moyen Age, IV, 471. L'auteur parle du Tracialus de fide'el de hx Quxs-
Uo : Ulrum ecclesia Christo per fidem desponsata..., séparément (p. 171 et
180), comme de deux ouvrages dififéreiils; il n'a pas remarqué^que la Quxstio
du ms. lat. 15004 et le traité publié par E. Dupin ne faisaient qu'un.
3. Sur cette assemblée, voir N. Valois, la France et le Grand Schisme^
111, 150.
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 489
l'ambition qu'il a de retenir le papat, pourquoy considéré le sere-
ment qu'il fist ou conclave, ce que, pour le temps qu'il estoit cardi-
nal, il dist et afferma en pluseurs lieux et par pluseurs foiz que la
dicte voie estoit la meilleur et que maintenant lui, deubment sommé
et requis par la greigneur et plus saine partie 'de toute son obéis-
sance, refuse obstineement la dicte voye, il m'est avis, soubz la cor-
rection dessus dicte, que licitement nous poons départir de son obéis-
sance et que, pour l'avancement de l'union, il est très expédient de
le faire, pourveu deubment au choses qui s'ensuyvent, c'est assavoir
qu'on face toute diligence de ppoursuyr et avancier l'union, que, le
vivant de Benedic, nous, de ceste obéissance particulièrement, ne éli-
sions ne souffrions eslire autre pape, que l'Eglize demeure en ses
libertés et franchises quant aux charges pécuniaires que le pape
levoit, et qui soit pourveu sur la disposition des bénéfices telement
que les ordinaires ne les confèrent mie à leurs chamberiez ou bar-
biers qui rien ne scevent, mais à clers et preudommes, qui les béné-
fices sachent desservir et gouverner selon l'entencion des fondeurs.
J. Breviscoxe.
IV. — Traité des Quatre Vertus translaté en français .
Cette oeuvre de Courtecuisse est représentée par de nombreux
manuscrits. A la Bibliothèque nationale, on peut citer les manus-
crits français 581, 1020, 3887, 9186, 25270. Voici comment
l'auteur lui-même, dans son prologue, explique les origines et le
but de son œuvre :
Le prologue du Translateur^ .
A très hault et très puissant prince Jehan, filz de roy de France,
duc de Berri et d'Auvergne, conte de Poytou, d'Estampes, de Bou-
longne et d'Auvergne. Combien, mon très redoubté segnieur, que je
soie très volentiz touziours de mon petit povoir vous obéir et servir,
encores me rendent plus ardant ad ce faire ce que je voy que entre
les solicitudes du noble gouvernement de vostre très haulte seigno-
rie, si vous loyst quelque temps vaquer, voz occupacions sont en
choses les plus honnestes et proffltables qu'elles puissent estre et que
1. Le texte cité est emprunté au manuscrit 581, qui paraît !e meilleur.
M. Delisle remarque que cette œuvre de Courtecuisse, dédiée au duc de Berry,
ne figure sur aucun des inventaires du duc de Berry {le Cabinet des manus-
crits de la Bibliothèque nationale, lil, 184, n, 2).
490 RECHERCHES SUR JEAN COCRTECUISSE
pour occasion d'icelles me voulez emploier. Quelles choses pevent estre
plus honesles ne plus dignes à prince que après les cures des ami-
nistracions des choses temporeles, soy occuper en voir et oir une foiz
les histoires et les beaux faiz des bons chevaliers et vaillans hommes
du temps passé, autrefoiz les escriptures et la belle doctrine que les
sages nous ont laissée jadiz?...
Après quelques réminiscences antiques et quelques moralités
très banales, ce prologue se termine ainsi :
En laquelle translation, pour obéir à vostre segnerie, je prendray
partie du temps, l'autre partie me sera neccessaire pour aucunes
autres études et occupacions que je ne puis pas laissier. Ne je ne
présume mie tant de moy que je ose promettre de touziours prendre
et justement concevoir l'entencion de l'atteur-, car ses sentences sont
moult haultes et eslevées et les estreint souvent en pou de paroles.
Et si advient aucune foiz que ung mot a ii ou m significacions qui
toutes pourroient avoir sain entendement différent Tun de l'autre,
et les exemplaires qui aucune foiz aussi ne se ressemblent mie,
neantmoins en tant que je pourrai, à Taide de Dieu, je regarderay
plus à comprendre le vray entendement que je cuideray qu'il ait eu
qu'à suir la propriété du langage. Et parce que, outre ses œuvres, il
fit ung petit traitié des quatre vertus, que on appelé vulgairement
cardinaulx, et la raison est : car comme Tuys ou la porte de quelque
manoir tourne sur le pivot que on dit en latin cardo, et le conduit et
adrece quant il œuvre et clost, ainssi convient il que, sur les quatre
vertuz dont fait Seneque mention, tourne et par elle soit conduite et
adrecée la vie de l'omme qui veult vivre vertueusement; si samble
que je puisse raisonnablement là commancer ma translation, pour
monstrer la porte par laquelle on entre ou manoir de la vertu.
L'ouvrage se divise en cinq chapitres : le premier chapitre,
De prudence ; — le second chapitre, De magnanimité ; — le
tiers chapitre, De continence ; — le quart chapitre, De justice ;
— le quint chapitre. De garder la mesure des dictes vertus.
A la fin, on lit cet explicit : Explicit le livre de Seneque des
Quatre Vertus translaté en françoys à Paris par maistre
Jehan Courtecuisse, maistre en théologie, l'an mil quatre
cens et trois. On sait que le célèbre traité de morale sur les
quatre vertus, que le Moyen Age a attribué à Sénèque, est en réa-
lité l'œuvre de Martin de Braga, évèque espagnol du vi'' siècle.
ET SES œUVRES ORATOIRES. 49^
Courtecuisse a fait plus que traduire les sentences de Martin de
Braga ; il les a accompagnées d'une glose banale, sans le moindre
intérêt, mais nettement séparée du texte. Au xvi'' siècle, cette
traduction fut imprimée et mise à tort sous le nom de Claude
de Seyssel, avec une dédicace à Charles VIII ; 'de là un petit pro-
blème bibliographique qui a déjà été fort étudié i.
III. — Les Œuvres oratoires.
Courtecuisse a été un grand orateur pour son temps. Son élo-
quence a été certainement très admirée de ses contemporains ;
elle a paru plus majestueuse, plus solennelle que celle de Gerson.
Il est donc légitime d'étudier avec un détail particulier ses œuvres
oratoires. Pour faire cette étude, nos ressources sont fort res-
treintes. Il s'en faut que tous les discours et sermons de Courte-
cuisse nous aient été conservés; plusieurs ne nous sont connus
que par de sèches mentions des chroniqueurs ou de brefs résu-
més. Ceux mêmes dont le texte nous est parvenu, sauf un, ne se
trouvent que dans un manuscrit, le manuscrit latin 3546 de la
Bibliothèque nationale. Delà la nécessité de distinguer deux caté-
gories :
A). Les discours et sermons connus par de simples mentions
des chroniqueurs ou par de brefs résumés.
B). Les discours et sermons dont le texte est conservé dans le
manuscrit latin 3546 de la Bibliothèque nationale et dans le
manuscrit 2764 de la bibliothèque de l'Arsenal.
A). Discours et sermons connus par de simples mentions
des chroniqueurs ou par de brefs résumés. — Quinze dis-
cours et sermons rentrent dans cette catégorie. On les trouve
indiqués ou résumés dans les Actes du concile de Paris sur le
tjrannicide de 1413-1414 ^ dans le Registre du conseil du Par-
lement X'* 1480, dans la Chronique du Religieux de Saint-
Denis^, dans les Chroniques de Monstrelet^ dans V Histoire
1. Voir, sur ce point, ce qu'ont dit P. Paris, les Manuscrits françois de la
Bibl. du roi, t. II, p. 121, et Féret, la Faculté de théologie de Paris, Moyen
Age, IV, 175.
2. Gersonii Opéra, éd. E. Dupin, V, 70, 96, 247-248, 269-270, 299.
3. Féiibien, Hist. de Paris, IV, 552, 572 ; — Journal de Nicolas de Baye, 1, 231.
i. Éd. BellaRuet, II. 526; III, 22; IV, 8.
5. Ed. Douët d'Aicq, III, 55.
492 RECHERCHES SUR JEAN CODRTECUISSE
du collège de Navarre de LaunoyS clans V Histoire de r Uni-
versité de Paris de du Boulay^ On peut ranger dans cette
catégorie trois sermons indiqués dans la table du manuscrit
latin 3546, mais dont le texte a disparu du manuscrit on ne sait
comment; enfin, un autre sermon cité par Courtecuisse lui-même.
B). Discours et sermons dont le texte est conservé dans
le manuscrit latin 3546 de la Bibliothèque nationale et dans
le -manuscrit 2764 de r Arsenal. — Le manuscrit latin 3546
est unique ; c'est grâce à lui que nous pouvons connaître le texte
authentique d'un certain nombre de discours et de sermons de
Courtecuisse. Du Boulay a bien donné, dans son Histoire de
r Université de Paris'\ la proposition faite par Courtecuisse le
29 mai 1413; mais il déclare, d'autre parts que les sermons de
ce docteur lui ont été communiqués par le médecin Jacques Men-
tel, et il en donne une liste conforme à la table du manuscrit 3546.
11 est donc plus que probable que le recueil communiqué à du
P)Oulay est celui du manuscrit latin 3546. Comme, de plus, ce
manuscrit paraît être en grande partie autographe, il mérite bien
d'être étudié par le menu.
Le manuscrit 3546 a un aspect fort modeste. Il est de petit
formats relié en parchemin vulgaire. Au dos, on lit : Breviscoœe,
d'une écriture assez ancienne, mais qui ne remonte pas au delà du
xvi^ siècle. Le volume comprend 155 feuillets en papier. Le second
et le troisième feuillet, l'un servant de garde, l'autre contenant
la table, à défaut de numérotage ancien, ont été récemment cotés
A et B. Toute la suite du manuscrit, à huit folios jirès, porte un
numérotage ancien en chiffres romains. Mais ce numérotage pré-
sente aujourd'hui des lacunes qu'il n'est pas indifférent de cons-
tater. Les feuillets qui nous sont restés se disposent ainsi : 1-71,
80, 72-79, 82-87, 89-117, 131-160, 169-176. Il y a donc inter-
version des folios 80 et 72-79 et, d'autre part, déficit de vingt-
cinq folios, soit 81, 88, 116-130, 161-168. De plus, la fin du
manuscrit manque; il se termine, en effet, par un demi- feuillet
raturé, sans trace d'explicit.
Voici quel est le contenu du manuscrit latin 3546 :
1. p. 464.
2. T. V, p. 158.
3. T. V, p. 83.
4. T. V, p. 887.
5. Dimensions : hauteur, O^ÎIO; largeur, O^US.
ET SES œOVRES OllATOIRES. 493
1" Fol. A v°, une bande de parchemin rayé portant ces mots :
Plures sermones et collaciones magistri Johannis Brevis-
coxe et quorumdam aliorum. Au-dessous, quelques paraphes ;
puis un chiffre ou une date à demi effacée : 1637.
2° Fol. B, table du manuscrit. En tête, deux numéros : 4409
et 3546. Au-dessous, on lit :
In hoc nbro continentur plures sermones, proposiciones et colla-
ciones édicté per magistrum Johannem Breviscoxe et non nulla alia
inferius declarata :
Et primo sermo in prima dominica Adventus ad populum Geno-
manensem, f. i.
Sermo de secunda dominica Adventus ad papam et cardinales, f. x.
Sermo de nalivitate domini coram rege, f. xx.
Sermo in processione generali facta in ecclesia Parisiensi die festi
Sancti Vincentii, ex ordinacione dominorum decani et capituli Pari-
siensium, f. xxvi.
Gollatio de festo Purificationis béate Marie, f. xxx.
Alia collatio de Purificationis béate Marie, f. xxxii v°.
Sermo de resurrectione, f. xxxvii.
Sermo de Sancto Spiritu in die Penthecostes, f. xlvi.
Sermo de Trinitate, f. liiii.
Sermo de Gorpore Ghristi ad papam et cardinales, f. lxii.
De quodam sermone festi de Gorpore Ghristi, f. lxx.
Alius notabilis sermo % f. lxxii.
Sermo de bealo Ludovico Marcilliensi, f. iiii"ii.
Sermo de beato Ludovico rege Francie, f. iiii^'^x.
Alius sermo de beato Ludovico rege Francie, f. ciiri.
Gollatio de beato Ludovico rege Francie, f. cxii.
Sermo ad prelatos ecclesie, f. vi'^'^v.
Alius sermo ad prelatos ecclesie^.
Sermo factus in ecclesia Sancti Juliani Genomanensi die qua Ludo-
vicus rex Gicilie obtulit eidem ecclesie jocale quod fieri et ibi offerri
ordinaverat domina regina ejus mater, f. vi^^'^xi.
1. Ce titre est souligné de deux traits. Devant : une croix. Après le titre :
]Sota. Après le folio : Pour la feste de la Toussainls. Ces additions, d'une
encre très noire, sont du xvii° siècle.
2. Ce sermon et le précédent sont marqués d'une même accolade dans la
marge de gauche, avec le mot : Deficiunt, de la même écriture du xvii" siècle.
494 KECHEKCnES SOR JEAN CODRTECDISSE
De quadam coUalione fada coram dominis cardinalibus super ele-
ctionem summi ponlifîcis, f. vii'"'i.
Arenga in advenlu cujusdam domini cardinalis, f. vii^^viii.
Quedam proposicio el exortaclo facta in presencia régis Karoli VI
pro parle Universilatis ac prepositi et civium Parisiensium uL certe
ordinaciones, lune noviter facte, servarentur, f. vii""!!.
CoUacio nolabilis facla in capilulo ecclesie Parisiensis, dura immi-
neret eleclio pasloris facienda in eadem ecclesia, f. viri''^ii ^ .
Et in fine poniLur quedam epistola magistri N. de Glaraengiis,
f. VIII'"'IX.
Cette table est d'une écriture du xv" siècle, sans doute un peu
postérieure à celles du manuscrit.
3" Au fol. 1 commencent les sermons de Jean Gourtecuisse.
Tandis que la table en annonce vingt-trois, on n'en trouve que
vingt jusqu'au fol. 159 v°. Sur le fol. 160, au verso, une main
du xvif siècle a écrit ces mots : Deficiunt 8° folio et collatio
notabilis facta in capitulo ecclesiœ Parisiensis, dumimmi-
neret electio pastoris facienda in dicta ecclesia. Et, en effet,
les huit folios suivants, 161-168, paraissent bien avoir été ajou-
tés pour combler une lacune ; d'un papier plus mince, évidem-
ment plus récent, ils sont restés blancs et n'ont même pas été
coupés.
4° Fol. 169 jusqu'à la fin, Oratio ad illustrissimos Gallia-
rum principes, de Nicolas de Glamanges^ En tête : Quedam
epistola magistri N. de Clamengiis , d'une écriture du
xv" siècle, note répétée au bas de la page d'une écriture plus
récente. Incipit : Ad vos nunc michi, o clarissimi Galliarum
principes. Au verso du fol. 169, le texte de Nicolas de Cla-
manges, écrit avec rapidité et négligence, est brusquement inter-
rompu à ces mots : ... hello lacessere censi sunt, sed sem-
per^... Au folio suivant, 170, réglé au crayon, la transcription
du discours de Nicolas de Clamanges a été reprise, depuis le
commencement, d'une écriture plus fine et plus régulière. La fin
du discours manque : la moitié inférieure du fol. 170 a été arra-
chée; elle contenait évidemment cette fin au recto. Le verso de la
partie qui reste a servi à des essais d'écriture au xv'' siècle.
1. En marge et souligné : Déficit, de la même main du xvii* siècle.
2. Nicolai de Clemangiis Opéra omnia, éd. J.-M. Lydus (1613), p. 169.
3. Nicolai de Clemangiis Opéra omnia, p. 170.
ET SES œnVRES ORATOIRES. 495
La disposition des sermons de J. Gourtecuisse est intéressante
à considérer de près. Tout d'abord, ils occupent aujourd'hui à
eux seuls à peu près tout le manuscrit latin 3546. Or, il paraît
bien qu'il y eut un temps où le manuscrit était plus volumineux
et où les œuvres d'autres orateurs y côtoyaient celles de Gourte-
cuisse. On a vu, en effet, qu'au verso du feuillet A a été collée
une bande de parchemin réglée provenant d'une ancienne cou-
verture ou d'une ancienne garde, avec ces mots d'une écriture du
xvf siècle : Plures sermones et collaciones magistri Johan-
nis Breviscoxe et quorumdam aliorum. Gependant, on ne
trouve plus maintenant à la suite des sermons de Gourtecuisse
qu'un discours incomplet de Nicolas de Glamanges. D'autres
pertes ont suivi cette première mutilation. La pagination ancienne
des sermons révèle la disparition de vingt-cinq folios. Et, en
effet, la table permet de constater que trois sermons ont disparu
totalement du manuscrit.
Tout mutilé qu'il soit, le manuscrit latin 3546 présente un
caractère exceptionnel : il est en grande partie autographe. A la
fin de six sermons, se lit un nom isolé, celui de l'auteur : /. Bre-
mscoxe, avec tous les caractères d'une véritable signature. Ges
sermons ont tous la même écriture, assez fine et régulière, qui
n'est autre que celle de la signature. Plusieurs sermons, sans
porter de signature, sont de la même main. De plus, presque tous
les sermons du manuscrit sont pourvus de nombreuses corrections
ou notes marginales, ce qui montre bien que nous avons au
moins le texte revu et corrigé par l'auteur. Il y a, du reste, une
vérification bien simple, c'est la cédule de 1398, incontestable-
ment autographe, qui offre de la façon la plus nette et la même
écriture et la même signature. D'autres détails sont également
significatifs : le Sermon de la Résurrection présente au fol. 37
cette mention curieuse : Minuta tamen non correcta. Un ser-
mon a été régulièrement plié, comme pour être mis dans une
poche, c'est la Are^iga in adventu cujusdam cardinalis. Le
Sermon pour la remise d'un reliquaire à la cathédrale du
Mans est écrit sur un cahier de papier un peu plus petit, jauni et
sali, comme s'il avait voyagé. Sur le dernier feuillet de garde, on
lit cette note : C. Marinot, portez ce à Laurent. Il s'agit sans
doute de la remise du cahier à un copiste. Quelques sermons seu-
lement ont un aspect beaucoup plus soigné, comme une sorte de
mise au net; c'est le cas, par exemple, du premier Sermon sur
496 RECHERCHES SDR JEAN CODRTECUISSE
saint Louis, du Sermon de la Trinité, de la Proposition sur
r Ordonnance Cabochienne.
Si, avec ces premières indications, on examine la disposition
matérielle du manuscrit, on constate que chaque sermon forme
un cahier à part; il y a vingt et un cahiers de ce genre. Huit
sermons ont conservé un feuillet blanc soit avant, soit après,
reste sans doute d'une ancienne chemise ^ ; cinq même ont gardé
leur chemise complète^ Presque tous portent au bas du premier
(sauf 5) et du dernier (sauf 4) feuillet un numéro en chiffres
romains. D'autre part, neuf sermons, à partir du fol. im"^!!, sont
désignés par des chiffres arabes ; sur ces neuf sermons, quatre
n'ont que le numérotage en chiffres arabes^, cinq autres portent
le double numérotage romain et arabe ^. Les chiffres romains
paraissent contemporains des écritures du manuscrit et même se
rapprochent fort de l'écriture de Courtecuisse. Les chiffres arabes
sont beaucoup plus récents. Comme il n'y a pas concordance
parfaite entre ces deux numérotages, il n'est pas inutile d'en pré-
senter une sorte de tableau comparatif :
Table. Folios. Chiffres romains. Chiffres arabes.
[^]. f. I. L
[2]. f. IX. IL
[3]. f. XX. IIL
[4], f. XXVI. IV.
[5]. f. XXX. V.
[6]. f. xxxii. VI.
[7]. f. xxxvii. VIL
[8]. f. XLV. VIII.
[9]. f. LUI. IX.
[^0], f. LXI. X.
[\\]. f. Lxix. XL
[\2]. f. Lxxii. ^2.
[J3]. f. iiii^^ii. 13.
[^4]. f. iiii^^ix. XIIP. ^4.
1. Les numéros I, VII, VIII, IX, X, Xllll (15), XV (16), 19 et 20 du tableau
ci-joint.
2. Les numéros II, VI, XI, XIII (14), XXIII (21) du tableau ci-joint.
3. Les numéros 12, 13, 19 et 20 du tableau ci-joint.
4. Les numéros XIII (14), XIIII (15), XV (10), XVill (17 et 18), XXIII (21) du
tableau ci-joint.
5. Sur le dos de la chemise, à côté du chiflre XIII, on lit aussi le chifire XI.
ET SES œUVRES ORATOIRES. - 497
[^5].
f. cm.
XIIII.
4 5.
MB].
f. CXI.
XV.
46,
[n\.
Déficit.
[^8].
Déficit.
[-19].
f. VI^^'XI.
XVIII. ,
4748'.
[20].
f. VII^^I.
49
m.
f. VII'"'VII.
20.
[22].
f. VII^'^XI.
XXIII.
24 2
[23].
Déficit.
On peut tirer de là des conclusions importantes. Tout d'abord,
le recueil n'a pas été écrit d'un trait; il a été composé d'un cer-
tain nombre de sermons qui existaient déjà isolément. Il n'y a
pas eu transcription continue, mais juxtaposition matérielle de
cahiers séparés répondant à autant de sermons. D'autre part, il
paraît bien qu'il y eut plusieurs collections successives des œuvres
oratoires de Courtecuisse. Une première collection est représen-
tée par le numérotage en chiffres romains. Comme ce numéro-
tage, ainsi que plusieurs sermons et toutes les corrections et addi-
tions, est très probablement autographe, cette première collection
dut être l'œuvre de Courtecuisse lui-même : c'était ainsi qu'il
avait classé les plus précieux parmi les petits cahiers sur lesquels
il écrivait d'ordinaire ses sermons. Cette collection, on pourrait
dire ce paquet, contenait au moins les vingt-trois sermons numé-
rotés en chiffres romains. Puis ce paquet de sermons fut réuni en
volume avec d'autres œuvres du même genre, mais d'auteurs
différents. Ainsi que le prouve la table rédigée dans le courant du
xv'' siècle, ce volume, en ce qui touche Courtecuisse, comprenait
dix-neuf sermons, — dont trois en déficit aujourd'hui, — prove-
nant de la première collection de l'auteur, numérotés en chiffres
romains, plus quatre nouveaux sermons, aujourd'hui numérotés
uniquement en chiffres arabes. Enfin, le manuscrit, comme on
sait, subit de graves mutilations : l'une isola presque complète-
ment les œuvres de Courtecuisse, l'autre arracha du recueil trois
sermons particulièrement intéressants. Le numérotage en chiffres
arabes est postérieur à la seconde mutilation, qui n'a laissé que
vingt sermons. Quant à cette mutilation elle-même, elle a pré-
1. Ce sermon forme un cahier double. Au milieu, au bas du fol. 135, on lit,
en chiffres arabes : 18.
2. Sur la page blanche du début, en tête, on remarque le signe : 11.
498 RECHERCHES SDR JEAN COURTECCISSE
cédé dans le temps la note du fol. 151 v°, qui est du xvir siècle
et peut-être de la main du médecin Jacques Mentel. Ainsi, il y a
eu : 1° une première collection, due à Gourtecuisse, comprenant
au moins vingt-trois sermons ; 2" une seconde collection en volume
faite au xv'' siècle en bonne partie avec la première, mais avec
quelques sermons nouveaux et la table ; 3" enfin une collection
réduite par suite de la disparition, avant le xvii" siècle, de trois
sermons.
Les sermons portent en général deux titres, l'un sur le premier
feuillet et en tète, l'autre sur le dernier feuillet, au verso, égale-
ment en tête. Ces deux titres n'ont pas tout à fait la même appa-
rence : celui du commencement est d'une écriture régulière, celui
de la fin est d'une toute petite écriture, irrégulière et rapide. Le
premier pourrait bien être autographe.
Quant au manuscrit 2764 de l'Arsenal*, qui est également du
xv'' siècle, en papier, il contient tout d'abord le Livre de bonnes
mœurs de Jacques Legrand. Le reste du manuscrit, du fol. 80
au fol. 117 v°, est rempli par un sermon de Jean Gourtecuisse
sur la Passion.
IV. — Gatalogce des Œuvres oratoires.
A l'aide du manuscrit latin 3546 et des textes signalés plus
haut, on peut établir le catalogue de l'œuvre oratoire de Jean
Gourtecuisse telle que nous la connaissons :
A. — Sermons datés.
L — Paris, fin janvier-commencement de février 1397.
Proposition faite par Jean Gourtecuisse devant le roi
Charles VI, au nom de V Université, pour demander que la
collation des bénéfices soit retirée à Benoit XIII.
Indiq. : Religieux de Saint-Denis, liv. XVI, ch. xxxr,
t. II, p. 526.
Cette proposition n'est connue que par ce qu'en dit le Reli-
gieux de Saint-Denis. Elle fut faite à propos de l'arrivée à
1. Dimensions : hauteur, 0°'287; largeur, 0'"202. Le Livre de. bonnes mœurs
est écrit à deux colonnes, le sermon à longues lignes. Initiales et titres rouges.
Voir la description dans le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de
l'Arsenal, III, 71.
ET SES OEUVRES ORATOIRES, 499
Paris, dans les derniers jours de janvier, d'une ambassade du roi
de Castille au roi de France. Courtecuisse était accompagné
devant le roi par le recteur et une députation de docteurs. Voici
le résumé de sa harangue : Hoc luculentissime persuadens ,
quidam doctor in theologia, vocatus Johannes Breviscoxe,
cum midtis rationibus ostendisset quod multa dampna et
inconveniencia procedebant de decitnis et collacionibus
beneflciorum ecclesiasticorum, que sibi curia Avenionen-
sis vindicabat, asserens hanc esse radicem precipuam quare
papa cedere recusabai, régi tune histantissime requisivit
ut sibi subsiralierentur collaciones beneficioruyn ecclesia-
sticorum.
Cf. N. Valois, la France et le Grand Schisme, t. III,
p. 112, n. 1, et p. 39.
IL — Avignon, 21 ou 24 juin 1397.
Sermo de corpore Christi ad papam et cardinales.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 62-68. — Thème : Panis quem
ego dabo, caro mea est et pro mundi vita. — Incipit : Nota
est vox illa, doctissimi. — Explicit : Benedictus in secula
seculorum. Ecriture fine, soignée, encre noire; chiffres et noms
propres dans les marges.
Courtecuisse a été en ambassade auprès de Benoît XIII au
moins deux fois, la première à Avignon en juin et juillet 1397,
la seconde à Marseille en mai 1407. Le sermon a été, évidem-
ment, prononcé à la Fête-Dieu, soit le jour même de la fête, soit
le dimanche suivant. Or, en 1397, l'orateur a séjourné près du
pape du 11 juin au 10 juillet ; le jour de la Fête-Dieu fut le jeudi
21 juin et le dimanche suivant le 24 juin. En 1407, son séjour
près du pape a duré du 9 mai au 18 ou 20 mai ; le jour de la Fête-
Dieu fut le jeudi 26 mai et le dimanche suivant le 29 mai. Donc,
il s'agit ici du 21 ou du 24 juin 1397. La tenue générale du ser-
mon, malgré sa banalité, se concilie du reste bien mieux avec la
date de 1397. Le texte est plein de citations et de souvenirs
antiques.
Cf. Ehrle, Aus den Acten des Afterconcils von Perpi-
gnan [Archiv fitr Literatur- und Kirchengeschichte , t. V,
p. 432, n. 2); — N. Valois, la France et le Grand Schis7ne,
t. m, p. 117.
300 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
III. — Paris, 15 avril 1402.
Proposition faite par Jean Courtecuisse devant le roi
Charles VI pour soutenir la soustraction d'obédience et
réclamer un concile de t' obédience de Benoit XIII.
Indiq. : Religieux de Saint-Denis, liv. XXIII, ch. i, t. III,
p. 22.
Ce discours a été prononcé pendant la captivité de Benoît XIII
dans le château d'Avignon et la première soustraction d'obé-
dience. Le duc d'Orléans, constitué gardien du pape, s'efforçait
de lui faire restituer l'obédience du royaume. Des ambassadeurs
du roi de Castille, des députés de l'Université de Toulouse arri-
vèrent à Paris pour intervenir en faveur du pape d'Avignon. Les
ducs de Bourgogne et de Berry, l'Université de Paris voulaient
maintenir les mesures de rigueur. L'Université obtint audience
du roi, audience qui prit deux séances : le premier jour, l'ora-
teur, docteur en théologie, par ses allusions, irrita profondément
le duc d'Orléans ; le second jour, la proposition fut faite par Cour-
tecuisse : Die iteruin sequenti, quidam alius magister voca-
tus Johannes Breviscoxe, continua7ido materiam, substra-
ctionem approbavit, inultis racionibus papam perjurum et
scismaticum ostendens, papotu quoque indignum, in fine
tariien congruum esse dixit, ut super hiis sibi obedientes
itermn congre g arentur. Il parla fort bien, luculentissime .
C'est tout ce que nous savons de cette proposition.
Cf. N. Valois, la France et le Grand Schisme, t. III, p. 261 .
IV. — Avignon, 9 décembre 1403 (?).
Sermo de secunda dominica Adventus ad papam et car-
dinales.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 10-18 v'^'. — Thème : Tu es
qui venturus es, an alium expectamus. — Incipit : Quisquis
humanum genus redempturus exspectaris . — Explicit :
... quant nobis concédât benedictus in secida seculorum.
Amen. Ecriture forte, régulière et soignée; mise au net; encre
pâlie. En marge : des chiffres, des additions, des noms propres,
surtout des noms d'auteurs.
1. Ce sermon a trois titres : un en tête du texte, ua sur le recto du folio de
garde de la lin, de la même écriture que le texte, un troisième au verso du
folio de garde de la fin, de la petite écriture rapide.
ET SES œUVRES ORATOIRES. 501
La date de ce sermon est très difficile à établir. Courtecuisse a
séjourné deux fois près du pape Benoît XIII, une ibis près de
Boniface IX et une fois près de Grégoire XII. Il a été près de
Benoît XIII du 11 juin au 10 juillet 1397 et à Marseille du 9 au
18 ou 20 mai 1407; près de Boniface IX, à Rome, aux environs
du 12 septembre 1397 ; près de Grégoire XII, à Rome, du 4 juillet
1407 à la fin du mois. Aucune de ces dates ne convient au sermon.
Au reste, le thème de l'orateur et le ton de son discours montrent
bien qu'il ne peut s'agir ici d'un pape romain, soit Boniface IX,
soit Grégoire XII. Il faut donc chercher en dehors des grandes
ambassades bien connues dont Courtecuisse a fait partie. Or, les
événements de la fin de 1403 sont fort intéressants à considérer.
Depuis le milieu de l'année, le royaume était revenu à l'obédience
de Benoît XIII; les relations avaient été reprises entre la cour,
l'Université et le gouvernement pontifical. Ce fut l'occasion,
attendue avec impatience par beaucoup, de solliciter d'abon-
dantes faveurs du pontife. Les princes, le Parlement, de nom-
breux seigneurs, l'Université n'eurent garde de la laisser échap-
per. L'Université dressa un vaste rôle sur lequel figura Jean
Courtecuisse. Parmi les nombreux députés qui se présentèrent à
Marseille pour solliciter Benoît XIII, se trouvaient six maîtres de
l'Université, qui avaient à leur tête le chancelier de l'église de
Paris, le célèbre Jean Gerson. Il est vraisemblable que Courte-
cuisse vint alors à Marseille dans la foule des solliciteurs. C'est à
l'automne qu'il y eut le plus grand concours. Le pape signa les
rôles universitaires à la fin d'octobre; Gerson prononça devant
lui un grand discours le 9 novembre. La bulle qui autorisa Ger-
son à joindre la cure de Saint-Jean-en-Grève à l'office de chan-
ceUer est du 18 novembre. Le prieur de Saint-Martin-des-Champs,
Foulques de Blandy, membre de la délégation universitaire, était
encore près du pape le 8 décembre et n'avait pas encore com-
mencé les négociations dont il avait été spécialement chargé par
le roi. Si Courtecuisse est venu en ce temps à la cour pontificale,
il a donc bien pu prêcher le second dimanche de l'Avent devant le
pape et les cardinaux. Ce qui semble confirmer cette date de
décembre 1403, c'est que la faveur pontificale ne tarda pas à se
manifester d'une façon très évidente : Courtecuisse, déjà pourvu
d'un canonicat à Poitiers et d'un autre canonicat au Mans, reçut
en 1404 ou 1405 l'expectative d'une prébende au chapitre de
Paris. Au reste, le texte du sermon : Tu es qui venturus es,
i 904 33
502 RECHERCHES SUR JEAN CODRTECUISSE
an alium expectamus, répond bien aux idées et aux sentiments
qui animaient alors les hommes les plus influents de l'Université,
parmi lesquels était Courtecuisse. Il j a donc de fortes probabi-
lités pour que ce sermon soit du 9 décembre 1403.
Cf. N. Valois, la France et le Grand Schisme, t. III, p. 347.
V. — Le Mans, le 3 juin 1406.
Sermo factus in ecclesia Sancti Juliani Cenomanensi, die
quo Ludovicus rex Cicilie obtulit eidem ecclesie jocale
quod fieri et ibidem offerri ordinaverat domina regina
ejus mater.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 131-140 v°. — Thème : Testa-
tnentum suum confîrmavit supra caput ejus. — Incipit :
Ces paroles sont recitées en l'espictre. — Explicit : et le Sainct
Esperit un Dieu tout puissant. Benedictus in secula seculo-
rum. Amen. Ecriture fine, nette, mais rapide. En marge, des
additions; dans le texte, des ratures et des corrections. Pas de
feuillet de garde.
D'après le récit même de Courtecuisse, la reine de Sicile, Marie
de Blois, fille du duc de Bretagne, Charles de Blois, veuve de
Louis P"" d'Anjou, animée d'une dévotion particulière pour saint
Julien, avait eu l'intention de faire placer dans un beau reli-
quaire le chef du saint. Par testament, elle laissa ce soin à son
fils, Louis II d'Anjou, roi de Sicile. Elle mourut le 12 novembre
1404. Le reliquaire ne fut offert et l'os sacré du chef de saint
Julien n'y fut déposé que le 3 juin 1406. Louis II était présent à
la cérémonie et par suite au sermon de Courtecuisse. Le choix de
ce docteur comme orateur s'explique par ce fait qu'il était origi-
naire du diocèse et chanoine de la cathédrale. Voici le passage
essentiel du sermon :
Je croy que, en ceste espérance et aussy pour les grans miracles
de lui, feu dame de noble mémoire Madame Marie, nagaires royne
de Sicile, raere 1res hauU et très puissant prince, mon très redoublé
seygneur qui est cy présent, oL 1res singulière devocion à ce benoist
confesseur, comme il est apparu et encores appert assés à ses œuvres,
car jamais ne passast près de cy qu'elle ne visitast le glorieux corps
saint, et moult dévotement et longuement y faisoit son oraison; elle
avoit l'église de céans pour moult recommandée et souvantefToiz y
donnoit de ses biens. Maiz sur toutes choses monstre la grant et par-
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 503
faicte afTeccion qu'elle avoit au glorieux confesseur le riche jouel que
vous veés cy présent. Elle avoit eu longtemps en voulenté et devo-
cion de faire envaisseler précieusement le chicf de ce glorieux confes-
seur. Maintes grandes besongnes lui sont depuis survenues comme
aucuns de vous savés assez; pourquoi elle difleroit à accomplir sa
devocion en lieu et en temps qu'elle peut mieulx vaquer à le faire
richement et notablement, selon la dignité de la sainte relique, ou,
comme je croy mieulx, que Dieu qui fait toutes choses par la meil-
leur manière qu'elles se puent faire, voult départir l'onnour de ceste
noble oblacion à mon très redouble seigneur le roy cy présent et
monslreret aussi rémunérer la devocion d'elle et de lui en la gloire,
ainsi le veille il, de Paradis. Car j'espoir que cy long temps ne fut mie
demourée à envaisseller cy précieuse relique, se Dieu de especiale
grâce ne les eust esleu à ce faire... Einsi elle premièrement en son
cuer à Dieu et au glorieux confesseur donna et offri le jouel et en sa
dernière voulenté moult chèrement et piteablement pria à mon très
redoubté seigneur son fil et son hoir qu'il voulsist son désir et son
veu faire et acomplir songneusement, et en ce conferma la dévote
dame son testament sur le chief de gracieux confesseur. Nous veons
maintenant, la chose se monstre à l'ueil, comment mon très redoubté
seigneur a diligamment acompli le désir d'elle et avec ce veons nous
la grant devocion et singulière révérence qu'il a au glorieux corps
saint, parce qu'il accreu et adjouste sus l'ordennance de la dame. Car
le jouel est cy riche et cy noble, comme vous povés veoir, il a fait
faire de cy grant voulenté et de cy grant désir qu'il ne se passoit de
jour, pour tant qu'il fut ou lieu ou le joueil a esté fait, qu'il en per-
sonne ne visitast Teuvre et faisoit amander en mieulx, s'aucune
chose ne lui sembloit assés précieusement faite. Il le présente lui
même en personne einsi dévotement que vous povez veoir.
Cf. A. Ledru, la Cathédrale Saint-Julien du Mans, p. 336.
VI. — Marseille, mai 1407 (?).
Sermo de beato Ludovico Marciliensi.
Bibl. net., ms. lat. 3546, fol. 82-87. — Thème : Veni et
sequere me. — Incipit : Ista verba sunt Salvatoris 7iostri.
— Explicit : unus est Deus Benedictus in secula seculorum.
Amen. Petite écriture assez soignée, des mots soulignés, des cor-
rections dans le texte et des additions en marge; également en
marge, les noms des auteurs cités dans le texte. Pas de feuillet
de garde.
304 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
Ce sermon célèbre les vertus de saint Louis d'Aujou, êvêque
de Toulouse, dont les restes étaient conservés à Marseille.
On ne voit qu'une circonstance dans laquelle ce sermon ait pu
être prêché : en 1407, Courtecuisse fit partie de la grande ambas-
sade envoyée par le roi et par l'Université près de Benoît XIII
pour préparer avec lui l'entente des deux papes rivaux ; il
séjourna ainsi à Marseille au mois de mai. Il est vrai que la fête
de saint Louis n'est célébrée que le 19 août. Mais il est très vrai-
semblable que Courtecuisse voulut spécialement honorer ce saint,
qui appartenait aux fleurs de lis.
Cf. N. Valois, la France et le Gra^id Schisme, t. III,
p. 510-516.
VIL ~ Paris, 21 mai 1408.
Proposition faite à l'hôtel Saint-Paul, devant le roi,
contre les huiles de Benoit XIII.
Indiq. : Bulaeus, Historia TJniversitatis Parisiensis, t. V,
p. ih'^lProcessus factus contrahidlam Benedictiper regeni
Francie et doininos de sanguine suo et consilio] ; — Eeli-
gieuœ de Saint-Denis, liv. XIX, ch. ii, t. IV, p. 8 ; — Féli-
bien. Histoire de Paris, t. IV, p. 552; — Journal de Nicolas
de Baye, éd. Tuetey, t. I, p. 231.
Cette proposition est connue par un résumé très rapide publié
dans Y Historia Universitatis Parisiensis de du Boulay et par
un sommaire au. Religieux de Saint-Denis. Menacé d'une nou-
velle et très grave soustraction, Benoît XIII avait riposté par
une lettre doucereuse et surtout par la publication d'une vieille
bulle du 19 mai 1407 menaçant le roi lui-même d'excommunica-
tion. C'est pour répondre à ces menaces que fut réunie l'assem-
blée du 21 mai 1408, in prato viridarii, à l'hôtel Saint-Paul.
Courtecuisse monta sur une haute chaire, in qua stabat pedes.
Son discours fut vif. Le document publié par du Boulay énumère
treize propositions soutenues par l'orateur pour démontrer que
Benoît XIII était schismatique et hérétique. Le thème était :
Convertatur dolor ejus in caput ejus et in vertice?n ipsius
iniquitas ejus descendit; concepit dolorem et perpetit ini-
quitatem. Le Religieux de Saint-Denis indique des dévelop-
pements qui n'apparaissent pas dans du Boulay ; il fait une longue
citation, évidemment paraphrasée.
Cf. N. Valois, la France et le Grand Schisme, t. III, p. 609,
ET SES ŒDVRES ORATOIRES. 505
VIII. — Pise, première quinzaine de juin 1409.
De quadam collatione facta coram dominis cardinalibus
super electione simimi poniificis.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 141-144 v». ,— Thème : Deus
patiencie et solacii det vobis idipsum saper e in alteru-
triim secundum Christum, ut unanimes uno ore honorifi-
cetis dominum. — Incipit : Tria sunt, Sanctissimi Patres...
— Explicit : ingenti causa verisimile prœstare posset. Le
fol. 142 v" est blanc. Ecriture fine et claire. Quelques corrections
dans le texte et en marge. Fol. 146, en haut et en outre du titre
final, on lit : De cismate, d'une écriture conforme au titre.
La circonstance pour laquelle fut prononcé ce sermon permet
d'en préciser la date. Il ne peut s'agir que de l'élection d'un des
papes suivants : Benoît XIII, Alexandre V, Jean XXIII ou Mar-
tin V. L'élection de Benoît XIII à Avignon, en 1394, se fit très
rapidement; on ne voit pas comment Gourtecuisse, dont la répu-
tation oratoire commençait à peine, aurait pu prononcer ce ser-
mon. Jean XXIII fut élu également en quelques jours : Ale-
xandre V était mort, dans la nuit du 3 au 4 mai 1410, à Bologne,
et dix jours après, le 14 mai, les cardinaux entraient en conclave
dans cette ville ; rien n'avait pu y attirer d'avance Gourtecuisse.
Les élections d'Alexandre Y et de Martin V ont été faites dans
des circonstances beaucoup plus solennelles : la première au con-
cile de Pise, la seconde au concile de Gonstance. Gourtecuisse
a-t-il été à Gonstance? M. N. Valois ne paraît avoir trouvé
aucune trace de son activité ni même de sa présence à ce con-
cile. Il est plus probable que le discours a été prononcé à Pise
avant l'élection d'Alexandre V. On sait que l'évêque du Mans et
le chapitre de la cathédrale ont chacun envoyé procureur. Gour-
tecuisse a très bien pu être l'un des deux. Son discours, qui a
précédé l'entrée en conclave des cardinaux, date, par suite, de la
première moitié du mois de juin, le conclave s'étant ouvert le
15 juin. Le texte même est d'une banalité très générale et ne
fournit aucun renseignement précis. Au reste, il ne paraît pas
être complet.
Gf. d'Achery, Spicilegium, 2® éd., 1. 1, p. 858; — N. Valois,
la France et le Grand Schisme, liv. III, ch. ii, t. IV, p. 100
etsuiv., 129-130,402-403.
506 RECHERCBES SUR JEAN CODRTECDISSE
IX. — Paris, 29 mai 1413.
Quedam proposicio et exortacio facta in presentia Régis
Karoli VI pro parte Universitatis et prepositi et civium
Parisiensium, ut certe ordinaciones tune noviter facte
servarentur.
Ms. : Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 151 v''-159 v°. — Thème :
Bonum mihi lex oris tui super millia auri et argenti. —
Incipit : Très hault et très puissant Roy... — Explicit : et facent
tenir et garder les dictes ordenances. Deo Gratias. Écriture
fine, très soignée ; mise au net avec marges tracées. Quelques
notes en marge indiquent la suite du développement ; quelques
noms d'auteurs en vedette.
Impr. : Bulaeus. Historia Universitatis Parisiensis, t. V,
p. 83.
Cette importante proposition a été mal datée par du Boulay,
qui l'a attribuée à 1403 ; rien ne justifie cette date. Au contraire,
nous savons que Gourtecuisse a prononcé un discours de ce genre
le 29 mai 1413 pour demander au roi l'exécution de l'Ordonnance
Cabochienne. La date exacte est donnée par le Religieux de
Saint-Denis.
Bien que les circonstances fussent assez graves pour retenir
son attention, Gourtecuisse s'est surtout inspiré d'Aristote ; il a
exposé de préférence des théories générales en un langage remar-
quablement ferme et clair. Trop rares sont les développements où
il est sorti de l'abstraction et des anecdotes antiques pour exposer
la situation présente :
Qui eust bien tenu les belles ordenances que les bons roys de
France vos prédécesseurs et vous mesme, mon 1res redoublé souve-
rain seigneur, avez faites, se royaulmene fust mie cheu en tel incon-
vénient et tele poureté qu'il est de présent. Veez le plat pays, com-
ment il est pillé et rungé de gens d'armes qui les deussent garder,
de gens de justice comme sergens, prevoz, baillis, promoteurs, ofu-
ciaulx et plusieurs autres, et tout par faulte de justice. Les finances
de vostre royaulme, comment ont elles esté gouvernées jusques icy?
Qui plus en a peu piller, c'esloit le plus honoré et le plus vaillant
homme et tant en a l'en prins, puis de un costé, puis d'autre, puis
deçà, puis delà, que souvenles foiz est advenu et advient que s'il faut
III ou un mil frans pour quelque nécessité que ce soit, il les con-
ET SES OECVRES ORATOIRES. 507
vient prendre sur votre despense ou emprunter à usure ou par une
autre marchandise qui aujourd'huy cuert, qui ne vault pas moins que
usure, un grain de mill. Très benoist Dieu, de si grant et si ample
demaine, de tant d'aides, tant d'emprunz, tailles, disiesmes, de for-
faictures et autres plusieurs manières dont vous sont venues finances,
vous est si peu demouré, que di-je, maiz ne vous est riens demouré.
J'ay aucunes foyz pensé par moy se le roy Charles vostre père, que
Diex absoille, revenoit maintenant en vie, com seroit-il esmerveillé
et esbahy de la très misérable face et la grant immutacion qui est ou
royaulme, de veoir la grant distraction et dissipation des biens et des
richesses qu'il vous laissa. Que pourroit-il dire? Il m'est advis que
je l'oye parler et garmenter : Diex! Qu'est cecy? Charles, Charles,
qu'est devenu Ponneur et la majesté de ce royaulme? Où sont ses
habiz royaulx? Où est celle belle et riche couronne que à si grant
peine je assemblé? Où sont ses grans trésors que par cy long temps
je espergné? Qui a ses riches y mages et aultres joyaulx d'or et d'ar-
gent macis en si grant nombre, que je lesse? Pensés vous que je les
gardasse pour moy? Non, non, je les assemblé et gardé aflîn que à
lousiours maiz demourassent et fussent en honneur et magnificence
de la couronne du royaulme les trésors pour secourir aux affaires et
neccessités qui povoient survenir...
Considérés, sire, s'il vous plaist, Testât où nous estions nagaires.
Voz ennemis estoient fors en Guyenne; se ce débat et descot qu'on
dit estre en Engleterre ne fust survenu et qu'ilz fussent passez à
Calais en puissance, où eust on pris de l'argent à mettre gens d'armes
sus qui leur peussent résister? Ou plat pays n'a rien demouré.
Que prendront les gentilzhommes sur leurs hommes qui n'ont riens?
Que paiera-il aus bourgois qui n'a pain à mengier pour soy ne pour
ses enffans? Einsi destruit le plat pays, s'ensuyt la poureté de tous
les estas du royaulme. Si vostre peuple est poure, de quoy vous
aidera-il.
A tous ces maux, l'Ordonnance Cabochienne peut seule appor-
ter le remède nécessaire :
Car s'elles sont gardées et tenues, fiez et aumosnes seront paiez,
qui ne le sont pas maintenant, en grant charge de vostre conscience.
Vostre despence se paiera comptant, et vous vives par emprunt.
Vous contempterés les poures marchands qui aucune foiz sont deserés
parce que vous leur devez et ne les povez paier. Vos chasteaulx
seront bien reparez qui sont en ruyne. Vous aurez couronnes, ymages
508 RECHERCHES SUR JEAN CODRTECUISSE
et autres joyaux d'or et d'argent telz et en si grant nombre qu'il
vous plaira et qui sera advisé pour la magnificence de l'ostel royal
et la gloire de tout le royaulme, dont vous n'avez rien maintenant,
se peu non. Vous aurez dedens brief temps en espergne et par
manière de trésor grans sommes de deniers et de finances pour secou-
rir aux affaires du royaulme qui pevent survenir, dont vous n'avez
I denier de présent; les quelles choses pareillement tournent en
l'oneur et au prouffit de vostre peuple, je entens de tous les estas de
vostre royaulme, combien que peuple à proprement parler signifie
les gens de petit estât tant seulement. Mais je dy qu'elles sont à
l'oneur et prouffit de tout le royaulme, car si vous estez riches et
plantureux, tant de joyaulx, finances et autrement, c'est l'oneur de
vos subgectz, ne y ne sera ja besoing de faire tailles, empruns ne
autres nouveaulx impos sur vostre peuple. Par quoy il appert clere-
ment qui n'aimeroit pas le bien de vous ne de vostre royaulme, qui
vous conseilleroit de rompre les dictes ordenances, et se aujourd'huy
vous en entamez une, si ferez vous demain ou après demain l'autre
et après l'autre, einsi s'en ira tout aval l'eaue et recherrons en tel et
et pire inconvénient que nous n'estions paravant, que Dieu ne veille !
Ces passages, les plus significatifs du discours, ne peuvent
évidemment s'appliquer qu'à l'Ordonnance Cabochienne.
Cf. Religieux de Saint-Denis, liv. XXXIV, c. xiv, t. V,
p. 52; — Jourdain, Index Chartarum Universitatis Pari-
siensis, n° 1067: — Denifle et Châtelain, Chartulariutn Uni-
rersitatis Parisiensis, t. IV, p. 257, n" 1980; — Coville, les
Cabochiens et l' ordonnance de 1413, p. 211.
X. — Paris, 4 décembre 1413.
Discours sur la procédure à suivre pour juger les pro-
positions de Jean Petit sur le tyrannicide soumises au con-
cile de la foi.
Indiq. : Acta Concilii Parisiensis (Gersonii Opéra, éd. E.
Dupin, t. V, col. 70).
Ce discours a été prononcé dans la seconde session du concile
de Paris. Il ne s'agissait encore que de procédure : devait-on
juger et condamner simplement les propositions de Jean Petit
telles qu'elles avaient été présentées au concile ou bien conve-
nait-il de s'informer au préalable de leur authenticité? Sur cette
question, Courtecuisse déclare qu'il ne prétend point empêcher
ET SES œCVllES ORATOIRES. u09
révêque de Paris de procéder à une condamnation; mais il ne
connaît pas la Justification du meurtre du duc d'Orléans
par Jean Petit ; la première assertion lui paraît bien en avoir été
extraite; pour les autres, il ne sait rien. L'affaire est très diffi-
cile; il n'en peut rien dire pour le moment. Gourtecuisse se pla-
çait ainsi parmi les modérés.
Cf. Denifle et Châtelain, Chartularium Vniversitatis Pari-
siensis, t. III, p. 272, n" 2001.
XI. — Paris, 19 décembre 1413.
Discours sur la procédure à suivre dans le concile sur
les sept propositions de Jean Petit présentées par Gerson.
Indiq. : Acta Concilii Parisiensis (Gersonii Opéra, éd. E.
Dupin, t. V, col. 96).
Gourtecuisse prit de nouveau la parole dans la troisième ses-
sion. Il garde une attitude modérée. Après des précautions pré-
liminaires, il estime qu'il convient de s'informer avec précision
sur le point de savoir si les assertions incriminées se trouvent
dans la Justification du meurtre du duc d'Orléans par Jean
Petit. Quant à ces assertions mêmes, les deux premières sont
fausses et erronées ; — la troisième lui paraît incertaine ; — sur
la quatrième, qu'il ne condamne pas, il s'en tient à l'opinion de
saint Augustin ; — il n'y a pas lieu de condamner la cinquième;
— la sixième n'entraîne pas péché mortel, mais seulement véniel ;
elle ne doit pas être condamnée; — la septième, enfin, est fausse,
mais sans scandale ; il vaudrait mieux, vu les circonstances, se
taire sur cette matière.
Gf. Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Pari-
siensis, t. III, p. 273, no 2003.
XII. — Paris, 10 janvier 1414.
Sermon d'actions de grâces pour une visite de Charles VI
au collège de Navarre.
Indiq. : Launoy, Regii Navarrœ gymnasii historia, p. 464;
— Bulseus, Historia Universitatis Parisiensis, t. V.
Launoy et du Boulay signalent ce sermon d'après Garcilius
Mercator, alors procureur de la nation française. Voici la note
de Mercator :
Die 10 mensis januarii fuorunL in missa dominus nosler Rex et
omnes Domini praenominati et etiam dux Bavariae et multum hono-
5^0 flECHERCHES SCR JEAN COURTECUISSE
raverunt naUonem. Item fuerunl in missa très cardinales, scilicet
cardinalis de Barro, cardinalis Pisanus, tune legalus a latere in Fran-
cia, et cardinalis Remensis. Item fuerunteadem die plures praelati et
quamplures milites et nobiles... Item post missam magister Johan-
nes Breviscoxae regratiatus est domino nostro Régi et omnibus Domi-
nis de sanguine suo ibidem existentibus de honore nationi impenso.
Regratiatus est etiam domino praelato, scilicet episcopo Gabiloneusi
qui fecit servitium et supplicavit sibi ut vellet prandere in caméra
Provisoris GoUegii Navarrae, qui contemplatione nationis annuil sup-
plicacioni et pransus est in dicto collegio et plures notabiles doctores
et raagistri de natione.
XIII. — Paris, 27 janvier 1414.
Avis sur le texte des propositions de Jean Petit.
Indiq. «. Acta Concilii Parisiensis (Gersonii Opéra, éd.
E. Dupin, t. V, c. 247-248).
Le 5 janvier, le concile désigna une commission pour exami-
ner les exemplaires de la Justification, y vérifier les assertions
et y rechercher les propositions suspectes. Courtecuisse fit partie
de cette commission : le 27 janvier, il donna son avis devant
l'évêque de Paris et l'inquisiteur. Pour lui, la commission a pour
objet, non de discuter des doctrines, mais de vérifier des textes ;
il reconnaît, après collation, que les manuscrits déposés sont
semblables, qu'il y a beaucoup de mauvaises opinions dans
l'œuvre de Jean Petit, que les assertions y sont contenues. Il y
signale une et même plusieurs affirmations répréhensibles qui
n'ont pas été relevées. Cependant, il croit préférable de réduire
au minimum ce qui doit être condamné. Il ajoute quelques déve-
loppements sur plusieurs points particuliers.
XIV. — Paris, 31 janvier 1414.
Avis donné par Courtecuisse sur deux propositions
extraites de la Justification.
Indiq. : Acta Concilii Parisiensis (Gersonii Opéra, éd.
E. Dupin, t. V, c. 269-270).
La commission du concile, après avoir extrait trente-deux
propositions de la Justification, les examina les unes après les
autres pour savoir s'il y avait lieu de les déférer au concile. Une
première fois, Courtecuisse intervint pour déclarer qu'il n'y avait
pas lieu de déférer la proposition De censu naturali, sans
KT SES OEUVRES ORATOIRES. 5<i
doute la quinzième. Il intervint encore quand Jean de Douxmes-
nil provoqua la délibération sur la conclusion de Jean Petit.
Cette conclusion n'était pas seulement un exposé de doctrine;
elle mettait nettement en cause le duc de Bourgogne. Courte-
cuisse déclara que les propositions de Jean Petit étaient fausses,
mais que la conclusion était implicitement contenue dans ces pro-
positions, en particulier dans la troisième. Il ne savait comment
se prononcer sur cette question de la conclusion.
Cf. Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Pari-
siensis, t. III, p. 276, n° 2007.
XV. — Paris, 12 février 1414.
Avis donné par Courtecuisse sur les propositions extraites
de la Justification et soumises au concile.
Indiq. : Acta Concilii Parisiensis (Gersonii Opéra, éd.
E. Dupin, t. V, c. 299).
Cette fois, Courtecuisse s'exprime sur le fond. Il le fait avec
un grand embarras ; il réclame l'indulgence, car il ne crojait
pas avoir h parler si tôt ; il s'excuse de répéter ce qu'il a déjà dit.
Le sommaire de son discours, tel que le donne le procès-verbal,
est très obscur, sans doute parce que l'orateur fut gêné, plein de
réticences. Il épilogue sur la première proposition : elle est
dépourvue des circonstances qui pourraient lui donner quelque
vérité ; dans sa généralité, elle n'est pas défendable ; il aurait
fallu distinguer. Il ne dit pas qu'elle doit, mais qu'elle peut être
condamnée. Il épilogue encore sur la troisième proposition. Quant
aux autres, il passe très vite, mais non sans faire des réserves.
Dans son ensemble, la Justification est condamnable, mais il
faudrait ajouter ou retrancher. C'est le dernier discours que Cour-
tecuisse prononça au concile de Paris.
Cf. Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Pari-
siensis, t. m, p. 279, 11° 2012.
XVI. — Paris, 7 janvier 1415.
Oraison funèbre du duc d'Orléans.
Indiq. : Monstrelet, Chroniques, éd. Douët d'Arcq, t. III,
p. 55. — Jean de Saint-Remy, Chroniques, éd. Morand, t. I,
p. 197.
Il n'avait pas encore été fait de service solennel pour le feu duc
S^2 RECHEECHES SUR JEAN COURTECDISSE
Louis d'Orléans. Les Armagnacs, maîtres de Paris, se décidèrent
à en célébrer un au commencement de 1415. La première céré-
monie eut lieu à Notre-Dame, le 5 janvier, devant le roi ; ce fut
Gerson qui prêcha. Le lundi suivant, nouveau service dans
l'église des Célestins, où le duc avait été enseveli ; Courtecuisse y
fit l'oraison funèbre. Monstrelet dit seulement qu'il prêcha « en
ensuivant le propos de maisLre Jehan Gerson. » Toujours d'après
Monstrelet, Gerson aurait prêché « profondement et haultement. »
Cf. Feret, la Faculté de théologie de Paris, Moyen Age,
t. IV, p. 177.
XVIL — Paris, 22 janvier 1416.
Sermo in processione gênerait fada in ecclesia Pari-
siensi die festi Sancti Vincentii ex ordinacione domino-
rum Decani et Capituli Parisiensis.
Bibi. nat., ms. lat. 3546, fol. 26-29 v^ — Thème : Justum
adjutorium meum a domino qui salvos facit sperantes in se.
— Incipit : Ce sont les parolles du saint prophète le roy David.
— Explicit : Premièrement pour le bon estât de l'universelle
Eglise, etc. Le sermon est incomplet. Écriture fine, encre pâle;
nombreuses corrections dans le texte et en marge, de même écri-
ture et de même encre que le texte.
Ce sermon est un des plus intéressants du recueil. Du passage
suivant on peut tirer des indications utiles sur les circonstances
qui ont provoqué cette cérémonie religieuse et sur la date à
laquelle elle eut lieu :
En ceste mer si esmeue, si périlleuse, si tempeslueuse, a une nef
qui longtemps a esté et encores est en grant péril d'estre dévorée et
perdue, c'est noslre mer Saincle Eglise, que saint Grégoire appelle
une nef, pour ce qu'elle est ordennée à nous porter par les undes de
cest monde, et nous rendre au port de salut, c'est assavoir à la gloire
de Paradis. Maiz depuis xl ans ou environ en ça, ambicion et convoi-
tise ont si fort venté qu'ilz ont presque toute rumpue et perdue ceste
précieuse nef. Car s'a esté et est la vraie cause de la division de
l'Eglize, comme chascun scet, il n'est ja besoing de le plus deciarier.
Et par l'ambicion dez contendens, chascun de eulx contre le serment
qu'ilz avoient fait sur la vraye croye aimoit mielx que l'Eglise demou-
rast en tel péril que laissier la porcion qu'il tenoit et par indignes
promocions à esvechés et autres dignités et autres manières indues
ET SES CKDVRES ORATOIRES. 3^3
ont nourry ce scisme jusques cy. Car, pour ce qu'on n'a pas pour-
veu aux dignités auxquelles appartient le gouvernement de la nef de
personnes ydoines et qui bien y sceussent pourveoir, elle est jusques
cy demourée ou péril. Vous savés comment le concile gênerai est
assemblé pour ceste cause à Constance es parties d'Alemegne. Lez
vaillans prelas et segneurs qui sont là, y ont ja demouré presque un
an entier à grans labours, grans despens et grant péril de leur corps
et encore n'y ont-ilz peu mettre bonne provision, ne je ne cuide pas
qu'on puist avoir bonne et parfaite union, senon par especial grâce
de Dieu,
En ceste mer einsi esmeue, troublée et tempestueuse, comme j'ay
dit, est ce noble royaulme de France, lequel non mie d'un seul, ne
de deux, maiz de tous les iiii venz dont j'ay dessus parlé est fort
accueilly et environné. Les anciennes histoires, comme Tite-Live et
plusieurs autres, notent singulièrement les Françoiz de ii vices, c'est
assavoir d'orgueil et d'avarice. Quant à l'orgueil et à la pompe de ce
royaulme, je croy qu'elle ne soit pas apeticié depuis le temps dont
parlent ces histoires, maiz tien qu'elle soit assez plus grant qu'elle
n'estoit lors et qu'elle croisse chacun jour, dont aucuns se donnent
grant merveille, car lez revenues appetisse de jour en jour et la
pompe ne la despense n'appelissent en riens, ainz acroist chascun
jour. Un simple escuier meine aujourduy plus grant estât et plus
grant pompe en veslure, monteure, en chambres tendues et autres
superfluites que ne souloit faire un chevalier baneret, un homme de
mestier et sa femme que un bourgois ne la sienne. Et se l'un com-
mence, pluseurs tantost l'ensuyvent. Pourquoy ne seray je aussy
bien vestu ou aussi bien monté que lui? Je vaulx bien autant que
lui. Je suy aussy grant que lui. J'ay aussi bonne afïerre ou gaigne
bien autant que luy... Se lu veulx vivre par opinion et toy comparer
puis à l'un, puis à l'autre, jamaiz ne seras conlens : car quant tu
auras pris une robe de Brucelle pour ce que ton voisin ou ta voisine
en avoit une, tu verras une autre qui l'aura de graine; après celle de
graine, tu trouveras qui la portera de soye ou de velours; tousjours
trouveras tu aucun qui l'aura plus riche que toy. Se tu ostes toutes
teles comparaisons, et regardes quelles choses soufflsent à nature,
tu seras de peu contens et assouvy. Se tu te veulx garder de froit, aussy
bien t'en deffendra un groz draps de x ou xii s. comme de lx et
mieulx, car il sera plus fort et plus espès. Se tu as faim, aussy bien
seras tu repeu d'une pièce de buef ou de mouton, comme de faisans,
de buhorrains ou de perdriz. Par quoy il appert que lelz délices et
5^4 RECHERCHES SDR JEAN CODRTECUISSE
telz pompes ne sont poins requises a bien ne virtueusement vivre
selon nature, mais corrumpent nature et sont causes de pluseurs
vices et pluseurs maulx et tribulacions que nous veons advenir en ce
monde.
Une date précise est fournie parle texte. A propos du schisme
de l'Église, l'orateur dit : « Vous savés comment le concile gêne-
rai est assemblé pour ceste cause à Constance... Les vaillans
prelas et segneurs qui sont là, y ont ja demouré presque un an
entier à grans labours. » La Saint-Vincent est le 22 janvier. Or,
le pape Jean XXIII était arrivé à Constance le 24 octobre 1414 ;
Pierre d'Ailly y fit son entrée le 17 novembre; la première ses-
sion avait été ouverte la veille, le 16 novembre; l'empereur
Sigismond se fît attendre jusqu'au 24 décembre; enfin, les repré-
sentants de l'Église de France n'arrivèrent guère qu'en janvier
et février 1415. Le sermon de Gourtecuisse n'a donc pu être pro-
noncé que le 22 janvier 1416.
Cf. N. Valois, la France et le G^^and Schisme d'Occident,
t. IV, p. 262 et suiv.
XVIII. — Paris, 2 mai 1418.
Arenga in adventu cujusdam cardinalis.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 148-150. — Thème : Nunc scio
vere quod misit Deiis angelum suum. — Incipit : Hec est
vox summi apostolorum principis. — Explicit : qui cum
Pâtre et Spiritu Sancto uniis est Beus Jhesus Christus
benedictus in secida seculorwn. Amen. Ecriture fine et
nette; quelques corrections et ratures. Le papier a été plié en
long, comme pour être rais dans une poche.
Le fait auquel se rapporte ce sermon est connu. Dans le
préambule, il est fait allusion aux malheurs du royaume, bellis
partim domesticis ac civilibus, partitn eciam eœte7mis.
Plus loin, il est question d'un cardinal, qui non honesto solum
loco natus, sed clarissima atque antiquissitna TJrsinoru77i
stirpe noscimini procreatus . Or, au mois de mars 1418, le
pape Martin V envoya en France deux cardinaux, Orsini et Fil-
lastre, pour tenter de rétablir le Dauphin et le duc de Bourgogne.
Ils prirent part aux négociations qui eurent lieu à la fin d'avril.
Le 2 mai, Guillaume Fillastre vint à Paris et fut reçu à Notre-
Dame, où la plus grande partie du Chapitre l'attendait, bien que
ET SES ŒUVRES ORATOIRES. 545
ce fût pendant la procession des Rogations. C'est alors que,
devant le maître-autel, Gourtecuisse prononça sa harangue.
Cf. Arch. nat., LL112, p. 195. — Bulseus, Historia Uni-
versitatis ParHsiensis, t. V, p. 331. — De Beaucourt, His-
toire de Charles VII, t. I, p. 82. — N. Valpis, la France et
le Grand Schisme, t. IV, p. 431.
XIX. — Paris, après le 15 octobre 1418.
Proposition faite devant le roi et le duc de Bourgogne
au nom du Parlement, des prévôts de Paris et de l'Univer-
sité sur les ravages des gens de guerre et la détresse de la
ville de Paris.
Indiq. : Arch. nat., X'« 1480.
Cette proposition ne nous est connue que par la note suivante
du greffier Clément de Fauquembergue :
Ce jour, après disner et lendemain au matin, furent assemblez céans
en la Chambre de Parlement maistre Philippe de Morvillier, maistre
Jehan de Longueil, président, le prevost de Paris, le recteur de l'Uni-
versité, le prevost des marchans et pluseurs autres de la Court de
céans, de l'Université, de l'église de Paris, eschevins, bourgois et
habitans de la ville de Paris, pour adviser manières de fournir de
vivres la dicte ville et pour remédier et pourveoir aux empeschemens
que faisoient au contraire les gens d'armes qui se disoient estre au
roy, au duc de Bourgongne et autres, et fmablement après certains
advis par eulz prins, esleurent et députèrent maistre Jehan Courte-
cuisse, docteur en théologie et aumosnier du roy, à proposer devant
le roy, le dit duc de Bourgongne et leur conseil de par touz les estas
de Paris et leur remonstrer Testât de la dicte ville et requérir que
provision hastive soit mises à ce que les dictes gens d'armes cessent
d'empescher à amener les vivres et neccessitez de la dicte ville, mais
qui aident à les conduire et faire venir à Paris, en gardant d'oppres-
sions et violences les marchans qui s'entremettent ou entremettront
d'avitailler et garnir la dicte ville de busche et autres neccessités, et
que le roy octroie, s'il est besoing, que Fen vende de ses bois Laye,
Bondis et autres plus largement que l'en ne faisoit. Et combien que
le peuple de Paris fust grandement diminué, tant par le fait de ses
guerres comme de l'epidemie, neantmoins estoient les vivres en
grant chierté à Paris et vendoit on busche, biefs et avoines à plus
haut pris qu'on avoit fait longtemps par avant.
5^6 RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
Cf. Fêlibien, Histoire de la ville de Paris, t. IV, p. 572.
— Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Pari-
siensis, t. III, p. 351, n" 2114. — Journal d'un bourgeois de
Paris, éd. Tuetey, p. 148, note. — Journal de Clément de
Fauquembergue, éd. Tuetey, t. I, p. 183.
XX. — Paris, 23 décembre 1420.
Collatio notabilis facta in capitulo ecclesie Parisiensis,
dutn imminer et electio pastoris in eadem ecclesia.
Indiq. : Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. B v" et fol. 150 v°. —
Arch. nat., LL112, p. 303.
Cette Collatio figurait primitivement dans le ms. lat. 3546 ;
elle en a entièrement disparu. Du moins, le fait nous est-il con-
firmé par un texte très précis. Voici ce que l'on trouve dans les
registres capitulaires de Notre-Dame à la date du 23 décembre
1420 : Post missam actam Sancti Spiritusin choro celebra-
tam et solemneni sermonem in capitulo exposituni per fra-
trem Jacobum ordinis Minorum magistrum in theologia,
qui loco magistri J. Courtecuisse de ipso onerati nunc
infirmi dictum sermonem fecit. Ce texte peut donner lieu à
plusieurs interprétations : ou bien le Frère Mineur a fait un ser-
mon qui lui était personnel ou bien il a donné connaissance à
son auditoire du sermon préparé par Courtecuisse. La première
interprétation est la plus vraisemblable : Courtecuisse avait pré-
paré son sermon, l'avait même rédigé, quand une indisposition
l'empêcha de le prononcer; le Frère Mineur prêcha à sa place.
C'est bien pour le 23 décembre que Courtecuisse avait préparé
son discours, puisque son indisposition le retint à la chambre
jusqu'au 27 décembre, jour de l'élection, et, ce jour-là, il arriva
au Chapitre au moment où l'élection commençait ; il ne paraît pas
avoir eu le temps de prononcer un sermon .
Cf. Gallia christiana, t. VII, c. 142. — Journal d'un
bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 147 et n. 3.
B. — Sermons non datés.
Un certain nombre de sermons ne peuvent être datés. Comme
tous, sauf un, proviennent du ms. lat. 3546, il est naturel de les
présenter dans l'ordre même de ce manuscrit ; c'est du reste, à
peu de chose près, l'ordre liturgique.
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 5^7
XXI. — Sermo in prima dominica advenius ad populum
Cenomanensem.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 1-7 v°. — Thème : Bonuin
est prestolari cum silentio salutare Dei. ■ — Incipit : En
atendant la venue du benoit filz de Dieu... — Explicit : il nous
doint par sa grâce, qui est un Dieu avec le père et le Saint Espe-
rit. Benedictus in secula seculorum. Atnen. Ecriture assez
rapide; encre pâle. Corrections dans le texte; additions, correc-
tions, noms d'auteurs et signes divers en marge.
XXII. — Sermo de nativitaie coram Reg6.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 20-25 v^ —Thème : Tanquam
sponsus procedens de thalamo suo. — Incipit : En ceste très
glorieuze journée. — Explicit : laquelle il nous doint par sa
grâce, qui est un Dieu avec le père et le Saint Esperit. Benedi-
ctus in secula seculorum. Amen. Ecriture moyenne, claire,
soignée. Quelques notes et noms d'auteurs en marge. Quelques
passages soulignés avec Nota et croix au xvii" siècle. La troi-
sième partie n'a pas été traitée à cause de l'heure, comme l'in-
dique cette note marginale : Hic omittitur prosecucionem ter-
cii membri principalis , propter brevitatem hore.
XXIII. — Collacio de festo Purificacionis béate Marie.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 30-31. — Thème : Habebitis
diem hanc in monimenium. — Incipit : Si priscas Hebreo-
rum historias studiose recenserimus . — Explicit : sed sub
gratia quam nobis concédât. Benedictus Deus in secida
seculorum. Amen. Petite écriture nette et soignée. Quelques
mots en marge. Signature autographe.
XXIV. — Alia Collacio de die Puriflcationis béate
Marie.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 32 vo-35 v". — Thème : Vere
tu es Deus absconditus. — Incipit : Mirabilis Deus in donis
suis, — Explicit : et glorias in future quas nobis concé-
dât. Benedictus in secula seculorum. Amen. Petite écriture
fine et soignée. En tête, V orné d'une figure grotesque. Quelques
renvois en marge. A la fin, signature autographe.
^904 34
5^S RECHERCHES SUR JEAN COURTECUISSE
XXV. — Senno de Resurrectione .
Bibl. nat., ras. lat. 3546, fol. 37-43 v°. — Thème : Quis
revolvet nobis lapidem ah ostio ')nonumenti. — Incipit : Se
en tous temps nous devons mettre nostre espérance. — Explicit :
par sa sainte grâce, nous octroit, qui est un Dieu avec le père
et le Saint Esperit. Benedictus in secula seculoï^um. Ainen.
En tête, on lit cette note : Minuta tamen non correcta. Ecri-
ture (l'abord très rapide, puis plus soignée à partir du fol. 38 ;
ratures; citations soulignées; quelques notes en marge. Quatre
traits, fol. 42, d'une encre plus récente.
XXVI. — Senno de Sancto Spiriiu in die Penthecostes.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 46-52 v°. — Thème : Replevit
totam domum ubi erant sedentes. — Incipit : Saint Luc
l'Evangeliste parlent es histoires des apostres. — Explicit : qui
est Dieu en Trinité, le père, le fil et le Saint Esperit. Benedictus
in secula seciUorion. Amen. Deo gratias. Alléluia. Amen.
Amen. Ecriture assez forte, de plus en plus tassée; encre noire.
Corrections dans le texte; en marge, additions et corrections,
chiffres et noms d'auteurs.
Ce sermon a été prêché à Tliôtel royal, comme l'indique cette
phrase : « Aflfin que le Saint Esperit descende sur ceste belle
compeignie et emplisse ce noble lieu de l'ostel roial de s'amour et
de sa grâce, mieulx ne povons faire qu'avoir recours à la glo-
rieuse dame royne de Paradis la Vierge Marie. »
XXVII. — Sermo de Trinitate.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 54-60 \\ — Thème : Gloriam
do77iini spéculantes in eamdem ymaginem transfonnamus.
— Incipit : C'est-à-dire en françois : considerans la gloire. —
Explicit : laquele gloire nous ottroit le père, le filz et le Saint
Esperit, en Dieu, en Trinité, Amen. Etc. — L'aspect général est
celui d'une mise au net : écriture forte, soignée; encre noire;
place réservée pour une lettre ornée. Dans le texte, un blanc et
une correction. Quelques chiffres et notes en marge.
XXVIII. — De qiiodam sermone festi de Corpore Christi.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 70-71. — Thème : Cibavit
illos ex adype fruynenti. — Incipit : Ce sont les paroles du
ET SES ŒUVRES ORATOIRES. 5^9
saint Prophète le roy David. — Explicit : Ci fiiiist la première
consideracion de nostre sermon. Ce n'est qu'un commencement.
Forte écriture soignée; encre noire. Quelques additions et noms
d'auteurs en marge.
XXIX. — AHus notahilis sermo.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 71 v°-79 v^ — Thème : Gloria
et divicie in domo ejus. — Incipit : C'est-à-dire plains est de
toulz biens. — Explicit : le racheta nostre Salveur Jhesu Christ,
un Dieu avec le père et le Saint Esperit, qui vivit et régnât in
secula seculorum. Amen. Grosse écriture soignée. En marge,
quelques mots, sommaires et noms d'auteurs. Le folio de la che-
mise, qui devait être placé à la fin et qui est coté en effet 80, a
été interverti par le relieur et se trouve en tête. On y lit ce titre :
Notabilis sermo. Jo. Breviscoxe, qui paraît bien une signa-
ture. Passages soulignés et numéros en marge, d'une écriture du
xvii" siècle.
XXX. — Sermo de beato Ludovico Francie.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 90-99 \\ — Thème : Tu,
domine, mi rex, sicut Angélus Dei es. — Incipit : Verba ista
ad litieram directa sunt. — Explicit : qui cum paire et Spi-
ritu sancto unus est Deus, unus reœ, unus dominus. Bene-
dictus in secula seculorum. Amen. Papier plus petit, plus
jaune; couverture un peu salie. Sur la couverture, en tête :
C. Marinot, portez ce à Laurent. Ecriture claire, soignée,
ornée; encre très noire. Sur la chemise, au dos, Breviscoxe,
qui paraît autographe.
On trouve dans le sermon : Reverendissimi patres , expres-
sion qui s'applique à des évêques. Il est bien difficile de déter-
miner de quelle réunion il s'agit ici et dans quelles circons-
tances Courtecuisse fit ainsi le panégyrique de saint Louis.
XXXI. — Alius sermo de beato Ludovico rege Francie.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 104-110. — Thème : Consi-
derate lilia agri. — Incipit : Hujus siquidem, reverendis-
simi Patres et Domini. — Explicit : Cujus seculi participes
nos efficiat. Benedictus in secula seculorum. Afnen. Petite
écriture soignée; encre pâle. Notes, additions, chiffres et noms
520 RECHERCHES SDR JEAN COURTECUISSE
d'auteurs en marge. Fol. 110 v°, on lit : Breviscoxe; au-des-
sous : Plures notabiles sermones, mots qui paraissent auto-
graphes.
XXXII . — CoUatio de heato Ludovico rege Francie.
Bibl. nat., ms. lat. 3546, fol. 112-117. —Thème : Que multi
prophète et reges voluerunt videi^e. — Incipit : JDoctus
Plato,philosophus, nos docetin T/wmeo. — Explicit : Cujus
glorie participes nos efflciat, qui sine fine vivit et régnât.
Amen. Écriture soignée. En marge, quelques sommaires, des
chiffres et des noms d'auteurs. A la fin : /o. Breviscoxe, auto-
graphe.
XXXIII. — Sermo adprelatos ecclesie.
Ce sermon est indiqué dans la table du ms. lat. 3546, au
fol. B; mais il a disparu du ms. Il a dû être prononcé soit dans
une assemblée du clergé de France, soit dans un des conciles
auxquels Courtecuisse a assisté.
XXXIV. — Alius sermo ad prêtâtes ecclesie.
Indiqué, comme le précédent, dans la table du ms. lat. 3546,
au fol. B, ce sermon a également disparu du ms. Le titre montre
qu'il a été lui aussi prononcé soit dans une assemblée du clergé,
soit dans un concile.
XXXV. — Quedam collacio de Assumptione hujus glo-
riosissime genitricis.
Cette collatio est citée dans le sermon catalogué au n" XXIV
sous le titre : Alia collacio de die Purificacionis béate Marie,
au fol. 34 du ms. lat. 3546.
XXXVI. — Sermon de la Passion prononcé devant le roi.
Bibl. de l'Arsenal, ms. 2764, fol. 80-117 v°. — En tête : Cij
eyisuit un sermon, composé par monseigneur Vauynosnier
du roy dit Courtecuisse, de la Passion de Nostre Seigneur.
— Thème : 0 vos omnes qui transitis per viam, attendite et
videte, si est dolor sicut dolor tneus. — Incipit : C'est la
parolle du saint prophète. — Explicit : et declairez, qui vit et
règne avec le père et le Saint-Esprit, in unitate Spiritus Sancti
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 52^
Deus, pey^ omnia secula seculorum. Amen. — Ce sermon a
été prononcé devant la cour : « ... pour contemplation du très
crestien roy qui est présent, des seigneurs et du peuple qui. . . sont
cj assemblés. » Une allusion au Schisme indique qu'il date du
conflit avec Benoît XIII : « En vérité, quand jer considère le très
douloureux Scisme qui est en Sainte Eglise du pape, et qui ne
vient que par ambition et convoitise, je ay très grant doubte que
ce ne soit signe de une très grant persecucion contre crestienté et
que la pollice de l'Eglise ne soye brief finer, si Dieu et les sei-
gneurs temporels n'y mettent brief remède » (fol. 94 v°). Le
sujet du sermon est le récit détaillé de la Passion.
V. — Les sermons français.
Ce qui nous reste de l'œuvre oratoire de Gourtecuisse pré-
sente un intérêt inégal. Les sermons latins sont d'une grande
banalité; la forme, assez correcte, manque d'originalité; l'au-
teur y étale avec complaisance son érudition chrétienne et sur-
tout profane; il y prend souvent un ton déclamatoire que de son
temps on admirait fort. Les œuvres françaises sont plus vivantes ;
l'auteur, plus à son aise, y laisse mieux percer son génie natu-
rel ; il y fait parfois des allusions aux choses de son temps ; enfin
sa langue n'est pas sans mérite propre.
Gourtecuisse, suivant la tradition, commence toujours par un
texte tiré des livres saints. Le thème, d'ordinaire, paraît heureu-
sement choisi, bien approprié aux circonstances et sans préten-
tion; il est souvent suivi d'une traduction ou d'une paraphrase.
A ce préambule succède, dans cinq sermons, la salutation évan-
gélique, annoncée par quelques lignes. L'orateur paraît avoir eu
en effet une grande dévotion à la Vierge. G'est là ce qu'on pour-
rait appeler l'introduction, souvent assez longue.
Après avoir répété son thème, l'orateur entre vraiment eu
matière. Son plan est pour le temps clair et simple, plus apparent
et plus régulier que chez Gerson, moins scolastique que dans les
propositions de Jean Petit. En général, il est divisé en deux ou
trois points. Mais il se ramifie en subdivisions diverses. Pour
plusieurs sermons, ces divisions résultent de la métaphore que
Gourtecuisse a présentée au début. Dans le Sermon pour la
procession de saint Vincent, l'orateur annonce deux points :
522 RECHERCHES SDR JEAN CODRTECCISSE
il traitera des adversités et des afflictions qui viennent de la cor-
ruption du monde, puis de celles qui viennent de la justice et de
la providence de Dieu. Mais voici qu'à la suite de saint Grégoire
et de saint Augustin, il compare le monde à une mer orageuse
battue de quatre vents principaux, Orgueil, Ambition, Convoitise
et Envie ; de là quatre divisions pour le premier point. Le sermon
qualifié Alius notabilis sermo commence par la parabole des
sept épis pleins et des sept épis vides qui parurent en songe au
roi Pharaon, ce qui détermine deux « considérations, » l'une trai-
tant des épis pleins, l'autre des épis vides. Les sept épis de chaque
espèce fournissent autant de subdivisions ; mais, arrivé aux sept
épis vides, Courtecuisse, « pour ce que la prosecucion de tous les
VII seroit trop longue, » lés réduit à trois. Le sermon de la Pen-
tecôte analyse le Saint-Esprit : sa bonté et sa douceur sont fon-
dées sur trois raisons; il est apparu sur terre de cinq manières
différentes. De là résultent cinq grâces et « sept autres nobles
services » qu'il rend à l'âme. Grâces et services sont nécessaires
aux diverses classes de la société. Et ainsi se succèdent de nom-
breuses subdivisions.
Un trait curieux, c'est que les subdivisions sont souvent annon-
cées par des vers, ou plutôt par des phrases symétriques et
rimées. Il faut reconnaître là une sorte de mode du temps. On
retrouve le même trait dans les deux premières justifications de
•Jean Petit, he Sermon du py^emier dimanche de l'Avent, pro-
noncé au Mans, traite de l'ennemi d'enfer et de ses engins pour
décevoir les hommes. « Si fist, dit-il, pluseurs engins pour les
prendre, lesquels je vous diray ci après » :
[1 faisoit las courans qui couchoit très couvertement.
Il faisoit larges rois qui tendoit moult soutillement.
Il faisoit grandes fosses qui couvroit fraudeleusement.
Il faisoit ars et flesches qui traioit larroneusement.
Il faisoit longues fondes pour geter loing et roidement.
Il faisoit bains d'acier et amorces moult songneusement'.
Le Sermon de Noël décrit la Nativité et en tire de nombreux
enseignements : l'orateur, pour conduire son développement,
définit en Jésus trois traits principaux :
Il nasqui doulz et amôureuz,
1. Fol. 1 v°.
ET SES œUVRES ORATOIRES. 523
Il nasqui mouIL très glorieux,
Il nasqui bel el gracieux * .
Le sermon dit Alius notabilis Sermo est le plus riche en
phrases rimées. Les sept épis pleins et les sept épis maigres du
songe de Pharaon étaient une matière singulièrement propice.
La description de l'hôtel de Paradis ne l'était guère moins. Voici
comment Courtecuisse célèbre cet hôtel :
Qu'il est hault et spacieus,
Qu'il est clcr et gracieus,
Qu'il est artifîcieus,
Qu'il est noble et precieus,
Qu'il est de toulz bien plantureux,
Qu'il est seur et joieux.
Qu'il est délicieux^.
Les sept épis signifient sept espèces de famines :
La première si est de richesses mondaines
La II® de voluptés moult vaines,
La III* de faintes révérences,
La iiii*' de loenges lointeines,
La V® d'aversitez vilaines,
La VI* de vengenses vilaines,
La VII* de magiques sciences ^
Pour résister à ces sept famines, il faut garder sept espèces de
pains :
Le premier pain soit du grain de vraie humilité,
Le second de sainte charité,
Le tiers de pure vérité,
Le quart de sainte poureté,
Le quinte de pacience,
Le sext de pénitence.
Le septiesme de nette volenté et de continence^.
C'étaient là des jeux puérils. L'orateur s'y attardait, et, de
1. Fol. 20.
2. Fol. 73.
3. Fol. 73 V.
-i. Fol. 73 V».
524 RECHERCHES SUR JEAN COURTECDISSE
rimes en subdivisions, il lui arrivait souvent d'être obligé d'écour-
ter et de supprimer certains développements, de rompre par suite
l'équilibre de son plan. Le manque de proportion est fréquent, et
on peut l'attribuer plus souvent à l'absence de temps pour tout
présenter harmonieusement qu'à un propos délibéré. Il j a en
effet des preuves certaines que Courtecuisse s'oubliait assez
volontiers. Dans le Sermon de la Pentecôte, après s'être attardé
dans les subdivisions que lui a fourni l'analyse du Saint-Esprit,
il reconnaît vers la fin que l'heure est trop avancée pour tout
dire. Aux deux tiers du sermon dit Aliiis notabilis sermo, on
trouve cette note bien significative : Hoc quod sequitur non
fuit prelcdus causa brevitatis. Du reste, il paraît bien que
Courtecuisse lui-même en était arrivé à se défier de sa prolixité.
Au début du Sermon de Noël, prêché devant le roi, il exprime
ainsi sa défiance de lui-même et ses regrets : « Combien que les
solempnitez de la benoîte Nativité Nostre Salveur J.-C. soient
longuez à raconter, en tant qu'il n'est homs en ce monde qui en
dist le tiers ne le quart, neentmains la briefté dez jours du temps
présent et le service divin qui parest assez long, m'amonestent
d'estre brief et laissier plusieurs chosez bien appartenans à dire
se l'eure le souffroit^. »
Dans les développements de Courtecuisse, l'érudition tient une
grande place. Les textes sacrés et profanes, les allusions ou les
anecdotes antiques viennent souvent à sa mémoire. Sa formation
intellectuelle est pareille à celle de Jacques Legrand ou de Jean
Petit : elle est faite de lectures entassées, de souvenirs d'école. Le
but en est uniquement moral. Courtecuisse, il est vrai, a une
érudition plus discrète que beaucoup de ses contemporains ; c'est
qu'il est naturellement plus réservé et plus sobre. Au reste, il
cite un si grand nombre d'auteurs grecs et latins, qu'il a bien dû,
encore comme la plupart de ses contemporains, tirer une large
part de son érudition, non des œuvres elles-mêmes, mais de ces
recueils de textes et d'anecdotes très répandus dans les écoles et
011 il était si facile de puiser. On voit défiler ainsi, pour la litté-
rature grecque, Homère, Euripide, Epicure, Platon, Xénophon,
Aristote, Panetius; à vrai dire, il n'a pu connaître, grâce aux
traductions répandues en Occident, que quelques traités d' Aris-
tote, comme la Rhétorique et la Politique, qu'il cite d'une
1. Fol. 20.
ET SES OEUVRES ORATOIRES. 525
façon précise. La littérature latine est très largement représen-
tée : pour les poètes, Ennius, Horace, Ovide, Juvénal; pour les
auteurs dramatiques, Plante, notamment dans VAsinaria et
VAmphitryon, Térence, dans le Phor7nion, Sénèque le Tra-
gique; pour les philosophes et les moralistes, Gicéron, Sénèque,
Boëce; pour les historiens, Tite-Live, Salluste, Valère-Maxime,
Justin; pour les compilateurs et savants, Varron, Caton, Pline
l'Ancien, Pomponius Mêla, Aulu-Gelle, Apulée, Macrobe, Cen-
sorius. On peut affirmer que Courtecuisse connaissait directement
les pièces de Térence', quelques traités de Gicéron, le De amici-
tia, le De Senectuie, le De paradoxis , le De officiis^, peut-
être Tite-Live : un manuscrit du comique latin, un autre de
Gicéron, un sans doute encore de Tite-Live figuraient dans sa
bibliothèque. Il est tout à fait vraisemblable qu'il avait lu
quelques œuvres de Sénèque, Boëce, Ovide, Valère-Maxime,
Aulu-Gelle, Macrobe. Pour le reste, le doute est permis.
Grâce à ces lectures, directement ou non, Gourtecuisse avait
l'esprit meublé de souvenirs antiques. Dans ses sermons, œuvres
d'enseignement religieux et d'édification, il a fait défiler l'Oljmpe,
Jupiter, Saturne, Mars, Mercure, Diane, Apollon, Hercule; des
personnages légendaires et historiques de toute sorte, Tirésias,
Atrée, Thyeste, Procné, Pyrame, Thisbé, Omphale, Godrus,
Tyrus, Gygès, Zaleucus, Lycurgue ; des philosophes, Socrate,
Empédocle, Diogène, Démocrate, Anaxagore, Xénocrate; tous
les grands noms de l'antiquité romaine, Romulus, Tarquin, Sci-
pion, Hannibal, Metellus, Pompée, Gésar, Néron, Vespasien. Ce
ne sont pas toujours de courtes citations, des allusions sommaires
ou des anecdotes rapides que l'orateur emprunte à l'antiquité; il
se complaît volontiers dans de longs récits profanes auxquels il
s'eflbrce de trouver une portée morale. Telle est, dans le sermon
iniiiulè A lius notabilis senno, l'histoire des douze travaux d'Her-
cule, qui ont chacun leur moralité particulière. Telle est encore
l'histoire des deux Philènes dans la Proposition sur l'Oïxlon-
nance Cabochienne. L'exemple le plus singulier, c'est le récit
de la mort de Pyrame et de Thisbé dans le Sertno de Nativi-
tate coram rege, où Gourtecuisse, pour édifier ses auditeurs au
sujet de la Nativité, en vient à conter en détail cette historiette^.
1. Bibl. nat., ms. lat. 17895.
2. Bibl. nat., ms. lat. 18420.
3. Courtecuisse cite également les livres saints, les Pères de l'Église, saint
526 BECHERCHES SDR JEAN COURTECDISSE
Un des traits propres à la littérature et en particulier à l'élo-
quence sacrée de ce temps, c'est l'abus des allégories et des méta-
phores. Courtecuisse n'a pas complètement résisté à la mode qui
enchantait ses contemporains; mais il n'a usé de ces moyens
qu'avec grande discrétion. Il est assez rare que les abstractions
soient personnifiées, comme on le voit si souvent ailleurs, et
encore cette personnification est-elle à peine apparente, comme
dans ce passage : « Plaisance fait son assaut en Tàge qu'on dit
adolescence, quant l'enfant est gai et joli et ne quiert ne mais
danses, karoles, roses et violettes et telz manières de plaisance.
Ambition l'assaut en joennesce; lors veult faire parler de lui, car
il est en greigneur vestu que jamais doie avoir. Convoitise l'as-
saut en vielesce : lors il a paour que les biens ne lui faillent,
quant il leur doit faillir '. » Mais, dans plusieurs sermons, Cour-
tecuisse s'est plu à développer de longues métaphores qui forment
comme la trame du sermon ou de tout un développement.
Le sermon dit Alius notabitis sermo s'ouvre par le récit du
songe de Pharaon : chacun des sept épis pleins et des sept épis
maigres a un sens allégorique, et ce sont ces allégories qui rem-
plissent la plus grande partie du discours. A ces allégories
bibliques, s'ajoute à la fin une allégorie profane, les douze travaux
d'Hercule, qui ont chacun leur moralité. Dans le Sermon pour
la procession! de saint Vincent, le sujet de l'allégorie est natu-
rel : c'est la mer, image du monde, battue en tempête par des
vents d'origines diverses, mais surtout par quatre grands vents :
« L'un est Orgueil, l'autre Ambicion, le tiers Convoitise, le quart
Enviée » Ces métaphores, très simples en somme, ne sont pas
sans grandeur ni sans pittoresque.
Moins colorée, moins dramatique, moins bizarre que celle de
Gerson, l'éloquence de Courtecuisse a par suite un aspect plus
sévère et plus grave. Ce qui lui manque comme imagination, elle
le retrouve en élégance et en fermeté. Dégagée d'ordinaire de ces
allégories surabondantes, de ces abstractions personnifiées qui
ailleurs donnent au développement une allure théâtrale et au style
une prétention enfantine, on comprend qu'elle ait frappé les con-
Thomas, les Églogues de Pétrarque; enfin, dans le Sermon de la Trinité, il
parle de Roland et d'Olivier.
1. Fol. 74 v°.
2. Fol. 26.
ET SES OEDVKES ORATOIRES. 527
temporains par ce qu'elle avait de châtié et de vigoureux et qu'elle
ait ainsi mérité l'épithète de sublime. Sublime, elle ne l'est plus
pour nous; mais elle le semblait alors par contraste. Quelques
passages de ci de là ont encore gardé un peu de ce fugitif éclat.
Telle par exemple cette image heureuse à propos de la Vierge à
la Nativité, « quant, dit-il, le soleil de Paradis, son benoist
enfant, naist d'elle et lieve sur terre pour nous enluminer de sa
grâce 1. » Tel cet appel ardent au roi ou prince qui rendra la paix
à l'Église : « Le nom de celui devra bien estre escript de lettre
d'or non mie seulement es portaux des villes et des eghses de cres-
tienté, maiz devant Dieu et ou portail de Paradis comme cheva-
lier de Dieu-. » Tel encore ce portrait des chevaliers du temps
amollis par le luxe : « Que vault une belle espée bien clere et
bien dure, se le bras tremble et à peine se puist porter? Nos che-
valiers sont trop bien armés, dorés, esmaillés, feillolés d'argent
et d'asur. Hz font merveillez de langue, maiz de braz je ne scé
quoy, senon porter la grande manche^. » Il y a vraiment de
rémotion dans ces doléances sur le Schisme :
Quoy de ce très horrible et sacrilège séisme qui est en l'église?
Jusquez ou durra ceste douleur et ceste desolacion? Quant li secour-
rés vous? Quante, qu'elle ne chée et fonde en un tas celle qui fut si
chierement fondée de précieux sanc du doulz Jhesu, levée et édifiée
de la très amere mort de tant de glorieux martirs, l'un detranché,
l'autre escorchie, l'un boulez, l'autre rosli et autres c« mors comme
humain cuer ne porroit escouler senz frémir. Et maintenant lalesser
perdre et fondre si villeinement! L'un fiert par derrière pour Tabattre,
l'autre devant, l'un mine en bas, l'autre eschelle par en hault.
Qu'est elle, que ci peu prisés? N'est elle espouze de celui qui morust
si amèrement pour nous racheter de la mort amere? Et n'avés, ce
semble, compassion d'elle. C'est vostre mère; quar elle vous enfanta
en la foy de crestienté, norri et aleta de sa sainte doctrine. Ne pen-
sés vous pas à vostre fin retourner à elle? Ne vous ensevelira elle
mesme derrenierrement? Et cy doit on penser et à aviser quant tous
vous auront lesser et relinquiS; elle vous besera doucement et acco-
lera de ses bras''.
1. Fol. 24.
2. Fol. 25.
3. Fol. 51,
4. Fol. 51 \\
528 RECHERCHES SUR JEAN COURTECDISSE
Le développement sur les devoirs du roi, dans le sermon dit
Alius notabilis sermo, est peut-être celui qui met le mieux en
relief les traits propres à l'éloquence de Courtecuisse * :
On ne doit mie mettre son cueur ne sa cure es plaisances dou
monde; mes en puet et doit on user légèrement et en trespassanl,
comme se uns homs estoit à chemin, et son chemin s'adonnoit à
passer parmi un verger bel et verdoianl, semé de fleurettes de toutes
couleurs, entreplanté de biaus arbres haus et drois et menu rames
et aussi resonnant de diverses mélodies d'oisiaus. (^elui pouroit user
des plaisances du verger en trespassant et sens soi retarder ne for-
voier de son chemin ne aultrement, quar s'il, comme seurpris des
biautez et mélodies du lieu, s'arestoit ou traversoit par les sentelettes
et destours du verger, il s'anuiteroit et ne pouroit venir de jour en
son hostel. Or il est vrai que toulz sommes en chemin tant que ceste
vie nous dure... Entrés sommes ou verger des plaisances du monde,
qui sont de pluseurs maneres et que on pourroit bien comparer aux
fleurettes, aux arbres et aux mélodies d'un verger matériel... Mes je
vous demande se celui qui s'entroublieroit ou verger avoit grant
famile à gouverner en son hostel d'enfans, de serviteurs et d'aulres,
en ne seroit il pas plus a blasmer que uns autres qui n'avoit que
chasser ne que mener que lui? Nulz n'en fait doubte. Celui qui est
chef d'une cité en a-yl grant peuple à gouverner. Et quoi se d'un
bailliage, quoi se d'une conté, de une duché, quoi d'un royaulme a-il
que faire, a-il à quoi entendu? Les anemis sont descendus ou royaulme,
il esconvient les combattre. Les trêves doivent tost faillir, il escon-
vient les prolonger. Tel chatel est asegé, il esconvient lever le siège.
Tele vile est sur frontières, il esconvient envoler garnison. Telz
nostre alié est envaïs de ses ennemis, il l'esconvient lui secourir.
Telz baron de nostre royaulme sont de guerre, il en convient de faire
l'acort. Telz est en aage, asseoir li fault terre. Il est trop de deman-
deurs, il esconvient faire de nouvelles ordennances. Qui sauroit et
voudroit tout raconter, il n'auroit pas fait en m jours. Quar il n'est
injure, vilenie, torfait, guerres, violences, debas, acors, graices, rcs-
pis, riens n"est trouble, riens n'est oscur ou royaulme que tout ne
soit à traitier, corriger, apaisier, reparer, passer, accorder et declai-
rier devant lui, par lui et par son conseil. Qui diroit qu'il nM a qu'un
peu à faire, je ne le croi mie, où vont gémir et plourer les poures
1. Fol. 75.
ET SES œUVRES ORATOIRES. 529
orphelins, où portent leurs requestes et leurs supplicacions les vesves
fameletez.
Sous cette forme souvent heureuse, Courtecuisse n'a exprimé,
comme on l'a vu, que des idées simples et pratiques. Il ne fait
guère de théologie, mais de la morale appliquée à la vie privée
ou à la vie publique ; il donne des conseils, il morigène les fidèles,
les clercs, les princes et les souverains. Sa morale est celle de la
sagesse antique et de l'Évangile. Sa politique est surtout celle
d'un homme d'école, imbu d'Aristote et de saint Thomas. Dans
l'une et dans l'autre, il y a beaucoup de dignité et de bon sens,
mais nulle hardiesse.
Tout compte fait, sans avoir la diversité et l'éclat d'un Gerson,
il fut en son temps un bon orateur, discret et mesuré dans sa
forme et dans ses idées, et s'il n'est pas digne de figurer tout à
fait au premier rang parmi les hommes de son temps, il mérite
cependant que l'histoire ecclésiastique et l'histoire littéraire n'ou-
blient pas tout à fait son nom.
A. Co VILLE.
LES ABBES HILDUIN
AU IX" SIÈCLE.
Dans un article très intéressant*, M. Ferdinand Lot s'est
récemment attaché à relever les mentions des personnages appelés
Hilduin, èparses dans les textes de 840 à 877, puis à réduire le
nombre de ces personnages par des rapprochements successifs.
Grâce à l'application d'une ingénieuse méthode d'éliminations, il
est parvenu à recomposer la carrière de trois ou même deux
abbés Hilduin. Je voudrais présenter à mon tour quelques obser-
vations, qui me paraissent de nature à modifier, sur certains
points, les conclusions proposées par M. Lot.
Si l'on fait abstraction des mentions qui se rapportent à celui
que l'on peut désormais appeler le grand Hilduin, c'est-à-dire à
l'archichapelain et chancelier-, les mentions relatives à un abbé
Hilduin sous Charles le Chauve semblent viser deux person-
nages, qui se confondent peut-être en dernière analyse, d'après
M. Lot. Dans l'hypothèse, douteuse pour lui, où il s'agirait
réellement de deux homonymes, M. Lot propose de distribuer
entre eux les mentions de la façon suivante.
M. Lot distingue provisoirement Hilduin le jeune et Hil-
duin IP. Le premier de ces deux personnages fait d'abord sa
1. De quelques personnages du IX" siècle qui ont porté le nom de Hilduin,
dans le Moyen Age, 1903, p. 249-282.
2. Sur la carrière du grand Hilduin d'après M. Lot, je renvoie à son article,
que je viens de citer.
3. Pour la jusliiîcation de ces appellations, M. Lot se réfère aux documents,
qui visent ici Hilduinus junior et là Hilduinus secundus.
LES ABBÉS niLnniN AU IX" SIÈCLE. 53^
fortune en L,orraine. Il prétend au siège de Cambrai en 862 et se
voit évincé en 860 par l'opposition de son métropolitain, Hinc-
mar. Passé ensuite au service de Charles le Chauve, il en obtient
l'abbaye de Saint-Bertin, le 19 juin 866. Candidat de Charles
le Chauve au siège de Cologne, en janvier &70, il est dédom-
magé de son échec par la nomination de bibliothécaire du roi et
meurt, le 7 juin 877, dans son abbaye de Saint-Bertin, où il est
enseveli. Le second des deux homonymes supposés apparaît, dès
852 environ, au service de Charles le Chauve. Il devient abbé
de Saint-Germain-des-Prés vers 857. L'obituaire donne, comme
date de sa mort, le 19 novembre; mais le millésime reste indé-
terminé, le terme le plus récent étant 872 ou peut-être 867*.
En revanche, M. Lot demeure indécis sur le point de savoir
lequel des deux homonymes fut co-abbé de Saint-Denis en 838^
et lequel a été, auprès de Pépin II d'Aquitaine, « une manière
de chancelier -^ »
D'ailleurs, M. Lot se plaît à atténuer les difficultés qui s'oppo-
sent de prime abord à la fusion des deux homonymes en un seul
et même personnage. Jamais, à son gré, les textes ne les opposent
formellement l'un à l'autre. La double mention de Vobit elle-
même ne lui paraît pas absolument irréductible ^ et l'on sent
bien qu'après tant d'éliminations successives l'auteur résiste
péniblement à la tentation d'accumuler sur une seule tête les
mentions adjugées par lui à Hilduin II, celles qu'il a attribuées à
Hilduin le jeune et celles qu'il a hésité à répartir, pour composer
finalement avec le tout une seule carrière, celle du neveu, comme
il a reconstitué, à l'aide de données éparses adroitement adap-
tées, la carrière de l'oncle, le grand Hilduin. C'est ce qu'exprime
aussi nettement que possible cette phrase, où se résume la con-
clusion de la dissertation tout entière : « Les quatorze Hilduin
qui ont vécu sous le règne de Charles le Chauve se trouvent
donc, en définitive, réduits à trois, sinon à deux^. »
1. En ce qui concerne les références correspondant à ces divers points, je ne
saurais mieux faire que de renvoyer à l'article même de M. Lot, afin d'éviter
des répétitions inutiles.
2. F. Lot, Mouen Age, loc. cit., p. 278-'279.
3. Loc. cit., p. 278 et 279.
4. Loc. cit., p. 250. Cf. ibtd., p. 269, n. I.
5. Loc. cit., p. 280.
532 LES ABBÉS HILDUIN AU TX'^ SIECLE.
IL
Je crois qu'il faut renoncer résolument à l'idée séduisante d'une
aussi parfaite simplification, et j'estime aussi qu'il y a lieu de
modifier, à certains égards, la distribution des mentions propo-
sées par M. Lot.
La première considération qui s'impose à l'attention est la dis-
tinction qui résulte des dates à'obit.
En dehors de la date du 22 novembre, qui se rapporte à coup
sûr au grand Hilduin*, nous possédons deux dates pour la mort
d'un Hilduin abbé, à savoir le 19 novembre^ et le 7 juin^ Voilà
déjà, par conséquent, un indice qui révèle l'existence de deux
abbés distincts, appelés tous deux Hilduin. Une donnée aussi
positive ne saurait être infirmée que par des arguments irréfra-
gables, tendant à rendre impossible le dédoublement.
Précisément, voici qu'une donnée nouvelle vient corroborer
notre premier indice. Hincmar parle à deux reprises d'un Hil-
duin, frétée de Gunther, archevêque de Cologne^ Les Annales
Xmitenses citent par deux fois un Hilduin, cousin de ce même
Gunther^. Or, il est également arbitraire de croire, sans preuve,
à une erreur de la part d'Hincmar ou à une erreur de la part du
rédacteur des Annales Xantenses^. Ici encore, nous sommes
donc amenés naturellement à penser qu'il y a eu simultanément
deux Hilduin, l'un frère et l'autre cousin du métropolitain de
1. F. Lot, loc. cit., p. 250 et 268-269. On ne saurait s'arrêter à l'opinion que
le quantième porté par l'obituaire correspondrait à la révocation de l'abbé par
Charles le Chauve, dont la date aurait été prise, à tort, pour date de sa mort.
Une semblable confusion, commise par des contemporains, au sujet d'un per-
sonnage aussi considérable que le grand Hilduin, est de la dernière invraisem-
blance.
2. Obituaire d'Usuard : XIII kl. dec. Cf. F, Lot, loc. cit., p. 259.
3. Folcuin, éd. Guérard. p. 123. Cf. F. Lot, loc. cit., p. 253.
4. Annales de Saint-Bertin, année 866, éd. Waitz, p. 81. Cf. ibid., p. 68,
année 864.
5. Annales Xantenses, année 864 (fautive pour 863) et année 871 (pour 870).
M. Lot remarque très judicieusement que la parenté réciproque entre Hilduin
et Gunther, définie de part et d'autre par le même mot nepos, implique
nécessairement, pour ce mot, le sens de cousin.
6. C'est déjà la remarque faite, d'ailleurs accidentellement et avec une autre
portée, par E. Diimmler, Gesch. des ostfr. Reichs, t. II, p. 290 et n. 4.
LES ABBES HILDUIN AU IX^ SIECLE. 333
Cologne. Au demeurant, une semblable homonymie n'a rien qui
doive nous surprendre chez les collatéraux d'une grande famille
du ix" siècle ^ .
Dès maintenant, le rapprochement entre les dates d'obit et la
confrontation entre le texte d'Hincmar et le texte des Annales
Xantenses concordent pour nous faire croire à l'existence de
deux homonymes. Toutefois, ce n'est encore là qu'une impres-
sion en quelque sorte a priori. Il importe de rechercher si cette
croyance peut être vérifiée à l'aide de données historiques et si
elle continue à valoir a posteriori, auquel cas nous aurons le
droit de nous dire en possession d'une certitude.
Hincmar^ nous apprend que le frère de Gunther, Hilduin, fut,
en 865-866, administrateur du diocèse de Cologne, en ce sens
qu'il fut substitué officiellement à Gunther déposé; mais l'anna-
liste ajoute qu'en réalité Gunther conservait toute l'autorité,
moins les fonctions épiscopales, excepto ministerio episcopali.
L'expression est fort claire : il faut entendre que le ministère
épiscopal, — c'est-à-dire l'ensemble des attributions proprement
canoniques, — était exercé par Hilduin.
D'autre part, Hilduin, cousin de Gunther, nous est présenté
par les Annales Xantenses'^ comme le candidat de Charles le
Chauve, en 870, au siège métropolitain de Cologne. Or, n'aj^ant
pas encore reçu la prêtrise au moment où le roi de France le met
en avant contre le candidat germanique, il se la fait conférer,
pour les besoins de la cause, par Francou de Liège-^.
Ce rapprochement de textes me semble lumineux. Il est impos-
sible, en effet, d'identifier Hilduin, cité en 865 par Hincraar,
1. Malgré cette considération, M. Lot a préféré admettre que Gunther n'avait
eu qu'un seul parent du nom de Hilduin. En effet, après avoir cité le passage
des Annales de Saini-Bertin qui signale le frère de Gunther, M. Lot ajoute :
« Les Annales de Xaiiten contemporaines parlent du même Hilduin, mais dif-
fèrent sur la parenté qui l'attachait à Gunther qu'elles réduisent à un simple
cousinage. » (F. Lot, loc. cit., p. 252.)
2. Annales de Saint-Bertin, année 866, éd. Waitz, p. 81 : « Episcopium Colo-
niense, ab Hugone recepto, fratri Guntharii, sub provisionis obtentu, comniiltit,
sed rêvera dispositio illius, excepto episcopali ministerio, pênes Guntharium
manet. »
3. Annales Xantenses, année 871 (fautive pour 870), dans Mon. Germ. Script.,
II, 234.
4. Reginon, Chronicon, année 869. Cf. Parisot, le Royaume de Lorraine,
p. 359.
^904 35
534 LES ABBÉS HILDUIN AU IX® SIÈCLE.
avec Hilduin, cité en 870 par les Annales Xantenses, attendu
qu'en aucune façon un personnage qui n'est pas encore prêtre en
870 ne saurait avoir rempli, dès 865, les fonctions canoniques
de l'épiscopat. Il résulte du contact de nos textes, avec toute
l'évidence désirable, qu'il faut soigneusement distinguer deux
Hilduin, dont l'un est le cousin et dont l'autre est le frère de
Gunther.
III.
La distinction qui résulte de ce critérium positif, la prêtrise, a
pour conséquence de modifier assez sensiblement le système
adopté par M. Lot.
Tout d'abord, au lieu de mettre l'administration, ou, si l'on
préfère, V intérim du diocèse de Cologne en 865-866, et la can-
didature au siège épiscopal, cinq ans après, dans la carrière du
même personnage, il faut se résoudre à séparer les deux men-
tions. C'est le frère de Guntlier qui a été évêque intérimaire de
Cologne, mais c'est le cousin de ce même Gunther qui a été le
candidat français au siège métropolitain, en 870.
D'un autre côté, l'évêque intrus de Cambrai en 862-866 est
nécessairement le frère de Gunther et non son cousin, car ce
dernier, n'étant pas encore prêtre en 870, ne peut avoir pré-
tendu, en 862-866, à l'évêchéde Cambrai. Aussi bien, son inca-
pacité canonique eût-elle été dénoncée dès le premier jour par
Hincmar, qui a lutté si vigoureusement contre le candidat venu
de Cologne ^
1. Voir, sur ce point, F. Lot, loc. cit., p. 264. Le candidat obstiné à l'évéché
de Cambrai est, de la sorte, le môme qui fait à Cologne, pendant la déposition de
Guntber, l'intérim des fonctions canoniques du diocèse. La difficulté chronolo-
gique signalée par M. Lot {loc. cit., p. 264-265) et assez péniblement résolue
dans son système n'existe pas dans celui que j'indique. En effet, l'abbé de Saint-
Berlin est le cousin de l'archevêque intérimaire de Cologne. Je ferai observer,
;\ ce propos, que le diplôme de Lothaire II, en date du 15 janvier 806, n'im-
plique nullement la disparition de Hilduin, ainsi que semble le dire M. Lot
[loc. cit., p. 265 et n. 4). Le roi ne traite pas positivement Gunther en arche-
vêque et alfecte de dire « venerabilis Agrippinensis ecclesiae gubernator et
plus rector » (cf. R. Parisot, le Royaume de Lorraine, p. 288). Cette péri-
phrase répond justement à la situation définie par Hincmar en 806 dans les
Annales de Saint-Bertin. Il semble en résulter qu'en 866, comme en 865, les
fonctions canoniques sont exercées par Hilduin.
LES ABBÉS HILDOm AD TX® SIECLE. 535
Ainsi, l'affaire de Cambrai et celle de Cologne impliquent le
même dédoublement et la même distinction. Nous sommes en
présence de deux démonstrations indépendantes et qui nous
conduisent à l'adoption du même critérium.
IV.
La répartition des autres mentions entre les deux cousins est
plus malaisée. L'un d'eux, celui qui fut abbé de Saint-Bertin,
mourut dans cette abbaje le 7 juin 877; l'autre, apparemment
celui qui fut abbé de Saint- Germain -des- Prés, mourut le
19 novembre d'une année inconnue, antérieure à 872 sinon à
867. Certains indices ont permis à M. Lot de voir dans l'abbé de
Saint-Bertin le candidat de Charles le Chauve à l'archevêché de
Cologne^ On peut, je crois, fortifier cette identification d'un
argument nouveau^ En effet, nous savons que le candidat ger-
manique à ce même siège archiépiscopal de Cologne, Willibert,
ne reçut le pallium qu'en 874^. Si son compétiteur avait disparu
plus tôt, rien ne se serait apparemment opposé à sa reconnais-
sance par le Saint-Siège. Il est donc légitime d'en inférer que
seul peut avoir aspiré à l'archevêché de Cologne celui des deux
Hilduin qui a survécu, à savoir l'abbé de Saint-Bertin. Dans ces
conditions, il faut décidément reconnaître dans l'abbé de Saint-
Bertin le cousin de Gunther, tandis que l'abbé de Saint-Germain-
des-Prés est le frère de ce même Gunther''. Cette parenté plus
1. F. Lot, loc. cit., p. 'i67.
2. Il n'est donc pas possible d'identifier, comme a essayé de le faire M. Lot
[loc. cit., p. 266-267), l'abbé de Saint-Bertin avec l'évêque de Cambrai, évincé
par l'opposition du métropolitain de Reims. Les raisons d'ordre exclusivement
négatif invoquées, en l'espèce, par M. Lot, ne peuvent rien contre le critérium
que j'ai établi, à savoir la qualité de prêtre que l'un des deux homonymes
acquiert seulement en 870. Le synchronisme signalé par M. Lot en ce qui con-
cerne l'arrivée de l'abbé Hilduin à Sainl-Bertin n'en est pas moins très intéres-
sant. Le cousin de Gunther devient le chef d'une grande abbaye française au
moment précis où se place le rapprochement momentané de Charles le Chauve
et de Lothaire II, ainsi que la disgrâce passagère d'Hincmar. Gunther et les
deux Hilduin ne cessent d'être solidaires et leur sort reste constamment lié à
la politique générale de leur temps. Cf. ci-après, note 4.
3. K. Parisot, le Royaume de Lorraine, p. 407-408.
4. Au premier abord, la qualité d'abbé de Saint-Germain-des-Prés semble
contredire la qualité de frère de Gunther. Mais, à la réflexion, il n'en est rien.
536 LES ABBÉS HILDUIN AU IX^ SIÈCLE.
étroite explique d'autant mieux l'âpre lutte soutenue, depuis 862,
par Hincmar, à la fois contre l'archevêque Gunther de Cologne
et contre Hilduin, prétendant à l'évêclié de Cambrai. On com-
prend à merveille aussi, dans ce sjstèm.e, le mépris et l'animosité
qu'affiche Hincmar à l'égard du frère de Gunther, à propos des
événements de 864 à Rome ^ .
Quant à déterminer leauel des deux cousins'^ fut co-abbé de
Saint- Denis en 838 et lequel remplit les fonctions de chance-
lier d'Aquitaine vers 848, ni les rapprochements ingénieux de
M. Lot ni les nouveaux éléments critiques que j'ai moi-même
essayé d'apporter n'autorisent à faire un choix -^
J. Calmette.
En effet, l'unique mention de cet abbatial se rapporte à 857-858 (F. Lot, loc.
cit., p. 257). Or, c'est précisément l'époque où les relations furent excellentes
entre les deux royaumes de France et de Lorraine. En 858, Lothaire II, le pro-
tecteur constant de Gunther, est l'allié de Charles le Chauve. Cf. ma Diplo-
matie Carol. {Bibl. de l'École des hautes études, fasc. 135), p. 71-72.
1. Annales de Saint-Bertin, éd. Waitz, p. 68. Il est naturel qu'Hincmar,
dont nous connaissons le tempérament, affecte d'appeler clericum celui qu'il
refuse d'admettre comme son suffragant à Cambrai.
2. Cette parenté des deux Hilduin ressort de leur parenté respective avec
Gunther. Tous deux avaient probablement pour oncle commun le grand Hil-
duin, qui serait, de la sorte, l'oncle de Gunther lui-même.
3. Il resteraità résoudre un problème que j'ai volontairement écarté, parce que
je le crois présentement insoluble, celui qui consiste à identifier l'abbé Hilduin,
enseveli à Saint-Médard-de-Soissons. M. Lot [loc. cit., p. 2(31) y voit l'abbé de
Saint-Germain-des-Prés, mort le 19 novembre. En réalité, la chronologie des
abbés de Saint-Médard est trop incertaine pour fournir des éléments sérieux
de discussion. Tout ce que l'on sait se réduit à la découverte d'un abbé Hil-
duin, enterré à Saint-Médard, et à un diplôme de 870-871 mentionnant un
« Hilduwinus autiquior abbas, » d'où l'on déduit l'existence d'un « Hilduwinus
junior. » Si cette déduction est plausible, on ignore entièrement les dates res-
pectives de ces deux homonymes, et nul ne peut dire quel est celui dont la
sépulture a été retrouvée. Nous devons donc avouer notre impuissance à éta-
blir, en l'espèce, une identilication. L'hypothèse la plus probable est que l'abbé
Hilduin de Soissons est dilïérent des deux cousins dont nous nous sommes
occupés. Il est, du moins, assez curieux de rencontrer à Saint-Médard, lieu
d'internement de Pépin II, le nom de celui qui fut le chef de la chancellerie
d'Aquitaine. Il pourrait fort bien y avoir là autre chose qu'une simple co'inci-
dence.
L'ANCIEN BRÉVIAIRE
DE
SAÏNT-POL DE LÉON.
Un article intitulé les Heures bretonnes du XV^ siècle, inséré dans
la Bibliothèque de V École des chartes (année ^895, t. LVI), contient
à la page 59 la description de la partie d'hiver du premier Bréviaire
de l'église de Saint-Paul de Léon, d'après un exemplaire conservé à
la Bibliothèque nationale (Réserve, B. 4920). Cet exemplaire est
incomplet d'un premier cahier, de huit feuillets, qui n'a point été
mentionné dans notre description. Cette lacune peut être comblée à
l'aide d'un bel exemplaire de ce même demi-bréviaire, imprimé sur
vélin, dont la bibliothèque de Rennes vient de s'enrichir et que M. Le
Hir, conservateur de cette bibliothèque, a bien voulu nous commu-
niquer, avec une très intéressante notice, lue par lui, le 8 mars der-
nier, à la Société archéologique de Rennes.
Le premier cahier du Bréviaire, portant la signature + (en rouge),
contient :
\° Sur le recto du premier feuillet, un titre imprimé en rouge et en
noir; les parties imprimées en rouge ont beaucoup souffert et la lec-
ture de plusieurs mots en est incertaine.
2° Au verso de ce feuillet, une épître dédicatoire adressée à i'évêque
de Saint-Paul, Gui Le Clerc, par un dignitaire de la cathédrale,
Hamon Barbier. Cette épître nous apprend que jusqu'alors il n'avait
été ni imprimé ni même rédigé de bréviaire à l'usage de l'église de
Léon. On y voit aussi que deux chanoines de cette église, — Fran-
çois Le Veyer et Guillaume Fougay, — avaient aidé Hamon Barbier
à préparer le texte qui fut imprimé en ^516.
538 l'anc[en bréviaire de saint-pol de le'on.
3° Sur les six feuillets suivants, un calendrier du type auquel on
a donné la dénomination de cisianus.
4° Sur le dernier feuillet, des règles de comput et des prescriptions
hygiéniques mises en rapport avec les signes du zodiaque.
Voici le texte du titre, de Pépltre dédicatoire et, à titre d'exemple,
les vers qui accompagnent la nomenclature des fêles du mois de
janvier :
Titre.
Breviariura insignis ecl|clesie Leonensis, nuper emaculatum,
recognitum, emendal|tum et tersum, multis brevibus atque legen-
dis ad||auctuni, duobus semitemporibus aut une, secum|jrlumque
ut malueris, volumine contentum, unicuique vel mediocriter eru-
dito pervium, ordinatissimum et apprime necessarium.
Cum privilégie,
Venundatur in egregia civitate Divi Pauli diocesis Leojlnensis,
e regione templi ejusdem et in urbe Landernia in edijlbus Alani
Prigent.
Venundatur etiam Parrhisiis in vico Sancti Jacobi sub || signe
divi Nicolai, prope templura Sancti Benedicti.
Dédicace.
Hamo Barberius, révérende in Christe patri ac domino domino
Guidoni Clerico, Leenensi episcope, in eo qui vera est salus
S. P. D.
Magne precul dubie honore magna ve reverencia, prestantis-
sime antistes, Remanerum non mode sed et barbarice gentis
superstitiesam potius quam relligiesam antiquitatem patries Deos
(quos pénates et quasi pênes nos natos vecitarunt) habuisse,
illisque anniversarias célébrasse festivitates, histeriographerum
lectiene passim instituimur. Quanto tamen majori cura majorive
sanctimonia nos ipsi, quorum non ficta, non superstitiosa, non
pseudela, sed veracissima fides existit, nostres sanctes et vene-
rari et colère debeamus, ratio ipsa luculentissima demonstrat.
Tante sane majori quanto verum falso, lux tenebris, sanctum
denique prephane, dignius, nobilius excellentiusve cemperitur.
l'ancien bréviaire de saint-pol de le'on. 539
Quam rem equidem apud meipsum perpendenti ac mentis in-
dagine crebro consideranti, id illico sese obtulit quodhoc in no-
stra Leonensi diocesi divinum officium, seu, ut pro trito utamur
vocabulo, canoniales hore, quod médius fidius rébus etiara qui-
buscunque est anteferendum, a plerisque non more debito dice-
retur, et proth dolor a plurimis fréquenter pretermitteretur.
Quod, me hercle, factum, ut etiam audacius loquar, predecesso-
rum nostrorum (qui breviarium secundum communem ecclesie
nostre consuetudinem nec impriini nec scripto redigi ad hec
usque tempora unquam curavere) incuria, ne dicam ignorantia,
accidisse habemus compertissimum. Quamobrem hune tantum
errorem in tam percelebri ac inter Armoricas famatissima dio-
cesi obliterandum ac prorsus eliminandum censuimus, quod et
fecisse credidimus, cum impresenciarum breviarium honoran-
dorum patrum ac inter canonicos Leonenses non infimorum,
domini quidem Francisci Veyerii et Guillermi Fugerii, auxilio
collectum ac plurimorum sanctorum legendis illustra tum, calco-
graphorum tj'pis misimus excudendum. Ipsum itaque, dignissime
presul, cujus amplitudine ceterisque virtutibus non minus hec
nostra clarescit diocesis quam rutilantissimis Phebi radiis terra
respleudet, hoc servidi tibi deditissimi munusculum et laborem
(quando quidem est etiara magno flammula grata Jovi) leta
fronte suscipias, tuorumque subditorum consulas utilitati. Vale.
Exemple des vers du calendrier.
Januarius.
Pocula Janus amat.
Prima dies mensis et septima truncat ut ensis.
Cirûo janus Epy. sibi vendicat Hil. Félix Marcel.
Prisca Fab. Ag. Vincenti Pau. Po. Jul. Ag. Gil. Batil.
In Jano claris calidisque cibis pociaris,
Atque decens potus post fercula sit tibi notus.
Ledit enim medo tune potus, uti bene credo.
Balnea tune intres, et venam findere cures.
Nous avons employé les caraclères italiques pour les mentions
540 l'ancien bréviaire de SAINT-POL de LEON.
qui sont imprimées en rouge dans les deux vers du cisianus. Ces
mentions se rapportent aux fêtes principales. Le lecteur reconnaîtra
aisément les mots qui ont été si singulièrement abrégés pour les
faire entrer dans un simulacre d'hexamètres : « Gircumcisio, Epypha-
nia, Hilarius, Félix, Marcellus, Prisca, Fabianus, Agnes, Vincentius,
Paulus, Policarpus, Julianus, Agnes, Gildasius, Batiidis. »
L. D.
NOTICE
SUR LE MANUSCRIT LATIN 870
DE LA REINE CHRISTINE.
M. Ernest Langlois, dans sa Notice des manuscrits fran-
çais et provençaux de Rome antérieurs au XV P siècle^
n'a point signalé parmi les manuscrits de la reine Christine le
jat. 870, formé de plusieurs groupes de textes ; l'un d'eux est
composé de poésies latines et françaises. Ce manuscrit contient
avant tout des documents qui intéressent l'histoire de l'Univer-
sité de Paris, et le P. Denifle en a tiré parti pour le Chartula-
rium TJniversitatis Parisiensis'-. Mais il est à croire que la
publication des vers français qui se trouvent dans le ms. Reg.
lat. 870 n'entre pas dans le cadre de l'œuvre à continuer du
P. Denifle, et, par suite, il ne paraît pas inutile de leur faire voir
le jour. Non que leur valeur esthétique doive irrémédiablement les
sauver de l'oubli, le lecteur s'en rendra compte facilement ; mais
ils se rattachent d'assez près à l'histoire de la théologie, et plus
particulièrement de l'Université de Paris, et ils soulignent de
façon assez curieuse les procédés polémiques du xv"* siècle, pour
mériter d'être signalés dans cette brève notice.
Nous ne savons pas grand'chose sur l'origine même du
manuscrit. Une note au bas du fol. 13 nous indique qu'il a été,
au xvf siècle, entre les mains de Robert Goullet. Une communi-
cation obligeante de M. L. Delisle nous apprend que ce person-
nage, originaire du diocèse de Coutances, professa la théologie à
1. Dans Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et
autres bibliothèques, t. XXXIII, 2^ partie, 1889, in-4». M. E. Langlois a exa-
miné les mss. 869 et 871. L'écriture des vers français est bien, semble- t-il,
seulement de la fin du xv siècle.
2. Aux t. III et IV (Paris, 1894 et 1897, in-4»).
5Î2 NOTICE SUR LE MANDSCRIT LATIN 870
l'Université de Paris au début du xvi® siècle. Il est connu pour
avoir publié une traduction latine de l'historien Josèpbe, qui eut
au moins deux éditions et dont la .dédicace à l'éveque d'Avranches
est datée du collège d'Harcourt, en 1513. De fait, les textes con-
tenus dans le manuscrit en question concernent surtout la Nor-
mandie.
Le manuscrit Reg. lat. 870, mesurant 200 sur 280 millim.,
relié de maroquin rouge, aux armes du cardinal bibliothécaire,
renferme les textes dont suit l'indication :
I. Fol. 4-12. — Petit cahier de papier, d'une seule écriture, aux
titres soulignés de rouge, aux initiales et aux signes de paragraphes
rehaussés de rouge. — xv"^ siècle :
Fol. -1-2. Ex decreto consilii Basiliensis de purilale conceptionis
Virginis Mariç.
Sacrosancta mater ecclesia generalis sinodus Basiliensis... Datum
Basilee in nostra sessione publlca majori Basilien solemniter cele-
brata x¥*° k. octobris. Anno a nalivitate Domini mille""" GGGG™"
Fol. 2-4. Vidimus d'Innocent VIII, ^2 janvier -1487, de l'ency-
clique de Sixte IV, Grave nimis, « de concepLione immaculalç Virgi-
nis Mariç, » du 4 septembre -1483. — A la suite, une note interpré-
tant cette encyclique^.
Fol. 4-6. Lettre de Jean Véri, Frère Prêcheur, docteur en sainte
Écriture, à David Miffaut, au sujet des propositions qu'il avait avan-
cées touchant la Gonception de la Vierge pendant une prédication de
PAvent, à Dieppe, en U96. — Réponse du même Jean Véri au cha-
pitre de Rouen.
Fol. 6 v-S v°. Statutum sacrç facultatis theologiç studii Parisien-
sis super maleria conceptionis Immaculatç et gloriosissimç Virginis
Mariç Matris Domini nostri et redemploris Hiçsu Ghristi. — -1497.
Fol. 9. Bulle de Sixte IV, du 4 octobre U70, approuvant l'institu-
tion de l'office de la Gonception de la Vierge.
Fol. U-V2. Revocatio magistri Jo. Veri in sacra pagina doctori s
ordinis Predicatorum. — -18 septembre 1497.
1. Sur la 36° session du concile de Bàle (17 septembre 1439), voir Mansi,
t. XXIX, p. 182 et suiv.; Harduin, t. VIII, p. 1266. Cf. C.-J. von Hefele, Con-
ciliengesch., t. IV, p. 781.
2. Cf. Wetzer et Welle, Kirchenlexikon, 2' éd., t. IV (Freiburg-i.-B., 1886,
in-8°), col. 472-473; Herzog et Hauck, Realencydoplidie f'dr protestantische
Theol. xuid Kirch., t. XII (1903, in-8°), p. 322-323.
DE LA REIIVE CHRISTINE. ;J43
II. Fol. 13-23. — Ces dix-huit feuillets faisaient d'abord partie
d'un manuscrit, où ils étaient cotés 47 à 59, les fol. 4 S et 49 anciens
manquant. Au bas du fol. ^13 : Pro Roberto Goullet^. — xv^ siècle :
Fol. -IS-U v°. Instrumentum revocationis facte in presentia régis
ac rectoris et deputalorum universitatis Parisiensis per episcopum
Ebroicensem de quibusdam falsis conclusionibus per ipsum diclis,
sine auctoritate aut presentia cancelarii ecclesie Parisiensis. —
n février 4 389 2.
Fol. U v°-^8. Instrumentum revocationis facte in presentia recto-
ris et universitatis Parisiensis per fratrem Johannem Thome Jaco-
bitam de quibusdam erroribus per eum predicatis alias per episcopum
Parisiensem et facultatem théologie condempnatis sine auctoritate
aut presentia cancelarii ecclesie Parisiensis. — 2^ mars ^1389^
Fol. -18-20. Instrumentum revocationis facte in presentia rectoris
et universitatis Parisiensis per fratrem Adam de Suessione Jacobitam
de quibusdam erroribus per ipsum predicatis, alias per episcopum
Parisiensem et facultatem théologie condemnatis sine auctoritate
aut presentia cancelarii ecclesie Parisiensis. — -16 mai -1389''.
Fol. 20-23. Instrumentum revocacionis facte in presencia rectoris
et universitatis Parisiensis per fratrem Gauffridum de Sancto Martino
Jacobita de quibusdam erroribus per ipsum publicatis alias per
episcopum Parisiensem et facultatem théologie condemnatis sine
auctoritate aut presencia cancellarii ecclesie Parisiensis. — 24 juin
i389^
III. Fol. 2i et v\ — Fragment d'une traduction du livre de
Baruch. — xvi* siècle :
« Celles sont les parolles du livre que Baruch, filz de Nerias, filz
de Macias, filz de Sedechias...''. Et soubz umbre de Balthasar, son
filz, et que nous le servions plusieurs jours et que nous trouvions
grâce devant eulx'^. »
IV. Fol. 25-3 L — Ces six folios faisaient d'abord partie d'un
manuscrit où ils étaient cotés 64-70; ces secondes cotes subsistent
1. Un des propriétaires du manuscrit. Cf. Denifle, Chart., t. III, p. 519.
2. Lalin et français. Publié par Denifle, Chart., t. III, p. 515-517.
3. Latin et français. Publié par Denifle, Chart., t. III, p. 517-520.
4. Latin et français. Publié par Denille, Chart., t. III, p. 521-523.
5. Latin. Publié par Denifle, Chart., t. III, p. 523-525.
6. I, 1.
7. I, 12.
544 NOTICE SUR LE MAMDSCRIT LATIN 870
pour les trois derniers. Ils proviennent du même manuscrit que les
fol. 43-23. — xv^ siècle :
Fol. 25-26 v°. Instrumentum revocacionis facte de mandato et
ordinatione facultatis théologie et sine auctoritate cancellarii ecclesie
Parisiensis per fratrera Johannem Sarrasin, predicatorem, de certis
propositioniljus peripsum maie publicatis contra sacram doctrinam.
— iB mars U29^
Fol. 26 v°-27 v°. Nota instrumentum [sic] continen deliberationem et
determinationem facultatis théologie de et super quadam assercione
dicta et dogmatisata in diocesi Ebroicensi per rescriptionem et requi-
sitionem episcopi Ebroicensis et inquisitoris heretice pravitatis. —
\6 mai 1432 2.
Fol. 27 v''-28. Nota instrumenti continentis revocationem factam
per magistrum Nicolaum Gadrigarii, ordinis fratrum heremitarum
beati Augustini, de mandato et ordinatione facultatis théologie sine
auctoritate cancellarii ecclesie Parisiensis, occasione quarumdam
propositionum erronearum per dictum Gadrigarii dictarum. — 9 jan-
vier -1443^.
Fol. 28-29 v°. Instrumentum continens modum eligendi per
facultatem théologie aliquem vicarium seu vicesgerentem decani
ejusdem facultatis qui habeat portare onera officii decani. —
7 novembre 4384^
Fol. 29 v°-30 v°. Décision de la Faculté de théologie de Paris tou-
chant les pratiques des chercheurs de trésor :
Sequitur conclusio facultatis théologie super materia fidei nunc
agitata, novissime determinata.
Actentis facto seu opère principali et ejus compositione in se, ac
omnibus suis circumstantiis simul junctis, videlicet magno circulo
diversis nominibus ignotis conscripto, et variis caracteribus con-
signatiS;, parva rota lignea super quatuor pedes ligneos et stipitem
in medio ejusdem magni circuli elevata, et ampula super dictam
rotam coUocata, super quam ampulam in quadam parva rotula papi-
rea inscripta erant quedam nomina, quorum signata sunt nobis
ignota, scilicet : garsepin, oroth, carmesine, bisoc [sic) signo crucis et
1. Latin. Publié par Denifle, Chart., t. IV, p. 493-495.
2. Publié par Denifle, Chart., t. IV, p. 542.
3. Latin. Publié par Denifle, Chart., t. IV, p. 631-632.
4. Lalin. Publié par Denifle, Chart., t. IV, p. 333-335.
DE LA REINE CHRISTINE. 545
quibusdam caracteribus inter predicta nomina interpositis ac etiam
cathedris, potis terreis, igné inccnso, suffiimigationibus, luminari-
bus, ensibus, pluribusque aliis caracleribus et figuris et nominibus
diversis verbisque ignolis, ac etiam nominatione seu inscriptione
quatuor regum in quatuor parvis rôtis papireis, scilicet : régis gal-
tini septentrionis, régis baltini orientis, régis saltini meridiei, régis
ultini occidentis, interpositis, inter nomina dictorum regum quibus-
dam caracteribus signis rubeis conscriptis, actentis eciam circumstan-
tiis temporis et loci suspecti et modo se habendi illorum qui in diclo
opère interfuerunt, et in eodem cooperati sunt; et hiis que egerunt
post juramenta de facientibus legalem. portionera de thesauris repe-
riendi [sic] per eos pluries prestita iterata, etiam post declaracionem
dicti operis a principali actore illius artificii, sicut ex eorum confessioni-
bus apparet, quibus habetur, quod in quadam caméra in quaerant pre-
dicta instrumenta de se supersticiosa, accensis luminaribus et consuf-
fumigationibus circa ampulam et circulos in quibus erant predicte
inscriptiones et predicti caractères, dicti cooperatores expoliati in
suis giponibus enses tenentes per pommellos, ante cathedras quilibet
unum cuspidibus quinque in terra fixis et quinque cum dictis ensi-
bus juxta cathedras et circulos et ampulam fecerunt circuitus, ele-
vando versus celum cuspides ensium, apposueruntque quinque
manus suas simul cum manu principalis actoris prefati operis super
ampulam quam sanctam vocabal || "'" et in qua, ut dicebant, debe-
bat venire spiritus, qui thesauros absconditos docere et revelare debe-
bat. Predictis omnibus actentis et simul junclis, ponitur deliberatio
seu conclusio talis : quod non solum illi qui ad thesauros abscondi-
tos reperiendos seu sécréta et occulta scienda et cognoscenda tali-
bus figmentis et malificiis utuntur, sed etiam omnes christianam
religionem professi, ratione utentes, sponte talia et taliter opérantes,
ac etiam talibus et taliter utentes, censendi sunt in christiana reli-
gione supersticiosi, censendi sunt ydolatre, censendi sunt demonum
invocatores et sunt in fide vehementer suspecti.
Fol. 30 v^-SI. Pas de titre. Ordonnance du chancelier de l'église
de Paris et de la Faculté de théologie sur divers points de foi. —
Pas de date, et, semble-t-il, incomplète :
Universis orthodoxe îîdei zelatoribus... cura integro divini cultus
honore... [A la fin :] Et iram dei graviter in eternum incurrisse nisi
ecclesiastica penitentia emendatur.
V. Fol. 31 v" et 32 et v°. Epitaphium fralris Thome Benedicti
546 NOTICE SDR LE MANUSCRIT LATIN 870
prions qondam hujus insignis ecclesie S. Genovefe'. 20 vers. —
Fin xv« siècle :
Inc. : Hic sunt in fessa vermes, cineres, simul ossa
Gujusdera [sic] dicti fratris Tlîome Benedicty.
Heu scrobis in fundo pulres[c]it vermiculosus,
Qui fuit in mundo nunc Iristis nuncque jocosus...
Expl. : 0 Genovefa pia, Pelre Pauleque, Virgo Maria,
Per vos sint iota vermosi crimina tota;
Sanctis omnibus exorantibus anime Xphiste,
Ut sine vermibus astet in diebus^ etheris iste.
•1403/26 dies marcii.
Cette épitaphe est reproduite au fol. 32 et v°, avec quelques
variantes, et une suite qui manque à la première copie :
Post sua funera rosaque viscera vermiculatus,
Per tua munera scandât ad ethera glorificatus ^
Vermigero, qui de sancto Laudo fuit ortus,
Sit faciès idide {sic) summi post hoc mare portus.
Amen.
Bis sex centeno centeno septuageno
ALque ter undeno fuit hic inhumatus in anno.
Vicesimum sextum numerabat marcius ortum.
Finis.
En marge, d'une autre écriture : anno ^403, 26 die marcii.
Au-dessous, d'une autre main : Finis coronat opus.
VI. Fol. 33-37. — Fundatio trium capellaniarum in ecclesia Abrin-
censi. — Copie du xv^ siècle des chartes dont suit l'analyse :
a) [Avranches]. ^25D. Septembre.
Cession par Richard, évèque d'Avranches, à l'église d'Avranches,
de trois maisons qu'il possède à Paris, rue des Saints Cosme et
Damien, dans la censive de l'église Saint-Marcel, pour la constitution
de trois bénéfices.
b) [Paris]. -1260. Avril.
Confirmation par le chapitre de Saint-Marcel d'un mandement de
l'évêque de Paris, du 7 novembre 1243, vidimant un bref du
1. Thomas Benoît est l'auteur d'une « ordenance de service » de Sainte-
Geneviève {Calai, des Mss. de la Bibl. de Sainte-Geneviève, t. I, p. 604).
2. Corr. edibus (2= épitaphe).
DE LA REINE CHRISTINE. 517
28 juillet ^245, par lequel le pape Innocent IV autorise la donation
par Richard l'Ange, chanoine d'Avranches, à l'église d'Avranches, de
maisons sises dans la censure de l'église Saint-Marcel, moyennant
une compensation à fixer.
c) Paris. ^309. Avril, 3, 10, n ou 24.
Vidimus, par la prévôté de Paris, d'un mandement de Philippe le
Bel aux bailli, prévôt et receveur de Gaen, par lequel il confirme la
cession par le chevalier Ghistelle à Robert, évêque de Goutances,
exécuteur testamentaire de son frère, Raoul d'Harcourt, chanoine de
Paris, et fondateur, au nom de ce dernier, d'un collège, de deux
cents livres de rente, assignées sur le Trésor de Paris, transporte
cette rente sur la prévôté de Gaen et en fixe les échéances.
d) [Goutances]. 13^0. Juin, 23.
Échange effectué par Robert, évêque de Goutances, exécuteur tes-
tamentaire de son frère, Raoul d'Harcourt, archidiacre de Gotentin,
et trois chapelains de Thôtel et de l'église d'Avranches, de 45 livres
parisis, à déduire des arrérages d'une rente de 200 assignée sur la
prévôté de Gaen, contre trois maisons sises à Paris, rue des Saints-
Gosme-et-Damien, et affectées à ces chapelienies.
Au v° du fol. 37, page informe d'essais d'écriture en français avec
la date du M janvier 1572.
VIL Fol. 38-45. — De la même main, d'une encre passée. —
xv" siècle.
Fol. 38-39. Statutum sacre facultatis théologie studii Parisiensis
super materia concepcionis Immaculate et gloriosissime Virginis
Marie matris Domini nostri et redemptoris Jhesu Ghristi. — Même
texte qu'aux fol. (i v°-7 r°.
Fol. 39-40. Magister Johannes Very ex ord"^ sacre facultatis théo-
logie dicat ea que sequntur. — Même texte qu'aux fol. U-i2.
Fol. 40-41 v°. Révocation de frère Jean Thomas : texte français
qui se retrouve dans 1' « Instrumentum revocacionis, » fol. 15-17.
Fol. 42-43. Texte des propositions que Jean Thomas aura à prê-
cher en conséquence de sa révocation.
Fol. 43 v°-45 v°. Poésies latines et françaises sur deux colonnes se
rapportant à la condamnation de Jean de Monlson < :
1. On trouvera tous les documents concernant la lutte entre l'Université de
Paris d'une part, Jean de Montson et les Dominicains de l'autre dans Denide,
Chart., t. III, n" 1557-1583. Jean de Montson, dominicain originaire d'Aragon,
à Paris dès 1376 (n° 1408, t. III, p. 229), avait avancé une douzaine de propo-
sitions, dont quatre touchaient au problème de la conception de la Vierge. Ce
548 NOTICE SUR LE MANUSCRIT LATIN 870
In latino super Jacobitis^
Fratres qui bini vadunt dicti Jacobini
Sunt turbo veri, quia sunt turljacio cieri ;
Vera refellentes, vitiosum dogma serentes
Virgine de propria Ghristi génitrice iMaria.
Sic se decipiunt, qui se reputant sapientes;
Sic se decipiunt, alios laqueare volenles.
Vera fides Geniti novit, noruntque periti
Quod summi patris nati caro sit caro matris :
Ob quod non voluit illam Deus incinerari-;
Ob quod non decuit culpa quoque generari.
Hinc canit ecclesia divino dogmate docta :
Sicut spina rosam, genuit Judea Mariam;
Sicut de spina prodit rosa nescia spine,
Sic fuit ex anima sancla Virgo nescia culpe.
Mundicie summe thalamuin decuit fore summum,
Summi summorum torum sine labe décorum.
Carnem virgineam matris divinificandam
Non reor esse ream, sed de omnibus esse beandam.
Hec matrem sola virgo privilegiari
iJebuit atque Stella speciali clarificari ;
Debuit ut decuit pre cunctis munda nitere,
Et Deus hoc potuit debuitque, prout puto, vere,
Hancque muniri tanta decuit bonitale,
Qua nequit inquiri major salva deitate :
Testes sunt horum miracula, visio multa.
n'est pas que Jean de Montson, toutefois, ail erré en disant que la Vierge avait
été conçue dans le péché, puisque le dogme de l'Imniaculée-Conception n'avait
pas encore été proclamé, mais bien en alGrmant qu'on péchait mortellement en
disant le contraire. Condamné par l'Université, Jean de Montson lui dénia
toute espèce de juridiction en matière de foi (1387-1388. T. 111, n" 1559,
p. 491-499). Les Dominicains qui l'avaient suivi dans son parti et abandonné
l'Université ne furent réintégrés qu'en 1403 (t. IV, n" 1781, p. 56-58).
1. Ce texte, très difficile à déchiffrer, contient un certain nombre d'obscurités
et plusieurs vers sont faux. Au-dessus du titre, une demi-ligne retournée :
Vach qui destruis templum Dei.
2. Incinerari dans le ms.
DE LA REINE CHRISTINE. 5<Î9
ERGO si sic, ita si[L] pro quia [sic] die, Jacobita,
Gur celi dominam culpe facis esse ialernam,
Gur facis horribilem, que gignens omnipotenlem
Nec primam similem visa est nec liabere sequenlem?
Gum meditans torres tam lurpia, numquam aborres
Subdi peccatis lemplum surame deifcatis.
Turpis turpia turpiter disseruisti.
2* COL. Vana superbia te cruciat, quia tu meruisti ;
Sic tibi Xristifera dédit ut jaclas scapulare.
Noxa mortigera cur vis illara maculare,
Justo judicio maculans hanc immaculatam;
Teque stetisse muet melius tibi credo fuisse
Que te nommer huet par ton orgueil meruisse^.
NUNQUAM tristaris quosciens (quoties) huetando vocaris
Huron Huet Hulin dam Huet Heurtebelin-,
Hic ex te disce quantum presumpcio cecat,
Obruit atque necat : discensque cito resipisce.
Sic fecit bis, ter frater tuus atque magister
Maistre Jehan Thomas qui tout mal doit faire mas.
Sic plures aUi milleque prius asseruerunt,
Retractaverunt hec bene Parisii.
Hec vexacio similis humacio sit tibi morum,
Emendacio, castigacio dogma [sic] tuorum.
VOS qui diligitis genitricem Gunctipotentis,
Ut dilectores diiecte detis honores,
Non incensati, sed amatores et amati
Gonceptus festum célébrantes ejus honestum.
Non [est] ille plus nec Virginis equus amator.
Qui non illius, conceptus est celebrator :
Que dico, dicit bene qui docuit, bene vixit,
Prudens Anselmus devotus episcopus almus.
0 mundissima, Sacratissima Virgo Maria,
Per te turbida reddat limpida vera Sophya.
0 Goncepcio, letificacio, gloria matrum,
0 Goncepcio, consolacio, plausio patrum,
Destrue scismata falsaque dogmata, purificato
1. Il ne s'agit pas du maître es arts Guillaume Huet, qui assista, le 30 mars
1430, à la rétractation du Dominicain Jean Sarrasin {Charl., t. IV, n° 2345,
p. 495). Le vers est souligné dans le ms.
-1904 30
350 NOTICE SUR LE MANUSCRIT LATIN 870
Corda venefica, dans bona celica, sive beato.
Hanc venerantibus atque coUentibus, o pie nate,
Da bona noscere, da bona vivere, da tua, da te.
Bis sex centenus centenus et octuagenus
44. Insuper octavus currebat temporis annus
Quo matrem vite dehonestantes Jacobite
Turbabant publiée studiura tune parisiense.
Turbentur gentes turbantes turbine mentes ;
Turbentur gentes pacem turbare volentes.
Cum sine pace bona bona non bona sunt neque digna,
Da pacis dona nobis, o Virgo Maria.
Amen.
2.
SOSPITATIS fuit nostre salubris incepcio
Dei matris illibate Marie concepcio.
Hanc elegit, preelegit Deus ab inicio,
Hanc sacravit, hanc aplavit pater suo filio.
Per Mariam mundi rei redit reparacio.
0 quam probat matrem Dei matris incorrupcio.
ERGO LAUDES proclamemus in ejus soUemnio.
Nam, ut morlem superemus immunis a vicio
Hodie processit ad conceptum.
Explicit.
Femina sola vale, que nomen habes spéciale
Feram sola Maris, sic Virgo Maria vocaris.
Da michi dona tria sanctissima Virgo Maria :
Da spacium vite, da divicias sine lite,
Regnum céleste post mortem da manifeste.
4.
2« COL. JE QUI SUYS NOMMÉE MARIE,
Et mère du filz au Roy céleste,
Qui trestous ceulx au ciel marie
DE LA REINE CHRISTINE. 55^
Qui mes amys vueillent estre,
Je veul et ordonne que mon son
Et que ma voix soit oye
Contre maistre Jehan de Montson,
Maistre en tlieologie,
Et contre tous les Jacobins
Qui se couvrent soulon sa baniere,
Frère Jacques ou frère Robins;
Contre eulx je di en telle manière.
Virgo Maria.
5.
TU QUI ton venin as vuidé
Sur moy, pour mectre en grand débat
Mes bons amys, as-tu cuidé
Quelx le puissent prendre en débat?
Certes, je ne le doybz pas faire,
Car tu as dit et fait les comptes
Que tous ceulx de quelque manière,
Clercs, laitz, empereurs, ducz et comptes,
Sont hereses s'ilz ne le croient
Péché en ma concepcion,
Donc toy et autres se dévoient
Croire celle decepcion :
Ordonnée fuz ains que nature
Fust oncques mise en ordonnance.
Se tu oncques en l'escripture
44 v". Veiz du livre de Sapience,
Je fuz de dieu prédestinée :
Si conçoipvent maint homme et femme;
Et fuz avant faicte que née.
Sans cause doncques me difTamez,
Et Dieu, qui feist et ciel et terre \
Je le te puys bien reveller,
N'eust jamais fait vaissel immonde
Et de moy pour son filz hosteller.
D'autres raisons ce trouveroye
1. Corr. monde.
352 NOTICE SUR LE MANUSCRIT LATIN 870
Assez, se les vouloye dire.
Tout appertement prouveroye
Toy eL tes frères descoufrir {sic)
Des autres erreurs que tu tiens.
Fors de ceste je me depporLe,
Car mon filz meclra tout a néant,
Ja Tordre ne sera si forte.
Mes Pen dit tout communément :
S^anch un en vostre ordre se boute :
C'est tout le premier serment
De maintenir cest erreur toute,
Ne son propos ne muera,
Ainsy les faictes-vous jurer,
Pour nul qui presche ou preschera
Pour feu ne pour mal endurer.
Tu donnes joies a mescreans
Par ta tresfaulse voulenté :
Quant ilz veoient que crestïens
Sont ainsy par toy tourmenté,
Orgueul et grant presumpcion.
Tout fait ceste chose en voir.
Pour ce de toute nacion.
Clercs et laitz t^ont prins a haïr,
2'' COL. Et ceulx avecque ton erreur
Veulent avecques toy maintenir,
Dont je leur feray tel terreur
Que en feu ce feray finir.
Se tes erreurs vouloye dire.
Si proprement que je les say,
Je feroye moult de gens rire.
Mes ne m'en quiers mectre en Tessay.
Sy en dirai ge ung petit,
Sans mentir et sans mectre glose.
Faulx semblant m'en donne .j. petit
Escript au livre de la Rose :
Vos chappitres faictes de nuyt
Ou tous secretz sont révéliez,
Que, qui soit n'a qui le munit,
Rien est l'ung a l'autre celiez.
DE LA REINE CHRISTINE. 553
Guides tu qu'il ne me souviengne
Du fait que pieça vous fesistes?
Dont vous portés encore renseigne,
Touteffoys que la messe dictes.
Apres pour quoy ton capulaire
N'est aussy long comme ta cocte?
Tu scez trop bien la cause taire,
Que n'ayes grand peinne ou riote.
Dy moy de la quinte euvangille,
Qui la feist et voult publier,
45. A Paris par toute la ville ?
Ce ne veulx je pas oublier,
L'an mil trois cens .V. et cinquante,
Si comme je le soy [sic] par escript.
Fut mys avant et par malle entente
Par les menistre[s] Antiécrist.
Tu scez bien, je n'en doubte mye.
Qui la feist et la controuva.
Mais l'université Parisie
La contredist et reprouva.
Se ung homme en* une foys maulvais,
L'en dist qu'il est a présumer
Soit de Rouem ou de Beauvaiz :
Toujours sont a tel pot humer.
L'ung de ces frères dit en ban
Que il monstreroit clerement
Ung sermon qu'il feist à Rouem
L'erreur de mon concepvement,
Et voulloit que s'il y avoit faulte
Que chascun Tappellast Huet.
Mes en sa grand chaire haulte
Ne peut parler ne que ung muet.
Pour ce liuet l'en vous appelle,
1. Lisez : est.
554 NOTICE SUR LE MANUSCRIT LATIN 870
Dont a bon droit estes huez.
Par tout semeray la nouvelle,
Se ton propos n'est remuez :
HUEZ trestous huans huez.
Que povez bien huer Huet,
2^ COL. Qui ne peult trop [estre] huez
Gil par qui venu le hu est.
Mon amy est cil qui hault hue.
Huet en huant huera,
Huet et son frère dam Hue,
Qui grand fain de moy huer ha.
Tu qui me honores, aymes et prises.
Se tu oneques bien hault huas,
Mon plaisir est en toutes guises
De hault huer, se hault hu as.
Je commande a Tuniversilé
Qu'a Huet face huement
Et hue hault par la cité,
Huant que frère Hue ment.
Certes se tu as guerre prinse.
Longuement tu ne peulx durer
Contre les laictz et gens d'église :
Ailleurs le convient pasturer.
Bien pert que tu n'es pas trop sage
D'estre en tes erreurs singuliers
Et les maintenir par oultrage
Contre tous clercs et séculiers.
Bien voys-tu que l'as esmeii :
Tu es excommuniez;
Par tous pais sera sceû :
H ne peult pas estre nyez.
8.
LE JOUR de S' Symon et Jude
Mil trois cens quatre vingtz et uit,
En grève ou les clercs de l'estude
De Paris furent presque tuit
Assemblez pour autre hérite
v°. Qui la estoit sur eschalfauz,
DE LA UKIIVE CHRISTINE. 555
Qui tenoit autre erreur mal dicte,
Dont li fut ars son livre faulx.
Après ce Tuniversité
Monstra l'excommuniment
Pour excommunier par vérité
Monlson au raide entendement.
Premier Tevesque de Paris
L'excommenia proprement :
Son propos ne fut pas taris,
Mais le pronunça haultement.
Le second fut l'inquisiteur
Des bougres, ce peut l'en sçavoir,
Qui après en fut recileur,
Quelque gré qu'il en peult avoir.
Le tiers fut d"'Aucerre l'evesque :
La sentence après eulx dite a,
Et devant tous le procès presque
Du dit Jacobin recita.
Tout ce fut fait en la présence
De personnes plus de .xx. mille
Qui trestous faisoient sillence,
Pour ouyr la sentence ville.
Tes frères le denunceront :
Par court de Romme y sont contrains,
Par tous les sermons qu'ilz feront,
Je de tout fait ne le restrains.
De l'université maint homme
2® COL. Sont esbahis de ta folye,
Tant pour toy et pour Tordre comme
Du grand estât de théologie.
ToutefToys doibtz tu bien seavoir
Que je ne quiers point de vengence
Ne ne veul rien de ton avoir,
Fors du mal vraye repentence.
Et pour ce, se te veulx retraire
De ceste erreur 1res ville et orde,
536 NOTICE SUR LE MS. LATIN 870 DE LA REINE CHRISTINE.
Vers moy pourras Jjien ta paix faire
De pécheur miséricorde.
^o.
FINGENS sincera de Virgine dicere vera
Falsus doctor Huet fulminis igné ruel.
Hic Huet elatus ad dogmata falsa paratus
Gecidit in laqueum ; pena tenebit eum.
Explicit de Huet Huet predicator[e].
Ego sum pastor ovium scribitur luporum capitulo primo secun-
dum rapaces.
VIII. FoL 46-73. — Titre au fol. 46 : les Papes, ex libris Johan-
nis Le Feron Garlopolitani^ — v° blanc. — Fol. 47 : Gronice Roma-
norum pontificum. Jhesus Xpristus fîlius dei primus et summus
pontifex... [de Bernard Gui] 2.
Va jusqu'à Jean XXII inclus. — Fol. 73 : Dominus Johannes
papa xxij^ apud Avinionem canonizavit et sanctorum confessorum
cathalogo annotavit sancLum Thomam de Aquino ord. predicatorum
a felici ejus transilu de hoc mundo anno quinquagesimo decur-
renle^. Finis. Benedictus duodecimus.
Fine écriture du iV siècle. Annotations et numérotations margi-
nales.
Georges Bodrgin.
1. Bibliophile du xvi° siècle dont la Bibliothèque nationale possède plusieurs
manuscrits. Voir le Cabinet des manuscrits, t. II, p. 377.
2. Cette copie est signalée i>ar M. L. Delisle, Notice sur les inss. de Bernard
Gui, dans Notices et extraits des manuscrits, t. XXVII, 2'' partie, 1879, in-4°,
p. 239.
3. Saint Thomas, mort en 1274, fut, en effet, canonisé la cinquantième année
après, en 1323.
UN OUVRAGE INÉDIT
DE
PIERRE D'AILLY
LE DE PEUSECUTIONIBUS ECCLESIJE.
Chancelier de l'Université de Paris, évêque de Cambrai, car-
dinal, en même temps que théologien, savant et littérateur,
Pierre d'Ailly est un des hommes qui ont le plus pensé et écrit
durant les vingt-cinq dernières années du xiv^ siècle et les vingt
premières du xv^ Bien que l'attention depuis longtemps ait été
fixée sur lui et que des études consciencieuses lui aient été con-
sacrées tant en Allemagne qu'en France, il n'est pas surprenant
que le catalogue de ses ouvrages ne soit pas encore définitivement
dressé.
Le dernier de ses traités, et non le moins curieux, a échappé
aussi bien aux recherches de M. l'abbé Salembier* qu'à celles du
D"' Tschackert^ Il est intitulé De Persecutionïbus Ecclesiœ.
Il couvre vingt- huit feuillets^ d'un petit manuscrit du
xv** siècle'*, de provenance inconnue, aujourd'hui conservé à la
Bibliothèque de Marseille (n° 1156). A la suite de ce traité, on lit,
dans le même volume, sous le titre d'Eœpositio super tria can-
tica Evangelii, trois ouvrages connus de Pierre d'Ailly, le Trac-
tatus super cantico B. Mariœ, le Ty^actatus super cantico
1. Petrus de Alliaco, Lille, 1886, in-8°.
2. Peter von Ailli, Golha, 1877, in-8°.
3. Les fol. 1-8 et 11-30. Intercalés mal à propos, les fol. 9 et 10 contiennent
un fragment d'un autre traité.
4. Il mesure 202 millimètres sur 136.
358 UN OOVRAGE INÉDIT DK PIERRE D AILLY.
Zachariœ et le Tractatus super cantico Simeonis, tous trois
édités à Strasbourg, en 1490, dans le recueil intitulé Pétri de
Alliaco tractatus et sertnones.
L'attribution à Pierre d'Ailly du De Persecutionibus
Ecclesiœ ne peut non plus faire aucun doute. Le nom du car-
dinal se lit dans le titre qui suit le préambule (fol. 1 r") : Inci-
pif tractatus de Persecutionibus Ecclesiœ a do7nino Petro
cardinali Cameracensi. En outre, aux fol. 26 v° et 27 r°, l'au-
teur du De Persecutionibus renvoie en ces termes à deux de
ses précédents traités : « Sicut notavi in tractatu de Legibus et
sectis... Sicut declaravi in tractatu de Concordia theologiœ et
astronomiœ... » Or, ce sont là deux ouvrages connus de Pierre
d'Ailly, l'un qui a été publié par EUies du Pin dans le tome P'"
des (Euvres de Gerson (p. 778 et suiv.), l'autre, intitulé plus
habituellement Vigintiloquiwn de concordia astronomicœ
veritatis cum theologia, dont il existe une édition vénitienne
remontant à 1494. J'ajoute que tout le passage du fol. 26 v° qui
suit les mots cités plus haut est textuellement emprunté à un troi-
sième ouvrage de Pierre d'Ailly, la Concordantia astronomiœ
cum historica narratione^.
Ces divers emprunts ou citations, outre qu'ils établissent l'au-
thenticité du De Persecutionibus Ecclesiœ, prouvent que cet
ouvrage appartient à la dernière période de la vie de Pierre
d'Ailly; \q De Legibus et ^ec^i^ ne fut, en effet, composé qu'en
1410; le Vigintiloqiiiuni et la Concordantia sont l'un et
l'autre de 1414. Mais un autre passage du De Persecutionibus
fournit à cet égard une indication plus précise. Je lis au fol. 30 r° :
« Tune lex christiana ab anno praesenti, qui est millesimus qua-
dringentesimus decimus octavus, non esset ultra annos quadra-
ginta duos duratura. » Ainsi, c'est en l'année 1418 que Pierre
d'Ailly écrivit le De Persecutionibus Ecclesiœ. Il avait alors
soixante-huit ans et était presque parvenu au terme de sa car-
rière. Postérieurement à cette date, on ne cite de lui qu'une
courte Apologia defensiva astronomiœ^ et qu'une lettre qu'il
écrivit, sur le même sujet, à Gerson^ Notre traité serait donc,
comme je le disais en commençant, le dernier ouvrage de longue
1. Cf. Bibl. nat., ras. lat. 3123, fol. 60 v°.
2. Bibl. nat., nis. lat. 2692, fol. 145-147.
3. Genonii opéra, t. I, p. 226.
UN ODVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLY. 559
haleine composé par Pierre d'Ailly. L'ècrivit-il à Constance, où
les travaux du Concile venaient de se terminer, ou étaient sur le
point de finir? L'écrivit-il à Avignon, où la volonté de Martin V
paraît l'avoir envoyé terminer ses jours comme légat? C'est ce
qu'il n'est guère possible de déterminer. En tous cas, Pierre
d'Ailly étant mort, à Avignon, le 9 août 1420, le manuscrit
contenant son dernier ouvrage sera entré en la possession de
quelque communauté provençale, d'où il aura passé à la biblio-
thèque de Marseille.
Le De Persecutionibus Ecclesiœ traite d'une question qui
avait à maintes reprises préoccupé Pierre d'Ailly et qui tenait
une large place dans la pensée de ses contemporains, la question
de l'Antéchrist et de la fin du monde.
Cet ouvrage se divise en trois parties. Dans la première, l'au-
teur rend compte de diverses interprétations dont avait été l'objet
l'Apocalypse de saint Jean. Dans la deuxième, il interprète lui-
même la cinquième vision de cette Apocalypse comme l'annonce
du Grand Schisme d'Occident. Dans la troisième, enfin, il traite
de l'époque de la venue de l'Antéchrist et de la destruction de l'Is-
lamisme, en s'appuyant cette fois sur des considérations astrolo-
giques.
Une opinion communément admise à cette époque était que le
secret de la fin du monde se trouvait contenu dans le mystérieux
livre du voyant de Pathmos. Saint Jean, dit Pierre d'Ailly, l'em-
porte sur les trois autres évangélistes dans l'art de révéler les
secrets divins : il doit l'emporter également sur tous les prophètes
de l'ancienne Loi dans l'art de révéler les secrets de l'avenir.
Mais autant était grande la confiance dans l'Apocalypse, autant
étaient nombreuses les manières de l'interpréter.
Pour les uns, toutes les prédictions de l'auteur sacré se rappor-
taient à la persécution finale de l'Antéchrist. Ce système-là,
Pierre d'Ailly l' écartait résolument ; il lui semblait inadmissible
qu'un prophète tel que saint Jean eût passé sous silence tant de
grands événements qui avaient déjà marqué dans l'histoire de
l'Église : le schisme grec, la translation de l'Empire aux Francs,
l'invasion de Chosroès II, le développement de l'Islamisme, etc.
Sa tendance, et celle de graves auteurs qui l'avaient précédé,
était, au contraire, de rechercher dans les vingt premiers cha-
pitres de l'Apocalypse des allusions aux événements connus des
560 m ODVRAGE INÉDIT DK PIERRE d'iILLY.
siècles déjà écoulés. Ici encore cependant se manifestaient des
divergences.
Dans un ouvrage qui fît autorité, le Franciscain Pierre Auriol
reconnaissait, à travers le langage figuré de saint Jean, l'an-
nonce de tous les grands faits de l'histoire religieuse et même
politique*; avec une complaisance qui ne se lassait pas, il décou-
vrait des allusions à chacun des empereurs, aux principaux con-
ciles ; il croyait voir apparaître jusqu'aux figures d'Astolphe et
de Pépin le Bref; mais, à partir des croisades et du xiii® siècle,
le récit, suivant lui, sautait sans transition aux temps de l'Anté-
christ. C'est que Pierre Auriol écrivait en 1319 : il ne songeait
pas que l'histoire et, par suite, la vision inspirée pouvaient encore
se prolonger quelque peu après lui.
Nicolas de Lyre, qui vint ensuite, fit une plus large part aux
événements futurs : il admit que les chapitres x à xx de l'Apoca-
lypse contenaient l'annonce de faits qui n'étaient pas encore
accomplis de son temps.
Quant à Pierre d'Ailly, il avait, de plus que Nicolas de Lyre,
l'expérience des calamités qui avaient fondu sur la chrétienté à
partir de la seconde moitié du xiv® siècle : aussi trouvait-il aisé-
ment dans les événements qui s'étaient déroulés soit avant lui
soit sous ses yeux la réalisation de toutes les prophéties contenues
dans l'Apocalypse jusqu'au chapitre xviii.
Son système, qui se rapprochait plus de celui de Pierre Auriol
que de celui de Nicolas de Lyre, consistait à partager l'histoire de
l'Église en six périodes correspondantes aux six visions de l'Apo-
calypse'^ Les quatre premières coïncidaient avec celles qu'avait
indiquées Pierre Auriol : les grandes persécutions des empereurs
païens, l'apparition des liérétiques, les invasions de Chosroès II
et des Mahométans, la querelle des Investitures en étaient les
événements les plus saillants^. Mais la cinquième période, au
1. « Dici polest quod quicquid ibi historiée describilur, in hoc libro pro-
phetice continelur. »
2. Une autre division en six Ages ne comprenant pas seulement l'histoire de
l'Église, mais embrassant toute l'histoire du monde, était celle à laquelle
Bède le Vénérable avait attaché son nom (De VI xtatibus mundi). Ces six
périodes étaient les suivantes : 1° d'Adam à Noé; 2° de Noé à Abraham;
3° d'Abraham à David; 4° de David à la captivité de Babylone; 5° de la capti-
vité à la Nativité; 6° de la Nativité à la fin du monde.
3. D'une manière plus précise, la première période, correspondant aux
chap. iv-viiT, 1, de l'Apocalypse (vision des sept sceaux), allait de la fondation
UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLT. 56 i
lieu de se terminer avec le xiif siècle, comme il semblait résulter
du texte de Pierre Auriol, s'étendait jusqu'au xv'' et comprenait la
redoutable et toute récente épreuve du Grand Schisme d'Occident.
Comment, alléguait Pierre d'Ailly, supposer que saint Jean
n'ait rien prédit d'une telle calamité, qui dure depuis plus de qua-
rante ans, et que d'autres prophètes de moindre importance ont
annoncée? Ces derniers mots se rapportent aux prédictions de
saint Cyrille, de Joachim de Flore et de sainte Hildegarde, qui
passaient pour contenir de nombreuses allusions aux événements
du Grand Schisme. Pierre d'Ailly n'en découvrait pas moins
dans les chapitres xvii et xviii de l'Apocalypèe. La « grande
prostituée » avec laquelle « les rois de la terre ont commis la for-
nication » (xvii, 1, 2) n'est autre, suivant lui, que la partie de
l'Église qui est responsable du Grand Schisme et qui l'a entretenu
grâce à la faveur des rois et des princes de la terre. Cette
femme est assise sur une « bête, » c'est-à-dire appuyée sur
une grande puissance séculière qui use d'un pouvoir déraison-
nable et tyrannique. La bête est de couleur écarlate, parce que
les tyrans ont, pendant le Schisme, versé à flots le sang chrétien.
Quant à la prostituée, elle est vêtue de pourpre, allusion à la
grande puissance, à la richesse excessive de l'Eglise. Il faut
ajouter que, d'après notre auteur, le Grand Schisme était le châ-
timent de l'Eglise romaine qui, depuis le schisme oriental et la
perte de Jérusalem, s'était trop préoccupée de ses intérêts tempo-
rels, recherchant dans ce dessein la faveur des monarques, mais
négligeant la réduction des schismatiques grecs, le recouvrement
des Lieux saints, la conversion des Infidèles, d'une manière
générale, tous les intérêts spirituels de la chrétienté. Ce qui
prouve, continue Pierre d'Ailly, que la « prostituée » du cha-
pitre XVII ne doit pas s'entendre littéralement de la ville de Baby-
lone, c'est que sur son front est inscrit le mot Mysterium; c'est
quelque grande cité mystique, non point seulement, comme on
l'a dit, Rome, où le Schisme a pris naissance, mais toute l'obé-
dience schismatique ou, d'une manière plus générale, tout ce que
Pierre d'Ailly appelle « l'Eglise des méchants, Ecclesia inali-
de l'Église à Julien l'Apostat; la deuxième, correspondant aux chap. viii-x
(vision des sept anges portant les sept trompettes), s'étendait jusqu'à Justinien
ou Maurice; la troisième, annoncée dans le chap. xii, allait de Phocas à Cons-
tantin VI, fils d'Irène; la quatrième enfin, correspondant au chap. xv (vision
des anges portant des coupes), allait de Cliarlemagne à l'empereur Henri IV.
362 UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLY.
gnantium. » Il revient plus loin à la première de ces interpré-
tations, qui flattait ses préjugés de partisan de la papauté avi-
gnonnaise, et il se plaît à reconnaître dans la « grande
prostituée » l'Eglise romaine, qui étend son autorité spirituelle
et même, au dire de ses flatteurs, sa souveraineté temporelle sur
les princes de ce monde. Quant à l'Auge qui descend du ciel, en
criant : « Elle est tombée, la grande Babylone! » (xviii, 1, 2),
Pierre d'Ailly n'a pas, comme on pourrait le croire, l'audace de
se reconnaître en lui ; mais il est tenté de l'assimiler à quelqu'un
des saints personnages qui ont « prédit » le Grand Schisme d'Oc-
cident, saint Cyrille ou saint Methodius.
Dans l'avenir, il croit voir encore annoncée par l'Apocalypse
la victoire définitive des Chrétiens sur les Musulmans : l'armée
chrétienne, « toute blanche de sainteté, » est figurée par le
« cheval blanc » du chapitre xix, verset 11 ; elle sera commandée
par le roi des Grecs ou le roi des Romains, assisté d'un saint
prélat, que saint Jean représente sous les traits d' « un ange debout
dans le soleil » (xix, 17). Enfin, au chapitre xx, verset 7, Pierre
d'Ailly découvre l'annonce de l'apparition de l'Antéchrist; un peu
plus loin (xx, 11), celle du Jugement dernier.
Le plus intéressant serait de fixer la date de cette crise suprême.
Plus d'un auteur s'y est essayé en s'appuyant précisément sur ce
passage de l'Apocalypse. Le verset 7 du chapitre xx, rapproché
du verset 2, semble contenir en eflet une indication chronolo-
gique, qu'on n'a eu garde de néghger : « Et après que les
mille ans seront accomplis, Satan sera délié, et il sortira de sa
prison... » Nombre de commentateurs ont été convaincus qu'il y
avait là, inscrite de la main même de saint Jean, la date précise
de l'apparition du fameux Antéchrist. Mais quel sera le point de
départ de ces mille ans? Là recommence la difficulté. Est-ce la
naissance de Jésus-Christ? Est-ce la mort du Sauveur? Est-ce le
baptême de Constantin? Tous ces systèmes ont eu leurs parti-
sans, mais sont maintenant discrédités, par la raison que le x", le
xi^ et le xiv" siècles se sont écoulés sans que se produisît la venue
de l'Antéchrist. Pierre Auriol et Nicolas de Lyre ont bien pro-
posé comme points de départ, l'un la victoire de Calixte II sur
l'empereur Henri V dans la Querelle des Investitures, l'autre
l'approbation des ordres de saint Dominique et de saint François.
Mais Pierre d'Ailly ne trouve pas ces faits assez considérables
pour avoir pu être annoncés en ces termes par saint Jean. Il
UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLT. 563
conteste notamment que la puissance du démon ait été plus
réfrénée par les deux ordres des Dominicains et des Franciscains
que par les autres, fait remarquer que plusieurs de ces religieux
ont joué un rôle néfaste dans le Grand Schisme et qu'en tous cas
les frères Mineurs ou Prêcheurs paraissent -aujourd'hui bien
déchus de leur pureté primitive et de la sainteté de leurs premiers
fondateurs. Son avis est qu'il faut maintenir la naissance du
Sauveur comme point de départ des mille années de l'Apocalypse,
mais attribuer à ce nombre une valeur indéterminée. C'était déjà
l'opinion de Nicolas de Lyre, et Pierre Auriol disait lui-même :
« Laissons à l'Esprit-Saint le soin d'interpréter ce mystérieux
nombre! »
Il y a encore dans l'Apocalypse un autre chiffre dont on a cru
pouvoir déduire, non pas précisément la date de la fin du monde,
mais l'époque d'un événement qui, suivant l'opinion générale,
devait précéder la venue de l'Antéchrist : je veux parler de la
défaite définitive de l'Islamisme. C'est celui qui est contenu dans
le verset 18 du chapitre xiii : « Que celui qui a l'intelligence compte
le nombre de la Bête. . . ; son nombre est 666. » De modernes inter-
prètes rapportent ce nombre à Néron; au moyen âge, on l'appli-
quait assez volontiers à la durée de la religion de Mahomet.
Cependant, Pierre d'Ailly faisait remarquer que cette secte avait
déjà vécu bien plus de 666 ans : de là nouvelle difficulté. Certains
auteurs croyaient s'en tirer en alléguant que l'Islamisme, éva-
noui, ou peu s'en faut, après la mort de Mahomet, ne s'était
reconstitué et développé que beaucoup plus tard ; il fallait donc
reculer, suivant eux, le début de la loi sarrazinoise jusqu'à
l'époque de la rédaction définitive du Coran. Mais Pierre d'Ailly
trouvait cette argumentation faible et cet expédient insuffisant.
II constatait que le Mahométisme aurait dû, même dans cette
hypothèse, disparaître avant l'époque où il écrivait, si sa durée
n'avait été que de 666 ans, que, loin de s'acheminer vers son
déclin, il faisait de nouveaux progrès, notamment parmi les
Tartares. Notre auteur arrivait enfin, pour le nombre 666, à la
même conclusion que pour le nombre 1,000, et ne faisait, d'ail-
leurs, que suivre en cela le prudent exemple de Pierre Auriol :
« Laissons, disait-il, à l'Esprit-Saint le soin d'expliquer ce
nombre! »
Après avoir en vain consulté l'Ecriture, Pierre d'Ailly recou-
rait à une autre source d'information : il s'adressait aux astro-
564 UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'iILLT.
logues. Son propre penchant n'était que trop d'attribuer aux
astres une influence décisive sur les faits du monde sublunaire,
bien qu'en sa qualité de théologien orthodoxe, il réservât les
droits de la liberté humaine. Il paraît cependant que cette liberté
s'accommodait de l'action que les planètes passaient pour exer-
cer sur les religions vraie ou fausses. Pierre d'Ailly, à cet
égard, professait, comme Roger Bacon, les théories les plus
étranges, qu'ils empruntaient l'un et l'autre, en grande partie,
au fameux astronome du ix^ siècle, Abou Maschar Djafar ibn
Mohammed, autrement dit Albumazar. Il y a six sectes ou reli-
gions principales, dont l'éclosion coïncide avec les conjonctions de
Jupiter et des six autres planètes. La religion juive est figurée par
la conjonction des planètes Jupiter et Saturne^; la religion chal-
déenne par celle de Jupiter et de Mars ; la religion égyptienne
par celle de Jupiter et du Soleil, à moins que celle-ci ne désigne
la religion chrétienne, qui, suivant d'autres astronomes, est
représentée par la conjonction de Jupiter avec Mercure; celle de
Jupiter et de Yénus désigne sans conteste la religion musulmane,
« quae tota est venerea, » et enfin la conjonction de Jupiter avec
la Lune se rapporte à la dernière des sectes, à celle de l'Anté-
christ^. Dans un de ses traités antérieurs au De Persecutioni-
bus^, Pierre d'Ailly avait expliqué en quoi ces théories lui
paraissaient pouvoir s'accorder avec la foi; Guillaume d'Au-
vergne, qui, au xuf siècle, les avait rejetées en bloc, s'était
montré pour la science astronomique d'une sévérité excessive :
la vérité devait être dans le juste milieu. En tout ce qui concerne
leur développement naturel, les lois et sectes pouvaient fort bien
être subordonnées de quelque manière à la puissance des astres.
Cette subordination s'imposait pour toutes les lois et sectes d'ori-
gine humaine ou diabolique, telles par exemple que l'Islamisme.
Elle ne s'appliquait pas aux lois ou religion d'origine divine, en
tant que celles-ci procèdent miraculeusement de la libre volonté
du Créateur.
Ces principes une fois posés, il est clair que la connaissance
1. Cf. N. Valois, Guillaume d'Auvergne, p. 306.
2. Suivant une prédiction anonyme postérieure à 1378, la venue de l'Anté-
christ doit se produire en 1385 et coïncider avec une conjonction de Jupiter et
de Saturne (Bibl. nat., ins. fr. 1094, p. 206).
3. De Legibus et sectis, dans Gersonii opéra, 1. 1, c. 779, 783, 786, 788, 789,
791.
UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'IILLT. oG5
du mouvement des planètes ou, du moins, des astres qui por-
taient ce nom dans le système de Ptolémée, devait permettre à
Pierre d'Ailly de calculer approximativement l'époque de la
venue de l'Antéchrist. Effectivement, entre l'année 1693, où
devait, suivant ses calculs, avoir lieu, à peu près, la huitième
« grande conjonction » de Jupiter avec Saturne, et l'année 1789,
où Saturne devait achever sa dixième révolution, Pierre d'Ailly
entrevoyait une période critique. Ce serait le moment de la
rétrogradation de l'orbe supérieur ou huitième sphère, qui, comme
ces autres phénomènes, indiquait un changement dans les sectes.
« Si donc, écrivait-il, le monde dure jusque-là, ce que Dieu seul
sait, il se produira à ce moment de nombreux, grands et mer-
veilleux changements, surtout dans les lois et les sectes. Ce sera
peut-être vers ce temps qu'apparaîtra l'Antéchrist. » Étrange
pronostic qui a fait dire que notre auteur avait, grâce aux
lumières que lui fournissait l'astrologie, prédit la Révolution
française! Cette annonce un peu vague de 1789 se trouve une
première fois dans la Concordantia astronomiœ cum histo-
rica narratione , qui date de 1414; et le même passage a été
reproduit tout entier, en 1418, dans le De Persecutionibus
Ecclesiœ^.
Sur la date de la défaite du Mahométisme, Pierre d'Ailly espé-
rait aussi trouver quelque renseignement précis dans les écrits
des astrologues. Mais, suivant son maître Albumazar, la durée
du règne de l'Islamisme n'aurait dû être que de 693 ou de
584 ans. Or, un bien plus grand nombre d'années s'était écoulé
déjà, au temps de Pierre d'Ailly, depuis la fondation du Maho-
métisme, et notre auteur éprouvait à expliquer ces chiffres d' Al-
bumazar le même embarras qu'à interpréter le nombre 666 de
l'Apocalypse. Il en venait à se demander s'il ne fallait pas faire
partir ces 584 ou ces 693 ans de l'époque de la plus grande
extension du « royaume des Arabes, » c'est-à-dire seulement de
la lin du xi® ^cle; mais il demeurait perplexe, d'autant que,
par un autre calcul, Albumazar assignait 1,460 ans à la durée
de la religion chrétienne et qu'en appliquant le même principe à
1. C'est ce qui me fait croire que les notes rectificatives qu'a signalées
M. l'abbé Salembier (p. 188) d'après le ms. 828 de Cambrai et le nis. 21198 de
Bruxelles ou ne sont pas de Pierre d'Ailly ou ne se rapportent pas spéciale-
ment à ce passage.
^904 37
566 UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLY.
la religion mahomêtane, on serait arrivé à faire durer celle-ci
1,151 ans.
Ces difficultés inextricables auraient dû dégoûter Pierre
d'Ailly des spéculations astrologiques aussi bien que de l'inter-
prétation aventureuse de l'Apocalypse. L'une et l'autre méthodes
étaient également impuissantes à lui livrer le secret que son
esprit curieux poursuivait avec acharnement, la date delà fin du
mondée Après la faillite de l'exégèse, c'était la failhte de l'as-
tronomie.
Notre auteur ne voulut pas pourtant s'avouer à lui-même
l'inutilité absolue de ses recherches. Le De Persecutionibus
Ecclesiœ, au lieu d'enregistrer un résultat entièrement négatif,
se termine par cette conclusion, qui manque de précision, mais
surtout de logique : « On peut, dit Pierre d'Ailly, d'après ce qui
précède, former vraisemblablement le soupçon qu'avant cent ans
il se produira un grand changement dans les lois et les sectes, par-
ticulièrement au sujet de la loi et de l'Eglise de Jésus-Christ. »
Avant cent ans, c'est-à-dire avant 1518 : c'est le temps des pre-
mières révoltes de Luther. Avec un peu de complaisance, on
pourrait dire que Pierre d'Ailly a prédit la Réforme, ainsi que la
Révolution française. Mais sur quel fondement repose cette
annonce, puisque les nombres de l'Apocalypse et les chiffres
d'Albumazar ont été reconnus inapplicables, et que, d'autre part,
Pierre d'Ailly, par ses calculs astrologiques, est arrivé à consi-
dérer comme époque critique plutôt le xviif siècle? Il faut
admettre qu'il a énoncé ce chiffre de cent ans un peu au hasard
et seulement pour justifier sa recommandation finale : « Que les
chrétiens se préparent courageusement à supporter les tribula-
tions ! » ou bien qu'ayant reconnu dans le Grand Schisme d'Oc-
cident la réalisation des prédictions des chapitres xvii et xviii de
l'Apocalypse, il a estimé qu'un siècle serait plus que suffisant
pour amener l'accomplissement du reste des prophéties du voyant
de Pathmos.
Il dit quelque part que l'apparition de l'Antéchrist ne semble
pas encore proche 2; ailleurs, qu'on ne peut, par des moyens
1. Dès 1385, il avait insisté, dans un sermon pour le premier dimanche de
l'Avent, sur l'utilité qu'il y aurait à pronostiquer l'époque de lu fin du monde.
N'étail-il pas ridicule que l'Église l'annonçât toujours, sans pouvoir jamais en
préciser la date? [Tractalus et ssrmones, Strasbourg, 1190, in-fol.)
2. De Persecutionibus Ecclesiœ, fol. 5 v".
DIV OUVRAGE INÉDIT DE PfERRE d'aILLT. 567
humains, arriver à connaître avec certitude l'époque de sa
venue'. Mais il se laisse influencer moins par des raisons que par
des impressions et aboutit à une conclusion, en somme, assez
pessimiste.
Cette disposition d'esprit n'est pas nouvelle cliez Pierre d'Ailly.
Dès 1385, il déclarait, dans un sermon, que plusieurs signes pré-
sageaient alors l'approche du Jugement dernier, et le Grand
Schisme, déjà commencé, lui faisait craindre que ce ne fût la divi-
sion terrible, la persécution schismatique que certains prophètes
avaient annoncées comme devant précéder la venue de l'Anté-
christ. La même idée reparaît dans le De Falsis prophetis , dont
la date est incertaine^, et dans la Concordantia astronomiœ
cum historica nai^ratione, qui est de 14143. Saint Paul
n'avait-il pas prédit qu'une « discessio » précéderait la venue de
l'Antéchrist (2 Thess., 3)? D'anciens interprètes, notamment
Adson, l'auteur du traité classique De Antichristo, avaient
entendu par là une séparation des royaumes chrétiens d'avec
l'empire romain ; mais il pouvait s'agir aussi d'un schisme reli-
gieux, d'une soustraction d'obédience à l'autorité ecclésiastique,
et, en ce cas, les contemporains du Schisme d'Occident n'avaient-ils
pas ce signe sous leurs yeux ^ ?
1. Ibid., fol. 26 v°. — C'est l'idée qu'il avait développée, dès 1379, dans son
sermon sur saint Dominique (Tractaius et sermones). Rappelant toutes les sup-
putations qui s'étaient trouvées successivement démenties, il prouvait l'impos-
sibilité de calculer la durée du monde et citait les paroles du Sauveur :
« Non est vestrum scire tempora et momenta quae Pater posuit in sua pote-
state » [Act., I, 7). Dans un autre sermon prêché, en 1385, pour le premier
dimanche de l' Avant, il revenait sur la même idée, citait le texte de S. Marc
(XIII, 32) : « De die illa et hora nemo scit neque angeli in cœlo, neque Filius,
nisi Pater, » déclarait également impuissantes à cet égard la philosophie, l'as-
trologie et l'exégèse, et relevait notamment l'erreur d'Arnauld de Villeneuve,
qui avait annoncé l'Antéchrist pour environ 1375.
2. Opéra Gersonii, t. I, c. 517.
3. Ms. lat. 3123, fol. 61 r°.
4. « Formidandum est ne istud sit illud Magnum Scisma quod esse debeat
preambulum advenlui Antecliristi, de quo multa scripserunt S. Hildegardis et
venerabilis abbas Joachim et quidam alii qui futura eciam mala quasi pro-
phète providerunt. De quo Scismate ipse apostolus Paulus, ubi de adventu
AntichrisU loquitur, antea prophetasse videtur, dicens illum non esse ventu-
rum nisi venerit discessio primum, etc. : quod exponunt sapienles de diflini-
tiva discessione, id est scismatica divisione, vel subtractione obedientie ratione
Ecclesie seu Romani Imperii. »
5G8 UN OCVRAGE INEDIT DE PIERRE D AILLT.
On le voit, depuis plus de trente ans, l'idée que le Schisme
rendait vraisemblable l'approche des derniers temps poursuivait
Pierre d'Ailly, et, quand il se fut persuadé que cette calamité
correspondait aux prédictions des derniers chapitres de l'Apo-
calypse, il ne fut que plus disposé à croire à la prochaine venue
de l'Antéchrist. C'est le moment où il écrivit son De Persecu-
tionïbus Ecclesiœ; c'est aussi la dernière période de sa vie.
On trouvera sans doute beaucoup de puérilité dans ces cal-
culs, beaucoup de naïveté dans ces raisonnements, et l'on sera
tenté de sourire de ces petits côtés d'un grand esprit. Il y a pour-
tant lieu de remarquer que, malgré ses tendances pessimistes et
en dépit de sa curiosité inlassable, le cardinal de Cambrai
demeura dans le doute et dans le vague, n'osant rien affirmer
de la date de la fin du monde, si ce n'est qu'il était impossible de
la préciser.
C'est là une prudence relative et une discrétion bien remar-
quables, si on les met en regard des affirmations téméraires
d'un Joachim de Flore, d'un Arnauld de Villeneuve ou même
d'un saint Vincent Ferrier.
Ils furent plus nombreux qu'on ne croit dans l'Église du
moyen âge les penseurs et les théologiens qui, par leurs déné-
gations prudentes ou sim})lement par leurs hésitations, contri-
buèrent à rassurer les âmes timorées contre la crainte d'un
prochain cataclysme.
N. Valois.
DE PEBSECUTIONIBUS ECCLESIjE.
[Fol. \ r°.] Sequens Iraclatus de Persecutionibus Ecclesie très par-
tes continet principales :
Prima pars est preambula, sex continens consideraciones ad intel-
ligenciam secretorum libri Apocalipsis.
Secunda pars quintam Apocalipsis visionem applicat ad persecu-
cionem Ecclesie sub Magno Scismale, ipsiusque Scismalis et aliorum
malorum inde sequentium progressus describit usque ad ultimam
persecucionera Antichristi. Et hec pars subdividilur in quatuor,
Diy OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLY. 569
secundiim quocl ad hanc materiam applicantar quatuor libri Apoca-
lipsis, capitula videlicet xvii, xviii, xix atque xx.
Tercia pars tractât de tempore adventus Antichristi et de fine seu
destructione secte perfidi Machoraeti, notando circa hec astronomi-
cas conjecturas.
Incipit tractatus de Persecutionihus Ecclesie a domino Petro car-
dinali Gameracensi.
De persecutionihus Ecclesie aliqua precognoscere perutile est fide-
libus ad eorum pacienciam roborandam... Hac igitur ratione nonnul-
las super hiis considerationes recoUigere dignum duxi, quibus, velut
quibusdam inteliigencie clavibus, sécréta libri Appocalipsis circa
futurum Ecclesie statum poterunt reserari.
Prima consideracio. In primis ergo considerandum est quod in
libris tam veteris quam novi Testamenti multa de hujusmodi perse-
cutionibus prophetice scripta leguntur, et maxime in libro Appoca-
lipsis...
[Fol. 2 r°.] Secundo considerandum est quod, sicut B. Johannes
in revelacione archanorum divinorum precessitomneseuvangelistas,
sic in revelatione futurorum ceteros excessit prophetas...
Et exponitur de tirannorum persecucionibus que principales [fue-
runt] a principio nascentis Ecclesie. Postea in vu" capit., postquam
descripta est acerbitas persecutionis, consequenter describitur suavi-
tas consolacionis, que facta est tempore Gonstantini, Hélène filii.
Deinde viii° capit., postquam in apercione sex sigillorum descripta
est Ecclesie pugna contra tirannos, consequenter sub apericione sep-
timi sigilli describitur pugna contra hereticos. In x'' vero et xi° capi-
tulis, postquam descripta est Ecclesie multiplex tribulacio, conse-
quenter describitur ejus consolatio. In xii° autem capitulo, descripta'
inpugnacione Ecclesie ab hereticis proprie dictis, postea describitur
ejus inpugnacio ab hereticis large dictis, id [est] paganis, Sarracenis
et scismaticis; et hoc fit usque ad xvii cap., ubi describitur plaga
septima magis in speciali, scilicet plaga secte Machometi. Et hoc
secundum illos qui dicunt quod totus liber Appocalipsis ad litteram
ab hoc loco usque ad illum Et cum. consummati fuerunt mille anni,
circa médium xx cap., fuerit adimpletus jam diu tempore preterito,
scilicet tempore canonizacionis SS. Francisci et Dominici, sicut ad
litteram hune locum exposuit venerabilis doctor Petrus Aureoli, in
suo Compendio Biblie, quem eliam secutus esteximius doctor Nyco-
laus de Lira, licet in hoc passu eum reprendit, ut infra patebit.
[Fol. 3 r^] ... Unde per hoc refellitur modus exponendi quorum-
570 UN OUVRAGE INEDIT DE PIERRE D'ilLLF.
dam secundum quem Iota hec prophecia versaretur circa persecucio-
nes quas inferet Anlichristus, et sic obmitterentur multa et maxima
que circa Ecclesiam tempore intermedio evenerunt et evenient. Maxi-
mum quippe fuit de separatione Grecorum ab unitate Ecclesie et de
translatione Inperii, de persecutione etiam quam intulit Gosdre in
christianos, qui cepit Jherusalem, et ab oriente, scilicet a Perside
usque in Siriam Ecclesiam devastavit; de persecutione insuper quam
intulit Machometus, qui maximam christianitatis partem ad infideli-
tatem convertit. Gum igitur hec et plura alla notabilia circa Eccle-
siam contigerunt, non videtur rationabile quod a Johanne omissa
fuerint in sua prophetia. ... Unde patet quod racionabile est et utile
concordare cum ipsa prophetia historias de preterito, in quibus nota-
bilia que contigerunt Ecclesie conscribunlur, ut quidquid ibi histo-
riée narratur in hoc libro prophetice contineatur.
[Fol. 4 r°.] Sicut hec prophetia in vi visiones divisa est, sic pro-
portionaliter status Ecclesie secundum descriptionem historiarum
dividi potest in vi tempora, per similitudinem qua status totius
mundi dividitur in sex etates. Primum tempus fuit a fundatione
Ecclesie per apostolos et discipulos usque ad Julianum Apostatam,
in quo tempore Ecclesia extitit quasi clausa et sigillata sub persecu-
tione imperatorum paganorum. Et totum istud tempus prophetice
predicitur in prima visione que est de vu sigillis, de qua agitur a
iv» cap. usque ad principium viii', ubi dicitur : Et vidi angelos stan-
tes, etc. Secundum tempus fuit mortuis Juliano, Joviniano et Valen-
tiniano imperatoribus usque ad Justinianum imperatorem vel usque
ad Mauricium. ... Et totum istud tempus prophetice continetur in
ija visione, que est de vu angelis cum tubis, quia in hoc tempore fuit
Ecclesia sub persecutione hereticorum. ... Tercium tempus fuit a
Foca imperatore, qui successit Mauricio, usque ad Gonstantinum,
quem excecavit H^'rene, mater sua, cujus tempore Grecorum impe-
rium translatum est in Karolum Magnum. Et hujus temporis decur-
sus describitur a xii" cap. sub tertia visione, que est de permissione
signorum... Illo namque tempore Ecclesia passa est persecutionem
draconis, scilicet Gosdroe, et bestiarum, scilicet Machometi et Sarra-
cenorum. [Fol. 5 r°.] Quartum vero tempus fuit a Karolo Magno,
primo imperatore germano, usque ad Heynricum quartum, impera-
torem, in quo tempore Ecclesia fuit sub quibusdam plagis... Et hoc
totum prophetice predicitur in iv^ visione, que est de septenario
angelorum cum phialis et plagis, et incipit a xv» cap. Quintum tem-
pus fuit a tempore Heynrici predicti et durât, secundum expositio-
UN OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLY. 57^
nem Aureoli, usque ad tempus Antichristi et ultimi Judicii, in quo
terapore Ecclesia qaandoque victoriam habuit de Babilone et muliere
meretrice, id est de secta Machometi sub Godefrido et Balduino, regi-
bus Jherusalem, et quandoque succubuit. Et hoc tempus, secundum
hune doctorem, describitur in v* visione, que est de dampnalione
mulieris meretricis. Et incepit a cap. xvii° usque ad locum illum Et
cum consummati fuerint mille anni, ubi agitur de advenlu Anti-
christi. Sed hec expositio inferius reprobatur, et ideo exponetur ista
Visio de Magno Scismate, quod erit preambulum ad Antichristi
adventum. Sextum vero tempus erit a persecutione Antichristi et a
die Judicii usque ad consummacionem ministe(te)riorum Dei et glo-
riam Paradisi. Et hoc tempus descril^itur in vi* visione, que est de
statu universi post Judicium et speciaiiter de descriptione civitatis
nove et suorum ornamentorum, quod refertur ad premium et retri-
bucionem justorum.
[Fol. 5 v.] Sexto circa premissa considerandum est quod illud
quod dictum est de v^ visione secundum Aureolum ... non potest
habere omnimodam veritatem... In cap. xviii", ubi secundum illam
expositionem agilur de punitione secte Sarracenice sub nomine Babi-
lonis, plura dicuntur ex quibus videtur inteliigi totalis ejus destruc-
tio... Constat eliam quod ibi plura scribuntur que de nuUo illorum
regnoram possunt exponi, sed solo Ghristo... Secunda ratio contra
expositionem prediclam est quia, secundum eam omnia scripta in
111° capitulis, scilicet a xvii° cap. usque ad xx", ab annis pluribus
sunt conpleta, littera vero sequens exponiturab omnibus de tempore
Antichristi, cujus adventus adhuc non apparet propinquus. Et ideo
quod de statu Ecclesie quantum ad contingentia in tanto intermedio
tempore nichil scripserit Johannes, non videtur conveniens, maxime
cum multa poslea valde notabilia circa Ecclesiam contigerint, et pre-
cipue illud Magnum Scisma, quod jam xl annis duravit etamplius :
de quo verisimile est Jhoannem in hoc libro prophetasse, cum dica-
tur communiler a doctoribus quod in eo scripsit notabiliora circa
Ecclesiam contingencia usque ad mundi terminum. Cum insuper
B. Cirillus et venerabilis abbas Joachim ac S. Hildegardis de hoc
Magno Scismate multa predixisse legantur, propter hec igitur,
et alla multa que dici possent contra expositionem prediclam,
videtur prefato Nicolao de Lira quod tota littera a principio
x' cap. usque ad locum istum Et cum consummati fuerint tnille
anni, ubi describitur perseculio Antichristi, nundum sit inpleta. Et
concludit idem doctor : « Quia non sura propheta, nec fdius pro-
572 m OUVRAGE INÉDIT DE PIERRE d'aILLY.
phete, nolo de fuluris aliquid dicere nisi illud quod a Scriptura
Sancta vel dictis sanctorum et doclorum auLteiiticorum elici potesL,
propler quod exposilionem dicte liUere sapiencioribus dimillo. » Sed
nichilominus credo quod, si tantus doctor vidissetpredictum Scisma
aliasque innumeras notabiles turbaciones, sediciones et guerras que
generaliter a tempore suo universam christianitatem et specialiler
christianissimum Francie regnum atrociler vexaverunt, non omisis-
set de hiis allqua scribere et ad ea expositionem hujus prophecie
applicare. Licet enim doctor theologus non habeat donum prophétie,
tamen habere potest donum intellectus ad intelligenciam propheLa-
rum, sicut de abbate Joachim dicit venerabilis Guillelmus Parisien-
sis. Ideo, si de hiis aUqua scribant theologi, non débet teraerarium
judicari...
[Fol. 20 v".] Postquam in precedentibus descripta est Ecclesieper-
secutio et lurbatio scismatica ipsiusque pugna atque Victoria, conse-
quenter in xx° cap. describitur ipsius pax et vera concordia. Sed
hujus pacis premittitur quoddam preambulum, videlicel Salhane
aUigacio per Cohibetur ejus malicia. Et vidi, inquit, angelum des-
cendentem de celo. Ubi notandum quod Aureolus hoc exponit de
Calixto papa et Heinrico imperatore hujus nominis quinto, qui,
cogente eum papa sub interminatione anathematis, renunciavit sue
consuetudini qua usi fuerant imperatores, scilicet investiendi episco-
pos et abbales per bacukim et anulum...
[Fol. 2\ v°.] Sed hanc exposilionem reprobat Nicolaus de Lira,
propter hoc maxime quia hoc Sathana alligato per mille annos dici-
tur hic quod post hec oportet solvi illum modico tempore. Quod
exponunt omnes doclores de Anlichrisli tempore, in quo laxabitur
polestas demonisaddecipiendum génies. Etideoquod hic per Salha-
nam intelligatur Romanus imperator vel ejus imperiura, nimis
extorta videlur exposicio. Propler quod dicit iste doctor quod expo-
nendo islam lilleram lamquam inplelam de preterilo, videlur mehus
exponi de papa Innocencio qui approbavil ordines fralrum Minorum
et Predicatorum, per quorum doctrinam et predicationem Ecclesia
est quodammodo renovata et polestas demonis est reslricta. Unde
multe demonum illusiones que anle tiebanl cessaverunt. ...
[Fol. 22 r^] Sed hec exposicio sicut nec precedens videtur conve-
niens, quia hec polestas ligandi demonem de qua fit hic sermo non
videtur attribuenda Galixlo pape aut Innocentio vel alleri homini
puro, sedsoli Ghristo, qui est deus et homo. ... Insuper non vide-
tur quod per prediclos duos ordines magis repressa fuerlt potestas
UN ODVfiAGE INÉDIT DE PIERRE D^AILLY. 573
demonis quam per alios, nec magis post eorum institucionem quam
ante, maxime tempore hujus Scismatis, cujus fautores fuerunt
plures dicLorum ordinum. El ideo extorla videtur expositio Aureoli
super verbo quod infra scribitur : Hec est resurrectio prima, ubi
dicit quod per institucionem harum duarum religionum tota cliris-
tianitas videtur resurrexisse cum Ghristo... Temerarium enim esset
dicere quod illi ordines vel ipsorum professores essent in gratia con-
firmati, cum jam a primitiva sua perfectione atque puritate et suo-
rum primorum fundatorum sanctitate multum cecidisse videantur...
[Fol. 24 V.] Has autem gentes vocat Goc et Magoc. Unde volunt
aliqui dicere quod ista est gens Tartarorum quam intra montes Gas-
pios Alexander inclusit, et hoc dixisse videtur Metiiodius, ut supra
patet. Isti autem circa annum ^240 de montibus illis egressi vasta-
verunt Georgiam, Armeniam majorera, Indiam et Turquiam...
atque usque ad fines Germanie pervenerunt. Et cum anelent ad
obtinendam monarchiam, volunt aliqui dicere quod isti introducturi
sunt Antichristum, quod hic Johannes videtur innuere. Sed Augus-
tinus dicit quod gens Gog et Magog non débet intelligi unus populus
aut una gens, sed totum corpus diaboli, scilicet hominum iniquo-
rum... Et huic sentenlie Augustini concordat horum nominum inter-
pretatio...
[Fol. 25 v°.] De tempore vero adventus ejus videtur dicere idem
Methodius quod erit circa fmem septimi miliarii annorum mundi.
Et, ut supra tactum est, ista septem miliaria annorum incipit con-
putare post ducentos annos ab Adam. Unde videtur quibusdam quod
de hoc ultimo miliario hic dicitur : Et cum consummati fuerint
mille anni. De quo etiam supradictum est : Donec consummentur
mille annij et post hoc oportet illum solvi modico tempore. Ideo
videtur dubium a quo tempore hii mille anni debeant conputari ; et
manifestum est quod non possunt inchoari a nativitate Ghristi, quia
jam multo plures transierunt, et nundum apparuit Antichristus. Et
ideo alii inchoaverunt a babtismo Gonstantini sub tempore pape Sil-
vestris. Sed jamab iilo tempore plures quam mille anni transierunt,
et sic jam Antichristus deberet esse natus. Propter quod certitudo
istius numeri magis est Spiritui Sancto reservanda, ut dicit Aureo-
lus; vel dicendura quod hic non ponuntur anni mille pro numéro pre-
ciso; sed, ut dicit Nicolaus de Lira, sumitur pro toto tempore Ghristi
quod currit usque ad Antichristum, etponitur hic numerus determi-
natus pro indeterminato, sicut sepe fit in divinis Scripturis.
[Fol. 26 v".] Sciendum tamen est quod, licet de adventus Anti-
574 DN OUVRAGE IXÉDIT DE PIERRE d'aILLY.
christi determinato tempore vel momenlo haberi non possiL humani-
tus certiludo, sicut alibi declaravi, tamen indelerminale loquendo
possunt nolari aliqua tempora circa que polest haberi probabilis con-
jectura de ejus adventu et secta per astronomica judicia... Notandum
insuper quod, sicut declaravi in tractalu de Concordia théologie et
astronomie^ aprincipio mundi solum fuerunt septem conjunctiones
maxime Saturni et Jovis. Octava autem erit, si Deus voluerit, anno
ab initio mundi septies milleno quadragesimo, a diluvio 4798,
a Christi incarnatione ^693 vel circiter. Et post illam erit comple-
mentum decem revolulionuni Salurnalium anno Christi 17S9, et hoc
erit post dictam conjunctionem per annos 97 vel prope. Et interdic-
tam conjunctionem et illud complementum dictarum decem revolu-
cionem erit status octave spere circiter per annos 25, ut ibidem
declaravi,
Hiis itaque presuppositis, dico quod, si mundus usque ad illa tem-
pora duraverit, quod solus Deus novit, multe lune et magne ac
mirabiles alterationes mundi et mutaciones future sunt, et maxime
circa leges et sectas. Nam cum predicta conjunctione et illis revolu-
cionibus Saturni ad hoc concurrel revolucio seu reversio superioris
orbis, id est octave spere, per quam, sicut et per alia premissa,
cognoscitur sectarum mutacio, ut notavit Albumazar, libro de Maynis
conjunctionibiis, tractatu ii", différencia ultima, circa flnem. Unde ex
hiis proba[bi]liter concluditur quod forte circa illa tempora veniet
Antichristus cura lege sua vel secla dampnabili. Quia, secundum
astronomos, post Macometum erit aliquis potens qui legem fedam et
magicam constituet, et hic erit Antichristus..."^.
[Fol. 30 v°.] Ex premissis igitur astronomicis conjecturis non
videtur possibile aliquid cerlum concludere. Sed tamen ex hiis et
aliis supra scriptis probabilis haberi potest suspicio quod infra
annum centesimum ab anno presenti magna Oet alteracio circa leges
et sectas, et specialiter circa legem et Ecclesiam Christi. Et hoc ali-
qualiter precognoscere expedit, ut ad tribulationum pacienciam se
conslanter préparent cbristiani.
Explicit tractatus de Persecufionibus Ecclesie.
1. Cf. Bibl. nat., ms. lat. 3123, fol. 60 v°.
2. Ibid., fol. 62 r.
BULLES PONTIFICALES
SUR PAPYRUS
(IX^-XF SIÈCLE).
Les plus anciennes bulles pontificales, dont les originaux aient
été conservés, ne remontent pas plus haut que le début du
ix*" siècle; on n'a de celles du viii'^ siècle que des copies anciennes
et non point des originaux. Toutes ces bulles nous sont parve-
nues transcrites sur de grandes feuilles de papyrus, mesurant un
ou plusieurs mètres de longueur, à l'imitation sans doute des
diplômes impériaux, suivant un usage emprunté à la cour de
Byzance et qui paraît s'être perpétué dans la chancellerie ponti-
ficale jusqu'aux premières années du xf siècle. Pour donner une
idée de leur rareté, il sufiîra de dire qu'on n'en connaît pré-
sentement, entières ou à peu près, que vingt-trois : dix en
Espagne*, huit en France^, trois en Italie^, deux en Allemagne;
1. Deux bulles sur papyrus pour l'abbaye de Ripoll, l'une du pape Agapet II,
de décembre 951 [Regesta, n" 3655), l'autre du pape Serge IV, de novembre
1011 {Regesta, n" 3974), ont disparu depuis l'incendie de l'abbaye en 1835. —
Dès le milieu du xviii* siècle, le marquis de Lliô comptait en Espagne douze
bulles sur paj)yrus {Real Academia de buenas letras de la ciudad de Barce-
lona, 1756, t. I, p. 322-324).
2. Une autre bulle du pape Agapet H pour l'abbaye de la Grasse, de décembre
951 {Regesta, n" 3656), conservée jadis aux archives de l'Aude, à Carcassonne,
puis envoyée à Paris et déposée dans la bibliothèque du Louvre, y a péri dans
l'incendie de mai 1871. — On peut également rappeler ici le fragment de
lettre, qui n'est pas, à proprement parler, une bulle, du pape Adrien 1°', vers
788 [Regesta, n» 2462), conservé à Paris, aux Archives nationales, K. 7, n" 9^
(anc. L. 220, n° 1), ainsi qu'un autre fragment de bulle (cité par M. L. Delisle
dans le Bidletin historique du Comité, 1885, p. 158), provenant de l'abbaye de
Saint-Denys et conservé aussi aux Archives nationales. Deux autres petits frag-
ments de bulles, Tun peut-être du pape Christophe, conservé à la bibliothèque
municipale d'Amiens, l'autre du pape Léon IX, conservé au Musée Crozatier au
Puy, sont mentionnés plus loin, en notes, sous les n°» 3 et 16.
3. On conserve dans les archives de la basilique de Monza un petit fragment
576
BULLES PONTIFICALES SDR PAPYRDS.
il n'y en a aucune en Angleterre. Cette rareté s'explique aisé-
ment, autant parce que les dimensions extraordinaires de ces
actes en rendaient la conservation particulièrement difficile que
parce que l'extrême fragilité de la matière, sur laquelle leur
texte était transcrit, devait en hâter encore la destruction.
^.
Pascal l"
(819),
2'"40 X 0'^30.
Ravenne.
2.
LÉON IV
(830),
0'"38 X 0^37.
Rome.
3.
Benoît III
(833),
6'"30 X 0™68.
Amiens.
4.
Nicolas I"
(863),
1'"22X O^SI.
Paris, Arch.
nat.
5.
Jean VIII
(876),
3'"20 X 0'"33.
Paris, Bibl.
nat.
6.
Etienne V
(891),
1'"30 X 0'»31.
Berlin.
7.
FoRMOSE
(892),
I-^SS X 0'^'31.
Gerona.
8.
FORMOSE
(893),
1'"52X0™32.
Paris, Arch,
, nat.
9.
Romain
(897),
1'"60 X 0'"43.
Gerona.
^o.
Jean XIII
(971),
1'"98 X 0'"64.
Vick.
u.
Jean XIII
(971),
2"M2 X 0'"63.
Vie h.
^2.
Jean XIII
(971),
1"'60 X 0"M>2.
Vie h.
\3.
Benoît VII
(978),
1'"33 X 0'"65.
Vich.
^4.
Jean XV
(993),
0"'27 X 0'"26.
Dijon et Paris.
^3.
Grégoire V
(998),
2™41 X 0'"69.
Vich.
16.
SiLVESTRE II
(999),
1'"32 X O^oO.
Paris, Bibl.
nat.
n.
SiLVESTRE II
(1001),
2""()2 X 0'"73.
, Urgel.
18.
SiLVESTRE II
(1002),
0'"94 X 0'"73.
Barcelone.
19.
Jean XVIII
(1004),
1'"32 X 0'"27.
Bergaine.
20.
Jean XVIII
(1007),
1'"43 X 0"'71.
. Barcelone.
21.
Serge IV
(10H),
, 0""97 X 0'^70,
. Perpignan.
22.
Benoît VIII
(1017)
, 1™66 X 0'"40
. Paris, Bibl.
nat.
23.
Benoît VIII (1
020-22)
, 1m33 X 0'"38
. Hanovre.
Il a semblé que la récente acquisition pour la Bibliothèque
nationale d'une grande bulle sur papyrus du pape Benoît VIII'
était l'occasion de publier, après les études que leur ont déjà cou-
de dix lignes d'une lettre du pape Grégoire P"^ à la reine Théodelinde (Marini,
Papiri, p. 89, n° LUI, et p. 242) -, le même Marini possédait un fragment de
bulle du pape Jean XI, de 933-934 {Papiri, p. 89, n° LU, p. 242, et pi. I). Cf.
Pflugk-Hartlung, lier ituUcnm, p. 763, et Historisches Jahrbuck, 1884, p. 403,
note 2.
1. Journal des Savants, novembre 1903, p. 635-638; Bibliothèque de l'École
des chartes (1904), t. LXV, p. 377-382.
IX*-Xl^ SIÈCLE. 577
sacrées MM. J. von Pflugk-Harttung* et H. Bresslau-, un nou-
veau catalogue de ceux de ces vénérables monuments qui sont
parvenus jusqu'à nous et qui ont depuis longtemps attiré l'atten-
tion des diplomatistes et des paléographes.
H. 0.
CATALOGUE DES BULLES PONTIFICALES
SUR PAPYRUS
DU IX« AU XF SIÈCLE.
1. — Pascal V, pour l'église de Ravenne; 11 juillet 819. —
Regesta, n°2551 {Hist. Jahrb., V, n° 1).
RAVENNE, archives de rArchevêché. — Haut. : 2'"40 5 larg. :
0™50.
Fac-sim. Nouveau traité de diplomatique, V, ^80 (pi. 78); N. L.
der Diplomalik, VII, 300 (pi. 78); Muratori, Rerumital. script., II,
I, 220 (pi.); Gloria, Paleografla, p. 632 (pi. 22); Pflugk-Harttung,
Specimina, p\. i.
Édit. Rossi, Hist. Ravenn., p. 237-, Ughelli, Italia sacra, II,
344; Muratori, Rerum ital. script., II, i, 220-, Mansi, XIV, 375;
Mariai, n** XI, p. ^2 et 22^ -, Migne, GII, 1089; Bull. Rom., I, 267.
2. — LÉON IV, pour une église inconnue ; septembre 850. —
Regesta, n° 2606 {Hist. Jahrb., n° 2).
ROME, bibliothèque du Vatican. — Haut. : O^-SS; larg. : 0"37;
avec bulle de plomb.
Fac-sim. Mabillon, De re diplom., p. 36, 40 et 438 (pi. 47);
Marucchi, Monum. papyr., p. i et 25 (pi.); Pflugk-Harttung, Spe-
cimina, pi. i.
1. Pûpsillche Original-UrJiunden und Scheinoriginale, dans VHislorisches
Jahrbuch d" la Société de Gôrres, l. V (1884), p. 489-575. Cf. du même, Die
Bullen der Papste Ois zum Ende des zwolfien Johrh. (Gotha, 1901, in-S").
2. Papyrus und Pergament in der pCipstlichen Kanzlei bis zur Mitte
des 11. Jahrliunderts, dans les Miltheilungen fur œsterreichische Geschichts-
forschung, t. iX (1888), p. 1-33. Cf. aussi P. Kehr, Ueber eine roinische
Papyrusurkunde im Staatsarc/iiv zu Marburg (Berlin, 189G, in-4'').
578 BELLES PONTIFICALES SDR PAPÎRCS.
Édit. Doni, Inscr. antig., p. 467; N. Tr. de diplomatique, V,
^83; iV. L. der Diplomatik, VII, 312; Marini, n° XII, p. 14 et 222;
Migne, CXV, 665; Bull. Bom., I, 185; Marucchi, Monum. paptjr..,
p. 25.
3. — Benoît III, pour l'abbaye de Corbie; 7 octobre 855. —
Regesta, n'^ 2663 {Hist. Jahrh., n° 3)'.
AMIENS, bibliothèque municipale, ms. n° 526. — Haut. : e-^SO;
larg. : 0'"68.
Fac-sim. Mabillon, De re diplom., p. 436 (pi. 47); N. Tr. de
diplomatique, V, 184 (pi. 79); N. L. der Diplomatik, VII, 313
(pi. 79); GhampoUion-Figeac, Chartes, pi. 11 et 12; Fac-similés
lithogr. de l'École des charLes, n°' 22-23 ; Pflugk-Harllung, Speci-
mina, pi. 2.
ÉDIT. D'Achery, Spicil., VI, 397 (III, 343); Mansi, XV, 113;
Cocquelines, I, 185; Marini, n" XIV, p. 17 et 222; Migne, CXV,
693, et CXXIX, 1001 ; GhampoUion-Figeac, Doc. inéd. hist., I, 349;
Bull. Bom., I, 295; Leviilain, Chartes de Corbie, p. 266.
4. — Nicolas P^ pour l'abbaye de Saint-Denys; 28 avril
863. — Regesta, n" 2718 {Hist. Jahrh., n° 4).
PARIS, Archives nationales, K. 13, \f 10^ (anc. n" L. 220, n° 2).
— Haut. : 1'"22; larg. : 0™31.
Fac-sim. Mabillon, De re diplom., p. 440 (pi. 48); N. Tr. de
diplomatique, V, 186 (pi. 80)-, N. L. der Diplomatik, VII, 314,
(pi. 80); Letronne et Tardif, pi. 48; Fac-similés lithogr. de FÉcole
des chartes, n» 221 ; Pflugk-Harttung, Specimina, pi. 3. Cf. N. de
Wailly, Èlem. depaléogr., t. I, p. xii, n°' 6 et 6 bis.
Édit. Doublet, Hist. de S. Denis, p. 454; Félibien, Ilist. de
S. Denis, preuves, p. 73; Marini, n" XVI, p. 25 et 222; Tardif, Mon.
hist., p. 124; Migne, CXIX, 819.
5. — Jean VIII, pour l'abbaye de Tournus; 15 octobre 876.
— Regesta, n° 3052 {Hist. Jahrh., n" 6).
PARIS, Bibliothèque nationale, ms. latin 8840 (anc. Supplément
latin 881). — Haut. : 3^20 (coupé en 8 fT.); larg. : 0'"55.
1. Un fragment de bulle pontificale sur papyrus, aujourd'hui complètement
illisible, que l'on a attribué au pape Christophe et rapporté à l'année 908,
est conservé avec la bulle de Benoît III; voy. Catalogue général des manus-
crits, t. XIX, p. 274-275.
IX*-XI^ SIECLE. 579
Fac-sim. Ghampollion-Figeac, Charte latine (J835), et Chartes,
pi. -1-9; Fac-similés lilhogr. de l'École des chartes, n°' 24 a 32;
SilvesLre, Paléographie univ., t. III, pi. 233; Pflugk-Harttung, Spe-
cimina, pi. 4-6.
Édit. Ghifflet, Histoire de Tournus, p. 2-19; Jjienin, Nouv. hist.
de Tournus, preuves, p. 96; Mansi, XVII, 250; Cocquelines, 1, 210;
Marini, n° XVII, p. 26 et 222; Ghampollioii, Charte latine; Migne,
GXXVI, 686; Bull. Rom., I, 338.
6. — Etienne V, pour l'abbaye de Neuenheerse; mai 891.
— Regesta, n° 3468 [Hist. Jahrb., n° 7).
BERLIN, archives de l'État. — Haut. : -l^iSO; larg. : 0™3I.
Fac-sim. Kopp, Appar. diplom., I, Urkund., n" -14; Pflugk-Hart-
tung, Specimina, pi. 8; Dieiiamp, Westf. Urkund. Buch., suppl.,
1, 5^.
Édit. Comment. Soc. scient. Gotting. récent. (1820), IV, -152;
Erhard, Regesta, I. Cod. dipL, p. 38; Migne, GXXIX, 815; von
Lôher, Archiv. Zeiischr., III, 34.
7. — FoRMosE, pour l'église de Gerona; 892. — Regesta,
n° 3484.
GERONx\, archives capitulaires. — Haut. : i"55; larg. : 0"'3I.
Édit. Martène et Durand, Vet. script, ampl. collectio, I, 239;
Mansi, XVIII, -103; Marini, n° XX, p. 28 et 223; Migne, GXXIX,
84i; Merino, Espana sagrada, XLIII, 387; Bull. Rom., I, 368.
Cf. Bresslau, Mittlieil. fur œst. Geschichtsf., IX, 3.
8. — FoRMosE, pour l'abbaye de Saint-Denys; 15 octobre
893. — Regesta, n" 3497 {Hist. Jahrb., n° 8).
PARIS, Archives nationales, R. 15, n" 3^ (anc. L. 220, n" 3;
Musée étranger, n" -137). — Haut. : Im52; larg. : 0n»32.
Fac-sim. Pflugk-Harttung, Specimina, pi. I,
Édit. Pflugk-Harttung, Acta pont. rom. inedita, 1, 6; cf. Hist.
Jahrb., II, ^09.
9. — Romain, pour l'église de Gerona; octobre 897. —
Regesta, n° 3516.
GERONA, archives capitulaires. — Haut. : -l™60; larg. : 0"'43.
Édit. Marca, Marca hispanica, p. 834; D. Bouquet, IX, 207;
Mansi, XVIII, -188; Gocquelines, I, 233; Marini, n' XXI, p. 29 et
580 BULLES PONTIFICALES SDR PAPYRUS.
223; Migne, GXXIX, 86^ ; Bull. Rom., I, 376. Cf. Bresslau, Mittheil.
fur œst. Geschichtsf.., IX, 4.
10. — Jean XIII, pour l'église de Yich; janvier 971. —
Regesta, n" 3746.
VIGH, archives capitulaires. — Haut. : ^"98; larg. : 0™64 -, avec
bulle de plomb.
Édit. Diago, Hist. de Barcelo7ia^ p. ly^; Martène et Durand, Vef.
script, ampl. collectio, J, 323; Cocquelines, I, 2G7; Mansi, XVIII,
489; Pujades, Cronica, VI, -172; Florez, Espana sagrada, XXV,
^02; Migne, GXXXV, 983; Bull. Rom., I, 425.
11. — Jean XIII, pour l'église de Vich; janvier 971. —
Regesta, n° 3747.
VIGH, archives capitulaires. — Haut. : 2"'I2; larg. : 0'"63; avec
bulle de plomb.
Édit. Villanueva, Viage literario, VI, 277.
12. — Jean XIII, pour l'église de Vich; janvier 971. —
Regesta, n" 3750.
VIGH, archives capitulaires. — Haut. : -l^eO; larg. : 0'"62; avec
bulle de plomb.
ÉDIT. Florez, Espana sagrada, XXVIH, 242; Migne, GXXXV, 988.
13. — Benoît VII, pour l'église de Vich; 25 février 978. —
Regesta, u° 3794.
VIGH, archives capitulaires. — Haut. : ^"55; larg. : O^eS; avec
bulle de plomb.
Édit. Florez, Espaiîa sagrada, XXVIII, 254; Migne, GXXXVII,
329.
14. — Jean XV, pour l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon;
26 mai 995. — Regesta, n" 3858 {Hist. Jahrb., n" 12).
DIJON, bibliothèque municipale, ms. 909, et PARIS, Bibliothèque
nationale, ms. nouv. acq. lat. ^609. — Haut. : 0°'27, 28 et 27; larg. :
0'"24, 25 et 26 (3 fragments).
Pac-sim. DeUsle, Mélanges de paléogr., pi. 3; Pflugk-Harttung,
Specimina., pi. 8.
Édit. Delisle, Mélanges de paléogr., p. 38; Pflugk-Harttung, Acta
pont. rom. médita, 1, iO. Gf. Lœwenfeld, Hist. Jahrb., II, HO.
IX*-XI^ SIÈCLE. 58^
15. — Grégoire V, pour l'église de Vich; mai 998. —
Regesta, n° 3888.
VIGH, archives capitulaires. — Haul. : 2«'h\\ larg. : 0™0'J; avec
bulle de plomb.
Édit. Mansi, XIX, 227; Florez, Espana sagrdda, XXVIII, 257;
Migne, GXXXVII, 928.
16. — SiLVESTRE II, pour l'église du Puy ; 23 novembre 999.
— Regesta, n° 3906 {Hist. Jahrb., n" 13)».
PARIS, Bibliothèque nationale, ms. nouv.acq. lat. 2507. — Haut. :
^■"32; larg. : 0"^50.
Fac-sim. Delisle, Bibl. de V École des chartes, XXXVII (^876),
p. ^08; Rec. de fac-sim,. de U École des chartes., pi. 32; Pllugk-Hart-
tung, Specimina, pi. 9.
ËDiT. Gallia christiana, II, 226; Mansi, XIX, 244; Migne,
GXXXIX, 274; OUeris, Gerberi, p. ^46-, Delisle, l. L, p. -109. Gf.
Ewald, Neues Archiv, IX, 323 et 329; J. Havet, Comptes-rendus de
VAcad. des inscriptions, ^887, p. 98, et Œuvres, t. II, p. 472.
17. — SiLVESTRE II, pour l'église d'Urgel; mai 1001. —
Regesta, n° 3918.
URGEL, archives capitulaires. —Haut. : 2'"62; larg. : 0'"75.
Édit. Marca, Marca hispanica, p. 957; Gocquelines, I, 30i -, Migne,
GXXXIX, 278; OUeris, Gerbert, p. -163; Brutails, Bibl. de l'École
des chartes, 1887, p. 521. Gf. Ewald, Neues Archiv, IX, 334.
18. — SiLVESTRE II, pour l'abbaye de S. Cugat del Vallès;
décembre 1002. — Regesta, w" 3927 {Hist. Jahrb., n° 14).
BARGELONE, archives de la couronne d'Aragon. — Haut. : 0"94;
larg. : 0'"73.
Gf. Ewald, Neues Archiv, VI, 392, et IX, 327.
19. — Jean XVIII, pour l'église d'Isernia ; octobre 1004. —
Regesta, n° 3942 [Hist. Jahrb., n" 15).
1. On conserve au Puy, au musée Crozatier, deux petits fragments de papy-
rus, dont l'un est un débris de la présente bulle et l'autre offre la Rota et le
Bene valete d'une bulle du pape Léon IX pour l'église du Puy, peut-être du
25 décembre 1051; voy. une note de M. Prou, dans la Bibliothèque de l'École
des chartes, t. LXEV (1903), p. 577-578.
^904 38
582 BULLES PONTIFICALES SUR PAPYRUS (iX^-Xl* SIÈCLe).
BERGAME, bibliothèque municipale. — Haut. : ^•"52; larg. :
0°'27.
Fac-sim. Mariai, n" XL, pi. i ; Pflugii-Hàrttung, Specimina, pi. 9.
Édit. Lupi, Cod. dipl. Beryom., I, 762; Marini, n" XL, p. 63 et
237; Migne, GXXXIX, ^480.
20. — Jean XVIII, pour l'église de S. Cugat del Vallès;
novembre 1007. — Regesta, n" 3956.
BARCELONE, archives de la couronne d'Aragon. — Haut. : 'l'"43;
larg. : 0•"7^ .
Édit. Bresslau, Mittheilungen fur œst. Geschichtsf., IX, 30. Cf.
Ewald, Neues Archiv, VI, 392, et IX, 328.
21 . — Serge IV, pour l'abbaye de Saint-Martin de Canigou ;
novembre 1011. — Regesta, n° 3976.
PERPIGNAN, bibliothèque municipale, ms. 72. — Haut. : 0'°97;
larg. : 0'°70.
Fac-sim. Fac-similés lithogr. de TÉcole des chartes, n"40; Bru-
tails-Uelisle, Bulletin historique du Comité, -1885, pi.
ÉniT. Marca, Marca /lispanica^ p. 988 ; Cocquelines, I, 3^5; Migne,
CXXXIX, ^5^6; Soc. agr. des Pyrénées-Orientales, XXIV, 298;
Brutails-Delisle, Bulletin historique du Comité, ^885, p. ^57 et 160.
22. — Benoît VIII, pour l'abbaye de Camprodon; 8 janvier
1017. — Regesta, n" 4019.
PARIS, Bibliothèque nationale, ms. nouv. acq. lat. 2380. —
Haut. : ^'"66; larg. : 0'"40.
Édit. Marca, Marca hispanica, p. 4002; CocqueHnes, I, 325;
Migne, GXXXIX, ^613; Omont, Bibl. de l'École des chartes, LXV,
377; cf. Journal des Savants, ^903, p. 633.
23. — Benoît VIII, pour l'église de Hildesheim; 1020-1022.
— Regesta, n° 4036 {Hist. Jahrb., n° 19).
HANOVRE, archives de l'État. — Haut. : 'l'^SS; larg. : 0'"38.
Fac-sim. Arndt-Tangl, Schrifttafeln, Jt" éd., pi. 80.
Édit. Lûntzel, Die ait. Dioec. Hildesheim, p. 35'J. Cf. Ewald,
Neues Archiv, IX, 329 et 339-, et Arndt-Tangl, Schrifttafeln, p. 41.
OBSERVATIONS
SUR UN PASSAGE DE LA
CHRONIQUE DE JEAN LE BEL
La nouvelle édition de la Chronique de Jean le Bel, que nos
confrères MM. Viard et Eugène Déprez publient pour la Société
de l'histoire de France, me fournit l'occasion de signaler une par-
ticularité singulière. J'avais remarqué, et feu M. de La Borderie
avait bien voulu considérer la chose comme offrant quelque intérêt ,
qu'une chronique, aux renseignements de laquelle, le temps aidant,
on reconnaîtra une importance qu'on leur disputait naguères, la
Chronograpliia regum Francorum^ avait, à l'occasion des pré-
tentions contradictoires de Jean de Montfort et de Charles de Blois,
raconté une légende d'ailleurs absurde. D'après cette légende, le
comte de Montfort était fils d'une duchesse de Bretagne, mariée
pendant une captivité de son époux, malgré elle, à un comte de
Montfort. Jean le Bel-, et naturellement Froissart^, à la surprise
de leurs éditeurs, sans raconter tout au long cette fantaisiste his-
toire, ont relaté aussi que Jean de Montfort était parent maternel
du dernier duc de Bretagne. M. Luce a corrigé ce qu'il a appelé
une inadvertance de Froissart^ en réalité une erreur commune à
Jean le Bel et aux sources de la Chrono g raphia, erreur dont la
clef est seule donnée par ce dernier texte. Je me mis alors à exa-
miner de plus près le texte de Jean le Bel pour le récit des débuts
de la guerre successorale de Bretagne et je vérifiai que, suivant
1. T. II, p. 169, note 3, p. 176 et 177, note 1.
2. T. J, p. 246 et 263.
3. T. II, p. 106.
4. T. II, p. XXXVIII, noie 1.
584 OBSERVITIONS SDR UN PASSAGE
l'heureuse expression des nouveaux éditeurs de la Chronique de
Jean le Bel\ « la Chronographia (t. II, p. 167) fait un récit
identique à celui de Jean le Bel de la venue de Jean de Montfort
à Limoges, ainsi que d'une partie de cette expédition de Bretagne, »
sans qu'il faille perdre de vue que, pour « l'attaque et la prise de
Rennes, » la Chronographia (t. II, p. 170 à 173) « donne plus de
détails que Jean le BeP. » D'ailleurs, dans Jean le BeP comme
dans la Chronographia, Clisson est correctement prénommé
Garnier alors que DD. Lobineau et Morice le prénomment
Gautier. Puis je remarquai que Jean le Bel donne les noms des
deux défenseurs de Chantoceaux sous la même forme que la
Chronographia. On lit, d'une part : « Duo milites Lotharingi
qui... servabant castrum de Castousel... scilicet Milo et Wal-
randus » (t. II, p. 187 et 190); et, d'autre part, Jean le Bel
écrit (t. I, p. 266) : « Et avoit l'ung nom messire Mille et
l'aultre messire Valeran et estoient de Lorhaine. » Poursui-
vant toujours l'étude du texte et surtout des noms, je m'aper-
çus que Jean le Bel raconte que le châtelain de Gouëlet-Forest
avait été compagnon de captivité d'Hervé de Léon^ à Gre-
nade, alors que la Chronographia, qui nomme ce châtelain
Guy^ « quidem miles, Guido nomine, » ajoute que « multum
diligebat Herveyum de Leone, eo quod simul fuerant captivi
Sarracenorum in Granata... » Enfin, Jean le Bel appelle Auray
« chastel de Roy'^; » or, la Chronographia nomme cette ville :
« Castellum Régis'' » pour l'histoire de la succession de Bretagne,
alors que plus loin, en 1364, elle emploie la forme « castrum
Ararii » ou « castrum d'Array^ » Comment expliquer qu' Auray
ait pu s'exprimer en français par : « Chastel de Roy » si l'on
n'admet pas la forme intermédiaire « Castellum Régis? »
Il y a là des coïncidences vraiment frappantes, et je suppose
que les nouveaux éditeurs de Jean le Bel examineront : 1" si leur
1.
P.
249, note 1.
2.
P.
253, note 1.
3.
P.
250, note 2.
4.
P.
258.
5.
T.
II, p. 175.
6.
T.
I, p. 256, 311 et 312
7.
T.
II, p. 174, 182.
8.
T.
II, p. 309 et 310.
DE LA CHRONIQUE DE JEAN LE BEL. 585
auteur n'a pas puisé, pour partie, la campagne de succession de
Bretagne à la même source que le compilateur qui a cons-
titué la Chronographia, puisqu'on raison de la supériorité
reconnue du texte inséré dans la Chronographia, celui-ci ne
peut dériver de Jean le Bel; 2° s'il est téméraire de penser que,
dans cette source, le nom sous lequel apparaît Auray était revêtu
de la forme latine « Castellum Régis. »
H. MORAN VILLE.
BIBLIOGRAPHIE.
Auguste LoNGNox. De la formation de l'unité française. Leçon pro-
fessée au Collège de France, le 4 décembre ^889. 2« édition. Paris,
Champion, ^904. In-8°, 27 pages.
Lorsque M. A. Longnon fut appelé à suppléer M. Alfred Maury dans
sa chaire au Collège de France, il donna dans sa leçon d'ouverture un
tableau bien complet de la manière dont l'unité de la France s'était peu
à peu formée. C'est, il faut le reconnaître après le savant professeur du
Collège de France, grâce aux efforts incessants de la monarchie capé-
tienne que la France, enfermée d'abord dans les limites que lui avait
assignées le traité de Verdun, puis morcelée par la féodalité, parvint,
avant 1789, à former un tout compact et homogène et bien près d'at-
teindre les frontières naturelles de l'ancienne Gaule.
La fixité de la dynastie fut une des choses qui contribua le plus,
par la perpétuité des traditions politiques, à former et à sauvegarder
l'unité française, et celte fixité, qui fit sa force et la mit à l'abri des
révolutions et des compétitions, fut assurée à la maison royale de
France, parce que, entre toutes les maisons royales du monde chrétien,
elle se distingua par la scrupuleuse honnêteté, non seulement de ses
chefs, dont quelques-uns furent même des saints, mais aussi par celle
de la plupart des princes issus des branches collatérales de la dynastie
capétienne.
Il était juste de réimprimer cette leçon, dans laquelle M. Longnon,
s'élevant au-dessus de toute considération et de toute passion politique,
a fait ressortir, à la pure et lumineuse clarté de l'histoire, l'action bien-
faisante de la royauté sur notre pays.
Jules VlARD.
Colonel BoRRELLi de Serres. Recherches sur divers services publics du
XIIP au XV IP siècle. T. Il : Notices relatives au XIV' siècle.
I : la Comptabilité publique au XIV^ siècle jusqu'au règne de Phi-
lippe VI. II : la Politique monétaire de Philippe le Bel. Paris,
Alphonse Picard et fils, -1904. In-8^ 556 pages.
M. le colonel Borrelli de Serres, continuant en un second volume ses
recherches, a abordé le xiv^ siècle et a étudié la comptabilité publique
BIBLIOGRAPHIE. 587
au xiv« siècle jusqu'au règne de Philippe VI. Avant tout, je veux indi-
quer que, fidèle à sa méthode, l'auteur a examiné avec la critique la
plus rigoureuse les innombrables fragments de comptes qu'il a com-
pulsés, qu'il les a datés avec toute la précision possible ; pour ceux qui
avaient été déjà cités, il en a vérifié la date et à de fréquentes reprises
a corrigé d'anciennes erreurs.
Après avoir distingué les rôles des bailliages de France, les rôles
« Hors France, » les comptes particuliers, M. Borrelli de Serres a
donné de bien curieux détails dans son chapitre des comptes spéciaux.
A ce propos, il a mentionné le compte spécial « d'un apothicaire pour
l'embaumement d'un roi, sans date^ ; » en note, il conclut à le dater de
1321. J'ai vu, il y a longtemps, cette pièce, et l'écriture ne permet pas
d'en reporter la rédaction à une date aussi reculée; d'ailleurs, elle est
pubUée depuis de longues années^, et c'est le compte de l'embaume-
ment de Charles V. La « comptabilité de l'Hôtel » a permis à M. de
Serres de signaler un grand nombre de documents curieux 3. Enfin, on
remarquera des détails de grand intérêt au chapitre des « Pièces auxi-
liaires, » soit pour recettes, soit pour dépenses'*.
Mais, ce que je considère comme plus important encore, c'est l'étude
très serrée faite des Journaux du Trésor sur lesquels il y avait encore
beaucoup à dire-''; elle est complétée par celle des livres auxiliaires du
Trésor : livres des changeurs, registres de recette et dépense communes,
« œuvre non de comptabilité royale, mais de comptabilité intérieure de
la caisse centrale*^, » ordinarium thesauri, dont notre confrère M. Viard
a le premier publié le texte et défini la nature^, extractus thesauri.
Dans le chapitre consacré aux « Pièces auxiliaires s » et, un peu plus
loin, dans celui où il étudie les « Documents du service de contrôle, »
M. le colonel de Serres a examiné quelques questions relatives aux
fouages et a marqué la transformation du service roturier en impôts
sous forme de fouage^; en même temps, il s'est arrêté à la discussion
1. P. 51, ligne 3.
2. Annuaire historique pour l'année 18i5 publié par la Société de l'his-
toire de France, 9' année, p. 196.
3. P. 68. L'une, au moins, a été utilisée déjà à plusieurs reprises, c'est un
compte de l'hôlel de Robert, comte d'Artois, en 1302.
4. Je reprocherai à M. de Serres une sobriété d'explications qui rend cer-
taines notes vraiment trop obscures. Cf. p. 69, note 1.
5. Malheureusement, pas plus que ses devanciers, M. Borrelli de Serres n'a
donné la solution de l'abréviation cont. ou compt., dont le sens n'est d'ailleurs
pas douteux (p. 109).
6. P. 188.
7. Les Journaux du Trésor de Philippe VI de Valois.
8. P. 96.
9. P. 257.
588 BIBLIOGRAPHIE.
du texte connu sous le titre : « Les paroisses et les feux des baillies et
des sénéchaussées de France*. » Il en a fait une étude précise et a noté
les erreurs lourdes commises par beaucoup de ceux qui s'en sont ser-
vis. Mais il eût été à propos de rappeler, à cette occasion, le système
employé pour le dénombrement des feux et de dire s'il existe encore
des registres ayant servi de base à celte sorte de statistique fiscale :
car tous les lecteurs de M. le colonel de Serres ne sont pas, autant que
lui, au courant des questions qu'il traite. M. L. Delisle a fort clairement
montré^ que c'est l'organisation paroissiale qui est la base de l'organisa-
tion de perception des fouages^. Un document fort net montre mieux
encore le rôle joué en la circonstance par les trésoriers des fabriques, pour
le domaine du duc de Normandie en 1355 : il est vrai mais il n'est pas
téméraire d'admettre que le système était aussi bien pratiqué lors des
perceptions faites pour le compte du roi; je reporte en note ce texte,
afin de ne pas charger ce compte-rendu''. Il reste que les « trésoriers
1. Cf. P. Viollet, Histoire des institutions politiques et administratives de la
France, t. III, p. 515.
2. Études sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en
Normandie au moyen âge, p. 96 et 147.
3. Du temps de Philippe le Bel, on signalait les inconvénients du système
paroissial de statistique des feux : « Sachiez que par celé voie, qui la suivra,
que il aura sranl dissention du pueple es genz nostre seigneur le Roy, parce-
que il diront que il n'ont mie tant de feus comme li provoire bailleront en
escrit, et il diront voir; car en l'escrit desdiz provoires seront escrit : cheva-
lier, escuier, clerc, provoire, franc sergent, Lombart et autres genz qui ont
franchise, qui ne doivent nul servitude; et adonc il s'apercevront de la grant
mission où il devront entrer. Si osteront encor assez des autres feus qui ne
devroient mie eslre ostez. » (Arch. nat., J 1030, pièce 65, commencement du
xiv= siècle.) C'était le bon sens même. Ce qui n'empêche qu'il ne fut pas tenu
compte de ces objections.
4. « Ch'est le compte meistre Henri de Neufvillele, curé de Touville, et
Guillaume de Bruval, commissaires en ceste partie de nostre 1res chier sei-
gnour monsseignour le dalphin de Vienne, en la viconté du Pontautou et res-
sort, pour recoler les feux de ladite viconté et ressort, pour cause du sub-
side otrié audit seignour par les gens du pais de Normendie, l'an LV.
« Premièrement, il rechurent les lettres de monsseignour le dalphin conte-
nantes qu'il recolenl les feux des parroesses le ix" jour de juillet.
« Il commencherenl le x" jour et y ont vaquié par l'espace de xlii jours,
qui vallent, soivonl l'instrucion, par jour xxx sols pour les deuls commissaires,
dont la somme se monte lxiii livres.
« Item, pour mesages envoies ad serjans afln de fere venir par devant eulz
les trésoriers des parroesses, afin qui nous aportassent tout le nonbre des feus
par la manière que lour curés cuellent lour débites; et y ont esté par m fois;
pour chacune fois ill ont eu xxiiii sols; vallent lxxii sols.
« Item, pour un clerc qui a esté lousjours avec eulz pour fere les cscritures
BIBLIOGRAPHIE. 389
des paroesses » ont apporté aux commissaires « tout le nonbre des feus
par la manière que lour curés cuellent lour débites. » De ces registres
paroissiaux, nous en connaissons au moins un. En effet, notre confrère
M. Lex a découvert un registre tenu par messire Girerd de Vésigneu,
curé de Givry (Saône-et-Loire), en 1336; ce curé ^confectionna alors
« une table des cens, dîmes et coutumes et une liste des tenants feu et
lieu de la paroisse, qui constitue un véritable dénombrement de la
population % » mais donnant surtout l'exemple et le type des listes pré-
sentées aux commissaires royaux par les trésoriers des fabriques. La
base paroissiale des listes des fouages explique parfaitement pourquoi,
un peu plus tard encore, en 1375, le curé indiquait aux élus ceux
dans sa paroisse qui « ont à présent aucun pou de sustance à supporter
fouages 2. »
Sans doute, tout impôt personnel est injuste, car ce n'est pas en rai-
son de son existence que l'individu doit l'impôt, c'est en raison de la
protection que l'État lui assure pour la jouissance de ses biens et du
produit de son travail. Aussi l'impôt des fouages était-il abominable,
parce qu'il frappait l'individu, abstraction faite de ses facultés, et qu'avec
la difflculté qu'il y avait à modifier le nombre des assujettis, on abou-
tissait à des résultats monstrueux. Comment tenir compte de ceux qui
ont changé de domicile, des morts 3, des individus ruinés par les
guerres''? Et si l'on tenait compte de ces changements, comment ne pas
voir quelle porte était ouverte à la fraude, à la faveur? D'autre part, le
gouvernement ne pouvait tous les ans voir varier dans des proportions
touchantes la diste commission et recolement, pour chacun Jour vi sols, vallent
pour xLii jours xii livres xii sols.
« Item, pour parchemin à fere lesdites escritures lx sols.
« Item, pour le salaire de Jehan le Viel, sergent commissaire pour faire venir
tosl et haslivemcnt de chascune parroesse les collecteurs et i ou ii des tréso-
riers desdictes parroissez pardevant eulz pour faire ladicte recolation, en quoy
il a vaquié par xxvi jours; pour jour pour lui et pour son cheval vi sols, valent
VII livres xvi sols.
« Somme toute : iiiixxx livres. » (Bibl. nal., f. fr. 26001, pièce n° 496,
année 1355.)
1. L. Lex, Enregistrement des décès et des mariages au XIV siècle. [Bibl.
de l'Éc. des chartes, année 1890, t. LI, p. 376.) J'avoue ne pouvoir admettre
qu'on voie dans ce texte un a dénombrement de la population. » C'est deman-
der à ce genre de recueils statistiques ce qu'un esprit précis ne saurait en
exiger.
2. Bibl. nat., f. fr. 25902, pièce 27.
3. « Mortuus et heredes non faciunt focum » (1360). (Bibl. nat., f. fr. 25902,
pièce 10.)
4. L'injustice du système des fouages a été très nettement indiquée par
M. A. Mulinier, la Sénéchaussée de Rouergue en 13il- {Bibl. de l'Éc. des
chartes, année 1883, t. XLIV, p. 458.)
590 BIBLIOGRAPHIE.
considérables le produit des fouages : de là sa mauvaise volonté à pro-
céder à des revisions de fouages qui eussent dû être annuelles.
Aussi est-ce l'aide de douze deniers pour livre et la taxe sur les bois-
sons qui, si l'on osait procéder à une assimilation qui n'est pas trop
hasardeuse, revêtant la forme de notre octroi moderne <, mais perçu pour
l'État, paraissent procéder de principes moins révoltants.
Ceci dit, je crois que la discussion très approfondie faite par M. de
Serres a détruit à jamais l'extravagante idée de se servir des relevés de
fouages, — si imparfaits d'ailleurs, — pour estimer le chiffre de la
population.
Sous la rubrique « Documents du service de contrôle » ont été clas-
sés et examinés les prévisions de recettes et dépenses, les vérifications,
les exposés de situation, etc.; parmi ceux-ci a trouvé place un mémoire
que M. Borrelli de Serres croyait à bon droit inédit; je l'avais, il est
vrai, recueilli il y a près de vingt ans, et je l'ai publié l'an passé 2, alors
que M. de Serres préparait son volume. Je pense qu'il faut le dater de
1331 plutôt que de « la fin de 13303. »
Plus loin, la géographie politique se trouve complètement remaniée
par les résultats obtenus au chapitre « Circonscriptions financières et
résultats, » qui contient en outre une courte étude des finances extraor-
dinaires, aides féodales, prêts plus ou moins volontaires, monnaies,
douanes, subsides de guerre. Lombards, Juifs, décimes, dépenses des
hôtels; je signalerai en ce dernier paragraphe, que M. Borrelli de Serres
a fort exactement daté un document important concernant l'hôteH, en
en fixant la date à 1317 et non 1310, comme l'avait à tort proposé Bou-
taric, et c'est là un exemple entre cent des corrections proposées avec
tant de sagacité par M. de Serres. Le volume se termine par des
tableaux du plus haut intérêt qui donnent le résumé en chiffres des
résultats si nouveaux obtenus, et enfin par un mémoire sur la poli-
tique monétaire de Philippe le Bel^, le développement des prémices
1. Il est assez curieux de constater qu'actuellement à Paris un revirement se
produit dans l'opinion vis-à-vis du principe des taxes d'octroi. Loin de le trou,
ver révoltant, le rapporteur général du budget de la ville de Paris pour 1905
ne déguise pas qu'en délinitive, il est juste à ses yeux.
2. Notes de statistique douanière sous Philippe VI de Valois. (Bibl. de l'Éc.
des chartes, t. LXIV, année 1903, p. 567.)
3. P. 313.
4. P. 484 et 485.
5. Je m'en voudrais aussi de ne pas signaler la note (p. 365) oii M. Borrelli
de Serres a relégué une critique acérée et trop justitiée des prétentions docu-
mentaires de Michelet; c'est un soulagement de voir, au milieu de l'universelle
platitude, une voix indépendante dire ce que pensent bien des gens; rien n'est
cocasse, en effet, comme de prétendre, comme l'a fait Michelet dans la cita-
tion qu'en fait M. de Serres, que « la Révolution une fois pour toutes porta le
BIBLIOGRAPHIE. 591
posées dans le corps du volume et qui met à néant, aux dépens de
ceux qui les ont colportées, les exagérations dont a été \ictime la
mémoire de Philippe le Bel jusqu'à une époque récente.
Oserai-je, en terminant, et après avoir répété que ce livre contient
une quantité de renseignements de premier ordre, regretter qu'une
table alphabétique par noms et matières n'ait pas été faite?
H. MORANVILLÉ.
Marius Sepet. Au temps de la Pucelle, récits et tableaux. Le Péril
national. Paris, P. Téqui, 4905. \n-\% vii-408 pages. Prix :
3 fr. 50.
L'histoire de Jeanne d'Arc de notre confrère M. Sepet a reçu du
public l'accueil le plus favorable, comme en sont témoins les nom-
breuses éditions qui s'en sont succédé depuis l'édition de luxe jusqu'à
l'édition populaire. Ces réimpressions n'ont pas été sans entraîner des
remaniements, qui ont obligé l'auteur à un travail assez considérable;
aussi, au milieu des travaux littéraires et historiques qui ont, par ailleurs,
occupé son attention, n'a-t-il jamais perdu de vue ce sujet et jamais
négligé l'histoire du xv« siècle. De sa fréquentation des hommes et des
choses de cette époque est née l'idée du nouveau volume qu'il nous
offre et qu'il dédie plus particulièrement aux lecteurs de sa Jeanne
d'Arc, à laquelle il sert, dans une certaine mesure, d'introduction.
Il n'a point songé à faire ici un travail d'érudition proprement dit ni
cherché à grossir le nombre des documents inédits relatifs à la fin du
règne de Charles VI et des débuts de celui de Charles VIL II a voulu,
en laissant le plus souvent la parole aux contemporains, nous offrir une
peinture historique, un tableau vivant et animé de ces temps troublés.
A une époque où le goût de l'histoire se développe de plus en plus et
où, cependant, beaucoup de lecteurs ne peuvent aborder la lecture des
textes originaux et se laissent rebuter par l'aridité d'ouvrages d'érudi-
tion, un livre conçu comme celui que nous annonçons ici nous semble
appelé à un succès certain et propre à servir la cause des études histo-
riques. Le volume comprend les dix chapitres suivants : I. L'enfance
de Charles VIL Armagnacs et Bourguignons ; IL Les trois Frances ;
III. Jean Sans-Peur et le dauphin. Le meurtre de Montereau ; IV. Exhé-
rédation dynastique et déchéance nationale; V. Conquêtes et funé-
railles; VI. L'enfant d'Angleterre et le roi de Bourges. Coups d'État,
coups de main et intrigues de cour; VIL Paris sous la domination
anglaise; VIII. Mœurs, coutumes et costumes. Épisodes et anecdotes;
IX. Le théâtre. Les confrères de la Passion. Représentations diverses;
X. La France en détresse. Le péril et le remède.
E.-G. Ledos.
jour ... dans les catacombes manuscrites » des Archives nationales. Oui, mais
avec le fer et le feu!
592 BIBLIOGRAPHIE.
Louis XI et le Saint-Siège (1461-1483), par Joseph Combet, docteur
es lettres, professeur d'histoire au lycée de Vesoul. Paris, ^003.
In-8°, xxviii-320 pages.
Sous ce titre, M. Combet a écrit un livre assurément intéressant, mais
qui aurait gagné à être mieux mûri. L'auteur n'aurait pas eu ainsi à le
faire précéder d'un errata de deux pages, encore insuffisant, comme
nous le ferons voir. La politique religieuse de Louis XI n'est pas, en
effet, une des moindres curiosités du personnage, partagé qu'il était
entre sa dévotion, disons mieux, sa superstition, et ce besoin de domi-
nation qui fut sa passion maîtresse, passion qui tendait à s'exercer
aussi bien dans le domaine religieux que dans le domaine séculier.
Cette politique a passé par plusieurs phases, car, si Louis XI était, en
général, assez peu changeant sur l'objectif à atteindre, il savait varier
les moyens suivant les circonstances. Son règne débute par la bonne
entente avec le Saint-Siège; tous deux sont d'accord pour abolir la
Pragmatique Sanction, qui, aux yeux de Louis XI, a le défaut capital
d'être l'œuvre de son père, et M. Combet n'a peut-être pas insisté suf-
fisamment sur ce côté de la question. Le roi compte d'ailleurs être
payé des concessions qu'il fait au pape. Le désaccord surgit bientôt
par suite de l'hostilité persistante de Pie II à la maison d'Anjou; le roi
ne constate pas d'ailleurs que ses concessions lui assurent à l'égard du
clergé de France une influence plus grande que par le passé, mais la ligue
du Bien Public met Louis XI dans la nécessité de se ménager le concours
de la papauté et le décide finalement à conclure le concordat de 1472,
sur lequel M. Combet nous fournit des renseignements très complets et
très nouveaux. Puis l'antagonisme toujours latent se réveille à la suite
de la conspiration des Pazzi, appuyés par le pape, contre les Médicis,
protégés de Louis XL Le pape n'en finit pas moins par déférer au roi
un arbitrage qui met dans tout son jour la prépondérance de l'influence
française en Italie. Le pape se résigne à la subir et finit par recon-
naître les droits de la France sur Naples, qui avaient été à l'origine la
pierre d'achoppement des relations entre le pape et le roi. Je ne sau-
rais admettre pourtant, avec M. Combet, que Louis XI ait été ainsi le
véritable promoteur des guerres d'Italie, et que, si le temps ne lui eût
manqué, il les eût entreprises lui-même et conduites seulement avec
plus d'esprit politique et de sagesse que ses successeurs. Il éprouvait
une répugnance suprême pour la guerre, aussi bien en Italie qu'ailleurs,
et aurait certainement tout fait pour l'éviter, se limitant, comme il le
fit, à établir la prépondérance politique de la France dans la Péninsule.
Tel est, brièvement résumé et avec les restrictions qu'il nous semble
nécessaire d'y apporter, le contenu du livre de M. Combet. Nous en
avons dit les qualités et les défauts. Ces défauts, surtout de forme,
eussent, suivant nous, été grandement atténués, si, au lieu de recourir
BIBLIOGRAPHIE. 593
comme il l'a fait aux mauvaises copies de l'abbé Legrand, l'auteur se
fût servi des originaux, qui subsistent pour la plupart, et que Legrand
lui-même signale le plus souvent. En revanche, les documents nom-
breux puisés dans les archives italiennes (la correction ne m'en paraît
pas non plus toujours parfaitement établie) apportept dans ce travail
un incontestable élément de nouveauté et d'intérêt. Nous avons dit
qu'il était déparé par de trop nombreuses fautes, où nous ne voulons
voir que des lapsus; il serait trop long de les signaler toutes, même
sans compter celles que l'auteur a reconnues et corrigées lui-même. Il
nous est pourtant impossible de ne pas signaler des erreurs comme
celle qui fait du comte de GharoUais un duc, p. 9; de l'évêque de Rennes
un archevêque, p. 64, et de l'archevêque de Lyon, en revanche, un
simple évêque, p. 94; celle qui place à Tours la relique de la vraie
croix de Saint-Laud d'Angers, si vénérée de Louis XI, p. 150; celle qui
fait mourir sur l'échafaud le duc d'Alençon et Jacques V d'Armagnac
(lisez Jean), alors que le premier mourut de sa bonne mort et le second
assassiné dans une bagarre, où l'on a voulu voir, sans preuve certaine
d'ailleurs, un guet-apens de Louis XI, p. 152; enfin, pour terminer,
M. Combet fait de Charles d'Anjou, comte du Maine et de Provence,
un roi de Provence qui n'a jamais existé que pour lui, p. 181 ; et,
encore une fois, nous aurions pu allonger beaucoup plus cette liste de
méprises; telle quelle, elle témoigne d'une rapidité de composition
dont le livre a souffert, bien qu'il y ait pourtant encore quelque profit
à en retirer.
J. Vaesen.
P. Richard. Une correspondance diplomatique de la curie romaine
à la veille de Marignan (-1515). Paris, A. Picard, ^1904. In-8°,
420 pages.
M. P. Richard vient de publier à part une étude qui avait paru
d'abord dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, où il révèle
une intéressante série de lettres existant aux archives du Vatican et
émanant de la curie romaine pendant les mois qui ont précédé la
bataille de Marignan. Une copie de cette correspondance s'est, par une
erreur de classement, glissée dans le tome I de la Nunziatura di Ger-
mania, tandis que les minutes sont conservées au volume 153 des Par-
ticolari, fonds secondaire de la collection des archives de la secrétairerie
d'État. Des comparaisons minutieuses d'écriture ont amené M. Richard
à affirmer que ces lettres sont l'œuvre d'un des grands humanistes de
la Renaissance, de Bernardo Dovizi, plus connu sous le nom de Bib-
biena, sa ville natale. Il avait été secrétaire du cardinal Jean de Médi-
as avant son élévation au pontificat et resta en faveur pendant les
premières années du règne de Léon X. Cette série de lettres corn-
594 BIBLIOGRAPHIE.
mence à la fln de novembre 1514 pour se terminer en septembre 1515,
peu après la victoire de François I^r. On peut, grâce à elles, suivre
pour ainsi dire jour par jour les efforts que fit Léon X pour grouper en
un seul faisceau les principaux États d'Italie et d'Europe contre les
projets ambitieux du roi de France. Adressées aux nonces en Espagne,
en France, à Milan, auprès de l'Empereur et des Suisses, au cardinal
Jules de Médicis, à Mathias Schinner et au vice-roi de Naples don
Ramon de Gardona, elles font pénétrer dans le détail des négociations
entamées et suivies par la curie. La personnalité de l'auteur de ces
lettres ajoute à l'intérêt qu'elles présentent en elles-mêmes, car le ton
n'en est pas froidement impersonnel comme dans la plupart des corres-
pondances diplomatiques; Bibbiena s'y montre tel qu'il était, avec son
caractère enjoué, sa bonne humeur discrète d'homme du monde et
de cour.
Il faut savoir gré à M. Richard d'avoir montré tout le profit qu'on
pouvait tirer de documents dont la valeur n'avait point été jusqu'ici
suffisamment appréciée et d'avoir résumé avec clarté et élégance un
chapitre très important de l'histoire diplomatique du Saint-Siège et de
l'Italie.
Georges Daumet.
Ambassade en Espagne de Jean Ébrard, seigneur de Saint- Sulpice^
de 1502 à 4565, et mission de ce diplomate dam le même pays en
4566. Documents classés, annotés el publiés par Edmond Cabiê.
Aibi, Nougariès, et Paris, A. Picard, ^903. ln-8% xxv-472 pages.
M. Gabié a eu la bonne fortune de recevoir des mains d'un ami, dont
il a cru devoir respecter l'anonymat, une collection de papiers prove-
nant de Jean Ébrard, seigneur de Saint-Sulpice. Ges papiers sont indu-
bitablement ceux que M. de Saint-Sulpice rapporta lui-même de son
ambassade en Espagne, c'est-à-dire les lettres officielles ou privées
qu'il reçut, et les brouillons ou minutes, écrits de sa main ou de celle
de ses secrétaires, des dépêches par lui adressées à Charles IX et à
Catherine de Médicis. La série de ces minutes était assez incomplète,
mais, à l'aide des manuscrits du fonds français de la Bibliothèque natio-
nale, n^'s 3161-3163, il n'y avait rien de plus aisé que de combler les
lacunes. Ges manuscrits ne sont autres, en effet, que les registres où
un secrétaire de l'ambassadeur copiait au fur et à mesure les dépêches
que son chef envoyait au roi et à la reine-mère. M. Gabié s'est procuré,
quoique tardivement, nous dit-il, copie de ces trois registres. Il avait
donc par-devers lui tous les éléments d'une publication du plus grand
intérêt, les papiers au complet d'une ambassade importante, et si,
comme il le déclare lui-même, les grandes lignes de l'histoire diploma-
tique de ce temps ne devaient pas s'en trouver fort sensiblement modi-
BIBLIOGRAPHIE. 595
fiées, la valeur politique de ces documents n'en demeurait pas moins
considérable, et, d'autre part, on était en droit d'espérer y rencontrer,
notamment sur l'entourage de Philippe II, une foule de détails précieux.
Nous avons été déçus par cette publication. Au lieu de nous donner
les textes in extenso, M. Cabié, arbitrairement, n'a reproduit que les
passages de cette correspondance qu'il estimait les plus importants, et
il nous a servi des documents pour la plupart tronqués ou réduits à
des analyses qui prétendent vainement remplacer les originaux et où
disparaissent, et la saveur de la langue, et les détails, les menus faits,
typiques et vivants, si justement recherchés des historiens. Il est vrai,
à en croire M. Cabié, que les mutilations auraient surtout porté sur les
dépêches des registres de la Bibliothèque nationale, auxquels il nous
est loisible d'avoir recours. Mais quand on voit, par exemple (p. 164),
les détails sur les Cortes de Monzon supprimés, une dépêche de deux
pages télescopée en une notice de quatre lignes et un mémoire de onze
pages manuscrites analysé en une seule page d'impression, il est per-
mis de s'inquiéter de la proportion de réduction qu'ont subie les autres
documents. M. Cabié, s'il n'osait entreprendre la publication complète,
et en effet volumineuse, de tous les papiers de l'ambassade, aurait
beaucoup mieux fait de ne nous donner que la reproduction, mais inté-
grale, des documents qu'on lui avait confiés et qui ne sont pas acces-
sibles au public. De la sorte, en se reportant aux trois registres cités
de la Bibliothèque nationale, quiconque l'eût désiré aurait pu reconsti-
tuer, pour son usage personnel, la série complète des papiers de cette
ambassade, et nous n'aurions pas eu le regret de voir la publication
d'une si belle suite de correspondance, d'un ensemble si rare, irrémé-
diablement compromise. Nous n'insisterons pas davantage, non plus
que sur la sobriété de l'annotation. A notre avis, il eût fallu, à l'occa-
sion, signaler et rectifier les erreurs des copistes ou des secrétaires,
voire même n'y pas ajouter des inattentions de lecture peut-être impu-
tables à l'éditeur. Ainsi, p. 408, duchesse d'Ossana, comtesse de
Modira, don Francisco Sapala doivent se lire : Ossuna, Modica, Sapata,
même en respectant le mode de transcription française pour Osuna et
Zapata. Avec toutes ces défectuosités, dont certaines fort graves, cette
publication pourra encore être de quelque service, mais on ne saurait
s'empêcher, chaque fois qu'on y aura recours, de se demander ce qu'on
y aura perdu.
H. Léonardon.
Conseil de commerce et Bureau du commerce, 1700-1791. Inven-
taire analytique des procès-verbaux, par Pierre Bonnassiedx. Intro-
duction et table, par Eug. Leloivg. Paris, Imprimerie nationale,
^900. Gr. in-4°, lxxii-700 pages.
Le Conseil de commerce, dont le présent volume nous résume les
596 BIBLIOGRAPHIE.
procès-verbaux et nous fait connaître le personnel, fut créé par arrêt
du Conseil d'État du 29 juin 1700. Il siégea pour la première fois le
29 novembre de la même année ; sa dernière séance est du 27 février
1791; un décret de l'Assemblée nationale, du 27 septembre 1791, le
supprima. Il avait eu pour ancêtre, sans parler de l'assemblée de
négociants convoquée à Tours par Louis XI le 28 septembre 1470, une
commission, d'abord de seize, puis de douze membres, réunie, en vertu
de lettres de Henri IV du 13 avril et du 16 juillet 1601, pour examiner
« les mesures propres à restaurer le commerce et l'industrie; » elle ne
semble pas avoir duré au delà de l'année 1608. Une Chambre de com-
merce, avec les mêmes attributions, fut instituée par Richelieu en jan-
vier 1629; elle ne dura pas non plus. Mazarin, à son tour, sur la pro-
position de Chanut, voulut établir « un corps d'une commission
perpétuelle de commerce pour veiller à toutes les occasions de l'am-
plifier et chercher les moyens de le mettre en lustre et valeur. > Il ne
réussit que pour un temps à le rétablir par un arrêt du Conseil d'État
du 10 avril 1661 ; mais on ne trouve la mention de ce Conseil que jus-
qu'au 14 août 1676. Il faut arriver au mois de mai 1699 pourvoir cons-
tituer, sur la proposition de Pontchartrain, un Conseil de commerce qui
devait durer jusqu'à la fin de l'ancien régime. Il comprenait des com-
missaires, conseillers d'État ou maîtres des requêtes; des intendants du
commerce; des députés du commerce, délégués par les grandes villes
commerçantes et industrielles du royaume ; des inspecteurs généraux
des manufactures et du commerce; un secrétaire et des académiciens
et artistes. Le nombre des membres de ce Conseil ne fut pas fixé, mais
varia pendant sa durée, comme aussi sa constitution même. Sa mission
était d'examiner « toutes les propositions et mémoires qui y seroient
envoyés, ensemble les difficultés qui y surviendroient concernant le
commerce, tant de terre que de mer, au dedans et au dehors du
royaume, et concernant les fabriques et manufactures, pour, sur le rap-
port qui en seroit fait à Sa Majesté des délibérations qui auroient été
prises dans ledit Conseil de commerce, être par Elle pourvu ainsi qu'il
appartiendroit. » Il avait donc, comme on le voit, un rôle purement
consultatif; mais la très grande autorité qui s'attachait à la plupart de
ses avis amenait le plus souvent le gouvernement à les traduire, soit en
une ordonnance de l'intendant intéressé, soit en un arrêt du Conseil
d'Etat. Quand il s'agissait d'intérêts particuliers, le Conseil avait l'ha-
bitude de se récuser; « ces intérêts, » disent ses procès-verbaux,
« n'ayant aucun rapport avec ceux du commerce. » Son domaine, d'ail-
leurs, même avec cette restriction, était très vaste, puisqu'il compre-
nait toutes les questions concernant les institutions commerciales, le
commerce intérieur, le commerce extérieur et maritime, l'industrie.
C'est par milliers que se chiffrent les avis (contenus dans les registres
p\2 51-F12, 108 des Archives nationales) donnés par lui sur les sujets
BIBLIOGRAPHIE. 397
qui lui furent soumis pendant le cours du xYin^ siècle; ils constituent
un véritable répertoire de l'histoire industrielle et commerciale de la
France pendant cette période. M. Bonnassieux, qui en avait commencé
l'analyse, à laquelle le préparaient ses études antérieures sur celte his-
toire, n'a pas eu la satisfaction d'y mettre la dernière main ; mais il a
eu la bonne fortune de trouver un successeur digne de lui dans M. Eug.
Lelong, qui a terminé l'introduction historique commencée et la table,
aussi énorme qu'utile, de cette intéressante publication.
J. Vaesen.
LoNGNON, membre de l'InsliLat. Documents relatifs au comté de
Clwjnpagne et de Brie, 'I172-1S61. T. II : le Domaine comtal.
Paris, Imprimerie nationale, Il»04. In-4°, xlviii-743 pages. {Col-
lection de documents inédits sur l'histoire de France, publiés par
les soins du ministre de Tlnstruction publique.)
Nous avons déjà rendu compte précédemment (t. LXIII, 1902,
p. 705) du tome I de cet ouvrage, qui, consacré aux fiefs mouvants du
comté de Champagne, formait un tout bien complet. Le second volume,
où M. Longnon a réuni les textes officiels relatifs au domaine des
comtes, et dans lequel les enquêtes ordonnées par ces princes sont
accompagnées des prisées ou estimations faites à propos de l'aliénation
de diverses châtellenies, présente également une unité absolue. Les
textes insérés dans ce second volume sont au nombre de quatorze et
s'étendent de 1215 environ à 1350. A la suite, M. Longnon a donné en
appendice treize autres documents, peu considérables pour la plupart,
mais se rattachant au même sujet. Voici l'énumération de tous ces
textes :
lo État du domaine comtal en la chàtellenie de Château-Thierry, de
1215 environ,
2° Extenta terre comitatus Campanie et Brie (1276-1278).
3° État des bois situés aux environs de Troyes (1290 environ).
4° Prisée de la terre de Châtillon-sur-Marne (1291 environ).
5° Rôles du pariage de la terre de Luxeuil (1300 environ).
6° Prisée de Rozoy-sur-Serre et de Château -Porcien (1303).
70 Assiette du douaire de Jeanne d'Évreux (1325-1334).
8° Prisée de la chàtellenie de Villemaur et lieux voisins (1328-1329).
9° Prisée des châtellenies de Montereau et Saint-Florentin (1332).
10° Prisée de la chàtellenie de Méry-sur-Seine, partie de la chàtelle-
nie de Vertus, etc. (1337).
11° Seconde prisée de la chàtellenie de Méry-sur-Seine, partie de la
chàtellenie de Vertus, etc. (1338-1342).
12° Prisée de la chàtellenie de Vaucouleurs (1341).
13° Prisée des châtellenies de Saint-Florentin et d'Ervy (1344).
d904 39
398 BIBLIOGRAPHIE.
14« Prisée de la châtellenie de A'illemaur et lieux voisins (1344).
Les documents contenus dans l'appendice sont : des enquêtes sur les
droits des usagers de la forêt de Mant, sur les acquêts faits depuis
quarante ans par les églises et par les bourgeois en la châtellenie de
Bar-sur-Aube, sur les acquêts des églises en la châtellenie de Monté-
clair, sur les limites du comté de Champagne vers la châtellenie de
Melun, sur les acquêts faits depuis trente ans par les églises et les
bourgeois dans les châtellenies de Bray-sur-Seine et de Montereau ;
une plainte adressée au roi par les bourgeois de Provins, à la fin du
xine siècle; le manifeste d'une ligue des nobles et du commun de
Champagne, du 24 novembre 1314; le rôle des domaines aliénés dans
le bailliage de Vitry au temps de Philippe IV, de Louis X et de Phi-
lippe V, de 13-21 environ; une enquête du bailli de Troyes sur les
domaines aliénés depuis quarante ans environ, du 16 octobre 1322; une
prisée du comté de Vertus, de 1366-1375; une liste des villes et châ-
teaux appartenant à la prévôté de Châtenois et de Neufchâteau qui
sont et doivent être de la prévôté d'Andelot; un inventaire des registres
de la chambre de Champagne en 1489.
En tête de cette publication, faite avec soin, est une longue introduc-
tion dans laquelle M. Longnon fait connaître la provenance de tous ces
textes et l'état dans lequel ils nous sont parvenus. A la fin, deux tables,
l'une des noms propres de lieu et de personne, l'autre des matières,
permettent d'utiliser facilement ce volume qui, comme le précédent,
rendra de grands services, non seulement aux érudits qu'intéresse le
nord-est de la France, mais encore à ceux qui s'occupent de l'histoire
des xiu« et xiv» siècles.
Jules VlABD.
René Bodrgeois. Du mouvement communal dans le comté de Cham-
pagne aux Xll^ et XI II" siècles. Paris, H. Champion, -1904. Iii-8°,
iii-l 80 pages.
Le travail de M. Bourgeois est une étude d'ensemble sur le mouve-
ment communal qui se produisit en Champagne à la fin du xii^ et au
commencement du xni'= siècle. Dans cette province, ce mouvement ne
se présente pas avec les mêmes caractères que dans le reste de la
France. Tandis que généralement les villes arrachèrent par la force
leurs chartes communales aux seigneurs, en Champagne, au contraire,
tout se passa pacifiquement, et ce furent les comtes qui, sans pression
violente, accordèrent aux principales villes de Champagne des lettres
d'affranchissement. La façon de procéder des comtes était, en général,
l'octroi d'une charte à une agglomération d'habitants déjà existante,
ou bien, fondant un village, une ville neuve, ils lui accordaient en
même temps le type communal. On trouve aussi une autre sorte de
BIBLIOGRAPHIE. 599
contrat qui ressemble à un traité de pariage. D'après lui, le comte
obtenait la co-justice honoritique et utile d'un lieu et s'obligeait à le
défendre contre toute entreprise.
Après avoir ainsi fait connaître comment se produisit le mouvement
communal en Champagne, M. Bourgeois étudie les. communes d'après
leurs chartes. Il s'en faut qu'il ait pu donner toutes les lettres d'affran-
chissement accordées à des communautés champenoises. N'ayant
dépouillé qu'une partie de la collection de Champagne à la Bibliothèque
nationale, il a publié celles qu'il y a rencontrées; elles sont au nombre
de douze et intéressent les villes et villages suivants, qu'il divise en
quatre groupes. Premier groupe : Bussy-le-Ghâtel (Marne), Ainaumont
(Ardennes), Villiers-en-Argonne (Marne). Deuxième groupe : Meaux
(Seine-et-Marne), Fismes (Marne), Écueil (Marne). Troisième groupe :
Troyes (Aube), Provins (Seine-et-Marne), la Ferté-sur-Aube (Haute-
Marne), Bar-sur-Seine (Aube). Quatrième groupe : la Neuville-au-Pont
(Marne), Florent (Marne). Les chartes du premier groupe, qui sont des
années 1200 et 1208, sont les moins explicites et n'accordent aux habi-
tants que quatre jurés. D'après celles du deuxième groupe, qui sont
des années M79, 1226 et 1229, une plus grande indépendance était
accordée aux communes dont les habitants, formant une sorte de con-
juration, prêtaient serment de se porter mutuellement secours et assis-
tance. Dans les chartes du troisième groupe (années 1230, 1231, 1234),
qui sont rédigées en français, les jurés, parmi lesquels est choisi le
maire, sont nommés par le comte, et le système d'impôt est différent
aussi de celui que l'on trouve dans les autres groupes. Dans le dernier
groupe (années 1203 et 1226), on trouve, à la Neuville-au-Pont, des
jurés et un maire éligibles pour un an par le vote de tous les habitants,
et à Florent, en plus du maire et des jurés, sept échevins.
Dans l'étude qu'il fait ensuite de ces chartes, M. Bourgeois fait con-
naître l'état des personnes et la condition des biens dans les communes,
comment la justice était rendue et au proht de qui, quelles étaient les
redevances payées par les habitants et enfin la législation qui les régis-
sait. Le texte des chartes des douze villes signalées plus haut termine
cet ouvrage fait avec soin, et qui fournit un bon appoint aux travaux
analogues publiés sur les différentes régions de la France où se propa-
gea le mouvement communal aux xii^ et xni^ siècles.
Jules VlARD.
Cartulaire de Vabbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, publié par
L. Maître et Paul de Berthod. 2" édition, revue, corrigée et aug-
mentée. Rennes et Paris, 1904. In-8°, xi-40S pages. [Bibliothèque
bretonne-armoricaine, publiée par la Faculté des lettres de Rennes,
fasc. IV.)
La seconde édition d'un cartulaire est un fait assez rare pour que
600 BIBLIOGRAPHIE.
l'on ne juge pas inutile de le mentionner. Ce n'est pas que le texte ait
été sensiblement modifié, autant que nous avons pu le constater en
rapprochant quelques chartes dans les deux éditions. MM. Maître et de
Berthou ont voulu profiter d'une collation faite sur l'original, en 1898,
par M. Whitley Stokes, au point de vue spécial des études celtiques.
Il est regrettable qu'ils n'aient pas pu recourir à l'original lui-même,
que M. Maître a eu le mérite de retrouver en Angleterre en 1881 et
que les héritiers de lord Beaumont ont cédé au British Muséum, où il
figure sous la cote Egerton 2802. Nous ne recommencerons pas ici
l'analyse du cartulaire, que nous avons donnée à l'occasion de la pre-
mière édition ^ M. de Berthou a revu son premier travail surtout au
point de vue des noms de personnes et de lieux et a développé les
notes et les observations. Les additions portent principalement sur les
pages 340-353 et se composent : d'une note sur la traduction de la
charte 67, de Sancto Amando, et de remarques sur les chartes 83 et 84
(p. 340) ; de la généalogie des seigneurs d'Hennebont, d'après le car-
tulaire, et de celles des vicomtes de Gourin et de Léon fp. 345). Une
table des principales matières contenues dans le cartulaire remplit les
pages 347-353. Les tables plus développées (seize colonnes au lieu de
dix pour les noms de lieux et trente-sept au lieu de vingt-quatre pour
les noms de personnes) ont été remaniées et complétées en ce qui con-
cerne les identifications nouvelles. Les noms de personnes ont été
groupés différemment. Grâce à cette seconde édition, le cartulaire de
Quimperlé sera accessible à un plus grand nombre de travailleurs, et
l'on ne peut que remercier la Faculté des lettres de Rennes d'avoir
accueilli dans ses publications le nouveau travail de nos confrères
MM. Maître et de Berthou.
A. Bruel.
Élienne Clouzot. Les Marais de la Sèvre-T^iortaise et du Lay du
X"" à la fin du XV P siècle. Paris, H. Champion, et Niort, L. Clou-
zot, -1904. In-8°, 282 pages, 4 pL hors texte et \ carte en couleurs.
La question du dessèchement des marais n'avait été sérieusement
traitée qu'une seule fois, et dans son ensemble, par M. de Dienne, dans
son Histoire du dessèchement des lacs et marais en France avant 1189.
Elle n'avait, jusqu'ici, fait l'objet d'aucun travail spécial un peu appro-
fondi, et ce sera l'un des principaux mérites de M. Clouzot d'avoir
ouvert cette nouvelle voie.
La thèse qu'il soutient peut se résumer ainsi : contrairement à l'opi-
nion courante, ce ne sont pas des Hollandais appelés par Henri IV et
par Sully qui, les premiers, réalisèrent le grand œuvre de dessèche-
1. Bibliothèque de l'École des chartes, LYHJ, 1897, p. 460-462.
BIBLIOGRAPHIE. 60^
ment du Marais; tout au plus, ils reconquirent au xvn" siècle, et sur un
espace moindre, le territoire arraché pied à pied à la mer par les grands
dessèchements du xui^. Une trentaine d'abbayes ouvrirent la lutte au
déclin du xn^ siècle et, par un effort incessant, ûrent qu'au moment où
commença la guerre de Cent ans toute la partie de* territoire comprise
entre Luçon et Andilly, Talmont et Velluire, était complètement des-
séchée, c'est-à-dire susceptible d'emblavement ou de toute autre sorte
de culture. La désolation des églises et des monastères, qui ne fut pas
le fait de la seule guerre de Cent ans, mais se poursuivit pendant tout
le xvi« siècle avec les guerres de religion, eut son contre-coup sur
l'œuvre si vaillamment accomplie par les moines. Les marais dessé-
chés, faute d'entretien, redevinrent marais mouillés et, malgré quelques
tentatives de la monarchie, le restèrent jusqu'à l'arrivée des Hollandais.
Des documents qui lui servirent à établir ces données, M. G. a
tiré les idées et les faits qui lui ont paru présenter le plus d'intérêt et
les a groupés dans une seconde partie. Il y traite des auteurs du dessè-
chement, des procédés qu'ils employèrent, des productions du Marais,
de la pêche et de la chasse. Enfin, après un essai sur le régime de la
propriété, qu'il eût peut-être été plus juste de dénommer la souverai-
neté du Marais, l'auteur étudie les voies de communication et recons-
titue les principaux itinéraires suivis par les voyageurs qui, de tous
temps, ont traversé le Marais. Cette dernière partie, croyons-nous, sera
du plus grand secours aux historiens des guerres dont le Poitou et
l'Aunis furent le théâtre en de si fréquentes occasions.
Tout ceci est exposé clairement et sobrement, et nous ne pouvons
qu'adopter dans leur ensemble les conclusions de l'auteur, nous bornant
à lui adresser quelques critiques sur la conception de son plan, sur la
forme et sur certains détails.
Malgré le défaut qu'il allègue de documents antérieurs au x^ siècle,
nous regrettons que, sans entrer dans des études géologiques par trop
spéciales, M. G. ne se soit pas efforcé de nous fournir quelques données
sur ce que pouvait être le Marais avant cette époque. Les formes si
caractéristiques des noms de lieux n'auraient-elles pu lui permettre un
aperçu intéressant sur l'ethnographie de la région et, notamment, le
peuplement des iles et celui du continent?
Nous le croyons et aussi qu'il aurait eu avantage à modifler en partie
le plan de son travail, par ailleurs très logique. L'historique, en effet,
en forme la première partie, et pour la précision de l'exposé l'auteur est
contraint d'y employer certains termes spéciaux dont la définition et le
commentaire se trouvent dans la seconde partie; il serait très malaisé
de les y aller chercher sans le secours d'un glossaire, que nous avons
fort apprécié. Je donne quelques exemples : « Bot, coi, conche, étier,
essai, portereau, droits de carvane, de mervelage, de coublage, de
luzaut, d'entrenuit, » expressions sur lesquelles, du reste, Du Gange
602 BIBLIOGRAPHIE.
lui-même est le plus souvent muet. En dépit du glossaire, instrument
de travail unique en ce genre, il est illogique et mal commode de ne pas
définir les termes dès leur premier emploi.
Passons aux critiques de forme et de détails. La carte coloriée qui se
trouve à la fin du volume est très exactement dressée et d'une consul-
tation très aisée ; nous y remarquons pourtant pour la région du Lay
un beaucoup moins grand luxe d'indications que pour le reste du Marais.
Serait-ce que là aussi les documents permettant des identifications
d'écarts et de lieux-dits faisaient défaut? L'auteur, qui ne le cite guère,
aurait-il négligé le riche charlrier des La TrémoïUe, princes de Tal-
mont, comme l'on sait, et qui lui eut été, à coup sur, une très riche
source d'informations ? L'obligeance connue de son possesseur actuel
rendrait M. C. moins excusable encore.
Les pièces justificatives sont, en général, bien établies et très correc-
tement publiées. La date de celle qui répond au numéro VI ne nous
satisfait point. Avant 1217, cela est un peu vague : il y avait sans doute
moyen de préciser davantage.
Page 134, M. G., cherchant à expliquer l'origine des rets, filets à
prendre les oiseaux, s'exprime ainsi : « Plus d'une fois, sans doute, des
oiseaux étaient venus maladroitement se faire prendre à marée basse
dans les filets à poisson, que l'on tendait déjà au x« siècle. » Cette expli-
cation ingénieuse est déjà fort contestable et c'est, nous semble-t-il,
chercher bien loin ; mais ce qui nous paraît tout à fait impossible, c'est
que, comme le veut M. G., les mêmes engins aient été alors employés
indifféremment pour la chasse et pour la pêche. Il suffit d'avoir vu des
filets de pêche et les rets encore employés aujourd'hui à la chasse pour
se rendre compte de la naïveté de cette conception.
Nous finirons en signalant à l'auteur, qui la connaît peut-être, mais
ne l'a pas utilisée, une nouvelle de VHeptaméron dont il eût pu, sans
sortir du sujet, illustrer et agrémenter un de ses chapitres, celui qui a
trait aux voies de communication. Il nous parle (p. 160) de la coutume
perçue en 1525 par les seigneurs de Goulon sur les marchandises qui
traversaient, en plein marais, de Goulon à la Garette et réciproque-
ment. Ge bac n'était pas moins utile au passage des gens qu'à celui des
marchandises, voire au passage des Cordeliers, comme nous le rapporte
Géburon en la cinquième nouvelle de ces deux frères de Saint-François
qui, pour avoir malencontreusement prié d'amour une batelière récal-
citrante et trop avisée, furent successivement débarqués par ruse cha-
cun dans une île de la Sèvre. Tous les habitants des environs, conviés
par la passeuse, s'empressèrent de venir les y trouver, tout penauds, et
les couvrirent de huées et de malédictions.
En résumé, le livre de M. G., ouvrage très neuf par les matières
traitées en même temps qu'utile instrument de travail, n'est pas moins
à louer pour sa consciencieuse exécution que pour ses conclusions
BIBLIOGRAPHIE. 603
non discutables, basées sur une étude minutieuse et bien comprise des
textes.
François-L. Bruel.
Archives de la ville de Montpellier. Inventaires et documents,
publiés par Jos. Berthelé. T. III, fasc. 3, 4 et 5 : /e Cartulaire
montpelliérain des rois d'' Aragon et des rois de Majorque, sei-
gneurs de Montpellier., d'Aurnale, etc., suivi d'éclaircissements
topographiques et de documents complémentaires concernant la
ville et les environs de Montpellier. Montpellier, impr. Serre et
Roumégous, ^904. ln-4°, paginé 33-1 -6-1 2, ^6 planches.
Les « Samnagenses » et V « oppidum » de Nages (Gard), à propos
de l'inscription romaine de Montarnaud, par Jos. Berthelé. Paris,
4 904. In-8°, 52 pages.
Le recueil d'actes dont M. Berthelé a entrepris ici la publication
forme la seconde partie du Mémorial des Nobles, dont la première a été
mise au jour il y a une vingtaine d'années, par M. Germain, sous le
titre de Cartulaire des Guilhems. Tandis que le cartulaire des Guilhems
comprend les chartes seigneuriales de Montpellier jusqu'au début du
xin« siècle, c'est-à-dire jusqu'au moment oii la seigneurie de la ville
passa de la maison des Guilhems à celle des rois d'Aragon, la suite,
publiée ici, comprend les actes relatifs à la seigneurie des rois d'Ara-
gon, puis des rois de Majorque jusqu'au début du xiv siècle.
Il y a là quarante-trois actes, dont l'un constate la vassalité du roi
d'Aragon vis-à-vis de l'évéque de Maguelonne, en tant que comte de
Mauguio, dont les autres sont « justificatifs des propriétés et des droits
du roi d'Aragon ou du roi de Majorque à Montpellier et aux environs. »
Le cartulaire n'a pas été constitué d'un seul coup, mais il s'est
formé peu à peu par des transcriptions souvent authentiquées d'actes
antérieurs, par des expéditions officielles exécutées par le notaire au
moment de la réception de l'acte, enfin par de simples copies imper-
sonnelles. M. Berthelé peut en fixer la rédaction d'une manière assez
précise entre 1263 et 1302.
Ce mode de composition du cartulaire a conduit M. Berthelé à pen-
ser qu'au lieu d'en respecter scrupuleusement le désordre, le mieux
était de classer les actes dans un ordre géographique, chaque localité
comprenant au besoin une subdivision chronologique. Il a joint d'ail-
leurs à son introduction une table de concordance du manuscrit et de
l'édition.
Chaque acte est précédé d'une analyse développée et accompagné de
notes dans lesquelles M, Berthelé indique, s'il y a lieu, les reproduc-
604 BIBLIOGRAPHIE.
lions intégrales ou partielles qui en ont été faites, les variantes de ces
éditions' et la leçon du manuscrit quand il a cru devoir la corriger; il
y fournit aussi les éclaircissements nécessaires à l'intelligence du texte.
Le cartulaire, avec la table chronologique qui le suit, n'embrasse pas
la plus grosse partie du volume que nous annonçons ici. M. Berthelé
y a joint des éclaircissements topographiques et vingt-six documents
complémentaires relatifs notamment à la question des eaux à Montpel-
lier du xni« au xv« siècle, à la triperie des rois de Majorque à Montpel-
lier et à diverses localités des environs de la ville. Le dernier docu-
ment, qui ne porte aucun numéro d'ordre, contient les réponses données
par les villes et paroisses de campagne du diocèse de Montpellier
faites en 1744 à un questionnaire de l'intendant Le Nain.
Tout cela forme un recueil très précieux pour l'histoire locale. Mais
ce que nous avons peut-être le plus apprécié dans cette publication,
c'est la sagacité avec laquelle M. Berthelé a étudié plusieurs points de
la topographie montpelliéraine. Soit qu'il étudie des anciennes vigue-
ries du pagus Magaloncnns^ soit qu'il détermine l'emplacement de
localités perdues, sa critique est toujours également sûre et ingénieuse^.
La même ingéniosité se retrouve dans une dissertation insérée au
t. LXII des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France.
Deux inscriptions, trouvées l'une à Nîmes au xvi« siècle, l'autre à Mon-
tarnaud en 1896 par M. Berthelé lui-même, et quelques monnaies ont
conservé la mention des Samnagenses, peuplade citée par les auteurs
anciens. L'on a proposé six identifications dilférentes de l'habitat des Sam-
nagenses : Senez (Basses-Alpes), Sénas (Bouches-du-Rhône), Saint-Piorre-
de-Sénos (Vaucluse), Ganges (Hérault), Nages (Gard) et Albi (Tarn).
M. Berthelé tient pour l'avant-dernière. La forme de Nages dans le
haut moyen âge (Anagia) lui fait penser que dans le dérivé régulier
de Samnagenses, Sanages, 1'^ initial a été pris pour un article (comme
Sacaze pour Lacaze) puis est tombé, laissant la forme Anagia, qui à
son tour produit régulièrement, par aphérèse. Nages. D'autre part.
Nages possède un oppidum antéromain qui indique qu'il a été un
centre de quelque importance. Malgré tout, l'identification est un peu
hardie, et M. Berthelé est un trop bon érudit pour ne pas conclure
sagement qu' « une identification sans réserves serait excessive et
imprudente. »
E.-G. Ledos.
1. M. Berthelé corrige avec bonheur les erreurs de ses devanciers; le titre
même du mémorial, Liber instrumentorum memorialis, a été, il le prouve
abondamment, défiguré par Germain en Liber inslrumenlorum memorialium,
qui n'avait pas grand sens.
2. Nous noterons dans le dernier de ces éclaircissements topographiques
d'utiles considérations sur le sens de suburbium.
BIBLIOGRAPHIE. 605
Comtesse Marie de Villermont. Grands seigneurs d'autrefois. Le
duc et la duchesse de Bournonville et la cour de Bruxelles.
Bruxelles, Jules de Meester, et Paris, Victor Retaux, ^904. In-8°,
viii-428 pages.
Condamné à mort pour avoir plus ou moins trempé dans la conspi-
ration des nobles des Pays-Bas contre la domination du roi d'Espagne,
au début du xvn« siècle, le duc de Bournonville parvint à s'enfuir et
mourut à Lyon, en mars 1656, abandonné de tous les siens. De la part
d'Anne de Melun, duchesse de Bournonville, cet abandon fut une igno-
minie. Au reste, la duchesse de Bournonville, si elle eut d'incontes-
tables qualités, semble avoir, en revanche, possédé de sérieux défauts.
Il me paraît que sa sécheresse de cœur, sa rapacité, son âpreté à
défendre surtout, dans le duc de Bournonville, la fortune de son mari,
sont faites pour la rendre antipathique. Mais je veux espérer que la fin
édifiante que fit la duchesse au Garmel d'Anvers a été pour sa cons-
cience un peu comme une expiation. Quoi qu'il en soit, l'histoire du
duc et de la duchesse de Bournonville manque de relief, et le livre de
W^^ la comtesse M. de Villermont n'en aurait pas davantage si l'auteur
n'avait su mettre ses deux personnages principaux dans un cadre excel-
lent. Son tableau de la cour de Bruxelles sous les archiducs Albert et
Isabelle, son récit du séjour à Bruxelles de Marie de Médicis et de
Gaston d'Orléans, son portrait du trop fameux président Roose, notam-
ment, sont de bons morceaux, qui contribuent à rendre la lecture du
livre attrayante, en dépit des innombrables fautes d'orthographe qui en
émaillent les pages.
Armand d'Herbomez.
Commissie van advies voor's Rijks geschiedkundige publicatiën.
Oversicht van de voor bronnenpublitie aante vullen leemten der
ISederlandscke geschiedkennis. 's-Gravenhagen, M. Nijhoff, ^904.
In-4°, IX-^08 pages.
Jusqu'à présent, ni l'État hollandais ni la K. Académie van Weten-
schappen n'avaient pris l'initiative de quelque grande collection histo-
rique, comme il en existe dans tous les pays voisins. En 1826, une
commission avait été nommée pour aviser aux moyens de combler cette
lacune; mais elle se sépara sans avoir rien entrepris. Depuis lors, nous
ne trouvons plus aucune tentative de ce genre. Ce n'est que tout der-
nièrement qu'un arrêté royal (du 26 mars 1902) institua une nouvelle
commission pour faire publier des documents tirés des Archives du
royaume. Le présent opuscule nous indique le plan des travaux et la
manière dont les érudits pourront y collaborer. La commission se pro-
606 BIBLIOGRAPHIE.
pose uniquement d'éditer des sources historiques, laissant à l'initiative
privée le soin de les utiliser. La collection qu'elle publiera sera donc
analogue à notre Collection des Documents inédits (si l'on en excepte
les deux séries archéologique et philologique, peu représentées d'ail-
leurs). Le plan que nous avons sous les yeux indique époque par époque
les grandes divisions du travail. Une seule partie nous semble quelque
peu sujette à critique : la collection débutera par des Excerpta Romana;
on a déjà maintes fois contesté l'utilité de ces sortes de recueils; hors
l'avantage de réunir en un seul volume les fragments d'auteurs latins
concernant le pays, ce travail, ne pouvant guère présenter de progrès
sur les éditions de chacun des auteurs qu'il reproduira, coûtera plus de
peine qu'il ne donnera d'avantages réels.
Plusieurs séries de la collection, nous croyons pouvoir l'annoncer,
seront amorcées sous peu ; ce sont les Excerpta Romana, les Scriptores
medii œvi, la banque et la bourse {bank en beurs wezen) d'Amsterdam
aux xvii« et xvni^ siècles, les compagnies des Indes occidentales, l'his-
toire politique de la Hollande de 1795 à 1848. Nous ne pouvons que
nous féliciter de voir enfin réussir cette entreprise; elle prospérera
sûrement par la suite, (''tant dirigée par des érudits tels que MM. van
Riemsdyk, Golenbrander et Blok.
Henri Lemaître.
F. Mazerolle. Les Médailleurs français du XV^ siècle au milieu du
XVI I". Paris, Impr. nat., 1902-1904. 3 vol. in-8% iv-clxxviii-
630 et iv-267 pages, et album de iv-6 pages et 42 planches. (Col-
lection des Documents inédits.)
Préparé de longue date à l'aide de documents conservés aux Archives
nationales, cet ouvrage contient les textes les plus importants concer-
nant les médailleurs français et leurs œuvres, classés chronologique-
ment sous le nom de chaque artiste, avec quelques pièces relatives à
la Monnaie des Étuves' et du Moulin, la future Monnaie des Médailles;
il débute par le règne de Charles VII et s'arrête au milieu du xvn^ siècle,
après les Dupré, derniers représentants de la Renaissance française au
point de vue numismatique; désormais, la technique monétaire se trans-
formera. En appendice, on trouvera les listes des matrices, coins et
poinçons fournis aux différents ateliers monétaires de France par les
tailleurs généraux et les tailleurs de la Monnaie de Paris et de la Mon-
naie du Moulin. Et le tome II comprend le catalogue des œuvres attri-
buées aux différents artistes, ainsi que des médailles dont les auteurs
ne sont pas connus. M. Mazerolle a donc repris l'essai publié jadis
1. Ainsi nommée en raison de son établissement, en 1551, dans la maison
des Étuves, au bout du jardin du Palais.
BIBLIOGRAPHIE. 607
(1834-1837) dans le Trésor de numismatique et de glyptique et celui de
Barre (1867); il a ainsi rendu à la science des médailles françaises le
même service que Armand et Heiss ont, chacun de leur côté, rendu aux
médailleurs italiens. La belle gerbe de documents qu'il a pris la peine
de récolter n'apporte pas uniquement de l'inédit : de Saulcy, de Mon-
taiglon, de Barthélémy, Guiffrey, Rondot, Blanchet, d'autres encore,
avaient déjà publié des séries de textes précieux, mais c'est la première
fois qu'un corpus aussi complet nous est offert, et les noms seuls des
artistes qu'ils intéressent suffisent à exciter notre curiosité. Qu'il suf-
fise de citer Jacques Gauvain, Marc Bechot, Etienne de Laune, Claude
de Hery, Germain Pilon, Philippe Danfrie, Jacques Primavera, Fran-
çois Briot, Nicolas Briot, Guillaume et Abraham Dupré, qui sont les
plus célèbres et ont déjà plus ou moins leur monographie. Le premier
document recueilli est de l'année 1494.
Il semble que les textes sont publiés avec grand soin. Le cata-
logue des médailles et des jetons (1,021 numéros) est établi d'après les
originaux appartenant au Cabinet de France, à ceux de Munich, de
Vienne et de Bruxelles, à divers musées, à plusieurs collections parti-
culières, et l'auteur a tenu compte de tout ce que ses prédécesseurs
avaient fait connaître (voir d'ailleurs la bibliographie en tête du tome I) ;
il y a joint une très utile table des devises. Il me paraît regrettable
cependant de ne pas voir rapprocher de la médaille ou du jeton décrits
le document du tome I qui les concerne. C'est là une fâcheuse omis-
sion que M. Mazerolle a bien essayé de réparer dans une introduction,
où ces renseignements sont un peu perdus.
L'introduction, d'ailleurs étendue et pleine de très utiles indications,
est une étude de la fabrication des jetons et de la frappe des médailles
aux xvi« et xvii^ siècles; c'est bien plutôt une série de notes biogra-
phiques sur les nombreux artistes cités, dont quelques-uns étaient jus-
qu'à ce jour profondément oubliés. Nous espérions y trouver davantage.
Le lieu n'était-il pas bien choisi pour nous donner quelques détails
sur la valeur artistique de ces médailles, nous montrer les progrès
accomplis par ces grands artistes du xvi^ siècle, nous faire toucher du
doigt leur mérite comparé à celui des médailleurs italiens de la même
époque, nous apporter quelque lumière sur des pièces qui, pour la plu-
part, sont uniques? On s'intéresse certes à la biographie des artistes,
mais on aime aussi à les admirer dans leurs œuvres, et M. Mazerolle
était tout désigné pour nous dire quel degré d'admiration mérite tel ou
tel de ces graveurs, auteurs de tant de chefs-d'œuvre, dans l'exercice
d'un art où les Français n'ont pas dégénéré. Souhaitons qu'un jour
cette lacune soit comblée par l'auteur lui-même.
Un album, complément de la présente publication, vient de paraître.
Il appelle quelques observations. Certaines planches (XXV et XXVI,
Henri IV et Marie de Médicis, par Guillaume Dupré; VI, Charles de
608 BIBLIOGRAPHIE.
Bourbon, etc.) sont mal venues et donnent une bien médiocre idée de
l'original. Pour d'autres, il eût été facile de trouver des exemplaires
bien supérieurs à ceux qui ont été photographiés; et sans doute aurait-il
fallu éviter de présenter des modèles en grande partie retouchés, comme
il y en a trop d'exemples, d'autant que rien ne nous met en garde
contre ces retouches. Je ne suis pas d'accord enfin avec M. MazeroUe
sur la soi-disant marque de l'imprimeur à l' co et sur quelques identifi-
cations d'artistes proposées (par exemple pi. XVII pour les Danfrie,
pi. XXllI pour Nicolas Briot). Ces réserves faites, on ne peut qu'ap-
prouver l'idée d'avoir joint un tel recueil de planches au recueil de
documents déjà paru. H. S.
Nalalis Rondot. Les Médailleurs et les graveurs de monnaies, jetons
et médailles en France. Avant-propos, noies, planches et tables
par H. de La Tour. Paris, Ernest Leroux, 1904. In-8% xi-448 pages
et 39 planches.
Dans une certaine mesure, le désir exprimé à propos du livre de
M. Mazerolle se trouve contenté par la publication posthume de Nata-
lis Rondot. Car cette publication comprend une première partie,
consacrée à l'art des graveurs et des médailleurs, à sa technique et à
son développement jusqu'à la fin du xvui^ siècle; la seconde partie
étant réservée aux notices (généralement brèves, mais puisées à bonne
source) sur les artistes, où sont signalées les œuvres capitales et rele-
vées les principales dates de sa carrière. Rondot n'a pas pu profiter des
textes accumulés par Mazerolle; les deux ouvrages sont donc indépen-
dants et se complètent l'un par l'autre. Et Rondot a rendu trop de ser-
vices à l'histoire de l'art français pour que l'on dédaigne le dernier et
important travail que M. Henri de La Tour a bien voulu se charger de
publier en y joignant d'utiles notes complémentaires et une série de
planches (avec explication jointe) du meilleur effet.
Amateur distingué et connaisseur subtil, Rondot sut admirer et
juger. La sûreté de son jugement n'avait d'égale que la précision de
ses souvenirs, et l'on est en droit de regretter qu'il n'ait pas donné
plus d'ampleur à cette étude pour laquelle il était admirablement pré-
paré. Telle qu'elle est, néanmoins, elle mérite d'être lue. Son auteur a
des idées personnelles, parfois en contradiction avec ce qu'on a écrit
avant lui, et ses opinions sont toujours raisonnées. Voyez par exemple
ce qu'il dit, à propos de Matteo del Nassaro, sur l'influence très faible
des médailleurs italiens sur les français, et voyez-le s'inscrire en faux
contre l'attribution faite par Joseph Derenbourg du grand médaillon
de bronze du xv^ siècle trouvé à Lyon en 1656 et conservé au Cabinet
de France. On s'associera volontiers aussi à son enthousiasme pour
l'œuvre de Pisanello.
BIBLIOGRAPHIE. 009
La deuxième partie du livre comprend près de 1,200 notices. C'est là
une excellente contribution dont il conviendra de tenir compte. Cette
nomenclature sera complétée par les découvertes qui se font chaque
jour et se feront dans les archives. Des noms nouveaux viendront
prendre place à côté des plus anciens noms fournis par les listes
de Rondot^. Quelques-unes de ces notices auraient sans doute pu
être améliorées en se servant de travaux déjà parus; il y a par
exemple, sur Gérard Loyet, une notice de J. Helbig, dans la Revue de
l'art chrétien (1883); Claude Crock et René Beautriset ne sont pas les
seuls graveurs lorrains qui auraient pu être relevés pour la première
moitié du xvi^ siècle; diverses récapitulations d'artistes locaux n'ont
pas été utilisées; enfin, je constate quelques différences de dates
entre Mazerolle et Rondot, et l'erreur (si erreur il y a) doit naturelle-
ment être imputée à ce dernier.
La part de M. de La Tour dans la publication est considérable et
mérite d'être rappelée. C'est à lui aussi qu'est due toute l'illustration,
qui est remarquablement choisie : ce sont des monnaies depuis le
xiii^ siècle jusqu'au xix«, des jetons depuis le xiv«, des médailles depuis
le xv«, et, dans le texte même, la médaille comméraorative de la
bataille de Marignan, les médailles de Louis XII et de Jean II de
Bourbon, le plus ancien jeton connu en argent (de Charles le Hutin,
roi de Navarre), et le jeton aux armes d'Alençon (fin xv« siècle), qui est
le premier dont le graveur (Nicolas de Russange) soit désigné d'une
façon certaine. Tel est ce livre auquel on recourra toujours avec profit.
H. S.
Joseph Berthelé. Enquêtes campanaires. Notes^ études et documents
sur les cloches et les fondeurs de cloches du VIII^ au XX^ siècle.
Montpellier, impr. Delord-Boehm et Martial; libr. Valat, •1903.
In-8°, xvi-758 pages, flg. et pi. Prix : 20 francs.
Depuis quelques années, l'étude des cloches a pris chez nous un déve-
loppement assez considérable pour que la campanographie en soit venue
à former une branche distincte de l'archéologie. Parmi ses plus fervents
adeptes, parmi ceux qui ont contribué le plus efficacement à constituer
cette science, notre confrère M. Berthelé se trouve au premier rang.
Les cloches tiennent une place importante dans ses Recherches pour ser-
vir à l'histoire des arts en Poitou et dans son Carnet de voyage d'un anti-
quaire poitevin, et de ci de là, dans les journaux et les revues auxquels
il collabore, il a semé des notes d'archéologie campanaire. Le volume
1. Quelques petites erreurs se sont glissées inévitablement. Mathieu « de
Luchieu, » tailleur de la monnaie de Troyes au xiv° siècle, n'était assurément
pas de Lisieux, mais de Lucheu en Picardie.
6^0 BIBLIOGRAPHIE.
qu'il publie aujourd'hui est beaucoup plus considérable et constitue un
service important rendu aux amis de cette science.
Dans une lettre-préface adressée à M. Henri Jadart, auquel ce livre
est dédié, M. Berthelé nous prévient que son livre « ne constitue en
aucune façon un corps bien ordonné et bien équilibré. Les règles les
plus élémentaires de la proportion et de la composition y sont négligées
totalement, poursuit-il. La diversité et l'inégalité y régnent en maîtresses
souveraines. Le plan général n'est ni méthodique, ni chronologique, ni
même strictement géographique. Telle petite cloche presque incon-
nue est analysée avec plus d'ampleur que ne l'ont jamais été la plupart
des chefs-d'œuvre du jour. Nombre de cloches importantes et remar-
quables ne sont même pas mentionnées. Des fondeurs de troisième
ordre, vieux seulement d'un siècle ou même de trois quarts de siècle,
sont discutés et mis en lumière et d'autres plus méritants et plus
anciens sont tout juste cités. » Voilà donc le lecteur prévenu qu'il ne
doit pas s'attendre à trouver ici un manuel complet et méthodique
d'archéologie campanaire. Plaise à Dieu que M. Berthelé nous le donne
un jour!
Tel qu'il est, ce livre rendra aux amis des cloches d'inappréciables
services. Ils y trouveront tout d'abord un Coup d'œil d'ensemble sur la
fonte des cloches avant l'époque actuelle. En moins de cinquante pages,
l'érudition précise de M. Berthelé a condensé tous les renseignements
utiles sur l'organisation du métier de fondeur de cloches au temps jadis,
sur les conditions du marché, sur celles du travail, sur les règlements
de comptes, etc.
Le reste du volume se compose d'études originales, de notes, d'ana-
lyses, d'extraits, dont beaucoup ont paru ailleurs, mais qui, épars comme
ils l'étaient, étaient presque perdus pour les hommes d'études. Tout
cela est réparti en plusieurs chapitres géographiques : I. Deux-Sèvres,
Vienne, Vendée, etc.; IL Somme, Oise, Eure, etc.; III. Départements
divers; IV. Ariège, Haute-Garonne; V. Haute-Marne, Vosges, etc.;
VI. Aisne, Marne, Ardennes, etc.; VII. Rhône, Côte-d'Or, Yonne, etc.
La part de l'époque moderne est beaucoup plus considérable que celle
du moyen âge ; mais celui-ci est représenté cependant par des articles
assez importants. Nous signalerons tout particulièrement dans le volume
une série d'études critiques fort importantes sur une cloche d'Ornolac
que l'on faisait indûment remonter au xi^ siècle. On trouvera là des
principes fort utiles de paléographie campanaire.
Ce qui donne encore plus de prix au bel ouvrage de notre excellent
et savant confrère, ce sont les copieuses tables dont il l'a doté et qui ne
remplissent pas moins de 200 pages : 1° Index des noms de fondeurs
(p. 556-628) ; 2° Index général des noms de personnes, de lieux et de
matières (p. 629-747) ; 3° Index spécial des gravures (p. 749-754). La
richesse de ces tables en fait un instrument de travail fort précieux,
BIBLIOGRAPHIE. 6^-1
indispensable à quiconque s'occupe d'archéologie et d'épigraphie cam-
panaires. Tout y a été relevé avec un soin minutieux. Et le campano-
graphe ne sera pas le seul à y puiser des renseignements précieux.
Dans la table des matières, nous signalerons plus particulièrement les
importantes rubriques : Abréviations; Écriture; Formules; Langue
des inscriptions campanaires; Paléographie campanaire; Ponctuation;
Technique campanaire.
E.-G. Ledos.
William Marçais, directeur de la médersa de Tlemcen, et Georges
Marçais. Les Monuments arabes de Tlemcen [Service des monu-
ments historiques de l'Algérie). Paris, Fontemoing, ^903. Gr. in-8°,
v-358 pages, 30 planches hors texte et 82 illustrations dans le
texte. (Ouvrage publié sous les auspices du gouvernement général
de l'Algérie.)
Ce beau volume est le troisième de l'intéressante série de publica-
tions que subventionne, sur son jeune budget, notre colonie algérienne.
Les deux précédents, parus en 1901 et dus à M. Stéphane Gsell, avaient
été consacrés aux Monuments antiques de l'Algérie.
Bien qu'on eût déjà beaucoup écrit sur Tlemcen, ainsi que le rap-
pellent consciencieusement MM. Marçais dans leur Pr^^/iice, un ouvrage
d'ensemble sur l'art tlemcénien et sur ses rapports avec l'art de l'An-
dalousie musulmane manquait encore. MM. Marçais, l'un arabisant et
historien, l'autre artiste et dessinateur de talent, étaient parfaitement
qualifiés pour mener à bien un travail de ce genre. Ils s'en sont acquit-
tés de façon tout à fait satisfaisante ^ .
Le charme de Tlemcen est très puissant. Plus et mieux que tous
autres, les auteurs des Monuments arabes l'ont ressenti et exprimé.
C'est de tout cœur, et comme avec amour, qu'ils ont entrepris et pour-
suivi leur étude, qui en a pris une saveur trop souvent absente des
livres d'archéologie. On songe d'autant moins à les en blâmer que le
sujet y prête réellement et que leur enthousiasme n'a pas fait tort à
leur critique.
Trois villes se sont successivement comme juxtaposées à Tlemcen.
Les Romains y eurent, au nord-est de la ville actuelle, un centre assez
important, du nom significatif de Pomaria (les vergers), qui avait pour
origine, ainsi a^u'Altava (Lamoricière) et Numerus Syrorum (Marnia),
1. MM. Marçais sont presque toujours exacts et bien informés au point de
vue bibliographique. Pourquoi, cependant, lorsqu'ils citent Léon l'Africain, se
réfèrent-ils à l'édition ou plutôt à la réimpression Schefer, simple reproduc-
tion de la détestable traduction de J. Temporal, au lieu d'utiliser l'original ita-
lien bien connu de Ramnsio?
fil 2 BIBLIOGRAPHIE.
un établissement militaire jalonnant une frontière primitive. A la con-
quête arabe, Pomaria devint Agadir (la forteresse), sans changer d'em-
placement. Ce fut à la fin du xi« siècle, sinon au début du xii"^, que le
souverain almoravide Yousouf-ben-Tachfin fonda, au sud -ouest
d'Agadir, sur le plateau qu'occupe le présent Tlemcen, une ville nou-
velle appelée Tagrart (le camp). Agadir n'en resta pas moins habité
pendant plusieurs siècles encore et ne déclina que lentement, tandis
que les Almohades succédaient (milieu du xii^ siècle) aux Almoravides,
et les Abd-el-Ouadites ou Beni-Zeyian (xiiie siècle) aux Almohades.
Dans la première moitié du xiv^ siècle se place l'intervention des Méri-
nides marocains, marquée par la fondation d'une troisième ville, Man-
saura (la victorieuse), édifiée à l'ouest de Tagrart pour servir de camp
permanent à l'armée mérinide au cours des deux sièges de Tlemcen,
ainsi que Santa-Fé à l'occasion du siège de Grenade; Mansoura, d'ail-
leurs, ne survécut guère à l'occupation mérinide, les Abd-el-Ouadites
restaurés en ayant systématiquement assuré la prompte destruction.
A l'exception du principal corps de bâtiment de la Grande-Mosquée,
qui est du xii<= siècle, les monuments tlemcéniens appartiennent aux
cent années écoulées du milieu du xni« siècle à celui du xiv», c'est-à-
dire qu'ils sont contemporains des grands monuments de Grenade,
dont il y a lieu de les rapprocher. Cet ensemble d'édifices constitue
d'ailleurs deux groupes, dont les dates respectives s'enchevêtrent
quelque peu, mais qui doivent être distingués, celui des travaux exé-
cutés par les princes Abd-el-Ouadites et celui des constructions dues
aux Mérinides.
La perle du premier groupe est la charmante mosquée de Sidi-bel-
Hassan, maintenant affectée au Musée. On avait inopportunément
imaginé, dans les premières années de notre occupation, de l'utiliser
comme grenier à fourrage, et un incendie, survenu au cours de cette
période utilitaire, l'a désastreusement détériorée. Ce qui en reste, qui
a jusqu'à présent échappé à une restauration totale, donne de l'art
tlemcénien de la fin du xni^ siècle, époque de la construction du monu-
ment, l'idée la plus avantageuse. Les dimensions sont médiocres et le
plan très simple (carré d'une dizaine de mètres de côté divisé en trois
nefs), mais les proportions sont parfaites et l'ornementation est de tous
points ravissante. Avec raison, MM. Marçais qualifient le mirhab de
« merveille de fantaisie et de goût. » Il en est de même de tout le décor
des murs. « Quant aux éléments qui remplissent les surfaces, » disent
MM. Marçais, « ils témoignent d'un art savant et subtil, presque com-
plètement libéré de toute influence byzantine, d'une invention pleine
de souplesse et de ressource. Cet oratoire des Beni-Zeyian, l'un des
plus anciens monuments de Tlemcen et l'ancêtre de presque toutes
les parties subsistantes de l'Alcazar et de l'Alhambra, porte la trace
d'une culture artistique qui ne sera guère dépassée. Non seulement il
BIBLIOGRAPHIE. 6^3
mérite d'être étudié en lui-même, comme l'une des plus séduisantes
créations de l'art musulman, mais il offre encore à l'archéologue un
exemple important, sans remaniement, et de date certaine, des détails
de la belle époque moresque. C'est d'ailleurs de tous les monuments
de Tlemcen celui qui se rapproche le plus des palais espagnols : le
décor épigraphique et la flore établissent leur évidente parenté. »
Ajoutons que de très beaux lambris de bois de cèdre, dont quelques
mètres seulement ont été épargnés par le feu, constituaient les plafonds
des nefs.
La mosquée de Sidi-bel-Hassan n'était pas un exemplaire isolé de
l'art de cette époque. Les princes de la première dynastie abd-el-oua-
dite, de son fondateur Yarmoracen (1239-1282) à son dernier représen-
tant Abou-Tachfin (1322-1337), furent de grands bâtisseurs qui rem-
plirent Tlemcen de leurs constructions, tant civiles que religieuses. Il n'en
subsiste que des morceaux, notamment les deux minarets de la Grande-
Mosquée et d'Agadir, dus à Yarmoracen, celui assez remanié du
Mechouar, qu'on doit attribuer à Abou-Hammou I^"" (vers 1317), enfin
la mosquée d'Oulad-el-Imam, construite (vers 1310) par le même Abou-
Hammou, comparable, ainsi que le démontrent MM. Marçais, à Sidi-
bel-Hassan, mais irrémédiablement détériorée. Le grand palais du
Mechouar, édifié par Yarmoracen et par Abou-Hammou !«"■, les mul-
tiples palais d'Abou-Tachfin, la médersa ancienne dont la mosquée
d'Oulad-el-Imam était l'annexe, la médersa Tachfinia, dont proviennent
quelques beaux fragments de mosaïques (peut-être du xv" siècle d'ail-
leurs) dispersés dans les musées de Tlemcen, d'Alger, de Gluny, de
Sèvres', ne sont connus que par quelques textes peu explicites.
MM. Marçais ne considèrent pas comme indigène ni proprement
tlemcénien l'art de cette première période abd-el-ouadite. Pour eux, ce
sont des architectes et des décorateurs venus de l'Espagne musulmane,
des Andalous, comme les désignaient et les désignent encore les gens
du Maghrib, qui ont exécuté tous ces travaux. Fort judicieusement, ils
attirent l'attention sur le passage suivant d'Ibn-Khaldoun : « A l'époque
d'Abou-Hammou et de son hls Abou-Tachfin, les arts étaient très peu
avancés à Tlemcen, parce que le peuple qui avait fait de cette ville le
siège de son empire conservait encore la rudesse de la vie nomade.
Aussi ces princes durent s'adresser à Aboul-Oualid, seigneur de l'An-
dalousie, afin de se procurer des ouvriers et des artisans. Le souverain
espagnol, maître d'une nation sédentaire chez laquelle les arts avaient
nécessairement fait beaucoup de progrès, leur envoya les architectes
les plus habiles de son pays. Tlemcen s'embellit alors de palais telle-
ment beaux que depuis on n'a jamais rien pu construire de semblable
1. MM. Marçais, p. 21, noie 2, ne semblent connaître que les fragments de
Tlemcen et de Cluny.
1904 ^0
6^4 BIBLIOGRAPHIE.
(Histoire des Berbères, III, 480). » On comprendra l'importance archéo-
logique de ce fait que les monuments abd-el-ouadites sont des œuvres
grenadines en se souvenant que ces monuments se trouvent être anté-
rieurs à la plupart de ceux qui sont restés debout à Grenade même.
Le groupe des édifices mérinides, moins réduit que celui des édifices
abd-el-ouadites, est plus intéressant encore. Les princes mérinides
furent d'infatigables constructeurs. Dès leur entrée en scène, lors du
blocus infructueux de huit années (1298-1306) qu'Abou-Yacoub fait
subir à Tlemcen, on voit s'élever Mansoura, avec son enceinte enfer-
mant une centaine d'hectares et sa vaste mosquée flanquée du haut
minaret encore subsistant. Tlemcen enfin conquise, pendant le quart
de siècle qu'ils s'y maintiennent, les Mérinides entassent bâtisses sur
bâtisses; ils relèvent Mansoura et l'embellissent d'un palais somp-
tueux, créent Bou-Medine et Sidi-Haloui.
L'art mérinide est peut-être moins affiné que l'art abd-el-ouadite;
ainsi, les décors muraux de Sidi-bou-Medine et de Sidi-Haloui sont
inférieurs à ceux de Sidi-bel-Hassan, d'une fantaisie moins riche et
moins variée. Mais il est, pour ainsi dire, plus vigoureux et plus monu-
mental. Au point de vue architectural, le minaret carré de Mansoura
est une œuvre de tout premier ordre : une grande et belle porte, rap-
prochée par MM. Marçais de Bab-Aguenaou de Merrakech et de la
Puerta del Vino de Grenade, s'ouvre au bas; au-dessus s'étage un
merveilleux balcon sur pendentifs à alvéoles; plus haut, un grand
panneau réticulé percé de fenêtres étroites et incrusté d'émaux de
faïence; tout au sommet de la tour, fausse galerie d'arcs brises suppor-
tés par des colonnettes; un édifice terminal, aujourd'hui détruit,
qu'amortissaient les boules d'or classiques, surmontait la plate-forme
crénelée. Les deux façades de Sidi-bou-Medine et de Sidi-Haloui, où il a
été tiré un excellent parti du décor céramique, la première surtout, sont
aussi fort remarquables. La sculpture de la période mérinide offre les
mêmes caractères d'art plus robuste ; les chapiteaux de la mosquée et
du palais de Mansoura (au Musée et à Sidi-Haloui), ainsi que ceux du
mirhab de Sidi-bou-Medine, sont d'un dessin bien meilleur que ceux
de Sidi-bel-Hassan.
Pas plus pour cette période que pour la précédente, MM. Marçais ne
croient à l'existence d'une école d'art locale ni même régionale. Les
artistes employés par les Mérinides n'étaient, très vraisemblablement,
ni de Tlemcen ni du Maghrib marocain, centre de l'empire mérinide;
c'étaient des Andalous. Le seul artiste qu'on connaisse par un texte
épigraphique, celui de l'auteur du minbar de Bou-Medine, se trouve
être originaire d'Algésiras. Une tradition fait venir d'Espagne les van-
taux de bronze de la même mosquée de Bou-Medine. Ces circons-
tances, sans équivaloir à des preuves, corroborent cependant l'opinion
de MM. Marçais. Sur ce point, comme sur nombre d'autres, l'élude,
BIBLIOGRAPHIE. 6^5
lorsqu'elle sera possible, des moauments du Maroc, apportera, doit-on
espérer, des confirinatioas ou des contradictions qui permettront de
substituer des certitudes à ces bypotbèses.
MM. Marçais ont eu l'beureuse inspiration de grouper dans un
tableau d'ensemble développé (p. 29 à 111) leurs .observations d'ordre
général sur le style, la construction et la décoration des monuments
décrits en les éclairant de rapprochements et de comparaisons propres
à en déterminer les origines et l'évolution. Cet « essai de petit précis
de l'art arabe maghribin » est très intéressant et rendra de grands
services à tous ceux qui s'occuperont désormais d'archéologie moresque;
il comble, en effet, une lacune, Girault de Prangey {Essai sur l'archi-
tecture des Mores en Espagne, en Sicile et en Barbarie, Paris, 1841) ayant,
ainsi que le font observer MM. Marçais, ignoré entièrement les monu-
ments de Tlemcen. Je ne peux, bien entendu, qu'y renvoyer, sans
prétendre l'analyser. J'en indiquerai simplement la conclusion qui est
que « l'art d'Andalousie et celui du Maghrib semblent avoir constitué
un groupe à part (de l'art islamique oriental) et s'être simultanément
développés. » Ils ajoutent, ce dont leur ouvrage est la démonstration,
que l'étude des monuments tlemcéniens « peut, en plus d'un point,
servir à mieux comprendre les édifices d'Andalousie. La plupart, en
effet, offrent l'avantage d'être datés d'une manière certaine et d'avoir
été peu remaniés. Alors qu'il est très difficile de démêler dans les
palais espagnols l'apport des générations successives, chacune des mos-
quées maghribines représente pour ainsi dire une étape de l'art
moresque, une date de son perfectionnement ou de sa dégénérescence.
Elles deviennent donc des documents archéologiques de premier ordre,
utilisables non seulement pour l'étude des édifices andalous, mais
encore de ceux de la Sicile et de ceux que les explorations futures nous
révéleront dans les villes marocaines. »
G. Jacqueton.
Hadréad. Notices des manuscrits latins 583, 657, 1249, 2945, 2950,
3145, 3146, 3437, 3473, 3482, 3495, 3498, 3652, 3702, 3730 de
la Bibliothèque nationale. Paris, Klincksieck, 1904.In-4°, 51 pages.
(Tiré des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque
nationale et autres bibliothèques., t. XXXVIII.) Prix : 2 fr. 30.
Ces notices, trouvées dans les papiers de M. Hauréau après sa mort,
publiées et annotées en partie par M. Paul Meyer, sont loin d'avoir
toutes la même importance et le même intérêt. Si quelques-unes ont
un développement de plusieurs pages, d'autres sont contenues en
quelques lignes. Nous signalerons donc les premières, dans lesquelles on
pourra trouver des renseignements souvent intéressants pour l'histoire
littéraire et l'histoire religieuse.
616 BIBLIOGRAPHIE.
Dans le manuscrit 583, M. Hauréau a relevé un commentaire sur le
prophète Abdias, qui, d'après lui, aurait été faussement attribué à
Hugues de Saint-Victor. A la suite, viennent quelques traités et plusieurs
sermons anonymes. Dans le numéro 1249, il a signalé en particulier
plusieurs poésies latines attribuées à Hildebert, et sur le feuillet de
garde a copié un certain nombre de vers parmi lesquels il y en a
quelques-uns concernant l'institution du jubilé par Boniface VIII. Le
numéro 2945 renferme une épître attribuée soit à Guillaume, abbé de
Saint-Thierri, soit plutôt à Guignes, prieur de la Grande Chartreuse,
puis une série de vingt-sept sermons que M. Hauréau attribuerait
volontiers à Robert Pulleyn, s'il était prouvé que cet écrivain ait été
dans sa jeunesse moine noir ou blanc; il publie un long fragment d'un
de ces sermons qui ne manque pas d'intérêt. Après ces sermons, se
trouvent quelques lettres d'Hildebert et un traité d'Hugues de Saint-
Victor. Le manuscrit 2950, outre des sermons, peut-être de Pierre le
Mangeur et de quelques autres auteurs, et différents traités, renferme un
commentaire sur les premiers versets de l'évangile de saint Jean, par
Jean Scot Érigène, où, professant que tous les êtres sont et vivent en
Dieu, il tente de concilier sa doctrine avec la croyance chrétienne.
Bien que cet opuscule ait été déjà publié par M. Ravaisson, M. Hauréau
en a extrait un long passage dans lequel il a pu corriger la leçon donnée
par le premier éditeur. Le manuscrit 3437 est occupé en partie par les
œuvres de Hugues de Boves ou d'Amiens, abbé de Reading, puis
archevêque de Rouen. Le manuscrit 3473 contient les œuvres de
plusieurs auteurs différents, Guillaume Beaufel, évèque de Paris, Jean
de Metz, Jean d'Udine, Hugues de Saint-Cher, Bérenger Frédol, Robert
Grossetête, évêque de Lincoln. Dans le manuscrit 3495 se trouvent les
Allégories de Hugues de Saint-Victor sur le Nouveau et l'Ancien Testa-
ment, plusieurs proses et un certain nombre de sermons, dont quelques-
uns ne sont pas dépourvus d'intérêt. Dans le manuscrit 3652, M. Hau-
réau signale et étudie longuement un poème d'Hildebert déjà publié
par Beaugendre sous le titre de De mysterio Missse. Le manuscrit 3702,
outre le Spéculum ecclesix, probablement de Hugues de Saint-Victor,
un vocabulaire latin que Du Gange semble avoir ignoré, un bestiaire,
etc., renferme aussi un fragment considérable d'un traité sur l'Incarna-
tion, dans lequel la doctrine de saint Anselme et de Jean de Cornouailles
est défendue contre des philosophes modernes. M. Hauréau donne
quelques passages de cet ouvrage qu'il croit inédit. Le manuscrit 3730,
qui est du xii« siècle, renferme un grand nombre de sermons, la
plupart anonymes; quelques-uns seulement sont de saint Bernard et
de Gébouin, archidiacre de Troyes.
Jules VlABD.
BIBLIOGRAPHIE. 6<7
Tracts on the Mass, edited by J. Wickham Legg. London, -1904.
In-8o, xxxii-296 pages. [Henry Bradshaw Society.)
Un liturgiste anglais, qui a fait ses preuves depuis longtemps,
M. J. Wickham Legg, a recueilli dans ce volume différents textes, d'ori-
gine anglaise, française ou romaine, relatifs aux cérémonies de la
messe, du xm* au xvi^ siècle. En voici l'iadication :
I. Ordinaire à l'usage de Salisbury, tiré d'un Missel du commence-
ment du xiv« siècle, qui a fait partie des collections de feu William
Morris. L'éditeur a saisi l'occasion de dresser une longue liste des Mis-
sels de Salisbury dont il a eu connaissance.
II. Méditations de Langforde, en anglais, d'après un manuscrit de la
seconde moitié du xv« siècle, à la Bodléienne.
III. Petit traité intitulé : Alphabetu7n sacerdotum, qui a été souvent
imprimé en France à la tin du xv^ siècle et au commencement du xvi^.
IV. Ordinaire de l'église de Goutances, d'après un Missel de l'année
1557.
V. Ordinaire dominicain, d'après un ms. du xiii« siècle, au Musée
britannique.
VI. Ordinaire des Chartreux, d'après un ms. cottonien de la fin du
xv« siècle.
VII. Prœparalio sacerdotis, traité attribué à un franciscain, Pierre
Arrivabene, et inséré dans plusieurs éditions du Bréviaire romain, de
1493 à 1582.
VIII. Ordo missœ de Jean Burckart, souvent imprimé au cours du
xvi« siècle.
IX. Règles connues sous la dénomination de Mdaiîwpianeto, souvent
imprimées en France dans la première moitié du xvi« siècle.
X. Extraits du Directorium divinorum officiorum de Giconiolanus.
XL Ordinaire de l'église de Salisbury, d'après un Missel de cette
église, du xiii^ siècle, qui, de la bibliothèque du comte de Grawford, est
passé dans celle de M™« Rylands.
Dans les notes jointes à l'édition, M. Wickham Legg a fait nombre
de rapprochements très curieux pour l'histoire de la liturgie. Il y a
inséré, comme appendice à l'ordinaire de Salisbury, de longs frag-
ments de VOculus sacerdotis de Guillaume « de Pagula, » de la Piipilla
oculi de Jean du Bourg, d'un Missel de Salisbury de la Bodléienne et
du Manuel de la même église, imprimé à Rouen en 1554.
Le recueil de M. Wickham Legg a été imprimé sous les auspices de
la Société Henry Bradshaw. Depuis sa fondation, cette Société a fait
paraître vingt-sept volumes de textes liturgiques qui ne sont guère
connus en France, et cependant plusieurs de ces volumes ont un inté-
rêt tout particulier pour nous. Tels sont le Missel de Robert de
6<8 BIBLIOGRAPHIE.
Jumièges, évêque de Londres (1044-1051) et archevêque de Cantorbéry
en 1051, d'après le manuscrit de la bibliothèque de Rouen ; le Cérémo-
nial du sacre du roi de France, d'après l'exemplaire orné de trente-huit
miniatures qui a été exécuté pour Charles V et que possède le Musée
britannique, et le Bénédictional de l'archevêque Robert, d'après l'un
des plus précieux manuscrits de la bibliothèque de Rouen. Sur la liste
des travaux en préparation figurent le Bréviaire de Colbert et d'anciens
sacramentaires qui sont sortis de bibliothèques françaises pour prendre
place dans les collections du Vatican.
L. D.
G. Vieillard. V Urologie et les médecins urologues dans la médecine
ancienne. Gilles de Corbeil., sa vie, ses œuvres, son poème des
urines. Paris, F. de Rudeval, 1903. In-8°, ix-390 pages, fig.
L'histoire de la médecine au moyen âge est également négligée par
les historiens et par les médecins. Les premiers hésitent à s'aventurer
sur un terrain qui leur est peu familier; les autres montrent généra-
lement peu d'estime pour les travaux datant de cette époque ; de là
vient qu'ils s'attachent moins à étudier les doctrines d'alors, à recher-
cher sur quoi elles se fondaient et comment elles ont évolué, qu'à recueil-
lir des traits curieux, qu'à relever des pratiques qui paraissent d'autant
plus bizarres qu'on en sait moins la raison.
M. Vieillard, auteur de nombreux traités sur l'urine, a été amené par
son sujet à s'occuper des travaux de ses prédécesseurs; il a tenté de se
rendre un compte exact de leurs connaissances, de déterminer la place
importante que l'examen des urines tenait dans la médecine ancienne.
Son Uvre comporte l'histoire des principaux spécialistes, l'exposé des
doctrines urologiques, une longue étude sur l'urologie dans l'art et dans
la littérature. En appendice, M. Vieillard a réédité le poème de Gilles
de Corbeil sur les urines, qu'il a fait précéder d'une notice sur l'auteur,
et une traduction du xvi« siècle du traité de Jean de Cuba.
Nous ne parlerons pas de l'intérêt qu'offre cet ouvrage au point de
vue médical. Même pour le simple curieux, il est d'une lecture agréable,
car on y retrouve avec plaisir la clarté de l'écrivain scientifique. La
partie iconographique et tout ce qui a trait aux mœurs et coutumes des
urologues ne manquera pas d'intéresser vivement le lecteur.
Nous nous demandons toutefois si l'historien en tirera tout le profit
qu'il en pourrait attendre. M. Vieillard a lu les œuvres de quelques
spécialistes, il a dépouillé avec soin le poème de Gilles de Corbeil,
mais bien des traités semblent lui avoir échappé, et ce n'est pas quatre
ou cinq auteurs, échelonnés depuis l'antiquité jusqu'à la Renaissance,
voire même jusqu'au xviii« siècle, qui suffisent à faire connaître une
science pratiquée continuellement pendant tant de siècles. De plus, les
BIBLIOGRAPHIE. 6-1 9
textes de Théophile, de Gilles de Gorbeii ne nous sont pas parvenus
sans additions; de nombreux commentateurs y ont ajouté dans leurs
gloses des éclaircissements, produit de leur observation personnelle.
Peut-être eùt-il fallu examiner de plus près ces auteurs moins connus,
et, en établissant ainsi un historique plus serré, mettre mieux en
lumière l'évolution scientifique de l'urologie.
Ce travail, il est vrai, eut été très long, il aurait nécessité d'abord
un dépouillement complet des sources, dépouillement d'autant plus diffi-
cile que les manuscrits médicaux sont nombreux et que beaucoup d'entre
eux sont inédits. Signalons enfin une lacune énorme dans l'ouvrage de
M. Vieillard : l'auteur n'a utilisé aucun ouvrage manuscrit.
Pour ce qui est des deux rééditions qui terminent le volume, elles
n'offrent pas un grand intérêt. L'édition française du traité des urines
de Jean Cuba est loin d'être « le premier livre sur les urines qui ait été
publié en langue vulgaire » (p. 318). La bibliothèque de l'École de
médecine de Montpellier possède dans le manuscrit 503 un traité en
français sur ce sujet datant du xiv« siècle, et dernièrement encore
M. Paul Meyer signalait dans la Romania (t. XXXII, p. 268) un manus-
crit médical <, également du xiv« siècle, écrit en provençal, dont un cha-
pitre entier est relatif aux urines.
D'autre part, M. Vieillard a reproduit, sans y apporter la moindre
amélioration, le texte de Gilles de Gorbeii donné par Ghoulant^. Or,
Ghoulant n'a connu que onze manuscrits, dont neuf sont à la biblio-
thèque Pauline de Leipzig et deux à Wolfenbùttel. Les nombreux
manuscrits qui se trouvent en France et en Angleterre eussent sans
doute fourni des variantes et peut-être des leçons meilleures; ajou-
tons que le texte de Gilles y est accompagné le plus souvent de
gloses dont l'étude faisait partie du sujet traité. Voici la rapide
énuméralion de ces manuscrits : Paris, Bibliothèque nationale, fonds
latin : n» 6882a, fol. 35-42 vo (xni« siècle); n» 6988, fol. 114-191
(xni« siècle); n" 6988a, fol. 121 v° b-124 v» (xv siècle); n» 8093,
fol. 119 v°-148 vo (xv« siècle); n" 8160, fol. 1-6 v^ (xm« siècle); n» 15457,
fol. 191-216 v» (xnie siècle); n» 16178, fol. 130-136 v° (xiv« siècle); nou-
velles acquisitions latines : n» 173, fol. 246 vo-248 \o (xm« siècle);
no 729, fol. 38-39 v" (xiii« siècle) ; n° 1479, fol. 59. Bibliothèque de
l'Arsenal : ms. 1024, fol. 1 ; ms. 180, fol. 205 v» et 255. Bibliothèque
Sainte-Geneviève : ms. 3102, fol. 83. — Auxerre : ms. 241, fol. 67.—
Ghartres : ms. 393, fol. 138. — Moulins : ms. 30, fol. 1. — Montpel-
lier (bibliothèque de l'École de médecine) : ms. 317 (xin«-xiv« siècle).
— Rouen : ms. 978. — Vendôme : ms. 206, fol. 1. — Bruxelles :
ms. 6123 (xive siècle). — Cambridge, Trinity collège : mss. 396 et 967
1. Ms. R. 1430 de Trinity Collège (Cambridge).
2. Leipzig, 1826, in-8% xlii-215 p.
620 BIBLIOGRAPHIE.
du catalogue de Bernard ; University : ms. 938, fol. 78-101 (xiy« siècle) ;
ms. 1559, fol. 107-160 (xv« siècle). — Dublin, Trinity collège : ms. 369
(xv« siècle). — Londres, Briiish Muséum : ms. 22399, fol. 45-123
(xiii« siècle); ms. 25031, fol. 68-88 (xiii« siècle). — Oxford, Bodléienne :
ms. lat. 106, fol. 2095 (xui^ siècle); Mise. : ms. 116, fol. 35 (xv^ siècle) ;
ms. 255, fol. 51 (x^ siècle); Mise. Laud. : ms. 237, fol. 173 (xiii«-
xrv» siècle); ms. 676, fol. 44 et 47; Rawlinson : ms. 1221, fol. 1-34;
Digby : ms. 29, fol. 76 et 130; ms. 129, fol. 33; Ashmole : ms. 399,
fol. 47C-52; ms. 1285, fol. 134b-141. — Collèges, Exon. : ms. 35,
fol. 71 et 206; Merton. : ms. 120, fol. 157; ms. 221, fol. 224 et 240 b ;
ms. 225, fol. 77 ; ms. 228, fol. 54; Saint-Jean-Baptiste : ms. 197, fol. 255;
Omnium animarum : ms. 78, fol. 1 et 39 ; Collège-Neuf : ms. 170,
fol. 257; ms. 166, fol. 239; Corpus Christi : ms. 74, fol. 1; ms. 226,
fol. 226.
Quoique cette liste soit déjà longue, nous craignons qu'elle soit
encore très incomplète. — Nous avons relevé, en outre, un certain
nombre d'éditions qui ont échappé à M. Vieillard :
l» Padoue, 1483. In-4°. (Hain, n» 100.) Bibl. nat., Rés. Td<s. 13;
2° [Cologne, vers 1500.] In-4°. (Copinger, n° 34.) Université de Stras-
bourg ;
3° [S. 1.] Cum gratta Scipmii concessa [1500(?)]. In-i6. Brit. Mus.,
835 a, 24(3);
40 Venise, 1514 ^ In-fol. Bibl. nat., Rés. Td<^ 15;
5» fS. 1., 1520(?).] In-40. Brit. Mus., C. 47 d.
Enfin, Polycarpe Leyser, dans son Historia poetarum (p. 500), indique
une édition de 1565 (Lyon, in-S"), reproduction de l'édition de Padoue
de 1494. Il nous semble qu'il faut l'identifier avec l'édition de Lyon de
1505, une faute d'impression ayant substitué un 6 à un 0.
Tel qu'il est, le livre de M. Vieillard témoigne cependant de beau-
coup de recherches, qu'une exposition claire met bien en valeur. Il est
à souhaiter que l'auteur ne s'arrête pas là, mais que, poussant plus loin
ses investigations, il nous donne sous peu une seconde édition plus
complète et munie d'une annotation plus copieuse.
Henri Lemaître.
Alfred Jeanroy. Les Origines de la poésie lyrique en France au
moyen âge. Études de littérature française et comparée, suivies de
textes inédits. 2« édition. Paris, H. Champion, ^904. In-8°, xxxi-
535 pages, i 0 francs.
Il serait trop tard aujourd'hui pour rendre compte, bien qu'elle n'ait
1. La date est formulée « anno reconciliate Nativitatis \Wi, (lie 22 novem-
bris. » Avec Polycarpe Leyser, Hisioria poetarum, p. 500, il nous semble qu'il
faut corriger 1414 en 1514.
BIBLIOGRAPHIE. 621
pas été signalée en son temps dans la Bibliothèque de V École des chartes,
de la thèse de M. Jeanroy sur les Origines de la poésie lyrique en France.
Elle a paru en 1889. Nous pouvons, du moins, en annoncer la réim-
pression. Pour faire profiter son livre des observations et des critiques
provoquées par la première édition, des travaux pujjliés depuis sur le
même sujet et de ses nouvelles recherches personnelles, M. Jeanroy
aurait « dû le récrire presque en entier; » le temps, dit-il, lui a man-
qué pour cela ; il s'est borné à le réimprimer tel quel, en y ajoutant
treize pages, intitulées Additions, corrections et appendice bibliogra-
phique. Aidé de cet appendice, le lecteur pourra faire lui-même le tra-
vail auquel l'auteur a été obligé de renoncer, au moins pour le moment.
E. Langlois.
Mildred K. Pope. Étude sur la langue de frère Angier, suivie d'un
glossaire de ses poèmes. Oxford, Parker; Paris, Picard. In-4%
i 29 pages.
Angier a traduit en vers octosyllabiques les Dialogues de saint Gré-
goire et une Vie du même saint. Au point de vue littéraire, son œuvre
est sans valeur; pour le philologue, elle présente l'intérêt d'un texte
exactement daté; on sait en effet que c'est dans un monastère d'Oxford
que l'auteur a rimé les Dialogues d'abord, puis la Vie, vers 1212 et 1214.
Mais cet intérêt même, miss Pope montre implicitement dans sa thèse
qu'on l'a exagéré, lorsqu'elle prouve que frère Angier était un continen-
tal, probablement un Angevin, habitant l'Angleterre depuis quelques
années, et qu'il écrivait dans son dialecte maternel, fortement altéré
sous l'influence du milieu dans lequel il vivait; que, par conséquent, il
ne peut pas nous renseigner sur l'état de la langue française outre-
Manche. Telle est la conclusion qui ressort de l'examen très compétent
auquel miss Pope a soumis la phonétique, la morphologie, l'ortho-
graphe, la versification et le vocabulaire de frère Angier. Un mémoire
de cette nature ne comporte pas l'analyse; il ne me reste donc,
après en avoir fait connaître le sujet et la conclusion, qu'à le recom-
mander; l'auteur est fort bien informé des questions qu'il traite; son
travail est très consciencieux, son raisonnement très sûr, son exposé
très clair, et tous ceux qui s'intéressent aux dialectes de l'ouest de la
France, ainsi qu'au normand et à l'anglo-normand, s'instruiront à sa
lecture. „ ,
E. Langlois.
r Origine et le parler des Canadiens-Français (publication de la
Société du parler français au Canada). Paris, II. Champion, 1903.
In-8°, 30 pages.
Cette brochure contient deux mémoires, de deux professeurs de l'Uni-
622 BIBLIOGRAPHIE.
versité Laval, à Québec; l'un, de M. Stanislas-A. Lortie, est intitulé
De l'origine des Canadiens- Français ; l'autre, sur le Parler franco-cana-
dien, est de M. Adjutor Rivard. La première de ces études se résume
en un tableau indiquant le nombre et le pays de départ des Français
arrivés au Canada de 1608 à 1700. Des 4,894 émigrants comptés dans
cette statistique, 958 viennent de Normandie, 621 de l'Ile-de-France,
569 du Poitou, etc. Ce relevé comparatif est très intéressant; pour
l'étude du patois canadien actuel, il le serait encore davantage s'il pou-
vait être complété par d'autres renseignements : selon que cinquante
Normands, par exemple, arrivaient ensemble au Canada ou n'y venaient
que successivement ; selon qu'ils s'y installaient en une agglomération
à part ou qu'ils se dispersaient dans un milieu originaire d'autres pro-
vinces, les chances de survivance pour leur dialecte étaient différentes.
Mais, même complétée dans le sens que j'indique, il faudrait bien se
garder de prendre cette statistique pour base d'une étude du parler
canadien ; en revanche, même en s'en tenant au simple tableau dressé
par M. Lortie, elle permettra sans doute d'expliquer certaines particu-
larités de ce parler.
Suivant M. Rivard, son étude a pour objet « l'examen des formes
actuelles » de la langue franco-canadienne. Cette annonce contient un
peu d'exagération. M. Rivard semble s'être plutôt proposé de montrer,
par quelques exemples de mots et de formes phonétiques, que dans le
langage des paysans au Canada on retrouve des vestiges des différents
dialectes de la France. Mais il s'en faut que tous ses exemples soient
probants : pourquoi avenant, décaniller, engranger, braque, bouse, fan-
freluches, etc., employés dans le sens que les mêmes mots ont encore
en français, seraient-ils d'importation saintongeaise? Pourquoi cliché =
diarrhée (que j'ai entendu en Bourgogne), coswei = fragile (qui se dit à
Lille, à Paris, en Lorraine et ailleurs), s'accouver = s'accroupir (très
usité dans le département de la Meuse), etc., seraient-ils d'origine nor-
mande?
E. Langlois.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES JMATIÈRES.
Sciences auxiliaires. — Méthodologie, 759. — Épigraphie, 917, 982,
1025. — Paléographie, 955. — Manuscrits, 676, 764, 801, 808, 809, 816,
918, 942, 969, 1043. — Imprimés, 693, 706, 973. — Bibliothèques, 648,
666, 818, 827.
BIBLIOGRAPHIE. 623
SouRCKS, 777, 963. — Chroniques, 681, 700, 726, 789, 867, 905. — Cor-
respondance, 820, 1004. — Archives, 648, 666, 696, 738, 802, 807, 821,
842, 853, 908, 962, 1027, 1044. — Cartulaires, etc., 632, 672, 690, 794,
924, 993, 1032, 1035-1038. — Regestes, 811, 971, 972, 1035. — Chartes,
635, 667, 678, 705, 847, 882, 926, 961. — Comptes, etc., 659,849. —
Inventaires, 810, 830. — Terriers, 1034.
Biographie, généalogie. — Angleterre, 835; Mirandolais, 694. —
Agnolo da Camerino, 977; s. Albert, 677; Al-Hadjajàdj, 935; Alighieri,
949; Amadeo, 1042; Jeanne d'Arc, 862, 981; Ascaniens, 1052; Basile,
820; Bède, 967; Boniface VIII, 672; Boniface IX, 1063; s. Catherine
de Sienne, 968; Charlemagne, 900; Charles IV de Luxembourg, 1062;
Colonibini, 698 ; Dante, 670 ; Del Torso, 727 ; Dolfin, 733 ; s. Dominique,
910; s. François d'Assise, 754, 777, 852, 881, 1022, 1026; Garzo dal-
i'Ancisa, 785"; Godefroy de Bouillon, 729; Grégoire I«, 686, 779, 886;
Henri IV, 885; Henri V, 885; Henri d'Anjou, 909; Henri de Cor-
nouailles, 920; Hugues de Besançon, 989; Jacqueline de Hainaut,
960; Jean XXII, 811; don Juan de Castille, 681; Landenberg, 1019;
J. Langlois, 837; Léon III, 636; Louis le Débonnaire, 918; Louis II,
820; Louis IV, 795; s. Louis IX, 726; Louis XI, 926; Louis de
Bavière, 1030; Mahomet, 782; Merkstetter, 1010; Mino da Fiesole, 641;
Monfavès, 633; Nicolas I", 961; Nicolas de Guardiagrele, 653; Noga-
rola, 1040; Otto le Grand, 795; Parthenay, 1048; s. Paulin de Noie,
656; Pétrarque, 652, 712, 724,765, 785,865, 873, 875, 911, 1021, 1041,
1061, 1062; Pierre d'Aragon, 689; Porcellet, 1046; Robert le Palatin,
1051; Roger II, 692; Sidoine Apollinaire, 711; Théodora, 730; Théo-
doric, 1011; Tizio, 946; Urbain IV, 1032.
Droit, 635,674, 685, 707, 709, 710, 723, 767, 796, 812, 817,841,874,
880, 919, 948, 951, 969, 970, 990, 992, 1014, 1015, 1043.
Histoire économique, moeurs, 644, 675, 704, 720, 791, 799, 831, 841,
843, 887, 925, 937, 1012, 1016, 1017, 1047, 1050.
Institutions, 855.
Sciences, enseignement, 667, 728, 741, 744, 750, 858, 866, 883, 900,
975, 996, 999, 1043.
Médecine, 932.
Langues et littératures. — Latin, 697, 806, 832, 848, 917. —
Langues romanes, 783, 879, 1006; catalan, 858; espagnol, 1031; fran-
çais, 735, 739, 884, 915, 950, 1060, 1064; italien, 634, 650, 654, 661-663,
668, 671, 680, 684, 698, 713-718, 748, 753, 757, 758, 767 1er, 769, 770,
772, 773, 775, 808, 833,872,876,877,881, 889, 890, 898, 907, 911, 927,
929, 933, 937, 939, 940, 956, 957, 966, 977, 980, 985, 987, 997, 1009,
1023, 1024, 1028; provençal, 655. — Langues germaniques : allemand,
643, 665, 763, 774, 805,^819, 839, 902, 930, 1057; anglais, 708, 766,
624 BIBLIOGRAPHIE.
936, 983; anglo-saxon, 1007. — Langues Scandinaves, 637, 669, 745,
764, 850, 912, 1053.
Religions. — Catholicisme, 964; papauté, 632, 792, 924; conciles,
642, 646, 649, 679, 961 ; ordres religieux, 700, 742, 750, 781, 840, 868,
958, 1001; lipsanographie, 897, 926, 1039; théologie, 868, 872, 886, 998;
liturgie, 676, 697, 751, 762, 914, 947, 1054. — Hétérodoxie, 806, 864.
Archéologie, 638, 645, 647, 651, 657, 660, 662, 701, 725, 787, 790,
800, 828, 838, 841 bis, 844, 851, 854, 878, 901, 904, 910, 974, 1003,
1020, 1045. — Architecture, 673, 682, 702, 731, 768 ter, 798, 814, 824,
825, 826, 846, 888, 899, 906, 943, 944, 991. —Sculpture, 916, 954, 979,
994, 995. — Peinture, 870, 953, 1058. — Mosaïque, 845. —Tapisserie,
747. — Orfèvrerie, 703, 810, 860. — Métallurgie, 857. — Gampano-
graphie, 982. — Céramique, 722. — Armes, 768 bis. — Musique, 640,
670, 772, 941. — Numismatique, 752, 859, 1049. — Héraldique, 746,
845, 984, 1029.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Abbcville, 725, 834; Alexandrie, 908; Allemagne, 635, 688, 796, 840,
885, 904, 1017, 1033; Amboise, 767 bis; Ancône, 1012; Angers, 747 ;
Angleterre, 742,932; Anjou, 941; Aquaviva, 856; Aragon, 705; Arles,
824; Arras, 855; Asnières, 825 ; Aulne, 702 ; Auxerrois, 944 ; Avignon,
667; Bâle, 784; Barbegal, 738; Bari, 874; Bavière, 658; Bayeux, 906;
Belgique, 970 ; Berne, 994 ; Besançon, 947 ; Bindersleben, 664 ; Bohême,
921 ; Brabant, 776; Brigueil, 938- Brisgau, 749; Cadix, 934; Cagliari,
853; Cambridge, 1018; (Pastel San Pietro, 761 ; Catalogne, 709; Cham-
peaux, 786; Colmar, 768 <er; Cologne, 780; Combles, 683; Compiègne,
690, 897; Corbie, 813, 847; Crémone, 887; Cruzille, 736; Danemark,
632 ; Dijon, 1025 ; Dresde, 787 ; Ecosse, 829 ; Espagne, 751 , 959 ;
État pontifical, 737; Ferrare, 765, 767 ter, 913, 962; Final Ligure,
880; Florence, 642, 703, 83i, 889; Fountains, 803; France, 752, 888,
1005; Frégicourt, 683; Friedberg, 1036; Fromonville, 978; Gand, 865;
Gâtinais, 768; Gaule, 722; Géra, 756; Grande-Bretagne, 999; Gre-
nade, 682 ; Grosskiihnau, 778 ; Gufidaun, 1034 ; Gutenbach, 755 ; Hanau,
1065; Heilbronn, 1037; Hesse, 964; Hohengerhausen, 1055; Houdain-
ville, 869; Huete, 639; Innsbruck, 909; Islande, 812; Italie, 771, 791,
799, 905, 954, 963, 1045; Jérusalem, 972; Kefermarks, 916; Kloster-
kamp, 823; Knechtsteden, 740; Krummau, 1035; Landen, 836;
Lieberose, 822 ; Liège, 865; Lille, 845; Lobbes, 673; Louvain, 975,
1044; Lùbeck, 706, 1038; Lùbs, 1059; Lyon, 711, 871, 1047; Malines,
648, 827 ; Mantoue, 721 ; Marie, 982 ; Maubuisson, 984 ; Mayence, 1002 ;
Mende, 943; Merchtem, 993 ; Messine, 937 ; Milanais, 691, 723, 768 bis;
Mirandola, 863; Moldavie, 642; Mons, 802 ; Monticchio ,760 ; Moravie,
BIBLÏOGRAPBIE. 625
921; Morcone, 1014; Morlamwelz, 734; Moscou, 838; Munich, 979;
Muzillac, 647; Nonnenwerth, 931; Northumberland, 699 ; N.-D.-de-
l'Épine, 891-896, 9î3 ; Nuremberg, 660, 790; Ossau, 928; Oxford, 793;
Padoue, 695, 867, 952; Paris, 798, 899, 953; Pexiora, 992; Piémont,
719; Pise, 848, 1020; Poitiers, 826; Pontremoli, 1008; Prague, 794;
Prato, 687; le Priez, 683; Provence, 719; Ravenne,' 1015; Riiin, 797,
821, 1027, 1030; Rhône, 675-, Roche-Bernard, 647; Ronceray, 1039;
Rouen, 854; Rovigo, 695; Saint-Asaph, 657; Saint-Claude, 947;
Saint-Cloud, 1016; Saint-Marin, 976; Saint-Ouen, 924; St. Thomas
a. d. Kyll, 815; San-Daniele, 666 ; San Michèle, 846 ; Sanlo-Pietro,
965 ; Sarzana, 807 ; Sassari, 710 ; Savoie, 719 ; Schleswig, 995 ; Seraing,
945; Settimo, 830; Séville, 986; Sicile, 685, 689, 692, 743; Siiésie,
919; Sienne, 849; Soissons, 961; Somme, 861; Subiaco, 779; Suède,
638; Suisse, 678, 784; Sutri, 679; Tennenbach, 1000; Thuringe, 971;
Tongres, 636 ; Torrequadra, 732 ; Toscan, 988 ; Toulouse, 860 ; Tours,
789; Toussaints, 895, 922; Trentin, 645; Turin, 649; Tyrol, 1050;
Udine, 1062; Urbino, 851; Valence, 696; Vaucluse, 764, 1061; Vau-
démont, 674 ; Vendôme, 882; Venise, 695; Waltham, 1013 ; Warburg,
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1904. Gr. in-8°, iv-xx p., et p. lxix-lxxxvi, 697-796, 340 bg., 52 pi.
CHRONIQUE ET MÉLANOES.
NECROLOGIE.
M. Henri Wallon, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres, est décédé dans la nuit du 12 au 13 novembre
1904, à l'âge de quatre-vingt-douze ans,
L'École des chartes doit s'associer tout particulièrement aux hom-
mages qui ont été déjà rendus à la mémoire de cet éminent savant, de
ce grand citoyen, de ce chrétien convaincu, de cet homme d'honneur
et de bien, dont la longue vie n'a été qu'une suite ininterrompue de
bonnes, belles et utiles actions. Pendant un demi-siècle, de 1854 à
1904, M. Wallon a été membre du Conseil de perfectionnement de
l'École ; il en a suivi les travaux avec l'assiduité la plus exemplaire et
la plus sympathique. Quinze jours avant sa mort, il assistait encore à
la séance dans laquelle étaient arrêtées les mesures à prendre pour les
examens d'entrée à l'École. Il ne laissa jamais passer une occasion de
veiller aux intérêts des archivistes paléographes; il aimait à encourager
leurs travaux; il les patronait à l'Académie des inscriptions. A l'As-
semblée nationale et au Sénat, il a toujours soutenu leurs revendica-
tions et défendu leurs droits. Sa bienveillance s'étendait à tous les
membres de notre Société.
C'est pour nous un devoir de reproduire les lignes émues dans
lesquelles M. Louis Havet, président de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, a rappelé, dans la séance publique annuelle du
18 novembre, les traits essentiels du noble caractère de M. Wallon :
« L'Académie des inscriptions vient de faire une de ces pertes qui
marquent une date. Depuis près de trente-deux ans elle avait pour
secrétaire perpétuel un vieillard d'une rare verdeur physique et morale,
qui a trouvé tout simple de gagner à soixante-six ans une médaille de
sauvetage, qui a dépensé sa longue vie dans une activité toujours calme
et toujours égale, qui, il y a quelques mois, — à l'instar du vieux
Gaton, mort jeune en comparaison de lui, — entretenait encore le
Sénat des affaires publiques, et qui, une quinzaine d'heures avant sa
fin, déjà en proie au mal qui allait l'emporter, donnait le bon à tirer
du travail qui sera lu devant vous.
^90i
A3
662 CHRONIQUE ET ME'lAIVGES.
« Nul n'a moins cherché la notoriété que M. Henri Wallon, et pour-
tant il sera connu de l'histoii'e. En 1875, l'Assemblée nationale votait
l'amendement qui a gardé son nom et qui, du régime précaire de la
République française, a fait un régime normal. Plus d'un quart de
siècle avant, il avait collaboré avec Schoelcher à effacer une honte de
la France. L'esclavage semble loin de nous par le nombre des années,
loin par l'importance des événements intermédiaires. En réalité, il est
tout proche, puisque le loyal Français qui vient de mourir l'a connu en
vigueur, a contribué à le détruire et l'a vu disparaître, non avec les
cris de triomphe d'un jouvenceau, mais avec le contentement sévère
d'un homme déjà mùr. Nombre d'êtres humains peuvent se rappeler
encore le temps où la loi les livrait à la brutalité et à l'outrage. Ces
vivants doivent quelque chose à Henri Wallon ; s'ils l'ignorent, nous
devons le savoir pour eux.
« Dans l'action, M. Wallon a eu cette originalité de combiner deux
éléments souvent séparés l'un de l'autre, l'esprit chrétien et l'esprit de
1789 ; ce catholique pratiquant n'a été un homme public que sous la
seconde République et sous la troisième. De cette dualité d'inspiration
sont venues, pour parler le langage des partis, ses « contradictions
politiques; î cela veut dire l'indépendance de sa conscience à l'égard
des pressions amies. Son catholicisme profond, libéral, plein de droi-
ture, qui ne le gênait pas (je puis témoigner là-dessus) pour rester
cordialement fidèle à toutes ses affections de jeunesse, a fait aussi le
caractère particulier de son œuvre écrite. Elle comprend, comme celle
d'un laïc du xvii^ siècle, des livres de sujet purement religieux, et
même dans les autres, par exemple dans la célèbre Histoire de Vescla-
vage dans l'antiquité, elle reste pénétrée de préoccupations chrétiennes;
M. Wallon, en effet, était convaincu, avec la sincérité simple qui était
le caractère de toutes ses autres convictions, que le christianisme est
pour beaucoup dans la disparition de l'esclavage antique.
« Cette histoire de l'esclavage a pour nous un intérêt spécial, car
c'est elle qui fit entrer son auteur dans cette Compagnie dès l'âge de
trente-huit ans. C'était en 1850; on ne s'étonnera pas qu'il ait été le
plus ancien d'entre nous aussi bien que notre doyen d'âge. Nous avons
eu la joie de célébrer son cinquantenaire académique. C'est après son
entrée à l'Institut qu'il composa sa Jeanne d'Arc, son Richard 11, son
Saitit Louis (je ne puis que citer des titres). Le premier de ses ouvrages
sur la Révolution parut en 1873, l'année même où il succéda comme
secrétaire perpétuel à Guigniaut, qui avait donné sa démission. Enfin,
c'est après sa nomination en cette nouvelle qualité qu'il fut ministre
de l'Instruction publique et qu'il exerça pendant onze ans le décanat de
la Faculté des lettres.
« Admis à la retraite en 1887, il a depuis cette date appartenu tout
entier au Sénat, où il occupait depuis douze ans un siège inamovible,
CHRONIQUE ET MELANGES. 663
et à l'Académie des inscriptions, où il continuait de remplir son poste,
perpétuel par définition. Il l'a rempli jusqu'à son dernier souffle,
comme je le rappelais au début, avec une régularité et une conscience
admirables et aussi avec cette courtoisie des très vieilles gens, dont le
charme tient peut-être à l'âge qu'ils atteignent, peut-être plutôt à la
date où ils sont nés.
« M. Henri Wallon, notre vénéré secrétaire perpétuel, s'est éteint
dans la nuit du 12 au 13 novembre, à l'âge de près de quatre-vingt-
douze ans. Il venait d'assister en ancêtre à' des fêtes de famille; il y
avait constaté et célébré l'union intime et parfaite de toute la descen-
dance issue de son double mariage ; au moment même de fermer ses
yeux, il a pu rêver que d'autres yeux s'ouvriront. »
Dans le même discours, M. Louis Havet a rappelé dans les termes
suivants le souvenir de notre confrère M. Anatole de Barthélémy :
« M. Anatole de Barthélémy, qui s'est éteint le 27 juin, a été
membre de l'Académie pendant un laps de dix-sept ans, depuis 1887.
Vingt d'entre nous, sans compter quelques-uns qui sont morts, ont eu
à solliciter son suffrage. Tous, je pense, se souviennent d'avoir trouvé
chez lui le même accueil souriant, la même bonne grâce et, jusqu'à
tout près de quatre-vingt-trois ans, presque la même jeunesse. Il était
aimable jusque dans son travail, car il travaillait pour les autres; il
amassait des notes qui seraient utilisées, disait-il lui-même, par ses
amis et confrères. « Plus jeunes que moi, » ajoutait-il avec une bonne
humeur charmante, qui était la récompense de son abnégation. Tel
l'autre sage octogénaire, n'enviant aux arrière-neveux ni l'ombre de ses
arbres ni non plus la lumière du soleil. A force d'être obligeante et
modeste, l'activité scientifique de Barthélémy était comme dispersée;
elle semblait s'éparpiller en articles et en brochures, et aussi en lettres,
qui fournissaient avec libéralité les renseignements et les conseils.
Elle allait de la topographie au blason, de la science des institutions
politiques ou religieuses à celle qui avait la prédilection de notre con-
frère, la science des médailles ; elle allait de la Bretagne à la Cham-
pagne, des temps mérovingiens aux origines gauloises, de l'administra-
tion romaine à la féodalité. Elle était une pourtant, car, derrière la
diversité des temps et des choses, elle savait démêler son objet cons-
tant, l'histoire de la patrie et des ancêtres. Anatole de Barthélémy,
comme Henri Wallon, n'a pas voulu que son éloge fût prononcé sur
sa tombe. Ici même, il convient qu'un éloge se réduise à une rapide
esquisse; depuis quelques années, la mémoire de chacun de nos morts
est confiée à l'élu qui lui succède. »
— Notre confrère M. André Lefèvre est mort en novembre 1904. Les
lecteurs de la Bibliothèque de l'École des chartes n'ont pas oublié les
recherches qu'il a publiées dans notre recueil sur les Finances de la
664 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Champagne aux XI V" et XV^ siècles et sur les Baillis de la Brie au
Xlll^ siècle.
— Notre confrère M. Adrien Arcelin est mort à Saint-Sorlin (Saône-
et-Loire) le 22 décembre dernier.
— Notre confrère M. Bernard Monod est décédé à Hyères le 6 jan-
vier 1905. Il n'était âgé que de vingt-six ans. Il était sorti de l'École au
mois de janvier 1904, après avoir soutenu une thèse sur les relations
entre le saint-siège et le royaume de France de 1099 à 1108. Ce travail
avait été signalé comme particulièrement remarquable à l'attention du
ministre de l'Instruction publique. Un chapitre en a été publié en 1904
dans une brochure in-S" intitulée : l'Église et l'État au XII" siècle.
L'élection épiscopale de Beauvais, de 1100 à 110k.
M. Monod venait d'être nommé membre de l'École française de
Rome.
— Ont été nommés élèves de l'^ année à l'École des chartes, par
arrêté du 10 novembre 1904, dans l'ordre de mérite suivant :
MM.
1. Rhein (Frédéric-indré), né à Paris, le 22 octobre 1885.
2. Mazeran (Geor^ei-Éraile-Marcel), né à Paris, le 26 avril 1884.
3. Le Barrots d'Orgeval (Ga6r/e/-Marie-Joseph-Ernest), né à Paris,
le 11 juin 1879.
4. Boûard de Laforest (Jean-Eugène-Marie-François-^iam), né à
Goutras (Gironde), le 21 juillet 1882.
5. BoNDOis (Pflu/-Martin), né à Versailles (Seine-et-Oise), le 28 avril
1885.
6. Lafond (/ean-Marie-Joseph-Emmanuel), né à Pau (Basses-Pyré-
nées), le 18 mars 1881.
7. Bassères (Roger-François-Gaston), né à Prades (Pyrénées-Orien-
tales), le 2 août 1884.
8. BuRNAND (Eugène-iîoôeri), né à Montpellier (Hérault), le 18 février
1882.
9. Salvini (Josep/i-Louis-Marie), né à Arcueil-Cachan (Seine), le
26 août 1887.
10. Flicoteaux ( Emmanwe/- Marie -Joseph- Emile ) , né à Paris, le
2 juin 1882.
11. Gornevin {Jules), né à Sacy (Yonne), le 21 septembre 1885.
12. Ruinaut (3u\eè-Joseph), né à Gastaudet (Landes), le 15 novembre
1884.
13. Lango (Augustin-Marie-Pasca/), né au Palais (Morbihan), le
12 avril 1879.
14. Lardé (Geor^es-Louis-Fernand), né à Paris, le 10 avril 1881.
CHRONIQUE ET MELANGES. 66o
15. GuiTARD {Eiigène-Èm'ûe-Èiïenne), né à Toulouse (Haute-Garonne),
le 26 décembre 1884.
16. IsNARD (£în^7e-Marie-Noël), né à Digne (Basses-Alpes), le 1" jan-
vier 1883.
17. LoNGLE {Maurice-Rector), né à Saint-Quentin (Aisne), le 21 dé-
cembre 1879.
18. GouTARD (Pterre-Clovis-Albert), né au Mans (Sarthe), le 6 avril
1884.
19. Zangroniz (Joseph-Charles-ifamon), né à Bordeaux (Gironde), le
3 février 1883.
20. Leguay (PJerre-Marie-Joseph), né à Chablis (Yonne), le 8 sep-
tembre 1885.
— Les thèses déposées par les élèves de l'École des chartes pour être
soutenues à la fin du mois de janvier portent sur les sujets suivants :
Balencie. Le Procès de Bigorre et les Débita régi Navarrse in comi-
tatu Bigorrensi.
Gh. DE Beaugorps. L'Administration d'André Jubert de Bouville,
intendant d'Orléans (1694-1709).
BouTERON. Arnoul, évèque de Lisieux (1141-1184).
BouTiLLiER DU Retail. Catalogue des actes des évêques et arche-
vêques de Tours (vm^-xi^ siècles).
BusQUET. Le Collège de Fortet à Paris (1394-1764).
Celier. Catalogue des actes des évêques du Mans jusqu'à la fin du
xii« siècle (572-1190).
Champion. Vie de Guillaume de Flavy (vers 1398-1449).
Chassaing de Borredon. Le Collège des notaires et secrétaires du roi,
principalement depuis 1482.
Delarue. Lutte de Louis VI contre la petite féodalité.
Delmas. Le Chapitre Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris (vii«-
xviii^ siècles).
L. Jacob. Le Royaume de Bourgogne sous les empereurs franconiens
(1038-1125).
Le Tonnellier. L'Abbaye exempte de Cluny et le saint-siège (910-
fin du xiii« siècle).
Lorber. André Hercules de Fleury, évêque de Fréjus et précepteur
de Louis XV (1653-1725).
Malleray du Gluzeau d'Échérag. La Jeunesse de Ch.-L.-Aug. Fouc-
quet, comte, puis maréchal de Belle-Isle (1684-1726).
Pressag. Formation territoriale du village édifié sur la butte Mont-
martre et les environs immédiats.
Henri Prost. Les États du comté de Bourgogne des origines à 1477.
Rohmer. L'Abbaye bénédictine de Notre-Dame aux Nonnains de
Troyes, des origines à l'année 1519.
666 CHRONIQUE ET MELANGES.
— Le 30 décembre 1904, notre confrère M. Thomas a été élu par
l'Académie des inscriptions et belles-lettres membre du Conseil de per-
fectionnement de l'École des chartes.
— Notre confrère M. le comte François Delaborde, en ouvrant le cours
des Sources de l'histoire de France, a rappelé dans les termes suivants
les services que son prédécesseur, notre regretté confrère M. A. Moli-
nier, a rendus à l'enseignement de l'École des chartes :
« Il est impossible, Messieurs, que vous voyiez sans regrets dans
cette chaire un autre que celui que vous y avez vu l'an dernier; le
maître savant, précis, dévoué que vous avez perdu ne saurait être rem-
placé; mais, Dieu merci! il n'a pas disparu tout entier. Avant de suc-
comber, il avait travaillé pour vous de telle façon que, même après lui,
c'est encore en grande partie son enseignement que vous recevrez. Le
Manuel des sources de V histoire de France s'impose à tous ceux qui ont
à étudier notre histoire; mais à qui sera-t-il plus indispensable qu'à
ceux qui auront l'honneur d'occuper cette chaire après Auguste Moli-
nier? Il est telle partie capitale de l'enseignement des sources, la
bibliographie par exemple, pour laquelle il suffira presque toujours de
renvoyer à l'œuvre de votre ancien maître. Je n'y manquerai pas pour
ma part, et, dans bien d'autres cas encore, ce seront les résultats de
ses travaux que je vous exposerai. Sans doute, il arrivera que j'aie par-
fois à les modifier, mais en cela je suivrai encore son exemple. Il
avait l'esprit trop scientifique pour admettre que les connaissances
humaines ne se complètent ou ne se modifient sans cesse. Si donc il
advient que je m'écarte de ce qu'il a pu dire, ce sera justement pour
mieux me conformer aux principes de progrès et de probité scienti-
fiques auxquels il a toujours été fidèle.
a L'enseignement ex cathedra n'est pas le seul ni toujours le plus pro-
fitable. Par sa vie même, par ses actes, le maître forme ses disciples
non moins que par ses paroles. Et, sous ce rapport, Molinier nous a
donné l'exemple de ce qui constitue nos premiers devoirs à tous, et
surtout à nous autres chercheurs de vérité : la loyauté et le travail, le
travail continu, opiniâtre, auquel il a peut-être sacrifié son existence.
De ce travail, je n'ai pas à vous donner les preuves; d'autres voix plus
autorisées que la mienne les ont énumérées et assez de volumes por-
tant son nom vous entourent pour que vous les connaissiez déjà. Mais
ceux qui, comme moi, ont suivi de près Molinier sur les bancs où vous
êtes aujourd'hui; ceux qui, comme moi, au cours d'études à peu près
parallèles, ont été pendant trente ans les témoins de son labeur; ceux
qui, comme moi, — et ce n'est pas sans une reconnaissance attendrie
que j'évoque ici ces souvenirs personnels, — ont pu profiter du fruit
de ses recherches offert avec autant d'abnégation que de cordiale con-
fraternité, ceux-là ne peuvent se le rappeler qu'avec un sentiment de
respect et presque d'admiration.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 667
« Et si le bonheur voulait que je pusse ajouter quelque chose à ce
que vous a laissé votre maître, sachez-le bien, ce qui m'y aurait fait
parvenir, ce serait le désir de ne pas me montrer indigne du confrère
qui m'a donné, comme à vous, avec l'exemple d'une insatiable éru-
dition, celui d'un travail sans trêve. »
— Les résultats du concours au prix Gobert ont été annoncés comme
il suit par M. le président de l'Académie des inscriptions et belles-
lettres :
« De tous nos concours, il en est un particulièrement important que
l'Académie, après avoir entendu les conclusions préalables d'une com-
mission et l'argumentation contradictoire des juges les plus compétents,
juge elle-même en dernier ressort. C'est le concours fondé parle baron
Gobert. En exécution de sa volonté, un prix annuel de 9,000 francs
est attribué au travail sur l'histoire de France jugé « le plus savant et
le plus profond; » un prix de 1,000 francs seulement récompense le
travail dont le mérite se rapproche le plus du premier. L'Académie a
couronné deux ouvrages; elle a donc marqué un premier rang et un
second; elle n'a pas dit que l'un des deux ouvrages valût neuf fois
moins que l'autre.
« Le grand prix Gobert a été décerné cette année à M. Ferdinand
Lot pour ses Études sur le règne de Hugues Capet. M. Lot, dit le rapport
de la commission, est un savant dont le nom est depuis longtemps
connu. Il est familier avec tout ce qui a été publié sur le x« et le
xie siècle en France, en Allemagne, en Angleterre. Aucun document
n'a échappé à ses investigations, et il est habitué de longue main au
maniement des textes. Il est capable d'étudier aussi bien le détail que
l'ensemble d'un sujet. Il est doué au plus haut degré de l'esprit cri-
tique et il se montre aussi sévère pour lui que pour les autres. L'ou-
vrage couronné, pourtant, prête à des critiques; la commission les
emprunte à M. Lot lui-même. Car lui-même avertit, en mettant dans
son titre le pluriel Études, que son livre est une réunion de disserta-
tions. Lui-même déclare ne pas avoir fait la lumière sur la chronologie
du règne de Hugues et annonce qu'il lui faudra d'abord fixer la chro-
nologie des lettres de Gerbert. Lui-même explique qu'il n'a fait ni un
portrait, ni une biographie, ni même l'histoire d'un règne. La commis-
sion ajoute pour son compte un seul reproche : c'est que l'exigeant
critique a trop donné au doute et au découragement. Elle lui conseille
d'oser tout le possible, et elle conclut : « On peut tout espérer d'un
« savant de la valeur de M. Lot. »
« Le second prix Gobert a été attribué par le vote de l'Académie à
M. Alfred Richard, archiviste de la Vienne, pour son Histoire des comtes
de Poitou, qui embrasse la période comprise entre 778 et 1204 et qui
constitue une œuvre nouvelle à tous égards. M. Richard a pu jeter
668 CHROiNIQDE ET MELANGES.
quelque lumière sur des temps obscurs, ceux de la conquête de l'Aqui-
taine parles fils de Pépin le Bref et de l'administration de ce pays par
des officiers impériaux ou royaux. Son récit prend plus d'ampleur avec
l'avènement de Guillaume Tête-d'Etoupe, qui fonda une dynastie des-
tinée à durer deux siècles. Une partie importante du second volume est
consacrée à l'histoire, si intimement liée à celle de la France, de la
comtesse Aliéner. La comparaison des travaux antérieurs fait recon-
naître la haute valeur de l'ouvrage, préparé avec un soin consciencieux,
composé avec méthode, plein de faits nouveaux et de vérités éclaircies,
écrit dans un style simple et impersonnel, recommandable par la
sagesse et la modération des jugements. »
— Les ouvrages de nos confrères M. le comte Bertrand de Broussil-
lon et Henri Stein, qui ont obtenu des médailles au dernier concours
des Antiquités nationales, sont ainsi appréciés dans le rapport que
M. Salomon Reinach a communiqué le 8 juillet à l'Académie des ins-
criptions et belles-lettres :
« La première médaille est attribuée à M. le comte Bertrand de
Broussillon, auteur d'un ouvrage considérable sur la maison de Laval
et éditeur de plusieurs cartulaires importants. La Maison de Laval,
formant un ensemble de cinq volumes, dont le dernier a paru en 1903,
est une œuvre historique de grande valeur. Une connaissance appro-
fondie des sources, tant imprimées que manuscrites, a permis à M. de
Broussillon de restituer en tous leurs détails les annales d'une des plus
illustres parmi les maisons féodales du Maine. On trouve dans cette
histoire le texte ou tout au moins l'analyse de 3,410 pièces, datant de
1020 à 1605, époque à laquelle Laval et Vitré cessèrent d'appartenir à
la famille qui en portait le nom. Ces documents ont été empruntés aux
archives locales et aux principaux dépôts parisiens. M. de Broussillon
a témoigné d'une patience inlassable et d'excellentes qualités de
méthode en réunissant et en classant cette masse énorme de matériaux.
Grâce à la collaboration de M. Paul de Farcy, il a pu enrichir son
livre de nombreuses gravures, reproduisant des sceaux et des monu-
ments funéraires qui le recommandent spécialement à l'attention des
archéologues. Enfin, un index très complet des noms propres de per-
sonnes et de lieux, dû à M. Vallée et qui ne comprend pas moins de
350 colonnes d'impression, permet de s'orienter facilement dans cet
ouvrage et rend ainsi plus accessibles une foule de documents de tout
ordre, d'un prix inestimable pour l'histoire du Maine, de la Bretagne
orientale, de l'Anjou et de plusieurs autres provinces.
« Sous le titre de Cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers,
M. de Broussillon n'a pas seulement reproduit la teneur d'un précieux
recueil d'actes composé vers 1175; il a reconstitué, pour ainsi dire, la
partie plus ancienne, antérieure au début du xiii^ siècle, des archives
CHRONIQm: KT MELANGES. 669
d'un des plus fameux monastères de l'Anjou. Lo premier tome com-
prend la transcription de 392 chartes du Gartulaire de Saint-Aubin; le
second donne le texte ou l'analyse de 554 pièces, antérieures à
l'an 1200, qui ont été recueillies dans divers dépôts de Paris ou de la
province; enfin, le troisième est presque entièrement rempli par un
index très soigné dû à M. Eugène Lelong.
« A ces huit volumes, qui ont motivé le jugement de notre commis-
sion, M. de Broussillon a joint neuf autres volumes ou brochures qui,
en raison des millésimes inscrits sur les titres, ne pouvaient être
admis au présent concours. Il faut les signaler cependant, car ils
attestent hautement le zèle de M. de Broussillon pour tout ce qui con-
cerne l'histoire du Maine. L'auteur n'est pas un inconnu pour nous;
son nom a déjà figuré avec honneur à l'un de nos précédents concours,
et c'a été un plaisir pour notre commission de pouvoir enfin récompen-
ser, par la distinction la plus élevée dont elle dispose, une œuvre his-
torique qui conservera un rang honorable parmi les plus solides de
notre temps.
« A la demande de notre commission, l'Académie a autorisé la
création d'une quatrième médaille pour reconnaître le mérite de la
publication de MM. Quesvers et Stein sur les Inscriptions de l'ancien
diocèse de Sens (t. III et IV). Les deux premiers volumes de ce grand
travail ont été présentés et appréciés comme il convenait à l'un de nos
précédents concours; on crut toutefois devoir attendre, pour décerner
une récompense aux auteurs, la suite de leur laborieuse entreprise.
Malheureusement, dans l'intervalle, M. Quesvers est mort et notre
commission doit joindre l'expression de ses regrets à un hommage
qu'elle eût voulu moins tardif, M. Stein reste seul pour achever
l'œuvre ; il est de ceux que les tâches difficiles n'effraient pas. Peu de
recueils épigraphiques ont donné lieu à autant de reclierches que
celui-là, et l'on pourrait craindre que MM. Quesvers et Stein ne trou-
vassent que malaisément des imitateurs, s'il fallait exiger de ceux-ci
qu'ils les prissent en tous points pour modèles. Le seul reproche qu'ils
méritent, en effet, c'est de s'être fait une idée un peu trop haute de
leurs devoirs d'éditeurs. A propos de l'épitaphe du personnage le plus
obscur, ils ont procédé à de longues enquêtes dans les archives et dans
les registres d'état civil, reconstituant ainsi, au prix d'un labeur
presque excessif, les généalogies d'une foule de familles peu connues.
Mais ces généalogies, est-il besoin de le dire, offrent un intérêt consi-
dérable pour l'histoire locale, et l'œuvre de MM. Quesvers et Stein ren-
dra des services inappréciables à de longues générations de chercheurs.
La compétence des auteurs et la rigueur de leur méthode sont à la
hauteur de leur abnégation scientifique. »
— L'Académie française a décerné le prix Lambert à notre confrère
M. Jacques Normand.
670 CHRONIQUE ET MELANGES.
— Le 2 décembre, notre confrère M. Thomas a été élu membre de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
— Le 27 janvier 1905, notre confrère M. Élie Berger a été élu
membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
— Le 23 décembre, l'Académie des inscriptions et belles-lettres a
élu correspondant notre confrère M. Durand.
— Notre confrère M. Henri Omont a été nommé membre correspon-
dant de l'Académie des sciences de Bavière.
— Par décret en date du 2 janvier 1905, notre confrère M. Bloch,
inspecteur général des bibliothèques, a été nommé chevalier de la
Légion d'honneur,
— A l'occasion des fêtes du Centenaire de la Société des Antiquaires
de France ont été nommés officiers de l'Instruction publique nos con-
frères MM. G. Espinas et J. Tardif; officiers d'Académie, nos confrères
J. Delaville Le Roulx et Louis Lasalle-Serbat.
— Par arrêté du l"'' janvier 1905, nos confrères dont les noms suivent
ont été nommés :
1° Officiers de l'Instruction publique :
MM. Barroux, archiviste adjoint de la Seine;
Huet, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale;
Viard, archiviste aux Archives nationales.
2° Officiers d'Académie :
MM. Bourde de la Rogerie, archiviste du Finistère ;
Deslandres, attaché à la bibliothèque de l'Arsenal;
Gauthier (Léon-Charles), archiviste aux Archives nationales;
Lanore, archiviste des Hautes-Pyrénées;
Le Cacheux, archiviste aux Archives nationales;
Morel, archiviste de l'Ain;
Porée, archiviste de l'Yonne.
— Nos confrères MM. Halphen et B. Monod ont été nommés membres
de l'École française de Rome; notre confrère M. Martin-Chabot a été
admis à prolonger d'un an son séjour à la même Ecole.
— M. Cagnat, dans le rapport sur les travaux des Écoles françaises
d'Athènes et de Rome pendant les années 1902-1903, dont lAcadémie
des inscriptions et belles-lettres a entendu la lecture le 7 octobre 1905,
rend ainsi compte des travaux de nos confrères MM. Périnelle et
Samaran :
« M. Périnelle, ancien élève de l'École des chartes, s'est intéressé
particulièrement aux documents italiens qui se rapportent à l'histoire
de Louis XI; il a consulté, à cet égard, les archives du Vatican, celles
de Naples, celles de Sienne, celles de Florence, celles de Bologne, de
CHROîVrQnE ET MÉLAiVGES. 67^
Modène, de Parme et de Turin. Nous trouverons la preuve de l'acti-
vité de ces jeunes savants dans les mémoires qui viennent de nous
arriver.
« Avec M. Samaran, nous quittons l'antiquité pour le moyen âge et
l'Italie pour Avignon; son mémoire de 262 pages" traite de la Politique
et de l'administration financières des papes en France pendant la période
d'Avignon et le grand schisme d'Occident. Malgré quelques réserves à
faire sur la façon sommaire dont quelques chapitres sont traités et sur
l'utilisation incomplète de certaines sources, il convient de reconnaître
les mérites réels et l'utilité d'un tel travail d'ensemble, le premier qui
ait été exécuté sur le sujet par un érudit français et au point de vue
français. Après les mémoires publiés en Allemagne ou en Belgique,
après ceux qui intéressaient seulement quelques provinces françaises,
il restait à dresser, pour toute la France, un tableau complet de la fis-
calité papale au xvi^ siècle. Cette question présentait d'autant plus d'in-
térêt qu'aucun pays d'Europe n'a fourni autant de ressources que la
France à la papauté d'Avignon, si riche et si besogneuse. Or, de sem-
blables recherches ne pouvaient être menées à bien qu'à Rome. En
dehors des documents pontificaux publiés surtout par les membres de
l'École française et par les chapelains de Saint-Louis-des-Français, les
éléments de° cette vaste enquête se trouvent en majeure partie dans les
très nombreux registres des archives camérales. M. Samaran n'a peut-
être pas pu les dépouiller tous minutieusement; mais il les a interrogés
avec patience et sagacité et il en a extrait une multitude de renseigne-
ments qui, bien coordonnés, l'ont conduit à des résultats tout à fait
intéressants.
« Le mémoire se termine par une liste de tous les fonctionnaires qui
se sont succédé au xiv<^ siècle dans les emplois de l'administration
financière du saint-siège. A cette nomenclature s'ajoutent vingt-neuf
pièces justificatives heureusement choisies et soigneusement trans-
crites.
« M. Samaran nous a fait parvenir encore un autre mémoire, inti-
tulé : Correspondance politique du cardinal d'Armagnac. On y trouve
une liste chronologique de toutes les lettres du cardinal que l'auteur a
pu découvrir dans les archives vénitiennes; il y a joint l'indication de
toutes celles que possèdent les bibliothèques de France, même de celles
qui ont déjà été publiées. Le total de ces pièces, classées par ordre de
date, de 1536 à 1585, dépasse 800. M. Samaran ne s'est pas borné à
en donner la date et la provenance, il a sommairement analysé toutes
celles qui sont inédites. L'ensemble de cette correspondance est vérita-
blement curieux et offre le plus haut intérêt pour l'histoire du Gomtat-
Venaissin et celle du midi de la France en général. Peu d'hommes ont
eu une vie aussi remplie que Georges d'Armagnac et ont touché à des
affaires aussi diverses. Notre confrère, M. Picot, qui a examiné ce
672 CHRONIQUE ET MELANGES.
mémoire, émet le vœu que le dépouillement fait par M. Samaran
devienne le point de départ d'une publication qui pourrait être faite
dans la Collection des documents inédits relatifs à l'histoire de France. Le
texte des originaux y serait imprimé et serait suivi, dans la mesure du
possible, de l'analyse de celles des réponses qui nous ont été conser-
vées. Il serait important aussi d'y joindre les épîtres dédicatoires qui
ont été adressées au cardinal d'Armagnac par des hommes comme
Simon Grynaeus, Pierre Gilly, Guillaume Philandrier, Gio. Giusti-
niani et d'autres encore. On aurait ainsi un tableau complet de l'activité
du personnage. »
— Le 1" octobre 1904, notre confrère M. Rocquain, chef de section
aux Archives nationales, a été admis à la retraite.
— Le 17 mai 1904, nos confrères MM. Tuetey et Gerbaux ont été
nommés chef et sous-chef de la section moderne aux Archives natio-
nales.
— Le 24 octobre 1904, notre confrère M. de Curzon a été nommé
sous-chef de la section historique et notre confrère M. Bourgin archi-
viste aux Archives nationales.
— Par arrêté préfectoral en date du 29 octobre 1904, notre confrère
M. Edmond Pélissier a été nommé archiviste de l'Ariège.
— Par arrêté préfectoral en date du 6 décembre 1904, notre confrère
M. Lanore a été nommé archiviste des Basses-Pyrénées.
— Par arrêté du 24 décembre, notre confrère M. Calmette a été
nommé chargé de cours à la Faculté des lettres de l'Université de Dijon.
— Par arrêté du maire de Toulouse, notre confrère M. Galabert,
archiviste du département de l'Ariège, a été nommé conservateur des
archives anciennes de la ville de Toulouse.
— Par arrêté en date du 23 décembre 1904, notre confrère M. Ema-
nuelli a été nommé bibhothécaire-archiviste de la ville de Cherbourg.
— Notre confrère M. Bonin a été nommé secrétaire d'ambassade de
deuxième classe.
— Notre confrère M. Ferdinand Lot a été reçu docteur es lettres. Sa
thèse était intitulée : Étude sur le règne de Hugues Capet et la fin du
X^ siècle.
— Notre confrère M. Emile Duvernoy a été reçu docteur es lettres. Il
avait pris pour sujets de thèse : le Duc de Lorraine Mathieu /«'• (1139-
1176) et les États généraux des duchés de Lorraine et de Bar jusqu'à la
majorité de Charles III (1559).
— Notre confrère M. Gabriel Pérouse a été reçu docteur es lettres.
Sa thèse avait pour sujet : le Cardinal Louis Aleman, président du con-
cile de Baie, et la fin du grand schisme.
CHRONIQUE ET MELANGES, 673
PROJET DE RÉORGANISATION DES ARCHIVES DE FRANGE.
A la date du 15 mai 1904, la circulaire suivante a été adressée aux
membres de la Société de l'École des chartes par le secrétaire de la
Société :
« Mon cher confrère,
« Conformément à la décision prise par la Société de l'École des
chartes dans la séance du 7 avril dernier, j'ai l'honneur de vous trans-
mettre les vœux exprimés dans nos réunions des 7 et H avril 1904 sur
la Proposition de loi portant réorganisation générale des archives de
France, déposée sur le bureau de la Chambre des députés, le 8 février
1904, par MM. Gabriel Deville, Barthou, Glémentel, Cruppi, Jaurès,
Millerand, Simyan, députés.
« Titre premier. — Constitution des archives.
« La Société se rallie aux vœux suivants, adoptés par l'assemblée des
archivistes français, réunis à Paris le dimanche 10 avril 1904 :
« 1° Que le projet de loi déposé au Sénat par MM. Millaud et Déan-
dréis, au sujet des minutes de notaires postérieures à 1790, soit voté
aussi promptement que possible ;
« 2° Que le décret du 29 janvier 1898 sur le versement aux Archives
nationales des papiers provenant des ministères obtienne force de loi,
en laissant de côté, comme dans le susdit décret, les ministères qui
ont des archives régulièrement constituées, inventoriées et ouvertes
aux historiens, et sous la réserve que la garde de ces archives ne soit
confiée qu'à des archivistes-paléographes.
« Titre IL — École nationale professionnelle des ARcmviSTEs
ET BIBLIOTHÉCAIRES.
« La Société a adopté les vœux suivants :
« 1" Que le nom de l'École des chartes ne soit pas modifié < ;
« 2° Que l'enseignement de l'École des chartes soit développé dans un
sens professionnel, sans porter atteinte à l'enseignement scientifique
général donné jusqu'ici à l'École 2;
« 3° Que le diplôme de licencié es lettres ne soit exigé ni pour l'entrée
à l'École ni pour l'examen de sortie 3;
« 4° Que les élèves ayant subi avec succès tous les examens portent
le titre d'élève diplômé de l'École des chartes''.
1. Vœu présenté par M. Jules Lair.
2. Vœu présenté par M. Maurice Prou.
3. Vœu présenté par M. Élie Berger.
4. Vœu présenté par M. Emile Travers.
674 CHRONIQUE ET MELANGES.
« Titre III. — Personnel des archives.
« L'assemblée des archivistes français a adopté les vœux ci-dessous
éaumérés, auxquels la Société de l'École des chartes s'est associée :
« L'assemblée, adressant l'expression de sa gratitude aux membres
du Parlement qui ont pris l'initiative de la proposition déposée à la
Chambre tendant à améliorer la situation du personnel des archives
et spécialement des archives départementales ; entièrement favorable au
principe contenu dans le projet de loi déposé à la Chambre qui con-
sacre, d'une part, l'incorporation aux Archives nationales et départe-
mentales de toutes les archives des services et administrations de l'État,
des départements, des greffes et études de notaires, et, d'autre part, la
nationalisation da personnel des archives départementales; mais per-
suadée que l'adoption de certains articles du titre III du susdit projet
de loi aurait, pour un grand nombre de fonctionnaires départementaux,
des conséquences désastreuses : elle émet le vœu que le susdit titre III,
relatif au personnel des archives, soit entièrement modifié, notamment
en ce qui concerne le mode de classification des postes d'archivistes et
le mode de répartition en classes personnelles des archivistes en fonc-
tion; elle demande donc :
« a) Que le classement des postes d'archivistes et la fixation des crédits
à fournir par chaque département soient établis, non d'après les sommes
actuellement inscrites aux budgets départementaux pour le traitement
de l'archiviste, mais en tenant compte de l'importance des archives
anciennes et modernes et de la situation matérielle des départements
(situation à évaluer soit d'après le nombre des communes, le chiffre de
la population et la valeur du centime départemental, soit par tout autre
moyen à déterminer);
« b) Que la nationalisation du personnel des archives départementales
ne puisse, en aucun cas, avoir pour résultat de priver les archivistes
en fonction des services annexes, départementaux ou communaux,
bibliothèques, musées, cours libres ou autres, dont ils sont chargés ;
elle demande, en résumé, qu'il soit annexé au projet de loi déposé à la
Chambre un double tableau portant : le premier, la classification de tous
les emplois et postes d'archivistes nationaux et départementaux, avec
l'indication pour chaque département du contingent qu'il aura à four-
nir pour le traitement de l'archiviste; le deuxième, le nombre, en pour-
centage, des fonctionnaires qui seront attribués à chacune des classes
personnelles, avec l'indication des conditions d'avancement sur place à
l'ancienneté.
« Titre IV. — Inspection générale des archives et bibliothèques.
« Titre "V. — Direction générale des archives.
« La Société n'a émis aucun vœu sur ces deux titres.
CHRONIQUE ET MELANGES. - 675
« Titre YI. — Budget des archives.
« La Société ne s'est pas occupée de cette question, que semble devoir
déterminer un règlement d'administration.
« Enfin, la Société a émis les trois vœux suivants :
« 1" Considérant que la proposition de loi en-question ne s'occupe
d'une façon complète que du service des archives, la Société émet le
vœu qu'une proposition spéciale soit présentée, portant réorganisation
parallèle du service des bibliotiièques, sous la réserve des droits des
élèves diplômés de l'École des chartes, pour tout ou partie des emplois^ ;
« 2° Que le gouvernement dépose de son côté un projet de loi sur la
réorganisation des archives de France, et charge le bureau de la réu-
nion de transmettre à l'administration les vœux, résolutions, documents
et observations présentés au cours de la présente assemblée 2;
« 3° Que les archivistes adjoints et les auxiliaires du service des
archives départementales soient nommés par les préfets, sur la présen-
tation de l'archiviste départemental 3.
« L'ensemble de ces vœux a été transmis par M. le Président, après
avis de la Société, à notre confrère M. Beauquier, rapporteur de la
Commission de l'administration générale, départementale et commu-
nale, des cultes et de la décentralisation, chargée de l'examen de la pro-
position de loi. »
OPINION D'UN SAVANT BELGE SUR L'ÉCOLE DES CHARTES.
A propos du projet de réorganisation des archives de France, publié
à la page 290 du présent volume, M. Joseph Cuvelier a fait insérer dans
la Revue des Bibliothèques et des Archives de Belgique (n° de mai-juin
1904) un article qui a été reproduit dans la Correspondance historique et
archéologique (n° de septembre 1904, p. 254-271).
Nous en détachons ce que l'auteur de l'article a écrit au sujet de
l'École des chartes :
« La question de l'éducation scientifique des archivistes nous amène à
dire un mot de ce qui, dans le projet de loi, regarde l'École des chartes.
La presque totalité des archivistes français actuels sont sortis, on le
sait, de cette École. Nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure de leur
apprendre ce que c'est que l'École des chartes. Rappelons seulement
que l'on y est admis par voie d'examen-concours, que la durée des
études est de trois ans et que l'octroi du diplôme d'archiviste-paléo-
1. Vœu présenté par M. Chevreux.
2 et 3. Ces deux derniers vœux avaient été adoptés par l'assenfiblée générale
des archivistes.
676 CHRONIQUE ET MELANGES.
graphe est subordonné à la présentation d'une dissertation inaugurale.
Les cours que l'on y enseigne sont la paléographie, la bibliographie
générale et le service des bibliothèques, le service des archives, la phi-
lologie (latin du moyen âge, vieux français, provençal), la diplomatique,
les institutions politiques, administratives, financières et militaires
depuis les Gaulois jusqu'en 1790. les sources de l'histoire de France,
l'archéologie, l'histoire du droit.
« A l'enseignement donné dans cette École, un des signataires du
projet de loi, M. Simyan, dans son rapport sur le budget de l'Instruc-
tion publique pour 1904, rendit hommage en ces termes : « Au point
« de vue scientifique, elle occupe une des premières places parmi nos
« grands établissements d'enseignement supérieur. Ses anciens élèves
« brillent au premier rang dans les diverses spécialités auxquelles cha-
« cun d'eux s'est consacré, et c'est la méthode si rigoureuse et si
0 féconde de l'École des chartes que doivent suivre ceux qui s'adonnent
a aux études historiques, sous peine de ne produire que des travaux
« médiocres. Il n'est pas une collection de publications scientifiques qui
« ne compte d'anciens élèves de l'École des chartes parmi ses princi-
< paux collaborateurs. Il n'est pas une branche de l'histoire, de l'ar-
« chéologie, de la philologie qu'ils n'aient explorée... »
« Presque au même moment, M. Bodinier, dans un amendement
présenté au Sénat, et adopté du reste, tendant à faire admettre l'équi-
valence du diplôme d'archiviste-paléographe à celui de professeur pour
ce qui concerne les places à conférer dans l'enseignement secondaire,
prononça cette phrase significative : « Le diplôme d'archiviste-paléo-
« graphe est en quelque sorte un véritable doctorat d'histoire de
« France. »
« Croirait-on, après cela, que c'est cette même École des chartes,
dont l'enseignement est prisé si haut, que les auteurs du projet de loi
proposent de transformer? Gomment? Ils n'en disent rien, si nous en
exceptons le changement de titre, qu'ils proposent de rendre inutile-
ment et dangereusement kilométrique. Nous ne parvenons pas, en
effet, à découvrir le moindre indice de transformation dans le passage
suivant, — auquel, au demeurant, nous souscrivons entièrement, — où
M. Simyan prétend exposer les principes qui devraient présider à la
réforme de l'École des chartes et de l'administration des archives et des
bibhothèques : « Ouvriers d'archives et de bibliothèques, les archi-
(( vistes et les bibliothécaires doivent connaître leur métier, ce qui
« exclut les incompétents; ils doivent vivre de l'exercice de leur métier,
« ce qui exclut les emplois non rétribués; ils doivent être payés en
« raison directe de leur travail, ce qui exige l'application combinée
« de l'avancement à l'ancienneté et de l'avancement au choix, de
« l'avancement sur place et de l'avancement par voie de mutation;
« enfin, de même que les ouvriers de l'industrie ne toléreraient jamais
CHRONIQDE ET ME'lANGES. 677
e d'être placés sous l'autorité d'un contremaître incapable de prendre
« sa place à l'établi et d'y manier l'outillage du métier, de même arclii-
« vistes et bibliothécaires ne doivent jamais être subordonnés qu'à des
« chefs qui soient au moins leurs égaux. »
« Nous n'étonnerons personne en disant que la réforme projetée de
l'École des chartes a suscité dans le monde savant un légitime émoi.
C'est d'abord M. Paul Meyer, directeur de l'établissement, qui, dans
une lettre adressée au Siècle du 11 mars 1904, prend la défense de l'ins-
titution aux destinées de laquelle il préside avec tant d'autorité. Le
projet ne dit pas, écrit M. Meyer, en quoi consistera la réorganisation.
« Quant au changement du titre en École nationale professionnelle des
« archivistes -bibliothécaires, il est inutile. Si le titre d'École des
« chartes ne déflnit pas très bien une école où il existe un cours d'ar-
« chéologie et où l'histoire de nos institutions est poussée jusqu'à la
« Constitution de l'an VII, le titre nouveau est bien long et un peu
« étroit pour un établissement qui n'est pas seulement professionnel,
« mais scientifique, qui ne forme pas seulement des bibliothécaires et
R des archivistes, mais qui a donné à la France des professeurs pour
« tous les degrés de l'enseignement et des fonctionnaires d'ordres
« divers. »
« Un autre savant relève dans la Correspondance historique et archéo-
logique (mars 1904, p. 85 et suiv.) la même absence d'indications au
sujet de la réorganisation de l'École. Lui aussi proteste contre le chan-
gement du titre, dans lequel il voit plus qu'un inconvénient, un vrai
danger. « Du jour où l'enseignement donné à l'École des chartes serait
« simplement professionnel et où les connaissances techniques ne s'ap-
« puieraient plus sur une théorie scientifique, les seuls candidats qui se
« présenteraient seraient des aspirants archivistes ou bibliothécaires.
« On ne voit pas que des jeunes gens, se sentant quelque valeur intel-
« lectuelle, puissent se proposer comme idéal de classer de vieux
« papiers. Car l'érudition n'est pas incompatible avec l'accomplisse-
« ment très consciencieux de la tâche professionnelle. Si nous passions
« en revue les archivistes actuellement en place, nous trouverions que
« ceux qui s'acquittent le mieux de leurs fonctions, qui satisfont tout à
« la fois l'administration et le public, sont aussi ceux qui occupent
« leurs loisirs à la rédaction d'ouvrages historiques. Ce qui suppose
« qu'ils ont appris la méthode historique et les connaissances générales
« nécessaires à l'interprétation des documents confiés à leur garde.
« Admettons que l'École ne forme que des archivistes, qu'on éloigne
« de l'École les spéculatifs, ceux qui n'ont d'autre désir que de s'initier
« aux méthodes de l'érudition pour composer plus tard des ouvrages
« historiques fondés sur les documents d'archives, voilà qu'on crée une
« classe de fonctionnaires isolés dans leurs archives et qui ne trouvent
« plus personne autour d'eux qui connaisse l'objet do leurs travaux. Il
^904 4-i
678 CBRONIQUE ET MELANGES.
ft y a pour l'avenir des études historiques un véritable danger à établir
« ainsi des cloisons étanches. N'est-il pas nécessaire qu'il y ait, à côté
« des archivistes, des gens de même instruction qui utilisent les archives
« que leurs conservateurs ne sauraient faire connaître, quant au fond,
« à eux seuls? On doit souhaiter voir à l'École des chartes deux caté-
« gories d'étudiants, les uns visant à remplir une carrière, les autres
« voulant se mettre à même de faire des études historiques. Ceux-ci
« doivent connaître le maniement des archives, qu'ils ne sauraient
a apprendre qu'à l'École des chartes. »
« Nous croyons que les auteurs du projet de loi seraient sagement
inspirés s'ils supprimaient de leur proposition les articles concernant
la réorganisation de l'École des chartes. Jusqu'à présent, son enseigne-
ment a été en bonnes mains, et il suffit de parcourir ses dernières
publications pour s'apercevoir que la direction est loin d'être fermée
aux idées nouvelles et au progrès.
« On excusera la sollicitude avec laquelle nous parlons de l'École des
chartes, que les archivistes, en Belgique aussi, considèrent un peu
comme leur mère. N'est-ce pas sur le programme de ses cours que le
gouvernement belge a visiblement calqué l'examen de candidat-archi-
viste? Et la loi de 1890 sur l'enseignement supérieur n'a-t-elle pas
organisé dans toutes nos universités ce doctorat en histoire, auquel
M. le sénateur Bodinier assimilait l'autre jour le diplôme d'archiviste-
paléographe? N'est-ce pas grâce à ce doctorat en histoire que nous avons
obtenu, en Belgique, cette communauté d'origine des archivistes et des
professeurs d'histoire de l'enseignement supérieur et moyen, de tous
les historiens, euQn, communauté qui existe aujourd'hui entre tous les
diplômés de l'École des chartes et que le malencontreux projet de
réforme menace de faire disparaître ^ ?
« Dans une lettre adressée à V Indépendance belge, le 26 août 1897, en
réponse à deux articles de ce journal préconisant la création d'une Ecole
des chartes en Belgique, j'ai combattu naguère, pour des motifs d'op-
portunité, l'idée de cette création, en me basant précisément sur l'exis-
tence de notre doctorat en histoire et de l'examen de candidat-archi-
viste. Je n'ai pas changé d'avis depuis lors, mais sept nouvelles années
1. Il ne sera pas sans intérêt de faire connaître sur cette question l'opinion
d'un savant allemand, M. Gerhard Seeliger. Recensant l'opuscule de Wiegand,
Die WissenschafUiche Vorbildung des Archivars, le professeur de Leipzig
termine comme suit : « Die vvichligste Grundlage der Vorbildung von Archi-
varen soll niclit eine fachmœnnisch abgegrenzte Arciiivschule, sondern das uni-
versellere Universilatssludium gewaehren. » {Hislorische Vierteljahrschrift,
1900, p. 299.) C'est-à-dire : la base principale de la formation des archivistes
ne doit pas être une école d' « archivéconomie, » confinée dans un enseigne-
ment purement technique, mais la culture plus compréhensive donnée dans
les éludes universitaires. (Note de la Rédaction de la Revue belge.)
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 679
d'expérience m'ont convaincu que, loin de restreindre cet enseigne-
ment, il y aurait une grande utilité, pour les archives belges, à con-
naître certaines matières enseignées à l'Ecole des chartes et qui ne
figurent pas parmi les cours du doctorat en histoire ni parmi les
branches de l'examen de candidat-archiviste.
« Tout en me réservant de revenir sur cette question, je ne citerai
aujourd'hui que l'histoire du droit et le service des archives, en d'autres
termes ïarcliivéconomie. Dans un pays dont la majeure partie des
archives se rapportent à des institutions judiciaires, l'utilité d'un cours
d'histoire du droit n'a pas besoin d'être démontrée. Mais ce qui est
plus indispensable encore aux archivistes, c'est un cours d'archivéco-
nomie. Le jeune docteur en histoire, candidat-archiviste, ignore aujour-
d'hui le premier mot de la science des archives. Et cependant, elle
existe, cette science. Voyez les cours de l'École des chartes, ceux de
l'École des archivistes, à Marbourg; voyez le traité des archivistes hol-
landais : Handleiding voor het ordenen en besclirijven van Archieven, de
MuUer, Fruin et Feith, que je ne saurais assez recommander à mes
collègues. Que de temps gagné, que de tâtonnements évités, que d'unité
et d'ensemble acquis au point de vue de la méthode, si un enseigne-
ment théorique pouvait précéder, dans ce domaine aussi, la pratique'!
« Mais il est temps de conclure.
« Nous approuvons, sans réserve, toutes les mesures préconisées
pour assurer la conservation effective des archives et leur utilisation
scientifique. L'exécution de ces mesures présentera peut-être certaines
difficultés auxquelles les auteurs, dans leur hâte de bien faire, n'ont
pas songé, et le règlement d'administration qui doit fixer les formes
d'application de la loi ne sera pas d'une élaboration facile. Mais leurs
intentions sont incontestablement excellentes et, avec de la patience
d'un côté et de la bonne volonté de l'autre, nous ne doutons pas qu'ils
n'arrivent à bon port. Les difficultés se présenteront surtout lorsqu'il
s'agira de réaliser leur conception de ce que j'appellerais volontiers
« les plus grandes Archives; » à cet égard, l'éparpillement de l'admi-
nistration des Archives dans les bureaux de toutes les administrations
de la France me parait peu désirable. Si l'échelle des traitements est
prévue, nous n'avons découvert nulle part les bases d'augmentations.
Les dispositions qui feront des archivistes départementaux des fonc-
tionnaires de l'État emporteront, en Belgique, tous les suffrages. Mais,
de grâce, n'introduisez pas dans les dépôts d'archives départementales
des classes différentes, dont le monde savant serait la première victime,
1. Le programme des matières de la deuxième épreuve du doctorat en his-
toire comprend une branche au choix du récipiendaire. Ne pourrail-on rem-
placer celle-ci, pour les jeunes docteurs se deslinanl aux arcliives, par un cours
obligatoi re d'archivéconomie ?
680 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
et qui installeraient à demeure, dans la calme atmosphère, qui ne
devrait jamais cesser d'être l'apanage d'un dépôt d'archives, l'intrigue
et le triomphe des passions politiques. De grâce aussi et surtout ne
touchez pas à l'École des chartes, elle a trop de titres à votre recon-
naissance ! ï
L'INSTITUT HISTORIQUE AUTRICHIEN.
L'établissement qui porte le titre de K. K. Institut fur ôsterreichische
Geschichtsforschung date du 11 novembre 1854. Il vient de célébrer son
cinquantenaire. Le chef actuel, Vorsland, de cette haute école, le
D"- Emil von Ottenthal, précédemment professeur à l'Université d'Inns-
bruck, a publié à cette occasion une brochure, Festschrift, fort intéres-
sante'. Il raconte l'histoire de cet Instilut, dont les chefs ont été :
Albert Jager, 1854-1869; Theodor von Sickcl, 1869-1891; Heinrich von
Zeissberg, 1891-1896; Engelbert Mùhlbacher, 1896-1903.
U Institut fur ôsterreichische Geschichtsforschung fut créé à l'imitation
de l'École des chartes, telle qu'elle avait été organisée sept ans plus
tôt, en 1847; mais il subit en 1857 et en 1874 quelques changements
destinés à rendre son organisation plus conforme à celle de l'Université
de Vienne. Il s'était appelé d'abord Schule, traduction allemande du mot
école, et le premier chef de cet établissement, le D-- Jager, prenait le
titre de Director. Ses successeurs préférèrent s'appeler, en allemand,
Vorstand, et faire prendre à l'établissement le titre d'Institut. Il y avait
d'abord des Professoren et des Repetitoren, comme à l'École des chartes;
il n'y a plus aujourd'hui que des Dozenten. Le personnel enseignant se
compose actuellement, outre le Vorstand, de trois Dozenten, MM. Franz
Wickhoff, Oswald Redlich et Allons Dopsch.
C'est tous les deux ans que l'Institut ouvre ses portes à de nouveaux
élèves.
L'ensemble des cours dure trois ans, dont une année préparatoire, k
la suite de laquelle sont décernées, tous les deux ans, au concours, six
bourses, Stipendien, dont les titulaires portent le titre de Ordentliche
Mitglieder, « membres ordinaires de {'Institut. » Les juges du concours
sont les professeurs, avec adjonction de savants étrangers à l'établis-
sement.
L'objet de l'enseignement est à peu près le même qu'à l'Ecole des
chartes; seulement, il est organisé d'une façon un peu difTérente. Deux
1. Bas K. K. Institut fur ôsterreichische Geschichtsforschung, 1854-1904.
Festschrift zur Feier des funfzigjtihrigen Beslandes von E. v. Ottenthal.
Wien, 1904, in-S", 96 p.
CHRONIQDE ET MÉLANGES. 6SÎ
cours durent deux ans : ce sont celui qui a pour objet les sources de
l'histoire d'Autriche, première et troisième années, et le cours de diplo-
matique, deuxième et troisième années ; un cours dure trois ans, celui
d'archéologie, ou plus exactement d'histoire de l'art, première, seconde
et troisième années. La paléographie ne s'enseigne qu'en première
année, l'histoire du gouvernement autrichien et de son organisation en
seconde année, le classement des bibliothèques et des archives en troi-
sième année seulement. Il y a un cours de chronologie en première
année, un cours de sphragistique et d'art héraldique en seconde année.
L'Institut autrichien ne se charge d'enseigner ni la langue ni la littéra-
ture allemandes du moyen âge, ni l'histoire du droit allemand ni le
droit canon; les élèves sont invités à aller apprendre ces sciences aux
cours de l'Université, comme les langues modernes, français, italien,
anglais, langues slaves.
En 1878, sur le conseil du D"- Theodor von Sickel et à l'exemple des
anciens élèves de l'École des chartes, d'anciens Milglieder de l'Institut
autrichien se formèrent en société pour publier une revue : Mittheilun-
gen des Instituts fur ôsterreicltische Geschichtsforschung. La première
livraison parut en 1879, avec le concours financier du ministère de
l'Instruction publique ; aujourd'hui, le nombre des volumes annuels
s'élève à vingt-cinq, auxquels il faut ajouter sept volumes supplémen-
taires.
Notre École nationale des chartes peut être fière de sa fille autri-
chienne, qui doit une grande partie de ses succès au D' Theodor von
Sickel, d'abord pendant treize ans comme début professeur dans cet
établissement, puis directeur pendant vingt-deux ans, jusqu'à son trans-
fert au poste de Director des Istituto austriaco di studi storici, à Rome,
de 1891 à 1901, année où il a pris sa retraite. Aujourd'hui membre de
plusieurs académies, décoré de divers ordres autrichiens et étrangers,
mais fatigué, mal portant, âgé de soixante-dix-huit ans, il vit loin des
bruits du monde, quoique toujours entouré de ses chers livres, dans la
petite ville de Meran, au milieu des montagnes du Tyrol.
L'INCENDIE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE TURIN.
Diverses publications parues depuis l'insertion de mon article dans
le fascicule 1-3, 1904, de la Bibliothèque de l'École des chartes me per-
mettent de préciser les indications que j'y ai données et d'en ajouter
de nouvelles <.
1. Pour compléter ce que je dis, p. 140, des manuscrits de Bobbio, joindre
le catalogue d'O. Seebass, Uandschriften von Bobbio in der Vaticana und
682 CHROJIIQUE ET MELANGES.
Dans la Nuova Antologia du 16 juin 1904 ', le député Boselli a publié
un extrait fort important de sa relation à la Chambre italienne. Cet
article, d'ailleurs mal composé et plein de fautes d'impression, donne
un état, sans doute provisoire, mais utile cependant, des pertes
reconnues.
Sur les quarante et une sections d'imprimés, neuf ont été atteintes
très fortement, puisque, sur un ensemble de 31,511 articles, 23,711 ont
disparu. Cinq sections ont été particulièrement atTectées :
176 sur 5,869.
105 — 4,939.
551 — 3,790.
656 — 2,946.
150 — 700 2.
Philosophie-pédagogie.
Polygraphie . . .
Linguistique . . .
Philologie ....
Collection Aldine .
Les archives de la bibliothèque ont péri 3, ainsi que l'inventaire topo-
graphique de B. Peyron, augmenté par Frati, qui contenait l'indica-
tion d'environ 500 manuscrits latins, italiens et français non catalogués-*.
Des 4,500 manuscrits, ce sont les hébraïques, persans, arabes, ita-
liens et français qui ont le plus souffert, et davantage encore à cause de
l'eau qui noya l'incendie. Un certain nombre ont été recueillis, dont
les marges et une partie du texte étaient réduites en charbon, dont les
feuillets étaient ou recroquevillés ou agglutinés. Les laboratoires de
chimie de Turin ont collaboré à la reconstitution de ceux qu'on aurait
pu considérer comme désormais inutilisables s.
A l'heure actuelle, un assez grand nombre de manuscrits ont pu être
récupérés^. On trouvera dans la Rivista di filologia e d'istriizione classica,
du professeur E. Stampini, un inventaire des manuscrits grecs et latins
anciens rédigé par les érudits Frati, Cipolla et De Sanctis'^. Les manus-
crits grecs ont tous été atteints; mais, de complètement perdus, si l'on
Ambrosiana, dans le Centralblall fur Blbliothekswesen, 1896, t. XIII, p. 64
et suiv., et la description de l'un d'eux ])ar Cipolla, Una narrazione bobbiese
sulla presa di Damietta nel 1210, dans VArchivio storico lombardo, série IV,
1904, t. XXXI, p. 5 et suiv.
1. P. 705-721. Incendio e ricosUluzione délia biblioteca di Torino. Sa rela-
tion a été utilisée pour la chronique de 1904 de la Revme des archives et biblio-
thèques.
2. P. 709.
3. Ibid.
4. P. 710, n. 1.
5. Sur cette coopération, cf. p. 710-711.
6. P. 711. — Franz Cumont, d'après un correspondant de Turin, réduit ce
nombre à 900. {Reliquix Taurinenses. Extrait du Bull, de l'Acad. royale de
Belgique, classe des lettres..., n° 3, 1904, p. 82.)
7. Cf. Giornale d'ilalia, 27 mai 1904.
CHRONIQDE ET MELANGES. 683
admet le chiffre de 406 ' comme celui des textes anciennement existants 2,
on peut dire qu'il n'y en a que la moitié. Le professeur De Sanctis en a
identiflé 176 et espère pouvoir faire ses reconstitutions, grâce aux frag-
ments qui subsistent. Le commentaire de Théodoret, qui a déjà échappe .
à Imrendie de 1667, est sauf; mais perdu l'hymnaire grec étudie par
le cardinal Pitra et Krumbacher, perdu le Diplomariale grec et perdu
en grande partie le psautier du vm" siècle3. Un grand nombre d'auteurs
byzantins ont disparu''.
Les manuscrits hébreux sont presque tous brûlés ^ Il y avait au
moins 111 manuscrits orientaux : 40 ont été retrouvés, et M. Pizzi a
été chargé de leur reconstitution 6. ^
Au courant de 1904 a paru le catalogue des manuscrits italiens, rédige
par B Peyron, qui avait l'intention de cataloguer tous les fonds et de
faire l'histoire de la bibUothèque, et préfacé par G. Frati^. Cet inven-
taire, pas absolument complet s, était imprimé avant l'incendie, qui en
fait un nécrologe. Des 2,475 manuscrits», en subsistent 1,350, identifies
par Gipolla, De Sanctis et G. Frati^o. Renier a préparé un inventaire de
ceux qui ont été reconnus, à paraître dans le prochain fascicule du
Giornale délia letteratura italiana, et l'honorable Boselli signale quelques-
uns des manuscrits sauves et des disparus <*.
1. Le correspondant de F. Cumont {loc. cit., p. 82) dit que le 25 janvier 1904
on en comptait 425. mi w p n n4-n5 ^
2 J'ai précédemment noté l'iasunisance des catalogues. (B. E. C, p. 1^4 ua.;
En 190'^ F. Cumont dressa linventaire des manuscrits d'astrologie grecs (publ.
ll'u Calai, codé, aslrol. or.c, t. IV, 1903, p. 3-16) et M Carta, d.rec-
,eur de la bibliothèque de Turin, l'avait même engagé à refaire dans son enl
le catalogue des manuscrits grecs. {Reliquix tmmnenses p 82.) Dans cet
arlide, F Cumont inventorie le manuscrit CC (B. III, H) et en donne d
extraits concernant les hérésies byzantines et le judaïsme Les manuscrits de
patrislique grecque ont été décrils par 0. Zuretli dans les SlucU UaUam dt
filologia dassica. (Boselli, loc. cil., y- 711, n. 5.)
3. Boselli, loc. cit., p. 71t. ,
4. Krumbacher, dans Beilage zur allgem. ZeitMug, 26 février 1904. il a
copié ou coUationné l'hymnaire du xi» siècle. (B.IV, 34.) , , . .„
5 Boselli, loc. cit., p. 711. Ils sont au nombre de 169 dans le catalogue de
Pasini, de 274 dans celui de Peyron.
^l\l'odL^mlici\la!J'exaraH qui in bibliolheca Taurinensis Athen.'ci
ante (Hem KXVI. januarii .M.CM.GV. asservabantur. Turm, 1904, in-b .
8 C Fntl, dans sa préface au catalogue signalé n. 3, p. xvi-xvii, indique
les éditions de manuscrits italiens de Turin.
9. 1291 dans le catalogue de Pasini.
10. Boselli, loc. cit., p. 713. i..,,i,.,r„„
U Loc cit., p. 713, n. 3. M. Boselli pense qu'une des causes de lacuirne-
meni du feu contre les manuscrits italiens est qu'ils étaient places entre les
deux portes d'entrée.
684 CBRONIQUE ET ME'lA^GES.
Quant aux manuscrits français, au nombre de 772, selon Pasini, ils
ont été en grande partie détruits, encore que certains écrits sur parche-
min aient opposé au feu une réelle résistance, comme le Romuleon, les
trois manuscrits de Guiron le Courtois*. Yoici quelques renseigne-
ments fournis par la relation de M. Boselli : Yon de Bordeaux (L. II, 14),
dans un état lamentable; le Roman de Florirnont (L. II, 16), de même;
Brades et autres poèmes (L. II, 14), réduit en un bloc triangulaire; trois
sur cinq des manuscrits du Roman de la Rose, en mauvais état; la moi-
tié du Livre du chevalier errant du sire de Saluces, aussi; le manuscrit
du Tournoijment (L. V, 63), les trois manuscrits de Claude de Seyssel,
perdus. Des Heures de Turin, il reste à faire « un residuo meschinis-
simo^. » Les Heures du duc de Berry ont été retrouvées sous un amas
de décombres 3. Les manuscrits sur papier, en général moins précieux,
ont subi encore plus de dommages; celui d'Ogier le Danois a été à peu
près détruit, la traduction ancienne de Dante, sauvée, ainsi que le
manuscrit de Bladin de Cornvalha, provençal, publié par P. Meyer dans
la Romania^, et qui n'a été épargné que parce qu'il se trouvait dans la
section latine. La Société des bibliophiles français a fait photographier
récemment, par les soins du comte A. de Laborde, les enluminures
remarquables du tome II de la Cité de Dieu, qui appartint au grand
Bâtard s.
A l'œuvre de reconstitution des manuscrits abîmés, on doit joindre
celle des sections décimées des imprimés. En ce qui concerne la France,
notons les offres de l'Académie des sciences morales et politiques
(25 juin 1904)6 et de la Société de l'Histoire de France (2 février 1904) 7.
Au 21 mai, étaient déjà entrés à la bibliothèque de Turin 1,301 opus-
cules et 7,236 volumes 8, et il est probable que l'appel de l'Université
de Turin sera écouté un peu partout^.
Quant à la leçon à tirer de l'événement lui-même, G. Biagi Ta déve-
loppée dans sa Rivista délie Diblioteche e degli archivi (février-avril 19041,
qui, pour l'Italie, donne cette conclusion radicalement pessimiste : « Di
biblioteche al sicuro da ogni pericolo non ve n'è veramente nessuna^o. »
Quelle que soit la cause réelle de l'incendie de Turin, — imprudence
1. Ibid., p. 712, n. 2.
2. Ibid., p. 712.
3. F. Cuniont, toc. cit., p. 82.
4. Boselli, toc. cit., p. 712, n. 2.
5. Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1" fasc, 1904.
Procès-verbal du Comité, 2 février 1904. Communication de M. L. Delisle.
6. Journal des Savants, 25 juin 1904, p. 426.
7. Annuaire-Bulletin, 1" fasc, 1904.
8. Boselli, toc. cit., p. 715.
9. Id., ibid., p. 714.
10. Joindre son interview, dans le Giornale d'Italia, 17 mai 1904.
CDRONIQUE ET MELANGES. 685
d'une des personnes logées à l'Université < ou erreur fondamentale du
règlement du 28 octobre 18852, — les personnes qui, en France, s'inté-
ressent à la bonne administration des bibliothèques devront tirer parti
des discussions de toute espèce qui, en Italie, sont nées et naîtront à
cette occasion 3.
'Georges Bourgin.
LES ORIGINES BYZANTINES
DU MONOGRAMME CAROLINGIEN.
M. Wolfram, archiviste de Metz, ayant étudié l'influence exercée
par la civiUsation byzantine et syrienne jusque dans la vallée de la
Moselle, où' elle parvenait par la route de Marseille et de Lyon, a
eu l'occasion de faire une constatation intéressante au point de vue
diplomatique, qu'il signale dans la Beilage zur aUgememen Zeitung
(qo 3-4 janvier 1905). Dans les études de M. Strzygowski sur l'Evangile
d'Etschmiazin se trouve reproduit un double monogramme du patriarche
Narsès (640-661). Ce monogramme est bâti sur deux croix, portant aux
extrémités de leurs branches les lettres principales des mots Nâp<7ou
Ka6o>«oû. On sait que c'est la disposition qu'affectent également les
lettres KRLS, du nom de KMiOLVS, dans le monogramme qui rem-
place, à la fin des diplômes de Charlemagne, la simple croix de 1 époque
mérovingienne. Il semblerait donc qu'il y ait là une imitation d'habi-
tudes byzantines. M. Wolfram se demande même s'il ne faut pas voir
dans l'adoption du monogramme le résultat d'une influence exercée
sur les usages de la chancellerie par les lettrés grecs et syriens, que
Charles, au rapport de Thégan, aurait appelés auprès de lui pour pro-
céder à la revision du texte des Évangiles.
Quoi qu'il en soit de cette dernière hypothèse, et toute réserve faite,
1 Boselli, loc. cit., p. 706, écarte cette hypothèse.
2 Cf Nicolô Anziani, le Soslanziali contraddizioni del Regolamento orga-
nico délie RR. Biblioteche italiane del 28 ottobre 1885, causa causale del
Vincendio délia B. Torinese e minaccia ad altri simili istituU. Itmidi reclami
officiali di Nicolà Anziani, oggi Prefetio onorario. Firenze, 1904, in-8" -
Boselli loc. cit., p. 706, repousse l'idée de la responsabilité adm.n.slrative.
Pourtant, les réponses de vingt-cinq bibliothécaires dans renqu,Me Biagi
prouvent la mauvaise situation des bibliothèques italiennes. A 1 heure ou
Boselli écrivait son rapport, l'enquête judiciaire n'était pas encore lerm.nee;
on peut d'ailleurs se demander si elle sera sincère.
3 Intervention des honorables G. del Balzo à la Chambre (1" février IJai),
Strozzi au Sénat (13 mai 1904). Travaux de la Commission de reforme des
archives et bibliothèques réunies en juin.
686 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
s'il y a lieu, sur l'époque à laquelle aurait été transcrit le mono-
gramme de Narsès, le rapprochement n'en est pas moins curieux. Il ne
faut pas oublier, d'ailleurs, qu'il y a une dizaine d'années M. Prou avait
signalé l'imitation, sur les monnaies de Gharlemagne frappées en Ita-
lie, « du monogramme cruciforme du nom impérial, figurant dans le
champ de certaines monnaies impériales, qui, sans doute, avaient cours
dans la péninsule » (Catalogue des monnaies carolingie7ines de la Biblio-
thèque nationale, introduction, p. ix), et dont l'une est de Justinien l^""
(527-565), c'est-à-dire d'un siècle antérieure à l'exemple fourni par
M. Wolfram. R. P.
CHARTE DE L'ÉVÈQUE PIERRE LOMBARD
POUR LES CHANOINES DE SAINT-CLOUD.
A une vente de lettres autographes et de documents historiques, faite
à Paris le 24 novembre, a figuré sous le n" 128 une petite charte de
Pierre Lombard, évêque de Paris, pour les chanoines de Saint-Gloud.
Elle a dû être munie d'un sceau applique sur double queue de parche-
min, et c'est à ce sceau que paraissent faire allusion les mots karadere
met nominis subter confinno.
« Ego Petrus, Parisiensis episcopus, sciens operarium dignum esse
mercede sua et debere agricolam de fructu suo comedere, canonicis
Sancti Glodoaldi ibidem mansionariis quedam que appellant stationes
et visitationum et defunctorum karitates, et omnes minutos casuales
exitus, concedo et dono. Preterea xl solidos et x modios vini etxvi sex-
tarios frumenti, que omnia confirmaverat eis predecessor meus Theo-
baudus, ad usum eorum qui his tribus horis, scilicet matutinis, prime
et magne misse, in quadragesima, intéressent, vel istarum tantum dua-
bus, ego ratum habens volo, confirme, insuper addens duos sextarios
frumenti, ut sint x et viii, et karactere mei nominis subter confirmo. »
ÉLOGE DE JEAN, DUC DE BERRI
PAR LE BEAU-FILS DE FASTOLF.
M. George F. Warner, conservateur du Département des manuscrits
au Musée britannique, vient de publier pour le Roxburgh Club, d'après
un manuscrit du marquis de Bath, la traduction anglaise de l'Épître
d'Othéa à Hector, que Stephen Scrope dédia à son beau-père, le
célèbre sir John Fastolf. Cette publication forme un élégant volume
CBRONIQDE ET MELANGES. 687
in-4° de xlvii et 128 p., intitulé : The Epistle of Othea lo Ileclor or Ihe
Boke of Kmjghthode, translated from the French of Christine de Pisan,
with a dedication to sir John Fastolf K. G., by Stephen Scrope esquire,
edited from a manuscript in the Library of the marquis of Dath, by
George F. Warner (London, 1904). En tête du \oliime est reproduite la
miniature qui est en tête de l'Épître d'Othéa, dans le manuscrit des
CEuvres de Christine de Pisan conservé au Musée britannique (Har-
ley 4431) ; c'est celui qui fut oËfert à la reine Isabeau de Bavière. L'in-
troduction de M. Warner est fort instructive et contient de très inté-
ressants détails relatifs à Christine de Pisan, à Fastolf et à Stephen
Scrope.
La dédicace de la traduction contient un éloge de Jean, duc de
Berri, dont nous croyons à propos de reproduire ici le texte :
« And this seyde boke, at the instaunce and praer off a fuUe wyse
gentylwoman of Frawnce called dame Gristine, was compiled and
grounded by the famous docteurs of the most excellent in cierge tho
nobyl Université off Paris, made to the fui noble famous prince and
knyght off renounne in his dayes, being called Jon, duke of Barry,
thryd son to kyng Jon of Frawnce, that he throwe hys knyghthy
labourys, as welle in dedys of armes temporell as spirituell exercisyni?
by the space and time of .c. yeerys lyvyng, flowrid and rengnyd in
grete worchip and renownne of chevalry. And in thre thyngges gene-
raly he exercisyd his knyghthy labowris. Thereof oon was in victo-
ries, dédis of chevalrie and of armys, in defendyng the seyde royalme
of Frawnce from his ennerayes. [The second was] in grete police usyng,
as of giete cowueseylles and wysdomys, yevyng and executing the
same for the conservacyon of justice and transquillite' and alsoo pease
kepyng for ail the comon welleffare of that noble royaulme. The
thredde was in spirytuell and gostby dedys yovyn untoo for the helthe
and wellfare of hys soûle. And in every of thèse thre thynggys the
seyde prince was holden fui chevalrouse and swemounted in his
dayes above ail othir. Wych schewyth welle opynly to every undcr
stander in the seyde booke redyng that it was made acordyng to hys
seyde victoriens dédis and actis of worchip exercysing. »
UN NOUVEAU MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE BRANTÔME'.
Au musée Condé, à Chantilly, sous la cote XX. B.'i 15, se trouve
le manuscrit, tout entier de la main de Brantôme, du fragment de la
Vie de son père, François de Bourdeille, publié pour la première fois
1. Voir Bibliothèque de l'École des chartes (1904), t. L.XV, p. 5-54.
688 CHRONIQUE ET MELANGES.
dans le tome XIII de l'édition de 1740 et reproduit dans celle de la
Société de l'histoire de France, t. X, p. 31-57.
C'est un mince cahier de 18 feuillets de papier in-folio, de même
dimension que les autres manuscrits autographes de Brantôme, récem-
ment acquis pour la Bibliothèque nationale. Le duc d'Aumale le fit
recouvrir, en 1856, d'une riche reliure en maroquin citron, et il a
figuré sur le livret imprimé en 1862 pour la réception du Fine Arts
Club, à Twickenham.
Le premier feuillet n'a pas reçu d'écriture et porte, au haut du recto,
dans l'angle gauche, la cote « N» 22 », qui paraît dater du xviii« siècle.
Il n'y a pas trace de l'épître dédicatoire adressée par l'auteur à son
neveu Henri de Bourdeille, épître dont l'édition de 1740 nous a con-
servé le texte. Dans le manuscrit, comme dans les éditions, la biogra-
phie commence (p. 3) par les mots : « Messyre Françoys de Bourdeille,
« vostre grand père, fust filz de messyre Françoys de Bourdeille et de
« Hylaire du Fou... »; elle se termine, comme aussi dans les éditions,
par une phrase inachevée, au bas de la p. 33, et, le verso de cette page
étant resté en blanc, tout porte à croire que Brantôme n'a point achevé
cette biographie.
L'exemplaire du musée Condé parait bien être celui dont s'est servi
l'éditeur de 1740; il ne contient pas le paragraphe : « Elle avoit aussy
trois pages » (éd. Lalanne, p. 48), au sujet duquel l'éditeur de 1740
ajoute cette observation : « Ces trois pages... tirées de six grandes
« mains de papier, écrites de la main de Brantôme, qu'on a perdues à
« la mort de Quinet, directeur de l'Opéra, vers 1712, à qui on les avoit
« données pour faire imprimer la Vie de Brantôme.. .^. »
UN BISMARCK DU XIV^ SIÈCLE.
Un fragment de papier détaché d'une ancienne reliure des archives
du Rhône, fragment qui, d'après l'écriture qui le couvre, peut être
daté des environs de 1320, nous apprend que la succession de Frédéric
1. On peut rapprocher aussi le passage suivant d'une lettre, écrite de Dijon,
le 3 mars 1729, par le président Bouhier à l'abbé Le Clerc, directeur du sémi-
naire de Saint- Irénée, à Lyon, à l'occasion de sa réédition de la Bibliothèque
de Richelet (1727) : « Le marquis [de Bourdeille, qui est ici pour un procès,]
« m'a dit qu'il avoit eu sa Vie faite par lui-même; mais elle s'est égarée entre
« les mains d'une personne à qui il l'avoit prêtée. Il en a encore quelques
« manuscrits, entre autres une Vie de son frère aine, un recueil de Rodomon-
« tades espagnoles et quelques autres paperasses. Du reste, j'adhère entière-
a ment au jugement que vous faites du bonhomme, qui seurement doit estre
« lu avec de grandes précautions. » (Bibl. nat., ms. fr. 24413, p. 704.)
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 689
le Cokes, curé du diocèse d'Halberstadt, était mise au pillage. Ses
chevaux, ses bœufs, ses vaches, ses porcs, ses brebis, ses vêtements,
ses meubles, ses provisions de blé, retenus par des particuliers, mettaient
Conrad Marquard, clerc du diocèse d'Osnabrûck, l'exécuteur testamen-
taire, dans l'impossibilité de délivrer les legs pieux du défunt.
Le fait n'a rien que de très banal; il n'est point rare, lors de l'ouver-
ture d'une succession, de trouver traces de rapines; mais il est des
noms qui forcent l'attention.
Au sujet de cette succession, plainte est portée contre Nicolas de Bis-
marck, châtelain [opidanm) de Stendale, audit diocèse d'Halberstadt, et
contre Christine Hoghers, sa femme.
G. G.
« Judici scolastico ecclesie Verdensi.
« Conquestus est nobis Conradus Marquardi, clericus Osnaburgensis
diocesis, executor lestamenti quondam Frederici dicti li Cokes, rectoris
ecclesie in Medestorpe, Halberstadensis diocesis, quod Hunricus de
Bertensleue, qui se gerit pro rectore dicte ecclesie in Medestorpe et
Gunterus de Bertensleue, armiger, ejusdem ecclesie patronus, Hennin-
ghus de Helinghen et Hennebanus dictus Cret, laici dicte Halbersta-
densis diocesis, super quibusdam equis, bobus, vaccis, porcis, ovibus,
vestibus laneis, utensiliis, bladi quantitatibus et rébus aliis ad dictum
defunctum dum viveret, ratione persone sue, spectantibus, quosque
per manus ipsius executoris idem defunctus in pios usus erogari pre-
cepit, injuriantur eidem, propter quod pia ipsius testatoris intencio
defraudatur...
« Judici scolastico ecclesie Verdensis.
« Conquestus est nobis Conradus Marquardi, clericus Osnaburgensis
diocesis, executor testamenti quondam Frederici dicti li Cokes recto-
ris ecclesie in Medestorpe, Halberstadensis diocesis, quod Nicolaus de
Bismarke, opidanus opidi in Ste[n]dale, laicus, et Cristina Hogeri,
dicta Hoghers, laica, uxor, in dicto opido commorans, dicte Albersta-
densis diocesis, super quibusdam pecuniarum summis et rébus aliis ad
dictum defunctum dum viveret, racione persone sue, spectantibus,
quosque per manus ipsius executoris idem defunctus in pios usus ero-
gari precepit, injuriantur eidem, propter quod pia ipsius testatoris
intencio defraudatur... ■»
Erratum.
P. 458 : la question de philologie proposée pour l'examen écrit de lin
d'année doit être ainsi rétablie : « Quels sont les pays où l'on parle
le ladin? » (et non : latin).
LISTE DES SOUSCRIPTEURS
[>Ui
BIBLIOTHEQUE DE L'ECOLE DES CHARTES
POUR l'année 1904.
-<r-sG-trsa-'=>-
Bibliothèques et Sociétés.
PARIS.
Académie des inscriptions et belles-
lettres.
Archives départemcnta les de la Seine.
Archives nationales.
Association générale des étudiants.
Bibliographie de la France, journal
général de l'imprimerie et de la
librairie.
Bibliothèque de V Arsenal.
— Cardinal.
— Mazarine.
— nationale (département des im-
primés).
(département des manuscrits).
— du Sénat.
— de V Université, à la Sorbonne.
— de la Ville.
Cercle agricole.
Cercle catholique des étudiants.
Chambre des députés.
Directeur de l'enseignement supé-
rieur, au ministère de l'Instruc-
tion publique.
Ecole nationale des chartes (2 ex.).
Ecole normale supérieure.
École Sainte-Geneviève.
Études religieuses.
Faculté de droit.
Fondation Thiers.
Institut catholique.
Ministère de l'Instruction publique
(55 ex.).
Ministère de la Marine.
Ordre des avocats.
Bévue archéologique.
Bévue historiqîie.
Séminaire de Saint-Sulpice.
Société bibliographique.
DÉPARTEMENTS.
Aix-en-Provence. Bibliothèque Mé-
janes.
universitaire.
Albi. Archives du Tarn.
Alger. Bibliothèque universitaire.
Amiens. Société des Antiquaires de
Picardie.
Arras. Bibliothèque de la Ville.
Rayonne. Bibliothèque de la Ville.
Resançon. Biblioth. universitaire.
Réziers. Bibliothèque de la Ville.
Rlois. Bibliothèque communale.
Rordeaux. Biblioth. universitaire.
RouRGES. Bibliothèque de la Ville.
l. Ceux des souscripteurs dont les noms seraient mal orthogi'aphiés, les titres
omis ou inexactement imprimés, sont instamment priés de \ouloir bien adresser
leurs réclamalions à MM. A. PICARD et lils, libraires de la Société de l'École des
chartes, rue Bonaparte, 82, à Paris, afin que les mêmes fautes ne puissent se
reproduire dans la soixante- sixième liste de nos souscripteurs, qui sera
publiée, suivant l'usage, à la lin du prochain volume de la Bibliothèque.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
69{
Caen. Bibliothèque de f Université.
Gahors. Bibliothèque de la Ville.
Gargassonne. Archives de l'Aude.
Chantilly. Musée Condé.
Ghateauroux. Archives de Vlndre.
Cherbourg. Bibliothèque de la Ville.
Clermont-Ferrand. Archives du
Puy-de-Dôme.
— Bibliothèque universitaire.
Dijon. Bibliothèque universitaire.
Dragoignan. Archives du Var.
Guéret. Archives de la Creuse.
Havre (Le). Bibliothèque de la Ville.
La Roche-sur- Yon. Archives de la
Vendée.
Laval. Bibliothèque de la Ville.
LiBOURNE. Bibliothèque de la Ville.
Lille. Archives du Nord.
— Biblioth. de l'Institut catholique.
universitaire.
Lyon. Bibliothèque de l'histitut ca-
tholique.
universitaire.
Mans (Le). Bibliothèque de la Ville.
Marseille. Archives municipales.
— Bibliothèque de la Ville.
Me AUX. Bibliothèque du grand sé-
minaire.
Mende. Archives de la Lozère.
MoNTAUBAN. Bibliothèque de la Ville.
Montbrison. Société de la Diana.
M.ont:peli.ikr. BiblioUi.'universitaire.
Moulins. Bibliothèque de la Ville.
Nancy. Bibliothèque de la Ville.
Nantes. Bibliothèque de la Ville.
Nice. Bibliothèque de la Ville.
Niort. Archives des Deux-Sèvres.
Orléans. Bibliothèque de la Ville,
— Grand séminaire.
Pau. Bibliothèque de la Ville.
Périgueux. Bibliothèque de la Ville.
Perpignan. Archives des Pyrénées-
Orientales'.
Poitiers. Bibliothèque universitaire.
de la Ville.
— Société des Antiquaires de l'Ouest.
PuY (Le). Bibliothèque de la Ville.
QuiMPER. Bibliothèque de la Ville.
Reims. Bibliothèque de la Ville.
Rennes. Bibliothèque universitaire.
de la Ville.
Rochelle (La). Archives de la Cha-
rente-Inférieure.
— Bibliothèque de la Ville.
Rouen. Bibliothèque de la Ville.
Saint-Brieug. Archives des Côtes-
du-Nord.
Saintes. Bibliothèque de la Ville.
Saint-Étienne. Bibliothèque de la
Ville.
Saint-Omer. Société des Antiquaires
de la Morinie.
SoissoNS. Bibliothèque communale
de la Ville.
Toulouse. Biblioth. universitaire.
de la Ville.
Tours. Bibliothèque de la Ville.
Valenciennes. Bibliothèque de la
Ville.
Vendôme. Bibliothèque de la Ville.
Verdun. Société philomathique.
Vitré. Bibliothèque de la Ville.
ETRANGER.
Acquafredda, par Lanno (Italie).
Les RR. PP. Bénédictins.
Appuldurcombe, près Wroxall
(Angleterre). Bénédictins de
France (RR. PP.).
Baltimore. Bibliothèque Peabody.
Barcelone. Ateneo.
— Académie des belles-lettres.
Baronville (Belgique). Bénédictins
de France (RR. PP.).
Berlin. Archiv fur Sténographie.
Berne. Bibliothèque de la Ville.
Boston. Athenaeum.
Bruxelles. Académie royale des
lettres, des sciences et des beauX'
arts de Belgique.
Bruxelles. Archives générales du
royaume.
— Bollandistes (RR. PP.).
— Revue des Archives et Biblio-
thèques de Belgique.
Cambridge (États-Unis). Université
Harvard.
Garlsruhe. Commission d'histoire
badoise.
Dresde. Bibliothèque de la Ville.
EiNSiEDELN. Bénédictins (RR. PP.).
Eblangen. Bibliothèque de l^ Uni-
versité.
092
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
Florence. Archives de Toscane.
— Arcliivio storico italiano.
Fribourg. Université.
Gênes. Université.
Genève. Agence générale des jour-
naux.
Genève. Archives.
— Bibliothèque cantonale.
— Société de lecture.
— Université.
Herck la Ville (Belgique). Béné-
dictins de France (RR. PP.).
Jersey. Cour royale.
Kiev. Bibliothèque de St- Vladimir.
Lausanne. Bibliothèque cantonale.
Léopol. Kwartalnik historyczny .
Lisbonne. Bibliothèque nationale.
Londres. English(the) hist. review.
— Royal historical Society.
LouvAiN. Jésuites (RR. PP.).
Madrid. Bibliothèque nationale.
Manchester. The Owens Collège.
Maredsous. i?énedici»i5 (RR. PP.).
Milan. Archivio storico lombardo.
— Bibliothèque Brera.
MoNT-GASSiN.j5éncdtci«rt5(RR.PP.).
Ohey (Province de Namur, Bel-
gique). Bénédictins de France
(RR. PP.).
Palerme. Bibliothèque nationale.
Philadelphie. Université.
PisE. Université.
Princeton. American Journal of
Archxology .
Rome. Accademia (Reale) dei Lincei.
— Archives du Vatican.
— Bibliothèque Victor-Emmanuel.
— École française.
— Società romana di storia patria.
Sofia. Université.
Stuttgart. Bibliothèque royale pu-
blique.
Sumbruck. Bibliothèque de la Ville.
Toronto. Bibliothèque de la Ville.
Venise. Archivio di Stato de Frari.
— Bibliothèque de Saint-Marc.
Verres (Italie). Bénédictins.
Vienne. Académie impériale des
sciences (classe philosophico-his-
torique).
— Mittheilungen des Instituts fur ôs-
terreichische Geschichtsforschung .
Vienne Université.
— Vierteljahrschrift fîlr Social-und
Wirtschaftgeschich te.
VVashington. Université catholique.
MM.
Aguilô, à Palma (Majorque).
*Alaus (Paul), à Montpellier ^.
Albon (le marquis d'), au château
d'Avanges (Rhône).
'Allemagne (Henry d'), ancien
attaché à la Bibliothèque de
l'Arsenal, à Paris.
*Anchel (Robert), à Paris.
*Anchier (Camille), sous-biblio-
thécaire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
* André (Francisque), archiviste
honoraire de l'Aube, à Troyes.
Appert, à Fiers.
* Abbois de Jubainville (Henry d'),
membre de l'Institut, professeur
au Collège de France, à Paris.
AsHER et C»», libraires, à Berlin
(13 ex.).
*AuBERT (Félix), avocat, à Saint-
Mandé (Seine).
*AuBERT (Hippolyte), directeur de
la bibliothèque de Genève, à
Vermont, près Genève (Suisse).
*AuBRY (l^ierre), à Paris.
*AuBRY-ViTET (Eugène), à Paris.
"AuvRAY (Lucien), bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Avignon, à Paris.
*B.abelon (Ernest), membre de
l'Institut, conservateur à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
Baer et C'", à Francfort (5 ex.).
*Baillet (Auguste), à Orléans.
Barante (le baron de), à Paris.
* Barbey (Fréd.), à Paris.
*Barroux (Marius), archiviste ad-
joint de la Seine, à Paris.
*BARTHÉLEMY(Anatole de), membre
de l'Institut, à Paris.
*Batiffol (Louis), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Versailles.
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres de la Société de
l'École des cbarles.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
G93
* Baudon DE MoNY (Charles), à Paris.
*Beaugorps (le vicomte de), à Or-
léans.
*Beaurepaire (Gliarles de Robil-
LARD de) , correspondant de l'Ins-
titut, archiviste de la Seine-In-
férieure, à Rouen.
Bellet (Mgr), à Tain (Drôme).
*Bémont (Charles), directeur ad-
joint à l'École des hautes études,
à Paris.
*Bengy-Puyvallée (Maurice de),
à Paris.
*Berger (Élie), membre de l'Ins-
titut, professeur à l'École des
chartes, à Paris.
*Berland (Just), conservateur ad-
joint de la bibliothèque de la
ville, à Besançon.
*Berthelé (Joseph), archiviste de
l'Hérault, à Montpellier.
*Berthou (Paul de), à Nantes.
*Besnier (Georges), archiviste de
l'Eure, à Evreux.
* Bertrand de Broussillon (le comte
Arthur), au Mans.
Bessery, à Lavaur (Tarn).
BizzoNi, libraire, à Pavie.
*Bloch (Camille), inspecteur gé-
néral des bibliothèques et des
archives, à Paris.
Bogca, libraire, à Rome et à Turin
(3 ex.).
*BoiNET (A-médée), attaché à la
bibliothèque Sainte-Geneviève,
à Paris.
Boislisle(A. Michel de), membre
de l'Institut, à Paris.
*BoiSLiSLE (Jean Michel de), à
Paris.
*BoNNARDOT (Frauçois), bibUothé-
caire de la ville", à Verdun.
*BoNNAT (René), archiviste de Lot-
et-Garonne, à Agen.
*BoNNAULT d'Houét (le baron de),
au château d'Hailles, par Mo-
reuil (Somme).
*BoREL (Frédéric), à Paris.
* Bouchot (Henri), membre de
l'Académie des beaux-arts, con-
servateur adjoint à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
Boudet (Marcellin), conseiller à
la cour, à Grenoble.
^904
*BouGENOT (Symphorien), avoué, à
Vitré.
*BouLENGER (Jacques), attaché à
la bibliothèque Sainte-Gene-
viève, à Paris.
*BouRDE DE 'la Rogerie (Henri),
archiviste du Finistère, à
Quimper.
*BouRGiN (Georges), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*BouRNON (Fernand), à Paris.
*Brandin (Louis), à Paris.
Bréard (Gh.), à Versailles.
* Broche (Lucien), à Pont-à-Mous-
son.
Brockhaus, libraire, à Leipzig
(5 ex.).
* Brochet (Max), archiviste de la
Haute-Savoie, à Annecy.
*Bruel (Alexandre), chef de sec-
tion aux Archives nationales,
à Paris.
*Bruel (François), attaché à la
bibliothèque de la ville, à
Paris.
"Brutails (Auguste), archiviste
de la Gironde, à Bordeaux.
*BucHE (Henri), à Paris.
BucHHOLz, libraire, à Munich
(2 ex.).
Burnam, professeur à l'Université
de Cincinnati (États-Unis d'A-
mérique).
Cabié, à Roqueserrière (Haute-
Garonne).
*Calmette (Joseph), chargé de
cours à l'Université, à Dijon.
*Calmettes (Fernand), à Paris.
*Gampardon (Emile), chef de sec-
tion aux Archives nationales,
à Paris.
*Caron (Pierre), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Cartellieri, professeur à l'Uni-
versité, à léna (Allemagne)
*Casati de Casatis (Charles),
conseiller honoraire à la Cour
d'appel, à Paris.
*Cauwès (Paul), professeur à la
Faculté de droit de Paris, à
Versailles.
* Cerise (le baron), à Paris.
*Chalandon (Ferdinand), ancien
membre de l'École française, à
Paris.
45
694
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
Chamard (Dom), prieur des Béné-
dictins, à Chevetogne, par Lei-
gnon (Namur), Belgique.
*Chambure (Hugues Pelletier de),
au cliâteau de Montmartin
(Nièvre) .
Champion, à Paris.
Chardon (H.), maire de Marolles-
les-Braux (Sartlie).
Charmasse (de), à Autun.
*Chatel (Eugène), à Paris.
*Chauffier (l'abbé), à Vannes.
*Chavanon (Jules), à Paris.
Chérot, à Paris.
Chevalier (l'abbé J.), à Romans
(Drôme).
Chevalier (l'abbé U.), à Romans
(Drôme).
Chevelle, notaire, à Amanty, par
Gaudricourt (Meuse).
*Claudon (Ferdinand), archiviste
du Pas-de-Calais, à Arras.
*Clédat (Léon), doyen de la Fa-
culté des lettres, à Lyon.
* Clément (l'abbé Maurice), secré-
taire de Mgr l'archevêque de
Paris, àParis.
*Clouzot (Etienne), attaché à la
bibliothèque de la ville, à
Paris.
*CocHiN (Augustin), à Paris.
Gochin, à Paris.
Coetlosquet, à BaroDville (Bel-
gique).
* CoLLON (Gaston) , bibhothécaire
de la ville, à Tours.
CoNDAMiN (le D""), à Lyon.
*CoppiNGER (Emmanuel), à Paris.
*CoiJARD (Emile), archiviste de
Seine-et-Oise, à Versailles.
*CouDERG (Camille), conservateur
adjoint à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
*CouLON (Auguste), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
CouRCEL (Georges de), à Paris.
CouRCEL (Valentin de), à Paris.
*CouRTEAULT (Henri), archiviste
aux Arch. nationales, à Paris.
*GoussEMAKER (F. DE), à BaiUeul.
* CoviLLE (Alfred), recteur de l'Aca-
démie, à Clermont.
*CoYECQUE (Ernest), sous-chef de
bureau à la préfecture de la
Seine, à Paris.
*Crépy (Georges), à Paris.
*Crèvecoeur (Lionel de), à Paris.
*Croy (Joseph DE), au château de
Monteaux (Loir-et-Cher).
CuMONT (le marquis de) , à la Rous-
sière, près Coulonges (Deux-
Sèvres).
*CuRZ0N (Henri de), sous-chef de
section aux Archives nationa-
les, à Paris.
Daguin, avocat, à Paris.
*Dampierre (Jacques de), à Paris.
Dansac, à Paris.
*Dareste de la Cha vanne (Ro-
dolphe), membre de l'Institut,
conseiller honoraire à la Cour
de cassation, à Paris.
Daspitde Saint-Amand, à laRéole.
*Daumet (Georges), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
* Débraye (Henri), à Chantilly
(Oise).
Déchenne et C'e, libraires , à
Bruxelles.
*Delaborde (le comte H. -Fran-
çois), sous-chef de section aux
Archives nationales, à Paris.
*Delachenal (Roland), à Paris.
Delattre, à Wroxall( Angleterre).
*Delaville Le Roulx (Joseph), à
Paris.
*DELiSLE(L.),membrederinstitut,
administrateur général de la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*Demaison (Louis), archiviste de
la ville, à Reims.
*Demante (Gabriel), professeur ho-
noraire à la Faculté de droit de
Paris, à Castelnaudary.
Demarteau, libraire, à Liège.
Denifle (le R. P.), archiviste du
Vatican, à Rome.
*Denis (Paul), à Lille.
* Déprez (Eugène), à Paris.
*Deprez (Michel), conservateur ho-
noraire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
*Deslandres (Paul), attaché à la
bibliothèque de l'Arsenal, à
Paris.
* Dieudonné (Adolphe) , sous-biblio-
thécaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
*Digard (Georges), professeur à
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
695
l'Institut catholique de Paris, à
Versailles.
Dion (Adolphe de), à Montfort-
l'Amaury.
* Dorez (Léon), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Douais (Mgr) , évêque de Beauvais.
DuBus, à Paris.
DuGHESNE {Mgr L.), membre de
l'Institut, directeur de l'École
française, à. Rome.
*DuFOuR (Théophile), à Vernaz
(Haute-Savoie).
* DuFRESNE DE Saint-Léon (Arthur),
à Paris.
DuLAU et G'e, libraires, à Londres
(5 ex.).
* Dumas (Auguste), à Paris.
*DuMOUUN (Joseph), imprimeur, à
Paris.
Dumoulin (Maurice), aux Mu-
reaux.
*DuN0YER (Alphon.'^e), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
* DuNOYER DE Ségonzac (Jacques),
à Garennac (Lot).
* DupoND ( Alfred ) , archiviste des
Deux-Sèvres, à Niort.
*Dupont-Ferrier (Gustave), direc-
teur d'études au collège Sainie-
Barbe, à Paris.
* Durand (Georges), correspondant
de l'Institut, archiviste de la
Somme, à Amiens.
* DuRRiEU (le comte Paul), conser-
vateur honoraire au musée du
Louvre, à Paris.
*DuvAL (Frédéric), archiviste de
Saint-Denis, à Paris.
* DuvAL (Gaston) , attachéà labiblio-
théque de l'Arsenal, à Paris.
*DuvAL (Louis), archiviste de
l'Orne, à Alençon.
DuviviER, avocat," à Bruxelles.
*EcKEL (Auguste), archiviste de
la Haute-Saône, à Vesoul.
Ehrle (F.), bibliothécaire du Va-
tican, à Rome.
*Enlart (Gamille), directeur du
musée de sculpture comparée
du Trocadéro, à Paris.
*EspiNAs (Georges), attaché aux
archives du ministère des Af-
faires étrangères, à Paris.
*Esquer (Gabriel), archiviste du
Gantai, à Aurillac.
*EsTiENNE (Gharles), archiviste du
Morbihan, à Vannes.
EvEN (P.), à Paris.
*Fages (Etienne), à Paris.
*Fagniez (Gustave), membre de
l'Institut, à Meudon.
Falk et fils, libraire, à Bruxelles.
* Farges (Louis), chef de bureau
au ministère des Affaires étran-
gères, à Paris.
* Faucon (Maurice), à Ariane (Puy-
de-Dôme).
*Faulquier (Bernard), secrétaire
du Bulletin critique, à Paris.
*Favre (Gamille), colonel briga-
dier d'infanterie, à Genève.
Feikema, Gaarelsen et G'«, librai-
res, à Amsterdam (4 ex.).
Festersen et Gi«, à Bàle.
*Feugère des Forts (Philippe), à
Yonville.
*FiNOT (Jules), archiviste du Nord,
à Lille.
*FiNOT (Louis), directeur de l'École
française d'Extrême-Orient, à
Saigon.
Flagh (Jacques), professeur au
Gollège de France, à Paris.
*Flamare (Henri de), archiviste
de la Nièvre, à Nevers.
*Flament (Pierre), archiviste de
l'Allier, à Moulins.
*Fleury (comte Paul de), ancien
archiviste de la Charente, à
L'Isle-Jourdain.
Fontemoing, libraire, à Paris.
P'ORST, libraire, à Anvers.
FouiLi.oux (l'abbé), à Glermont-
Ferrand.
* Fournier (Marcel) , directeur géné-
ral de l'enregistrement, à Paris.
*Fournier (Paul), correspondant
de l'Institut, doyen de la Fa-
culté de droit, à Grenoble.
*Fréminville (Joseph Delapoix de),
archiviste de la Loire, à Saint-
Étienne.
Frémy, à Paris.
Frigk, libr., à Vienne (Autriche).
* Froment (Albert), à Paris.
*Funck-Brentano (Frantz), sous-
696
LISTE DES SODSCRIPTEDRS.
bibliothécaire à la Bibliothèque
de l'Arsenal, à Paris.
*FuRGEOT (Henri), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, à Paris.
*Gaboby (Emile), à Paris.
'Gaillard (Henri), à Laval.
*Galabert (François), archiviste
de la ville, à Toulouse.
Gama-Barros (da), à Lisbonne.
Gamber, libraire, à Paris.
*Gandilhon (Alfred), archiviste de
Tarn -et -Garonne, à Montau-
ban.
* Gauthier (Jules), archiviste de
la Côte-d'Or, à Dijon.
* Gauthier (Léon), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*Gazier (Georges), conservateur de
la bibliothèque de la ville, à
Besançon.
Gebethnier et G'«, Gracovie.
Georg et C'e, libraires, à Bàle
(Suisse).
*Gerbaux (Fernand), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, à Paris.
*Gebminy (Maxime de), à Paris.
Gerold et G'", libraires, à Vienne
(2 ex.).
*GiARD (René), libraire, à Lille.
* Girard (Joseph), bibliothécaire
adjoint de la ville, à Rouen.
*Giraudin (l'abbé), supérieur du
grand séminaire, à Bordeaux.^
Glasson, membre de l'Institut, à
Paris.
''Grand (Daniel), à Paris.
''Grand (Roger), archiviste de la
Loire-Inférieure, à Nantes.
*Grandjean (Gharles), secrétaire-
rédacteur au Sénat, à Paris.
*Grandmaison (Louis de), archi-
viste d'Indre-et-Loire, à Tours.
*Gréa (dom), abbé de Saint- An-
toine (Isère).
Grimault (Paul), à Angers.
*Griveau (Robert), à Paris.
*GuÉRiN (Paul), secrétaire des Ar-
chives nationales, à Paris.
*GuiFFREY (Jules), administrateur
des Gobelins, à Paris.
*Guignard (Philippe), bibliothé-
caire de la ville, à Dijon.
''GuiGUE (Georges), archiviste du
Rhône, à Lyon.
'Guilhiermoz (Paul), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
Guillaume (l'abbé), archiviste des
Hautes-Alpes, à Gap.
* Guillaume (Joseph), professeur à
la Faculté libre des lettres, à
Lille.
Hahn, libraire, à Hanovre.
*Halphen (Louis), membre de
l'École française de Rome, à
Rome.
*Hanotaux (Gabriel), membre de
l'Institut, ancien ministre des
Affaires étrangères, à Paris.
Haupt, libraire à Halle s. Saale.
'Helleu (Joseph), à Paris.
* Henry (Àbel), à Paris.
*Herbomez (Armand D'),à Tournay
(Belgique).
* Héron de Villefosse (Antoine),
membre de l'Institut, conser-
vateur au musée du Louvre, à
Paris.
*Hildenfinger (Paul), stagiaire à
la Bibliothèque nationale, à
Paris.
*HiMLY (Auguste), membre de
l'Institut, doyen honoraire de la
Faculté des lettres, à Paris.
Hinrighs, libraire, à Leipzig.
HocHE, à Paris.
*Hoppenot (Paul), à Paris.
Houdebine, à Combrée (Maine-et-
Loire).
Huard (Robert), élève de l'Ecole
des chartes, à Paris.
* Hugues (Adolphe), archiviste de
Seine-et-Marne, à Melun.
*Imbert (Léo), archiviste du Tarn-
et-Garonne, à Montauban.
*IsNARD (Albert), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
''Jacob (Orner), rédacteur à la
Préfecture de la Seine, à Paris.
*Jacqueton (Gilbert), avocat, à
Paris.
Jacquin, à Fribourg (Suisse).
* Jarry (Eugène), à Orléans.
Jeanjean, libraire, à Saint-Omer.
*JoiJON DES LoNGRAis (Frédéric), à
Rennes.
LISTE DES souscRirTRnns.
697
JuLLiEN, libraire, à Genève.
Kermaingant (de), à Paris.
* KoHLER (Charles), conservateur
adjointà la Bibliothèque Sainte-
Geneviève, à Paris.
KouMLY (le R. P.) St Benedicts
Collège, à Atchison (États-
Unis).
Kramers, libraire, à Rotterdam.
* Labande (Léon-Honoré), conser-
vateur du musée Calvet, à Avi-
gnon.
*Laborde (le marquis de), à Paris.
*Labroughe (Paul), archiviste des
Hautes-Pyrénées, à Tarbes.
*Lagaille (Henri), à Paris.
Lachenal, ancien receveur des
finances, à Brioude.
*Laghenaud (Henri), à Limoges.
La Chesnaye (de), au château de la
Salle (Saône-et-Loire).
*Lacombe (Bernard Mercier de), à
Paris.
*Lacombe (Paul), inspecteur géné-
ral honoraire des Bibliothèques
et Archives, à Paris.
*Lair (Jules), membre de l'Insti-
tut, directeur de la Compagnie
des entrepôts et magasins gé-
néraux, à Paris.
*La Martinière (Jules de), archi-
viste de la Charente, à Angou-
lême.
Lameere, conseiller à la cour, à
Bruxelles.
Lamertin, à Bruxelles.
Lamm (Per), librairie Nilsson, à
Paris (6 ex.).
*Langlois (Ch.-V.), chargé de
cours à la Faculté des lettres, à
Paris.
* Langlois (Ernest) , professeur à la
Faculté des lettres, à Lille.
* La Rongière (Charles Bourel de),
sous-bibliothécaire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
* La Serre (Roger Barbier de), con-
seiller référendaire à la Cour
des comptes, à Paris.
*Lasteyrie (Charles de), à Paris.
*Lasteyrie (le comte Robert de),
mernbre de l'Institut, professeur
à l'École des chartes, à Paris.
*Lauer (Philippe), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
*Laurain (Ernest), archiviste de
la Mayenne, à Laval.
* Laurent (Jacques), aux Riceys
(Aube).
*Laurent (Paul), archivistedes Ar-
dennes, à Mézières.
L'Ebraly, à Brive.
*Le Brethon (Paul), sous-biblio-
thécaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
*Le Cacheux (Paul), archiviste aux
Archives nationales, à Mon-
tretout (Seine-et-Oise).
*Lecestre (Léon), à Palaiseau
(Seine-et-Oise).
"Ledos (Eugène-Gabriel), sous-bi-
bliothécaire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
*Lefèvre (André), professeur à
l'École d'anthropologie, à Paris.
'*'Lefèvre-Pontalis (Eugène), à
Paris.
* Lefèvre-Pontalis (Germain), se-
crétaire d'ambassade, à Paris.
*Lefranc (Abel), professeur au
Collège de France, maître de
conférences à l'Ecole des hau-
tes études, à Paris.
*Le Grand (Léon), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Lehmann, libraire, à San-José-
de-Costa-Rica (Amérique).
* Lelong (Eugène), chargé de cours
à l'Ecole des chartes, à Paris.
Lemaire, à Paris.
*Lemaître (Henri), à Paris.
Lemaïtre, libraire, à Valen-
ciennes.
*Lemoine (Jean), conservateur de
la bibliothèque au Ministère
de la guerre, à Paris.
*Lemoisne (André), à Paris.
*Lemonnier (Paul), professeur à
l'École des beaux-arts, chargé
de cours à la Faculté des lettres,
à Paris.
*Lempereur (Louis), archiviste de
l'Aveyron, à Rodez.
*Léonardon (Henri), conservateur
adjoint de la Bibliothèque, à
Versailles.
698
LISTE DES SOCSCRTPTEORS.
* Leroux (Alfred), archiviste de la
Haute- Vienne, à Limoges.
*Lesort (André), archiviste de la
Meuse, à Bar-le-Duc.
Le Soudier, libraire, à Paris (13
ex.).
*Le Sourd (Auguste), attaché à la
bibliothèque du Ministère des
affaires étrangères, à Paris.
*Lespinasse (René de), à Paris.
L'EsTOURBEiLLON (le marquis de),
à Vannes.
Lestringant, libraire, à Rouen.
*Lévêque (Pierre), à Paris.
*Levillain (Léon), professeur au
lycée, à Poitiers.
Lévis-Mirepoix (le duc de), au
château de Léran (Ariège).
* Lex (Léonce), archiviste de Saone-
et-Loire, à Mâcon.
LiCKATSCHEFF, à Saint- Pétcrs-
bourg.
LoESGHER et G'", libraires, à Rome.
LoNGNON (Auguste), membre de
l'Institut, à Paris.
*LoRiQUET (Henri), bibliothécaire
de la ville, à Rouen.
*LoT (Ferdinand), bibliothécaire à
la Sorbonne, à Paris.
*LoTH (Arthur), à Versailles.
Loms-LucAS, professeur à la Fa-
culté de droit, à Dijon.
*LoYE (J. de), archiviste des Bas-
ses-Pyrénées, à Pau.
MaglehÔse et fils, libraires, à
Glasgow.
Maire, à Paris.
*Maisonobe (Abel), sous-préfet, à
Mauriac.
* Maître (Léon), archiviste de la
Loire-Inférieure, à Nantes.
*Mandrot (Bernard de), à Paris.
*Manneville (le vicomte Henri de),
ambassade de France, à Lon-
dres.
*Manteyer (Georges de), ancien
membre de l'École française, à
Mantever.
* Marais (Paul), bibliothécaire à la
Bibliothèque Mazarine, à Paris.
*Marighal (Paul), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Marron, libraire, à Orléans.
* Martin (Camille), à Paris.
*Martin (Ferdinand), à Paris.
* Martin (Germain), professeur à
la Faculté de droit, à Dijon.
*Martin (Henry), conservateur ad-
joint à la bibliothèque de l'Ar-
senal, à Paris.
"Martin-Chabot (Fernand), mem-
bre de l'École française de
Rome, à Rome.
*Maruéjouls (Pierre), secrétaire
d'ambassade, à Paris.
*Mas Latrie (le comte René de),
chef de bureau honoraire au
ministère de l'Instruction pu-
blique, à Paris.
*Mathorez (Jules), inspecteur des
finances, à Paris.
Maumus, avocat, à Mirande.
*Mazerolle (Fernand), archiviste
de la Monnaie, à Paris.
*Merlet (René), archiviste d'Eu-
re-et-Loir, à Chartres.
* Meunier du Houssoy (Ernest), à
Paris.
*MEYER(Paul), membre de l'Insti-
tut , directeur de l'École des
chartes, à Paris.
Meynial, professeur à la Faculté
des lettres, à Montpellier.
*MiGHELi (Léopold), à Genève.
*Mirot (Léon), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
*MoLiNiER (Auguste), professeur
à l'École des chartes, à Paris.
*MoLiNiER (Emile), ancien con-
servateur au musée du Louvre,
à Paris.
* Monclar (le marquis de), ministre
plénipotentiaire , au château
d'Allemagne (Basses-Alpes).
MoNLÉoN (de), à Banastron.
*MoRANViLLÉ (Henri), bibliothé-
caire honoraire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
*MoREL (Octave), archiviste de
l'Ain, à Bourg.
*Morel-Fatio (Alfred), secrétaire
de l'École des chartes, à Paris.
*Moris (Henri), archiviste des Al-
pes-Maritimes, à Nice.
*MoRTET (Charles), conservateur
à la Bibliothèque Sainte-Gene-
viève, à Neuilly-sur-Seine.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
699
*MoRTET (Victor), bibliothécaire à
la Sorbonne, à Paris.
MossANT, à Bourg-de-Péage.
Nelis, à Louvain (Belgique).
* Neuville (Didier), sous-directeur
au ministère de la Marine, à
Paris.
NiJHOFF, à la Haye.
NoLLEVAL (Alfred), à Paris.
NoRDHOFF, à Groningue.
NORDISKA BOKHANDELEN, StOCk-
holm.
* Normand (Jacques), à Paris.
NuTT (David), libraire, à Londres
(3 ex.).
Oleire (d'), libraire, à Strasbourg.
*Omont (Henri), membre de l'Ins-
titut, conservateur à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
* Pagel (René), archiviste du Gers,
Q _A.uch.
'Paillard (Alphonse), ancien pré-
fet, à Charly, par Sainte-Cécile
(Saône-et-Loire).
* Palustre (Bernard), archiviste
des Pyrénées -Orientales, à
Perpignan.
Pange (le comte de) , à Pans.
*Pange (Jean de), à Paris.
* Parfouru (Paul), archiviste d'Ille-
et- Vilaine, à Rennes.
Parker, libraire, à Oxford (2 ex.).
*Pasquier (Félix), archiviste de
la Haute-Garonne, à Toulouse.
*Passy (Louis), membre de l'Ins-
titut, député, à Paris.
*Patry (Henry), à Paris.
Payot, à Lausanne.
Peeters, à Louvain.
* Peretti de la Rocca (Em. de), at-
taché au ministère des Affaires
étrangères, à Arcueil (Seine).
* Périnelle (Georges), à Paris.
*Pérouse (Gabriel), archiviste de
la Savoie, à Ghambéry.
* Petit (Joseph), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*Petit-Dutaillis (Charles), direc-
teur de l'École supérieure de
commerce et professeur à la
Faculté des lettres de l'Uni-
versité, à Lille.
*Phtlipon (Edouard), à Lyon.
*PmLiPPON (Georges), à Paris.
PiAGET, archiviste de l'Etat, à
Neufchâtel (Suisse).
* Picard (Auguste) , libraire-éditeur,
à Paris.
*PiDOux (André), à Dole.
*PiGALLET (Maurice), archiviste du
Doubs, à Besançon.
*Planchenault (Adrien), à Angers.
*PoËTE (Marcel), conservateur ad-
joint de la bibliothèque de la
ville, à Paris.
POGATSCHER (D"" H.), à Romc.
PoRÉE, curé de Bournainville
(Eure).
*PoRÉE (Charles), archiviste de
l'Yonne, à Auxerre.
*PoRTAL (Charles), archiviste du
Tarn, à Albi.
*PouPARDiN (René), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*Poux (Joseph), archiviste de
l'Aude, à Carcassonne.
* Prévost (Michel), attaché à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*Prineï (Max), à Versailles.
* Privât (Edouard), libraire- édi-
teur, à Toulouse.
*Prost (Bernard), inspecteur gé-
néral des Bibliothèques et Ar-
chives, à Paris.
*Prou (Maurice), professeur à
l'École des chartes, à Paris.
*Prudhomme (Auguste), archiviste
de l'Isère, à Grenoble. ^ •
*PUYBAUDET (Guy POUTE DE), à
QuiDDE (le D--), à Munich.
*Raguenet DE Saint-Albin (Oc-
tave), à Orléans.
Ranschbubg, libraire, à Buda-
pest. , ,
*Rastoul (Amand), attache a la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*Raunié (Emile), à Paris.
*Raynaud (Gaston), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
Reber, libraire, à Palerme.
*RÉB0uis (Emile), à Paris.
Reboul (Gab.), à Brignoles (Var).
Renard, à La Hulpe (Belgique).
Rencogne (de), à Angoulème.
* Rendu (Armand), député, à Paris.
*Reynaud (Félix), archiviste des
700
LISTE DES SODSCRIPTEUHS.
Bouches-Hu-Rhône,àMarseille.
Reynier, à Evreux.
*RiAT (Georges), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
* Richard (Alfred), archiviste de
la Vienne, à Poitiers.
*RiCHARD (Jules-Marie), à Gossé-
le-Vivien (Mayenne).
*RiCHEBÉ (Raymond), à Paris.
RiCHEMOND, à Paris.
RiCHEMOND (de), archiviste de la
Gharente-Inférieure, à la Ro-
chelle.
* RiCHOU (Gabriel), conservateur de
la bibliothèque de la Gour de
cassation, à Paris.
*RiGAULT (Abel), attaché aux ar-
chives du ministère des Atfaires
étrangères, à Paris.
RiNCK, libraire, à Turin (Italie).
Rivière, à Toulouse.
*RocQUAiN (Félix), membre de
l'Institut, à Paris.
*RoMANET (le vicomte Olivier de),
au château des Guillets, par
Mortagne (Orne).
RosNY (de), à Boulogne-sur-Mer.
* RoucHON (Gilbert) , archiv. du Puy-
de-Dôme, à Glermont-Ferrand.
Rousseau, libraire, à Odessa.
* Roussel (Ernest) , archiviste de
l'Oise, à Beauvais.
*Roux (Henri de), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
*RoY (Jules), professeur à l'École
des chartes, à Paris.
SABATiER,àGhantegrillet(Drôme).
*Saige (Gustave), correspondant
de l'Institut, conservateur des
archives du palais, à Monaco.
* Sainte- Agathe (le comte de) , à Be-
sançon.
Salles de Macedo, à Rio-de-Ja-
neiro.
*Salone (Emile), professeur au
lycée Gondorcet, à Paris.
*Samaran (Gharles), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Satie, à Gannes.
Schepens, libraire, à Bruxelles.
*ScHLEiGHER frères , libraires, à
Paris (3 ex.).
*ScHMiDT (Charles), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Schulz, libraire, à Paris (2 ex.).
*Sgulfort (Henry), à Maubeuge
(Nord).
*Senneville (Gaston Denis de),
conseiller référendaire à la Gour
des comptes, à Paris.
*Sepet (Marins), bibliothécaire à
la Biblioth. nationale , à Paris.
*Serbat (Louis), à Paris.
Sérent (abbé Antoine de), à Ma-
lestroit (Morbihan).
*Servois (Gustave), directeur ho-
noraire des Archives, à Paris.
* Soehnée (Frédéric), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*SoucHON (Joseph), archiviste de
l'Aisne, à Laon.
*SouLLiÉ (Louis), à Gumières
(Marne).
*SouRY_ (Jules), directeur d'études
à l'École pratique des hautes
études, à Paris.
*SoYER (Jacques), archiviste du
Loiret, à Orléans.
Spoerri, chez Schlater, à Paris.
Stechert et C'^, libraires, à New-
York (9 ex.).
*Stein (Henri), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
*SusTRAG, au Vésinet.
'Tardif (Joseph), avocat, à Paris.
*Tausserat - Radel (Alexandre) ,
sous-chef de bureau au minis-
tère des Affaires étrangères, à
Paris.
*Teilhard de Ghardin (Emmanuel),
à Glermont-Ferrand.
Terquem, libraire, à Paris.
* Terrât (Barthélémy), professeur
à l'Institut catholique, à Paris.
*Teulet (Raymond), archiviste
des Landes, à Mont-de-Marsan.
* Thibault (Marcel), à Paris.
*Thiollier (Noël), à St-Étienne.
*Tholin (Georges), à Concarneau
(Finistère).
* Thomas (Antoine), membre de
l'Institut, chargé de cours à la
Faculté des lettres, à Paris.
*TiERNY (Paul), au château de Sau-
tricourt (Pas-de-Calais).
LISTE DES SOUSCRIPTEORS.
701
ToiTON (l'abbé), à Paris.
ToucHEBEUF, avocat, à Brioude.
*TouRNOUËR (Henri), à Paris.
* Tranchant (Charles), ancien con-
seiller d'Etat, à Paris.
"Travers (Emile), ancien conseil-
ler de préfecture, à Gaen.
* Travers (Henry) , stagiaire à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
Treuttel et WùRTZ, libraires, à
Strasbourg.
Triger (Robert), au Mans.
*Trouillard (Guy), archiviste de
Loir-et-Gher, à Blois.
*Trudon des Ormes (Aniédée),
sous-bibliothécaire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
'Tuetey (Alexandre), chef de sec-
tion aux Archives nationales,
à Paris.
Urquehart, à Oxford.
* Vaesen (Joseph), à Paris.
*Vaissière (Pierre de), archiviste
aux Arch. nationales, à Paris.
Vallet de Viriville (M"i«) , à
Paris.
* Valois (Noël), archiviste hono-
raire aux Archives nationales,
membre de l'Institut, à Paris.
Veith, libraire, à Fribourg.
*Vernier (Jules), archiviste de
l'Aube, à Troyes.
*ViARD (Jules), archiviste aux
Archives nationales, à Saînt-
Mandé (Seine).
*ViDiER (Alexandre), sous-biblio-
thécaire a la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
*ViLLEPELET (Robcrt), archivisto
aux Archives nationales, à
Paris,
*ViLNET (Paul), à Paris.
*VioLLET (Paul), membre,de l'Ins-
titut, professeur à l'École des
chartes , bibliothécaire - archi-
viste de la Faculté de droit, à
Paris.
* Vire Y (Jean), à Paris.
Vyt, libraire, à Gand.
*'Walckenaer (André), sous-bi-
bliothécaire à. la Bibliothèque
Mazarine, à Paris.
Wàsigin (A.), professeur à Ghar-
kow (Russie).
Watier, libraire, à Lille.
Weber-Lobsen, à Berlin.
Welter, libraire, à Paris (9 ex.).
*Welvert (Eugène), secrétaire-
adjoint des Archives nationales,
au Ghesnay (Seine-et-Oise).
TABLE DES MATIÈRES.
Pages
Notice sur les manuscrits des œuvres de Brantôme, par
H. Omont 5,687
Antoine de La Salle. Nouveaux documents sur sa vie et ses
relations avec la maison d'Anjou, par L.-H. Labande. . . 55, 321
Quelques œuvres de Richard de Fournival, par Ernest Langlois. 101
Le premier routier-pilote de Terre-Neuve, par G. de La Ron-
cière H6
Les Heures de Jacques Cœur, par L. Delisle 126
L'incendie de la bibliothèque de Turin, par G. Bourgin. . . 132
Notice sur la vie et les travaux de M. Gaston Paris, par Mau-
rice Groiset 141
Notice sur deux manuscrits carolingiens à miniatures exécu-
tés à l'abbaye de Fulda, par A. Boinet 355
Diplômes carolingiens et autres documents concernant les
abbayes d'Amer et de Gamprodon, en Catalogne, par H. Omont 364
Philippe-Auguste et Raoul d'Argences, abbé de Fécamp, par
L. Delisle 390
Recherches sur Jean Courtecuisse et ses œuvres oratoires, par
A. Coville 469
Les abbés Hilduin au ix<= siècle, par J. Calmette 530
L'ancien bréviaire de Saint-Pol-de-Léon, par L. Delisle . . 537
Notice sur le manuscrit 870 de la reine Christine, par
G. Bourgin 541
Un ouvrage inédit de Pierre d'Ailly, par Noël "Valois . . . 557
Bulles pontificales sur papyrus (ix«-xie s.), par H. Omont . . 575
Observations sur un passage de la chronique de Jean le Bel,
par H. Moranvillé 583
Bibliographie 174,398,586
Livres nouveaux 223,434,622
Chronique et mélanges 258,458,661
Liste des souscripteurs 690
TABLE ALPHABÉTIQUE
Actes des souverains antérieurs
au XV* siècle dans les archives
départementales du Cher, 190.
Ailly (Pierre d'). Son de persecu-
tione ecclesisB, 557.
Allemagne. Die deutschen Lehn-
biicliôv 195.
* Allemagne (Henri-R. d'), Sports
et jeux d'adresse, 219.
Amer (Abbaye d') . Diplômes caro-
lingiens, 364.
*Anchel (Robert), archiviste-pa-
léographe, 259.
Andegaviana, 418.
Angers, Ancienne Académie.
Séance d'inauguration, 418.
Angier (Frère). Etude sur sa
langue, 621.
Aniou. Tableau de la province,
1762-1766, 420.
Anjou (Maison d'), Relations
avec Antoine de La Salle, 55,
321.
Anne, princesse palatine (Cor-
respondancede Descartes avec),
216.
Antoine de La Salle. — Voir
La Salle.
Arabes (Monuments) de Tlem-
cen, 611.
Aragon (Gartulaire montpellie-
rain des rois d'), 603.
*Arbois de Jubainville (Henry).
— L'Institut historique autri-
chien, 680.
Arc (Jeanne d'), Au temps de la
pucelle, 591.
*Arcelin (Adrien), décédé, 664.
Archives' (Projet de réorganisa-
tion des), 290, 673.
Archives départementales ( La
série L des), 281.
Arduin, Diplomata, 192.
Argences (Raoul d'). — Voir
Raoul.
Art dans l'Italie méridionale, 413.
*Aubert (Félix). — Comptes ren-
dus : La condizione ginridica
délie cose sacre, 402; Histoire
des institutions politiques et
administratives de la France,
398; Histoire du droit et des
institutions de la France, 399.
Autriche. Inslituthistorique, 680.
*Auvray (Lucien), membre d'un
comité pour la publication
d'une collection de cartulaires,
467. — Fragments d'un manus-
crit du canzionere de Pétrar-
que, 463. — Compte rendu :
Table des noms propres de
toute nature compris dans les
chansons de gestes imprimées,
202.
Avignon. Maison des Repenties,
429, — Orphanotrophium de
Grégoire XI, 429.
*Babelon (Ernest), président de
la Société française de fouilles
archéologiques, 466.
Bailliages (Officiers royaux des)
à la hn du moyen âge, 178.
Barbegal (Château de). Inven-
taire des titres, 428.
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des archivistes paléographes
ou anciens élèves pensionnaires de l'École des chartes.
70^
TABLE ALPHABETIQCE,
* Barroux (Marius), officier de l'Ins-
truction publique, 670.
* Barthélémy ( Anatole de), membre
de la commission de compta-
bilité de la Société de l'École
des chartes, 269; décédé, 313,
461, 663.
*Batiffol (Louis), prix Thérouanne,
270. — Compte rendu : Note
sur les deux précurseurs de
l'art français, le duc de Berry
et le roi René, 218.
Bayot (Alphonse), le Roman de
Gillion de Trazegnies, 209.
Béatrice, reine de Bohême. Actes
de 1340 et 1342, 190.
Becdelièvre (Alain de), l'Escalade
de 1602, 197.
*Bémont (Charles), membre d'un
comité pour la publication d'une
collection de cartulaires, 467.
*Bengy-Puyvallée (Maurice de),
archiviste paléographe, 259.
Benoit VIII. Bulle en faveur de
Camprpdon, 364.
*Berger (Élie), membre de l'Aca-
démie des inscriptions, 670. —
Vœu relatif au projet de loi
portant réorganisation des ar-
chives, 673.
Berry. Régime municipal, 186.
Berry (Jean, duc de), précurseur
de l'art français, 218. — Son
éloge par le beau-fils de Fas-
tolf, 686.
Bertaut (Jean), 215.
Bertaux (Emile), l'Art dans l'Ita-
lie méridionale, 413.
*Berthelé (Joseph), Gartulaire
montpelliérain des rois d'Ara-
gon, 603; Enquêtes campa-
naires, 609; les Samnagenses,
603.
*Berthou (Paul de), Cartulaire de
l'abbaye de Sainte-Croix de
Quimperlé, 599.
* Bertrand de Broussillon (Comte
Arthur), première médaille au
concours des antiquités natio-
nales, 270, 668 ; la Maison de
Laval, 417.
Bibliothèque : de Turin, incen-
die, 132, 681; — nationale,
manuscrits latins, 615.
Bibliothèques publiques. Situa-
tion légale, 409.
Bismarck (Un) du xiv^ siècle,
688.
Bituricense (Castrum). Fossata Ro-
manorum, 190.
*Bloch (Camille), inspecteur des
archives et bibliothèques, 269;
chevalier de la Légion d'hon-
neur, 670.
*Boinet (Amédée). — Notice sur
deux manuscrits carolingiens
à miniatures exécutés à l'ab-
baye de Fulda, 355.
Boisbelle-Henrichemont, 425.
*Bonin (Charles-Eudes), secrétaire
d'ambas-sade de 2* classe, 672.
*Bonnassieux (Pierre), Conseil de
commerce et bureau du com-
merce, 595.
Borrelli de Serres (Colonel), Re-
cherches sur divers services
publics du xiii« au xvn* siècle,
586.
* Bouchot (Henri), membre de
l'Académie des beaux-arts, 270.
* Bourde de la Rogerie (Henri),
officier d'Académie, 670.
Bourgeois (René), Du mouve-
ment communal dans le comté
de Champagne, 598.
Bourges. Hôtel Lallcmant. Ins-
cription, 190.
* Bourgin (Georges) , archiviste aux
Archives nationales, 672. —
L'Incendie de la bibliothèque
de Turin, 132, 681 . — Liste des
nonces envoyés en France de
1525 à 1592, 309. — Notice sur
le manuscrit latin 870 de la
reine Christine, 541.
Bournonville (Le duc et la du-
chesse de) et la cour de Bru-
xelles, 605.
Boyer (Hippolyte), Histoire de la
principauté de Boisbelle-Hen-
richemont, 425.
Brantôme. Manuscrits originaux
et autographes, 5, 687.
Bréviaire (Ancien) de Saint-Pol-
de-Léon, 537.
Brie(Documents relatifs au comté
de), 597.
* Broche (Lucien). — Compte ren-
TABLE ALPHARETIQDE.
705
du : Cartulaire de Saint- Vin-
cent de Laon, 183.
Bruchet(Max). —Compte rendu :
Documents sur l'Escalade de
Genève, 197.
*Bruel (Alexandre), membre de
la commission de comptabilité
de la Société de l'École des
chartes, 269. — Compte rendu :
Cartulaire de l'abbaye de Sainte-
Croix de Quimperlé, 599.
*Bruel (François), attaché à la
bibliothèque de la ville de Pa-
ris, 269. — Compte rendu :
les Marais de la Sèvre-Nior-
taise, 600.
Bruxelles (La cour de) et le duc
et la duchesse de Bournon-
ville, 605.
Bulle de Benoit VIII concernant
Camprodon, 364.
Bulles pontificales sur papyrus
(ix«-xi« s.), 575,
Bureau du commerce, 595.
Cabié (Edmond), Anribassade en
Espagne de Jean Ébrard, 594.
Caggese (Rodolfo), Su l'origine
délia parte guelfa, 432.
Gagnât (René). — Extrait de son
rapport sur les travaux des
Écoles d'Athènes et de Rome,
670.
*Galmette (Joseph), chargé de
cours à la Faculté des lettres
de Dijon, 672; prix Delalande-
Guérineau, 270. — Les Abbés
Hilduin au ix« siècle, 530.
Cambrai (Succession de Charles
le Téméraire à), 182.
Campanaires (Enquêtes), 609.
Camprodon (Abbaye de). Di-
plômes carolingiens, 364.
Canadiens-Français. Origine et
parler, 621.
Carolingien (Monogramme). Ori-
gines byzantines, 685.
Carolingiens (Diplômes) concer-
nant les abbayes d'Amer et de
Camprodon en Catalogne, 364.
— Manuscrits à miniatures de
l'abbaye de Fulda, 355.
Carrière (Abbé V.), Rôles et
taxes des fiefs de l'arrière-ban
du bailliage de Provins, 184.
Gartellieri (Alcxander), Kaiser
Heinrich VU, 196.
Cartulaires: de l'abbayede Sainte-
Croix de Quimperlé, 599; —
montpelliérain des rois d'Ara-
gon, 603 ; — de Saint-Vincent
de Laon,' 183.
Cartulaires (Collection de), 467.
*Casati de Casatis (Comte Charles
de), Note sur les deux précur-
seurs de l'art français, le duc
de Berry et le roi René, 218.
Caslrum Bituricense, 190.
Chaillan (Abbé), Documents nou-
veaux sur le studium du pape
Urbain V à Trets, 429; No-
tice et documents sur la mai-
son des Repenties à Avignon,
428; Recherches et documents
sacVOrphanotrophium du pape
Grégoire XI à Avignon, 429.
Champagne (Comté de). Docu-
ments, 597. — Mouvement
communal aux xn« et xni'' s.,
598.
Chansons de geste. Noms propres,
202.
Chansons de l'Escalade, 197.
Charles le Téméraire (La succes-
sion de) à Cambrai, 182.
Charlus-Champagnac, 427.
Charte de l'évèque Pierre Lom-
bard pour les chanoines de
Saint-Cloud, 686.
Cher. Archives départementales.
Actes des souverains antérieurs
au xv^ siècle, 190.
Chevalier (Chanoine Ulysse), Ré-
pertoire des sources historiques
du moyen âge, 465.
*Ghevreux (Paul). — Vœu relatif
au projet de loi portant réor-
ganisation des archives, 675.
Chilliaud-Dumaine. — Voir Du-
maine.
Chin (Gilles de). — Voir Gilles.
Christine de Suède (Correspon-
dance de Descartes avec), 216.
Chronique de Gislebert de Mons,
404.
Chypre (Les Hospitaliers à), 433.
*Clédat (Léon), membre du Con-
seil supérieur de l'Instruction
publique, 270.
706
TABLE ALPHABETIQUE.
Cloches et fondeurs de cloches
du viii® au xx' siècle, 609.
*Glouzot (Etienne), attaché à la
bibliothèque de la ville de Pa-
ris, 269; les Marais de la
Sèvre-Niortaise, 600.
Gochin (Henry), le Père de Pé-
trarque et le livre du repos des
religieux, 218.
Cœur (Jacques). Heures, 126.
Gollignon (Max). — Discours sur
la mort de A. de Barthélémy,
313.
Combet (Joseph), Louis XI et le
saint-siège, 592.
Comité de défense scientifique,
277.
Gommines (Philippe de). Mé-
moires, 405.
Communal (Mouvement) dans le
comté de Champagne aux xii^
et xi[i« s., 598.
Comptabilité publique au xiv«s.,
586.
Concordat. Premières applica-
tions dans le diocèse d'Angers,
420.
Conseil de commerce, 595.
Correspondance diplomatique de
la curie romaine à la veille
de Marignan, 593.
Cose sacre (La condizione giuri-
dica délie), 402.
Courtecuisse (Jean) et ses œuvres
oratoires, 469.
♦Coville (Alfred), recteur de l'Aca-
démie de Glermout, 463. —
Recherches sur Jean Courte-
cuisse et ses œuvres oratoires,
469.
*Coyecque (Ernest), sous-chef de
bureau à la préfecture de la
Seine, 463. — Projet de réor-
ganisation des archives de
France, 290.
*Crépy (Georges), archiviste pa-
léographe, 259.
Croisades au xv<= siècle, 201.
Groiset (Maurice). — Notice sur
la vie et les travaux de M. Gas-
ton Paris, 141.
*Gurzon (Henri Parent de), sous-
chef de section aux Archives
nationales, 672.
Guvelier (Joseph). — Opinion
sur l'Ecole des chartes, 675.
*Daumet (Georges). — Comptes
rendus : l'Art dans l'Italie mé-
ridionale, 413 ; Une correspon-
dance diplomatique de la curie
romaine à la veille de Mari-
gnan, 593.
* Débraye (Henri), archiviste paléo-
graphe, 259.
Défense scientifique (Comité de),
277.
*Delaborde (Comte François), pro-
fesseur à l'École des chartes,
463. — Discours sur Auguste
Mohnier, 666.
*Delaville-Le Roulx (Joseph), offi-
cier d'Académie, 670; les Hos-
pitaliers en Terre Sainte, 433.
*Delisle (Léopold), membre de la
commission de publication de
la Société de l'École des chartes,
269. — L'Ancien bréviaire de
Saint-Pol-de-Léon, 537. —
Charte de l'évêque Pierre Lom-
bard pour les chanoines de
Saint-Gloud, 686. — Discours
sur la mort de, A. de Barthé-
lémy, 319. — Éloge de Jean,
duc de Berri, par le beau-fils
de Fastolf, 686. — H. Wal-
lon, 661. — Les Heures de
Jacques Cœur, 126. — Lettre
de saint Louis expédiée par
Guillaume de Chartres, 310.
— Philippe-Auguste et Raoul
d'Argences, abbé de Fécamp,
390. — Comptes rendus : les
Hospitaliers en Terre Sainte,
433 ; Tracts on the mass, 617.
*Delmas (Ernest), archiviste pa-
léographe, 259.
Descartes, directeur spirituel,
216.
*Deslandres (Paul), officier d'Aca-
démie, 670.
Dictionnaire topographique du
départementdelaHaute-xMarne,
185.
Biplomata [Heinrici IletArduini),
192.
Diplômes carolingiens concer-
nant Amer et Camprodon, 364.
Dovizi (Bernardo) da Bibliena.
TABLE ALPHABETIQUE.
707
Sa correspondance à la veille de
Marignan, 593.
Droit et institutions de la France,
399.
Dufour-Vernes (Louis), les Défen-
seurs de Genève à l'Escalade,
197.
*Dumaine (Alfred Chilhaud-),
chargé d'affaires en Bavière,
463.
*Dupont-Ferrier (Gustave), offi-
cier d'Académie, 270; les offi-
ciers royaux des bailliages et
sénéchaussées, 178.
* Durand (Georges), correspondant
de l'Académie des inscriptions,
670; prix Fould, 270.
Du Roure (Baron), Inventaire
analytique des titres du châ-
teau de Barbegal, 428.
*Durrieu (Paul), officier de l'Ins-
truction publique, 270. — Dis-
cours sur la mort de A. de
Barthélémy, 316.
*Duvernoy (Emile), docteur es
lettres 672.
Ébrard (Jean). — Voir Saint-
Sulpice.
École des chartes. — Examens
de lin d'année, 458, 689. —
Nominations : d'un membre
du Conseilde perfectionnement,
666; — de professeur, 463; ~
d'élèves, 664. — Thèses, 258,
665. — L'École des chartes
devant le Sénat, 270. — L'École
et les pouvoirs publics, 273.
Opinion de M. Joseph Cuve-
lier, 675. — Voir Société de
l'École des chartes.
*Emanuelli (François), archiviste
paléographe, 259; bibliothé-
caire-archiviste de Cherbourg,
672.
*Engerand (Louis), archiviste pa-
léographe, 259.
Escalade de Genève, 197.
Espagne. Ambassade de Jean
Ebrard, 594.
*Espinas (Georges), officier de
l'Instruction publique, 670.
Faculté de théologie de Paris,
416.
Fastolf (Beau-fils de). — Voir
Scrope (Stephen).
Féret, la Faculté de théologie de
Paris, 416.
*Finot (Jules). — Compte rendu :
Descartes, directeur spirituel,
216.
Flach (Jacques), les Origines de
l'ancienne France, 174.
Fouilles archéologiques (Société
française de), 466.
Fournival (Richard de). — Voir
Richard.
France. Formation de l'unité
française, 586. — Institutions
politiques et administratives,
398, 399. — Médailleurs et gra-
veurs de monnaies, 606, 608.
— Nonces de 1524 à 1592, 309.
— Officiers royaux des bail-
liages et sénéchaussées et ins-
titutions monarchiques locales
à la fin du moyen âge, 178. —
Origines, 174. — Poésie lyrique
au moyen âge, 620.
Fulda (Abbaye de). Manuscrits
carolingiens à miniatures, 355.
Funck- Brentano ( Frantz ). —
Compte rendu : les Origines
de l'ancienne France, 174.
*Galabert (François), archiviste
de Toulouse, 672.
Galanti (Andréa), la Condiziom
giuridica délie cose sacre, 402.
*Gandilhon (Alfred), archiviste du
Cher, 269. — Compte rendu ;
Histoire de la principauté de
Boisbelle-Henrichemont, 425.
* Gauthier (Léon-Charles), officier
d'Académie, 670.
Gautier (Jean), Nos bibliothèques
publiques, 409.
Genève (L'Escalade de), 197.
*Gerbaux (Fernand), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, 672.
*Germiny (Comte Maxime, de),
trésorier de la Société de l'Ecole
des chartes, 269.
Gilles de Chin, 203.
Gilles deCorbeil, 618.
Gillion de Trazeguies, 209.
* Girard (Joseph), bibliothécaire
adjoint de la ville de Rouen,
269.
Gislebert de Mous, Chronique,
404.
708
TABLE ALPHABETIQUE.
Glasson (E.), Histoire du droit et
des institutions de la France,
399.
Gossart (Ernest), Antoine de La
Salle, 211.
* Grand (E. -Daniel). — Compte
rendu : Célestin Port, 221.
Grente (Abbé Georges), Jean Ber-
taut, 215.
Guelfes. Origine, 432.
*Guérin (Paul), Recueil de docu-
ments concernant le Poitou,
423.
*Guigue (Georges). — Un Bis-
marck du xiv^ siècle, 688.
Guillaume de Chartres (Lettre de
saint Louis expédiée par), 310.
* Halphen (Louis), archiviste pa-
léographe, 259 ; membre de
l'École française de Rome, 670.
Hauréau (Barthélémy), Notice
des manuscrits latins 583, etc.,
de la Bibliothèque nationale,
615.
Havet (Louis). — Fragments de
son discours à la séance pu-
blique de l'Académie des ins-
criptions sur H. Wallon, 661 ;
sur A. de Barthélémy, 663 ;
sur le concours Gobert, 667.
Henri II, Diplomata, 192.
Henri YII, empereur, 196.
*Henriot (Gabriel-L.), archiviste
paléographe, 259.
*Herbomez (Armand d'). — Comp-
te rendu : Le duc et la duchesse
de Bournonville, 605.
*Héron de Villefosse (Antoine).
— Discours sur la mort de
A. de Barthélémy, 461.
Heures de Jacques Cœur, 126.
Hilduin (Les abbés) au ix« siècle,
530.
Hommages (Livres d'). — Voir
Lchnbûclier.
Hospitaliers en Terre Sainte et à
Chypre, 433.
*Huet (Gédéon), officier de l'Ins-
truction publique, 670.
*Imbert (Léo), archiviste de Tarn-
et-Garonne, 269.
Inscription de l'hôtel Lallemant
à Bourges, 190.
Institut historique autrichien,
680.
Institutions : monarchiques lo-
cales en France à la tin du
moyen âge, 178; politiques et
administratives de la France,
398, 399.
Italie méridionale. Art, 413.
Jacques Cœur. — Voir Cœur.
*Jacqueton (Gilbert). — Comptes
rendus : Les monuments arabes
de Tlemcen, 611 ; Sports et
jeux d'adresse, 219.
*Jarry (Eugène). — Compte rendu :
Niccolô Spinelli da Giovinazzo,
199.
Jean Courtecuisse. — Voir Cour-
tecuisse.
Jean le Bel (Observations sur un
passage de la chronique de).
683.
Jean de Luxembourg. Acte de
1340, 190.
Jeanroy (Alfred), Les origines de
la poésie lyrique en France au
moyen âge, 620.
Jeux d'adresse, 219.
Jorga (N.), Notes et extraits pour
servir à l'histoire des croisades
au xv« siècle, 201.
*Labande (Léon-Honoré). — i\n-
toine de La Salle, 55, 321. —
Comptes rendus : Andegavia-
na, 420; Documents nouveaux
sur le stialium d'Urbain V à
Trets, 429; Inventaire ana-
lytique des titres du château
de Barbegal, 428; Le Poil,
431; Notice et documents sur
la maison des Repenties à
Avignon, 429; Recherches et
documents sur l'Orphanotro-
phium de Grégoire XI à Avi-
gnon, 429; Su l'origine délia
parle, guelfa, 432.
*Lacaille (Henri), décédé, 401.
*Lair (Jules). — Vœu relatif au
projet de loi portant réorgani-
sation des archives, 673.
Langlois (Abbé). — Rouleau mor-
tuaire de l'an 1231, 310.
* Langlois (Ernest), prix La
Grange, 270; Table des noms
propres de toute nature com-
pris dans les chansons de geste
imprimées, 202. — Quelques
œuvres de Richard de Fourni-
TABLE ALPHABETIQUE.
709
val, 401. — Comptes rendus :
Antoine de La Salie, 211; L'au-
teur des XV joyes de mariage,
213; Étude sur la langue de
frère Angier, 621 ; Gilles de
Ghin, 203; Origines de la poé-
sie lyrique en France au moyen
âge, 620; Origine et parler des
Canadiens français, 621 ; Le
roman de Gillion de Traze-
gnies, 209.
Langue des Canadiens français,
621.
*Lanore (Maurice), archiviste des
Basses-Pyrénées, 672 ; officier
d'Académie, 670.
Laon (Saint-Vincent de). Gartu-
laire, 183.
*La Roncière (Charles Bourel de).
— Le premier routier-pilote
de Terre-Neuve, 116.
La Salle (Antoine de). — Vie
et relations avec la maison
d'Anjou, 55, 321. — Vie et
œuvres, 211 .
Lasalle-Serbat. — Voir Serbat.
*Lasteyrie (Comte Robert de),
membre de la commission de
publication de la Société de
l'École des chartes, 269; mem-
bre du Conseil supérieur de
l'Instruction publique, 270;
vice-président de la Société
française des fouilles archéolo-
giques, 466.
Laval (La maison de), 417.
Lay. Marais du x"^ au xvi« siècle,
600.
*LeCacheux (Paul), officier d'Aca-
démie, 670.
*Ledos (Eugène-Gabriel), membre
adjoint de la commission de
publication de la Société de
l'École des chartes, 269. —
Comptes rendus : Au temps
de la Pucelle, 591; Gartulaire
montpelliérain des rois d'Ara-
gon, 603; Enquêtes campa-
naires, 609; Manuel de paléo-
graphie, 407 ; Les Samnagenses,
603.
*Lefèvre (André), décédé, 663.
*Lefèvre-Pontalis (Eugène), mem-
1904
bre de la commission de comp-
tabilité de la Société de l'École
des chartes, 269.
*Lefranc (Abel), professeur au
Collège de France, 269.
Legg (J. Wickham), Tracts on
ihe mass, ljl7.
*Legrand (Théodoric), archiviste
paléographe, 259.
Lehnbûcher [Die deutschen), 195.
*Lelong (Eugène), membre d'un
Comité pour la publication
d'une collection de cartulaires,
467 ; Gélestin Port, 221 ; Con-
seil de commerce et Bureau
du commerce, 595.
*Leraaitre (Henri). — Comptes
rendus : La chronique de Gis-
lebert de Mons, 404 ; Commissie
van advies voor's Rijks gescfued-
kundige publicatiën, 605 ; l'Uro-
logie, 618.
*Lemoisne (Paul-André), officier
d'Académie, 463.
*Léonardon (Henri). — Compte
rendu : Ambassade en Espagne
de Jean Ébrard, seigneur de
Saint-Sulpice, 594.
Le Poil (Basses-Alpes), 431.
*Lesort (André), La succession de
Charles le Téméraire à Cam-
brai, 182.
Lettre de saint Louis, 310.
Liégeois (Camille), Gilles de
Ghin, 203.
Lieutaud (V.), Le Poil, 431.
Lippert (Woldemar), Die deut-
schen Lehnbûcher, 195.
Livres nouveaux, 223, 434, 622.
Lombard (Pierre). — Voir Pierre
Lombard.
Longnon (Auguste), Documents
relatifs au comté de Cham-
pagne et de Brie, 597; De la
formation de l'Unité française,
586.
* Longnon (Henri), archiviste pa-
léographe, 259. — Compte
rendu : Jean Bertaut, 215.
Lortie (Stanislas- A.), Origine des
Canadiens français, 621.
*Lot (Ferdinand), membre de la
commission des mémoires de
40
MO
TABLE ALPHABETIQUE.
la Société de l'École des char-
tes, 269; membre d'un Comité
pour la publication d'une col-
lection de cartulaires, 467;
docteur es lettres , 672 ; pre-
mier prix Gobert, 270, 667.
Louis (Saint) , Lettre expédiée
par Guillaume de Chartres,
310.
Louis XI et le saint-siège, 592.
Lussaudière. — Voir Pandin de
Lussaudière.
Maine-et-Loire. État en 1800,
420.
'Maître (Abel), Cartulaire de l'ab-
baye de Sainte-Croix de Quim-
perlè, 599.
'Mandrot (Bernard de), officier de
l'Instruction publique, 270.
'^Manteyer (Georges Pinet de),
membre d'un Comité pour la
publication d'une collection de
cartulaires, 467.
Manuscrits : carolingiens à mi-
niatures de l'abbaye de Fulda,
355 ; — des œuvres de Bran-
tôme, 5, 687; — latins de la
Bibliothèque nationale, 615. —
Manuscrit latin 870 de la reine
Christine, 541. — Propositions
de loi sur la photographie des
manuscrits, 308.
Marais de la Sèvre-Niortaise et
du Lay, 600.
Marçais (Georges), Les monu-
ments arabes de Tlemcen, 611.
Marçais (William), Les monu-
ments arabes de Tlemcen, 611.
Marne (Haute-). Dictionnaire to-
pographique, 185.
"^ Martin (Germain), professeur à
la Faculté de droit de Dijon,
269.
'Martin-Chabot (Pernand), mem-
bre de l'École française de
Rome, 670.
'Mas Latrie (René de), décédé,
260.
Massé. — Extrait de son rapport
sur le budget des beaux-arts,
277.
'Mazerolle (Fernand), les Médail-
leurs français, 606.
Mazières-Mauléon (Vicomte Hen-
ri de), Le régime municipal en
Berry, 186.
Médailleurs français, 606, 608.
Mémoires de Philippe de Com-
mynes, 405.
Messe. Tracts on the mass, 617.
*Meyer (Paul), membre du Conseil
supérieur de l'Instruction pu-
blique, 270. — Discours aux
obsèques d'Auguste Molinier,
260. — Observations sur le
projet de réorganisation des
archives, 306.
*MicheIi (Léopold), archiviste pa-
léographe, 259.
*Mirot (Léon), , secrétaire de la
Société de l'Ecole des chartes,
2G9._
* Molinier (Auguste), membre de
la commission des mémoires
de la Société de l'Ecole des
chartes, 269; décédé, 260. 666.
*Mondain-Monval (Jean), archi-
viste paléographe, 259.
Monétaire (Politique) de Philippe
le Bel, 586.
Monnaies (Graveurs de) en France,
608.
*Monod (Bernard), archiviste pa-
léographe, 259; membre de
l'École française de Rome, 670;
décédé, 664.
Monogramme carolingien. Ori-
gines byzantines, 685.
Montpellier. Cartulaire des rois
d'Aragon, 603.
*Moranvillé (Henri). — Observa-
tions sur un passage de la
chronique de Jean le Bel, 583.
— Comptes rendus : Die deut-
schen Leknbûcker, 195; Kaiser
Heinrich Vil, 196; Recherches
sur divers services publics du
xHi» au xvn« siècle, 586.
*Morel (Octave), officier d'Acadé-
mie, 670.
*Morel-Fatio (Alfred), membre de
la commission des mémoires
de la Société de l'École des
chartes, 269.
*Mortet (Charles). — Compte
TABLE ALPHABETIQUE.
7 H
rendu : Nos bibliothèques pu-
bliques, 409.
Moyen âge (Répertoire des sources
historiques du), 465.
Municipal (Régime) en Berry,
186.
Musées nationaux (L'Ecole des
chartes et les), 277.
* Musset (Georges), prix Loubat,
270.
Nage? (L'oppidum de), 603.
Nève (Joseph), Antoine de La
Salle, 2H.
Nonces envoyés en France de
1524 à 1592, 309.
* Normand (Jacques), prix Lam-
bert, 669.
*Omont (Henri), membre de la
corn. mission de publication de
la Société de l'École des chartes,
269; membre du Comité des
travaux historiques de la ville
de Paris, 269; correspondant
de l'Académie des sciences de
Bavière, 670. — Bulles ponti-
ficales sur papyrus (ix^-xi» s.),
575. — Diplômes carolingiens,
bulle du pape Benoit VIII sur
papyrus et autres documents
concernant les abbayes d'Amer
et de Gamprodon, 364. — Dis-
cours sur la mort de A. de
Barthélémy, 317. — Notice sur
les manuscrits originaux et au-
tographes des œuvres de Bran-
tôme conservés à la Biblio-
thèque nationale, 5, 687.
Orphanotrophium de Grégoire XI
à Avignon, 429.
Palatine (Princesse). — "Voir
Anne, princesse palatine.
Paléographie (Manuel de), 407.
* Pandin de Lussaudière (J.), ar-
chiviste paléographe, 259.
Papes. Bulles sur papyrus (ix^-
xi« siècles), 575.
Papyrus (Bulles pontificales sur),
575.
Paris. Faculté de théologie, 416.
* Paris (Gaston). Notice sur sa vie
et ses travaux, 141.
Pays-Bas, Commissie van advies
voor's Rijks geschiedkundUje pu-
blicatiën, 605.
*Pélissier (Edmond), archiviste
paléographe, 259; archiviste
de l'Ariège, 672.
Péril (Le) national, 591.
*Périnelle (Georges), ses travaux
à l'École de Rome, 070.
*Pérouse (Gabriel), docteur es let-
tres, 672.
Persecutione (De) ecclesiw de Pierre
d'Ailly, 557.
* Petit -Dutaillis (Charles). —
Compte rendu : Recueil des
documents concernant le Poi-
tou, 423.
Pétrarque, Fragments d'un ma-
nuscrit du canzoniere, 463.
Pétrarque (Le frère de) et le livre
du repos des religieux, 218.
Philippe-Auguste et Raoul d'Ar-
gences, abbé de Fécamp, 390.
Philippe le Bel (Politique moné-
taire de), 586.
Philippe de Commines. — Voir
Commines.
Pierre d'Ailly. — Voir Ailly.
Pierre Lombard. — Charte pour
les chanoines de Saint-Cloud,
686.
Poésie lyrique en France au
moyen âge, 620.
* Poète (Marcel), conservateur ad-
joint de la bibliothèque de la
ville de Paris, 269.
Poitou (Documents concernant
le), 423.
Pope (Mildred K.), Etude sur la
langue de frère Angier, 621.
*Porée (Charles), officier d'Acadé-
mie, 670.
*Port (Célestin), 221.
*Poupardin (René), membre d'un
Comité pour la publication
d'une collection de cartulaires,
467; Gartulaire de Saint- Vin-
cent de Laon, 183. — Origines
byzantines du monogramme
carolingien, 685.
* Prinet (Max), officier d'Académie,
270.
*Prou (Maurice), membre de la
commission des mémoires de
712
TABLE ALPHABETIQUE.
la Société de l'École des char-
tes, 269; membre d'un Comité
pour la publication d'une col-
lection de cartulaires, 467;
Manuel de paléographie. Re-
cueil de fac-similés, 407. —
Vœu relatif au projet de loi
portant réorganisation des ar-
chives, 673. — Compte rendu :
Heinrici II et Arduini diplo-
mata, 192.
Provins (Bailliage de). Rôle et
taxes des iiefs de l'arrière-ban
en 1587, 184.
Puyvallée (Bengy-). — Voir
Bengy-Puy vallée.
Quimperlé (Abbaye de Sainte-
Croix de). Gartulaire, 599.
Quinze joies de mariage (L'au-
teur des), 213.
Raoul d'Argences, abbé de Fé-
camp, et Philippe-Auguste,
390.
Reinach (Salomon). — E.xlrait
de son rapport sur le concours
des Antiquités nationales, 668.
Relirjiosorum [De otio) de Pétrar-
que, 218.
René d'Anjou (Le roi), précur-
seur de l'art français, 218.
Repenties (Maison des) à Avignon,
429.
Ribier (L. de), Charlus-Champa-
gnac, 427.
* Richard (Alfred), deuxième prix
Gobert, 270, 667.
* Richard (Jules-Marie). — Compte
rendu : La maison de Laval,
417.
Richard (P.), Une correspon-
dance diplomatique de la curie
romaine à la veille de Mari-
gnan (1515), 593.
Richard de Fournival. Œuvres,
101.
Rivard (Adjutor), Parler franco-
canadien, 621.
*Rocquain (Félix), archiviste en
retraite, 672.
Romano (G.), Niccolô Spimlli da
Giovinazzo, 199.
Rondot (Natalis), Les raédailleurs
et les graveurs de monnaies,
jetons et médailles en France,
608.
*Rouchon (Gilbert). — Compte
rendu : Gharlus-Champagnac,
427.
Rouleau mortuaire de l'année
1231, 310.
Routier-pilote de Terre-Neuve,
116.
*Roy (Jules), président de la So-
ciété de l'École des chartes,
269. — Discours aux obsèques
d'Auguste Molinier, 264.
Saint-Gloud. Chanoines. Charte
de l'évêque Pierre Lombard,
686.
Saint-Pol-de-Léon. Ancien bré-
viaire, 537.
Saint-siège (Louis XI et le), 592.
Saint-Sulpice (Jean Ébrard, sei-
gneur de). Ambassade en Es-
pagne, 594.
* Samaran (Charles), archiviste aux
Archives nationales, 463 ; ses
travaux à l'École de Rome, 671 .
Scrope (Stephen). — Son éloge
du duc de Berry, 686.
Sénéchaussées (Officiers royaux
des) à la fin du moyen âge, 178.
*Sepet (Marins), prix Therouanne,
270; Au temps de la Pucelle,
591.
*Serbat (Louis Lasalle-), secrétaire
adjoint de la Société de l'École
des chartes, 269 ; officier d'Aca-
démie, 670.
Sèvre-Niortaise, Marais du x'^au
xvie siècle, 600.
Simyan. — Extraits de son rap-
port sur le budget de l'Instruc-
tion publique, relatifs : à
l'École des chartes, 273; aux
Archives, 296.
Société de l'École des chartes,
^ 269, 673.
Société française de fouilles ar-
chéologiques, 466.
*Soyer (Jacques), archiviste du
Loiret, 269; les Actes des sou-
verains, antérieurs au xv« siè-
cle, conservés dans los archives
départementales du Cher, 190;
Actes inédits au nom de Jean
de Luxembourg et de Béatrice,
TABLE ALPHABETIQUE.
H3
roi pt reine de Bohème (1340
et 1342), 190; les Fossata Ro-
manorum du Castrum Bituri-
cense, 190; Note sur une ins-
cription de l'hôtel Lallemant à
Bourges, 490. — Compte ren-
du : Le Régime municipal en
Berry, 186.
Spinelli (Niccolà) (la Giovinazzo,
199.
Sports et jeux d'adresse, 219.
*Stein (Henri), membre d'un Co-
mité pour la publication d'une
collection de cartulaires, 467 ;
quatrième médaille au concours
des Antiquités nationales, 270,
669. — Comptes rendus : Les
Médailleurs et graveurs de
monnaies, jetons et médailles
en France, 608 ; les Médailleurs
français du xv siècle au milieu
du x"yii«, 606; Notes et extraits
pour servir à l'histoire des croi-
sades au xve siècle, 201 ; La
succession de Charles le Témé-
raire à Cambrai, 182.
Studium d'Urbain V à Trets, 429.
Swarte (Victor de). Descartes,
directeur spirituel, 216.
* Tardif (Joseph), membre adjoint
de la commission de publica-
tion de la Société de l'École
des chartes, 269 ; officier d'Ins-
truction publique, 670.
Terre-Neuve (Le premier routier-
pilote de), 116.
Terre Sainte (Hospitaliers en),
433.
* Thomas (Antoine), membre de
l'Académie des inscriptions,
670; membre du Conseil de
perfectionnement de l'Ecole
des chartes, 666 ; membre d'un
Comité pour la publication
d'une collection de cartulaires,
467.
Tlemcen, Monumentsarabes, 611 .
* Travers (Emile). — Vœu relatif
au projet de loi portant réorga-
nisation des archives, 673.
Trets-Manosque, Studium d'Ur-
bain V, 429.
*Trudon des Ormes (Amédée). —
Compte rendu : la Faculté de
théologie de Paris, 416.
*Tuetey (Alexandre), chef de sec-
tion aux Archives nationales,
672.
Turin. Bibliothèque, incendie,
132,681.
Unité française (Formation de
1'), 586.
Urbain V {Studium d') à Trets,
429.
Urologie dans la médecine an-
cienne, 618.
Uzureau (Abbé F.), Andegaviana,
etc., 420.
*Vaesen (Joseph). — Comptes
rendus : Conseil de commerce
et Bureau de commerce, 595;
Louis XI et le saint-siège,
592; Mémoires de Phihppe de
Commines, 405; Les officiers
royaux des bailliages et séné-
chaussées, 178.
* Valois (Noël), vice-président de
la Société de l'École des chartes,
269 ; membre de la commission
des Mémoires, 269. — Un ou-
vrage inédit de Pierre d'Ailly,
le De Persecutione ecclesias, 55'7.
— Compte rendu : Le frère de
Pétrarque et le livre du repos
des religieux, 218.
Vatican. Manuscrit latin 870 de
la reine Christine, 541.
*Vernier (Jules), officier de l'Ins-
truction publique, 270.
*Viard (Jules), officier de l'Ins-
truction publique, 670. —
Comptes rendus : Actes des
souverains dans les archives
du Cher, 190; Actes inédits de
Jean de Luxembourg et de
Béatrice, 190; Dictionnaire to-
pographique du département
de la Haute-Marne, 185; Do-
cuments relatifs au comté de
Champagne et de Brie, 597 ;
De la formation de l'Unité
française, 586; Les Fossata Ro-
nianorum. du Castrum Bitiiri-
cense, 190; Du mouvement
communal dans le comté de
Champagne, 598 ; Note sur une
inscription de l'bôtel Lalle-
7\
TABLE ALPHABETIQUE.
mant à Bourges, 190; Notice
des manuscrits latins 583, etc.,
de la Bibliothèque nationale,
615; Rôle et taxes des fiefs de
l'arrière-baa de Provins en
1587, 184.
* Vidier (Alexandre), membre d'un
Comité pour la publication
d'une collection de cartulaires,
467. — Discours aux obsèques
d'Auguste Molinier, 267.
Vieillard (G.), l'Urologie et les
médecins urologues dans la
médecine ancienne, 618.
Villermont (Comtesse Marie de),
Le duc et la duchesse de Bour-
nonville et la cour de Bruxelles,
605.
*Viûllet (Paul), Histoire des insti-
tutions politiques et adminis-
tratives de la France, 398.
Wallon (Henri), décédé, 661.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie Dacpeley-Gouvernedr.
D
111
B5
t. 65
Bibliothèque de 1» École
des chartes
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